Chapitre 11
- Mais puisque je te dis qu'il n'a bu qu'une bière !
- Une seule bière ne peut pas l'avoir mis dans cet état, Gwaine !
- Oui, eh bien son état n'est pas de ma faute, ni de celle de la taverne !
Des fragments de phrases parvenaient aux oreilles d'Arthur alors qu'il commençait à reprendre conscience. Lorsqu'il ouvrit les yeux, la première chose qu'il vit fut Gwen, penchée au-dessus de lui, ce qui lui provoqua un soupir. Il tourna la tête de l'autre côté. Il ne parvenait pas à comprendre comment il pouvait être de retour. Ni pourquoi rien n'avait changé.
L'une des choses qui le perturbaient le plus était le fait que Merlin avait parlé de retourner dans son monde, quelques heures à peine avant qu'il n'y retourne vraiment.
- Arthur ?
Il ferma les yeux pendant une seconde. Il savait bien que son attitude allait faire du mal à Gwen, mais il ne pouvait pas faire semblant. Il en était parfaitement incapable. Il ne pouvait juste pas lui sourire et prétendre qu'il était heureux qu'elle soit sa reine alors qu'il ne l'était pas. Il préféra donc ne pas réagir.
Il se décida pourtant à daigner faire face à ses amis lorsque Merlin lui demanda s'il allait bien. Il avait envie de répondre non. Rien n'allait. Et particulièrement à cause de lui. Il était bien sûr perturbé d'être de retour, mais ce n'était pas ça qui lui faisait mal. C'était Merlin. Son cœur se brisait à chaque fois qu'il entendait sa voix, et encore plus lorsqu'il se retourna pour lui faire face. Tout ce à quoi il pouvait penser était qu'il l'avait perdu. Il avait certes retrouvé son Merlin, celui qui partageait ses souvenirs, celui qu'il aimait, mais c'était également le Merlin qui n'était rien de plus que son serviteur, qui ne l'aimait pas, et qui ne lui avait jamais avoué sa magie. Qui ne le lui avouerait probablement jamais, sans doute parce qu'il pensait qu'il serait en colère.
Mais Arthur ne pouvait décemment pas répondre ça, et opta donc pour la seule réponse possible.
- Oui. Je vais bien. Je suis juste fatigué. Laissez-moi. Tous, ajouta-t-il en constatant que seul Gwaine s'avançait vers la porte.
Il ne voulait pas que Gwen reste, mais il ne voulait pas non plus de Merlin. L'avoir près de lui était trop dur. Il était conscient qu'il ne pourrait pas l'éviter longtemps, mais il avait besoin d'être seul. De réfléchir à ce qu'il allait faire.
Il ne pouvait pas rester avec Gwen, il en était conscient. Mais il ne pouvait pas non plus avouer la vérité à Merlin, ni concernant ses sentiments, ni concernant sa magie. Il ne voulait pas le braquer.
Le cours de ses pensées dériva jusqu'à Morgana. Ca aussi, ça faisait mal. Il s'était tellement battu pour la garder dans le droit chemin, il s'était énormément rapproché d'elle, plus qu'il ne l'aurait jamais pensé, et voilà qu'il la perdait à nouveau. La prochaine fois qu'il la verrait, il n'y aurait ni sourire –qui ne soit pas machiavélique en tout cas -, ni remarques sarcastiques qui ne soient pas haineuses. Elle essaierait de le tuer, parce qu'elle le haïssait. Et après avoir passé plus d'un an avec l'ancienne Morgana, et avoir réalisé qu'il aurait pu l'aider, il ne le supportait pas.
Alors qu'il ruminait tout le côté négatif des évènements, la porte de sa chambre s'ouvrit à nouveau.
- Je croyais avoir demandé à être seul, soupira-t-il en reconnaissant Merlin.
Son… -Dieu seul savait comment Arthur devait l'appeler désormais –s'approcha du lit sans prendre la peine de l'écouter.
- Comment vous sentez-vous ?
Arthur inspira lourdement. Le regard de Merlin, chargé d'amitié mais dénué de sentiments amoureux, lui brisait encore un peu plus le cœur. Et le vouvoiement l'insupportait. Plus qu'il ne l'aurait pensé.
