Après cinq mois à rien faire parce que les cours de Terminale c'est de la merde, je me décide à poster ce chapitre 27 que j'ai écris en deux semaines ! Ouais, j'avoue, vu comme ça j'aurai pu l'écrire bien plus tôt, mais que voulez-vous, quand on en a marre des cours et qu'on a même plus envie d'écrire tellement la vie est chiante, bah on fait plus rien ! Mais mes personnages me manquaient, je voulais les revoir interragir entre eux, vous faire vibrer d'émotions, etc... bref, ça m'a manqué tout ça, alors je me suis remise dedans à fond ! ~

Encore un chapitre tristounet, parce que j'aime pas quand les gens sont heureux.

Il m'a fallu une vingtaine d'heures pour écrire ce chapitre, il est égal à environ 40 pages sur word et fait à peu près 20.000 mots, autant dire qu'il est parmi les plus long de cette fanfiction ! j'espère que vous l'aimerez bien !

Merci à ceux qui sont restés malgré l'attente, merci à ceux qui sont compréhensifs et me soutiennent. Je suis désolée d'avoir limite demander à ce que vous partiez et arrêtiez de me lire, tout ça parce que je ne voulais pas vous faire attendre pour rien, je comprends que ça peut être blessant, alors je ne le ferai plus, promis ! ^^

Sur ce, je réponds à vos commentaires du chapitre 26 !

Réponse aux commentaires :

La : Hey ! Si je vais être sadique avec Tsukiyo, parce qu'elle le mérite mouhaha ! Mais Shachi est là pour la réconforter, on peut compter sur lui ! Oui Law et May sont KYUUUTE. Merci pour tes encouragements, j'espère que tu aimeras ce chapitre ! :)

Lehen : Bonjour toi ! ^^ On m'a toujours dit que j'empêchais les gens de dormir haha, désolée d'avoir ruiné ton sommeil ! :P j'avoue c'est vrai que c'est cucul mais j'adore les histoires cucul alors bon x) ! Heureusement tu as réussi à tenir le coup et à continuer à lire ! :p Je sais pas trop si Law est respecté, mais ça peut être sympa que tu vois comment il est dans l'anime, il est juste badass 3 ! QUOI ?ça manque de romance? Mais y a eu que ça pendant 20 chapitres ! xD Halala, jamais content ! :p Merci en tout cas, je me souviens que ton commentaire m'avait fait super plaisir, ça m'amuse de savoir qu'un groupe de personnes me lis ! J'espère dans ce cas que vous aimerez tous ce chapitre, vous me donnerez vos avis hein ?:P Bisous bisous ~ !

Ic'Ilver : Yoh toi ! :D Oui c'est une piqure... par le chirurgien de la mort, donc ça change tout ! XD OWI DES PANSEMENTS BEPO KYUTE NYAAA, je me blesserai plus souvent alors haha ! Oui on aime toujours autant Law et May, ils ont ces petites piques qui nous amusent ! (sans mauvaise jeu de mot avec la piqure haha) Oui je suis une sadique désolée heiiin ! D: VOILA LA SUITE VILAINE ! Merci de tes encouragements ! ~ Bisous ^.^

Emma BD : Coucou ! Merci ! De rien pour le conseil et bon courage ! =)

Traffy-D-Lamy : BON ANNIVERSAIIIREUH ! =) ça te fait combien ? :P Shachi est trop gentil voyons, il ne pourrait même pas la détester haha ! Ha on les aimes nos tourteraux :P ! Merci d'être toujours là pour me lire et me soutenir et merci de ta compréhension (via les MP) =) j'espère que tu aimerais ce chapitre et désolée pour l'attente !

Nikkouyoku : Yo ! Comment Law a compris que Tsukiyo était une espionne ? Tu verras dans ce chapitre haha ! Ah la piqure ça a marqué les esprits dit donc XD ! A bientôt miss bisou ! =)

Ruko Yoru : Coucou toi ! Merci encore pour les jolies dessins que tu as fait je les adore et les conserve ! ^^ Je comprends parfaitement que tu sois trop occupé, je le suis également, c'est dur les cours hein ? Faut s'encourager ! :) Bon courage pour le bac de français ! Dis-toi que j'ai eu 7 à l'oral et 12 à l'écrit XD ! J'me rappelle qu'on passait l'examen dans un autre lycée, le couloir où on devait aller on aurait dit le couloir de la mort ! Les élèves étaient stressés sur leur chaise à réviser halala ! Te stresse pas trop en tout cas hein ? ;) Bisou ~ !

Idril Daliem : Salut nouvelle lectrice et bienvenue ! ^_^ T'inquiète pas, pas grave si t'as pas commenté avant, moi-même je commente pas toujours, ça arrive à tout le monde, mais c'est gentil d'avoir pris de ton temps pour le faire au chapitre 26 ! =) Merci pour tes encouragements, c'est toujours agréable d'avoir des lecteurs aussi compréhensifs, je sais pas ce que je pourrais faire sans vous w! Merci c'est vraiment adorable, je la mets parfois en pause mais jamais en abandonnée, du moins pour le moment ! x) Je suis contente que tu aimes mes OC et le couple Law x May, ça m'encourage beaucoup et me motive ! =) J'espère que tu aimeras ce chapitre et que tu ne seras pas déçue ! Bonne lecture =)

Je n'ai pas encore corrigé le chapitre et comme je veux absolument le poster ce soir, je ne l'ai pas totalement relu non plus, donc désolée s'il reste des petites fautes, hésitez pas à me le dire si y a des contradictions que je n'ai pas remarqué ! ^^

JOYEUX ANNIVERSAIRE A TRAFFY-D-LAMY QUI RECOIT SON CADEAU UN PEU PLUS TOT QUE PREVU :D ! Hésitez pas à aller checker son profil ! :3

Je vous souhaite une bonne lecture ! =)

Wakfina


Les mots s'étaient tus.

Il n'y avait qu'un silence lourd de signification, lourd de reproches et de non-dits, et surtout criant de vérité. Pour Tsukiyo, ce silence n'était que l'aube de sa propre fin. Son regard se posa sur le seul hublot de la pièce, derrière lequel l'on pouvait observer les vagues qui se dessinaient calmement, ainsi qu'un ciel azuré qu'elle avait apprécié contempler un nombre incommensurable de fois.

C'était un beau jour pour mourir.

Doucement, elle reporta son attention sur le capitaine. Etrangement, maintenant que son secret avait été révélé, elle se sentait plus sereine, comme libérée d'un poids qu'elle portait depuis bien trop longtemps. C'était presque de l'indifférence qui régnait dans son cœur, voire même une forme de résignation, comme si elle avait déjà envisagé toutes les conséquences et les avait acceptés une à une, même celle de voir sa vie arrachée par les ailes sombres de la mort, qui planait juste au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès. Quand on accorde si peu d'importance à sa propre vie, on en accorde tout aussi peu à la mort, et c'était son cas. Dès l'instant où elle avait attrapé la main de son maître le jour de leur rencontre, elle avait accepté tout ce qui en découlerait : l'espionnage, l'assassinat, la perte de sa propre identité, le sacrifice… des notions qu'une femme de son âge ne devrait pas connaître, mais qui dans ce monde, étaient réduit à quelque chose de presque banal. Néanmoins, un doute subsistait. Pourquoi n'était-elle pas en train de nier les accusations qu'on lui crachait à la figure ? Elle s'était promit de réussir sa mission pour son maître, de rester en vie pour lui, alors pour quelle raison ne se battait-elle pas plus que ça pour sauver sa peau ?

La seule explication plausible portait un nom : Shachi. Il était parvenu à la faire dériver de son véritable objectif, en la regardant comme une humaine et non comme une machine dénuée de sentiments et de considération. A telle point qu'elle se demanda soudainement si le but qu'elle s'était fixée il y a quelques semaines était le même qu'aujourd'hui, mais l'heure n'était pas aux interrogations.

— C'est faux, hein ?

La jeune femme tiqua et se tourna vers Shachi, prête à affronter son regard, prête à briser sa confiance, ce lien qu'il était parvenu à construire au fil des jours, avec une détermination qui l'avait ébranlée. Son visage ne laissait transparaître ni dégoût ni colère, juste une profonde confusion, ce qui arracha à Tsukiyo un fin sourire tinté d'amertume.

— Ce n'est pas vrai, ce qu'il vient de dire ? Dis-moi qu'il ment, Tsuki…, prononça-t-il d'une voix presque suppliante.

— Shachi, l'interpella fermement Law, afin de le rappeler à l'ordre.

— Non ! Je refuse de vous croire ! s'écria-t-il plus fortement en secouant la tête. Excuse le capitaine, il n'est pourtant pas du genre à faire des accusations comme ça, sans preuve…, poursuivit-il en lâchant un rire jaune.

Mais le silence qui s'ensuivit et le manque de réaction de la la jeune femme lui indiqua bel et bien que son entêtement était vain. Il s'arrêta brusquement de rire, la gorge de plus en plus nouée, alors qu'il prenait peu à peu conscience de la situation et de la dure réalité.

— Tsukiyo… ? répéta-t-il une dernière fois avec plus de difficulté, le cœur tremblant.

Tsukiyo retint un soupir. Ce crétin enjoué lui aura fait confiance jusqu'au bout, jusqu'à la tout dernière seconde, quitte à remettre en doute la parole de son capitaine si cher à ses yeux. Elle comprit alors que les sentiments qu'il lui portait n'étaient pas superficiels, loin de là. Elle aurait très bien pu les manipuler à sa guise afin d'en tirer un quelconque intérêt, mais jamais elle n'en éprouva l'envie, sûrement parce qu'il avait été le seul durant tout ce temps à être si spontané, sincère et bienveillant envers la solitaire qu'elle était. Cela faisait naître en elle le désir d'être sincère à son tour avec ses propres sentiments, chose qu'elle n'avait jamais fait depuis ce jour où elle avait tout laissé derrière elle pour un nouveau départ. Peut-être le remerciera-t-elle en tant que simple jeune femme et non en tant qu'espion avant de s'enfuir — ou de mourir.

— Ton capitaine a raison, Shachi, déclara-t-elle d'un ton neutre comme si elle faisait un simple constat. Je suis une espionne au service de Doflamingo.

Son visage se décomposa tout à coup, tout comme la confiance qu'il lui vouait avec tant d'intensité. Bien qu'elle l'ait rejeté avec ferveur, elle ne put s'empêcher d'avoir le cœur serré.

Désormais, elle était seule, comme auparavant. Peut-être que ce n'était pas plus mal que cela. Durant un laps de temps très court elle avait connu autre chose que des ténèbres perpétuelles, ce fut une expérience à la fois agréable, nouvelle et étrange. Au fond d'elle, quelque chose avait changé, bien qu'à cet instant il lui fut impossible de définir ce que c'était.

— J'avais pour but d'espionner May, de récolter des informations sur à son sujet. Mon maître s'intéresse beaucoup à son cas.

A cette déclaration, certains membres du Heart se sentir outrés d'avoir été berné de la sorte. La jeune femme n'était à la base pas du tout appréciée pour son arrogance et son côté sauvage, savoir qu'en plus de cela elle s'était introduite en tant qu'espionne dégradait sa réputation déjà bien entachée. Cela fut suffisant pour qu'une partie de l'équipage se retrouve assaillit d'une colère sourde qui ne demandait qu'à s'exprimer.

— Sale traître ! s'écria alors un membre avec hargne.

— Ouais ! Pour qui tu nous prends ?! cria un autre sur le même ton. T'as du culot de t'en prendre à notre équipage !

— Tu vas regretter de t'être foutu de nous, traître !

Les voix s'amplifiaient de plus en plus jusqu'à former un tumulte se répercutant dans toute la salle, et parvenant à Tsukiyo qui encaissait sans broncher avec une indifférence feinte. Elle se refusait à se laisser heurtée par ces paroles, car si elle se laissait faire, elle n'aurait plus aucune dignité. Voyant que cela commençait à dégénérer, Law leva la main pour faire taire le vacarme incessant.

— Fermez là, ordonna-t-il d'une voix impartiale.

Le silence revint aussitôt, car personne ne voulait s'attirer les foudres du capitaine, tous savait ce dont il était capable. Tsukiyo affichait le même désintérêt habituel. Ce n'était pas grave si on la traitait de cette manière, avec autant de dégoût et de haine. Tant que son Maître continuait d'être fière d'elle et de la garder sous son aile, rien d'autre n'avait d'importance. Peu importe les insultes qu'on lui lancerait, peu importe le nombre de personnes qu'elle blesserait, elle tiendrait bon, pour lui. Tant qu'elle lui était utile et qu'il la considérait comme quelqu'un de spécial, tout ira bien.

Néanmoins, une question résonnait encore dans sa tête :

— J'ai une question, monsieur le chirurgien : comment m'as-tu découverte ?

— Je savais que tu allais poser cette question miss, répondit-il avec l'ombre d'un sourire. J'avais déjà des doutes, mais ceci à confirmer mes hypothèses, poursuivit-il en sortant une plume rose de sa poche.

Les sourcils de Tsukiyo se froncèrent aussitôt en voyant son plus cher trésor entre les mains souillés du Chirurgien.

— Tu as fouillé dans mes affaires ? l'interrogea-t-elle aussi froidement qu'une lame. Tu n'as vraiment aucun sens de l'honneur, rend-la moi ! ajouta-t-elle sous la colère qui l'envahissait.

— Je mesurerais mes mots à ta place Miss, tu n'es pas en position d'exiger quoi que ce soit, riposta sèchement Law, les yeux brillant.

Tsukiyo se figea sous la menace.

— Si j'ai bonne mémoire, cette plume provient du manteau de Doflamingo, j'ai raison ? lâcha-t-il dans le but de la narguer. Je me disais bien qu'il était le seul à avoir des goûts aussi bizarres.

Tu t'es vu avec ton bonnet ridicule ? pensa Tsukiyo en serrant les dents sous la provocation.

Comment osait-il se moquer ainsi de son Maître ?

— Pas de chance pour toi, je reconnaîtrais cette plume entre milles.

Un fin sourire narquois persistait sur le visage du capitaine.

— Maintenant, tu vas me dire tout ce que tu sais sur Doflamingo.

— C'est hors de question, refusa-t-elle sans une once d'hésitation. Je préfère mourir que de révéler quoi que ce soit. Mon Maître est la personne la plus importante à mes yeux, je suis prête à me sacrifier pour lui. Tu n'auras aucune information !

Ces mots prononcés avec une telle dévotion furent amplement suffisant pour emplir Law d'une rage difficilement contenue. Le simple fait d'entendre son prénom le répugnait, car il signifiait tant de choses du passé qui avaient fait de lui l'homme qu'il était aujourd'hui. Aussi rapidement que l'éclair, il dégaina son épée et fonça en direction de la jeune femme, le regard allumé par une lueur bien plus qu'inquiétante.

— Capitaine ! s'écria Shachi, pensant qu'il allait tuer Tsukiyo.

La lame de l'épée se posa alors sur la gorge du traître, et le souffle de la jeune femme se coupa brusquement sous la peur qu'il lui fût impossible de réprimer. Son corps était comme paralysé. Elle savait qu'à cet instant Law pouvait être aussi bien instable qu'imprévisible, n'importe lequel de ses mots pouvaient entraîner sa mort. Ses yeux chargés de haine l'analysaient, comme s'il voulait fouiller jusqu'aux tréfonds de son âme.

