Hey ! Je suis de retour — pour jouer un mauvais tour ~ !
Je suis morte, là. J'ai plus mes yeux, j'ai plus de dos, j'ai plus de doigts ! A force de rester concentrée sur l'écran pour corriger les fautes, les répétitions, les phrases qui sonnent bizarres etc, j'en peux plus ! J'espère sincèrement que ce chapitre vous plaira car j'y ai passé 21 heures en tout ! 15.000 mots, c'est plutôt pas mal en trois semaines, non ? w
Je vous le dis tout de suite : ce n'est pas un chapitre très joyeux ! Enfin, c'est pas non plus le plus dépressif que j'ai fais (enfin je crois), mais voila, y aura faiblement de l'humour, du drame, de la psychologie et un peu de romance, come d'habitude ! Vous allez en découvrir un peu plus sur le pouvoir de May ~ !
Merci de me suivre, de commenter, de partager vos avis ! Les vues augmentent petit à petit, on a atteint les 45.000 vues ! C'est magnifique T^T ! Et on est déjà à 342 commentaires, j'en reviens toujours pas d'ailleurs o.O ! Faudrait qu'on essaye d'atteindre le pallier des 400 *^* !
Sur ce je réponds à vos commentaires !
Réponse aux commentaires :
Ic'Ilver : Coucou toi :D ! Bah écoute ça dépend des gens, pour certain il faut un chapitre par mois, ou toutes les deux semaines etc, on n'a pas tous les mêmes attentes ^^ Mais il faut admettre que j'avais pas assuré ces derniers temps en vous faisant attendre plusieurs mois… Je continue de mettre un peu de romance, j'espère que ça ne te dérange pas ! Hm… c'est vrai que c'est vu et revu le self insert, mais je pense qu'on peut encore trouver des choses originales, après tout, tous les Law x OC sont différents, non ? ^^ Après je peux comprendre que tu fasses une overdose x) ! Oui Law est un pédobear T_T Merci pour tes encouragements ! Gros bisous à toi :D !
La : Coucou ! Tu voudrais ce genre de relation toi ? Je ne suis pas sûre que ce soit sain XD ! Merci, j'espère que tu aimeras autant ce chapitre que le précédent !
Torima Kenro : Oui enfin ! J'suis contente si tu as aimé ce chapitre ^_^ ! Ah tu fais dans l'esthétique ! ça doit être super intéressant, bon courage pour tes études ! :D Merci d'avoir laissé ton avis !
Lorelin : Merci beaucoup, j'essaye de me motiver et de publier le plus vite possible ! Oui oui j'ai compris d'accord, je trouverai le temps d'écrire malgré les cours T^T tu es pire qu'un prof toi dis donc XD ! Je ne répondrais pas à ta question à propos de Tsukiyo, car je suis une vilaine fille ! :P
C'est une très bonne idée que tu as là ! Je la rajoute dans ma trame, ça pourrait me servir D Et désolée mais sur ce chapitre tu n'auras aucune réponse sur la « maladie » de Tsukiyo » :P !
Merci d'avoir commenté, à la prochaine ^_^
DonnySean : Coucou ! Oui c'est super d'avoir l'ordi de ma mère à l'internat ! Si je ne pouvais écrire que le week-end ce serait vraiment compliqué ! Hm oui je vois ce que tu veux dire ! Mais pour l'instant je ne compte pas refaire apparaître Noa, j'ai juste mis son nom quelque part dans le texte pour te faire un petit clin d'œil :P Oui on est liés ! *^* XD
Oui en effet c'est tristounet pour Law, mais bon, c'est comme ça 8D ! Faut le torturer un peu le vilain, ça lui apprendra à attendre aussi longtemps pour accepter ses sentiments XD ! Tu vas être contente, y a du penguin/Shachi dans ce chapitre, et ça va être violent x') ! J'en dis pas plus :P
Merci de commenter avec autant de dynamisme, j'aime ça ! A bientôt j'espère ma petite Donny :3
Arya Cahill : Salut ! Je comprends ne t'inquiète pas, on a tous une vie et des problèmes, mais sache que si tu veux en parler tu peux m'envoyer un MP, je ne suis pas psychologue mais bon, ça fait toujours du bien de parler à quelqu'un ! Mais tu as sans doute déjà une amie sur qui tu peux compter pour te confier =) Oui je tenais beaucoup à montrer que Law peut voir et penser à toutes les petites choses qui restent invisibles aux autres. C'est vrai que ce cliché des attaques c'est un peu ridicule et drôle, mais moi ça me fait rire XD ! Dans certains animes ça rend la scène épique, donc ça me dérange pas non plus x) Les trois en magical girl ? Oh mon dieu.
Hm… je ne sais plus si Shachi dit ça, c'est fort possible ! Je me souviens qu'il dit à May que sa sensibilité peut être un atout car elle comprend mieux les autres grâce à ça. Pour la « maladie » de Tsukiyo je ne répondrai pas, nyahaha ! Merci d'être venue malgré tes soucis et d'avoir laissé ton avis, ça me fait plaisir de voir que tu aimes toujours autant mon histoire ! =)
Bye ~ _^
J'ai essayé de corriger le chapitre moi-même, mais il reste sûrement quelques fautes, j'en suis désolée ! Je demanderai à ma bêta lectrice de le corriger plus tard, je ne voulais pas vous faire attendre plus héhé ! Sur ce, j'espère que ce chapitre vous plaira, et je vous dis à bientôt ~
Enjoy !
Wakfina
oO_O_Oo
Trois heures du matin. Le silence recouvrait le sous-marin jaune dans sa totalité. Les pirates du Heart dormaient, et rêvaient de poursuivre ces innombrables étoiles qui brillaient dans le ciel crépusculaire, tout en serrant contre leur cœur la prière d'un lendemain scintillant et rempli de merveilles.
Deux yeux papillonnèrent dans la nuit ténébreuse, et May contempla Law avec une expression sereine. Cette nuit était la première avec le capitaine. Il n'avait rien tenté pour ne pas la brusquer, il avait juste passé ses mains autour de sa taille pour la serrer contre lui d'un geste à la fois possessif et rempli de douceur. Cette attention la rassurait, car elle démontrait que malgré son désir et sa frustration, il était capable de faire preuve de patience, pour elle. Doucement, elle se détacha de lui et se leva sans un bruit afin de ne pas le réveiller, sachant que Law avait un sommeil léger qui lui permettait de se réveiller si jamais son instinct lui soufflait l'arrivée d'un danger. L'esprit embrumé, elle fouilla dans son sac à bandoulière et attrapa son portable qu'elle alluma distraitement, avant de remarquer que la batterie était encore descendue. Cela pouvait sembler banal, mais puisque son portable représentait son seul lien avec son monde d'origine, elle ne pouvait s'empêcher d'être inquiète. Balayant ses doutes, elle pointa la caméra en direction de Law, et appuya plusieurs fois sur le bouton pour prendre des photos et capturer l'instant, avant de descendre l'appareil et d'observer le jeune homme, les yeux brillants. Elle éteignit son portable et le rangea, avant de reprendre sa place sous la couette bien chaude, aux côtés de celui qu'elle aimait.
— Je t'aime Trafalgar Law, pensa-t-elle tendrement en posant ses lèvres sur les siennes.
Puis elle entremêla ses doigts aux siens, et se rendormit, avec l'espoir qu'un jour ou l'autre, cette pensée l'atteigne.
[…]
Le jour s'était levé il y a quelques heures. Tous les membres de l'équipage étaient debout et travaillaient durement dans les tâches qui leur étaient confiées.
— Tu es prête ?
May hocha la tête avec détermination.
Si elle voulait en savoir plus sur son pouvoir, elle devait faire des tests pour que Law puisse l'observer au mieux. Pourtant, une certaine peur continuait de la faire trembler, à l'idée de ressentir à nouveau des émotions aussi fortes que la dernière fois. Malheureusement, pour mieux comprendre quelque chose, il fallait parfois vivre une expérience désagréable en retour, c'était le revers de la médaille, mais elle s'en sentait capable. Elle avait déjà tant parcouru jusqu'ici, il n'était plus question d'hésiter sur quoi que ce soit désormais. Elle savait qu'elle pouvait être forte quand elle en avait la volonté, et pas seulement pour Law ou les autres, mais aussi pour elle-même. Au début de toute cette aventure, le désir d'être meilleure afin de ne plus être un fardeau l'incitait à faire de son mieux, mais aujourd'hui, elle voulait être meilleure pour sa propre satisfaction, et cela donnait un certain sens différent à sa vie. Ne plus vivre en partie pour les autres, mais surtout pour soi, pour tracer son propre chemin avec ses propres choix et sa propre force, sans qu'on soit obligé de toujours la prendre par la main pour la faire avancer lorsqu'un virage apparaissait.
Debout devant le bureau, elle lança un dernier regard en direction du jeune homme, qui était assis sur la chaise, une jambe par-dessus l'autre, et tenait un carnet pour prendre des notes. Il lui fit un geste de la tête, lui indiquant qu'elle pouvait commencer. May prit une grande inspiration, puis approcha ses mains du cadre qu'elle attrapa avec une légère appréhension. Aussitôt que ses doigts fébriles touchèrent le bois, une aura apparu au niveau de ses mains, tandis que les émotions qu'elle redoutait la transcendèrent du plus profond de son être, affolant son cœur.
— Comment tu te sens ? demanda Law avec sérieux.
— Mal…, avoua-t-elle difficilement, tremblante. Je ressens de l'amour, de la souffrance, de la culpabilité, du respect… c'est horrible…
Tant de mots qui ne suffisaient pas pour décrire ce qu'elle ressentait. Il y avait tant de nuances, de degrés différents, qu'il était réellement impossible d'expliquer exactement dans quel état elle se trouvait. Ses yeux se fermèrent avec frayeur, et des larmes de désespoir commencèrent à couler le long de ses joues pâles avant de disparaître à jamais sur le sol, comme tous les héros anonymes que le monde voyait mourir chaque jour. Les sourcils de Law se froncèrent imperceptiblement sous l'impuissance qui l'envahissait face à la scène qui lui faisait face.
C'était dur, mais nécessaire, et il fut stupéfait de voir de lui-même qu'elle semblait bel et bien « s'approprier » les sentiments qui le torturaient lorsqu'il pensait à son bienfaiteur, mais avec une plus grande intensité qui la bouleversait.
— Il y a autre chose ?
— J'ai… j'ai l'impression que quelque chose vit à l'intérieur de moi… sinon rien…, parvint-elle à dire.
Les orbes cendrés se baissèrent pour toiser l'aura violette. Celle-ci bougeait légèrement autour de ses mains, comme une sorte de flux qui donnait presque l'impression d'être vivant. Tout en réfléchissant, il nota toutes les informations qu'il considérait comme importantes dans son carnet, reporta son attention sur l'horloge, puis sur la lycéenne qui continuait son exercice sans prononcer aucune plainte. Plus le temps passait, plus May devenait pâle et faiblissait. Silencieusement, il laissa le temps s'écouler, afin de voir si autre chose pouvait se produire, puis, voyant qu'il n'y avait rien de plus qui pouvait être intéressant, il déclara d'un ton neutre :
— C'est bon, tu peux arrêter.
Epuisée, May reposa le cadre sur le bureau et se laissa tomber à terre, les genoux au sol, le souffle rapide et les épaules bougeant au rythme de sa respiration, alors qu'elle reprenait peu à peu ses esprits. Le capitaine ouvrit la bouche pour prendre la parole, mais lorsqu'elle tourna la tête vers lui, le visage mouillé par les larmes, ses prunelles azurées rempli d'une mélancolie affligeante et les lèvres tremblantes, il se figea, et les mots restèrent emprisonnés dans sa gorge.
— Law…, souffla-t-elle sur un ton suppliant.
Il n'eut pas besoin d'en savoir plus pour comprendre sa tristesse, tout son être la criait avec une ferveur douloureuse. Sans un mot, il se leva et s'agenouilla près d'elle dans le but de l'attirer à lui dans une étreinte réconfortante, l'incitant à se laisser aller, à déverser ses émotions négatives qui s'étaient déchainées sur elle aussi violemment qu'un ouragan, avec la colère de ne pas pouvoir faire quoi que ce soit pour l'apaiser complètement. Les petites mains de May s'accrochèrent doucement à son sweat, tandis qu'elle se lovait un peu plus contre lui à la recherche de sa chaleur. Ses lèvres s'ouvrirent et laissèrent passer un torrent de gémissements. Ce pouvoir lui faisait si peur ! Et le fait que ces émotions soient en plus celles de Law l'accablait. Il souffrait bien plus qu'elle ne se l'imaginait, mais derrière ce masque qu'il portait, elle n'était jamais parvenu à se douter de quoi que ce soit. La première fois qu'elle l'avait vu, elle s'était méfiée de lui à cause de sa réputation, et était restée sur ses préjugés durant un bon moment avant de réellement lui accorder sa confiance. Mais combien de personnes exactement avaient une si mauvaise image de cet homme qui selon elle possédait le plus de gentillesse ? Combien se noyait dans des illusions créées par le gouvernement et ignorait réellement ce qui se cachait derrière son nom ? Souffrait-il seulement de vivre de cette façon, manipulant les autres et usant de stratagèmes dans le but de détourner leur attention de lui, afin d'éviter qu'aucun ne remarque ses tourments ?
