Et voilà, on y est: le dernier chapitre de cette fic, qui devient officiellement la plus longue que j'ai écrite.

J'espère que la fin vous plaira, bonne lecture !


Chapitre 15

Le soir venu, Merlin se rendit dans la chambre d'Arthur, et fut surpris de le trouver la tête dans l'armoire.

- Qu'est ce que tu fais ?

Arthur sursauta, se cognant la tête au passage, et recula pour voir Merlin.

- Rien. Je…

- Pourquoi est-ce que tu as mes vêtements ?

Arthur baissa les yeux vers la chemise qu'il tenait.

- Euh… J'ai pensé que tu viendrais t'installer ici…

- Quoi ?

- Ta chambre est minuscule, alors j'ai pensé que tu voudrais venir avec moi.

- Et tu as déjà bougé mes affaires ? J'ai mon mot à dire ou… ?

- Evidemment, mais je… Tu ne veux pas ?

- Ce n'est pas ça, mais… Ca fait quoi, cinq heures ?

- Et ?

- Je ne sais pas, c'est juste…

- Tu passes déjà toutes tes journées ici de toute manière, ça ne change pas grand-chose si tu restes aussi la nuit.

Merlin soupira et s'approcha d'Arthur pour lui prendre la main.

- Ca ne fait même pas deux semaines que tu as quitté Gwen, Arthur.

- Je ne vois pas le rapport.

- Elyan dit qu'elle sort à peine de la chambre que tu lui as donné, ce n'est pas la peine d'en rajouter.

Arthur soupira à son tour.

- Ecoutes, je suis désolé pour Gwen, vraiment. J'aurais aimé pouvoir éviter tout cela, mais c'est trop tard. Et je ne crois pas qu'on devrait se priver pour la ménager. On se prive depuis déjà suffisamment longtemps.

- Je ne dis pas qu'on ne devrait pas être ensemble, je dis juste qu'on pourrait au moins attendre un peu avant de déplacer mes affaires ! Et puis, on ne sait pas ce que les membres du Conseil vont finalement décider. Sans parler du fait qu'un roi est supposé attendre avant de laisser quelqu'un vivre avec lui.

- Bon, très bien, dans ce cas épouses-moi.

Merlin leva les yeux au ciel, et Arthur l'attrapa par la taille pour l'attirer contre lui.

- Bon, d'accord, j'ai compris. Mais attends demain pour remettre tes affaires chez Gaius, et restes avec moi ce soir. S'il te plaît.

- S'il te plaît ? Tu es malade ?

Arthur sourit avant de capturer les lèvres de Merlin. Ce dernier s'agrippa à son cou, et le poussa vers le lit sans stopper le baiser. Arthur se laissa tomber sur les couvertures, et Merlin se mit à cheval sur lui en déplaçant la main pour atteindre sa chemise, qu'il commença à remonter, avant qu'Arthur ne le stoppe.

- Attends.

- Quoi ?

Arthur se releva pour s'asseoir, tout en maintenant Merlin sur lui.

- J'en ai envie, vraiment. Mais pas ce soir.

- Pourquoi pas ?

- Parce que je veux que la première nuit que tu passes ici, on la passe comme ça.

Arthur retourna Merlin et le fit tomber dans le creux de ses jambes. Le sorcier appuya machinalement son dos contre le torse du roi, qui l'enroula de ses bras. Arthur laissa tomber sa tête sur celle de Merlin, avant de murmurer.

- Parce que c'est comme ça que je t'aime le plus.

Merlin laissa reposer sa tête sur l'épaule du roi, en la penchant suffisamment pour pouvoir voir son visage, et lui offrit un sourire qui fit fondre le cœur d'Arthur, qui déposa un baiser sur sa tempe avant de fermer les yeux, essayant de graver cet instant dans sa mémoire. Il n'avait jamais été aussi heureux. Le simple fait de tenir Merlin dans ses bras le rendait plus heureux que n'importe quoi d'autre, et il voulait que ce moment dure aussi longtemps que possible. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il pencha la tête pour obtenir un angle de vue sur le visage de Merlin, et constata que le sorcier s'était déjà endormi. Il commença alors à bouger pour les faire passer sous les draps, en prenant soin de ne pas le réveiller, puis il se laissa glisser jusqu'à se retrouver allongé. Il sentit alors Merlin bouger, et eut peur de l'avoir réveillé, avant de comprendre qu'il bougeait dans son sommeil. Arthur tenta alors de le déplacer légèrement afin qu'ils soient tous les deux plus confortablement installés, tout en le gardant dans ses bras, n'ayant aucune envie de le voir s'éloigner. Une fois suffisamment bien installé, le roi ferma les yeux et s'endormit à son tour.


