Chapitre 6
Un mois avait passé, et rien n'avait changé, au grand dam de Morgana. Elle avait beau tenter tout ce qu'elle pouvait imaginer, les sous-entendus, se rapprocher explicitement de Merlin devant Arthur, rien ne semblait pouvoir faire prendre conscience au prince de ses sentiments. Pourtant, elle voyait bien qu'il n'était pas indifférent, mais il semblait ne pas comprendre, et la jeune femme commençait à désespérer devant un tel aveuglement.
Elle avait pourtant cru que l'épidémie qui s'était déclarée environ une semaine auparavant aurait eu un quelconque effet, après tout ils s'étaient liés pour aider Gwen et son père –bien qu'Uther ait fini par exécuter ce dernier, ce qui avait les avait tous mis dans une colère noire-, mais les choses avaient depuis repris leur cours normal.
Et Morgana avait décidé qu'il était plus que temps de mettre Arthur face à réalité, de gré ou de force. Si elle n'agissait pas, elle était persuadée que les deux hommes pourraient rester dans cette situation absurde jusqu'à leur mort. Arthur serait même capable d'épouser quelqu'un en se persuadant de l'aimer si elle le laissait faire.
Elle décida donc de passer à la phase deux de son plan, et s'apprêtait à aller lui parler lorsque Merlin toqua à sa porte.
- Oh, Merlin ! Que se passe-t-il ?
- Gaius m'a demandé de vous apporter votre potion pour dormir.
- Ah… Pose-la là.
Morgana lui désigna la table de chevet, et Merlin posa la fiole doucement. Il savait bien qu'elle n'avait aucun effet sur les cauchemars de Morgana.
- Ca ne fonctionne pas, n'est-ce pas ?
- Pas vraiment, non, avoua la pupille du roi en s'asseyant sur son lit.
- Alors pourquoi continuer à prendre le traitement ?
- J'espère qu'il finira par faire effet, je suppose.
- Et si ça ne marche pas ? Savez-vous au moins d'où ces cauchemars proviennent ?
- Je sais où tu veux en venir, Merlin. Et ce n'est pas ça.
- Qu'en savez-vous ?
- Parce que ça ne peut pas être ça ! Je ne peux pas posséder de la magie, Uther me tuerait. Non, ce n'est pas ça. Je ne suis pas maudite.
- La magie n'est pas une malédiction, Morgana.
- Quand on vit à Camelot et qu'on est la pupille du roi, si.
- Vous n'avez pas à avoir peur, ou honte, de ce que vous êtes. Si la magie fait partie de vous, c'est qu'il y a une raison.
- Uther ne comprendrait jamais cela, déclara Morgana en secouant la tête d'un air apeuré. Tu ne sais pas ce que c'est, Merlin. Tu ne peux pas comprendre, si j'ai vraiment de la magie, alors je suis fichue.
- Non… Arthur vous protègera. Je vous protègerai.
- Et qu'est-ce que vous ferez, hein ? Arthur ne peut rien contre Uther, et toi encore moins, affirma-t-elle en tentant de sourire.
- Je ne vous laisserai pas vivre dans la peur, je ne sais que trop bien ce que l'on ressent. Et surtout, je ne vous laisserai pas croire que vous êtes seule.
- C'est gentil Merlin, mais je te l'ai dit, tu ne sais pas ce que c'est.
- Si.
Morgana releva la tête, surprise et intriguée.
- Je… J'ai… J'avais un ami, à Ealdor. Will, déclara Merlin en se souvenant qu'Arthur pensait que Will était un sorcier. Il a de la magie lui aussi, il en a toujours eu, d'aussi longtemps que je me souvienne.
- Ealdor n'est pas Camelot…
- Non, mais ce n'est pas mieux. Les gens sont effrayés par la magie, là-bas aussi. Parce qu'ils ne savent pas ce que c'est, ils croient que c'est mal, et si quiconque découvrait la vérité, Will aurait certainement été banni, au minimum. Ce n'est peut-être pas aussi radical que peut l'être Uther, mais la peur d'avoir des dons existe là-bas aussi. La peur d'être différent, la peur de ce que l'on est. Croyez-moi, je sais ce que c'est. Mais vous n'êtes pas seule Morgana, et vous n'avez pas à avoir peur de vous-même.