- Arrêtes ça, finit-il par soupirer.
- Arrêter quoi ?
Arthur ne répondit pas, ne sachant plus quoi dire ou faire.
- Arthur, que se passe-t-il ?
Le roi voyait bien que Merlin était inquiet pour lui, mais il était incapable de le rassurer.
- Rien du tout.
- Vous me prenez vraiment pour un idiot, n'est-ce pas ?
Encore une fois, Arthur ne répondit rien.
- Vous voyez qu'il y a quelque chose.
- Quoi ?
- Je vous tends une perche énorme, et vous ne me répondez même pas que je suis un idiot.
- Parce que tu n'es pas un idiot, Merlin.
Merlin soupira et s'assit sur le lit.
- Dites-moi ce qu'il y a.
- Il n'y a rien.
- Arthur…
Arthur sentait les larmes monter, et faisait tout pour les retenir. Il ne voulait pas se laisser aller de la sorte, mais c'était plus que ce qu'il ne pouvait supporter. Si bien qu'il finit par lâcher prise et laissa échapper une larme. Il avait besoin d'évacuer.
Merlin ne savait pas comment réagir, mais Arthur ne lui laissa pas vraiment le temps d'y réfléchir. Il s'était penché pour se blottir dans ses bras. Il savait bien que Merlin ne comprendrait pas, et trouverait peut-être même sa réaction étrange, mais il en avait réellement besoin.
- Arthur…
- Je ne veux pas parler.
Merlin soupira et céda, acceptant de se taire. Il referma ses bras autour du roi, attendant qu'il aille mieux.
Lorsqu'Arthur daigna enfin s'éloigner des bras de son serviteur, ce dernier se mordit brièvement l'intérieur de la lèvre.
- Au moins vous ne pouvez plus dire que tout va bien, désormais.
- C'est juste… Beaucoup de choses, finit-il par soupirer.
- Vous savez que vous pouvez me parler, n'est-ce pas ?
- Pourquoi Morgana nous a trahis, selon toi ?
- Arthur… Vous devriez vraiment arrêter de vous torturer avec ça. Morgana… Morgana était effrayée par sa magie, et elle haïssait votre père, et… Morgause lui a probablement un peu retourné le cerveau, je ne sais pas.
- Mais peut-être que si je pouvais juste lui parler, elle…
- On ne sait même pas où elle est, et… Honnêtement je doute qu'elle vous écoute.
Arthur hocha la tête, sachant que Merlin avait raison.
- Qu'est-ce qu'il y a d'autre ?
- Hmm ?
- Vous avez dit que « beaucoup de choses » étaient la cause de votre… état.
Arthur soupira. Il savait très bien que Merlin ne le laisserait pas tranquille, mais il n'était pas sûr de ce qu'il était judicieux de dire ou non.
- Gwen, finit-il par déclarer.
Un sentiment d'incompréhension envahit le visage de son serviteur.
- Gwen ? Quel est le problème ?
- Je… Je ne l'aime plus.
- Quoi ? Mais… Vous en êtes sûr ?
- Plutôt oui. Je sais bien que je l'ai épousée, et que je ne peux pas… Mais je ne peux pas rester avec elle.
Merlin se mordit la lèvre. Il n'était pas certain de ce qu'il fallait conseiller à Arthur.
- Peut-être que ce n'est qu'une passade, un passage à vide. Je suis sûr que si vous attendez un peu, vous…
- Non, ce n'est pas… Je sais que je ne l'aime plus. Ca fait longtemps que je ne l'aime plus.
- De quoi parlez-vous ?
- Très franchement, je crois que je ne l'aimais déjà plus lorsqu'on s'est mariés. Je ne l'avais juste pas réalisé.
- Et… Qu'est-ce qui vous a fait réaliser ?
Arthur laissa échapper un rire nerveux. Il savait que cette question allait arriver, mais il ne savait pas quoi répondre. Il avait bien trop peur de la réaction de Merlin s'il disait la vérité.
- J'ai fini par réaliser que j'aimais quelqu'un d'autre.
Merlin manqua d'avaler sa salive de travers et ouvrit des yeux ronds.
- Quoi ? Qui ?
- Tu ne sais pas ? Lui demanda Arthur en se mordant brièvement la lèvre.