A cet instant précis, Law eut la sensation qu'elle versait des larmes à sa place, qu'elle était apte à faire ce dont lui était incapable : pleurer, être pur, sincère avec ses propres sentiments, les accepter et les exprimer d'une quelconque manière qui permettait de se délivrer d'un poids et d'avancer. Lui préférait les faire taire, les renier, les rejeter, ce qui l'empêchait d'avancer réellement dans sa vie et de tirer un trait sur le passé. May elle, était semblable à une enfant, car elle les exprimait simplement, sans aucune honte. Quand elle était triste, elle pleurait. Quand elle était heureuse, elle riait. Et quand elle était hargneuse, elle s'emportait. Ainsi, elle parvenait à tourner la page bien plus facilement.
Il était presque envieux d'une telle pureté, d'une telle spontanéité.
Les minutes s'écoulèrent, entre les reniflements et les gémissements. Petit à petit, elle retrouva son calme et son sang-froid, et se détacha de lui tout en séchant ses larmes d'un revers de main, ses lèvres s'étirant en un sourire.
— Merci, remercia-t-elle pour la patience dont il faisait preuve.
Elle eut soudainement l'envie de l'embrasser.
— Je peux avoir un bisou ?
— Avec la tête que tu as ? N'y pense même pas miss, railla-t-il.
En effet, avec ses cheveux ébouriffés, ses joues rougis, sa peau mouillée et la morve qui coulait à son nez, elle ne lui donnait pas très envie de l'embrasser. Le spectacle était à la fois hilarant et en même temps bien pitoyable.
— Méchant, se plaignit-elle d'une voix enrouée.
Il se contenta de rire faiblement, puis il se releva et tendit la main vers elle.
— Prête à continuer ?
— Oui, passons à la suite.
Elle entremêla ses doigts au siens et il la releva d'un simple geste qui témoigna de sa force.
— C'était la réponse que j'attendais, révéla-t-il, satisfait de sa volonté et de sa détermination.
Elle eut un doux sourire, s'écarta de lui et alla se passer un peu d'eau sur le visage afin d'avoir meilleure mine. De nouveau prête, elle se renseigna :
— Qu'est-ce que tu veux que je fasse maintenant ?
Le jeune homme prit place sur le lit et tapota la place à côté de lui.
— Viens, ordonna-t-il d'une voix autoritaire.
Obéissante, elle s'avança et se plaça en face de lui en tailleur.
— Ferme les yeux, exigea-t-il, lui attrapant ses deux mains.
Elle lui lança un regard confus mais s'exécuta, s'interrogeant sur l'idée qu'il avait en tête. Elle ne resta guère dans l'ignorance bien longtemps, car il lui expliqua clairement ses intentions :
— Je veux maintenant que tu essayes de faire apparaître ton aura sans toucher rien d'autre que mes mains.
Cela s'annonçait difficile. Jusqu'à maintenant, elle n'était parvenue à faire apparaître son aura qu'en touchant le cadre de Law et peut-être son journal. Toute seule, sans toucher à quoi que ce soit, elle n'avait jamais réussi à accomplir cet exploit.
— Mais je n'ai jamais réussi à faire ça, admit-elle, submergée par le doute.
— Tu en es capable, j'en suis certain, assura-t-il franchement avec fermeté. Tu dois juste en avoir la volonté. Pense à quelque chose qui te tiens à cœur, qui est vraiment important pour toi.
— Avoir envie de manger, ça marche ? plaisanta-t-elle, voulant alléger l'atmosphère.
La pichenette qu'elle reçut de la part du Chirurgien de la Mort la seconde qui suivit lui fit regretter sa petite blague.
— Eh !
— Un peu de sérieux, miss, gronda-t-il, néanmoins amusé.
— D'accord, d'accord…
La lycéenne se concentra pour trouver le plus cher désir qui régnait au fond de son cœur. En très peu de temps, elle sût ce qu'elle souhaitait : mieux connaitre Law, pouvoir rester éternellement à ses côtés en dépit du reste, et l'entendre dire clairement de sa part qu'il l'aimait.
— Tu as trouvé ?
— Oui, confirma-t-elle.
— Alors concentre-toi sur ce désir.
Elle hocha la tête et commença l'exercice, écoutant ce désir d'une oreille attentive, tout en se concentrant sur sa respiration et sur la chaleur que dégageait Law afin d'être le plus apaisée possible. Ce qui l'entoura s'effaça petit à petit, signe qu'elle laissait moins de place à son conscient, tandis que son esprit plongeait doucement dans un état de plénitude, loin des ondes négatives et des mauvais souvenirs. Dans sa tête se dessinait le visage de Law. Au début cette image avait été floue, mais plus les secondes défilaient, plus elle se précisait et se rapprochait de la réalité.
De son côté, Law l'observait faire avec une pointe de fierté. Elle avait parcouru tant d'obstacles, et même si elle était physiquement moins forte que lui, elle avait tout de même réussi à gagner son respect quant à sa force mental et le courage dont elle faisait preuve un peu plus chaque jour. Il ne ressentait aucune honte à s'afficher avec elle, May avait sa place dans l'équipage, au milieu de tous ces hommes. Cette fille qui venait d'un autre monde, qui n'avait jamais tué auparavant, qui n'avait jamais navigué en mer ni pris autant de risques, était dans son équipage à ses côtés, et il s'en sentait chanceux, et fier. N'importe quel autre équipage aurait pu la recruter, mais non, c'était avec lui qu'elle était, et personne d'autre. Même si au départ il avait regretté son choix, aujourd'hui, il ne pouvait qu'être satisfait de l'avoir choisie.
Inconsciemment, ses doigts se resserrèrent autour de ceux de la jeune fille.
A ce moment précis, l'aura améthyste apparut à nouveau, se baladant le long des doigts petits et fins, jusqu'à toucher les siennes qui étaient toujours liées à celles de May.
— C'est très bien, reste concentrée.
May se contenta de hocher à nouveau la tête, les yeux clos. Law observa l'aura. Celle-ci était opaque, et avançait doucement le long de ses mains, se dirigeant vers ses bras. Il avait essayé de l'attraper mais c'était impossible, elle était comme de la fumée, comme une douce illusion. Impossible à atteindre, impossible à saisir. C'était donc bel et bien une entité, un pouvoir non matériel.
Le temps s'écoula dans le plus grand des silences, seulement brisé par le bruit régulier de l'horloge. Law ne ressentait rien pour le moment, et May non plus. Seulement, au bout de plusieurs minutes, il fut saisit d'une sensation étrange et nouvelle. Elle n'était pas douloureuse, juste désagréable, comme s'il se sentait mal dans son propre corps. Il ne parvenait pas à dire à quel endroit exact cette sensation se faisait sentir, c'était dans son corps en son intégralité, ce qui le rendait très inconfortable, néanmoins, il garda ses mains liées à May, prêt à voir jusqu'où ça pouvait aller.
La sensation désagréable se transforma peu à peu en une douleur lancinante, mais étonnamment, la jeune fille en face de lui restait toujours aussi détendue, comme si cette douleur lui était étrangère. Ses sourcils se froncèrent un peu plus et il baissa la tête, remarquant que l'aura était différente. Elle était bien plus foncée, et semblait plus agressive. Il constata aussi avec stupéfaction que des tâches noires étaient apparues sur ses mains. Celles-ci étaient troublantes, menaçantes. Alarmé intérieurement mais n'affichant qu'indifférence, il lâcha les mains de May en s'attendant à ce que le flux disparaisse, mais cela ne changea rien, au contraire, l'aura parcourait toujours ses mains, et devenait de plus en plus dangereuse.
— May, l'appela-t-il, soucieux.
L'interpellée ne répondit pas, toujours enfermée dans sa torpeur. Law posa ses mains sur ses épaules et la secoua brusquement :
— May !
Les yeux bleus s'ouvrirent brusquement, et la jeune fille reprit peu à peu ses esprits. D'un regard Law lui indiqua l'état de ses mains. Paniquant, May lâcha un hoquet de surprise et, sans savoir pourquoi, attrapa les mains du jeune homme et pria pour que l'aura disparaisse, ce qui, étrangement, se produisit la seconde qui s'ensuivit. L'aura se détacha petit à petit de la main de Law et retourna autour de la sienne, avant de s'effacer mystérieusement.
Law considéra ses main, et vit les tâches noires s'effacer à leur tour complètement, comme si elles n'avaient jamais existé. Sans un mot, il s'empressa de tout noter sur son cahier, l'air toujours aussi perplexe et quelque peu désorienté. Une fois cela fait, May attrapa les doigts de Law et les contempla avec une inquiétude naissante.
— Qu'est ce qui s'est passé ? s'enquit-elle doucement.
— Ton pouvoir est subitement devenu dangereux et a commencé à m'attaquer on dirait, infirma-t-il en les observant, n'en revenant toujours pas.
— Je suis désolée…, s'excusa-t-elle, fautive.
— Ce n'est pas de ta faute miss, contredit-il aussitôt d'un ton direct. Tu ne le contrôles pas encore, mais le jour viendra où tu sauras t'en servir.
Elle retrouva sa bonne humeur, et lâcha ses mains, un peu plus rassurée.
— Merci, remercia-t-elle. Tu as compris quelque chose ?
Law eut un air songeur et tourna vaguement les pages de son cahier.
— J'ai remarqué deux choses. De un : ton pouvoir semble ne pas être matériel, on ne peut pas l'attraper avec les mains. L'ennemi aura du mal à le contrer, si jamais tu parviens à l'utiliser au combat. De deux : il n'avait aucun effet sur moi au départ, puis j'ai fini par ressentir une sensation désagréable qui s'est transformée en douleur quelques minutes plus tard. A ce moment-là des tâches noires étaient apparues sur mes mains, et la couleur de ton aura était toujours violette, mais en bien plus foncée, comme si elle avait changé de stade, précisa-t-il lentement pour lui laisser le temps d'assimiler les informations. On aurait dit qu'elle était…
— Nocive ? compléta la lycéenne.
— Je n'aurai pas trouvé meilleur terme, admit le Chirurgien.
Mais la remarque ne fit aucunement rire May, qui sentit ses épaules s'affaisser sous le constat.
— C'est bel et bien un pouvoir dangereux, en conclut-elle, pensive.
— En effet, confirma Law. Je voudrais savoir : as-tu eu mal toi aussi ?
Elle secoua la tête, en pleine réflexion.
— Non pas du tout contrairement à toi.
— Je vois. On a déjà bien avancé, mais j'ai besoin d'en savoir plus sur la composition et les effets de ton pouvoir.
Il eut un regard rempli de sous-entendus, qui ne présageait rien de bon pour la jeune fille. Elle n'appréciait pas du tout quand il avait cet air là !
— Quoi ? lâcha-t-elle, peu rassurée.
— Je vais devoir te faire une piqure, dit-il avec sadisme, une lueur peu avenante se dessinant dans ses orbes gris comme l'acier.
Dès que le mot « piqure » parvint à ses oreilles, le teint de la lycéenne devint encore plus pâle qu'à l'habitude.
— Hein ? Mais pourquoi ?
— Il me faut des échantillons à étudier, précisa le médecin, s'attendant à cette réaction de la part de la plus jeune.
La concernée recula de quelques pas, plaçant une main devant elle en guise de bouclier.
— N'y pense même pas ! s'écria-t-elle violemment, ne supportant pas les piqures. Essaye de t'approcher de moi avec une seringue et je te tape ! ajouta-t-elle d'un ton menaçant, des frissons parcourant son échine.
— Ce ne sera rien qu'une petite piqure, miss, riposta Law, amusé.
— Non, non, et non ! réfuta-t-elle en secouant la tête, obstinée. Tu es médecin toi, tu adores les trucs de ce genre, mais moi j'ai horreur de ça, autant que les mathématiques !
Law se retint de soupirer face à sa lâcheté.
— Tu ne vas pas faire l'enfant, quand même ? Tu devrais être plus brave, tu es une pirate, oui ou non ? se moqua-t-il narquoisement.