Morgana sourit faiblement, tenant de montrer à son ami qu'elle lui était reconnaissante de tout ce qu'il faisait pour elle. Finalement, elle se pencha et passa ses bras autour de lui pour l'étreindre. Elle ferma les yeux, et ne vit donc pas Arthur passer sa tête dans l'embrasure de la porte, déglutir, et repartir sans faire de bruit.
A chaque fois qu'il avait l'impression d'être réellement proche de Merlin, il tombait sur quelque chose lui rappelant que son ami était en réalité sans doute plus proche de Morgana que de lui. Et même s'il essayait de le cacher –y compris à lui-même, ça faisait mal.
Peu de temps après, Merlin le retrouva dans sa chambre.
- Ah Merlin. Que veux-tu ?
- Rien, je m'ennuyais.
- Alors pourquoi n'es-tu pas allé voir Morgana ? Répondit Arthur en bougonnant à moitié.
- Quoi ?
- Rien. Que veux-tu que je fasse pour palier à ton ennui, te chanter une berceuse peut-être ?
- Bien, je vois que vous êtes d'une humeur merveilleusement agréable, ça fait plaisir.
- Mmh désolé. C'est juste…
- L'arrivée du roi Bayard ?
- Quoi ?
- Gaius dit qu'il arrive demain pour signer un traité de paix, ou quelque chose comme ça.
Arthur, qui était jusqu'alors plus ou moins avachi sur son siège, se releva d'un bond. Il se souvenait parfaitement du roi Bayard. Comment oublier la première fois où Merlin avait failli mourir pour lui ? Bayard avait empoisonné sa coupe, et Merlin l'avait bue pour le prouver, ce qui l'aurait tué si Arthur n'était pas parvenu à retrouver la fleur antidote et à l'amener à temps à Gaius malgré l'intervention d'Uther qui l'avait enfermé pour l'en empêcher. Ce qui était l'une des choses qu'Arthur n'avait jamais pardonné à son père.
Cette fois, il était hors de question qu'il risque à nouveau la vie de son ami. Il boirait cette coupe lui-même s'il le fallait, mais il ne laisserait pas Merlin la boire. Sachant pourtant que ce dernier ne le laisserait pas faire, il décida de ne rien lui dire, et de laisser les choses se dérouler jusqu'à ce soir là.
Le lendemain, Camelot accueillit donc le roi Bayard et ses hommes, et la journée passa plus ou moins normalement.
Lorsque le soir du banquet fut finalement venu, tous se réunirent, et Arthur saisit la coupe qui lui était réservée.
Seulement, avant qu'il n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Merlin déboula de dieu sait où en criant.
- Arthur ! Ne buvez pas, le vin est empoisonné !
Arthur soupira. Il avait espéré pouvoir agir avant que Merlin n'intervienne, et maintenant il n'avait aucune idée de comment sauver son ami. Il ne pouvait pas le laisser boire, il savait que tout s'était joué à quelques minutes près la dernière fois, et qu'il n'y avait aucune garantie de réussite s'il devait à nouveau aller chercher la fleur.
Perdu dans ses réflexions, il avait perdu le fil de la conversation. Lorsqu'il s'en rendit compte, et qu'il se reconcentra à nouveau, il remarqua que tout le monde avait sorti les armes.
- Sur quoi se base cette accusation ? Demanda fermement Uther.
- Il a été vu versant le poison.
- Par qui ?
- Je ne peux rien dire.
Alors qu'Arthur ne savait pas quoi faire, Uther lui arracha la coupe des mains, et s'avança vers Bayard.
- Si vous dites la vérité, alors vous n'avez rien à craindre.
Arthur eut un sursaut de soulagement en pensant que son père allait donner la coupe à Bayard, mais ce dernier fit demi-tour et la plaqua dans les mains de Merlin.
- S'il s'avère que vous mentez, je veux pouvoir vous tuer moi-même.
Arthur fouilla la pièce du regard, à la recherche d'une idée brillante qui ne lui venait pas. Finalement, à court de temps, il décida d'improviser, et se jeta sur Merlin, lui arrachant la coupe.
- Ne bois pas ça !
- Arthur ! Laisse donc l'apprenti de Gaius boire ce vin.
- Pour qu'il meure ? Hors de question.
- Qu'est-ce que cela peut bien te faire, ce n'est qu'un paysan !
- Eh bien vous savez quoi ? Vous n'avez qu'à la boire, vous, cette coupe !
