Sharon ouvrit les yeux en grand. Elle se redressa et resta assise dans son lit en se pinçant le coin des yeux entre son pouce et son index . Elle était prise d'une sensation de vertige et elle était en sueur. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser où elle se trouvait, la notion de temps et de lieu lui étant devenue complètement étrangère. Puis elle commença à recouvrer ses esprits : La journée précédente, l'appel d'Andy...

Elle soupira et secoua la tête. Depuis quand Andrew Flynn s'invitait-il dans ses rêves ? Elle se souvenait ne s'être endormie qu'après s'être retournée dans son lit pendant un long moment. Mais elle avait tout de même finit par tomber dans un sommeil profond, bien que peu réparateur. Elle chercha ses lunettes à tâtons sur la table de nuit et les mis sur son nez. Elle dû cligner plusieurs fois des yeux pour parvenir à déchiffrer l'inscription lumineuse rouge de son réveil : 4h25 du matin.

Elle glissa ses jambes hors du lit et resta assise sur le rebord. La pointe de ses orteils effleurant le parquet, elle réfléchit un instant à ses options. Inutile d'espérer se rendormir à cette heure-ci. Allumer la télévision ? Généralement, les programmes nocturnes étaient d'un tel ennui que leur effet soporifique pourrait bel et bien finir par l'abrutir de sommeil... mais parviendrait-elle à se réveiller ensuite ? Elle abandonna toute réflection plus avant pour se diriger vers la salle de bain : Quoi qu'elle décide de faire pour combler le temps qui lui restait avant de se rendre au travail, un passage sous la douche s'imposait. Après sa toilette, Sharon s'habilla puis se rendit dans la cuisine pour se préparer un thé. Elle mis de l'eau à chauffer et repensa à sa courte nuit.

Quel pouvait bien être le sens de ce curieux songe ? Bien qu'il s'apparentait davantage à un cauchemar, elle n'éprouvait pas ce sentiment de malaise qui les accompagne quand ils vous tirent du lit. Pour être tout à fait honnête, elle était même piquée de curiosité. Elle était capitaine au LAPD après tout et sa nature profondément analytique lui laissait assez de recul pour examiner la situation avec calme.

Depuis quelques temps, Andy et elle avaient développer une certaine amitié, qu'ils gardaient soigneusement hors du champ professionnel. Depuis qu'elle avait accepté d'être cavalière au mariage de Nicole, ils n'étaient "sortis" que quelques fois ensemble au cinéma ou pour diner et ce, en tout bien tout honneur. Toutefois, elle restait très partagée sur la tournure de leur relation.

Il pouvait être de très bonne compagnie... quand il ne montait pas sur ses grands chevaux. Car bien qu'il se soit bonifier avec le temps et sa sobriété retrouvée, ses crises de nerfs restaient parfois imprévisibles. Et s'il y avait bien une chose que Sharon détestait par-dessus tout, c'était l'imprévisibilité et l'hystérie... Rien ne l'exaspérait plus au monde que les gens incapables de se maitriser quand ils s'adressaient à vous. Cela lui était aussi insultant que de se prendre une gifle en pleine figure.

D'un autre coté, leurs plus gros accrochages remontaient au temps où elle travaillait au FDI. Ils étaient loin derrière eux et bien qu'il se montrait exaspérant par moment, elle appréciait son professionnalisme. Ils partageait la même vocation : celle de mettre hors d'état de nuire les abrutis qui se plaisaient à empêcher le monde de tourner rond.

Par ailleurs, il y avait son coté chevaleresque. Il n'était pas désagréable de se faire tenir la porte ou avoir un bras solide sur lequel s'appuyer de temps en temps. Chose qu'elle avait fini par oublier depuis que Jack avait disparu de sa vie. Elle n'était pas dupe des regards insistants qu'il lui lançait quand ils se retrouvaient dans un espace commun. Elle pouvait même parier avoir déjà senti ses yeux la suivre quand elle avait le dos tourner. Tout cela lui était égal, c'était même plutôt flatteur. Et elle avait assez d'expérience pour savoir que dans un métier aussi accaparant que celui de la police, le fantasme à l'égard d'un collègue n'était pas exceptionnel...

Mais pourquoi diable était-elle à ce point affectée quand il s'inquiétait pour elle ? Bien des fois, il avait chercher à la soulager de tâches particulièrement éprouvantes liées à leur travail. Et immanquablement, elle avait repousser son aide. Ne surtout pas se montrer trop familère... Cherchait-elle à éviter de se livrer davantage qu'elle ne l'avait déjà fait en lui ouvrant un pan de sa vie privée ou à le protéger de lui-même ?