— Là tu vois ça me passe au-dessus de la tête d'être pirate ou non ! Je ne VEUX PAS de piqure ! C'est juste impossible ! insista-t-elle avec vivacité.
Et elle n'exagérait pas. Elle détestait vraiment ça ! Ce n'était pas une phobie non plus, mais tout ce qui touchait de loin ou de près à la médecine, les opérations et les piqures, ça la mettait mal à l'aise. Et même si elle savait que Law était un très bon médecin, le comportement qu'il avait lors de ses opérations l'effrayait au plus haut point ! Encore une fois, elle se rappela de l'air de psychopathe qu'il avait arboré lorsqu'il avait commencé à soigner Luffy dans l'un des épisodes. Cette expression lui avait foutu la chair de poule, vraiment. En plus il ne l'avait même pas anesthésié, parce que le Chapeau de Paille était à ce moment-là en trop mauvais état selon lui pour ressentir une quelconque souffrance durant l'opération ! Mais même si c'était vrai, ça montrait quand même qu'il en avait clairement rien à foutre et que tout ce qui l'importait c'était de s'amuser avec ses outils bizarres !
En conclusion, même si elle aimait Law, elle n'était aucunement rassurée qu'il doive l'examiner, même pour une toute petite piqure !
— Donc si je comprends bien ton raisonnement, on en reste là ? proposa Law, qui ignorait tout des pensées qui traversaient l'esprit de May.
— Tu comprends vite, ironisa-t-elle, espérant qu'il allait abandonner.
— Tant pis, se contenta-t-il de dire, se détournant d'elle.
Elle fronça les sourcils. « Tant pis » ? C'était tout ? Il n'insistait pas ? Il ne la forçait pas ? C'était étrange, très étrange, elle dirait même que ce n'était pas normal et qu'elle devrait s'inquiéter. Law ne se laissait pas aussi facilement convaincre, encore moins à ce sujet. Il aurait dû la prendre comme un sac à patates et l'emmener à l'infirmerie tout en ignorant ses plaintes, du moins c'était ainsi qu'elle avait imaginé la suite.
— Bon ben, j'y vais…, l'informa-t-elle, encore désarçonnée, mais voulant tout de même profiter de son abandon pour s'échapper.
Elle s'éloignait, lorsque Law prit la parole, dos à elle, avec un fin sourire malicieux :
— Je pensais demander à Ban de te faire un gâteau au chocolat pour te récompenser de tes efforts, mais puisque tu n'en veux pas…
Le bruit de pas qu'il entendait derrière lui se stoppa aussitôt que les mots furent prononcés, et Law n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qu'il avait toute l'attention de May. Il avait rapidement comprit que la nourriture était le meilleur moyen de la faire changer d'avis. La lycéenne s'était figée, la bave coulant le long de son menton et les yeux brillant. Elle s'imaginait déjà en train de dévorer le gâteau à toute vitesse. En plus, Ban était un très bon cuisinier, c'est pourquoi ce serait forcément excellent…
Law tourna la tête et l'observa indifféremment, intérieurement amusé. La victoire était déjà à sa portée.
— C'est ton choix miss, pas de piqure, pas de gâteau au chocolat, acheva-t-il avec indifférence.
Il retourna à ses occupations, tandis que la lycéenne était en proie à de très gros doutes. Il commença à compter dans sa tête les secondes qui restaient avant que sa victoire ne soit totale, puisqu'il savait qu'elle allait déjà accepter, piégée par sa ruse :
— 3… 2… 1…
— Law, attends ! J'ai changé d'avis !
— Trop facile, pensa-t-il avec satisfaction.
[…]
Penguin était dans la cuisine en train de prendre un petit déjeuner en compagnie de Ban et de Bepo, lorsqu'il entendit un hurlement déchirant qui le fit sursauter.
— C'était quoi ça ? quémanda-t-il en haussant un sourcil.
— Ne serait-ce pas la voix de ma chère Fleur de Cerisier ? commenta Ban à son tour.
— Le capitaine est peut-être en train de lui faire une piqure, supposa l'ours.
— Dommage, elle me plaisait bien, annonça Penguin comme si elle allait mourir. Notre relation aura été de courte durée.
— Oui, elle n'aura pas vécu longtemps, mais j'aurai été fort heureux et flatté de la connaître, ajouta à son tour le cuisinier.
Ils se regardèrent, avant de rire à gorge déployée :
— La pauvre ! s'exclamèrent les deux hommes en même temps.
Si elle savait ce dont le capitaine était capable !
— Vous exagérez, riposta l'animal, presque exaspéré par leur comportement.
Penguin et Ban lui lancèrent un regard qui voulait tout dire. Bepo se souvint de certaines opérations qu'ils avaient fait avec le capitaine, et réprima un frisson.
Bon d'accord, ils n'exagéraient peut-être pas tant que ça.
Tout le monde admettait (hormis Noa et Tsukiyo) que May était une jeune fille forte, qui était prête à faire des efforts, à surmonter ses peurs, et à rester parfaitement sereine même dans les moments les plus durs. C'était pour ces raisons que Law avait imaginé que la jeune fille resterait sage et accepterait le supplice lorsqu'il allait lui faire la piqure.
— Par pitié arrête ! J'ai mal, j'ai mal, j'ai mal ! Je souffre !
Mais la réalité était tout autre.
Law se retint de soupirer, ennuyé par l'attitude de la jeune fille qui gémissait depuis tout à l'heure. Il ne lui avait encore rien fait, et elle lui détruisait déjà les tympans ! Il avait même été obligé de se placer au dessus d'elle pour la stabiliser, car elle ne faisait que de gigoter dans tous les sens pour l'empêcher de la piquer ! La prochaine fois, il l'endormirait de force pour pouvoir agir en toute tranquillité, mais il rejeta cette idée aussitôt qu'elle traversa son esprit, car si elle dormait pendant l'opération, il ne pourrait jamais avoir le doux plaisir de la voir souffrir une fois l'aiguille enfoncée dans sa peau, et il ne raterait ce spectacle pour rien au monde.
— Arrête de bouger, ordonna-t-il, irrité.
— Nan ! contredit-elle comme une enfant de cinq ans.
— Tu tiens vraiment à ce que j'utilise la force, miss ? menaça-t-il.
Les mots eurent au moins l'effet de la calmer tout de suite. Law qui utilisait la force, ça ne devait pas être très agréable à vivre, encore moins dans sa situation actuelle. Le gâteau au chocolat lui revint en tête, suppliant May de le manger d'une voix malicieuse. Pouvait-elle seulement résister à cet appel ? Non, c'était au-delà de ses capacités !
— D'accord, obtempéra-t-elle finalement pour avoir son gâteau, mais je veux un bisou pour me soutenir !
— Ne me donne pas d'ordre, reprocha le chirurgien sur un ton las.
— S'il te plaît ?
Il résista à lever les yeux au ciel et accepta sa demande, posant chastement ses lèvres sur les siennes afin de ne pas perdre trop de temps. Elle sourit, toute contente, mais son sourire s'effaça lorsque la main droite de Law s'approcha de son bras avec la seringue, l'autre main agrippant fermement son bras pour l'empêcher de bouger au dernier moment.
Le moment fatidique arrivait, lorsqu'elle s'exclama dans un élan de panique :
— Attends, attends !
Law s'interrompit dans son geste, et fit claquer sa langue contre son palais pour traduire son énervement.
— Ce n'est pas le bon moment… C'est le matin, mon métabolisme n'est pas bon à ce moment de la journée, tu vois… ? inventa-t-elle pour repousser l'échéance.
Le jeune homme haussa un sourcil, peu convaincu par son argument. Il la fixa silencieusement quelques secondes, avant de reprendre là où il en était. Réagissant au quart de tour, elle lui hurla dans les oreilles :
— Attends !
— Quoi encore ? Tu ne peux pas juste te taire et me laisser faire ? grogna-t-il, devenant de plus en plus impatient.
Elle parvenait tellement à le faire tourner en bourrique parfois, lorsqu'elle se décidait à agir comme un enfant capricieux et borné qui se refusait à écouter.
Un peu comme lui, en fait.
— Tu es sûr que c'est une bonne idée ? On sait jamais, je vais peut-être mourir ! supposa-t-elle avec effarement, comme s'il n'y avait plus de nourriture dans le frigo.
— Personne n'est mort d'une piqûre miss. Maintenant fais-moi le plaisir de te taire, ou je devrais te faire taire moi-même, menaça-t-il dangereusement en la fusillant du regard.
— Mais je déteste vraiment-
N'ayant plus la patience d'écouter le flot de paroles qui s'échappait de cette bouche insupportable, il se décida à la résoudre au silence en posant ses lèvres sur les siennes pour un baiser langoureux. C'était la méthode la plus agréable selon lui pour la faire taire, et cela était réciproque, puisqu'il la sentit se détendre instantanément et y répondre avec passion. Lorsque le besoin d'oxygène se fit sentir, il se détacha d'elle et contempla avec satisfaction ses joues rouges et son air bougon, comme si elle lui en voulait d'utiliser son trouble pour avoir le dernier mot.
— Crétin, chuchota-t-elle, honteuse de s'être fait avoir.
Elle releva la tête vers lui, et se figea en voyant le sadisme qui se reflétait sur ses traits. Elle remarqua alors que la vilaine seringue avançait doucement vers son bras. Reprenant ses esprits, May planta ses yeux azurés dans ceux aciers de Law, et bougea de droite à gauche en signe de négation, mais le chirurgien hocha positivement la tête avec une expression qui lui murmurait : « tu vas y passer, miss. », alors qu'il se délectait intérieurement de son air inquiet.
— Non, lâcha-t-elle, essayant de le faire céder.
— Si, contredit-il, son sourire s'élargissant.
— Non… ? supplia-t-elle, lui envoyant un air larmoyant dans le but de l'amadouer.
Mais malheureusement pour elle, Law était immunisé contre ce genre d'attaque très puissante, et ce fut avec fatalité qu'elle vit l'aiguille se planter dans sa peau.
— Si, acheva-t-il, victorieux.
— Je te déteste ! commenta-t-elle avec un rictus, regardant partout sauf là où était plantée la seringue. Espèce de psychopathe ! Méchant, méchant, méchant !
Le jeune homme eut un air inquiétant. La torture commençait pour la jeune fille.
Environ dix minutes plus tard, May était debout, observant son bras d'un air désespéré, la mâchoire serrée, tandis que Law plaçait ce qu'il avait extrait dans le quatrième tube à essai qu'il referma comme les trois autres à l'aide d'un bouchon. Il les rangea dans une boite, puis se tourna vers sa victime qui ne put s'empêcher de ronchonner :
— Je vais dire aux autres de te fuir si tu veux leur faire une piqûre. Tu m'as ratée et tu as même dû recommencer plusieurs fois !
— C'est parce que je le faisais exprès, confia le concerné avec sa nonchalance habituelle, les mains dans les poches et son air fourbe collé au visage.
— Quoi ? Tu le faisais exprès ? Espèce de tortionnaire ! s'égosilla-t-elle en le pointant du doigt, outrée par tant de cruauté.
Law haussa les épaules, peu impressionné par les accusations dont il était la cible.
— Tu faisais que de bouger et de te plaindre, ça te servira de leçon. Tend ton bras, exigea-t-il.
Elle s'exécuta en grognant, décidée à lui faire la tête. Néanmoins, elle ne put réprimer un rire en apercevant les pansements qu'il posa là où elle avait été piquée. Sur ces pansements, il y avait un ours de dessiné.
— Au fait.
Elle leva les yeux.
— J'ai menti pour le gâteau, il n'y en a pas.
Le cerveau de la plus jeune cessa de fonctionner, et l'image qu'elle avait d'elle en train de savourer son énorme gâteau au chocolat se brisa en mille morceaux.
C'était un sacrilège.
— Aww ! Tu veux dire que tu m'as dit ça juste pour que j'accepte tes trucs de psychopathe ?!
Law se contenta de hausser les épaules et de se mettre dos à la jeune fille, ce qui voulait tout dire. Plus que vexée, elle en profita pour lui tirer la langue d'un geste enfantin pendant qu'il rangeait la boite à pansements. Il se retourna et lui lança nonchalamment :
— Tu devrais arrêter de faire ce genre de grimace, miss.
Blessée dans sa fierté, elle croisa les bras contre sa poitrine et se mit à bouder, déçue de s'être fait avoir. Si seulement elle avait une poêle sous la main pour frapper sa sale tête de manipulateur rusé ! Pour effacer cet air bougon, Law s'approcha d'elle et lui tira les joues.