- Arthur, cela suffit ! Donne ce verre au garçon immédia…
- MERLIN ! Il s'appelle Merlin ! Je vous l'ai déjà dit ! Et je ne le laisserai pas mourir.
- Nous n'avons pas le temps de jouer à ton petit jeu, Arthur. Et je ne te laisserai pas me défier de la sorte, surtout pour…
Hors de lui, Arthur fit quelque chose qu'il n'aurait jamais pensé être capable de faire. Il lança le vin empoisonné au visage du roi, et ne détourna pas les yeux lorsque ce dernier le fixa avec hargne.
- Très bien, puisque c'est ainsi, tu passeras le mois entier au cachot. Et dis au revoir à Merlin, car il sera mort avant que tu ne revois le jour.
Avant qu'il n'ait pu réagir, Arthur fut fermement saisi par les gardes royaux, qui l'entraînèrent hors de la salle. Il eut juste le temps d'apercevoir Gwen et Gaius blêmir, et Morgana se lever, tandis que Merlin était à son tour saisi.
- Ne faîtes pas cela !
- Morgana, restez en dehors de ça, à moins que vous ne vouliez rejoindre Arthur au cachot.
- Merlin n'a strictement rien fait qui mérite un tel châtiment, et vous le savez !
- Cela est peut-être vrai, mais Arthur a de toute évidence besoin d'être remis dans le droit chemin.
- Si vous faites cela, je peux vous jurer que jamais je ne vous le pardonnerai. Et Arthur non plus.
- Il suffit Morgana. Vous rejoignez Arthur au cachot. Immédiatement.
Lorsqu'il fut jeté dans une cellule, après avoir tenté de se débattre en vain, Arthur se défoula en frappant le mur. Jusqu'à ce qu'il entendit des pas.
- Vous me faites mal !
- Morgana ? Demanda-t-il en reconnaissant sa voix.
Il se colla aux barreaux pour tenter de voir quelque chose. Il aperçu vaguement le tissu de la robe de Morgana disparaitre dans la cellule voisine.
- Qu'avez-vous fait ?
- A votre avis ? J'ai dit ses quatre vérités à Uther, comme vous.
Arthur soupira. Si Morgana était aussi coincée ici, alors il n'y avait plus personne pour sauver Merlin. Il allait mourir, à cause de lui.
- A vrai dire, je ne vous en pensais pas capable.
- Vous savez bien que je ne pense pas comme lui.
- Certes, mais il y a une différence entre penser différemment et lui balancer votre verre peut-être empoisonné à la figure en public.
- Oui, eh bien c'était définitivement stupide. Et maintenant Merlin va mourir, à cause de moi.
- Vous n'en savez rien.
- Vous croyez vraiment que mon père va changer d'avis ? Ne soyez pas naïve.
- Uther est plutôt lié à Gaius. Et je suis persuadée que Gaius ne laissera pas Merlin mourir. Peut-être que…
- Il se fiche pas mal de l'avis de Gaius, Morgana. Tout ce qui compte pour lui, c'est de ne pas perdre la face devant un autre roi. Ou devant qui que ce soit.
Arthur se laissa tomber contre le mur de sa cellule. Si Merlin mourrait à cause de lui, jamais il ne pourrait se le pardonner.
A l'autre bout du château, Uther faisait les cent pas. Le roi Bayard, hors de lui, avait quitté Camelot dans la foulée, sans signer le traité.
Uther avait fait enfermer Merlin dans sa chambre, puisqu'Arthur était aux cachots et qu'il était strictement hors de question de le laisser voir l'apprenti de Gaius. Si cela avait été la première fois qu'il s'énervait pour le jeune homme, le roi aurait presque cru qu'Arthur avait été ensorcelé. Mais il ne laisserait pas son fils l'humilier de la sorte impunément, et peu importe si cela lui devait de se faire haïr par Morgana, Gaius ou qui que ce soit d'autre, Merlin mourrait. Peut-être que de le voir mourir aiderait Arthur à apprendre le respect.
Mais le cours de ses pensées fut bientôt interrompu.
- Sire ?
- Gaius. Que se passe-t-il ?
- J'espérais pouvoir vous parler de votre décision concernant Merlin, Sire.
- Cela ne servira à rien, Gaius. Je ne laisserai pas Arthur agir de la sorte, et le châtiment se doit être à la hauteur du crime.
- Mais cela n'est en rien la faute de Merlin.