Elle connaissait trop bien ce que les situations stressantes dues à leur métier pouvait parfois provoquer chez un être aussi vulnérable que lui. Elle n'oubliait jamais qu'il était un ancien alcoolique.

Le sifflement strident de la bouilloire la sortit de sa rêverie. Au moment même où elle éteignit le feu, un bruit venu de l'entrée la fit sursauter. Quelqu'un venait de toquer à la porte...


Sharon regarda l'horloge du four à micro-ondes qui indiquait 5h10. Qui pouvait bien venir la déranger à une heure aussi matinale ? Elle s'avança à pas de loup jusqu'à la porte de son appartement et vérifia que son arme de service restée sur la table de l'entrée soit à portée de main. Réalisant son geste, elle leva les yeux au ciel : foutue habitude de flic !

Un deuxième cognement la fit se retournée vers la porte. Elle regarda par le judas pour voir qui se trouvait derrière. Elle eu du mal à en croire ses yeux. Elle devait avoir un don d'invocation pour qu'il apparaisse toujours au moment le plus opportun...

Elle se demanda un instant si elle ne ferait pas mieux de revenir sur ses pas et faire semblant de ne pas avoir entendu. Troisième salve de coups, plus forte cette fois. Elle ferma les yeux et gémit d'exaspération avant de déverrouiller la porte. Andy était là, appuyé contre le cadre de la porte et l'attitude nonchalante. Sharon remarqua qu'il avait des valises sous les yeux et le cheveux hirsute comme s'il avait passer ses mains dedans pendant un long moment. Il avait aussi les mains dans les poches et un petit sourire en coin comme si le fait de venir chez elle à une heure pareille était parfaitement normal. Dieu que cet homme était agaçant par moment... Elle fronça les sourcils avant de remettre son masque de capitaine le plus crédible possible.

- " Andy... mais qu'est-ce que tu fais là ? " demanda-t-elle d'un ton complètement neutre ce qui, Andy le savait, était une posture de défense.

- " Sharon... je suis désolé de te déranger mais j'avais besoin de m'assurer que tout allait bien... Tu avais l'air si évasive hier..." tenta-t-il d'une voix faible.

- " Andy, il est à peine plus de 5 heures. Il ne t'ai jamais venu à l'esprit que je pouvais être en train de dormir et de ne pas être en mesure de t'entendre... ? " répondit-elle perplexe.

Sharon resserra les pans de son gilet devant elle et garda ses bras croisés devant sa poitrine. Elle leva un sourcil et attendit sa réponse en le fixant avec le même air que celui qu'elle utilisait pour interroger un suspect. Andy pouvait clairement sentir la sensation d'électricité envahir l'espace qui les séparait. Il se raidit et ouvrit la bouche pour parler mais ne pu que ravaler un soupir.

- " Andy ? " s'impatienta-t-elle.

- " Sharon, je voulais juste parler..."

Etait-il en train de se moquer d'elle ?

- " Qu'est-ce qui est si urgent qui nécessite une conversation aussi matinale ? "

- "Tu m'avais dit qu'on pourrait parler aujourd'hui et je pensais que..."

- " Vraiment Andy ? A 5h00 du matin ? " le coupa-t-elle sèchement.

- " Ecoutes, tu n'avais vraiment pas l'air bien quand nous avons raccroché tout à l'heure et j'étais vraiment inquiet ! " s'offusqua-t-il. Dieu que cette femme était têtue !

Nous... Sharon ne manqua pas de remarquer qu'il avait eu la délicatesse de s'inclure dans cette décision d'écourter leur conversation de la veille, comme si elle n'était pas venue de son seul fait à elle. Oh Andy... Le coeur de Sharon se contrit un instant dans sa poitrine et la douleur qui en découlait lui monta jusqu'au yeux. Il lui fallut un effort immense pour ne pas les laisser se remplir de larmes. Elle aspira une grande bouffée d'air par la bouche et repris d'une voix quelque peu étranglée mais tendre :

- " Et donc, tu as pris la décision de venir me réconforter en venant frapper à ma porte à cette heure-ci ? "

En bon détective, Andy remarqua immédiatement son changement de ton. Il se gratta la nuque en regardant ses chaussures. Quand il releva la tête, ce fut pour lui offrir un sourire faussement crispé et des yeux pétillants.

Dieu que cet homme était agaçant... C'était, semblait-il, devenu son nouveau mantra.