Chapitre 13
Arthur et Merlin avaient fini par atteindre le haut de la falaise et avaient rejoint Gwaine, qui n'avait évidemment rien loupé. Alors que ce dernier s'apprêtait à ouvrir la bouche, il fut coupé par son roi.
- Faites un seul commentaire et je vous tue.
Gwaine acquiesça puis leva les yeux au ciel dès qu'Arthur eut le dos tourné. Merlin déclara qu'il allait chercher du bois après avoir refusé de se faire soigner sa blessure, ce qui était clairement une tentative d'éloignement puisqu'il faisait plein jour, et qu'ils n'allaient de toute manière probablement pas rester au bord de la falaise.
Gwaine décida de le suivre, n'ayant aucune envie de continuer à se faire fusiller du regard par Arthur, qui semblait lui en vouloir d'être présent.
- Merlin, attends moi !
Le sorcier se stoppa quelques secondes, le temps pour le chevalier de le rejoindre.
- Eh ben dis donc, il est de bonne humeur le roi, ça fait plaisir !
Seul un regard noir lui répondit, et Gwaine soupira.
- Donc vous allez tous les deux êtres imbuvables. Je me demande vraiment pourquoi je suis venu.
Merlin ne répondit pas, et le chevalier décida alors de mettre les pieds dans le plat.
- Tu lui as répondu que tu ne l'aimais pas, n'est-ce pas ?
Aucune réponse.
- Pourquoi ? Je veux dire, on sait tous les deux que les sentiments de la princesse sont plus que réciproques, alors pourquoi tu lui dis le contraire ?
- Rien de tout cela n'est tes affaires, Gwaine. Alors fiches moi la paix, s'il te plait.
Gwaine comprit rapidement qu'il n'obtiendrait rien de son ami avec sa stratégie actuelle, et décida donc de passer à l'étape supérieure, à savoir utiliser le seul argument qui ferait réagir Merlin à coup sûr.
- Je n'arrive pas à croire que ce bon vieux Lancelot avait raison, en fin de compte !
- Lancelot ? On peut savoir où est le rapport avec Lancelot ?
- Eh bien, ça fait mal de le reconnaître, mais c'était lui le plus visionnaire d'entre nous tous.
- Tu pourrais en venir au fait ?
- Bon, bon très bien, pas la peine de t'énerver, ce n'est pas ma faute si ta relation avec Arthur ne va pas comme tu veux ! Le fait est qu'à chaque fois qu'on demandait à Lancelot s'il vivait bien la relation de Gwen avec Arthur, il disait qu'il allait bien.
- Je sais, il me disait la même chose.
- Tu me laisse finir oui ? Une fois, juste une fois, il a changé de version. Peu avant sa mort d'ailleurs. Il a finalement avoué qu'il était triste, mais il disait être encore plus triste pour Gwen.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il savait qu'un jour Arthur arrêterait de l'aimer. Et qu'elle en souffrirait. Il pensait qu'Arthur finirait par se rendre compte qu'il n'aimait pas Gwen autant qu'il t'aime toi.
- Arrêtes d'inventer, ce n'est pas drôle.
- Il a dit, continua Gwaine sans se soucier de l'intervention de Merlin, qu'il s'en rendrait probablement compte le jour où tu lui dirais ton secret –je n'ai jamais compris cette partie là d'ailleurs.
Merlin se stoppa et plaça une main devant Gwaine.
- Il a dit quoi ?
- J'ai rien compris je te dis, et puis franchement j'ai cru qu'il avait juste un peu trop bu ! Il a dit que le jour où tu avouerais un secret à Arthur, il prendrait conscience de ses sentiments. Mais de toute évidence il avait bel et bien raison. Et tu sais ce qu'il a dit d'autre ?
- Quoi ?
- Que tu le rejetterais. Il te connaissait bien. Il a soutenu que tu renierais tes sentiments à cause du statut de roi d'Arthur. Et il m'a fait promettre que si ça arrivait, je t'empêcherai de gâcher vos deux vies.
Merlin détourna le regard en soupirant.
- Oui, eh bien Lancelot est mort. Il n'en saura rien, donc ce n'est pas la peine de chercher à honorer ta promesse.
- Merlin…
- Non, je suis sérieux. Ne t'en mêle pas. N'essaie pas de m'aider.
- Dis-moi juste pourquoi tu le rejettes.
- Gwaine, quel est le rôle d'un roi ?
- Diriger ses terres ?
- Et ?
- Assurer la sécurité de son peuple ?