- Je le sais bien, et croyez bien que cela me désole pour vous, Gaius, mais je n'ai pas le choix. C'est très certainement la seule chose que je puisse faire pour faire comprendre à Arthur qu'il ne peut pas se permettre d'agir ainsi. Le garçon sera donc exécuté demain soir, mais vous pouvez rester avec lui d'ici là si vous le désirez. Cette conversation est dorénavant terminée.
Gaius hocha la tête, se sachant impuissant, et fit demi-tour pour rejoindre Merlin, puisqu'il en avait désormais l'autorisation.
Les heures passèrent, et au petit matin, Morgana commençait sérieusement à s'inquiéter du silence d'Arthur. Elle savait qu'il s'inquiétait pour Merlin, elle aussi d'ailleurs, mais ruminer dans son coin ne servirait à rien.
- Arthur ?
Seul le silence lui répondit.
- Arthur, dites quelque chose bon sang !
- Pourquoi faire ? En quoi parler va aider Merlin, hein ?
- Eh bien au moins je sais que vous ne vous êtes pas taillé les veines.
Arthur soupira. Comment Morgana pouvait-elle plaisanter alors que Merlin allait mourir ?
- Vous n'allez quand même pas rester ici à ne rien faire, n'est-ce pas ?
- Et qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Supplier mon père pour qu'il meure encore plus vite ?
- Bon, très bien. Puisque vous n'êtes de toute évidence pas capable de mettre un plan au point, je m'en occupe.
- Et qu'est-ce que vous allez faire ?
- Ne sous-estimez jamais une femme déterminée, Arthur.
Avant que le prince n'ait pu répondre, Morgana appela le garde. Il tendit l'oreille pour essayer d'entendre quelque chose, mais en vain. Il n'avait aucune idée de ce que Morgana faisait, mais le garde ouvrit la grille et la laissa sortir. Il tenta de l'appeler, mais un regard noir de sa part le ravisa.
Quelques instants plus tard, Morgana se retrouvait face à Uther.
- Qu'est-ce qu'elle fait là ? Demanda-t-il aux gardes. Je croyais vous avoir dit de l'emmener aux cachots.
- Arthur est ensorcelé, déclara Morgana en fixant le roi dans les yeux.
- Pardon ?
- Arthur est ensorcelé. Bayard a dû lui administrer quelque chose plus tôt dans la journée.
- Quelles preuves avez-vous ?
- Aucune qui soit matérielle, mais je connais Arthur. Jamais il n'aurait agi envers vous comme il l'a fait, et surtout pas en public. Je suppose que le but de Bayard était de vous humilier en passant par votre propre fils.
Uther semblait sceptique, mais Morgana espérait que sa haine de la magie prendrait le dessus.
- Si vraiment il est ensorcelé, il faut trouver un moyen d'en annuler les effets.
- A vrai dire, je pense qu'ils s'annulent tout seuls au bout de quelques jours.
- Et qu'en savez-vous ?
- Eh bien, si j'étais Bayard, je voudrais qu'Arthur se souvienne de ce qu'il a fait, pour qu'il se sente coupable.
- Très bien, faites venir Arthur, ordonna-t-il aux gardes. Et vous ? Vous n'êtes pas ensorcelée, pourtant vous vous êtes opposée à moi. Peut-être devrais-je vous renvoyer en cellule.
- J'aime beaucoup Merlin, et je me suis laissée emportée, mais je vous jure que cela ne se reproduira plus.
- Il vaudrait mieux.
Alors qu'Arthur s'inquiétait de plus en plus, surtout ne voyant pas Morgana revenir, deux gardes ouvrirent la porte de sa cellule.
- Le roi veut vous voir.
Arthur fut donc amené –pratiquement jeté d'ailleurs –devant Uther. A ses côtés se tenait Morgana, qui le fixait d'un air qui lui signifiait clairement de ne pas faire foirer son plan.
- Père.
Uther s'approcha de son fils, comme s'il cherchait à déceler quelque chose qui prouverait qu'il était victime d'un sortilège.
- Comment te sens-tu ?
Arthur, qui ne comprenait absolument rien à ce qui se passait, tenta de trouver une réponse dans les yeux de Morgana, qui hocha lentement la tête pour lui dire de répondre par l'affirmative, ou tout du moins de ne pas répondre agressivement.
- Euh…Bien, je crois.
- Tu crois ? N'es-tu donc pas sûr de comment tu te sens ?
- Si mais…
- Aurais-tu, je ne sais pas, la tête qui tourne, quelque chose ?