— Tu comptes faire cette tête encore longtemps, miss ?
— Oui, parce que tu n'es pas gentil avec moi !
— Tu es sûre ? Tu sais, je connais un moyen très agréable de te faire sortir autre chose que des plaintes…, susurra-t-il sensuellement.
Il lui mordilla doucement le lobe de son oreille droite, la faisant rougir comme une tomate. Comprenant son sous-entendu plus que douteux, elle s'exclama :
— Va te faire cuire un œuf Trafalgar ! s'exclama-t-elle, embarrassée. Ce n'est pas le moment, et j'avais envie de te poser une question importante en plus.
— Tant pis, je continuerai cette nuit, dit-il.
Elle lui lança une œillade outrée.
— Je plaisantais, précisa-t-il avec exaspération.
Ou pas.
— Je préfère, affirma la lycéenne, exaspérée. Je voulais savoir si je devais parler de mon pouvoir aux autres ? Seul Shachi et Tsukiyo sont au courant.
— Non, ils n'ont pas besoin de le savoir pour le moment, et puis cela risquerait de s'ébruiter, et je veux que Tsukiyo en sache le moins possible.
— Tu ne lui fais pas du tout confiance, à ce que je vois…, constata-t-elle simplement.
— En effet, approuva-t-il sans aucune gêne. Et je veux que tu surveilles Shachi.
La confusion s'installa sur son visage pâle.
— Pourquoi ? Tu t'inquiètes à propos de l'influence qu'elle peut avoir sur lui ?
Law hocha la tête en guise de réponse. S'inquiéter n'était peut-être pas le bon mot, mais il n'appréciait pas de la voir aussi proche de Shachi. Il avait vite compris qu'il se passait quelque chose entre ces deux-là. Le jeune homme aux lunettes noires étaient du genre à facilement accorder sa confiance à une nouvelle recrue puisqu'il considérait que tous ceux que Law recrutait méritait le respect, et c'était encore pire lorsqu'il se retrouvait face à une femme, cette andouille était capable de faire n'importe quoi pour elles. Et vu le mystère qui entourait celle-ci, il valait mieux rester prudent et le surveiller de près.
— Je comptais lui parler de toute façon, avoua-t-elle pensivement. Il est en train de se mettre tout le monde à dos, soupira-t-elle ensuite.
— J'ose espérer que je peux compter sur toi pour arranger tout ça, si tu t'en sens capable, évidemment, la nargua-t-il en touchant malicieusement le nez de la jeune fille de son doigt.
— Bien sûr que j'en suis capable ! Tu vas voir, je suis une superbe psychologue !
— Permet moi d'en douter miss.
— Hmpf, tu verras ! Bon, je te laisse, j'ai faim ~ ! chantonna-t-elle en s'éloignant.
Mais avant qu'elle ne parte, Law déclara, les mains nonchalamment dans les poches :
— Une dernière chose.
Elle se retourna.
— Lorsque je t'ai demandé de chercher ce que tu désirais pour faire apparaître ton pouvoir, quel était ce désir auquel tu accordes tant d'importance ? l'interrogea-t-il avec curiosité.
May écarquilla les yeux, étonnée, puis laissa ses lèvres s'étirer en un fin sourire malicieux
— Tu tiens vraiment à le savoir ? Approche-toi, je vais te le dire dans l'oreille, dit-elle en lui faisant un signe de main.
Haussant un sourcil, Law pencha la tête vers elle. Les lèvres de May s'approchèrent de l'oreille du jeune homme, puis elle murmura doucement :
— C'est… un… secret !
Puis elle lui planta un bisou sur la joue et s'éloigna, une étincelle dans le regard, riant ouvertement. Law retint un faible rire, observant la silhouette de la jeune fille qui disparaissait au loin. Il s'était fait avoir.
May se dirigea vers la cuisine tout en croisant quelques membres de l'équipage qu'elle salua d'un signe de tête, tiraillée par la faim et la fatigue. Elle y rencontra Ban et Penguin qui discutaient tranquillement, Bepo étant retourné s'occuper de la navigation.
— Yo, salua Penguin d'un signe de main.
— Bonjour May, salua poliment le cuisinier à son tour. Tu as bien dormi ?
— Salut les garçons ! Oui très bien, merci Ban.
— Elle dit ça parce qu'elle a passé la nuit avec le capitaine, se moqua Penguin avec malice.
Le faible coup qu'il reçut à l'épaule suite à ses mots le fit rire. Le cuisinier aux cheveux blancs se contenta de sourire, s'abstenant gentiment de tout commentaire pour ne pas mettre la lycéenne dans l'embarras malgré sa surprise. Il ignorait que Law et elle avait une telle relation. Bien sûr Shachi et Penguin avaient lancé quelques rumeurs par-ci par-là avec un manque de discrétion flagrant, mais il avait toujours pensé qu'elles étaient infondées… maintenant, il savait qu'il avait tort !
— Depuis quand tu bois du café ? s'étonna celui au bonnet en levant un sourcil, remarquant que May était en train de faire du café. D'habitude elle se hâtait de se faire une tartine ou un sandwich avec du chocolat.
— Ce n'est pas pour moi, c'est pour Law, contredit-t-elle joyeusement tout en remplissant la tasse. Il n'a pas eu le temps de le prendre ce matin.
— Je l'ai su dès le début que tu serais une parfaite épouse ! la complimenta Ban.
— Merci, mais Law et moi ne sommes pas mariés tu sais, ria la jeune fille sans rougir pour autant, désormais habituée au caractère du cuisinier.
— Moi en tout cas, je suis sûr d'une chose, c'est que notre capitaine va mourir s'il boit ça.
— Eh, je sais faire un café, quand même, ronchonna-t-elle sous l'air amusé de Ban.
— Je dois te rappeler le repas que tu nous avais fait après que tu sois rentrée dans l'équipage ? fit remarquer Penguin.
Elle se contenta de lever les yeux au ciel, puis reporta son attention sur Ban.
— Est-ce que ça te dérangerait de l'apporter à Law s'il te plaît ? quémanda-t-elle au cuisinier, désignant la tasse. J'aimerais parler de quelque chose avec Penguin, poursuivit-elle avec plus de gêne.
Il n'y avait pas besoin d'être un génie pour comprendre qu'en langue « Mayenne » ces mots voulaient dire « dégage » de façon polie. Retenant un rire, il attrapa la tasse et prononça avant de partir :
— Je vous laisse dans ce cas ! Eh, Penguin, n'embête pas trop notre belle Fleur de Cerisier d'accord ?
— Oui papa ~ chantonna le concerné, moqueur.
Ban lui lança une œillade exaspérée, puis disparut de leur champ de vision. Penguin et May se retrouvèrent alors tous les deux.
— De quoi tu voulais me parler ? questionna le jeune homme en se tournant vers elle avec curiosité.
La joie qui animait May disparut instantanément, remplacé par de l'inquiétude. Elle tira la chaise et prit place en face de son ami.
— C'est à propos de Shachi.
Pendant ce temps là, Ban se dirigeait vers la chambre du capitaine d'un pas tranquille. Il toqua à la porte de celui-ci et entra lorsqu'il en eut l'autorisation.
— Bonjour Capitaine. May m'a demandé de vous apporter du café, parce que vous n'avez pas eu le temps de déjeuner ce matin, annonça-t-il en déposant la tasse sur le bureau.
Law fut stupéfait. Il ignorait que la jeune fille ferait preuve d'une telle attention envers lui, il eut presque envie d'aller la voir et la taquiner à ce sujet, mais il n'en fit rien. En tout cas, elle avait bien fait car il en avait vraiment besoin ! Ne pas avoir sa tasse de café le matin le rendait de mauvaise humeur.
— Tu tombes à pic, Ban. Je vais devoir utiliser quatre de tes plantes pour une expérience.
— Très bien capitaine. Elles sont à votre disposition, vous savez où les trouver, sourit le cuisinier. Merci de me prévenir.
Sans un mot de plus il quitta la pièce, laissant le capitaine livré à lui-même. Law porta la tasse jusqu'à ses lèvres, avant de la reposer et de faire la grimace.
— Non seulement ses compétences en cuisine sont plus que déplorables, mais en plus de cela elle est incapable de faire un café correctement, dit-il avec exaspération.
Il était impatient de commencer ses expériences et ne voulait pas perdre plus de temps, afin de comprendre quels effets pouvaient avoir le pouvoir de May sur un être vivant. D'un pas pressé, il attrapa la malette rempli d'échantillons et sortit de sa chambre, se dirigeant là où Ban possédait son jardin secret peu connu des autres membres de l'équipage, laissant derrière lui la tasse de café, vide. Non seulement la jardinerie était une passion pour le cuisinier, mais en plus de cela le capitaine pouvait utiliser certaines de ses plantes pour faire des tests, ce qui était bien pratique, puisqu'il ne voulait pas prendre de risque en utilisant des êtres humains. Même s'il était médecin il devait rester prudent, encore plus lorsqu'il s'agissait du pouvoir de May.
Il ouvrit la porte, laissant apparaître un petit espace agréable illuminé par la lumière du soleil, à l'écart d'un quelconque bruit dérangeant. Il comprenait que cet endroit soit le préféré du cuisinier. C'était paisible, apaisant, éloigné de tout, comme si la faible brise qui soufflait et balayait ses cheveux, balayait aussi ses tourments qui paraissaient moins imposants et lourds à porter. Il s'agenouilla, posa la mallette et l'ouvrit de ses deux mains. Sans plus attendre, il attrapa le premier échantillon et l'exposa à la lumière, avant de constater que cela n'amenait à aucun résultat. Deux échantillons étaient passés à un autre stade : l'aura était plus foncée, comme il l'avait remarqué auparavant lors de son expérience avec la lycéenne. Parfait, il allait pouvoir comprendre ce qui différenciait ces deux états. Était-ce l'écoulement du temps qui permettait ce changement ?
Il choisit quatre plantes : deux qui regorgeaient de vie, et deux autres qui étaient déjà fanées. D'un air minutieux, il vida le premier tube à essai sur la plante bien verte, et remarqua que cela n'eut aucun effet. D'une main experte, il nota avec précision chaque information, pour n'en oublier aucune. Ensuite, il vida le deuxième tube dans lequel il y avait une aura plus foncée sur une plante toute aussi belle, et observa avec stupéfaction la plante se faner en moins d'une minute, recouverte de tâches noires qui semblèrent la pourrir. Avec un léger froncement de sourcil, il vida le troisième tube dans lequel l'aura était juste violette. Encore plus choquant : la plante, qui était déjà fanée, retrouva son état originel, c'est-à-dire ses couleurs et ses feuilles, comme si le temps et l'espace n'avaient aucunement déteint sur elle. Stupéfiant. Enfin, il vida le dernier tube rempli de l'aura « nocif » sur une autre plante fanée, ce qui accéléra le processus de sa destruction.
Il nota scrupuleusement chaque détail sur son carnet, puis le referma d'un geste sec, réfléchissant avec intensité.
1) Aura violette, plante en bonne santé : aucun effet.
2) Aura violette foncée, plante en bonne santé : elle se fane.
3) Aura violette, plante déjà fanée : Lui redonne son état originel, la restaure.
4) Aura violette foncée, plante déjà fanée : Accélère la mort, la destruction de la plante.
C'était juste incroyable.
Un pouvoir à deux facettes, capable de faire la paix… et de semer la destruction.
[…]
Penguin marchait dans l'un des nombreux couloirs du sous-marin jaune, les mains dans les poches de sa combinaison blanche. Il cherchait Shachi depuis déjà dix minutes mais ce crétin était introuvable. D'habitude il traînait dans sa chambre ou dans la salle des machines pour réparer, mais là il n'était nulle part, pourtant il fallait qu'il le voit, pour lui parler de Tsukiyo et de leur récente dispute, auquel il réfléchissait depuis un bon moment.
Il ne comprenait toujours pas le jugement que portait son ami sur la jeune femme, ni la ferveur avec laquelle il l'avait défendue. Elle était là depuis seulement une semaine, et il agissait déjà comme si elle avait une grande importance dans sa vie ! Avait-il oublié toutes les années d'amitié qu'ils avaient passées ensemble, à naviguer, à se disputer, à rire et à essayer d'atteindre la liberté ? Il fallait croire que oui. Peut-être qu'un ennemi inconnu lui avait détruit la cervelle ? Il rejeta cette théorie, puisque Shachi était selon lui dénué d'un quelconque cerveau. Ses lèvres laissèrent passer un grognement d'irritation. Pourquoi se comportait-il ainsi ? Rares étaient les fois où il s'était réellement disputé avec lui, puisqu'ils avaient la même opinion sur beaucoup de sujet et partageait une complicité qui n'appartenait qu'à eux. De toute façon, tout était de la faute de cette sauvage aux cheveux rouges. Même s'il adorait les femmes, en avoir dans un équipage rempli d'hommes n'était jamais une très bonne idée, puisqu'il considérait que cela mènerait forcément à des conflits – hormis May, car elle était adorable et n'était pas guidée par de mauvaises intentions.