- Je…Non. Gwen était la seule femme dont vous étiez proches, à part Morgana mais c'est votre sœur donc je pense qu'on peut l'éliminer.
- Eh bien en fait…
Les yeux de Merlin s'agrandirent encore.
- Ce n'est pas Morgana, déclara Arthur en levant les yeux au ciel. Je voulais juste dire que… Ce n'est pas une femme.
- Oh. OH. Je vois.
- Vraiment ?
- Oui. Enfin non, je vois encore moins de qui il s'agit, mais je vois pourquoi ça vous pèse. Enfin, non pas que je sois contre les relations entre hommes, hein, mais vous êtes roi, et… Oh mon Dieu dites moi que ce n'est pas Gwaine.
- Quoi ? Non !
- Ouf. Parce que vous auriez fait un couple immonde, désolé de vous l'annoncer. Mais hum peu importe. Qu'allez-vous faire ?
- Si seulement je le savais.
- Vous devriez lui parler.
- Je sais, et je vais le faire, mais je n'ai pas envie de la blesser, et…
- Pas Gwen. Votre euh… La personne dont vous ne voulez pas me dire le nom.
- Oh. Non. Hors de question.
- Pourquoi pas ? Au moins vous saurez si vos sentiments sont réciproques, et…
- Ils ne le sont pas.
- Qu'en savez-vous ?
- Il ne me fait déjà pas confiance, alors…
- … On parle bien de quelqu'un de Camelot, n'est-ce pas ? Tout le monde vous fait confiance ici, voyons.
- De toute évidence, pas tout le monde, non.
Arthur laissa à nouveau échapper un rire nerveux. Il ne savait pas s'il aurait préféré que Merlin comprenne son sous-entendu ou non, mais le fait est qu'il savait très bien qu'il ne lui faisait pas confiance. Pas complètement en tout cas. Et malgré lui, il pouvait comprendre. Après tout, il avait longtemps eu une vision plus que négative de la magie, et il n'avait toujours très bien traité Merlin non plus. Mais il voulait que ça change. Il voulait que Merlin lui dise la vérité, et il comptait bien tout faire pour que ça arrive.
- Mais peu importe, reprit-il. Je vais bien, j'ai juste eu un… Passage à vide, comme tu dis.
- Vous êtes sûr ?
- Oui. Enfin non, il y a encore une chose qui ne va pas.
Merlin arqua un sourcil, l'invitant à continuer.
- Je veux que tu arrêtes de m'appeler Sire.
- Et comment suis-je supposé vous appeler, le crétin royal ?
Arthur cligna des yeux lentement, montrant qu'il ne trouvait pas ça drôle.
- Bon très bien, capitula le sorcier. J'ai compris, je vous appellerai Arthur.
- Et arrêtes de me vouvoyer.
- Quoi ?
- Ce vouvoiement est ridicule, ce n'est pas comme si tu respectais mon autorité après tout.
- C'est faux. Je respecte votre autorité. Quand je la juge digne d'être respectée. Ce qui, je vous l'accorde, n'arrive que très rarement. Non, sérieusement, je suis habitué à vouvoyer.
- Eh bien tu t'habitueras à me tutoyer.
- Pourquoi ? Pratiquement personne ne vous tutoie, et…
- Je suis le roi, tu fais ce que je te dis.
- Oh chouette, le retour de la phrase « je n'ai plus d'arguments mais je veux quand même avoir raison » !
Arthur se mit à rire en se rappelant que l'autre Merlin avait dit exactement la même chose.
- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?
- Rien. J'ai juste déjà entendu cette phrase.
- Où ?
- Toi.
- Je ne crois l'avoir déjà dit, bien que je l'ai souvent pensé.
- Laisses tomber, déclara Arthur en secouant la tête.
Alors que Merlin se dirigeait vers la porte, Arthur l'interpella à nouveau.
- Ah et, Merlin ?
- Oui ?
- Merci.
- Vous dev… Tu dois… Non vraiment je n'y arrive pas.
- Mais si, je suis sûr que tu peux y arriver, déclara Arthur en s'approchant de lui avec l'intention de l'embrasser sur la joue, avant de se rappeler qu'il ne pouvait pas.