Les signaux que tentait de lui envoyer Morgana ne faisaient que l'embrouiller un peu plus, le rendant complètement perdu. De plus, il se doutait que l'avenir de Merlin dépendait grandement de cette entrevue, et il n'avait donc pas le droit à l'erreur.
- Un peu, oui, finit-il par répondre. Je ne sais plus très bien où j'en suis.
- Morgana pense que tu as été victime de magie. Te souviens-tu de quelque chose ? Quelque chose d'inhabituel que tu aurais mangé ou bu ?
- Euh… L'une des servantes de Bayard m'a donné un morceau de gâteau, oui, mentit-il en espérant que cela satisferait le roi.
- Il était très certainement imbibé de magie, intervint Morgana, avant de se faire taire par un regard du roi.
- Te souviens-tu de ce que tu as fait lors du banquet ?
- Oui…répondit Arthur après avoir cherché encore une fois la réponse à donner auprès de sa sœur.
- Et ?
- Je ne sais pas ce qui m'a pris, déclara-t-il en saisissant enfin le plan imaginé par Morgana. J'ai… Je me suis retrouvé hors de moi, j'ignore pourquoi. Je suis désolé, père.
S'excuser d'avoir voulu sauver la vie de son meilleur ami lui écorchait la bouche, mais il n'avait pas le choix s'il ne voulait pas le voir exécuté.
- Bien. Il vaudrait mieux pour vous deux que cela ne se reproduise plus jamais. Et pour m'en assurer, le garçon sera exécuté ce soir comme prévu.
Arthur manqua de vaciller. Merlin allait mourir. Le plan de Morgana n'avait pas fonctionné. Cette dernière avait également ouvert des yeux ronds, et s'avança vers Uther pour se placer face à lui, devant Arthur qui restait paralysé.
- Comment ? Pourquoi ? Merlin n'a strictement rien fait pour mériter cela, et Arthur n'était pas lui-même !
- Peut-être, mais je n'en ai pas la preuve, et je ne prendrai pas le risque de vous voir vous liguer contre mon autorité à nouveau.
- Cela n'arrivera que si vous le tuez, affirma Arthur en reprenant ses esprits. Ni Morgana ni moi ne vous pardonnerait d'exécuter un innocent sans motif. Sans parler du mal que vous ferez à Gaius, qui est votre ami ! Ne faites pas ça. S'il vous plaît. De plus, ce serait laisser Bayard gagner. Ne voyez-vous pas que c'est exactement ce qu'il cherchait ?
Uther sembla réfléchir un instant, puis posa à nouveau un regard glacial sur Arthur.
- Très bien, il vit. Mais je te préviens, Arthur, si j'entends encore parler de lui, il sera exécuté et vos requêtes ne serviront à rien.
Uther les renvoya d'un geste de la main.
Une fois sortis, Arthur enlaça Morgana.
- Merci.
- Pardon, j'ai du mal entendre, est-ce que vous avez dit « merci » ?
Arthur laissa échapper un rire, et ils échangèrent un regard qui en disait long. Arthur était réellement reconnaissant envers Morgana, il était plus que conscient que sans elle, Merlin serait mort. Cependant, il se félicitait mentalement de ne pas avoir écoté son ami et de n'avoir encore rien dit sur leur lien de parenté, sans quoi cet évènement aurait pu prendre une tournure encore plus tragique.
Puis il se précipita chez Gaius, et renvoya les gardes qui s'y trouvaient.
Merlin se trouvait dans sa chambre, avec Gaius et Gwen.
- Que se passe-t-il ? S'enquit Gaius.
- Tu es libre, répondit Arthur en souriant.
Merlin enlaça Gaius, puis se leva et s'avança vers Arthur. Ce dernier était plus que soulagé, et, quelque peu perdu dans ses pensées, il fut surpris lorsque Merlin le prit dans ses bras. Il resserra l'étreinte, et soupira doucement, laissant retomber la pression.
- Merci, Arthur.
- Je n'ai pas fait grand-chose à vrai dire, tu devrais plutôt remercier Morgana.
- Je vais le faire.
Merlin se dégagea, et s'éloigna pour aller voir Morgana.
- Comment avez-vous réussi à convaincre votre père ? demanda Gaius
- Disons que, s'il vous demande, j'ai été ensorcelé.
Plus tard dans la soirée, Morgana vint rejoindre Arthur dans sa chambre.