Lorsqu'il se réveilla, il fut surpris de constater que Merlin dormait toujours, étant habitué à ce que le sorcier soit debout avant n'importe qui d'autre dans le château. Il sourit en remarquant qu'il n'avait pas quitté ses bras, et commença instinctivement à tracer des figures sur sa peau du bout des doigts, jusqu'à ce que Merlin ne bouge et ne lève la tête vers lui.

- Déjà réveillé ?

- Je crois que c'est toi qui as dormi plus longtemps que d'habitude.

- Donc je suis encore en retard ?

Arthur émit un rire, et resserra son bras dans le dos de son serviteur.

- Oui. Mais tu seras pardonné si tu restes avec moi cette nuit.

- Arthur…

- Oui, oui, je sais… Gwen… Conseil… Bla bla bla…

Merlin n'apprécia que moyennement l'imitation d'Arthur et le lui fit sentir en lui collant un coup de coude dans les côtes, ce qui fit rire le roi, qui se pencha pour l'embrasser.

- Après ce que tu viens de faire, tu peux toujours courir.

Merlin se dégagea des bras d'Arthur, et sortit du lit malgré les protestations de ce dernier.

- Dépêches-toi, tu vas être en retard.

- Je suis le roi, j'ai le droit d'être en retard.

Merlin leva les yeux au ciel et le saisit par le bras pour le tirer hors du lit.

- Mmmh… Laisses-moi dormir !

- Tu n'avais qu'à dormir quand je dormais, au lieu de jouer avec tes mains !

- Comment tu sais ça si tu dormais ?

- Parce qu'au bout d'un moment, je me suis réveillé je te rappelle. Bon sang, descends de ce lit, tu le retrouveras ce soir !

- Peut-être, mais c'est maintenant que je le veux !

Merlin soupira, et Arthur finit par se laisser tirer vers le bord du lit, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment proche de Merlin pour pouvoir l'agripper par surprise et le faire tomber sur le lit avec lui.

- Avec toi, ajouta-t-il en souriant.

- Mais c'est pas possible… Soupira Merlin.

Le sorcier tenta ensuite de se dégager de l'emprise d'Arthur, ce qui était peine perdue puisque le roi avait plus de force que lui.

- Mais arrêtes de bouger, râla Arthur en l'embrassant dans le cou.

- Tu n'as qu'à me laisser partir.

- Hors de question. Je suis le roi, tu dois faire ce que je dis, n'oublies pas.

- Vu le nombre de fois que tu le dis par jour, personne ne risque d'oublier.

- Si je le dis autant, c'est parce que tu te fiches de mon autorité.

- Tu as perdu toute autorité le jour où tu as dit que tu ne pouvais pas vivre sans moi.

- Je n'ai jamais dit ça.

- Non, j'ai dû rêver !

- Dois-je comprendre que tu rêves de moi ?

- Uniquement lorsque je fais des cauchemars.

Arthur sourit et força Merlin à s'appuyer sur lui, avant de desserrer son étreinte une fois sûr qu'il n'en profiterait pas pour s'enfuir.

- Je t'aime, murmura Arthur.

Merlin se retourna pour l'embrasser, avant de reprendre sa position initiale.

Ils restèrent sans bouger quelques minutes, jusqu'à ce que la porte de la chambre ne s'ouvre.

- Bon sang, on ne vous a jamais appris à toquer ?

- Pardon, princesse, je pensais que vous étiez debout. Et je ne savais pas que…

Gwaine désigna Merlin avec un sourire grivois, et Arthur leva les yeux au ciel.

- Bon, qu'est-ce que vous voulez ?

- Savoir si vous maintenez la réunion concernant la légalisation de la magie de ce matin.

- Pourquoi est-ce que je la supprimerais ?

- Je ne sais pas, avec ce qui s'est passé hier… Enfin quoique, vous avez l'air de bien le vivre !

- Ce sont deux sujets totalement différents, alors oui, je maintiens la réunion.

- Très bien.

Gwaine s'avança vers la porte, et se retourna avant de sortir.

- C'est dans dix minutes, vous feriez mieux de lâcher Merlin.

Il quitta la pièce, et Arthur se retourna vers Merlin.

- Dix minutes ?! Tu ne pouvais pas le dire, je vais être en retard maintenant !

- Tu rigoles ? Je t'ai dit que tu allais être en retard, c'est toi qui n'en as rien eu à faire ! C'est ta faute, pas la mienne.