Alors que Merlin s'en allait en haussant les épaules, il soupira. Il avait vraiment envie de lui avouer ses sentiments, mais il était sûr qu'il le rejetterait. L'autre Merlin partageait certes ses sentiments, ce qui laissait à penser que son Merlin pourrait l'aimer aussi, mais la situation était totalement différente. Le Merlin du passé n'avait pas connu l'arrogance d'Arthur, ni sa fâcheuse manie de mal traiter Merlin. Et Arthur était persuadé que toutes ces fois où il avait été injuste avec lui avaient détruit ses chances. Il savait bien que Merlin l'appréciait, le considérait comme un ami, mais il n'y avait rien de plus. Et il ne voulait pas risquer de perdre son amitié en lui disant la vérité.
Le soir venu, le roi s'était couché tôt, épuisé, et ayant pris l'habitude de se coucher seul puisqu'il avait passé un an sans serviteur. Il entendit à peine Merlin ouvrir la porte et la refermer en constatant que le travail était déjà fait. Cependant, il se réveilla pleinement en sentant un corps venir se coller au sien. Il faillit sursauter, avant de se rappeler qu'il s'agissait de Gwen.
- Vous dormez déjà ?
Arthur marmonna vaguement, plus par habitude que par envie de lui répondre. Il était mal à l'aise, et n'avait qu'une envie : que Gwen quitte son lit. Ou tout du moins qu'elle enlève sa main de sa taille. Le malaise grandit encore lorsqu'il sentit la reine entremêler leurs jambes, et qu'il comprit ce qu'elle voulait.
- Non ! s'exclama-t-il en enlevant sa main et en se déplaçant sur le côté afin de séparer leurs corps.
- Tu n'as pas envie ?
« Si. Mais pas avec toi. » Pensa brièvement Arthur avant de soupirer.
- Je suis fatigué.
Il savait qu'il ne pourrait pas repousser ce moment très longtemps, mais il n'avait pas envie de s'expliquer ce soir.
Le lendemain matin, il fut réveillé par l'arrivée de Merlin, qui était visiblement mal à l'aise suite aux révélations qu'Arthur lui avait faite la veille, au point qu'il soupira de soulagement lorsque Gwen s'éclipsa.
Après avoir forcé le roi à descendre de son lit, le sorcier déclara qu'il allait chercher de l'eau, et Arthur mit quelques secondes à réaliser qu'il parlait de l'eau du bain. Lorsqu'il le comprit, un malaise s'empara à nouveau de lui. Il n'avait pas particulièrement envie que Merlin le lave, se doutant bien des sensations que cela lui procurerait. Mais, comme il ne pouvait pas soudainement décider de se laver seul sans que cela n'éveille ses soupçons, il finit par entrer dans l'eau.
S'il se sentait contrôler la situation pendant les premières minutes, il réalisa bien vite que ça n'allait pas durer. Il n'y avait absolument rien de tendancieux en soi, Merlin ne faisait que le laver, mais la sensation de ses mains sur sa peau donnait envie à Arthur de l'attirer dans le bain avec lui pour se jeter sur sa bouche. Il tenta alors de se concentrer sur autre chose, mais lorsque Merlin commença à descendre le long de son ventre, il lui attrapa les mains et les sortit de l'eau avant qu'elles n'atteignent son érection.
- Je vais finir, déclara-t-il précipitamment.
Merlin lui lança brièvement un regard d'incompréhension, puis haussa les épaules.
- Comme v…tu veux. Y a-t-il autre chose que je puisse faire ?
Arthur fit non de la tête et le regarda s'éloigner en soupirant.
Un peu plus tard, le roi avait décidé de se changer les idées en s'occupant de Morgana. Il voulait la trouver, et tenter de lui parler. Il était persuadé qu'elle ne pouvait pas le haïr à ce point. Il devait bien y avoir un moyen d'arranger les choses. Mais il savait aussi qu'il ne pouvait pas y aller seul, car s'il se trompait, Morgana aurait vite fait de le tuer. Il avait besoin que Merlin vienne avec lui. Or il ne viendrait que s'il comprenait pourquoi Arthur avait soudainement envie d'aider sa sœur, et il lui fallait donc lui parler de son séjour dans le passé.