- Exactement.
- Je ne vois pas en quoi tu mettrais la sécurité de Camelot en danger, je doute que tu sois en réalité un traitre.
- La sécurité du royaume passe par le fait d'avoir un héritier, Gwaine. Et je suis sûr que même toi, tu sais qu'Arthur ne peut pas en avoir s'il est avec moi.
- Ce ne serait pas la première fois qu'un roi mourrait sans héritier.
- Et à chaque fois que cela s'est produit, ça s'est fini en guerres.
- Je pense qu'Arthur est suffisamment grand pour choisir entre toi et avoir un héritier en son âme et conscience.
- Sans doute. Dommage qu'il n'ait pas le choix.
- Tu ne comptes même pas lui laisser une chance ?
- Non.
- Tu sais ce que je pense ? Ca n'a rien à voir avec cette histoire d'héritier. Ou peut-être que si, mais il n'y a pas que ça.
- De quoi tu parles ?
- Tu ne veux pas être avec Arthur parce que tu as peur.
- On peut savoir de quoi j'aurais peur ?
- D'être heureux.
- N'importe quoi.
- Dois-je vraiment te rappeler que la première fois que je suis venu à Camelot, tu m'as dit beaucoup de choses ? Comme par exemple le fait que tu n'avais jamais été pleinement heureux. Parce que tu ne connaissais pas ton père, parce que tu étais différent des autres enfants du village, etc, etc. Tu n'as jamais été pleinement heureux. Et aujourd'hui tu as la possibilité de l'être avec Arthur, mais tu as peur. Parce que tu t'es construit des murs. Parce que ton malheur te donne un sentiment de sécurité.
- Bon sang, Gwaine ! Laisses tomber, d'accord ? Je sais que tu essaies de m'aider, mais arrêtes. S'il te plait.
- Bon très bien, céda Gwaine, avant d'ajouter pour lui-même, une fois Merlin un peu plus loin, Je vais aider Arthur alors.
Un peu plus tard, Merlin et Gwaine revenaient –sans bois –près de la falaise, où Arthur s'était assis, pensif.
Merlin s'approcha d'Arthur.
- On ne sait pas où aller, on peut y passer des mois sans trouver Morgana.
- Je sais bien, mais qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ?
- Demander de l'aide à Kilgharrah, proposa Merlin.
- Ton dragon ?
- Il devrait être capable de survoler la forêt et de voir s'il peut la repérer, ça ne coûte rien d'essayer. Enfin, quoiqu'étant donné que c'est pour Morgana, il risque d'être difficile à convaincre, mais peu importe.
- Très bien, fais comme tu veux.
Merlin n'insista pas, n'ayant pas très envie de se lancer dans une autre conversation douloureuse. Faire croire à Arthur qu'il ne ressentait rien pour lui était déjà suffisamment difficile. Sans parler du regard brisé que le roi lui donnait à chaque fois qu'il levait les yeux vers lui. Mais il n'avait pas le choix. Peu importe ses sentiments, le statut de roi d'Arthur et l'avenir de Camelot étaient plus importants. Il s'éloigna alors vers une petite clairière qu'il avait repérée non loin, afin que Kilgharrah puisse se poser.
- Où va-t-il ? Demanda Gwaine à Arthur.
- Demander à son dragon de trouver Morgana, répondit machinalement le roi.
- Pardon ? Depuis quand Merlin a un dragon ?!
Arthur se mordit la lèvre en réalisant qu'il venait de gaffer. Il était tellement perturbé, blessé et perdu dans ses pensées qu'il en avait oublié que Gwaine ignorait la magie de Merlin.
Ce dernier sembla perplexe pendant quelques instants, avant que son visage ne s'illumine comme s'il venait d'avoir une révélation.
- Oh… C'est pour ça que vous voulez légaliser la magie, n'est-ce pas ? Merlin est un sorcier !
Arthur ne répondit rien.
- Eh bien, puisque vous m'avez appris un secret sur notre cher Merlin, c'est à mon tour, déclara le chevalier en s'asseyant près de son roi. Il partage vos sentiments.
- Ce n'est absolument pas drôle, Gwaine.
- Je ne plaisante pas.
- Merlin ne m'aime pas. Il l'a dit de manière suffisamment claire, alors arrêtez.
- Vous êtes vraiment stupide parfois. Il vous a dit ça parce qu'il savait que vous continueriez à lui en parler s'il vous disait la vérité, et que tôt ou tard vous l'auriez fait céder.
- Mais de quoi vous parlez ?