— Je ne comprends pas, avoua-t-il avec une voix dangereusement calme. Comment peux-tu dévouer ta vie à cet homme ? C'est un enfoiré sans scrupule qui n'accorde aucune valeur à la vie d'autrui, à moins qu'il y trouve un intérêt. D'ailleurs, à l'heure qu'il est, je suis certain qu'il prépare un autre de ses plans, sans penser une seule seconde aux risques que tu encourrais ici.

— Tu veux dire que…, commença-t-elle avant de s'interrompre, outrée par ce qu'il insinuait.

— Oui, il te manipule. Tu n'es qu'un pion pour lui parmi d'autres, énonça-t-il clairement avec assurance, comme s'il était convaincu de ce qu'il affirmait.

Consumée par une rage incontrôlable, Tsukiyo attrapa de sa main la lame glaciale de kikoku qui effleurait sa gorge et l'éloigna de son cou, ce qui fit froncer les sourcils de Law. Elle serrait si fort que la lame entailla sa peau et celle-ci se retrouva rapidement teintée d'un rouge vif. Le sang coulait entre ses doigts, mais elle ne lâcha pas la lame pour autant, la douleur étant atténuée par la colère. Elle s'avança d'un pas et s'exclama avec tant de vivacité que l'on avait l'impression qu'elle allait exploser comme un baril de poudre.

— Ferme là ! Je ne te permets pas de parler de lui de cette manière, tu ne le connais pas ! Il m'a sauvé la vie, tu ignores à quel point il a été bon avec moi ! Tu ne sais rien de lui, rien du tout ! Alors je t'interdis de te moquer de lui !

L'ambiance était si pesante que chaque membre de l'équipage se retenait de respirer. La pression de la main tatouée de Law sur l'épée s'était accentuée face aux dires insupportables de Tsukiyo. Entendre de telles inepties de la part de cette femme qui était à l'évidence manipulée le mettait tout simplement hors de lui.

La révélation de May frappa soudainement son esprit :

Tes hommes… se demandent continuellement quelle est l'histoire de leur capitaine, ton histoire…

— C'est sûr, je ne le connais pas. Après tout, il a juste tué devant moi la personne que je chérissais le plus au monde, ironisa-t-il.

May se figea, tout comme la totalité des personnes présentes. Cette personne dont il parlait… était-ce celle qui était représentée sur le cadre qui était posée sur le bureau de Law ? Alors ce serait lui, l'homme qui était si précieux pour Law et pour lequel il voulait tuer Doflamingo ? C'était ça, la vengeance qu'il désirait accomplir, et pour laquelle il refusait d'accepter ses sentiments au départ ?

Inconsciemment, elle posa sa main au niveau de sa poitrine, comme si celle-ci se serrait douloureusement.

— Je ne me répéterai pas une troisième fois miss : dis-moi tout ce que tu sais sur lui, déclara le capitaine face à son soudain silence.

— Mais je ne sais quasiment rien ! s'emporta-t-elle face à l'entêtement de Law. Il ne m'a jamais vraiment parlé de ses ambitions, et je le voyais rarement en face, la plupart du temps on communiquait par Den Den Mushi, il disait qu'il était toujours occupé, et…

Elle se coupa dans sa logorrhée et son sang se glaça, alors qu'elle prenait conscience que quelque chose clochait. Maintenant qu'elle l'avait déclaré à voix haute, elle se rendit compte de la présence du problème : son sauveur ne lui avait peut-être jamais accordé autant d'attention et de temps qu'elle se l'était imaginé. Au final, elle ne connaissait que son prénom et quelques bribes d'informations, mais rien de bien concret. Une sueur roula le long de sa tempe. Non, ce n'était pas normal.

Si elle l'estimait tant que ça, pourquoi ne savait-elle donc rien à son sujet ?

Il devait y avoir une erreur.

Elle sentit quelque chose rouler le long de ses joues, et le toucha fébrilement de ses doigts. Une larme ? Elle baissa les yeux et remarqua alors que ses mains avaient commencé à trembler. Tiens ? Elle ne pouvait plus parler, sa voix était comme coincée dans sa gorge nouée, et son cœur lui faisait si mal tout à coup.

C'était comme si ses principes venaient de s'écrouler, comme si toutes les illusions qu'elle avait dessinées avec précaution s'effaçaient, pour laisser place à une réalité qu'elle aurait préféré ne jamais avoir à affronter. Impuissante, elle lâcha la lame et baissa la tête.

Law, indifférent, profita de sa soudaine vulnérabilité pour détruire une bonne fois pour toutes ses illusions :

— Tu comprends, maintenant ? Il t'a manipulé, tu n'étais qu'un objet pour lui. S'il t'a recruté c'est uniquement pour ses intérêts. Il a vu que tu étais faible et perdue et en a profité pour se servir de toi comme un pantin. Ta vie n'a aucune importance pour lui, aucune.

Shachi, ne supportant plus le comportement de son capitaine, s'avança d'un pas pour intervenir, mais May lui attrapa le bras et secoua tristement la tête, lui faisant comprendre qu'il ne fallait rien faire. Certes, Law faisait preuve de cruauté, mais la situation l'exigeait. Ils venaient d'être trahis et la jeune femme était liée à son passé, alors forcément, il n'allait pas faire preuve de bonté. Hésitant, son ami la fixa une poignée de secondes, puis se résigna à rester à sa place, confus.

— Je me demande combien de temps tu tiendras sous la torture pour me révéler ce que tu sais miss, cela promet d'être amusant, continua Law avec sadisme.

Tsukiyo se contenta de garder la tête baissée face à l'émotion qui la tenaillait. Les mots de Law ne l'atteignaient même plus et ne faisaient que l'effleurer comme une légère brise printanière. Elle n'osait pas le croire, elle s'y refusait même de toutes ses forces. Doflamingo représentait son seul repère, son point d'ancrage. Sans lui, son existence même était dénuée de sens. Elle avait toujours été prête à tout pour lui, quitte à perdre sa propre fierté, si cela lui permettait de gagner la sienne. Mais aujourd'hui, on lui disait avec aisance qu'elle n'avait été pour lui qu'un pantin, et destinée à être jetée à la moindre erreur, comme on le ferait avec un jouet cassé qui ne pourrait plus nous distraire. Cette pensée n'avait jamais traversé son esprit auparavant, elle s'était contentée d'obéir à ses ordres, persuadée d'être utile.

Maintenant que quelqu'un lui en faisait la remarque, elle sentait son monde se dérober sous ses pieds et la plonger dans un profond abyme de désespoir. L'existence qu'elle avait menée avec acharnement devenait soudainement risible. Sur ce vaste monde, elle ne représentait qu'un petit grain de poussière. Les sentiments qui s'agitaient en elle et troublaient son cœur étaient si violent qu'elle fut prise de vertige.

Jamais encore elle ne s'était sentie si pathétique.

Law retint un soupir face à la scène qui se présentait à lui. Dans son état, aucun mot ne passerait la barrière de ses lèvres. Il laissa échapper un grognement sous la frustration qui le saisissait, puis rengaina son épée d'une main tremblante, avant de lancer un dernier regard à la traître et d'affirmer d'une voix ferme :

— Débarrassez-là de son épée et de tous les objets qu'elle porte, et enfermez-là dans l'une des cellules.

— Mais capitaine…, commença Shachi pour protester.

— Exécution, le coupa froidement Law, lui intimant de ne pas prononcer un mot de plus.

On la fit marcher sans plus attendre dans une salle au fin fond du sous-marin jaune, là où il n'y avait que ténèbres et poussière. Ils traversèrent un long couloir à l'allure inquiétante qui menait vers une porte en acier. Une fois celle-ci ouverte, on tombait sur une salle assez petite, dans laquelle il y avait une cellule. On attacha les mains de Tsukiyo avec des chaînes qui lui permettrait seulement de les bouger de peu et dont seul le capitaine détiendrait la clé, puis on la poussa jusqu'à l'intérieur de la cellule que l'on referma à double tour. On assigna deux hommes à la garde de la pièce afin d'éviter tout danger.

Une fois que tout fut prêt, Law s'approcha des barreaux et déclara à Tsukiyo :

— Tu resteras ici jusqu'à nouvel ordre. Je te conseille de réfléchir à tes actes et à ton avenir, miss.

Tsukiyo n'esquissa aucun geste et garda le silence.

Exaspéré, Law fronça les sourcils et pivota sur ses talons pour sortir de la pièce, mais s'arrêta devant la porte lorsque la faible voix de Tsukiyo s'éleva dans l'air :

— Il va venir me chercher… il le fera, j'ai confiance en lui…

Law ouvrit la bouche pour parler, mais la referma aussitôt, jugeant que discuter et tenter de la raisonner était inutile à l'heure actuelle, puis il haussa distraitement les épaules avant de claquer la porte derrière lui, laissant la prisonnière seule et en proie à ses tourments.

— Il va venir…, répéta-t-elle inlassablement, se mordillant les lèvres.

Elle éternua, et retint un frisson à cause de la basse température. Cette pièce devait être assez proche des laboratoires, car elle avait si froid. Son corps était désormais emprisonné entre des murs et des barreaux, tandis qu'en son for intérieur, son âme elle, se lamentait, retenue captive dans une cage de solitude et de doutes. Le sol était sale, il planait dans l'air une odeur désagréable qui emplissait ses narines, le son produit par les vagues de la mer parvenait avec peine jusqu'à ses oreilles, et ce ciel qu'elle aimait tant contempler était arraché à sa vue.

Quel endroit détestable.

Elle se laissa glisser contre le mur et ramena ses jambes contre sa poitrine, expirant de l'air chaud dans le creux de ses mains dans l'espoir qu'elles se réchauffent.

Peut-être aurait-il été préférable de mourir.

[…]

Law avait désigné un membre de l'équipage qui aurait comme devoir de rester la majeure partie de son temps dans la salle des commandes afin de surveiller la cellule à l'aide de la caméra, et de noter sur un papier les changements même les plus minimes de la jeune femme dans son comportement, ainsi que l'heure à laquelle ces changements ce sont produits. Après avoir donné ses ordres avec autorité, il avait regagné sa chambre pour réfléchir aux récents événements, laissant ses hommes reprendre leur boulot sans plus d'explications quant à ses intentions. La plupart des membres étaient surpris, sans pour autant être en état de choc puisqu'ils n'avaient pas du tout côtoyé Tsukiyo, contrairement à Shachi ou encore May. Le petit groupe d'amis s'étaient d'ailleurs rassemblés dans la cuisine afin de se remettre de l'ordre dans les idées — et aussi pour éviter de travailler, comme d'habitude.

— J'en reviens toujours pas, avoua Walter en s'ébouriffant les cheveux, un sourcil levé.

— Moi non plus, approuva Shad en dévorant un de ses précieux Taiyaki.

Puis quelques secondes passèrent, avant que les deux hommes déclarent en chœur :

— Comment a fait cet idiot de Penguin pour avoir vu juste ?

— Eh, je vous entends, maugréa Penguin avant de détourner les yeux, exaspéré par leur comportement.

— D'habitude, tu réagis plus que ça, lui fit remarquer Ban, les bras croisés.

Penguin haussa les épaules, puis répliqua :

— J'suis sur l'cul, c'est tout. J'avais des doutes sur elle mais je m'attendais pas à ce qu'elle soit carrément une espionne ! Et le capitaine qui n'en fait qu'à sa tête ! s'écria-t-il en gigotant dans tous les sens, comme s'il devait résoudre un problème de mathématique bien compliqué. Tout ça me saoule !

— On est tous quelque peu surprit, admit calmement Ban, l'air penseur. Ce genre de chose n'était jamais arrivé auparavant, cela rend la situation bien complexe, car on ignore ce qu'il faut faire. Généralement on a une idée de ce que prévoit le capitaine, mais là moi-même j'ignore ce qu'il compte faire d'elle.

— Il ne va pas la tuer, hein… ?

Les regards se levèrent en direction de May qui venait de rentrer dans la pièce. L'on pouvait lire sur son visage une inquiétude croissante.

— Qu'est-ce que ça pourrait te faire ? C'est notre ennemie, demanda Penguin avec curiosité.

— Et puis, elle n'avait vraiment pas été gentille avec toi la dernière fois ! ajouta vivement Walter.

May secoua la tête.

— ça n'a plus vraiment d'importance pour moi, ce genre de détail.

— Alors pourquoi… ? redemanda Penguin, circonspect face à ses dires.

Pourquoi… hein ? Elle ne savait pas vraiment. La simple vue de ses larmes dans la salle réunion lui avait pincé le cœur, car à cet instant elle avait révélé une partie d'elle qui était si vulnérable et fragile, et qui lui avait vaguement rappelé celle qu'elle était avant de devenir un membre des Heart : perdue, sans repère. Déjà qu'elle n'était guère appréciée, elle s'était tout à coup retrouvée seule face à un équipage entier, et face à Law qui lui avait cruellement affirmé que son Maître ne faisait que l'utiliser comme un jouet. Bien qu'elle essaye de faire preuve de plus de fermeté, May n'avait pu s'empêcher d'avoir un soudain élan de compassion envers Tsukiyo. Certes, elles étaient totalement opposées, et la jeune femme l'avait plusieurs fois traité de faible ou encore d'idiote, qui plus est leurs idéaux et leur vision du monde ne correspondaient pas. Mais en ce moment même, elle était totalement seule, avec peut-être personne qui ne l'attendait.

— Je ne sais pas vraiment… quand je l'ai vu pleuré dans la salle de réunion, je me suis vraiment sentie mal pour elle. Elle était seule contre notre équipage, contre Law qui lui disait en quelque sorte que Doflamingo ne faisait que l'utiliser… Je ne peux pas m'empêcher de me mettre à sa place et de me dire que personne ne mérite ça.

— Mais elle t'a…, commença Walter avant d'être coupée par May

— Je ne veux plus me compliquer la vie plus qu'elle ne l'est déjà. Je me suis déjà remise en question beaucoup de fois depuis que j'ai atterri ici, et j'en ai marre. Je suis une Heart Pirate, point. Oui, elle a essayé de récolter des infos sur moi, parce que je suis considérée comme spécial, mais moi je ne veux pas que ce soit le cas, je veux qu'on me traite comme n'importe quel pirate ou humain. Tsukiyo a fait une erreur, et je suis prête à lui pardonner, si elle fait des efforts. Oui j'ai eu de la rancune envers elle, je la détestais, mais je pense qu'il faut passer outre ce sentiment et apprendre à la connaître, car au final, je trouve qu'on se ressemble un peu.

— Je le savais, tu es la femme parfaite ! dit Ban en lui prenant les mains, les yeux en forme de cœurs.

— Pas du tout, rit faiblement la jeune fille

— Si, je t'assure ! Peu de pirates pardonneraient une telle trahison. Que tu le veuilles ou non May, tu viens d'un autre monde, et cela se voit, on ne pourra jamais vraiment te traiter comme n'importe qui.

La lycéenne pencha la tête sur le côté pour montrer son incompréhension face à ses propos.

— Comment ça ?

— Comme je viens de le dire, peu de pirates pardonneraient une trahison. C'est très mal vu tu sais. Tu agis toujours avec justice et bonne volonté, ce sont des valeurs que j'apprécie beaucoup. Si j'ai bien compris, il n'y a pas de piraterie dans ton monde, n'est-ce pas ? Je pense que c'est la raison pour laquelle ta vision des choses dépasse l'opinion commune. Tu ne vois pas vraiment les pirates comme des êtres assoiffés de sangs et de barbaries, mais comme des êtres humains avant tout.

Le rouge lui monta aux joues sous l'avalanche de compliments.