- Comment allez-vous ?
- Bien mieux que ce matin en tout cas.
- Je peux vous poser une question ? Demanda Morgana en s'asseyant sur le lit.
-Bien sûr.
- Pourquoi tenez-vous tant à lui ?
- Pardon ?
- Merlin. Pourquoi tenez-vous tant à lui ?
- Est-ce que c'est une question piège ? Demanda Arthur en riant.
- Non, c'est une vraie question ! Je veux dire… Vous n'avez jamais été proche de personne, pas depuis des années en tout cas. Et vous ne vous êtes jamais opposé à votre père en public, ni même en privé d'ailleurs. Pourtant, depuis qu'il est arrivé, vous avez changé. Vous avez quand même jeté un verre à la figure du roi pour le défendre ! Et vous ne le connaissez que depuis deux mois à peine.
Arthur haussa les épaules.
- Que voulez-vous que je vous dise ?
- La vérité. Vous l'aimez, n'est-ce pas ?
- Eh bien, c'est mon ami, donc je suppose, oui…
- Je ne vous parle pas d'amitié, Arthur.
- Alors de quoi parlez-vous ?
- Vous êtes vraiment stupide parfois, répondit Morgana d'un ton las.
- Eh !
- Vous risquez votre vie pour lui, vous passez votre temps à le chercher, et vous étiez au bord de la dépression quand il a refusé de vous servir, il faut vraiment vous faire un dessin ?
- Je n'étais pas au bord de la dépression !
- Vous rigolez ? J'ai pratiquement cru que vous alliez vous mettre à pleurer ! Et vous ne le connaissiez que depuis deux jours. Vous connaissant, ça faisait presque peur.
- Je ne vois toujours pas où vous voulez en venir.
- Bon sang, Arthur !
- Mais quoi ?
- Vous êtes amoureux, c'est si compliqué que ça à comprendre ?
- Je… QUOI ?
- Oh ne le niez pas !
- Je ne suis pas amoureux de Merlin ! Où diable avez-vous été chercher cette idée stupide ?
- C'est loin d'être stupide, vous ne voulez juste pas le reconnaitre.
- C'est mon ami, bon sang, rien de plus.
- Bien sûr. Depuis quand vous avez des amis ?
- Ahah, très drôle, vraiment.
- Non, vraiment. Vous n'avez jamais eu d'amis, parce que vous vous fichez de tout le monde. Et d'un coup, vous changez complètement. Et pourquoi ? Pour lui. Un vrai coup de foudre je vous dis. On avait l'impression qu'il était une part de votre vie même pas douze heures après qu'il ait posé le pied à Camelot !
- Ca n'a rien à voir !
- Alors répondez à ma question. Pourquoi tenez-vous tellement à lui ?
- Mais je vous ai répondu ! C'est mon ami.
- Pourquoi est-ce votre ami ?
- Mais qu'est-ce que c'est que cette question ? Comment voulez-vous que je le sache ?
- Bien. Vous êtes donc amoureux.
- Je ne le suis pas.
- Si vous l'êtes.
- Mais non ! C'est juste… Rien.
Morgana se redressa.
- C'est juste quoi ?
- Rien du tout, laissez tomber.
- Vous me connaissez vraiment mal si vous pensez que je vais laisser tomber.
Arthur soupira lourdement. Bien sûr qu'il n'était pas amoureux de Merlin, mais il savait que Morgana ne le lâcherait pas à moins d'une réponse satisfaisante. Et il n'en avait pas, si ce n'est avouer la vérité. Seulement il ignorait comment Morgana réagirait si elle apprenait qu'il venait du futur, il avait déjà peur de sa réaction s'il suivait les conseils de Merlin et lui avouait leur lien de parenté. Il lui fallait donc choisir entre plonger dans l'inconnu et avouer, ou supporter sa sœur déblatérer sur son hypothétique amour pour Merlin chaque jour jusqu'à sa mort. Le choix était vite fait, même si ça ne lui faisait pas plaisir.
- C'est juste que je le connais depuis longtemps, d'accord ?
- Comment pouvez-vous le connaître depuis longtemps alors qu'il est arrivé il y a deux mois ?
- Je… Je ne suis pas d'ici.
Morgana le regardait comme si elle essayait de déterminer s'il était en train de tenter de détourner la conversation, ou juste complètement fou.
- Ce n'est pas… Mon époque. Je viens du futur.