- Merlin pense que vous ne pouvez pas être ensemble parce que vous ne pouvez pas donner un héritier à votre peuple si vous êtes avec lui.
- Quoi ?
- Deux hommes ne peuvent p…
- Oh mais je sais ! Vous êtes sûr de ce que vous dites ?
- Si je suis sûr qu'il vous aime au moins autant que vous l'aimez ? Plutôt oui. Même Lancelot le savait, ça crève les yeux.
- Lancelot est mort alors que j'étais avec Gwen, Gwaine.
- Je sais. Bon, qu'est-ce que vous comptez faire ?
- Rien du tout.
- Vous allez laisser Merlin ruiner vos deux vies ? Super plan.
- Ca ne vous regarde pas.
- Si, justement. Parce que vous êtes le roi, et que si vous êtes dépressif, vous serez un mauvais roi, donc je serai touché, donc ça me regarde.
- Je ne suis pas dépressif, arrêtez donc de tout exagérer.
- Bon, vous savez quoi ? Imaginons que vous donnez raison à Merlin, et qu'on ne meurt pas tous de la main de Morgana. On rentre à Camelot, et après ?
- Après les choses reprendront leur cours.
- Mmh. Et puis dans quelques mois, peut-être quelques années, notre petit Merlin va rencontrer quelqu'un d'autre, et vous devrez le regarder avec cette autre personne tous les jours, le regarder lui sourire, rire avec, l'embrasser. Vous pourrez le supporter ?
Arthur se mordit la lèvre. Il avait conscience que Gwaine avait raison, il ne pourrait jamais supporter de voir Merlin avec quelqu'un d'autre, il finirait par devenir fou. Mais il n'avait aucune envie de l'avouer à son chevalier, et soupira de soulagement en voyant Merlin revenir de sa conversation avec le dragon.
Il se leva pour aller à sa rencontre, tentant d'oublier la malaise qui les envahissait tous les deux à chaque fois qu'ils s'adressaient la parole.
- Kilgharrah a accepté de nous aider, déclara Merlin en fuyant au maximum le regard de son roi.
- Ah très bien.
Un lourd silence suivit, alors que chacun était mal à l'aise.
- Du coup on devrait rester ici… Pour qu'il nous repère plus facilement lorsqu'il aura une piste.
- D'accord.
Gwaine balança son regard d'Arthur à Merlin en se retenant de les frapper jusqu'à ce qu'ils réagissent. Il avait l'impression d'être en présence d'enfants, ses deux amis se tenant l'un en face de l'autre, mais évitant tout contact visuel, balançant leurs bras, clairement mal à l'aise. Le chevalier décida alors de tenter un changement de sujet, espérant débloquer les choses.
- Bon ! Puisqu'on est coincés ici, tu pourrais au moins me faire apparaître une bière !
Merlin se tourna vers lui en écarquillant les yeux.
- Pardon ?
- Arthur a craché le morceau. Tu peux me donner une bière, oui ou non ?
Merlin se tourna vers Arthur, qui se mordit la lèvre.
- C'était involontaire !
Le sorcier soupira et fit briller ses yeux, tandis que le chevalier se retrouvait trempé.
- Eh !
- Quoi ? Tu voulais de la bière, non ? Répondit Merlin avec un grand sourire.
Gwaine se leva et lui lança un regard meurtrier.
- Je vais te tuer !
- Oui, moi aussi je t'aime ! Rit Merlin en se reculant un peu.
Une seconde plus tard, le sorcier se figeait en réalisant ce qu'il venait de dire, tandis qu'Arthur détournait à nouveau le regard, et qu'un nouveau malaise envahissait l'air.
Gwaine leva les yeux au ciel devant l'absurdité de la situation, et déclara qu'il avait une envie pressante avant de s'éloigner en faisant clairement signe à Arthur de parler à Merlin.
Ce dernier soupira avant de se résigner.
- Merlin. Je peux te parler ?
- Bien sûr.
Arthur se mordit la lèvre, appréhendant la conversation à venir.
- Oh je vois, qu'est-ce que Gwaine a encore dit ? Demanda Merlin en soupirant.
- Euh… Il dit… Il dit que tu ne veux pas être avec moi parce qu'on ne peut pas avoir d'héritier.
Merlin ferma brièvement les yeux.
- Je dois aller…
- Merlin ! Est-ce que c'est vrai ?
- Est-ce que c'est vraiment important ?
- … Oui ! Evidemment que c'est important !
- Pourquoi ? Ca ne change rien. On ne peut pas être ensemble, peu importe la raison.