— Je… je ne sais pas vraiment quoi dire…

— Alors ne dit rien ! dit-il avec un sourire avant de lui faire un clin d'œil. Ne change jamais surtout, c'est telle que tu es que je te préfère.

— Merci Ban, remercia-t-elle, touchée.

— Mais comme tu l'as dit, tout le monde n'a pas cette vision-là.

Ban et May se tournèrent vers Penguin.

— Le capitaine était furax tout à l'heure, ça se voyait clairement, et le fait qu'il ne l'aie pas déjà tuée relève du miracle pour moi. Le capitaine est réfléchi, c'est pour ça que généralement il envisage toutes les possibilités avant d'agir, mais là, dans la salle de réunion, il était tellement sur les nerfs que je pensais vraiment qu'il allait l'achever. Tsukiyo connaît ce Doflamingo et ça semble affecter le capitaine, il serait capable de faire preuve d'encore plus de cruauté qu'auparavant.

Il mit ses mains dans les poches.

— C'est pour cela May, que je te demande de ne pas te faire trop d'espoir.

May hocha la tête et soupira.

— Je suppose qu'on ne peut pas faire grand-chose pour l'instant, à part attendre la décision de Law, ou des aveux de Tsukiyo.

— C'est ce que je pense aussi, confirma Shad. Juste, quelqu'un connaît ce Doflamingo ? Je n'en avais jamais entendu parler.

— J'ai déjà vaguement entendu son nom, déclara Penguin.

— C'est un des sept grands corsaires.

Tous se tournèrent vers Shachi qui s'était adossé contre le mur à l'entrée de la cuisine. Ses bras étaient croisés et son visage n'affichait aucune émotion. Il était bien plus sérieux que d'habitude, autant dire que quelque chose clochait. Mais il n'y avait pas besoin d'avoir son BAC pour comprendre qu'il était affecté par la trahison de Tsukiyo. Néanmoins aucun ne commenta à ce sujet, afin de ne pas l'agacer. Même Walter qui n'était pas toujours très futé avait compris cela.

— Tu le connais Shachi ?! demanda Walter avec enthousiasme.

L'interpellé détourna le regard quelques secondes, se demandant si c'était une bonne idée de révéler ce qu'il avait appris lors de cette fameuse discussion qu'il avait eue avec Law peu de temps après que celui-ci ait fait du mal à May. Les informations révélées par Law à ce sujet étaient peu nombreuses mais capitales, puisqu'elles étaient en lien avec son passé, son présent, et sans doute son futur. Il accepta de prendre le risque. De toute façon, si le capitaine avait voulu garder son lien avec cet homme secret, il n'aurait rien dit. Il semblait qu'il était enfin prêt à communiquer à ce sujet. Ou alors c'était la rage à ce moment-là qui lui avait délié la langue… Bah, peu importe, il savait qu'il pouvait compter sur la discrétion de ses amis — quoi que pour Walter, il se permit de douter.

— Y a un soir où j'ai discuté avec le capitaine… Penguin et May savent de quoi je parle. Bref, il m'a dit qu'il devait tuer quelqu'un, et que cette personne était Donquichotte Doflamingo , mais il n'a pas voulu m'en dire plus et préfère nous mettre à l'écart, car je cite « si cela peut à nouveau empêcher la mort des gens qui me sont chers ». C'est en quelque sorte une histoire vengeance. J'en sais pas plus. Mais ne dites pas que je vous en ai parlé et ne le répétez à personne, le capitaine n'est pas totalement prêt à aborder ce sujet, ok ?

— Ouais, évidemment…, confirma Penguin.

— Et donc Tsukiyo travaille pour lui, c'est pour ça que le capitaine veut des infos, il doit être à sa recherche…, suggéra le cuisinier.

— Sauf qu'elle n'est pas ouverte à la communication, en fait, fit bêtement remarquer Shad. Peut-être que des Taiyaki pourrait lui donner envie de parler.

Ban se sentit obligé de lever les yeux au ciel.

— Mais oui, bien sûr, quelle merveilleuse idée Shad.

— Peut-être qu'elle ne sait rien sur lui… ? proposa May.

— C'était un mensonge, sérieux, tu l'avais pas compris ? se moqua Penguin. Tu penses qu'elle aurait accepté de travailler pour quelqu'un qu'elle ne connaît pas ? Naaaan.

— En même temps, si j'avais des subordonnés et que j'étais quelqu'un de dangereux ou de rechercher, j'éviterais de dire exactement où je me trouve et je donnerais des ordres à distance, je suppose… Elle l'a dit elle-même, ils communiquaient surtout par Den Den Mushi, et puis elle le considère comme son sauveur, ça suffit largement pour lui accorder une confiance aveugle, non ? expliqua Ban.

— Pff, c'est trop compliqué pour moi, tout ça… ! se plaignit Penguin. ça me donne mal à la tête.

Ban eut un sourire.

— ça ne sert à rien de trop y réfléchir, de toute façon, seul le capitaine prendra la décision finale. Faisons lui confiance.

— Tu as raison ! Allez, au travail ! affirma Walter en levant les bras en l'air.

Chacun se dispersèrent afin de retourner travailler. Il ne restait plus dans la pièce que Shachi et May. Celle-ci remarqua l'air renfrogné du brun et s'approcha de lui.

— ça va ? demanda-t-elle doucement pour ne pas le brusquer.

Shachi sortit de sa léthargie et répliqua avec peu de conviction :

— ça va, tout va bien, juste de la fatigue, c'est tout, sourit-il. Tu devrais un peu t'inquiéter pour toi, reprocha-t-il en lui ébouriffant les cheveux.

— Eh ! gémit-elle sous le geste, riant aux éclats. Arrête, je vais ressembler à rien, après ça !

— Comme sur ton avis de recherche ? la taquina-t-il.

Le coup de coude qu'il reçut le fit rire de plus belle. Elle était heureuse de s'être réconciliée avec Shachi, qui était un précieux ami. Ils continuèrent de parler distraitement de tout et de rien, évitant d'aborder le sujet de Tsukiyo avec précaution. May alla faire un café sous le regard dubitatif de Shachi, qu'elle remarqua.

— Pour Law, expliqua-t-elle avec un clin d'œil.

— ça va de mieux en mieux entre vous à ce que je vois, c'est cool, répondit-il, les mains dans les poches. Ça me fait plaisir.

— Oui ! Bon, je vais aller lui parler, je te laisse, l'informa-t-elle avant de lui planer un bisou sur la joue. Ne fait pas de bêtises pendant mon absence, hein ?

— T'inquiète, j'te laisse ce privilège, riposta-t-il intelligemment.

La voir lui tirer la langue l'instant d'après lui arracha un sourire. Lorsqu'elle disparut de son champ de vision, son sourire s'effaça et ses épaules s'affaissèrent. Son regard se posa alors sur la corbeille à fruit qui était posée sur la table, et dans laquelle il y avait des pommes.

Il devait lui aussi avoir une discussion, avec Tsukiyo.

[…]

May toqua à la porte, et s'engouffra dans la pièce avec une pointe d'hésitation. Elle referma doucement la porte derrière elle. La pièce était plongée dans le noir, faiblement éclairée par la lampe posée sur le bureau. Elle leva les yeux et observa la scène qui se présentait à elle. Law était avachis sur son sa chaise, les épaules affaissées et le regard perdu. Il tenait dans sa main un crayon, qu'il bougeait entre ses doigts de manière habile, dans un geste qui traduisait sa frustration. Elle s'avança de quelques pas, s'attendant à une quelconque réaction, mais il n'en fit rien. Les pensées qui l'affligeaient devaient être plus intenses que d'habitude pour qu'il n'ait pas encore remarqué sa présence, sans doute réfléchissait-il à propos de Tsukiyo et du sort qu'il lui réservait. Il détenait sa vie entre ses mains après tout, ce n'était pas quelque chose à prendre à la légère.

A sa vue, les paroles du capitaine révélées par Shachi résonnèrent soudainement dans sa tête :

Si cela peut à nouveau empêcher la mort des gens qui me sont chers

Ce n'était plus seulement une hypothèse mais réellement une affirmation : le passé de Law était synonyme de souffrance et de pertes. Ce devait être la raison pour laquelle il faisait preuve d'une grande froideur lorsque quelqu'un osait essayer d'aborder le sujet. Pour lui, le passé était peut-être semblable à une tâche, à une marque qui nous souille à l'intérieur de nous-même et nous renvoie une image discordante de ce que nous sommes. On a alors le sentiment de n'être qu'une fleur piétinée. La honte qui en résulte et la culpabilité devaient sûrement amener à ce genre de comportement. Personne n'aimerait parler d'une partie de sa vie dont il n'était pas fier, et puis, il était si désagréable d'apercevoir après cela une once de pitié dans les yeux de celui qui nous a écoutés. Law ne désirait sûrement pas que ses hommes aient pitié de lui, il voulait être vu comme un capitaine sans faille capable de protéger son équipage et d'atteindre son but, pas comme un homme seulement assoiffé de vengeance. C'était de cette manière qu'elle voyait les choses, et elle espérait qu'un jour Law serait plus apte à s'ouvrir sur le sujet, mais elle était prête à attendre avec beaucoup de patience.

— Je t'apporte du café, ça te fera du bien, déclara-t-elle en posant la tasse fumante sur la table.

Il l'a remercia d'un regard, reconnaissant. May sourit en retour, puis alla s'asseoir sur son lit comme si cela était naturel. Maintenant qu'ils dormaient ensemble, elle se sentait de plus en plus à l'aise avec lui. La plupart du temps, Law la rejoignait une heure ou deux plus tard, après avoir lu un bon livre ou terminé des expériences dont elle préférait ne pas entendre parler vu le dégoût que cela lui inspirait, et d'autres fois, il allait se coucher en même temps qu'elle afin de se retrouver tranquillement tous les deux après une dure journée. Law continuait de lui témoigner son affection par les gestes, il restait encore et toujours réticent à démontrer ses sentiments avec des mots clairs, mais cela lui convenait, elle-même n'étant pas toujours très douée pour parler de ce qu'elle ressentait. Il lui suffisait d'un regard empli de désir ou d'un baiser au détour d'un couloir pour se sentir aimée, et cette sensation, qu'elle découvrait toujours un peu plus au fil des jours, faisait battre son cœur à tout rompre contre sa poitrine.

Le cadre captura soudainement son attention, plus précisément l'homme qui était dessus. Alors c'était lui, qu'il désirait venger… ?

— Tu as décidé quelque chose, pour Tsukiyo ? demanda-t-elle

— Pas encore, répondit-il dans un grognement, indiquant qu'il était d'assez mauvaise humeur.

Quelques secondes s'écoulèrent dans le silence, régulièrement brisé par le bruit de l'horloge. May voulait dire le fond de sa pensée, mais la froideur de Law la rebutait quelque peu. Ce n'était peut-être pas le bon moment. Elle commença à se triturer les mains avec anxiété, submergée par une hésitation naissante, mordillant ses lèvres. D'habitude, quand elle était stressée, Law le remarquait aussitôt, mais il était pris dans une telle réflexion que cette fois, il ne le vit pas, ce qui ne l'arrangea pas puisqu'il était difficile pour elle de faire le premier pas dans ce genre de situation.

— Je… je pense qu'on devrait lui pardonner, parvint-elle à dire.

Son regard se posa sur le sol avec inquiétude, puis elle osa lancer une œillade en direction du capitaine, qui ne lui accordait aucune attention, les yeux fixés vers le cadre qui était posé sur le bureau.

— C'est impossible, trancha-t-il d'un ton sec, agacé rien qu'en songeant à cette possibilité.

— Pourquoi ? Elle a été manipulée, si ce n'était pas le cas, elle ne l'aurait pas suivi, non ? supposa-t-elle, ayant du mal à comprendre et à y voir clair. On m'a dit qu'il avait mauvaise réputation. Si elle le savait, pourquoi avoir accepté de travailler pour lui ?

Law laissa échapper un rire empreint d'amertume, comme si les dires de la jeune fille étaient risibles.

- Evidemment qu'il la manipulait, dit-il avec évidence. Elle a dit qu'il l'avait sauvée… si c'est le cas, peu importe la noirceur de Doflamingo, elle le suivrait jusqu'au bout. On peut parfois suivre quelqu'un même en ayant conscience de sa noirceur et préférer ça à la solitude. Après, est-ce qu'elle avait au fond conscience d'être manipulée, je l'ignore. Je suppose qu'elle l'avait déjà compris mais qu'elle l'avait accepté, ou alors elle est plus naïve que ce que je pensais.

— Je ne pense pas qu'elle en ait conscience… sinon, elle n'aurait pas réagi comme ça tout à l'heure… Mais on ne peut pas lui donner une deuxième chance ? On en mérite tous une, non ?

Law aimait la générosité et l'empathie de May, ces qualités en tant qu'humain étaient plus qu'admirables, mais en tant que pirate, elles ne représentaient qu'une faiblesse. Bien sûr, l'idiot au Chapeau de Paille possédaient également ces qualités et semblaient très bien s'en sortir – malgré le manque d'intelligence dont il pouvait faire preuve, comme il en avait été témoin durant très longtemps, mais May elle était une cible principale pour le gouvernement, ce qui rendait le danger d'autant plus grand. Faire preuve de bonté envers ses ennemis n'était sans doute pas la meilleure idée, pourtant, il savait qu'il ne parviendrait pas à la convaincre d'agir autrement, parce que c'était sa façon à elle d'appréhender ce monde avec sa propre vision des choses. Peut-être que de cette manière, elle espérait en quelque sorte marquer les esprits et laisser une trace d'elle-même, en montrant qu'il n'y avait pas besoin d'être cruel et dénué de pitié pour faire de belles choses et atteindre l'objectif que l'on s'est fixé.

— Tu as déjà oublié que c'était pour récolter des infos sur toi qu'elle était ici ? lança-t-il avec sarcasme en croisant les bras contre son torse, levant un sourcil.

— Non bien sûr, mais j'aimerais quand même essayer de lui pardonner… C'est mal ?

— C'est une trahison, May, ce n'est pas rien, expliqua-t-il sombrement. D'autant plus qu'elle est liée à Doflamingo, ça complique l'affaire. Et puis, rien ne dit qu'elle resterait dans l'équipage si on acceptait finalement de lui laisser une autre chance. Elle pourrait bien faire semblant de vouloir rester et tenter de s'échapper la nuit suivante pour retrouver Doflamingo. Et il y a peu de chance pour que j'accepte une traître dans l'équipage, elle a essayé de nous duper, de me duper… c'est un affront que je ne pardonne pas aussi facilement que toi.

May hocha la tête, comprenant ses ressentis. Il était évident que Law n'accorderait pas son pardon aussi facilement, peut-être même qu'il ne lui pardonnerait jamais. Elle espérait le contraire, mais s'il désirait rester sur sa décision, elle le comprendrait. Etre capitaine amenait à gérer un grand nombre de responsabilités et à avoir la capacité de prendre les bonnes décisions sans agir sous le coup de l'émotion. May n'était qu'un membre à part entière, ce genre de pression lui était inconnu. Même s'il acceptait de lui donner une seconde chance, cela pourrait entraîner une révolte de la part des membres de l'équipage, ce qui pourrait engendrer une situation complexe et difficile à résoudre. Pourtant, Tsukiyo pouvait réellement se rendre utile, elle en était convaincue.