Il avait donc demandé à son serviteur de le rejoindre dans sa chambre, et avait tant bien que mal tenté de lui expliquer la situation, en omettant volontairement la partie les concernant.
- Combien de temps en arrière ?
- Huit ans. C'est là que j'ai réalisé que je n'aimais plus Gwen. Je me fichais de savoir où elle était ou d'être avec elle. Mais… J'ai aussi réalisé à quel point Morgana me manque. Elle avait un bon cœur, elle aurait pu être sauvée. Peut être que je peux encore la convaincre, et…
- Arthur… Je vous… te l'ai déjà dit, on ne sait pas où elle est. Personne ne l'a revue depuis… Depuis qu'Agravaine est mort.
- Je sais.
- As-tu appris autre chose là-bas ?
Arthur hésita une seconde à parler de la magie, puis il croisa le regard de Merlin. Un regard qui exprimait malgré lui la peur. La peur qu'il n'ait découvert la vérité. Arthur réalisa alors à quel point Merlin tenait à garder le secret, et il en oublia presque Morgana. Il voulait que Merlin lui dise la vérité. De lui-même, parce qu'il lui ferait confiance.
- Pas vraiment, répondit-il en sentant son cœur se serrer lorsqu'il vit le soulagement dans les yeux de son serviteur.
Un bref silence s'installa, auquel Arthur finit par mettre fin.
- Tu sais que tu peux me parler, n'est-ce pas ?
- Hum oui, bien sûr.
- De n'importe quoi. Tu peux tout me dire.
Merlin fronça les sourcils.
- Est-ce que v..tu parles de quelque chose en particulier ?
- Je ne sais pas, est-ce que tu penses à quelque chose en particulier ?
- Pas vraiment…
- Alors moi non plus.
Les jours passèrent, et l'exaspération commençait à prendre le dessus sur la patience d'Arthur. Il pouvait comprendre l'inquiétude de Merlin, mais il avait l'impression que ses efforts ne servaient à rien, et ça l'énervait. D'autant plus qu'il avait choisi de ne pas parler à Gwen pour l'instant, préférant se concentrer sur Merlin, afin de ne pas avoir à gérer deux fronts en même temps, mais sa patience commençait à s'amenuiser. Il avait sous-estimé à quel point passer son temps à repousser sa femme était épuisant. Si ben qu'il finit par changer d'avis, et profita d'un moment où ils étaient seuls dans la chambre pour lui parler.
- Il faut qu'on parle.
- Bien sûr, que se passe-t-il ?
- Je… Je ne sais pas comment te le dire, mais…
- Arthur, tout va bien ?
- Ecoutes, Gwen, je ne veux pas te faire de mal, mais…
Arthur se stoppa, ne sachant réellement pas comment annoncer à sa femme qu'il la quittait.
- Arthur ?
- Mes sentiments ont évolués, et… Je ne veux plus mentir. Ni à moi-même, ni à toi.
- Je ne suis pas sûre de comprendre.
- On ne peut plus être ensemble.
Arthur put voir le regard de Gwen se briser, et son cœur se serra. Il n'avait pas voulu lui faire de mal, mais il n'avait pas le choix.
- Pourquoi ?
- Parce que je ne t'aime plus. Je suis vraiment dés…
- Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Demanda Gwen, les larmes ruisselant sur ses joues.
- Rien. Gwen, tu n'as rien fait, c'est… J'aurais aimé m'en rendre compte avant, pouvoir éviter tout ça, mais…
- Avant ? Depuis combien de temps ? Quand as-tu cessé de m'aimer ?
- Je ne sais même pas.
- Est-ce que tu m'aimais quand on s'est marié ?
- … Je crois que non.
Gwen secoua brièvement la tête, les larmes coulant de plus belle. Arthur se mordait la lèvre. Il n'aimait pas cette conversation, et avait plus que hâte qu'elle se finisse.
- Bien sûr, tu peux rester ici, je te donnerai une autre chambre, et…
- Je veux savoir pourquoi.
- Gwen…
- On était heureux ! Pourquoi as-tu cessé de m'aimer ?
- Parce que je suis tombé amoureux de quelqu'un d'autre, finit par lâcher Arthur en soupirant.
- Qui ?
- Ce n'est pas important…
- Qui ?
- Merlin.
Gwen porta une main à son cœur en titubant légèrement.