- Ca change beaucoup pour moi ! Tu m'aimes ?
- Arthur…
- Est-ce que tu m'aimes ?
- Bien sûr que oui ! Mais ça ne change rien, alors laisse tomber. S'il te plaît.
- Je me fiche d'avoir un héritier, Merlin. Je veux être avec toi. Et si tu…
- Tu es le roi, ton peuple attend de toi que tu assures sa sécurité. Et tu sais très bien que si tu meurs sans enfants, Camelot ne sera pas en sûreté.
- Je sais cela ! Mais c'est déjà trop tard, de toute manière.
- Pourquoi ?
- Parce que je refuse d'épouser quelqu'un que je n'aime pas. Et je sais que je ne cesserai jamais de t'aimer. Donc je n'aurai pas d'enfants.
- Arrêtes de dire n'importe quoi.
- Je ne dis pas n'importe quoi, je sais que je ne cesserai pas de t'aimer.
- Tu dis ça aujourd'hui, mais tu verras que tu as tort. Tu trouveras quelqu'un d'autre.
- Merlin…
- Tu disais la même chose de Gwen, et pourtant…
- Ca n'a rien à voir. J'ai toujours su que je m'en remettrai si je perdais Gwen, tant que tu étais à mes côtés. Si je te perds toi… Je me perdrais en même temps. Je ne peux pas vivre sans toi.
- Ce n'est pas ce que je te demande… Je ne veux, ne peux pas vivre sans toi non plus. Je veux qu'on reste amis. Mais il ne peut rien y avoir de plus.
- C'est toi qui m'as dit de t'en parler !
- Pardon ?
- Quand je t'ai dit que j'aimais un homme, c'est toi qui m'as dit de le lui dire.
- Parce que je ne pensais pas que tu parlais de moi !
- Alors si c'était quelqu'un d'autre, il n'y aurait pas de problèmes, mais toi ce n'est pas possible ? Ce que tu dis n'a aucun sens !
- Ce n'est pas ça, c'est juste que… J'ai pensé que si tu en parlais à cet homme, il te répondrait que ce n'était pas possible, et je croyais que ça t'aiderait à passer à autre -chose.
- Eh bien je ne veux pas passer à autre chose !
- Arthur… Arrête.
- Et si ça avait été quelqu'un d'autre, et qu'il avait voulu être avec moi, hein ? Qu'est-ce que tu m'aurais dit ? De suivre mon cœur, ce qui est ce que tu m'as toujours dit de faire, ou tu m'aurais brisé mon couple ?
- Ce n'est pas ce qui est arrivé, d'accord ! Alors arrête.
Alors que Merlin commençait à s'éloigner, au bord des larmes, Arthur lui attrapa le bras, le forçant à lui faire face, avant de l'attirer contre lui pour un baiser passionné. Lorsque leurs lèvres se décollèrent, le roi colla son front contre celui du sorcier.
- Dis-moi que tu n'as rien ressenti.
- Ce que je ressens n'a pas d'importance, Arthur. Je suis désolé…
Merlin s'éloigna vers la forêt, ayant besoin d'être seul. Il supportait mal la situation, et avait hâte de retourner à Camelot, là où il ne serait pas obligé de voir Arthur à chaque seconde, même s'il passerait le plus gros de ses journées avec lui. Il mourrait d'envie de faire demi-tour, d'embrasser Arthur et de passer le reste de sa vie avec lui, mais il ne pouvait pas. Et il espérait qu'Arthur comprendrait rapidement que rester amis était ce qu'il y avait de mieux à faire.
Peu après, Kilgharrah revenait vers eux, et indiquait à Merlin qu'il n'y avait rien, si ce n'est une clairière avec une petite maison un peu plus bas. Le dragon prit soin d'indiquer à nouveau au sorcier que tout cela était une très mauvaise idée, mais Merlin ne l'écouta pas, et rejoignit Arthur et Gwaine.
Ils reprirent donc leur route, un silence pesant flottant dans l'air, et atteignirent finalement une clairière, dans laquelle se trouvait un puits. Arthur plaça la main devant Merlin pour l'empêcher de s'approcher, et avança, la main serrée sur son épée. Il poussa lentement la plaque qui recouvrait le trou, et ouvrit des yeux ronds en découvrant ce qui se trouvait à l'intérieur.
- Morgana ?
La jeune femme leva la tête vers la source de lumière, visiblement aveuglée.
- Aithusa ! S'exclama Merlin qui s'était approché à son tour.