— Mais si jamais elle restait, elle pourrait nous fournir des documents importants, proposa-t-elle doucement pour ne pas l'irriter davantage. Peut-être refuserait-elle de dévoiler le peu qu'elle sait sur lui pour ne pas avoir mauvaise conscience, mais elle accepterait peut être de chercher des documents dans la base marine ? Car je suppose que tu ne lui veux pas du bien, à ce Doflamingo.

Law se contenta de hausser distraitement les épaules.

— Les marines ne savent pas grand-chose à son sujet, il bouge tout le temps et reste très discret dans ses magouilles. Ça m'étonnerait qu'on puisse découvrir quoi que ce soit à propos de cet enfoiré.

— Tu me promets tout de même de ne pas la tuer ? quémanda-t-elle.

— C'est ce qu'elle mériterait, déclara-t-il sans aucune pitié, une lueur meurtrière brillant dans ses prunelles grises.

— S'il te plait, insista May. Je sais que c'est beaucoup te demander, et j'en suis désolée, mais ça me tient vraiment à cœur ! ajouta-t-elle, suppliante.

Le capitaine secoua la tête, les sourcils froncés.

— Je ne peux pas te faire cette promesse.

— … Je comprends, c'est toi qui décide, tu es le capitaine après tout…, dit-elle avant d'ajouter d'un ton plus bas, voire inaudible : quelle dictature.

Ayant entendu son grognement, Law se leva et s'avança vers elle, avant de se pencher légèrement et de lui faire une pichenette.

— Eh… ! gémit-elle, ne s'y attendant pas.

— Pas de caprice, miss. Je suis ton capitaine, tu m'obéis, point.

— Mais tu n'es pas seulement mon capitaine, tu es aussi…, commença-t-elle en parlant d'une voix de plus en plus basse, avant de s'interrompre et de soupirer ouvertement. Ses joues se tintèrent de rouge alors qu'elle prenait conscience de ce qu'elle allait dire, puis elle se félicita d'avoir eu l'intelligence de s'arrêter.

Son irritation s'accentua lorsque son bourreau lui infligea une nouvelle pichenette.

— Mais arrête, j'ai rien fait… ! se plaignit-elle en se frottant le front, lui lançant une œillade agacée comme le ferait un enfant qui s'est décidé à bouder.

— Si tu as quelque chose à dire, dis-le franchement au lieu de tourner autour du pot, affirma-t-il.

— J'ai en effet quelque chose à dire et je vais le dire, car tu vois, dans mon monde à moi, il existe des Droits de l'Homme qui stipule que nous avons tous le droit d'expression ainsi que des libertés, tant qu'on respecte celle d'autrui. Donc, en conclusion, je peux dire ce que je veux, si cela ne-

— Viens en au fait, miss, se hâta-t-il de dire, sachant qu'elle était capable d'aller loin lorsqu'il s'agissait de lui faire de long monologue dans le seul but de le provoquer.

Décidée à le provoquer juste pour l'embêter un peu et lui redonner le sourire, elle tira la langue et déclara d'un air faussement hautain, les bras croisés contre sa poitrine :

— Trafalgar Law, tu es AGACANT.

L'insulte amicale arracha au capitaine un rire moqueur.

— Et bien voilà, tu vois quand tu veux. Maintenant, tu vas recevoir une punition pour ce que tu as dit, miss.

— Eh, faut savoir à la fin ! T'es jamais content… !

Les lèvres de Law s'étirèrent en un fin sourire malicieux, et une lueur joueuse s'alluma dans ses orbes cendrées. De sa main droite, il releva le menton de May, captura son regard pour l'empêcher de fuir, puis il susurra d'une voix mielleuse :

— J'ose espérer mademoiselle que vous vous souvenez en quoi consiste votre punition ?

— Non, je crois que j'ai oublié, capitaine…, rétorqua-t-elle innocemment, s'apprêtant au jeu avec amusement.

— Je vais devoir te rafraîchir la mémoire.

Elle sût à l'instant même où son souffle se mélangea au sien qu'elle allait à nouveau se perdre dans un tourbillon d'émotion, et lorsqu'il captura ses lèvres avec une passion dévorante, ce fut avec joie qu'elle se laissa choir entre ses bras.

Law pensa qu'encore une fois, elle était parvenue à le délivrer de ses démons intérieurs, même si ce n'était que pour un fragment de temps éphémère.

[…]

L'écoulement du temps semblait s'être arrêté, il défilait, mais enfermée dans sa cellule, Tsukiyo n'avait conscience de rien, et ignorait même si la nuit était déjà tombée. Tous ses efforts s'étaient portés vers la distraction, afin de ne pas songer au sujet qui la tracassait le plus. Elle avait donc commencé à compter le nombre de pierres qui étaient sur le mur ainsi que le nombre de barreaux, mais avait rapidement cessé avec désolation, rapidement submergée par l'ennui. Peu importe ses efforts, l'image de Doflamingo s'imposait dans son esprit, mais elle ne voulait pas y réfléchir, elle refusait de remettre en doute le pilier de sa propre vie. Elle le connaissait depuis déjà plusieurs années maintenant, une simple déclaration de Trafalgar Law ne pouvait pas tout briser aussi facilement, d'autant plus qu'il avait sûrement dit ça pour la déstabiliser et la rendre plus vulnérable. Oui, c'était plus que stupide de se remettre en question pour ça, elle devait rester forte et croire en ses convictions.

Alors pourquoi était-elle autant submergée par le doute, bordel ?!

Et puis merde. Même s'il l'avait manipulée durant tout ce temps, elle serait sûrement incapable de lui en vouloir tant elle était attachée à lui. Elle s'était fait avoir tellement de fois que cela n'avait plus grande importance désormais. Si elle devait être une marionnette, elle le serait, si c'était le prix à payer pour ne pas être seule. Rien n'était plus effrayant que la solitude à ses yeux.

Elle essayait vraiment de s'en convaincre, mais Shachi avait réussi à la rendre si sensible que désormais, elle ne savait même plus ce qu'elle désirait exactement. Si elle ne l'avait pas rencontré, elle aurait été capable de rester une marionnette pour toujours et avec un grand plaisir, mais elle avait croisé son chemin, et sa perception des choses avaient changé. On lui avait démontré qu'elle était bien plus que cela, et même si au départ ça avait été déroutant que l'on s'intéresse à elle, elle avait fini par l'apprécier.

Obéir et être utile aux intérêts d'autrui ne suffisaient plus. Elle voulait juste un peu de reconnaissance, un peu d'estime d'elle-même malgré ses actes et ses insultes, qu'on l'accepte en dépit de ses nombreux défauts…

Elle voulait être appréciée et faire partie d'un véritable groupe dans lequel elle aurait sa place.

C'était pitoyable, elle était devenue aussi naïve que l'autre idiote à la touffe brune… mais cette idiote-là était chaleureusement entourée et avait un lieu où rentrer, elle, ce qui n'était pas son cas. Et maintenant, elle la jalousait, alors qu'elle la trouvait auparavant si détestable.

Sa bouche s'ouvrit pour laisser passer un bâillement. Ses membres étaient engourdis, elle était quelque peu prise de vertige, et il y avait un tel bordel dans sa tête… Ses yeux se fermèrent doucement, et peu à peu, elle sombra dans le sommeil.

Ce jour marquait peut-être l'aube d'un changement qui serait enfin bénéfique pour elle.

Quelques jours s'écoulèrent, durant lesquels Tsukiyo ne reçut aucune visite. Shachi se dirigeait désormais vers sa cellule, une pomme en main. Au début, il pensait aller la voir et agir sous le coup de l'émotion, mais avait finalement décidé d'attendre un peu afin de remettre de l'ordre dans ses sentiments et ses pensées. Agir dans l'émotion ne les aurait aucunement aidé tous les deux, et de toute façon, la jeune femme était si perturbée à ce moment-là qu'elle n'aurait certainement sorti aucun son.

Au début, il avait été fort bouleversé par la trahison, saisit par de l'amertume et une certaine rancœur. Mais ces sentiments négatifs s'étaient envolés après mure réflexion. Non seulement c'était lui qui s'était approché d'elle alors qu'elle ne désirait qu'être tranquille, et en plus de cela elle avait fini par le rejeter pour le protéger, parce qu'elle savait qu'il finirait par être blessé. Au final, elle n'avait jamais eu de mauvaises intentions envers lui malgré son agressivité. Bon, son but était tout de même de récolter des informations sur May ce n'était pas rien, il devrait même se sentir outré de son audace, mais il en était tout simplement incapable.

Il entra discrètement et referma la porte derrière lui sans un bruit, avant d'enlever ses lunettes et de les ranger dans la poche de son combinaison. Il voulait être honnête avec elle et la regarder clairement dans les yeux, peut-être que cela la pousserait à en faire de même. Ses pas le menèrent jusqu'aux barreaux de la cellule.

— Je t'ai ramené une pomme, tu dois avoir faim, déclara-t-il en la faisant passer de l'autre côté.

Il eut l'impression de parler dans le vent, car elle ne fit aucun mouvement. Il aurait pu ne rien dire qu'elle aurait eu exactement la même réaction. Néanmoins, il n'abandonna pas pour autant et continua sur sa lancée :

— ça n'a pas dû être facile pour toi ces derniers jours, affirma-t-il avec complaisance.

Face à son silence incessant, il ajouta, entêté mais se sentant tout de même de plus en plus con à parler tout seul :

— Le capitaine réfléchit toujours à ton sort, je sais pas quand est-ce qu'il prendra sa décision d'ailleurs…

— Pourquoi ? souffla-t-elle subitement, faisant sursauter Shachi qui ne s'attendait pas à ce qu'elle prenne la parole.

— Hein ? lâcha-t-il un peu maladroitement, ne voyant pas où elle voulait en venir exactement.

— Pourquoi tu me parles, alors que je vous ai tous trahi ?! cria-t-elle violemment. Pourquoi tu fais tout ça ?!

Son humeur changeait aussi rapidement que les chaînes de la télévision, à croire qu'au fil des années elle était vraiment devenue instable dans sa manière de se comporter.

— Tu étais manipulée, donc-

— Quand est-ce que ça va rentrer dans ta tête, crétin ? Mon maître ne m'a PAS manipulée, j'ai fait ça de ma propre volonté ! Arrête de me chercher des excuses, bordel !

C'était encore plus douloureux de voir qu'il lui cherchait des excuses, encore et toujours à essayer de prouver qu'elle était quelqu'un de bien, alors que la réalité était là. Malgré son énervement, Shachi esquissa un faible sourire. Si elle lui criait dessus comme elle en avait l'habitude, cela signifiait qu'elle allait mieux. Au moins, elle n'était plus enfermée dans son mutisme, c'était plutôt une bonne chose. Crier sur les gens était un peu pour Tsukiyo sa façon à elle de communiquer avec autrui, alors même s'il s'en prenait plein la gueule, il était soulagé qu'elle lui cri dessus.

— Tsuki…

Elle se mordilla les lèvres. Ce surnom ridicule… il était le seul à l'appeler ainsi.

— Nan, y a pas de « Tsuki qui tienne ! rétorqua-t-elle avant même qu'il puisse continuer sa phrase. Ferme là et laisse-moi tranquille ! Je veux pas voir ta sale tête de crétin enjoué !

— Regarde-moi et écoute-moi, poursuivit-il calmement, ignorant ses insultes car sachant qu'elle ne les pensait pas.

— Fous-moi la paix…, ordonna-t-elle, excédée par son entêtement.

Non, il ne la laisserait pas en paix, parce que s'il le faisait, elle continuerait de fuir encore et encore, mais elle devait assumer ses actes et être sincère pour une fois, il ne demandait rien de plus. La seule chose qui était susceptible de l'énerver au final n'était pas sa trahison mais la lâcheté dont elle faisait preuve.

— S'il te plaît. Je ne te poserai qu'une question, et après je te laisserai tranquille, promis.

Elle soupira bruyamment et tourna légèrement la tête vers lui, espérant en finir au plus vite.

— Si tu as fait tout ça de toi-même, pourquoi tu ne m'as pas manipulée ? l'interrogea-t-il afin de confirmer ses hypothèses. Tu aurais très bien pu m'utiliser pour t'approprier des informations.

— A quoi ça te servirait de savoir ? Ça ne changera rien, dit-elle sèchement en détournant le regard, les sourcils froncés.

Les mains de Shachi se resserrèrent fébrilement autour des barreaux.

— Arrête, ordonna-t-il un peu plus froidement, peu à peu envahi par la colère. Arrête de fuir comme tu le fais Tsukiyo, si tu continues à agir aussi bêtement je ne pourrais plus rien faire pour t'aider, et là tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. C'est ça que tu veux ?

Les mots étaient sortis de sa bouche spontanément sous l'irritation. Il était la plupart du temps très calme et compréhensif, mais la voir se dérober de la sorte commençait sérieusement à lui taper sur le système, à tel point que si elle continuait, il serait capable de devenir aussi agressif qu'elle, comme il l'avait déjà été envers le capitaine. Shachi s'énervait rarement, mais quand il le faisait, il était plus sage de se taire ou de se planquer. Tsukiyo fut étonné de l'entendre lui parler ainsi, lui qui avait toujours été très compatissant et généreux envers elle. Cela lui indiquait clairement que si elle continuait ainsi, elle allait finir par réellement se retrouver toute seule, sans Shachi pour la soutenir, et même si elle se refusait à le reconnaître à voix haute, cela l'affecterait sans aucun doute.

Alors elle prit sur elle et accepta d'être plus honnête. Elle allait peut-être mourir dans un futur très proche de toute façon, alors si quelqu'un pouvait au moins entendre ce qu'elle avait sur le cœur et ses véritables pensées… ça ne serait pas si mal après tout.

— D'accord… je vais essayer d'faire un effort…, grommela-t-elle.

— Merci, remercia-t-il en retrouvant son sourire et sa bonne humeur naturelle.

Quelques secondes s'écoulèrent dans le plus grand des silences, puis Shachi reprit la parole :

— Tu sais… tu aurais très bien pu essayer de t'approcher de moi pour tes intérêts, puisque j'étais le seul à venir te voir. Mais tu ne l'as pas fait, tu as même tout fait pour que je te déteste, en me parlant de manière franche et désagréable comme personne. Tu m'as traité d'abruti, de faible, de crétin… jamais encore on ne m'avait parlé de la sorte, sourit-il. Tu m'as même demandé pourquoi je portais ces lunettes sans te soucier de ce que je pourrais ressentir, j'ai jamais vu quelqu'un qui manquait autant de délicatesse ! s'amusa-t-il.

— Si je t'ai fait autant de mal, pourquoi tu continues de vouloir m'aider ? Je comprends pas…

— Parce qu'il y a eu aussi de bons moments, avoua-t-il.

— De bons moments… ? répéta-t-elle, confuse.

Il hocha la tête, et le sourire enjoué qu'il arborait se mua en un sourire rempli de tendresse.

— Oui, de bons moments. Je me souviens encore de ce moment où tu regardais le ciel sous la pluie, ou quand tu as attrapé la pomme que je voulais te donner en plein vol. Je me souviens aussi de ton air triste quand je t'ai défendu alors que les autres te traitaient mal, et comment tu as essayé de me protéger en me demandant de ne plus t'adresser la parole.

Tsukiyo l'écouta avec attention, se remémorant chacune des scènes dont il faisait allusion, puis releva la tête et vit l'expression de son visage. Il semblait presque… nostalgique.

— C'est vrai, tu nous as trahi, tu es dans un camp adverse, tu nous as tous berné… mais je suis très obstiné, il m'en faut plus pour détester quelqu'un.