- Puisque je suis en retard par ta faute, tu viens chasser avec moi cet après-midi !

Arthur se dépêcha de s'habiller, et atteignit la salle du Conseil juste à temps. Si les conseillers étaient légèrement mal à l'aise au départ, le souvenir de la réunion de la veille, et l'anticipation de celle qui aurait lieu le lendemain bien en tête, un certain professionnalisme prit le dessus, et Arthur remarqua que plus de membres étaient d'accord avec la légalisation de la magie qu'avant. Certainement qu'à côté d'un roi qui voulait se mettre en couple avec un homme, un roi cherchant à légaliser la magie semblait beaucoup moins contraignant et grave. Au fond, Arthur se fichait de savoir pourquoi ils changeaient d'avis, tout ce qu'il voyait, c'était que si les choses continuaient ainsi, Merlin n'aurait bientôt plus besoin de se cacher.


Une fois la réunion terminée, Arthur partit chasser, et força Merlin à venir avec lui en dépit de ses protestations. Alors qu'ils rodaient dans la forêt depuis plus d'une heure, heure durant laquelle le sorcier n'avait cessé de râler ou de se plaindre, Arthur finit par apercevoir un cerf.

- Arrêtes de te plaindre, tu vas le faire fuir !

- Tant mieux, au moins il vivra plus longtemps !

Arthur leva les yeux au ciel et posa un doigt sur sa bouche pour lui intimer de se taire.

- C'est toi qui m'as forcé à venir, alors assumes-en les conséquences !

- Pardon d'avoir voulu passer du temps avec toi !

- Non mais… Tu sais que je déteste la chasse.

- Tu sais que la chasse est à peu près le seul moment où on peut être tranquille sans que personne ne vienne nous déranger ?

- Bon très bien, mais alors pourquoi on chasse réellement, hein ?

- La crédibilité, Merlin, la crédibilité.

Merlin grimaça et Arthur voulut répliquer, avant de se stopper en entendant du bruit dans les fourrés.

- Quoi ?

Arthur posa une main sur son torse en lui faisant signe de se taire.

- Mais quoi ?

- Mais tais-toi !

- Ne me dis pas de me…

Arthur plaqua sa main contre la bouche du sorcier avant qu'il n'ait pu finir sa phrase, et sortit son épée en entendant le bruit se rapprocher. Finalement, une silhouette sortit des bois et il retint brièvement sa respiration en reconnaissant Morgana. La jeune femme lui lança un regard qui se voulait dédaigneux, et, avant qu'Arthur ou Merlin ne puisse dire quoi que ce soit, elle leva la main et envoya le sorcier dans les airs. Il finit sa course contre un arbre, et s'assomma sur le coup tandis qu'Arthur se précipitait vers lui.

- Merlin !

Il arriva rapidement à ses côtés, et s'assura qu'il allait bien. Il le souleva donc légèrement pour voir le dos de son crâne, et remarqua une plaie qui saignait abondamment. Merlin s'était de toute évidence violemment ouvert le crâne en se cognant. Arthur prit sur lui pour ne pas paniquer, et lui ôta son foulard pour l'enrouler autour de sa propre main, qu'il plaqua contre la blessure en espérant stopper le saignement. N'étant absolument pas confortablement installé, il déplaça Merlin pour le prendre sur lui, ayant ainsi plus de facilité à garder la main sur la plaie.

- Mais qu'avez-vous fait ?!

- Simple précaution, Arthur. Je ne tiens pas à ce qu'Emrys puisse me blesser.

Arthur déglutit difficilement, conscient qu'il devait ramener Merlin à Gaius rapidement s'il ne voulait pas qu'il se vide de son sang. Mais il doutait que Morgana ne le laisse partir.

- Morgana… Il est blessé, laissez-moi partir. S'il vous plaît.

- Oh, n'est-ce pas touchant ? Le roi qui veut à tout prix sauver la vie de son serviteur. J'en pleurerais presque.

- Morgana…

- Il paraît que vous voulez légaliser la magie.

- C'est vrai. Je… J'ai lancé les négociations, et le Conseil commence à adhérer, je devrais pouvoir lever l'interdiction d'ici quelques mois.

- Pourquoi ? Pourquoi décider d'aller à l'encontre de tout ce que votre cher père a fait ?

- Parce que je ne suis pas d'accord avec lui ! Morgana, je ne suis pas Uther ! Je sais que la magie n'est pas mauvaise, et je ne veux pas que les gens souffrent pour quelque chose qu'ils n'ont pas décidé ! Les gens comme Merlin, comme vous !