Arthur lui lança un regard chargé d'incompréhension.
- C'est le nom du dragon, lui expliqua le sorcier.
- Tu… Tu connais ce dragon aussi ? Combien en connais-tu au juste ?!
- Euh juste ces deux-là. Probablement parce que ce sont les deux seuls encore en vie.
Arthur leva brièvement les bras en soupirant avant de se concentrer à nouveau sur Morgana.
- Il faut les faire sortir de là, déclara-t-il.
- Ou alors on peut aussi refermer le puits et attendre qu'elle meure, suggéra Gwaine avant de se faire rabrouer par un regard incendiaire d'Arthur.
- Je peux les faire sortir, proposa Merlin.
- Non ! On ne sait pas comment Morgana va réagir, il est hors de question que tu utilise la magie devant elle.
- Bon d'accord, tiens, dit Merlin en tendant une corde.
- Où as-tu trouvé une corde ?
- Je l'ai fait apparaître.
- Evidemment.
Arthur se saisit de l'objet et en lança l'extrémité dans le puits. Morgana lui lança un regard haineux et suspicieux, puis décida de tenter sa chance et attrapa le bout.
Une fois la prêtresse hissée hors du puits, Aithusa avait juste assez de place pour s'envoler et rejoindre la terre ferme à son tour.
- Mon très cher frère, cracha-t-elle en forçant un sourire sarcastique. Quel plaisir de vous voir.
- Morgana…
- Oh lâchez donc votre épée, elle ne peut rien contre moi de toute manière, argua-t-elle en désignant Gwaine.
Le chevalier lui lança un regard peu confiant, et avança d'un pas.
- Pourquoi m'avoir sortie du puits ?
- Parce que je veux vous parler.
- Vous voulez parler ? Morgana émit un rire. Vous aurez tout le temps de parler pendant je vous tuerai, lentement et douloureusement.
- Je suis désolé.
- Quoi ?
- Je suis désolé. Je suis désolé de la manière dont notre père vous a traitée, je…
- Uther n'est pas mon père !
- Je suis désolé de ne pas avoir vu que vous alliez mal, et je suis désolé de ne pas avoir été capable de vous aider.
- Vos excuses minables ne vous sauveront pas la vie, cher frère.
- Ce n'est pas moi que vous haïssez, Morgana.
- Oh détrompez-vous.
- Non. Vous détestez Uther, ce que je comprends. Vous détestez le fait d'avoir eu honte de vous-même, d'avoir détesté qui vous étiez alors que vous ne pouviez rien y changer. Mais vous ne pouvez pas rejeter la faute sur moi, vous ne m'avez jamais laissé une seule chance ! Vous m'en voulez parce que je ne vous ai pas aidée, mais vous ne m'en avez pas laissé l'occasion, vous ne m'avez jamais dit la vérité, et…
Arthur porta la main à sa gorge, coupé dans son élan alors que Morgana utilisait la magie pour l'étrangler.
- Vous ne savez rien du tout, Arthur. Et ne prétendez pas que vous m'auriez aidée, on sait tous que vous m'auriez envoyée au bûcher vous-même !
Arthur voulut nier, mais Morgana resserra sa prise, l'empêchant de parler.
- Ca suffit !
- Oh, Merlin ! J'avais presque oublié que tu étais là, toi aussi.
- Arthur vient de vous sauver la vie, vous n'avez donc aucun sens de l'honneur ?
- Oh… Après tout, tu as raison. Vous pouvez partir. Mais je serai loin d'être aussi clémente la prochaine fois.
Elle relâcha Arthur, qui faillit tomber à terre avant que Merlin ne vienne le supporter.
- Vous avez tort, dit faiblement le roi. Je vous aurais aidée.
- C'est facile à dire, désormais.
Gwaine vint en renfort pour aider Merlin à porter Arthur, et ils commencèrent à s'éloigner. Mais à peine avaient-ils fait quelques pas qu'ils entendirent un bruit, et se retournèrent juste à temps pour voir Aithusa foncer sur eux tandis que Morgana affichait un sourire mauvais. Ils eurent à peine le temps de se baisser pour éviter le jet de feu, et Merlin, voyant que le dragon faisait demi-tour pour les attaquer à nouveau, se releva et hurla en langage celtique, forçant le dragon à faire demi-tour, tandis que Morgana ouvrait des yeux ronds.
- Maintenant ça suffit, déclara-t-il en direction de la jeune femme.
- Qu'est-ce que…
- Vous et moi, on va parler, déclara-t-il fermement en avançant vers elle.