Il hésita à continuer, de plus en plus gêné. Il n'avait pas l'habitude de parler autant de ses sentiments… même avec May. Et maintenant il dévoilait presque la totalité de ses sentiments à une personne qu'il ne connaissait que depuis peu… mais si ça pouvait aider Tsukiyo à être plus honnête envers elle-même et avec lui, il continuerait sans hésiter. Ce fut pour cette raison qu'il reprit la parole en dépit de son embarras.

— Je dirais pas que je suis amoureux de toi ou quelque chose comme ça, car au final on ne se connait que depuis quelques semaines… Alors à la place, je dirais que tu me plais depuis la première fois que je t'ai vu, et que j'aimerais bien apprendre à te connaître un peu mieux. J'ai compris en tout cas que ce n'était pas réciproque, peut-être même que tu me détestes, mais je voulais que tu le saches. La plupart des gens ne t'aiment pas, mais moi ça m'ferait plaisir de faire mieux connaissance avec toi, tu sais.

— … Ce n'est pas vrai.

Il haussa un sourcil.

— … Je ne te déteste pas.

Ses yeux s'écarquillèrent un instant, puis il sourit avec un air d'imbécile heureux.

— Merci, remercia-t-il, touché.

Tsukiyo fronça les sourcils et détourna les yeux avec embarras. Ce crétin était vraiment trop enjoué. Elle ne lui avait pas dit qu'elle l'aimait, juste qu'elle ne le détestait pas, et cela suffisait à le rendre heureux. Il était si bizarre.

— Nous avons tous fait des erreurs, et grâce à Law, j'ai eu droit à une deuxième chance. Tu mérites toi aussi qu'on te pardonne. Si tu acceptais de nous rejoindre, tu pourrais parcourir les mers à nos côtés, découvrir des lieux insolites, rencontrer de nouvelles personnes, tout ça sous notre protection, en tant que Heart Pirates. Jusqu'à maintenant, tu n'as vu Law qu'en tant qu'ennemi en face de toi, et si tu acceptais de le laisser protéger tes arrières en tant que capitaine ?

— Même si j'en avais envie, tu serais le seul à approuver cette idée complètement folle, riposta-t-elle, réaliste. Je suis considérée comme une traître ici, on me déteste, ça ne change pas grand-chose d'ailleurs, on ne m'appréciait pas avant non plus.

Shachi secoua la tête.

— J'ai entendu May dire qu'elle serait prête à te pardonner, si tu faisais des efforts.

— La suicidaire a dit ça ? s'étonna Tsukiyo.

— Oui, elle a dit ça.

Tsukiyo ne put retenir un sourire franc.

— Vous êtes vraiment un équipage de tarés, constata-t-elle simplement.

— Merci !

— C'était pas un compliment abruti, rétorqua-t-elle pour la forme.

La remarque ne le fit que rire davantage, ce qui donna une vue agréable à Tsukiyo qui le contempla intensément. Elle n'avait jamais réussi à rire de bon cœur comme il le faisait en ce moment même, et en devint presque envieuse. Doucement, elle posa sa tête contre le mur et ferma les yeux. Elle ressentait le désir… non, le besoin de se confier, de raconter la partie de sa vie qu'elle avait abandonné derrière elle pour mieux avancer. Shachi garderait le silence et l'écouterait sans juger.

— … Je peux te raconter une histoire ? demanda-t-elle.

— Une histoire ?

— Ouais, mon histoire, précisa-t-elle en rouvrant les yeux en direction du jeune homme.

— Bien sûr ! dit-il avec des étoiles dans les yeux, excité et impatient. Tu peux tout me dire, ce sera notre petit secret ~ ! chantonna-t-il ensuite en lui offrant un clin d'œil.

— Mais j'te préviens, c'est pas joyeux, alors t'as pas intérêt de chialer comme un gosse juste après, lui envoya-t-elle en guise de menace. Si tu pleures je défoncerais ces putains de barreaux et je viendrais te refaire le portrait, compris ? J'aime pas qu'on ait pitié de moi en disant : « oh elle a eu une histoire tellement tragique, la pauvre. » Nan, si tu veux dire ça, tu fermes juste ta gueule. Mon passé ne justifie pas toutes mes actions, sinon tous les psychopathes aux passés tragiques auraient une putain d'excuse. J'ai fait des trucs mal et je vis avec c'est tout. Mes parents étaient pourris, mais je l'étais tout autant, compris ?

La menace aurait peut-être dû effrayer le pirate, mais sur le coup, cela l'amusa beaucoup.

— Je crois que tu n'aurais pas pu être plus claire ! Mais tu sais Tsuki, quand on apprécie quelqu'un, on ne ressent pas de la pitié mais de la compassion, prononça-t-il en levant un doigt un l'air, comme pour dire : « écoute la voix de la sagesse mon enfant ! ».

— C'quoi la différence ? quémanda-t-elle sans grand intérêt.

— Ca veut tout simplement dire que je partage ta douleur et que tu n'es plus seule, expliqua-t-il sans se départir de son air fier.

Les sourcils de la jeune femme se froncèrent, d'embarras ou d'irritation elle ne le sut pas. Ce crétin lui faisait ressentir trop d'émotion, un jour il allait lui causer une crise cardiaque avec ses déclarations. En fait, il était super dangereux comme mec, autant qu'un… putain de terroriste, mais à sa manière.

— Si tu le dis…, se contenta-t-elle de répondre finalement.

Doucement, ses mains allèrent serrer le collier en forme de lune qu'elle portait toujours, puis elle ferma les yeux et se laissa peu à peu envahir par des images, des bribes de souvenirs de plus en plus lointain, jusqu'à remonter à l'aube de sa naissance, voire même quelques années auparavant…


C'était le genre d'histoire que l'on pouvait trouver dans des livres. Le genre d'histoire à la fois clichée et triste qui, malgré son manque d'originalité, arrivait à nous faire verser une larme. C'était à la fois assez banal et commun, et elle savait que ça ne justifiait en aucun cas ses actes. Certes, elle s'en retrouva influencée, autant dans sa personnalité que dans sa façon d'agir, mais ce n'était pas non plus ce qui l'avait menée à sa propre perte. A cette époque, elle était déjà une enfant perdue et dont le cœur était taché de noir. Même si cette histoire se rapprochait d'une forme de tragédie sans pour autant en être une, elle ne s'en plaignait pas réellement, consciente que dans ce monde, d'autres personnes souffraient encore plus qu'elle. Certes, lorsqu'elle avait voulu prouvé à Shachi qu'elle n'était pas quelqu'un de bien, elle avait affirmé que ne pas avoir été désirée par ses parents devaient être l'une des causes, mais c'était en parti faux. Tsukiyo n'était pas foncièrement mauvaise, mais n'était pas doté d'une grande bonté pour autant comme la plupart des enfants. Ne pas être désirée par ses parents n'avait fait que la rendre moins « bien » que ce qu'elle était déjà, sans pour autant être l'unique explication de ce qu'elle était devenue.

Tout avait commencé un jour printanier, où les fleurs s'épanouissaient, où les oiseaux chantaient, et où le soleil rayonnait sur Grand Line.

Une jeune femme d'une vingtaine d'années aux yeux gris et aux cheveux bruns lisses se tenait fièrement devant le miroir de sa chambre, admirant son reflet. Elle était assez grande et fine, l'air réservé. Aujourd'hui était officiellement son tout premier jour de formation d'une année pour devenir marine, son plus grand rêve. Après un combat acharné, elle avait réussi à convaincre les supérieurs de l'inscrire sur la liste malgré le fait qu'elle soit une femme. Les marines affichaient de la réticence à accepter les femmes, car celle-ci était considérée comme « inapte à exercer un métier aussi dangereux et difficile », d'autant plus que la jeune femme ne visait pas les tâches ennuyantes de l'administration, mais bel et bien l'exécution de mission sur le terrain. L'aventure, le danger, la prise de risque, ça la passionnait depuis petite. Malheureusement, la marine était un métier principalement réservé aux hommes.

La sonnerie résonna dans le bâtiment, l'heure était venue. Elle devait faire de son mieux, pour être prise. Seule une poignée obtiendra le diplôme.

— Aller on y va, sois forte ! déclara-t-elle à son reflet avec une assurance sans faille.

Ce fut accompagné de cette pensée pleine de détermination qu'elle sortit de la chambre qui lui était attribuée. Ses pas l'emmenèrent jusqu'à la grande salle dans laquelle attendaient les autres participants. Elle s'engouffra dans la foule, discrète, marchant entre les hommes qui commençaient à faire connaissance.

Elle s'était préparée à tout : le combat, la pression morale et physique, la douleur, la dureté des entraînements, la fatigue, tout.

C'est alors qu'un homme la bouscula involontairement en reculant légèrement. Elle chavira sous le choc et heurta un autre homme qui marchait lui aussi, lui arrachant un hoquet de stupeur.

— Je suis désolée, je n'ai pas fait exprès…, s'excusa-t-elle aussitôt en s'écartant, intimidée et fixant le sol.

— Ce n'est pas grave, vous n'êtes pas blessée j'espère ? s'enquit l'inconnu d'une voix calme.

Elle releva la tête, et se retrouva alors prisonnière d'un regard étrangement doré, mais ô combien hypnotisant.

Elle n'avait jamais vu des yeux si beaux.

— Non, ça va, je vous remercie. Vous êtes un peu stressé, vous aussi ?

— Un peu oui, je l'avoue ! prononça-t-il en lâchant un rire, s'ébouriffant les cheveux.

— Alors nous sommes pareils ! s'amusa-t-elle à lui faire remarquer.

Les lèvres du jeune homme s'étirèrent en un sourire, puis il tendit la main dans sa direction.

— Je m'appelle Kiniro, et vous ?

— Moi c'est Yoite, enchantée, répliqua-t-elle avec un sourire.

Elle s'était préparée à tout… sauf à tomber amoureuse.

Les mois s'enchaînèrent à une vitesse folle. Yoite faisait toujours autant preuve de détermination et de volonté de réussir, ce qui compensait largement son manque de force physique. Son intelligence et sa vision des choses sur le terrain s'étaient révélés fort impressionnant, et étaient devenu son principal atout. Elle était capable de tout pour obtenir son diplôme : peu importe le nombre d'épreuves, elle savait qu'avec un peu de volonté elle pouvait devenir celle qu'elle voulait et accomplir tout ce qu'elle désirait. Grâce à cette qualité, elle avait attiré l'œil de leurs examinateurs, tout comme Kiniro qui s'était démarqué par son habilité avec les armes et sa rapidité plus importante que la moyenne.

Ils étaient tous les deux remplis de détermination.

En l'espace de quelques semaines, Yoite et Kiniro s'étaient rapprochés. Chacun avait soutenu l'autre dans les moments difficiles, s'encourageant, partageant chaque petit moment de joie et de répit, s'envoyant des regards durant les entraînements, applaudissant lorsqu'ils réussissaient avec brio. En très peu de temps, l'amour avait fleuri, et seulement trois mois après leur rencontre, ils s'avouèrent leurs sentiments. Ce fut l'aube d'un nouveau bonheur à deux. Kiniro admirait le courage de Yoite ainsi que son côté passionné et spontané, ce qui les opposait au final, car lui était plutôt calme et réfléchi. Mais cela ne les empêchait pas de se compléter et de se comprendre l'un l'autre.

Il leur arrivait de discuter de leur avenir et de leurs projets une fois la nuit tombée devant le ciel étoilé. Ils s'imaginaient obtenir leur diplôme avec un grand succès, faire leur preuve dans une mission officielle, être mutés sur autre île et découvrir un tout nouveau paysage, gravir ensemble les échelons un à un jusqu'à obtenir l'un des rôles les plus important, et peut-être, après un grand nombre d'années remplies d'aventures, fonder une belle famille.

C'était la vie qu'ils imaginaient et désiraient de toute leur force, mais s'enfermer dans ses rêves n'était pas toujours une bonne idée.

Le temps continua sa chute en toute tranquillité, jusqu'à l'arrivé du 9ème mois de formation. Les nuages décoraient le ciel gris ce jour-là. Yoite était en train de courir aux côtés de Kiniro afin de s'échauffer. Ils parlaient gaiement des dernières nouvelles et du prochain examen qui allait arriver. Brusquement, Yoite fut prise de vertiges et d'un violent haut le cœur qui la submergea de dégoût. Elle se retrouva obligée d'arrêter l'entrainement, ainsi que d'aller voir le médecin attitré de la base pour recevoir les médicaments qui lui permettraient de guérir.

Elle attendait les résultats avec impatience. Elle avait hâte d'aller mieux et de reprendre l'entrainement. Il ne restait plus que trois mois avant la finalisation de la formation, elle devait garder la forme et faire davantage d'efforts. Peut-être était-elle gravement malade, car elle avait remarqué qu'elle avait pris du poids.

Après des minutes qui lui semblèrent interminables, le médecin leva la tête vers elle.

Ce qu'il lui annonça par la suite avec un sourire, fut semblable à une claque pour Yoite.

— Félicitation, vous êtes enceinte !

Puis tout vola en éclats.

[…]

Yoite referma distraitement sa valise, le cœur serré et la gorge nouée. Ranger ses affaires était une tache simple et banale, et pourtant, ce fut pour elle l'épreuve la plus difficile et douloureuse de ses derniers mois. Elle avait absolument tout essayé pour rester en ce lieu dans lequel s'était construit tous ses espoirs, mais ce fut en vain, il était hors de question qu'une femme enceinte continue la formation. Elle avait donc demandé à avorter, mais elle était enceinte depuis déjà bien trop longtemps pour que cela fusse possible.

C'était clair, elle devait partir, même si cela fendait le cœur des plus hauts gradés de devoir laisser partir une personne au talent si grand. On lui avait laissé un délai de deux semaines pour trouver un appartement en ville, heureusement pour elle les recherches furent courtes.

Elle franchit la porte de cette chambre où elle avait passé tant de temps à penser encore et encore à cet avenir qu'elle avait été impatiente de construire et de vivre. Après un dernier regard résigné, elle attrapa la poignée et claqua la porte derrière elle, se retenant de s'effondrer à terre. Ses pas hésitants l'emmenèrent jusqu'à la sortie du bâtiment. Arrivée au portail après plusieurs minutes de marche, elle s'arrêta et contempla une dernière fois ce qui se trouvait derrière elle, les cheveux volant légèrement sous la brise fraîche. Sa main se posa alors sur son ventre arrondi, et ce fut avec peine qu'elle retint un sanglot.

C'était la vie qu'ils imaginaient

Chacun des moments passés ici resteraient à jamais gravé dans sa mémoire. Kiniro avait su donner un souffle de vie à son monde qui était devenu le leur. Aujourd'hui, c'était la fin de son monde, de leur monde, mais elle ne le blâmait pas, ils étaient tous les deux responsables. Malgré son départ, il avait affirmé vouloir continuer à la voir, car son inclination pour elle était toujours présente. Ensemble, ils prirent la décision d'habiter ensemble dans le petit appartement qu'elle avait dénichée. Kiniro avait décidé qu'après ses dures journées de formation, il irait travailler le soir afin de subvenir à leurs besoins. Yoite avait des économies, mais celles-ci n'étaient guère suffisantes pour avoir une vie convenable, et le jeune homme désirait aider à sa façon.

Les larmes aux yeux, elle pivota sur ses talons et tourna le dos à la base marine, abandonnant tout ce qu'elle avait si durement entrepris, la valise en main.