- Ne prétendez pas que vous le faites pour moi !

- Mais c'est le cas ! Ce n'est pas que pour vous, mais en partie, oui ! Parce que contrairement à tout ce que vous pensez de moi, je tiens à vous ! Et si vous m'aviez seulement fait confiance à l'époque, je vous aurais aidée. Parce que je vous considérais comme une sœur bien avant d'apprendre que vous ne l'étiez réellement !

Morgana ne répondit pas, et Arthur voulut ajouter quelque chose lorsqu'il sentit Merlin bouger dans ses bras. Il baissa alors les yeux vers lui, et le vit ouvrir les siens difficilement.

- Arth…ur ?

- Oui, eh… Merlin ?

Le sorcier voulut se relever, mais Arthur le maintint au sol.

- Ne bouges pas, tu es blessé.

Merlin n'eut pas la force de protester, d'autant plus que sa vision se brouillait. Arthur appuya un peu plus sur sa blessure en constatant que le sang s'écoulait encore massivement. Le foulard en était désormais trempé, et il dégoulinait le long de son bras. Le roi inspira profondément, tentant de cacher à quel point il avait peur de le perdre. Merlin voulut dire quelque chose, mais il se mit à tousser violemment, et Arthur tenta de le relever légèrement en espérant que ça aiderait. Le roi dégagea sa main pour essayer de voir si la blessure était vraiment profonde, mais il y avait trop de sang pour qu'il puisse voir quoi que ce soit. Il la replaça alors sur la plaie en appuyant, ce qui fit grimacer Merlin de douleur, et leva les yeux vers Morgana, l'implorant de le laisser aider le sorcier.

- Morgana… Je dois vraiment l'emmener chez Gaius au plus vite… S'il vous plaît.

- Je n'ai pas fini de parler, cher frère.

- Il va mourir !

- Et c'est sensé me motiver à vous laisser partir ? Il m'a trahie, tout comme vous ! Pourquoi devrais-je vous aider, hein ?

Arthur soupira en resserrant son bras autour du torse de Merlin, qui se remit à tousser. Le roi se pencha vers lui, et vit qu'il peinait à garder les yeux ouverts.

- Merlin… Merlin ! Eh, restes avec moi ! Morgana, je… Je vous le redis, je ne vous ai pas trahie ! Je ne savais pas ce qu'il se passait, comment vouliez-vous que je puisse vous aider ? Vous ne m'avez pas fait confiance, vous n'avez jamais cru que je vous aiderez, vous n'avez cru que je vous aimais, et je ne sais pas pourquoi ! Parce que je l'aurais fait, et je… Vous avez toujours beaucoup compté pour moi, et en dépit de tout ce qu'il s'est passé, vous comptez encore !

Arthur se passa la main sur le visage pour empêcher les larmes de couler, se fichant de se tâcher de sang au passage. Il savait qu'il ne pouvait pas aider Merlin en restant par terre, tout comme il savait qu'il devait convaincre Morgana pour pouvoir rejoindre Camelot. Il resserra encore sa prise sur Merlin, lui intimant de garder les yeux ouverts, avant de poursuivre sa conversation avec Morgana.

- Vous semblez oublier tout ce que vous avez pu dire sur la magie et à quel point elle était néfaste, Arthur. Comment étais-je –suis-je –supposée croire que vous m'auriez aidée ?

- J'avais tort. J'avais tort sur beaucoup de choses, mais… Je ne vous aurais jamais envoyée à la mort. Vous n'y avez jamais cru, mais j'ai toujours tenu à vous. Lorsque vous veniez d'arriver à Camelot, après la mort de votre père, vous ne m'aimiez pas, et… Vous vous souvenez du jour où vous êtes tombée dans un lac, et que vous avez failli vous noyer ? Je vous ai dit qu'un fermier vous avez sortie de l'eau, mais… C'était moi. Je ne voulais pas vous le dire parce que j'étais déjà doté d'une foutue arrogance à l'époque, mais c'était moi. Je vous ai sauvée ce jour-là, et je l'aurais refait. Je veux encore vous sauver, Morgana. Il est encore temps de mettre fin à ce bain de sang. Trop de gens en ont souffert, arrêtons cela. Je vous en prie.