Ses pensées se turent lorsqu'il vit son ami au détour d'un couloir, celui-ci ne pouvait pas le voir. Il ouvrait la bouche pour lui adresser la parole lorsqu'il remarqua que Tsukiyo était également présente. Sans réfléchir, il se hâta de reculer et de se plaquer contre le mur dans le but de ne pas être remarqué. Ce n'était pas très poli d'écouter une conversation, mais il n'avait pas vraiment le choix s'il voulait mieux comprendre leur relation.
Shachi se tenait devant elle, le cœur submergé par l'hésitation et l'appréhension. Il ne l'avait pas revue depuis la veille. Dès le matin il avait commencé à la chercher partout : dans la vigie, sur le pont, dans le réfectoire, partout, sauf dans sa chambre. Il avait toqué à sa porte, mais seul le silence lui avait répondu. A l'heure du déjeuner, il avait à nouveau posé son plateau près d'elle, pour lui demander si elle acceptait sa présence, mais elle l'avait repoussé avec un dédain inexplicable qui l'avait laissé perplexe. Après avoir mangé, il était retourné sur le pont, espérant l'apercevoir comme lors de leur première réelle conversation, en vain. Il avait l'impression qu'elle l'évitait. Ses yeux fuyaient les siens, elle ne lui accordait, comme aux autres, que froideur et mépris, comme si elle avait précipitamment décidé de le considérer comme les autres membres de l'équipage. Même si elle était désagréable, avec lui, elle était parvenue à s'adoucir, il l'avait remarqué, mais elle avait retourné sa veste et avait retrouvé son arrogance. Ce changement de comportement le blessait profondément. Pourquoi agissait-elle ainsi ? Qu'est-ce qui la motivait à l'éviter tout à coup ?
Afin de trouver des réponses à ces questions, il l'avait interpellé alors qu'elle marchait dans le couloir en direction de sa chambre. Elle l'avait toisé durant quelques secondes, avant de reprendre sa marche comme si de rien n'était. Il l'avait rappelé encore une fois et s'était placé devant elle, l'empêchant de s'enfuir. Désormais, elle faisait semblant d'observer les murs d'un air vague.
Il était tant déstabilisé par son attitude, que les mots restaient coincés dans sa gorge.
Enfin, il parvint à prendre la parole :
— Je suis désolé pour hier, s'excusa-t-il avec embarras, une main derrière la nuque. Ils n'auraient pas dû te traiter comme ça.
Et c'était sincère. Il considérait que ses amis n'auraient pas du agir comme ils l'avaient fait.
— Peu importe, ça m'amusait, de toute façon, rétorqua-t-elle sur un ton polaire, évitant soigneusement son regard.
Les sourcils du brun se froncèrent sous le mensonge. Il se rappelait très bien de l'expression de son visage lors de cette dispute, un semblant de confusion mêlé à une tristesse grandissante. Contrairement à ce qu'elle prétendait, ça ne l'avait pas du tout amusée.
— Tu es sûre ? Parce que sur le moment, je croyais que tu étais…
— Et bien tu crois mal, le coupa-t-elle vivement d'un ton plus agressif, le prenant de court.
Elle pivota sur ses talons et s'éloigna sans plus de cérémonie avec la sensation d'avoir un énorme poids sur les épaules. La nuit dernière avait été décisive quant à la décision qu'elle avait prise : celle de ne plus adresser la parole à Shachi, de faire comme s'il n'existait plus. La crise qu'elle avait faite lui avait rappelé sa mission ainsi que le lourd sacrifice qu'elle avait fait pour son Maître. Il lui était impossible de faire marche arrière désormais, elle devait parvenir à l'éloigner d'elle. Le jeune homme prenait bien trop de place dans sa vie, en remettant en doutes ses idéaux, en lui donnant toute l'attention qu'elle n'avait jamais reçue, et en l'acceptait telle qu'elle était. Il fallait que ça cesse, une bonne fois pour toute. Même si c'était douloureux, même si c'était contre sa volonté…
Shachi devait disparaître de sa vie.
— Attends ! l'appela-t-il, se refusant à la laisser partir.
Elle serra durement les poings et s'arrêta, le toisant.
— Quoi encore ? grogna-t-elle, espérant que son attitude désagréable le ferait partir.
Son vis-à-vis s'avança de quelques pas, la peur lui tenaillant les entrailles. Plus les secondes défilaient, plus le doute l'envahissait.
— Pourquoi est-ce que tu m'évites ? J'ai dis quelque chose de mal ? questionna-t-il avec un manque d'assurance certain.
Tsukiyo tiqua, haussant un sourcil. Il l'avait remarqué. Cela rendait les choses encore plus difficiles, mais elle aurait dû s'y attendre. Seulement, elle ne pouvait rien lui dire, rien du tout. Elle devait prendre sur elle, et mettre rapidement un terme à cette conversation.
Avant qu'elle ne craque.
— Je ne t'évite pas. Satisfait ? grogna-t-elle. Maintenant laisse-moi, acheva-t-elle en reprenant sa marche, lui tournant le dos.
Les épaules de Shachi s'affaissèrent. Menteuse. Elle s'éloignait, aussi bien physiquement que psychologiquement. Il était effrayé à l'idée qu'elle augmente cette distance entre eux, alors qu'il était parvenu à la réduire au prix de quelques efforts. L'incompréhension lui torturait l'esprit, tout comme ces pensées qui n'avaient ni queue ni tête, et qui s'entremêlaient.
La veille, durant la dispute, elle avait eu l'air si fragile, si triste, si vulnérable. Lorsqu'elle lui avait demandé de la laisser se défendre, il avait souhaité être celui qui la protégerait, qui l'écouterait… qui l'aimerait. Contrairement à son capitaine, prendre conscience de son inclination envers elle n'avait pas été difficile, ça avait même été comme une évidence. Tout ce qu'il voulait, c'était l'avoir à ses côtés, pouvoir continuer à en découvrir plus sur elle, comprendre chacune de ses mimiques, découvrir chacune des facettes de sa personnalité, jusqu'à ce qu'elle ne représente plus aucun secret pour lui. Et encore une fois, pour que son souhait se réalise, il devait à nouveau faire un effort et prendre un risque.
Le regard déterminé, il courut vers elle et l'attrapa par le bras, l'arrêtant dans son élan. Tsukiyo sonda silencieusement le jeune homme qui rougissait et cherchait ses mots, la tête baissée. Elle fut si surprise par ce contact inattendu qu'elle ne pensa même pas à se défaire.
— T-tu sais, j'étais vraiment sincère hier… quand je t'ai dis que je ne voulais plus que tu sois seule…, déclara-t-il difficilement.
Son cœur battait si violemment contre sa poitrine, tandis qu'il prenait à peine conscience de ce qu'il allait faire.
— Et… j'aimerais vraiment que…
La prise qu'il exerçait sur le bras de la jeune femme se resserra. Il leva la tête et planta ses prunelles dans les siennes, avant d'annoncer avec une voix ferme :
— S'il te plait Tsukiyo, laisse-moi prendre soin de toi !
— Qu'est-ce que tu racon…, commença la concernée, de plus en plus choquée, avant d'être coupée par le brun qui continua sur sa lancée :
— Je sais qu'on se connait à peine et que tu ne me fais pas totalement confiance, mais j'y peux rien je… quand je te vois… enfin… je veux vraiment te protéger et t'aider… je…
Ses yeux se baissèrent à nouveau, et l'assurance qui l'envahissait vola aussitôt en éclat. Malgré tout, il se décida à être honnête et à dire le fond de ses pensées :
— Franchement je… je pense… que je t'-
Il se coupa brutalement dans sa déclaration, tout autant que le souffle de Tsukiyo. Il n'essayait pas de dire ça, n'est-ce pas ? Elle devait être en train de nager en plein cauchemar ! Pourquoi n'avait-elle rien vu ? Pourquoi n'avait-elle pas essayé avec plus de violence de le repousser au début ? De cette manière, elle n'aurait jamais eu à affronter cette situation !
Remarquant qu'il ouvrait la bouche pour parler à nouveau, elle le repoussa vivement sans réfléchir, le faisant reculer d'un pas et le coupant dans son initiative.
— Tu… tu te moques de moi…, tu ne peux pas… tu ne dois pas ! haleta-t-elle, la gorge nouée.
Il n'avait pas le droit de dire une telle chose ! Pas maintenant, alors qu'elle avait enfin réussi à prendre une décision ! Sa volonté était déjà si faible, si en plus de cela il lui avouait de tels sentiments… elle ignorait si elle pourrait résister ! Non pas qu'elle était amoureuse de lui — il en était tout simplement hors de question, mais elle n'ignorait pas qu'il ne la laissait pas totalement indifférente. La preuve : elle devait s'éloigner de lui car il était un obstacle dans ses plans ! Mais comment était-ce possible ? Comment quelqu'un pouvait-il nourrir de telles pensées à son égard ? Elle était si détestable !
Shachi esquissa un imperceptible sourire mélancolique, blessé malgré lui par les paroles de la jeune femme. Le simple fait qu'elle refuse son amour, lui faisait mal.
— Et pourquoi je n'ai pas le droit ?
— Ne cherche pas à savoir pourquoi ! C'est comme ça, c'est tout ! s'emporta-t-elle rudement.
Pourquoi rendait-il les choses si compliquées ?
— Non ! Je veux une raison ! Pourquoi je n'aurai pas le droit de t'aimer ? Explique-toi et arrête de fuir ! dit-il en lui rattrapant le bras à nouveau.
— Je ne peux pas te le dire crétin !
— Mais moi je veux une réponse ! insista-t-il, obstiné.
Non ! Il fallait qu'il arrête, qu'il se taise, qu'il ne lui adresse plus jamais la parole ! Si cela continuait, elle… elle n'arriverait plus à s'éloigner de lui ! Jusqu'à présent, elle pensait que son maître était le seul qui comptait réellement dans sa vie, qu'ils seraient toujours ensemble, sans accorder aucune importance aux autres êtres humains ! Mais elle se trompait, elle ne faisait que fuir tous ceux qui s'approchaient d'elle pour ne pas avoir à faire un choix un jour. Mais aujourd'hui, il était bien trop tard. Shachi avait déjà pris une place bien trop grande dans sa vie, pourtant, elle ne pouvait pas tout lui révéler ! Elle ne pouvait pas lui avouer qu'elle était une espionne et que depuis le début elle était son ennemie, qu'il avait fait confiance à la mauvaise personne ! Elle était prête à le rejeter, à lui mentir, quitte à ce qu'il finisse par la détester ! Ainsi, elle parviendrait peut-être à se détacher de lui et tout reviendrait comme avant ! De cette façon, si jamais un jour il apprenait la vérité, la peine serait moins grande !
… Mais c'était si difficile !
— Lâche-moi ! ordonna-t-elle.
Mais Shachi n'accepta pas sa requête, et accentua même la poigne qu'il exerçait sur elle.
— Non ! Répond-moi ! Je suis de ton côté !
— Qui t'as dit que tu l'étais ? cracha-t-elle violemment.
Il se figea.
— Pardon ?
— Qui t'as dit que tu étais mon ami ? Ne crois pas pouvoir être aussi familier avec moi juste parce que tu m'as défendu ! Tu n'es pas mon ami et d'ailleurs tu ne seras jamais rien pour moi, tu m'entends ?
— Mais je…
— Et puis d'abord fous moi la paix, j'en ai marre d'avoir un gamin qui traine dans mes pattes ! J'ai pas besoin de toi ! cria-t-elle, parvenant enfin à s'arracher à sa prise.
Peu importe si elle passait pour la méchante dénuée de considération, si ça pouvait l'éloigner, elle était prête à endosser ce rôle !
— Je ne te crois pas, tu dis ça juste pour m'éloigner de toi ! Tu ne penses pas un mot de ce que tu dis ! s'énerva le jeune homme, certain qu'elle ne faisait que lui mentir.
Brusquement, il attrapa le visage qui lui faisait face de sa main droite et enleva ses lunettes noires de l'autre, capturant son regard.
— Regarde-moi, dis-moi que tu ne veux plus me voir et je te laisserai tranquille ! rétorqua-t-il avec un air mélancolique.
— Je… je ne veux...