Son espoir de carrière était définitivement détruit, et avant même qu'il ne naisse, Yoite sût qu'elle détestait déjà ce petit être qui avait brusquement mis fin à son idéal et lui avait volé sa jeunesse.

Quelques mois plus tard, elle donna naissance à ce petit être, qu'elle nomma Tsukiyo.

[…]

Tsukiyo grandissait de plus en plus sous la protection et l'amour de son père, mais sous le regard empli de haine de sa mère. Elle avait des yeux de différentes couleurs. L'un était argenté, l'autre était doré. Ses cheveux étaient lisses et bruns comme ceux de sa mère, et sa peau était assez pâle.

Lorsque la situation fut plus stable et convenable pour eux, Yoite fit part à Kiniro de son envie d'avoir un deuxième enfant, sans doute était-ce inconsciemment sa manière à elle de se remettre de la chute de sa carrière, en donnant la vie à un autre être, qui cette fois ci serait attendu et désiré. Un an et demi plus tard, après un beau mariage, la famille accueilli la venue d'une autre fille, qu'ils nommèrent Hibana. Hibana possédait des cheveux châtains bouclés ainsi que des yeux gris. Celle-ci se révéla être dotée de grandes capacités et douée dans beaucoup de domaines avec une intelligence admirable, contrairement à Tsukiyo qui était assez maladroite, manquait de confiance en elle et n'avait aucun talent pour se démarquer des autres.

Plus le temps s'écoulait, plus Tsukiyo s'enfermait dans des ténèbres perpétuelles à cause d'Hibana qui lui faisait de l'ombre et l'éclairait de sa lumière. Bien qu'elle fût sa sœur et qu'en tant qu'ainé elle devait prendre soin d'elle, Tsukiyo commença peu à peu à ressentir une animosité naissante envers elle, car non seulement elle était meilleure qu'elle dans tous les domaines, mais en plus de cela elle était la cible de l'amour de sa mère. Pourtant, cette haine n'était point réciproque. Hibana aimait sa sœur pour ce qu'elle était et ne lui voulait que du bien.

Elle se souvenait encore de ce triste moment où elle avait essayé de la tuer.

Ils avaient décidé de faire une balade dans la forêt enchantée située à côté de la ville. Hibana s'amusait joyeusement à cueillir des fleurs afin d'en faire un bouquet, alors que Tsukiyo l'observait faire avec envie. Sa sœur lui envoya un regard puis désigna leur mère. Comprenant l'idée, Tsukiyo sourit et s'empressa de faire un bouquet à son tour malgré son manque de sensibilité artistique. Au final, il fut moins beau que celui d'Hibana, mais elle y avait mis tout son cœur, et cela la consola. Timidement, elle s'avança de quelques pas en direction de sa maman et lui tendit le bouquet avec une pointe d'hésitation, le cœur traversé par un espoir éphémère.

Yoite perdit immédiatement son sourire, et sembla se renfrogner.

— Merci, remercia-t-elle froidement.

Elle attrapa le bouquet avec réticence, les sourcils froncés, puis le donna à Kiniro avant de reprendre la marche avec moins d'engouement. Afin de réconforter Yoite, Hibana lui offrit son propre bouquet. Le visage de la maman sembla s'illuminer, et sa main alla ébouriffer les cheveux de la petite. Laissée derrière, Tsukiyo retint un sanglot, submergée par une déception qui devenait de plus en plus familière. Plus elle encaissait les déceptions, plus son cœur se colorait de noir.

Kiniro, impuissant, s'accroupit devant elle et sécha ses larmes d'un revers de main.

— Ne t'inquiète pas ma chérie, maman est juste un peu stressée en ce moment. Il est très jolie ton bouquet, dit-il d'un ton doux pour effacer sa tristesse.

— Pourquoi maman ne m'aime pas ? l'interrogea-t-elle, la voix enrouée

Kiniro retint un soupir. Elle l'avait remarqué. Même si les enfants ne saisissaient pas toujours tout de la réalité du monde qui les entourait, il était doté d'un instinct qui leur soufflait si les mots et les gestes qu'on leur adressait étaient méchants ou non.

— C'est faux, maman t'aime beaucoup, tenta-t-il de réfuter.

Tsukiyo baissa la tête et se mordit la lèvre.

— Alors pourquoi elle n'est gentille qu'avec Hibana ?

— Hum… C'est juste que Hibana est plus jeune, on doit faire plus attention à elle, toi tu es une grande fille, tu comprends ? expliqua-t-il vaguement en se grattant la nuque avec embarras, sachant que son explication ne tenait pas vraiment la route.

— Donc, si Hibana n'était pas là, maman ferait attention à moi ? demanda innocemment Tsukiyo, une drôle de lueur traversant ses yeux vifs.

Il se figea sous les mots d'apparence si innocente mais pourtant si cruels.

— Je… je ne sais pas ma chérie, avoua-t-il maladroitement, ne sachant que répondre à toutes ces interrogations qui fusaient dans sa petite tête. Aller viens, on va les rattraper.

Il lui tendit la main, qu'elle attrapa de ses doigts fébriles. Ensemble, ils rejoignirent Yoite et Hibana en courant. La promenade reprit avec plus de gaieté, Tsukiyo faisant des efforts pour cacher sa peine. La journée allait peut-être mieux se terminer, c'était ce qu'elle espérait. Bientôt, la promenade se terminerait et ils rentreraient tous dans la joie et la bonne humeur, et avec un peu de chance, Tsukiyo pourrait retenter sa chance pour conquérir le cœur de sa chère maman.

Quelle illusion perfide.

D'humeur joueuse, Hibana avait décidé de s'amuser un petit peu. Ce fut donc d'un air malicieux qu'elle s'approcha de sa sœur et lui toucha les côtes avant de s'éloigner dans un éclat de rire :

— A toi de m'attraper haha !

Elle s'éloigna sous l'air dubitatif de Tsukiyo qui décida de se prêter au jeu. Ce fut donc avec un sourire qu'elle commença à poursuivre sa sœur dans la forêt. A force de courir, les deux filles échappèrent à la vision de leurs parents, et finirent par arriver tout près d'un ravin dangereux et inquiétant. Hibana était dos à elle et semblait boudeuse. Elle cherchait un endroit où s'échapper, mais elle n'avait aucune chance puisqu'il n'y avait que le ravin devant elle, elle était obligée de faire demi-tour, mais Tsukiyo allait gagner et ça c'était hors de question, elle voulait remporter la victoire !

Le ravin

Le cœur de la plus âgée commença à battre à tout rompre sans qu'elle ne puisse en expliquer la raison, et elle se retrouva comme submergée par une pulsion nouvelle, une pulsion qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant.

Une pulsion meurtrière.

Des pensées inquiétantes raisonnèrent soudainement dans son esprit discordant.

Si Hibana n'existait pas…

Elle commença alors à avancer inconsciemment, comme possédée par une force maléfique inconnue qui lui dictait ses actes comme on le ferait avec un pantin dénué de toute humanité.

Si elle n'était pas si parfaite…

Ses pas se faisaient lourds, ses yeux brillaient comme ceux d'un prédateur qui guettait sa proie pour mieux l'exterminer.

Si elle n'attirait pas autant l'attention de leur mère qui la détestait tant…

Elle arriva finalement juste derrière elle, telle une ombre qui engloutissait tout sur son passage et qui s'apprêtait à lui faire connaître le désespoir. Sa main s'approcha peu à peu du dos de sa sœur pour la pousser dans le ravin, alors que ses lèvres s'étiraient en un fin sourire monstrueux.

Bientôt, c'était la fin.

Et elle se sentirait… beaucoup mieux

Mais brusquement, la terre trembla, comme pour exprimer sa colère et son indignation suite aux pensées honteuses qui résonnaient dans l'esprit de Tsukiyo. Le sol commença peu à peu à se fissurer, et Hiabana, dévorée par une panique aussi soudaine qu'impossible à contrôler, tenta de faire demi-tour. Mais la terre se déroba sous ses pieds, et son corps bascula dangereusement en arrière. Tsukiyo sembla retrouver sa conscience et, réagissant instinctivement et avec rapidité, elle tendit la main et parvint à attraper avec difficulté le bras de sa sœur qui lâcha un hoquet de surprise. Tenaillée par la peur, elle tira de toutes ses forces et ramena Hibana à la terre ferme avant de tomber en arrière, le souffle coupé.

Leurs parents arrivèrent quelques secondes plus tard avec angoisse. Kiniro s'empressa de leur demander si tout allait bien, ce auquel elles répondirent brièvement, toujours sous le choc. Devant eux se tenaient Yoite qui observait silencieusement la scène, son regard naviguant entre les deux sœurs. Sentant le poids de ce regard, Tsukiyo releva la tête et croisa deux orbes gris, dans lesquelles brillait le reproche. Déstabilisée, l'enfant détourna les yeux et s'enferma dans le tourment de ses pensées.

Elle avait essayé de tuer Hibana, puis l'avait sauvée sans réfléchir. Elle porta une main à son front dégoulinant de sueur.

Qu'est-ce qu'il lui avait pris ?

Ils décidèrent de rentrer tous les quatre à la maison, fatigués de leurs émotions.

Lorsque le soir arriva, que le jour fut englouti sous la froideur du crépuscule et que les étoiles apparurent pour illuminer le ciel, Kiniro se décida à avoir une conversation importante avec sa femme. Celle-ci lavait les assiettes d'un air distrait. Il choisit de ne pas tourner autour du pot, d'aller dans le vif du sujet :

— Tu es un peu trop dur avec Tsukiyo. Tu l'as déprimée aujourd'hui avec ton comportement.

La main de Yoite qui nettoyait les assiettes se figea aussitôt, avant de recommencer à bouger.

— Je n'y peux rien, si elle ne fait que des bêtises, déclara presque avec désintérêt Yoite, n'accordant aucun regard à son mari.

— Arrête, tu sais bien que ce n'est pas la véritable raison, reprocha-t-il, les bras croisés contre son torse. Il faut que tu tournes la page Yoite.

Il avait rapidement compris que Yoite vouait une haine sans limite à Tsukiyo uniquement parce que celle-ci était la raison pour laquelle elle avait dû arrêter la formation. Peut-être était-elle également fort frustrée, en constatant que cette enfant était inconsolable dans le fait de ne posséder aucun talent particulier. Yoite pensait que non seulement sa carrière était un échec, mais que son enfant l'était également. Au fond, elle ne rejetait pas Tsukiyo elle-même pour ce qu'elle était, mais pour ce qu'elle représentait.

— C'est facile à dire pour toi, tu n'as pas eu à arrêter la formation, fit-elle sous-entendre avec amertume et froideur.

Elle savait que ses mots étaient injustes, mais elle qui était d'un caractère si passionnée se laissait souvent dominer par ses émotions, encore plus lorsque celles-ci étaient négatives et touchaient le sujet sensible qu'était la formation de marine.

— ça va être de ma faute, maintenant ? soupira Kiniro

— Tu n'es là que le soir aussi, j'ai été la seule à m'occuper de son éducation, parce que tu n'es pas souvent là.

— Je te rappelle que si je rentre tard c'est pour pouvoir subvenir à vos besoins.

— C'est la moindre des choses, affirma-t-elle comme si c'était une évidence.

Kiniro s'ébouriffa les cheveux, exaspéré par la soudaine tournure de la conversation. Yoite avait dérivé le sujet sur lui, fuyant encore et toujours ses responsabilités vis-à-vis de Tsukiyo. Jusqu'ici il était resté silencieux, mais là, il considérait qu'elle dépassait les limites et qu'elle devait à présenter tourner la page, ou cela finirait par avoir des répercussions sur la famille entière.

— Tu te rends compte de ce que tu dis ? l'interrogea-t-il toujours aussi calmement. Tu es vraiment injuste. Je comprends que ça a été difficile pour toi, mais je ne mérite pas non plus toute la faute.

Yoite se contenta de hausser les épaules, comme si elle ne désirait même pas y réfléchir plus que ça.

— Peu importe…, lâcha-t-elle lascivement. Qu'est-ce qu'on doit faire maintenant ?

— Comment ça ?

— Je parle de ce qui s'est passé aujourd'hui ! précisa-t-elle d'un ton plus colérique.

— Je ne vois pas ce que tu veux en dire de plus… Il y a eu un accident, ça peut arriver, on aurait dû les garder à l'œil…, répondit Kiniro en haussant un sourcil, ne voyant pas du tout où elle voulait en venir exactement.

Les sourcils de Yoite se froncèrent et sa mâchoire se contracta violemment.

— Tsukiyo a essayé de tuer notre fille ! s'écria-t-elle vivement en plantant son regard dans le sien

Les orbes dorés du jeune homme s'écarquillèrent à l'entente de cette accusation plus que risible. Comment Tsukiyo aurait-elle pu être capable d'une chose pareille ? La haine qu'elle lui vouait l'aveuglait comme un brouillard.

— C'était un accident Yoite, rien de plus, affirma-t-il en posant ses mains sur les épaules de sa femme pour l'apaiser. Tsukiyo n'aurait jamais pu vouloir lui fait de mal voyons. Et c'est ta fille aussi, c'est notre famille.

Elle s'écarta de sa prise avec agacement, les mains serrées et tremblantes, alors qu'un voile d'ombre recouvrait dangereusement son visage déformée par la colère.

— Non, ce n'est pas ma fille, jamais je ne la considérerais comme telle. Cette enfant est un accident, rien de plus, affirma-t-elle cruellement, sans aucune honte ni hésitation. Ça ne lui a pas suffi de me prendre ma raison de vivre, il faudrait en plus qu'elle m'arrache Hibana !

Le cœur de Tsukiyo rata un battement. Cachée derrière le mur depuis un bon bout de temps, elle décida qu'il était temps pour elle de regagner sa chambre avant de se faire repérer. Elle marcha donc d'un pas fébrile jusqu'à la pièce qui lui était assignée, puis s'allongea sur son lit et serra son coussin contre elle. Rapidement, le coussin se retrouva tâché de larmes, alors qu'elle essayait de réprimer ses gémissements dû à son désespoir. Une pensée, une seule, raisonnait durement dans sa tête d'enfant : sa mère la haïssait. Peu importe les efforts, elle ne l'aimerait jamais.

Parce qu'elle était un enfant non désiré et un échec.

Elle passa la plus grande partie de la nuit à extérioriser sa douleur en silence, comme le ferait une âme en peine, enfermée dans une cage de solitude et dont les ailes étaient brisées.

Les disputes se firent alors de plus en plus régulières entre les deux parents au sujet de Tsukiyo. La façon dont Yoite traitait Tsukiyo était devenue une vision insupportable pour Kiniro, qui n'exprimait plus que des reproches envers sa femme. Celle-ci se plaignait de son éducation et remettait la faute sur lui, alors qu'il n'y pouvait rien.

Les années s'écoulèrent dans une ambiance pesante et inconvenable pour l'épanouissement des adolescents. Bien qu'Hibana n'était maintenant âgée que de douze ans, elle avait bien compris en son for intérieur que quelque chose clochait, sans qu'on ait besoin à le lui dire. Tsukiyo, elle, âgée de quinze ans, s'était renfermée dans sa coquille et n'accordait la parole qu'à son père, le seul qui selon elle l'aimait véritablement.

La situation devint réellement instable, et l'année qui suivit, une grande dispute éclata, plus violente que les autres, telle un ouragan. La rage de Yoite fut si grande qu'elle cassa un vase et, dans un élan de colère, attrapa l'un des morceaux brisés pour attaquer physiquement Kiniro.