- Reste où tu es, Merlin. Ou je tue Arthur.
- Essayez toujours.
Merlin bougea légèrement la tête, et ses yeux virèrent au doré tandis que Morgana valdinguait dans les airs jusqu'à atteindre la lisière de la forêt.
- Merlin, non…
Merlin la rejoignit rapidement, ignorant l'appel d'Arthur, qui avait tendu le bras pour essayer de le rattraper.
- Vous feriez mieux de laisser Arthur tranquille.
- Sinon quoi ?
- Sinon ce sera entre vous et moi.
- Tu crois vraiment que tu me fais peur ? Tu es peut-être un sorcier, mais je suis une grande prêtresse, tu ne peux rien contre moi.
- Vous savez comment les druides m'appellent ? Emrys.
Morgana tituba légèrement, la peur se lisant clairement dans ses yeux.
- Tu mens.
- Ah oui ? Vous voulez vraiment que je vous le prouve ?
- Pourquoi restes-tu avec Arthur ? Toutes les créatures magiques sont en danger avec lui ! La magie n'aura jamais ça place à Camelot, pas tant que je ne serais pas reine !
- Vous avez tort. Arthur est en train de légaliser la magie.
- Mais bien sûr, railla Morgana.
- Il a réuni le conseil et les chevaliers pour commencer les négociations. Et vous savez pourquoi ? Parce qu'il a fait un petit séjour forcé dans le passé, et s'est rappelé à quel point il vous aimait, avant. Et l'autre Morgana ? Elle lui a parlé de sa magie, et elle est bien plus heureuse que vous ne le serez jamais.
- Tant mieux pour elle.
Morgana se voulait haineuse, mais Merlin voyait qu'elle était en train de craquer.
- Je suis responsable de ce que vous êtes devenue, Morgana. J'ai laissé la peur de vous avouer mes pouvoirs diriger mes décisions, et je sais aujourd'hui que j'aurais du faire différemment. J'aurais du vous en parler. Vous aider. Vous dire que vous n'étiez pas seule. Et j'en suis désolé. Mais si vous tentez encore de faire du mal à Arthur, ou à Camelot, je n'hésiterai pas à vous tuer. Et on sait tout les deux que j'en ai le pouvoir. Arthur tenait absolument à vous parler, à tenter de vous raisonner, parce qu'il voulait vous voir revenir à ses côtés. Mais moi, je ne vous lâcherais pas. Tentez quoi que ce soit et vous êtes morte. Je ne sais pas si vous êtes capable d'abandonner votre vengeance, mais si c'est ce que vous décidez de faire, sachez qu'il en faudra beaucoup avant que j'arrête de vous surveiller.
Merlin vit Morgana déglutir, et aurait presque pu jurer avoir vu une larme perler au coin de son œil, puis il tourna les talons et retourna auprès de Gwaine et d'Arthur, qui se remettait de son étranglement, et les dépassa sans même s'arrêter, assumant qu'ils le suivraient.
- Es-tu complètement fou ? S'exclama Arthur en refusant de bouger.
- Peut-être. Mais au moins maintenant on peut partir. Viens.
Merlin lui attrapa brièvement le bras pour le forcer à le suivre.
- Oh oui, moi aussi je vais bien et je te suis, merci beaucoup Merlin, s'exclama Gwaine ironiquement en rejoignant le sorcier et le roi.
- Je suis désolé. J'avais tort de croire qu'elle changerait…
Merlin ne répondit pas, mais lui saisit le bras, le serrant légèrement pour lui montrer qu'il était là.
- Je suppose qu'on rentre à Camelot ? Demanda Gwaine.
- Oui, soupira Arthur. On rentre.
Il tourna la tête vers Merlin et hésita à ajouter quelque chose avant de finalement opter pour le silence. Gwaine avait raison, s'il laissait Merlin partir et devait ensuite le voir avec un autre, il ne le supporterait jamais. Mais il savait également qu'inonder le sorcier de conversations sur leur relation ne mènerait à rien, si ce n'est à l'agacer. Il fallait que Merlin réalise de lui-même qu'être heureux était plus important que d'avoir un héritier pour Camelot, et il comptait bien tout faire pour que ça arrive. Il voulait être avec Merlin, il en avait besoin, et il ne baisserait pas les bras sous prétexte qu'il était roi et devait faire ce qu'il y avait de mieux pour le royaume, tant pis s'il était égoïste.
On arrive à la fin, plus que deux chapitres !