- Merlin ?
- Oui.
- Tu… Tu es avec lui ?
- Non. Je… Il n'est pas au courant. Et il ne le sera pas. Je sais très bien qu'il ne m'aime pas. Pas comme ça. Mais je ne peux pas rester avec toi alors que je ne pense qu'à lui. Je suis désolé.
Gwen avait fini par quitter la chambre, le cœur brisé, et Arthur avait décidé de se concentrer à nouveau pleinement sur Merlin.
Il avait alors tout tenté. Les sous-entendus, les discussions au cours desquelles il exprimait avoir changé d'avis sur la magie, mais rien ne semblait pouvoir faire comprendre à Merlin qu'il ne lui ferait rien du tout s'il lui disait la vérité. Il avait même tenté de ramener de vieux sujets dans la conversation, et s'était par exemple étonné de la rapidité à laquelle Merlin avait compris qu'Agravaine le trahissait, ou encore du fait qu'il avait réussi à terrasser un dragon qui avait brûlé la moitié de Camelot, mais Merlin n'avait pas pour autant lâché le morceau.
Si bien qu'Arthur décida de passer à la vitesse supérieure, et si ce qu'il s'apprêtait à faire ne changeait rien, alors rien ne le pourrait.
Il convoqua donc son conseil royal, ainsi que l'ensemble des chevaliers, et après avoir passé toute la journée à batailler sans que le débat n'avance réellement, il rejoint sa chambre, dans laquelle l'attendait Merlin, venu le coucher.
- Pourquoi as-tu convoqué le conseil ?
- Parce que j'ai pris une décision, mais j'ai besoin de leur accord pour faire passer la loi.
- Une loi sur quoi ?
- La magie.
Arthur aurait presque pu sentir le cœur de Merlin s'accélérer.
- Qu'est-ce que tu veux faire avec la magie ?
- La légaliser. Mais c'est mon père qui l'a bannie, et il l'a fait avec l'appui du conseil, c'est pourquoi j'ai besoin de son accord pour retirer la loi.
Les yeux de Merlin s'agrandirent, et Arthur aurait pu jurer avoir vu une étincelle jaillir.
- Vous voulez légaliser la magie ?
Le roi ne releva pas le vouvoiement, conscient qu'il s'agissait simplement d'un automatisme dû au choc de ce que Merlin venait d'apprendre.
- Oui. Je suis conscient que beaucoup de créatures magiques et de gens la pratiquant ne sont pas mauvais. Et ceux-là ne devraient pas être punis sans raison valable.
Merlin semblait réfléchir à toute vitesse, et Arthur voyait qu'il était heureux. Il espérait simplement que cette nouvelle le pousserait à lui dire la vérité.
- Arthur, je…
Arthur ne put réprimer un sourire en sentant que Merlin était sur le point de tout avouer. Il en avait envie, le roi le voyait dans ses yeux. Pourtant, quelque chose le retenait.
- Oui ?
- Je pense que c'est une bonne idée.
Arthur soupira en réalisant que même légaliser la magie n'était pas suffisant. Il en avait plus qu'assez, et ne savait plus quoi faire pour prouver sa bonne foi.
- Mais bon sang, dis le ! Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu me fasses confiance, hein ? Si même légaliser la magie n'est pas suffisant pour toi, alors je ne vois pas ce que je peux faire ! Qu'est-ce que tu crois, que je vais te bannir ? Pourquoi tu ne veux pas le dire ? Ce n'est pourtant pas si compliqué ! « Arthur, je suis un sorcier », c'est facile à dire ! Je pensais qu'on était amis, mais de toute évidence j'avais tort.
Merlin resta sans bouger pendant quelques secondes, au point qu'Arthur se demanda même s'il respirait encore.
- Tu savais ?
Arthur secoua la tête en soupirant.
- Tu sais quoi ? Laisses tomber, déclara-t-il en se dirigeant vers la porte.
- Arthur, attends !
- Non ! Non, j'ai suffisamment attendu ! Je t'ai donné des milliers de chances de me le dire, et tu ne l'as pas fait. Et maintenant tu veux parler ? Eh bien moi je ne veux plus.
Sur ce, Arthur sortit en claquant la porte, laissant Merlin au bord des larmes.