Elle se tut, incapable de prononcer ces mots, comme hypnotisée par les prunelles rouge sang et bleu ciel, dans lequel se dessinait une lueur craintive. L'intensité avec laquelle il la contemplait la faisait frémir, alors que son souffle tiède caressait son visage. Jamais on ne lui avait lancée un tel regard, si désespéré et à la fois si suppliant, que son cœur avait l'impression de se retrouver au beau milieu d'une tempête fracassante.
Remarquant que la volonté de la jeune femme diminuait, Shachi l'attira à elle et la serra fortement contre lui, comme s'il se refusait à la laisser partir. Il faisait preuve d'égoïsme, mais il s'en fichait.
— Reste avec moi…, l'implora-t-il, espérant qu'elle céderait définitivement.
Les yeux de Tsukiyo s'agrandirent.
C'était la première fois qu'on l'enlaçait.
Un doux sentiment de sécurité l'envahit. Quelle sensation agréable, d'être tenue ainsi dans les bras de quelqu'un d'autre… ses dernières barrières cédèrent face à cet élan d'affection, et elle se laissa faire, noyée sous l'apaisement qu'elle ressentait à cet instant.
Elle ne se reconnaissait plus. Depuis quand était-elle si faible, si humaine ?
L'image de son maître s'imposa à elle, lui faisant reprendre ses esprits. Brutalement, elle poussa le jeune homme à l'aide de ses mains, et l'implora :
— Arrête ! Ne rend pas les choses plus dures !
Pour la première fois depuis longtemps, le masque qu'elle portait se brisa, et elle laissa une larme glisser douloureusement le long de sa joue. Sa mâchoire se serra, ses yeux se ternirent du désespoir qui la hantait, et ses lèvres commencèrent à trembler. Shachi se figea face au spectacle qui se présentait à lui, face à au chagrin qui semblait envahir la jeune femme. Jamais il ne l'avait vu dans cet état. Il était paralysé, incapable de faire le moindre mouvement.
Vacillante, Tsukiyo s'écarta de quelques pas, le visage maintenant mouillé par un torrent de larmes devenu incontrôlable.
— Si tu m'aimes vraiment Shachi, ne t'approche plus de moi… c'est tout ce que je te demande, supplia-t-elle d'une voix rouée par l'émotion.
— Tsuki…, chuhota-t-il, déconcerté.
Le moment était venu de faire ce qu'elle aurait dû faire depuis longtemps : couper ce fil rouge qui les liait tous les deux, briser le peu de choses qu'ils avaient construit, revenir à la case départ, lorsqu'elle ne laissait transparaître que solitude et inhumanité, sans se retourner.
Elle lui tourna le dos, pris une grande inspiration et prononça, avec tout le courage qu'elle avait essayé de rassembler dans le creux de ses mains :
— Je ne veux plus te voir.
Ça y est, les mots avaient été prononcés, aussi blessant qu'un couteau en plein cœur. Jamais elle n'aurait pensé que des mots aussi simples auraient pu être si difficiles à dire, ni avoir une telle signification pour elle. Sa raison lui hurlait de ne pas faire demi-tour pour voir l'expression qu'arborait Shachi, car si elle le faisait, elle perdrait définitivement toutes ses résolutions. Alors, machinalement elle fit un pas, puis deux, la tête haute, les larmes coulant le long de ses joues. Elle marcha avec fatalité vers ce paysage qu'elle avait toujours observé de ses propres yeux, vers ces ténèbres qui dévoraient tout sur leur passage, jusqu'à l'engloutir, comme auparavant.
Elle retrouvait en fin de compte ce monde si familier tinté de noir, et dépourvu de la lumière qu'elle avait réussi à apercevoir, durant un temps fugace de sa misérable vie.
— Et merde !
Le poing de Shachi s'écrasa violemment contre le mur, tandis qu'un tourbillon d'émotions négatives se déchaînait en lui. Il observa sa main qui saignait désormais, et serra les dents.
Tout était terminé entre eux.
Une effervescence jusque-là endormie se réveilla en lui, lui donnant envie de casser tout ce qu'il y avait autour. Sans plus attendre il se dirigea vers la cuisine au pas de course, attrapa une bouteille d'alcool qui traînait dans le frigo et se servit un verre, la main tremblante. Il s'enfila la totalité du verre d'une seule traite, avant de rudement le reposer sur la table et de se resservir, dans l'idée de devenir complètement saoul pour oublier cette mauvaise journée. Penguin, qui l'avait suivi avec une agitation naissante, l'observait silencieusement, adossé contre le mur et l'air grave. Il n'aimait pas voir son ami dans un tel état. Il comprenait mieux le lien qui l'unissait à Tsukiyo, ou plutôt qui les avait unis, car maintenant il n'existait plus. Même s'il avait ressenti de l'animosité envers le brun suite à leur récente dispute, il ne pouvait qu'être compatissant devant la scène qui se déroulait devant lui. Il restait son ami après tout.
Les paroles de May résonnèrent dans son esprit :
Il m'inquiète
— Tu devrais arrêter, conseilla-t-il en voyant que Shachi entamait son quatrième verre.
Le concerné tourna ses yeux vides vers lui.
Je ne l'avais jamais vu comme ça
— Qu'est-ce que tu veux ?
Ce n'était vraiment pas le moment de venir l'emmerder. D'autant plus qu'il en voulait encore au jeune homme d'avoir insulté Tsukiyo.
— Calme, lui conseilla Penguin. Je sais que tu es encore troublé par ce qui vient de se passer, mais…
— Tu nous espionnais ?! le coupa le brun, les sourcils froncés par la rage.
— Oui, reconnut l'autre avec franchise, les mains dans les poches. Je voulais savoir ce qui se passait entre vous deux.
Shachi serra les dents sous l'amertume qui déferlait en lui.
— Et ben comme tu peux le voir y a rien, c'est bon, t'es content ? Tu voulais pas que je m'approche d'elle, c'est réglé maintenant, ironisa méchamment le brun, ne maîtrisant pas ce qu'il disait à cause de la rancœur.
Je me fais peut-être des idées mais… je crois qu'il change de jours en jours…
Non, il n'en était pas content du tout, le voir dans un tel état ne lui donnait aucune satisfaction. Néanmoins, c'était mieux comme ça selon lui. Tsukiyo avait une mauvaise influence sur Shachi, il s'entêtait à y croire. Depuis que celui-ci l'avait rencontrée, il s'était renfermé sur lui-même, et s'était mis à l'écart des autres pour apporter toute son attention sur la nouvelle recrue, jusqu'à voir en elle une raison d'exister qui n'avait aucun sens.
— Ecoute, il faut que tu te ressaisisses, tu es bizarre depuis que tu l'as rencontrée, confia Penguin, gardant son sang-froid.
Shachi soupira fortement, exaspéré.
— Tu sais quoi ? Fiche-moi la paix, va emmerder quelqu'un d'autre. Moi, j'en ai assez, j'ai pas besoin de tes leçons de morales ! cracha-t-il.
N'attendant aucune réponse de la part de son interlocuteur, Shachi s'avança et le bouscula dans le but de sortir de la cuisine, mais l'autre ne fut pas de cet avis et le stoppa en posant une main sur son épaule.
— Je veux juste t'aider, insista Penguin, soucieux.
— J'ai pas besoin d'aide, merci ! cracha sèchement le brun en s'extirpant violemment de sa poigne.
— Tu ne vas pas bien du tout ! riposta l'autre en haussant le ton.
Plus qu'énervé, Shachi cria rudement, ses yeux lançant des éclairs à travers ses lunettes noires :
— Putain mais mêle toi de tes affaires !
— Mais ça me regarde bordel ! s'égosilla Penguin face à l'entêtement de son ami.
— Ah ouais ? Et pourquoi ? Je m'en sors très bien tout seul !
Il a toujours été là pour moi, quand j'avais des problèmes… mais lui, il ne me parle jamais de ce qui le préoccupe…
— On est amis espèce de crétin fini ! On s'inquiète tous pour toi ! On est potes depuis des années et toi tu te mets tout le monde à dos à cause d'une inconnue ! Mais qu'est-ce qui va pas dans ta cervelle de pois chiche ?
— Elle n'est pas qu'une inconnue ! la défendit Shachi, les poings serrés.
— Mais qu'est-ce que tu lui trouves à la fin ?! Vous n'avez rien en commun !
— T'en sais rien du tout donc ferme là ! Elle au moins elle me comprend, elle sait ce que ça fait que d'être rejeté, de ne pas être accepté par les autres ! Toi tu ne sais pas ce que ça fait, tu ne peux pas comprendre ! hurla-t-il.
Une vague d'émotion submergea Penguin à l'entente de ces mots si cruels. Peut-être Shachi était-il trop en rogne pour mesurer l'importance de ses aveux, peut-être était-ce aussi l'alcool qui dénouait sa langue, mais cela ne changeait rien au fait qu'il se retrouvait blessé par une telle déclaration. La plupart du temps, le brun à lunettes souriait joyeusement et répandait sa bonne humeur naturelle un peu partout dans le sous-marin jaune. Prendre conscience que tout cela n'était en réalité qu'une façade qui cachait des cicatrices encore ouvertes, le submergeait d'une culpabilité sans nom. Peut-être ne se souciait-il pas assez de lui. Il pensait qu'il avait avancé, qu'il était prêt à tourner la page de son passé pour écrire une autre page bien plus joyeuse que celle-ci, mais tout cela n'était qu'illusion, il restait toujours bloqué à ce chapitre de sa vie, comme s'il n'y avait pas assez d'encre pour y poser le point final. Et il était certain que pour Shachi, la vengeance était la seule façon dont pourrait se finir ce chapitre tâché de sang.
De son point de vue, Shachi aimait Tsukiyo car celle-ci renfermait beaucoup de mystère et semblait avoir vécu des choses difficiles, ce qui le confortait dans l'idée de ne pas être le plus malheureux du monde. Ce n'était pas de l'amour qu'il ressentait pour elle, mais de la dépendance, et comme tout autre dépendance, celle-ci était dangereuse. Tout ce qu'il voyait à travers elle, c'était une autre raison de vivre que la vengeance, tout simplement. Egoïstement et aussi inconsciemment, cela réconfortait le brun de savoir que quelqu'un souffrait plus que lui, et le noyait sous l'illusion. En aidant la jeune femme, en lui donnant de l'attention, il se sentait utile, ce qui lui permettait de taire durant quelques instants la culpabilité qui le rongeait à propos de Shinobu et sa famille. C'était ainsi que fonctionnait l'être humain. En voyant plus faible que lui, en comparant ses malheurs à celui des autres, il se sentait mieux.
Au final, l'être humain était bien hypocrite.
— Attends, tu te fous de ma gueule j'espère ? rit Penguin sous l'amertume qui s'emparait de lui. Parce que là c'est vraiment drôle ! Moi ? Ne pas te comprendre ? Je connais tout ton passé et je sais pourquoi tu portes ces lunettes !
— Mais toi ce n'est pas pareil ! riposta vivement le concerné. Vous n'êtes pas pareils ! Vous souriez, vous riez, vous faites comme si de rien n'était…
— Tout simplement parce que nous, on a tourné la page, et qu'on a arrêté de se prendre la tête, contrairement à toi !
Shachi se contenta de le toiser avec sévérité, peu convaincu. Penguin ne pouvait pas comprendre son mal être. Il ne supportait plus de faire rire les autres continuellement comme le ferait un clown dans une pièce de théâtre, alors que tout ce qu'il voulait c'était trouver un moyen d'étouffer les remords qui torturaient son esprit chaque jour. Les cauchemars continuaient de le hanter régulièrement, l'obligeant à se réveiller à deux heures du matin, le front en sueur et l'air perdu. Avec Tsukiyo, au moins… il avait l'impression d'être compris et d'avoir une meilleure opinion de lui-même !
Penguin l'observait silencieusement. Son ami avait l'air d'être en proie à des tourments, et gardait une expression de fureur et de mépris qui lui rappelait l'encapuchonnée. Il n'avait pas le choix : il devait le provoquer, le faire exploser, pour qu'il exprime sa fureur et qu'il puisse se débarrasser de ces sentiments qui l'encombraient, et aussi peut-être, lui faire comprendre qu'il fallait arrêter cette torture avec ce passé dont il n'arrivait pas à se défaire.
Il se décida à être franc, à dire à voix haute le fond de sa pensée sans aucune retenue, parce que parfois, pour faire réagir les gens, il fallait les confronter à la réalité au lieu de les conforter dans leurs idées. Même si Shachi allait ensuite l'ignorer pendant une bonne semaine, il allait le faire, parce qu'il était avant tout son ami, et qu'un ami, ça savait secouer l'autre en cas de nécessité.