Morgana déglutit difficilement, et s'apprêtait à répondre lorsque Merlin fut pris d'une nouvelle quinte de toux. Arthur se pencha vers lui, et le recouvrit de sa cape, même s'il n'était pas sûr que ça lui apporte un quelconque confort. Le sorcier leva difficilement les yeux vers lui, et tenta de sourire. Merlin était parfaitement conscient de ce qui lui arrivait. Il avait mal, et il avait l'impression que toutes ses forces avaient quitté son corps, à un tel point que même garder les yeux ouverts était devenu une vraie bataille. Il voulut bouger la main pour atteindre Arthur, mais il en était incapable. Le roi le fit alors pour lui, et Merlin tenta de lui dire qu'il l'aimait, avant de fermer les yeux, n'ayant plus la force de les garder ouverts. Il put à peine entendre Arthur l'appeler avant de sombrer dans un état inconscient, et que la souffrance ne cesse.


Arthur fut prit de panique en voyant Merlin tomber inerte dans ses bras, et se mit à le secouer pour le réveiller, en vain. Il plaqua la main sur sa nuque à la recherche d'un pouls, mais peina à en trouver un, et lorsqu'il comprit que continuer à secouer le sorcier ne servirait à rien, il vacilla et s'agrippa à lui, plongeant la tête dans son cou. Les larmes qui coulaient à flot sur ses joues se mêlaient au sang qui s'écoulait toujours du crane de Merlin tandis qu'Arthur s'effondrait un peu plus à chaque seconde. Il n'avait jamais pensé qu'il était possible d'avoir aussi mal sans blessures physiques, mais il avait pourtant bel et bien l'impression qu'on venait de lui transpercer la poitrine pour lui broyer et lui arracher le cœur.

Perdu dans sa douleur, il en avait oublié la présence de Morgana, qui finit par se rappeler à lui. Elle s'agenouilla près d'eux, et poussa le roi sur le côté.

- Poussez-vous.

Arthur leva les yeux, sans comprendre ce qu'elle faisait.

- Poussez-vous, je vous dis !

Il finit néanmoins par obtempérer, et se décala. Morgana saisit Merlin, et plaqua une main sur sa blessure. Elle murmura quelque chose qu'Arthur ne comprit pas, et le roi vit la plaie se refermer lentement. Morgana s'éloigna légèrement de Merlin, et Arthur se précipita vers lui. Il le prit sur lui, et lui passa une main sur le visage, le cœur battant plus vite que jamais auparavant. Chaque seconde lui paraissait être interminable, jusqu'à ce qu'il sente la main de Merlin bouger légèrement sous la sienne. Il inspira profondément, et le sorcier finit par ouvrir les yeux, haletant. Arthur le releva et s'agrippa fermement à lui, le serrant aussi fort qu'il le pouvait. Il sentit ses mains monter lentement dans son dos, et soupira de soulagement en l'embrassant sur la tempe, avant de tourner le regard vers Morgana, qui s'était relevée et s'éloignait vers la forêt.

- Merci, déclara-t-il, les yeux encore embués de larmes.

Morgana ne répondit rien.

- Morgana… Revenez.

La jeune femme se tourna vers lui, et Arthur aurait pu jurer voir une larme perler au coin de son œil.

- On pourrait tout oublier… Redevenir comme avant. Je sais que vous vous souvenez de ce que c'est que d'avoir une famille, des amis. S'il vous plaît…

Morgana déglutit à nouveau.

- Je… Je ne sais pas.

Elle se retourna et avança vers la forêt. Arthur la regarda s'éloigner pendant quelques secondes, avant de se concentrer sur Merlin, qu'il tenait toujours dans ses bras.

- Merlin ?

Le sorcier tourna la tête vers lui. Il semblait épuisé, mais au moins il était vivant. Arthur tenta de sourire, et dégagea des mèches de cheveux qui lui tombaient sur les yeux avant de lui entourer le visage pour l'embrasser, si bien qu'il ne vit pas Morgana se retourner brièvement vers eux avant de disparaître dans les bois.

Puis, Arthur décida qu'il était grand temps de rentrer à Camelot, et il aida Merlin à se relever. Le sorcier tituba pendant quelques secondes, avant de s'effondrer dans ses bras, et le roi comprit qu'il ne serait jamais capable de rejoindre le château, pas sans les chevaux que Morgana avait fait fuir. Il le souleva alors du sol, et le prit dans ses bras pour le porter jusqu'à Camelot, lui répétant que tout allait bien. Ou peut-être se le répétait-il à lui-même.

Après une longue marche, qui lui avait semblé bien trop longue, Arthur atteint finalement la citadelle. Les chevaliers qui se trouvaient devant le palais remarquèrent immédiatement qu'il était couvert de sang, ainsi que Merlin, et se précipitèrent vers lui.

- Que s'est-il passé ? Vous allez bien ?