Morgana éclata de rire.
- Mais oui bien sûr… Vous êtes sérieux ?
- Oui. De là où je viens, Merlin est arrivé à Camelot il y a plus de huit ans. Voilà pourquoi je tiens à lui.
- Vous rigolez, n'est-ce pas ? Vous ne venez pas vraiment de… Huit ans dans le futur ?
- Si. Je ne sais pas ce que je fais là, d'accord. Je me suis juste réveillé ici, le jour où Merlin est arrivé à Camelot, et je ne sais pas pourquoi.
- Vous êtes arrivé le jour où Merlin est venu à Camelot ? Et vous allez oser me dire que tout ça n'a aucun rapport avec lui ?
- Eh bien je…
- Bon, peu importe. Comment c'est ?
- Quoi donc ?
- Le futur, idiot !
- Mon père est mort, je suis roi.
- Oh. Et…Merlin est votre serviteur, n'est-ce pas ? C'est pour ça que vous teniez tellement à ce qu'il le devienne !
Arthur hocha la tête pour confirmer.
- Et moi ?
- Vous ? Répéta Arthur en déglutissant.
- Oui, comment est-ce que je suis ?
- Euh… Je ne vais pas vous parler de vous.
- Pourquoi pas ?
- Parce que vous êtes suffisamment pénible comme ça !
- Bon très bien, dans ce cas vous pouvez me parler de Merlin et vous.
- Mais c'est pas possible…Soupira Arthur en levant les yeux au ciel.
Seul un sourire éclatant lui répondit.
- C'est au choix. Vous me parlez soit de moi, soit de Merlin.
- Bon très bien, qu'est-ce que vous voulez savoir ?
- Donc il est votre serviteur ? Questionna-t-elle, victorieuse.
- Je vous ai déjà dit oui, pourriez vous au moins éviter de poser deux fois la même la question ?
- Et vous êtes proches ?
- Je suppose, oui.
- Et s'il mourrait ?
- Quoi ?
- S'il mourrait, est-ce que vous pourriez vous en remettre ?
Non. Arthur savait que non. S'il perdait Merlin, il ne serait plus jamais le même. Mais il était hors de question d'avouer cela à Morgana.
- Je prends votre silence pour un non. Alors comment savez-vous que vous ne l'aimez pas ?
- Morgana, pitié !
- Je ne vous lâcherai pas tant que je n'aurais pas une réponse claire.
- Je n'aime pas Merlin, c'est suffisamment clair, ça ?
- Non. Parce que ce n'est pas sincère. Soyez sincère avec vous-même, vous jetez des regards assassins à tous ceux qui s'approchent un peu trop près de lui –moi y compris, vous ne supportez pas qu'il soit loin de vous. Ne me dites pas que ce n'est que de l'amitié !
- Je sais ce que c'est que d'aimer, et je vous dis que je ne l'aime pas, alors fichez-moi la paix, bon sang !
- Vous savez ce que c'est que d'aimer ? Qui ?
- Qui quoi ?
- Qui avez-vous aimé ?
- Je n'ai pas à vous répondre.
- Oh mon dieu, c'est quelqu'un que je connais.
- Ca suffit Morgana, j'en ai assez !
Enervé, Arthur se leva et poussa sa sœur vers la sortie, malgré ces protestations. Il avait oublié à quel point elle pouvait être insupportable lorsqu'elle avait une idée en tête. Lui, amoureux de Merlin ? Il n'avait jamais rien entendu de plus idiot.
Pourtant, une phrase l'avait marqué. « Qui avez-vous aimé ? ». Gwen, bien sûr. Mais le fait est que Morgana avait sans le vouloir mit le doigt sur ce qui le tracassait depuis déjà un moment. Avait aimé. Oui, il avait aimé Gwen. Mais l'aimait-il toujours ? Il n'en était pas sûr. Après tout, il devait bien reconnaître qu'il ne faisait absolument aucun effort pour se rapprocher d'elle, il ne lui parlait même pas. Et elle ne lui manquait pas. Peut-être ne l'aimait-il plus. Mais en aucun cela avait un rapport avec Merlin. Il aimait Merlin comme un ami, mais il n'avait jamais pensé à lui autrement. Pourtant il savait que Morgana n'avait pas tort. Il supportait de moins en moins que l'on soit proche de Merlin. Mais la jalousie existait également en amitié, après tout. Non, il n'était pas amoureux. C'était une certitude.