— Je ne dis pas qu'il faut oublier ce que tu as vécu, ni que tu n'as pas le droit de te plaindre de temps en temps, mais au bout d'un moment, il faut que tu arrêtes de te torturer de la sorte ! s'exclama-t-il avec fermeté, la voix forte. Le capitaine, moi, les autres et même May, avons vécu des choses difficiles, mais il faut faire avec et cesser de se prendre la tête tout le temps sur des choses que l'on ne peut pas modifier !
— Tu dis ça comme si c'était facile ! reprocha le brun. Mais tu n'es pas à ma place, je ne suis pas prêt ! Je ne peux pas passer à autre chose comme ça en un claquement de doigt !
Evidemment qu'il savait que ce n'était pas facile ! Mais cela n'empêchait pas de faire des efforts !
— Mais combien de temps tu vas continuer à attendre ? Avance un peu ! C'est ça qui nous différencie Shachi. Toi, tu continues de porter ces lunettes, certes parce que tu as peur du jugement des autres, mais aussi parce que tu ne veux pas les enlever, car pour toi, les enlever reviendrait à passer à autre chose, à trouver une autre raison de vivre, à accepter de ne pas avoir pu faire quoi que ce soit pour ton petit frère et tes parents ! révéla-t-il furieusement.
— Ferme là, ordonna l'autre sur un ton glacial et menaçant, son visage s'assombrissant dangereusement.
Mais Penguin ignora sa remarque et continua sur sa lancée avec la même assurance :
— Désolé mais si tu n'es capable d'avancer, tu n'arriveras jamais à rien ! N'espère pas avoir le One Piece, alors que tout ce que tu veux c'est retrouver les Hommes en Noirs ! Tu es tout le temps joyeux, tu ne te plains pratiquement jamais…. Mais tu continues de porter ces lunettes ! Enlève les une bonne fois pour toute, et montre enfin à tout le monde ce visage que tu gardes toujours caché pour te protéger !
— Ferme là ! rugit le brun avec une véhémence incontrôlable, avant de foncer vers Penguin et de lui mettre un poing dans la figure sans aucune retenu, la mâchoire serrée.
Penguin atterrit lourdement au sol, lâchant un gémissement plaintif qui témoignait de la douleur qu'il ressentait suite au geste de Shachi. Ses lèvres laissèrent passer un faible juron et il se releva, essuyant négligemment le sang qui coulait le long de son menton d'un revers de main. Putain, il n'y était pas allé de main morte. Maintenant, le brun était réellement enragé : sa respiration était rapide, hachée, et ses poings étaient si serrés que ses jointures blanchissaient.
Les paroles de Penguin se répétaient durement dans son esprit qui essayait en vain de les faire taire. C'était la première fois qu'on lui hurlait une telle vérité en pleine face, qu'on lui reprochait clairement ce qu'il n'avait jamais osé admettre. May avait toujours été douce, complaisante et attentionnée envers lui, il n'avait donc jamais eu à se remettre en question, bercé par la chaleur presque maternelle qu'elle lui prodiguait. Et jusqu'à maintenant, aucun de ses autres amis ne l'avait vraiment secoué quant à son passé, et c'était pour cette raison qu'il se retrouvait à cet instant fortement déstabilisé, comme s'il avait perdu tous ses repères.
Cela faisait si mal.
— T'as envie de te battre c'est ça ? Ok viens crétin, que je puisse te foutre la raclée de ta vie ! De toute façon j'ai toujours été meilleur que toi ! le provoqua Penguin, les poings serrés devant lui dans une position de combat.
Aussi déchainé qu'un loup affamé, Shachi sauta sur le jeune homme et le fit tomber à terre, le plaquant contre le sol gelé de la cuisine. Le brun à lunettes lança son poing mais Penguin l'évita en bougeant la tête, et parvint finalement à asséner un coup de pied dans le ventre à Shachi et le faire voler, le permettant de se libérer de son emprise. Il se releva et attendit que le brun en fasse de même après sa chute. Une fois celui-ci sur ses deux pieds, le combat reprit et ils s'envoyèrent des coups de poings sans aucune hésitation, jusqu'à ce que Shachi plaque une deuxième fois l'autre sur le sol. Ils commencèrent alors à rouler pour avoir l'avantage, et lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin, Penguin réussit enfin à toucher Shachi en plein visage.
Les lunettes volèrent sous le coup, atterrissant un peu plus loin dans un bruit assourdissant. Penguin voulu enchaîner avec un autre coup, mais se figea face à la vue qu'il avait devant lui.
Shachi pleurait.
Ce simple constat éteignit d'un souffle la flamme d'animosité qui brûlait en lui, ne laissant qu'une certaine confusion mêlée à de la culpabilité. Son souffle se coupa durant une poignée de secondes, alors qu'il ne parvenait plus à aligner une seule pensée cohérente. Un lourd silence les surplombait, tout comme le ciel dans lequel flottaient quelques nuages gris.
Shachi, se releva lentement et s'écarta, tournant le dos à son ami. D'un revers de main il effaça les larmes traîtresses et récupéra ses lunettes, tout en se rassurant de les voir en bon état, ce qui était digne d'un miracle, vu le nombre de fois où elles étaient tombées.
Bordel, il essayait de reprendre contenance, mais il n'y parvenait pas. Ses épaules tremblaient violemment et les larmes menaçaient toujours de couler, mais il ne voulait pas flancher maintenant, pas devant Penguin. Il n'avait jamais craqué auparavant devant qui que ce soit, sauf peut-être son capitaine. Mais pour le peu d'estime de lui-même qui lui restait après cette violente dispute, il se refusait à être faible. Il voulait partir, mais il n'y arrivait pas, ses jambes étaient figées, il était complètement paralysé par la honte.
Il se sentit misérable, pitoyable, et craqua pour de bon.
Les larmes coulèrent à nouveau dans un silence pesant qui l'oppressait. Il serrait les dents à s'en faire mal pour reprendre la maîtrise de soi-même, sentant le regard de Penguin qui s'était relevé. Celui-ci l'observait sans savoir quoi faire, avec impuissance. C'était dur, mais il fallait bien qu'il craque un jour, qu'il évacue toutes ces émotions qu'il avait gardé enfouis en lui dans un coffre fermé qui venait tout juste de s'ouvrir.
May subissait également la scène, cachée derrière le mur, la tête baissée. Elle avait pris il y a dix minutes la décision de rejoindre Penguin pour savoir s'il avait discuté avec Shachi, mais en arrivant, elle les avait vus en train de se battre férocement. Au début, elle avait pensé intervenir pour les arrêter, mais avait rapidement compris qu'elle ne devait pas s'en mêler. Shachi et Penguin étaient en train d'aborder des choses qui semblaient la dépasser, et dont elle n'était même pas au courant. Elle se décolla du mur et s'éloigna d'un air rassuré, car elle savait qu'elle pouvait compter sur Penguin pour arranger tout ça.
Après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, Shachi se dirigea vers le robinet et s'aspergea le visage d'eau froide, le souffle plus lent et l'air fatigué. Il arrêta l'eau et pensa s'en aller sans un mot, mais remarqua la tasse de chocolat chaud que lui tendait Penguin avec complaisance. Ils avaient tous les deux retrouvés leur calme.
— Merci, remercia-t-il honteusement d'un ton faible, attrapant la tasse d'un geste fébrile avant de s'asseoir, rapidement rejoint par Penguin.
— ça fait du bien de pleurer un bon coup, non ? On se sent généralement mieux après, dit son ami, satisfait de voir que le plus dur était passé désormais.
Shachi tiqua. En effet, il se sentait plus léger, plus apaisé, comme si le poids qu'il portait habituellement était moins lourd.
Et ça, c'était grâce à Penguin, qui était toujours à ses côtés, qui partageait avec lui une grande complicité, qui était bienveillant, et qui avait été la cible de mots bien cruels dont il était le seul propriétaire.
— Désolé, j'ai été con, je…
Il prenait peu à peu conscience de ce qu'il avait dit et fait.
— Pas la peine vieux, je ne t'en veux pas, le rassura aussitôt son vis-à-vis, compréhensif.
C'était un demi mensonge, car en réalité, les paroles de Shachi l'avait marqués, mais il savait que d'ici peu, il parviendrait à les oublier. N'importe qui pouvait dire des choses blessantes sous la colère.
— Par contre, tu n'y es pas allé de main morte ! ria-t-il en indiquant son visage. Je suis tout défiguré, comment veux-tu que j'attire les jolies femmes avec une tronche pareille ? Même Walter et les autres vont se foutre de ma gueule.
La remarque eut au moins le mérite de faire rire le brun, qui était aussi amoché que lui. Mais il s'arrêta rapidement de rire à cause de la douleur qui l'envahit juste après avoir ouvert la bouche.
— On sera deux à subir leur moquerie dans ce cas, sourit-il.
Il prit une première gorgée de son chocolat, et sentit la chaleur se répandre dans la totalité de son corps.
— Pourquoi tu ne nous as rien dit ? s'enquit Penguin.
— Qu'est-ce que vous auriez pu faire ? lâcha-t-il d'un ton las qui traduisait sa fatigue, accentuant inconsciemment sa prise sur la tasse qu'il tenait entre ses doigts.
Penguin ouvrit la bouche, avant de la refermer aussitôt. Une seule réponse résonnait dans son esprit.
— Rien, admit-il à contre cœur. Il n'y a que toi qui peux changer les choses.
Face au silence de son vis-à-vis, il ajouta :
— May s'inquiète beaucoup pour toi tu sais.
Shachi releva la tête avec étonnement, comme s'il avait retrouvé ses esprits. May… la dernière fois qu'il l'avait vu, il lui avait fait des reproches… depuis quand n'avaient-ils pas eu une vraie conversation comme ils en avaient souvent autrefois ? Jusque maintenant il l'avait complètement oubliée, mais soudain, il eut très envie de la voir, car elle était dotée de cette douceur qui lui était propre et qui enveloppait son cœur d'une tendresse infinie.
— Comment… comment elle va ? s'informa-t-il, se rendant compte qu'il ne savait même pas où elle était, ce qu'elle faisait, dans quel état elle se trouvait…
— ça, c'est pas à moi qu'il faut le demander, se contenta de répondre le jeune homme au bonnet, souriant simplement.
Il soupira, et pensa qu'il irait la voir un peu plus tard, en espérant qu'elle ne lui en voulait pas pour la dispute de la veille.
— Tu ne comprends pas qu'en portant ces lunettes, à ne pas accepter la mort de ton frère, tu ne fais que nier et souiller sa mémoire ? Je ne pense pas qu'il aimerait te voir dans cet état, tu sais, poursuivit l'autre tristement.
— Je n'y arrive pas… je n'arrive pas à tourner la page..., se lamenta Shachi, la mine sombre. À chaque fois que je pense que j'ai le droit de vivre, je me dis que c'est moi au final qui aurait dû mourir, et non Shinobu…
— Tu as le droit de vivre, affirma Penguin, répétant les paroles que Law avait adressées à May après qu'elle se soit enfuie du sous-marin pour la première fois. Tu as le droit de reconstruire ta vie, et de trouver le bonheur. Qu'est-ce qu'il y a de mal à être heureux ?
La remarque donna presque à Shachi l'envie de pleurer encore une fois, mais il se retint, et garda le silence.
— Tu devrais accepter la mort de Shinobu, et tirer un trait sur tout ça, conseilla Penguin.
— Oublier ma vengeance sur les hommes en noirs ? Impossible, réfuta-t-il en secouant la tête. Je ne pourrais jamais me sentir bien tant que ces enfoirés n'auront pas payé, refusa le concerné plus sèchement.
Penguin soupira.
— Je ne pourrais jamais te faire changer d'avis, hein ?
— Exactement, s'obstina le brun.
— D'accord, c'est ton choix.
Shachi hocha la tête, et se plongea dans une intense réflexion, réfléchissant aux paroles de son ami. Celui-ci avait raison, il devait arrêter de se prendre la tête, de trop songer au passé… mais dès qu'il pensait à Shinobu, sa culpabilité lui revenait en pleine figure. Il ne voulait pas enlever ses lunettes, ainsi, les gens ne le scrutait pas avec dégoûts, et ainsi il pouvait cacher ses états état d'âme aux autres et se protéger. Elles représentaient également une sorte de punition, car elles symbolisaient ce passé semblable à des chaînes dont il n'arrivait pas à se défaire. Pourtant, Penguin avait raison. Un jour ou l'autre, il allait devoir avancer, il en avait pris conscience, grâce à lui.
Soudainement, une idée germa dans son esprit.
Et si le début du changement se dessinait aujourd'hui… ?