- Où est Gaius ?

- Chez lui.

Arthur soupira, soulagé que le médecin ne soit pas parti chercher des plantes ou faire Dieu sait quoi, et il monta le plus rapidement possible les marches qui menaient jusque chez lui. Ayant les mains prises, il ouvrit la porte d'un coup de pied, faisant sursauter le vieil homme.

- Sire ? Que s'est-il passé ?

- Il… Il s'est ouvert le crâne, je crois. Et il s'est évanoui. Morgana a soigné la plaie, mais… Il ne va pas mieux…

Gaius lui demanda de poser Merlin sur la table, et Arthur s'obtempéra. Le médecin l'examina ensuite pendant un moment, chaque seconde angoissant un peu plus le roi. Finalement, Gaius se décida à lui parler.

- Morgana a soigné la plaie, mais ça n'a pas remplacé le sang qu'il a perdu, ce qui explique qu'il ne se soit pas remis immédiatement.

- Mais… Il va bien, n'est-ce pas ?

- Il va s'en remettre, oui. Il a seulement besoin de repos.

Arthur hocha la tête, et déclara qu'il voulait rester auprès de Merlin jusqu'à ce qu'il se réveille. Lorsque la nuit tomba, et que le sorcier n'avait toujours pas bougé, il demanda à Gaius s'il pouvait l'emmener dans sa chambre, où il serait certainement plus confortable. Le médecin acquiesça, à condition qu'Arthur le prévienne du moindre changement.


Arthur installa donc Merlin dans son lit, et veilla sur lui une partie de la nuit, avant de tomber de fatigue. Lorsqu'il se réveilla, il vit Merlin qui lui souriait, et se releva d'un coup.

- Merlin ? Tu vas bien ?

- Si tu arrêtes de me donner des coups, ça devrait aller.

Merlin voulut s'asseoir, mais le roi le maintenait fermement allongé.

- Non, tu dois rester allongé.

- Arthur, je vais bien.

Le sorcier poussa sa main et se mit en position assise malgré les protestations du roi. Arthur finit par céder, et se releva pour s'asseoir à ses côtés, avant que Merlin ne se blottisse contre lui pour l'enlacer. Le roi enfouit la tête dans son cou, tentant d'évacuer toute la pression des dernières heures. Alors qu'il serrait Merlin de plus belle, refusant de le lâcher, la porte de la chambre s'ouvrit, laissant apparaître Gwaine.

- Merlin ! Comment vas-tu ?

Merlin déclara qu'il allait bien en souriant, et Arthur voulut savoir pourquoi le chevalier venait les déranger, une fois de plus sans toquer.

- Je viens vous informer que le Conseil s'est réuni la nuit dernière.

- Pardon ? On peut savoir sur ordre de qui ?

- Initiative des membres, je crois. Vous savez, votre retour à Camelot, couvert de sang et au bord de la dépression nerveuse n'est pas vraiment passée inaperçue.

- Il faut vraiment que vous arrêtiez d'exagérer.

- Quoiqu'il en soit, ils en sont venus à la conclusion que vous aimiez réellement notre petit Merlin, et qu'ils n'avaient pas envie de voir les conséquences s'ils décidaient de vous empêcher d'être avec lui.

- Quoi ?

- Vous avez l'accord du Conseil, Arthur.

Gwaine sourit, et Arthur ne put s'empêcher d'éclater de rire avant de jeter sur les lèvres de Merlin pour l'embrasser. Le chevalier décida de les laisser tranquilles, et s'éloigna.

Arthur finit par mettre fin au baiser, et sourit tendrement.

- Je t'aime tellement, déclara-t-il en déposant un bref baiser sur ses lèvres.

- Je t'aime aussi.

- Merlin, écoutes… Je sais que tu as dit que tu voulais attendre, mais… On ne sait pas ce qui peut arriver, et si… Si quelque chose devait mal se passer, je ne veux pas qu'on est de regrets. Je veux savoir qu'on a passé tout le temps qu'on pouvait ensemble, et…

- Arthur.

- Oui ?

- Mes affaires restent dans ton armoire.

Arthur sourit à nouveau, et Merlin se pencha pour l'embrasser, avant de s'allonger dans ses bras, encore fatigué.


Deux semaines plus tard, alors que Merlin était sur le point de s'endormir, Arthur se mit à lui parler. Il était en train de repenser à tout ce qu'il avait vécu ces derniers temps, et avait éprouvé le besoin de lui demander quelque chose.

- Lancelot te manque ?

- Quoi ?

- Lancelot. Il te manque ?