Mais Tsukiyo, qui avait encore une fois observé la scène s'interposa, prenant courageusement le coup pour protéger son père.

Horrifiée, Yoite lâcha le morceau de vase et plaqua une main contre sa bouche, retenant un cri qui alerterait Hibana. L'adolescente posa une main sur son visage ensanglantée, gémissant de douleur. Jamais encore elle n'avait connu une telle souffrance physique. Essayant de rester calme, Kiniro se hâta de l'emmener à l'hôpital afin d'éviter une quelconque complication. Heureusement pour elle, on l'envoya rapidement en salle de soin et son œil ne fut pas gravement touché. Néanmoins, son visage fut à partir de cette dispute marqué par une cicatrice s'étirant sous son œil gauche.

— Pourquoi tu as fait ça, bon sang ?! Tu aurais pu… ! lui reprocha son père d'une voix prise d'angoisse, lorsqu'il fut enfin autorisé à la voir dans la chambre qui lui était assigné.

— Je ne voulais pas que tu ais mal papa, expliqua-t-elle avec un faible sourire, ne regrettant pas son geste.

Kiniro fut incapable de retenir ses larmes, et passa une bonne partie de son temps à la serrer contre lui comme pour la remercier de ce geste inconsidéré.

Mais pour Yoite, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Elle demanda subitement le divorce une fois le rétablissement de Tsukiyo terminé.

Cette dernière avait conservé jusqu'i ici un espoir éphémère et minime que sa mère l'accepte un jour, malgré ces mots qu'elle avait entendus ce jour-là, car à cet âge, il était si facile de se laisser bercer par des illusions perfides. Ces illusions se brisèrent à la seconde même ou Yoite emporta Hibana avec elle, le jour où elle quitta le domicile avec toutes ses affaires.

Hibana, qui aimait sa sœur, lui avait offert peu de temps auparavant un collier en forme de lune, en rapport avec son prénom. Tsukiyo s'était sentie obligée de l'accepter, ne désirant pas la blesser malgré sa rancune. Elle pensa que ce serait peut-être le seul souvenir qu'il lui resterait d'elle après le divorce, et même si ce collier aujourd'hui l'emplissait d'une culpabilité profonde et d'une amertume tenace, elle continuait de le porter et de le chérir comme un de ses plus précieux trésors. Elle regrettait de ne pas avoir essayé de mieux la connaître, de lui avoir reproché des choses qu'au fond elle n'était pas capable de comprendre au vue de l'âge qu'elle avait à l'époque. Ces sentiments négatifs envers elle avaient été naturels, et démontraient bel et bien qu'un enfant, aussi pure et innocent qu'il puisse être d'apparence, pouvait renfermer une grande cruauté dont il n'avait guère conscience.

Tsukiyo et Kiniro étaient restés à l'appartement et vivaient seuls depuis le divorce. La jeune fille pensait que cela allait résoudre tous les problèmes et qu'elle allait enfin pouvoir mener une vie heureuse, mais le caractère de son père changea subitement et devint presque semblable à celui de sa mère. Il s'était renfermé dans un silence inquiétant, ne lui faisait plus de câlin, ne l'encourageait plus à faire quoi que ce soit. Sans doute était-il affecté par le divorce, et c'était normal, mais la façon qu'il avait de la fixer… ce regard qu'il lui lançait désormais… c'était le même que sa mère, la même lueur de reproche brillait dans ses yeux dorés.

Elle pensait que cela s'arrangerait, qu'il retrouverait sa bonne humeur naturelle et sa façon positive de voir les choses, comme il l'avait toujours fait. Mais encore une fois, elle avait faux, et elle le comprit le jour où elle alla le voir dans sa chambre, alors qu'il se reposait. Doucement, elle avait pris une chaise et s'était posée à ses côtés, mais aussitôt son geste exécuté, il s'était tourné de l'autre côté du lit pour se mettre dos à elle.

— Dis, t'es malade ? Tu es bizarre en ce moment…

Les secondes s'écoulèrent sans qu'elle ne reçoive de réponse, laissant un silence oppressant régner dans la pièce. Elle allait ouvrir la bouche pour parler une seconde fois, lorsque la voix de son père s'éleva enfin.

— Tu ferais mieux de partir, conseilla-t-il d'un ton neutre.

Elle fronça les sourcils, confuse, perdue.

— Je suis désolé ma chérie, papa à fait de son mieux…, déclara-t-il mélancoliquement d'une voix enrouée.

— Je ne comprends pas…, admit-elle, complètement larguée.

Puis la vérité éclata :

— J'ai fait de mon mieux pour essayer de t'aimer, avoua-t-il finalement avec difficulté, le cœur serré par le désespoir.

Tsukiyo lâcha inconsciemment la brioche qu'elle tenait dans la main en guise de petit déjeuner, le visage figé dans une expression de stupeur.

— J'ai vraiment essayé de t'aimer… mais à cause de toi, je n'ai fait que de me disputer avec ta mère encore et encore… alors que je l'aime tant… et maintenant nous sommes divorcés… tout ça parce qu'elle ne t'aimait pas et que je voulais essayer de le faire à sa place… mais j'ai échoué en tant que père.

La jeune fille resta muette, paralysée.

Qu'était-il en train de dire ?

— Je te déteste Tsukiyo, et c'est pour cette raison que je te conseille de partir. Je ne veux plus te voir. Tu ne dois plus jamais revenir, ou je serais malheureux.

— Mais qu'est-ce que tu racontes papa… ?

— Ne m'appelle pas « papa » ! s'écria-t-il brusquement, la faisant sursauter. Va–t'en, c'est tout !

Le monde s'était figé pour Tsukiyo, qui comprenait avec peine chaque mot prononcé par son père. Ce devait être une blague, juste une énorme blague. Oui c'était ça, elle était en train de rêver ! Et bientôt elle se réveillerait, il suffisait qu'elle se pince la peau de ses doigts, et elle sortirait de ce cauchemar horrible qui était totalement dénué de sens. Déterminée, elle ferma les yeux et pinça sa peau de toutes ses forces, jusqu'à ce qu'elle devienne rouge et douloureuse, puis, craintivement, elle ouvrit un œil, et son sang se glaça.

Ce n'était pas un rêve.

Elle sortit de la pièce en trainant des pieds, les yeux écarquillés par le choc, sa gorge se serrant de plus en plus. Elle regagna sa chambre et resta planté au milieu durant un long moment, le regard fixé sur le plafond, la bouche faiblement ouverte.

Subitement, elle fut gagnée par une rage impossible à contenir et si grande qu'elle attrapa le premier verre qui lui tomba sous la main et le balança à terre en criant. Comme si elle était enfin capable d'extérioriser véritablement toute cette souffrance et cette colère qu'elle endurait depuis tant d'années, elle cria, cria encore et encore, tout en renversant les meubles, jetant chaque chose qui avait le malheur de croiser son regard, frappant le mur de ses poings, tandis que ses sanglots mouillaient son visage déformé par ses émotions dont elle se retrouvait emprisonnée. Elle hurla, hurla aussi fort que sa voix le permettait. A cet instant elle n'avait plus rien d'humain, elle n'était qu'un animal blessé et en colère. Toujours aussi frustrée, elle commença à faire un sac de survie, dans lequel elle rangea de la nourriture, de l'argent, et les quelques affaires qui lui étaient importantes – et qui n'avaient pas fini brisés en mille morceaux sous sa fureur. Ses yeux croisèrent le collier de Hibana, et après hésitation, elle l'attrapa et le rangea avec ses autres affaires.

Elle se dirigea vers la porte, mais fit demi-tour et se dirigea à nouveau vers la chambre de son père, les épaules tremblantes et la respiration saccadée. Cette fois-ci, elle ne laisserait aucune pensée la brider, elle allait dire tout ce qui lui passait par la tête, peu importe les conséquences !

Alors elle cracha à la figure de son paternel toute sa haine et sa rancœur :

Je pensais vraiment que tu m'aimais, et tu oses me dire que c'était des conneries ?! Que quand tu me réconfortais tu le faisais par pitié ?! En fait, tu es aussi détestable que maman, oh mais qu'est-ce que je dis ? Ce n'est même pas ma mère, ce n'est qu'une salope qui m'a mise au monde sans prendre la responsabilité de ses actes ! Et au final tu es pareil, mais en bien plus hypocrite ! Très bien, je m'en vais, mais sache que je ne reviendrai jamais dans cette maison de merde auprès de parents aussi indignes que vous ! Vous vouliez votre carrière, ben allez-y, je ne suis plus là pour vous gêner ! Tu sais quoi ? Vous me dégoûtez ! Et j'espère qu'aucun autre enfant de ce monde pourri n'a des parents comme vous qui remettent tout sur le dos des autres alors que vous êtes les premiers fautifs ! Je t'aimais papa, mais t'as décidé de tout gâcher. Tu as gagné, vous avez tous gagné, je me barre et vous ne me reverrez plus ! Allez tous crever en enfer !

N'ayant plus rien à ajouter, Tsukiyo sortit et claqua la porte derrière elle. Au final, la personne qui l'avait véritablement aimée ni son père ni sa mère, mais Hibana, qu'elle avait tant rejeté.

Quelle putain d'ironie !

Elle lança un doigt d'honneur devant l'appartement, puis pivota sur ses talons, la mâchoire serrée, et commença à déambuler dans la ville sans regarder où elle allait. Son corps semblait plus apaisé, ses tremblements se faisaient moins vifs, mais son cœur lui restait tourmenté, tout comme son esprit qui hurlait, hurlait, sans cesse. Vu qu'elle ne regardait pas où elle allait, elle fut obligée au bout d'un moment à bousculer quelqu'un.

— Quoi ?! T'as un problème ? cria-t-elle face à l'inconnu qui l'avait fusillé du regard.

— N-non… rien, déclara-t-il avant de s'enfuir comme une lapin, soudainement intimidée par l'agressivité dont elle faisait preuve.

Tsukiyo soupira profondément, se retenant de faire un meurtre, et décida de s'engouffrer dans la forêt pour trouver un peu de tranquillité. Elle trouva rapidement un petit coin sympa et s'assit sous un arbre, avant d'inspirer et d'expirer calmement afin de retrouver une forme de sérénité – un peu difficile au vue des récents évènements.

Et maintenant ? Qu'allait-elle faire ?

Et puis merde, si elle pouvait arrêter de se prendre la tête deux minutes, ça serait bien. Elle avait seize ans maintenant, elle pouvait bien se débrouiller toute seule. Elle passa la journée à se reposer et à accepter la réalité, admirant distraitement le ciel et les nuages qui défilaient. Elle n'avait jamais fait attention au ciel auparavant, c'était le genre de chose qui ne l'avait jamais passionné. Elle avait préféré jusqu'à maintenant rester enfermée dans sa chambre à lire des livres, à se poser des questions ou à dormir. En fait, elle n'avait jamais vraiment profité de la vie, ni découvert le monde… maintenant qu'elle le faisait, les choses qu'elle considérait avant comme banales et dénuées de considération prenaient une valeur bien plus grande à ses yeux. Elle tendit la main, comme pour essayer d'atteindre ce ciel lointain, avant de la refermer et de la reposer tout près d'elle.

Le monde lui appartenait désormais.

Mais que pouvait réellement faire une jeune fille de seize ans ? Pas grand-chose, à part se retrouver dans des magouilles pas possibles dont elle n'arriverait pas à se dépêtrer à coup sûr. Ce fut pour cette raison que quelques jours plus tard, elle se retrouva en manque de nourriture et d'argent, et fut donc affaiblie. L'idée de voler de la nourriture traversait son esprit, mais l'hésitation la rebutait fortement. Elle ne voulait pas se rabaisser à ça, pourtant, elle n'avait pas vraiment le choix si elle ne voulait pas finir comme un rat mort au bord du trottoir.

Alors elle se décida à franchir le pas, un matin pluvial.

Un petit magasin de fruits était tenu par une dame qui s'exclamait dans la rue pour faire venir les passants, avec un peu de chance et de discrétion, Tsukiyo pouvait passer juste derrière elle et voler quelques fruits présentés dans les étalages, mais si jamais elle se faisait attraper… ? Son ventre gargouilla, lui arrachant un soupir. Elle avait si faim. Elle déglutit et se décida à passer à l'attaque. Doucement, elle s'approcha des étalages à petits pas, espérant que la femme ne se retournerait pas. Son cœur battait à tout rompre contre sa cage thoracique, sa raison lui soufflait de ne pas continuer, d'arrêter pendant qu'il était encore temps, mais sa faim la tenaillait tant qu'elle devait faire cette mauvaise action.

Elle arriva enfin devant les étalages, et, aussi silencieusement qu'un chat, elle attrapa quelques pommes en jetant autour d'elle des regards furtifs. Tout se déroulait bien, il suffisait maintenant qu'elle s'éloigne et…

On lui attrapa soudainement le bras avec violence, et ses yeux croisèrent ceux agacés de la propriétaire du magasin. Et merde.

— Alors comme ça on essaie de voler ma petite ? Je vais t'apprendre les bonnes manières, moi ! Tu as de la chance que notre île soit bien trop isolée et sans importance pour avoir une base marine, sinon tu aurais fini dans une cellule, crois-moi ! s'écria-t-elle en accentuant sa prise, faisant gémir de douleur Tsukyio qui réfléchissait à toute vitesse.

Elle allait la forcer à marcher jusqu'à l'intérieur de la boutique, lorsqu'une voix masculine résonna auprès d'elles :

— Fufufufufu, lâcha-t-il dans un rire bien particulier. Je vais payer pour la gamine.

Tsukiyo se retourna, et vit un homme assis sur un des étalages. Celui-ci se tenait d'une bien étrange manière, et sa façon de s'habiller sortait drôlement de l'ordinaire. Ses yeux étaient dissimulés derrière une paire de lunettes en forme de flamant rose et ses vêtements étaient décorés de motifs exotiques. Il possédait des cheveux blonds et court et ses lèvres s'étirait en un sourire confiant et cynique, mais le plus déstabilisant ce gigantesque manteau à plumes roses dont il était vêtu.

Quel type bizarre.

— Je me moque de l'argent monsieur, déclara sèchement la dame. Cette fille est une voleuse et elle doit payer.

— Vous êtes sûre ? insista-t-il en sortant de sa poche une petite bourse rempli de berrys. Celle-ci devait sûrement en contenir plus qu'il n'en fallait pour payer les pommes.

Elle regarda longuement Tsukiyo, puis l'homme, et se décida finalement à la lâcher et à prendre la bourse avec dédain.

— Tu as de la chance petite, affirma-t-elle avec dédain. Aller va-t'en, et que je ne te revois pas dans les alentours !

Rapidement, Tsukiyo hocha la tête en direction de l'homme en guise de remerciement et, les pommes serrées contre elle, elle prit la fuite sous le regard ahuri des passants en direction de la forêt. Après avoir retrouvé son coin préféré, elle commença à manger avec envie. Elle savourait son repas lorsqu'une ombre immense s'étendit devant elle.

Le type de tout à l'heure, toujours en train de sourire à pleine dent.

— Qu'est-ce qu'une gamine comme toi fait là toute seule dans une ville aussi isolée ?

— Je ne suis pas une gamine, rétorqua-t-elle froidement, méfiante.

La remarque fit rire l'inconnu à gorge déployée.

— Tu n'as toujours pas répondu à ma question, précisa-t-il.

Tsukiyo hésita un instant, avant de lâcher en détournant les yeux :

— Je me suis enfuie de chez moi, satisfait ?

— Pour faire quoi ?