Progressivement, Shachi approcha sa main droite de sa paire de lunettes en tremblant et les enleva, avant de les poser sur la table, submergé par l'anxiété. Les yeux de Penguin s'agrandirent sous le choc, tandis qu'il croisait avec ébahissement les yeux de son ami.
— Juste quelques minutes, se justifia-t-il, afin de ne pas non plus admettre clairement que son ami avait raison.
Penguin sourit, impressionné et fier.
— Tu sais, je pense que les gens n'en ont rien à faire de ton regard, c'est peut-être juste toi qui interprète leur simple regard comme une menace. Si ça se trouve ils t'observent parce qu'ils trouvent que tu as des yeux super beaux, expliqua-t-il.
Shachi haussa les épaules, puis remarqua que Penguin le fixait beaucoup, ce qui le mis très mal à l'aise.
— Quoi ? J'ai un truc sur le visage ?
— Non, rien, sourit-il en reportant son attention sur autre chose pour ne pas accentuer son malaise.
Il était juste content de voir autre chose que ces fichues lunettes sur le nez de son ami. Il était agréable de voir ses yeux changés en fonction de son humeur, ainsi que les différentes expressions de son visage. Parler à des lunettes et non à un être humain, au bout d'un moment, c'était perturbant.
— Bon, je te laisse, tu as quelque chose à faire, non ? fit remarquer Penguin en se levant. Je t'ai dit tout ce que j'avais à dire, le reste est entre tes mains. Mais si tu jamais tu acceptes de ne plus avoir tes lunettes et que tu as besoin de soutien au début, je serai là, tu peux compter sur moi, acheva-t-il avec une grande sincérité.
Shachi garda le silence, ne sachant que dire. Penguin lui lança un dernier sourire et marcha en direction du couloir, les mains dans les poches.
— Attends, l'interpella le brun.
Penguin s'arrêta, mais resta dos à lui.
— Merci, vraiment, le remercia-t-il, bien que ce simple mot ne lui semble guère suffisant pour traduire toute la gratitude qu'il ressentait.
Son ami se contenta de lui faire un geste de main, puis sortit de la pièce pour rejoindre Noa et réparer quelques trucs, laissant Shachi seul avec ses pensées. Celui-ci se leva et se posta devant le miroir. Il observa son regard un instant, puis toucha la paupière de son œil rouge d'un air soucieux, tout en se rappelant que May avait embrassé cet endroit avec une tendresse infinie. Ses doigts touchèrent distraitement le miroir, comme s'il voulait capturer son propre reflet. Il resta ainsi durant plusieurs minutes, songeur, puis récupéra ses lunettes et les replacèrent sur son nez.
Cette journée n'était pas terminée, et pourtant il était épuisé et ne rêvait que d'une chose : dormir. Néanmoins, avoir pris conscience de tout ce qu'il n'osait pas admettre était un grand pas en avant pour lui.
Et avec un peu de chance et de volonté, ce pas n'était que le premier avant bien d'autres.
L'image de May lui revint subitement en tête et il se hâta de se diriger vers la chambre de celle-ci, envahit par l'appréhension. Ses pas s'arrêtèrent devant la porte, saisit par l'hésitation. Il inspira un grand coup et toqua plusieurs fois, espérant qu'elle accepterait de lui parler. Son cœur rata un battement lorsque la porte s'ouvrit, laissant apparaitre la silhouette de la jeune fille dont la bouche s'agrandit sous l'étonnement. Elle ne s'attendait pas du tout à le voir.
— Shachi ? Qu'est-ce que…
Elle fut incapable de terminer la phrase à cause des bras qui l'enlacèrent si brusquement qu'elle fut obligée de reculer pour garder son équilibre. La mélancolie avec laquelle il la serrait contre lui ainsi que son envie de se faire pardonner par ce geste lui nouèrent la gorge.
— Je suis désolé de t'avoir crié dessus hier, pardon..., s'excusa-t-il.
Il fut effrayé de voir qu'elle ne répondait pas à son câlin, peut-être était-ce là sa réponse à ses excuses, mais il se rassura dès qu'il sentit les petites mains de la lycéenne le serrer à son tour une fois la surprise passée.
Elle ne lui en voulait pas. Certes, elle n'appréciait pas Tsukiyo, mais cela n'empêchait pas que Shachi pouvait avoir de bonnes raisons de l'avoir défendue ainsi, malgré la violence avec laquelle il leur avait reproché leurs préjugés. La nouvelle recrue était exécrable avec eux, mais il était fort possible que le brun ait découvert une facette de sa personnalité qui lui était inconnue. En conclusion, elle ne lui en voulait pas. Elle espérait juste qu'il allait mieux.
— Tu m'as manqué, sourit-elle. Je suis contente de te voir…
Il lui fut impossible de voir l'éclat de joie qui brilla à cet instant dans les yeux maudits, mais une petite voix intérieure lui murmura que ses mots l'avaient profondément touché.
Shachi la relâcha doucement, rassuré et apaisé.
En se focalisant sur Tsukiyo, il avait oublié l'une des personnes qui était devenue plus que précieuse pour lui : May, celle qu'il considérait comme sa petite sœur. Il fut soudainement saisit par la honte et l'embarras, et se caressa la nuque avec maladresse.
— Je ne sais pas vraiment par où commencer… je…
Il se tut, confus.
— Tu n'es pas obligé de m'expliquer quoi que ce soit, va à ton rythme, dit-elle chaleureusement, comprenant son trouble.
Les lèvres du plus vieux se posèrent sur son front, signe d'une tendresse qu'il ne parvenait pas à exprimer tant celle-ci était grande.
— Promis, je te raconterai tout. Comment toi tu vas ? Je veux tout savoir sur ce que tu as fait ces derniers jours !
May réprima un rire face à son soudain enthousiasme, et allait ouvrir la bouche pour prendre la parole, mais le bruit d'une sonnerie retentit tel un écho dans le sous marin jaune, indiquant à tous les membres de l'équipage de se regrouper dans la salle de réunion. Rares étaient les fois où le capitaine exigeait qu'ils se réunissent. Généralement, cela signifiait que quelque chose de grave s'était passée, et ce n'était pas bon signe. D'un air intrigué, l'ensemble des Heart Pirates marchèrent en direction de la salle, discutant et faisant des hypothèses avec énergie. Même Tsukiyo, les suivait avec une curiosité grandissante, et, en même temps, une certaine appréhension qui la tenaillait sans qu'elle ne puisse la réprimer. Elle avait retrouvé son sang-froid suite à ce qu'il s'était passé avec Shachi, mais cette sonnerie avait réveillé en elle un mauvais pressentiment dont elle ne trouvait pas l'origine.
Son instinct lui chuchotait de s'enfuir rapidement, mais elle ne parvenait pas à en comprendre la raison.
Arrivée à la salle de réunion, elle se faufila discrètement entre les autres hommes et alla s'adosser contre le mur, les bras croisés et la tête baissée. Les conversations fusaient dans tous les sens, mais se turent à l'arrivée du capitaine, qui avait un air grave, dépourvu de son sourire à la fois si avenant et trompeur qu'il arborait toujours. Ce simple constat suffit à augmenter les craintes de Tsukiyo. Une lueur tintée d'une fureur glaciale se dessinait dans ses orbes cendrés. Un frisson parcourut le corps de la jeune femme. Le chirurgien était en colère. Non, c'était bien plus que ça.
Il était enragé.
Et pour la première fois, elle fut prise d'angoisse. D'habitude, elle réussissait à rester imperturbable face à Trafalgar, à utiliser le même ton sarcastique que lui et à lui faire face, mais cette fois-ci, la situation était complètement différente. Il était le chasseur fort et intimidant, tandis qu'elle était la proie apeurée et suffocante. L'aura qu'il dégageait lui donnait cette impression, et cette impression se renforça lorsque ses yeux croisèrent le sien. Du dégoût, de la haine, ainsi était ce qu'il ressentait à cet instant à son sujet. Elle n'ignorait pas qu'il ne l'appréciait pas, mais cette animosité qu'il semblait inopinément lui vouer n'était pas bon signe.
A l'extérieur, elle paraissait indifférente, mais à l'intérieur, elle était figée, paralysée, incapable de faire le moindre mouvement. L'atmosphère était si lourde. Sa gorge se nouait.
Law s'avança de quelques pas, se plaçant au milieu de la salle, bien à la vue de tous, puis il brisa le silence d'une voix plus que glaciale :
— A ce que je vois notre invitée d'honneur est là, bien, proclama-t-il en portant toute son attention sur Tsukiyo. Si miss veut bien prendre la peine de s'avancer.
Le sang de la concernée se glaça soudainement, pendant que tous les regards se tournaient vers elle. Elle se sentit comme un animal en cage, une bête de foire, qui n'était là que pour amuser les autres ou recevoir leur mépris. Néanmoins elle obéit sans réfléchir, et s'avança en direction du capitaine, le pas lent, les gestes hésitants, le cœur tambourinant dans sa poitrine.
L'ambiance était tout d'un coup si solennelle, qu'elle eut l'impression qu'elle allait recevoir un châtiment. Ses pieds s'arrêtèrent avec automatisme devant Law, qui la fixait dangereusement, comme s'il était prêt à la tuer.
— Miss solitaire, sais-tu quelle erreur as-tu commise ?
"Quelle erreur" ... ? Elle se figea. Non. Ce n'était pas possible. Elle était en train de vivre un cauchemar, n'est-ce pas ? Il n'avait quand même pas... réussi à découvrir son secret ! Oui, elle était sûrement en train de se tromper. Ce devait être ça, elle devait être en train de rêver, et dans quelques minutes, elle se réveillerait dans son lit à cause des rayons du soleil, et vivrait une nouvelle journée dans laquelle elle essayerait de trouver des informations. Il n'y avait aucune raison de paniquer.
.. N'est-ce pas ?
Malheureusement pour elle, les mots que prononça le chirurgien de la mort avec une expression à la fois inquiétante et menaçante, brisèrent ses illusions et l'obligèrent à se confronter à la dure réalité :
— Cette erreur que tu as faite, est celle de me sous-estimer. Tu pensais peut-être pouvoir me berner, et j'admets que tu as bien caché ton jeu. Mais malheureusement pour toi, je sais qui tu es, lança-t-il d'une voix rude, les bras croisés contre son torse dans une position de totale fermeture face à elle, comme s'il n'accepterait pas de la voir nier ses accusations.
Il savait.
Le pire était en train de se produire.
Il savait.
La peur s'insinua en elle comme un poison venimeux.
Il savait...
— où voulez-vous en venir, capitaine ? J'avoue ne pas comprendre..., quémanda Shachi avec un froncement de sourcil, prononçant à voix haute ce que pensaient tous les autres, tout en évitant d'observer la jeune femme.
Tsukiyo posa ses prunelles sur le jeune homme aux lunettes noires.
Lui aussi, il allait savoir, et son monde allait s'écrouler aussi vite que la confiance que le jeune homme lui vouait, comme un château de cartes. Ses lèvres s'étirèrent en un fin sourire résigné, avant de baisser les yeux aussitôt, envahie par l'indignation et la culpabilité.
La partie était terminée pour elle. Définitivement.
— Cette femme que tu vois là, Shachi, n'est pas celle qu'elle prétend être.
Le capitaine pointa du doigt la concernée, qui écarquilla les yeux et fronça les sourcils de stupéfaction, le souffle brusquement coupé.
— Tsukiyo est une espionne, au service de Doflamingo ! cria-t-il d'une voix vibrant sous la haine froide qui l'envahissait, semblable à un ras de marré qui détruisait tout sur son passage.
Chaque mot était tombé lourdement, telle une sentence, et ce fut à cet instant précis, que Tsukiyo comprit qu'elle était bel et bien en train de vivre un cauchemar, et que celui-ci ne faisait que commencer.
Finalement, les ailes noires n'auraient pas besoin de l'emporter.
Elle allait peut-être mourir, ici et maintenant, sous la main du tristement célèbre Chirurgien de la mort.
oO_O_Oo
Ca y est, chapitre terminé ! Vous n'apprenez rien de plus sur Tsukiyo pour le moment, ça viendra plus tard huhu.
Que va-t-il arrivé à Tsukiyo maintenant ? Shachi va-t-il la détester ? Jusqu'où s'arrête le pouvoir de May ? Bref, plein de questions auxquels je donnerai une réponse ! ^_^
N'hésitez pas à laisser vos impressions/ à m'envoyer un MP, j'ai besoin de vos avis pour avancer, me motiver, etc ! Même si ça vous prend un peu de temps, ça fait toujours énormément plaisir !
En espérant que vous n'êtes pas déçu de ce chapitre !
A bientôt ~
Wakfina