- Parfois, oui. J'ai toujours considéré l'année où il était à Camelot comme la meilleure de celles que j'ai passées à cacher mes pouvoirs. Parce que j'avais quelqu'un avec qui je pouvais être moi-même.

Arthur hocha la tête.

- Je regrette de l'avoir traité de la sorte. Il ne le méritait pas.

- Il ne t'en voulait pas, tu sais.

Arthur réprima un léger sourire.

- Pourquoi tu me parles de lui ?

- Je ne sais pas. J'y ai juste pensé, et je me demandais s'il te manquait encore.

- C'est drôle que tu en parles ce soir. Enfin, pas drôle « drôle » mais…

- Pourquoi ?

- Demain, c'est l'anniversaire de sa mort.

- Vraiment ? Tu vois, je suis un mauvais roi, incapable de se souvenir de la date à laquelle l'un de ses meilleurs chevaliers est mort.

Merlin leva les yeux au ciel et posa sa tête sur l'épaule d'Arthur.

- Tu comptes faire quelque chose ?

- Je vais à Avalon chaque année, à sa mort et à celle de Freya.

- Avalon ?

- C'est un lac.

- Oui, je sais, merci. Mais pourquoi là-bas ?

- Parce que c'est là-bas que sont leur corps.

- Je pourrai venir avec toi ?

- Tu as des réunions toute la journée.

- Je peux annuler.

- Arthur… Ce sont des réunions importantes.

- Peut-être, mais toi aussi tu es important. Je veux venir avec toi. Je ne veux pas être là uniquement quand tout va bien, Merlin. Et puis… J'ai envie de rendre hommage à Lancelot. Je le lui dois bien, après tout.

Merlin acquiesça avant de se pencher pour l'embrasser.

- On ferait mieux de dormir alors.

Arthur hocha la tête et s'allongea à ses côtés.


Au beau milieu de la nuit, Arthur se réveilla en sursaut. Il jeta un œil vers Merlin, qui dormait encore. Il songea à s'allonger pour se rendormir, mais fut coupé dans son élan en remarquant une silhouette dans la pénombre. Il s'empressa de se pencher par-dessus Merlin pour attraper son épée, lorsque l'intrus prit la parole.

- Lâche-donc cette épée, elle ne te servira à rien.

L'intrus s'approcha du lit et de la fenêtre, suffisamment pour qu'Arthur puisse distinguer son visage, et le roi cessa de respirer pendant une seconde en le reconnaissant, et tomba à moitié sur Merlin sous la surprise, ce qui fit grogner le sorcier.

- Qu'est-ce que tu…

L'intrus fit briller ses yeux, et Merlin se rendormit avant d'avoir pu finir sa phrase. Arthur le retourna pour s'assurer qu'il allait bien.

- Il va bien, pas la peine de paniquer ! Je me suis juste assuré qu'il ne se réveillerait pas trop tôt. Ce n'est pas à lui que je veux parler.

Arthur leva les yeux, cherchant à comprendre ce qui lui arrivait. En face de lui se tenait le vieux sorcier qui avait tenté de sauver son père, autrement dit le sorcier que Merlin lui avait dit être. Seulement Merlin dormait à côté de lui, et ne pouvait donc pas être cet homme, à moins qu'il ne puisse se dédouble, le lui ait caché, et ne s'amuse à jouer avec ses nerfs.

- Qui êtes-vous ?

- Tu sais très bien qui je suis, Arthur.

Le roi se sentit alors comme frappé par une révélation.

- Merlin ? Celui de… Du passé ?

- Pas du tout ! Je viens du futur, Arthur. Ton futur, pas l'un de ces stupides futurs alternatifs.

- Pourquoi vous êtes là ?

- Parce que, comme disait l'un de mes amis, il est un jour où la vérité doit être révélée.

Arthur jeta un œil vers Merlin, comme pour s'assurer qu'il était toujours là, avant de lever à nouveau le regard vers le vieux Merlin, qui était donc, s'il avait bien compris, le futur de celui qui dormait à côté de lui.

- Quelle vérité ?

- Ne te demandes-tu donc pas comment et pourquoi tu es allé dans un passé alternatif ? Ou comment et pourquoi tu en es revenu ?

- Vous connaissez les réponses ?

- Non, j'ai seulement fait ce voyage jusqu'à ton époque pour t'embêter, voyons !

Arthur leva les yeux au ciel, et le vieil homme poursuivit, mais le roi put voir son visage s'assombrir, comme s'il s'apprêtait à parler de quelque chose de nettement moins joyeux.