Rahhhh, mais qu'est-ce qu'il avait cet homme à s'intéresser à elle tout à coup ? Il pouvait pas lui foutre la paix ?

— Je ne sais pas, avoua-t-elle, grincheuse.

— En voilà une bien drôle de gamine ! Puisque tu n'as aucun endroit où aller, ça te dirait de venir avec moi ?

Venir avec lui ? Suivre un type qu'elle ne connaissait même pas ? Quelle bonne idée ! … Et puis quoi encore ? Il la croyait assez crédule pour suivre des inconnus ? Elle n'était pas inconsciente à ce point.

— Qu'est-ce que j'y gagnerai ? demanda-t-elle avec indifférence.

— Un toit, de la puissance et une nouvelle vie. Ça ne serait pas chouette ?

Une nouvelle vie… voilà un terme qui résonnait joliment à ses oreilles. Un nouveau départ, recommencer à zéro, oublier tout ce qu'elle avait vécu… tout cela représentait un idéal qu'elle n'osait à peine imaginer ou frôler jusqu'ici, mais cet homme lui proposait tout ça comme si c'était… accessible et réalisable. Ses yeux se baissèrent en direction de la pomme qu'elle tenait entre ses doigts, puis sur l'horizon qui s'étendait autour d'elle. Devoir se contenter de cette vision si restreinte finirait un jour par devenir insupportable, et il lui serait impossible un jour de quitter cette île toute seule, elle finirait forcément noyée sous les vagues. Au-delà des arbres et des nuages, elle imaginait un tout autre horizon qu'elle pourrait découvrir et apprécier à sa juste valeur, cela semblait si près, et pourtant c'était si loin.

— Je ne sais pas…

— T'as pas envie d'avoir un lieu où rentrer, une personne à tes côtés ?

Ces nouveaux arguments la touchèrent tout autant les précédents, et ses yeux s'illuminèrent. Avoir un lieu ou rentrer et du soutien… c'était tout ce dont elle avait besoin… mais comment savoir s'il était digne de confiance ? Il l'avait sorti du pétrin de tout à l'heure… mais s'il faisait ça pour la piéger… ? Chacun de ses mots brisait un peu plus la carapace qu'elle avait forgée pour se protéger, mais une pointe d'incertitude régnait toujours au fond d'elle-même.

— … Si, admit-elle malgré sa fierté. Mais qu'est-ce qui me dit que je peux vous faire confiance, hein ? Je suis pas stupide.

— Méfiante à ce que je vois, s'amusa l'homme avec un sourire narquois. Tu ne le sauras que si tu viens avec moi. Le monde est dangereux, toute seule, tu ne feras pas long feu gamine, c'est moi qui te le dis.

Il avait raison sur ce point. Seule, elle ne parviendrait à rien et finirait par mourir de faim, sans même avoir pu laisser sa marque quelque part qui montrerait au monde entier qu'elle avait existé, et on finirait par l'oublier comme n'importe quel être humain, or ce n'était pas vraiment l'idée qu'elle se faisait de son futur. Une flamme d'ambition prenait peu à peu de l'ampleur en elle. Elle désirait prouver au monde qu'elle était bien plus qu'un enfant non désiré dénuée de qualités, et montrer à tous ces enfoirés qu'elle était capable de faire de grandes choses comme sa sœur !

— Rejoins-moi : tu seras protégée, tu deviendras forte et tu seras reconnue pour ce que tu es.

Il tendit la main vers elle avec une expression indéchiffrable, comme pour lui faire une promesse informulée.

Devant elle se tenait la possibilité de commencer une nouvelle vie, et cette simple pensée lui donna les larmes aux yeux, mais rapidement, ses sanglots cessèrent, emportés par le vent.

— D'accord… j'accepte, déclara-t-elle finalement après un laps de temps.

Elle serra la main de l'inconnu avec émotion sous la pluie battante, et sût aussitôt que sa vie ne serait plus jamais la même. Satisfait, l'homme eut un sourire étrange et fit quelques pas, avant de se retourner et de lui lancer :

— Alors, tu viens ?

Tsukiyo, qui regardait mélancoliquement le paysage qui était situé derrière elle, se tourna vers l'homme et afficha un immense sourire empli de reconnaissance, puis se hâta de le rejoindre en courant, le cœur trépignant d'excitation.

— La gamine a un nom, je suppose ?

— Oui, je m'appelle Tsukiyo, et vous ? demanda-t-elle avec curiosité, désirant connaître le nom de celui qu'elle considérerait comme son sauveur.

— Je suis connu sous le nom de Joker, mais mon véritable nom est Doflamingo. Tu devras t'habituer à souvent l'entendre, car je compte bien faire du remue-ménage, fufufufu.

Doflamingo…

Elle ignorait à cet instant à quel point ce nom donnerait un sens à sa vie, ni quelles répercussions il aurait sur elle.

Sa vie avait pris un nouveau tournant.


Une fois le récit terminé, le silence s'abattit soudainement dans la pièce. Shachi comprenait mieux à présent pourquoi elle agissait avec tant d'agressivité et de froideur, et aussi pourquoi elle avait une si mauvaise opinion d'elle-même… Durant son récit, son visage était resté le même, stoïque et figé, pas une seule larme n'avait pas eu l'audace de se montrer, elle demeurait fière, et ne voulait sans doute pas qu'il la prenne en pitié, ce qu'il ne ferait pas parce qu'il la respectait.

— C'est une jolie histoire, lança-t-il finalement pour briser le silence.

— C'est surtout maintenant une partie de ma vie que j'aimerais bien oublier, riposta Tsukiyo d'un ton neutre, après un court laps de temps.

— En fait, toi et moi on est pareil. J'étais un enfant désiré mais pas si aimé que je le pensais, la preuve on m'a échangé contre de l'argent. J'ai rencontré comme toi quelqu'un qui m'a donné une deuxième chance, qui est Law comme tu peux le deviner, et parfois j'aimerais bien être amnésique pour oublier cette partie de ma vie, mais on m'a appris à faire avec et à l'accepter comme une part de moi-même. C'est la vie qu'on a vécu Tsukiyo, on ne peut rien y changer.

Elle garda le silence, réfléchissant à ses propos avec attention.

— Je comprends que tu tiennes à Doflamingo, mais je crois qu'il faut que tu acceptes la réalité car c'est mieux pour toi. Il t'a manipulé comme un grand nombre de ses subordonnés, et ne fait attention à toi que pour ses intérêts. Le capitaine le connaît bien et ne mentirait pas sur une telle chose.

— J'ai été un peu obligé de l'accepter pendant que j'étais seule ici… mais ça ne change pas le fait que je vous ai trahi, et que je suis prête à me sacrifier, car c'est mon Maître et que sans lui, je serai morte depuis des années. Et puis, quelle est la valeur d'une vie qui n'était pas désiré dès le départ ? Contrairement à ce que je pensais, personne ne pensera jamais à moi-même après ma mort, sauf peut-être ceux à qui j'ai fait du mal, mais ça va ne vas pas plus loin, expliqua-t-elle avec calme, déstabilisant Shachi qui fut étonné de voir qu'elle avait déjà accepté tout ça. Sa capacité d'adaptation était impressionnante.

— C'est vraiment ce que tu veux ? Mourir ?

— Pas vraiment, non, mais ai-je le choix ? ironisa-t-elle.

Sa voix restait neutre, calme, comme si elle était indifférente à son propre sort, et il fut triste de voir qu'elle n'avait pas envie de se battre plus que ça pour vivre.

— Oui, tu l'as et tu l'as toujours eu, Tsukiyo. Aujourd'hui encore on peut faire quelque chose, il faut juste que tu en ais la volonté. Moi je suis prêt à tout pardonner si tu nous promets de devenir officiellement membre de notre équipage et de te battre avec nous pour obtenir la liberté.

— Mais mon Maître, il…

— T'es drôle, La Balafrée, tu dis que tu assumes mais tu continues de te cacher derrière ton Flamant Rose d'amour, ça me donne envie de vomir ! « Mon Maître par-ci, mon Maître par-là » … putain, j'ai jamais vu une femme aussi pitoyable !

Ils sursautèrent tous les deux à l'entente de cette voix désagréable et tournèrent la tête en direction de la porte.

— Noa…, lança simplement Shachi, exaspéré.

En effet, le jeune pirate dénommé Noa, connu pour son caractère désagréable et sa délicatesse qui égalait celle d'un Voldemort en colère, se tenait adossé contre le mur, une lueur moqueuse traversant ses pupilles noires. La simple vue de cet homme énerva Tsukiyo. Elle n'avait pas oublié la fois où elle lui avait pris sa bouteille d'alcool des mains sans son autorisation et qu'il avait commencé à lui faire des menaces. Malheureusement pour lui, elle avait été plus forte et rusée cette fois-là, mais elle détestait toujours autant ce surnom débile qu'il lui avait donné et qui faisait référence à sa cicatrice.

— Qu'est-ce que tu as dit enfoiré ?! s'écria-t-elle de l'autre côté des barreaux, la mâchoire serrée.

— Tu es PI-TOY-ABLE, répéta-t-il avec amusement, appuyant distinctement sur chaque mot juste pour la provoquer davantage et l'énerver un peu.

Shachi se retint de lever les yeux au ciel. Noa était juste... Noa quoi.

— Moi je vais te dire c'que je pense gamine : tu me donnes juste envie de gerber, ajouta-t-il après s'être avancé de quelques pas, les mains dans les poches de sa combinaison.

— Ô, merci Le Chauve, j'attendais enfin une bonne nouvelle pour rendre ma journée meilleure. Savoir que je te donne envie de gerber me rempli d'une telle joie, tu ne peux pas savoir ! rétorqua-t-elle avec un sourire froid et tout aussi provocateur. Je peux savoir pourquoi j'ai l'honneur de te faire un tel effet ?

— Comment dire sans être vexant... ah non je m'en fou en fait, riposta-t-il sur le même ton. Ecoute bien La Balafrée parce que je répéterai pas deux fois : tu ressembles à un toutou qui est prêt à mourir pour son maître. En fait, t'es juste une suicidaire ! Là je vois personne devant moi, à part une marionnette ! C'est facile de justifier ses actions en disant qu'elles ont été réalisées pour quelqu'un d'autre et de ne pas assumer, tu me fais vraiment pitié. Je pensais que l'autre idiote était la plus faible, mais en fait c'est toi la pire d'entre nous ! Tu sais, c'est pas comme ça que t'arriveras à avancer et avoir une vie.

Tsukiyo se mordilla les lèvres sous l'avalanche de reproches et le fusilla du regard. Alors que Shachi ignorait comment réagir. Remarque, ce n'était pas plus mal que Noa fasse part de son avis, lui au moins était franc, parfois, d'une certaine façon, ça aidait les gens à réagir, même si ce n'était pas toujours de la bonne manière.

— D'ailleurs, hors de question de t'avoir dans l'équipage, après ce que je viens d'entendre. Je ne veux pas d'une fille qui n'est même pas capable de savoir la raison pour laquelle elle se bat en tant que pirate. Au bout d'un moment faut arrêter de pleurnicher comme une fillette et faut se bouger le cul. Alors j'te propose deux solutions parce que j'suis un gentil garçon : soit tu continues de vivre pour ton maître comme une marionnette pitoyable, soit tu prends ta vie en main. Enfin j'dis ça même si ça se trouve ça changera rien parce que à moins de révéler c'que tu sais, le capitaine ne te laissera jamais sortir d'ici, j'ignore même s'il te laissera partir après la trahison que tu viens de nous faire. Perso j'en ai rien à foutre de ton passé et de ce que tu as vécu, t'es pas la seule à avoir eu des soucis dans ce monde de merde alors lève ton cul et bouge-toi, acheva-t-il enfin sous l'air désappointé de Shachi.

— Hum... laisse-moi réfléchir... ah si je sais : ta gueule le chauve, j'ai pas besoin de tes conseils ! T'as qu'à te mêler de ce qui te regarde ! affirma-t-elle sans se départir de son sourire désagréable.

— Toujours à en faire qu'à sa tête hein ? lâcha-t-il en haussant les épaules. Bah, j'ai juste dit c'que j'avais à dire, t'en fais c'que tu veux, j'm'en fiche.

Et sans plus de cérémonie, il pivota et fit demi-tour, laissant à nouveau Shachi et Tsukiyo seuls. Le brun ne savait pas vraiment quoi dire sur le coup, il avait même du mal à savoir si ce qui venait de passer sous ses yeux était arrivé ou non. Quelle drôle de scène...

— Quel abruti celui-là…, jura la jeune femme entre ses dents.

— Il a peut-être raison tu sais, même s'il n'est pas toujours très délicat dans sa façon de dire les choses... Il faut que tu prennes une décision, conseilla-t-il après un court moment de réflexion intensive.

— Je suis d'accord, fit remarquer une voix grave et familière.

Shachi sursauta et tourna la tête, puis se hâta de se remettre debout en voyant qui était là.

— Capitaine…, prononça Shachi avec inquiétude.

— Le Psychopathe..., prononça à son tour Tsukiyo avec un rictus qui montrait clairement qu'elle n'était guère ravie de le voir, lui et son bonnet ridicule.

Ignorant l'insulte, le dénommé Psychopathe déclara avec assurance, un fin sourire aux lèvres.

— Je crois en effet qu'il est temps pour toi de prendre une décision miss.

— Qu'est-ce que tu me veux ? T'es venu m'achever, ça y est ? grogna-t-elle, les bras croisés contre sa poitrine.

— Mauvaise réponse miss. Je suis là pour te proposer une solution qui réglerait tout ça.

— Oh, tu deviens subitement plus intéressant là, le taquina-t-elle.

Ok, peut-être allait-elle arrêter de trop le provoquer, parce que vu le regard qu'il lui lançait, il serait capable de revenir sur sa décision et de juste se contenter de la tuer.

— Bon... tu proposes quoi ?

— C'est très simple, je veux un combat. Toi contre moi. Une seule règle : si tu perds, tu meurs.

— ... Il a pété un plomb, c'est ça ? demanda-t-elle à Shachi.

La seule réponse qu'elle reçut fut une magnifique grimace du brun, ce qui fut fort rassurant pour la jeune femme, qui reporta son attention sur Law.

Combattre ce taré ?

Super idée.

Elle balaya sa cellule du regard. Pas de tabouret, ni de corde pour se pendre.

...

Vie de merde.


Et voila, chapitre terminé ! J'avais envie de terminer sur une petite fin humoristique histoire de faire retomber la tension haha ! Quelles sont vos impressions ? J'avoue avoir du mal à écrire le passé de Tsukiyo, j'espère que vous n'en êtes pas déçu. Je ne veux pas non plus qu'on la voit comme une pauvre fille qui a eu un passé tragique, elle a ses qualités et ses défauts comme tout autre personne, c'est tout, désolée si c'est cliché haha ! :P

Je suis désolée pour Doflamingo, j'ai étudié son caractère sur internet mais je ne pouvais pas regarder de vidéo de lui car j'étais à l'internat donc je ne pouvais pas regarder de vidéo... x) du coup pour les dialogues désolée s'il est OOC XD

N'hésitez pas à un laisser un commentaire. En tant "qu'auteur" j'ai besoin de retour, voila ^^ !

A la prochaine ~

Wakfina

Kiniro signifie « doré » en japonais, en référence à ses yeux

Yoite signifie « Le vent de la nuit ». Tsukiyo voulant dire « Nuit éclairée par la lune », appeler sa mère Yoite montre le lien entre les deux.

Hibana = éclatante, scintillante