- C'est le Merlin du passé qui a décidé de te renvoyer, après avoir compris que ton monde existait toujours. Il savait que ce n'était pas lui que tu aimais vraiment, alors il a demandé à Kilgharrah de lui expliquer comment te renvoyer vers lui, déclara le vieux sorcier en pointant Merlin du doigt.

Arthur soupira en comprenant que le Merlin du passé s'était sacrifié pour qu'il soit heureux.

- Comment va-t-il ? Qu'est-il arrivé après que je sois parti ?

- Le Arthur dont tu avais pris la place est revenu, mais nul ne sait s'il a des souvenirs de ce qu'il s'est passé, et je ne peux pas te dire ce qui est arrivé après à Merlin, ou à Morgana.

- Pourquoi pas ? Je veux savoir !

- Oui mais je l'ignore, imbécile ! Je t'ai suivi ici lorsque tu es revenu, et je ne suis pas retourné dans le passé.

- Comment ça, vous m'avez suivi ?

- Comment crois-tu que Kilgharrah savait qui tu étais et d'où tu venais alors qu'il s'agissait du Kilgharrah du passé ?

- C'était vous !

- Oui. Et c'est également moi qui ai fait tomber Merlin de la falaise.

- Vous êtes complètement fou ! Vous auriez pu le tuer !

- Une simple chute ne l'aurait pas tué ! Et il te fallait un électrochoc pour que tu lui avoues tes sentiments, sans quoi tu ne l'aurais jamais fait ! Il était hors de question d'avoir fait tout ça pour rien !

- Fait quoi ? Je ne comprends rien !

Le vieux sorcier soupira, et perdit cet air narquois qui lui était pourtant caractéristique. Il poussa Merlin sur Arthur pour s'asseoir sur le lit, et le roi tenta de mettre le sorcier endormi à l'aise, avant d'écouter ce que le vieux Merlin avait à dire.

- C'est moi qui t'ai envoyé dans le passé, et qui ai fait tout le reste, parce que je voulais que ça arrive, expliqua-t-il en désignant le fait qu'Arthur tenait Merlin.

- On… Vous n'êtes pas avec le Arthur de votre époque ?

Le sorcier baissa les yeux, et Arthur aurait pu jurer voir une larme perler au coin de son œil.

- Je viens de loin, très loin dans le futur. Le XXIème siècle. Tu es mort depuis bien longtemps. Et non, nous ne nous sommes jamais avoué nos sentiments. A vrai dire, tu es mort environ trois ans seulement après ce jour.

Arthur haleta légèrement.

- Ca ne veut pas dire que tu vas mourir dans trois ans, cesse de faire cette tête. Les choses ont changé. Mon passé ne sera pas ton futur. Mais tu dois connaître ce passé si tu veux éviter de commettre les mêmes erreurs. Mon Arthur est mort à cause de la guerre avec Morgana. Il a été poignardé, et je n'ai pas pu le sauver. Mais c'est à ce moment-là que nous avons tous les deux réalisé nos sentiments. Il a probablement regretté de ne pas s'en être aperçu plus tôt, mais il est mort trop tôt pour avoir le temps de réellement en souffrir. Moi, ça fait deux mille ans que j'en souffre. Deux mille ans que je ressasse cette époque, les souvenirs que j'en ai et le regret de ceux que j'aurais pu avoir si j'avais agi autrement. Le regret de ne pas l'avoir sauvé, de ne pas avoir pu l'aimer. Kilgharrah disait qu'il reviendrait un jour, mais… Je ne l'ai pas vu une seule fois en deux mille ans. Peut-être que le vieux dragon avait tort. Les gens disent souvent qu'ils auraient aimé être immortels, ne pas pouvoir mourir de vieillesse, mais ils n'ont aucune idée de ce que c'est. Perdre tous ceux qu'on a aimé, et ne jamais pouvoir cesser de regretter. La vie perd toute sa saveur, et j'ai décidé qu'il était temps de réparer mes erreurs. J'ai fini par trouver le moyen de remonter le temps, et j'ai décidé de te sauver. De nous sauver. De nous donner cette chance qu'on n'a pas eu à mon époque. Pour m'assurer que tu sois heureux, et qu'il ne finira pas comme moi, déclara le vieil homme en désignant Merlin. Alors surtout, prends-en soin. Assures-toi de ne pas gâcher vos vies. Et si un jour vous croisez Mordred, dis bien à ton Merlin de ne pas prendre trop au pied de la lettre les paroles de Kilgharrah, et de lui laisser une chance.

Arthur déglutit, le cœur serré à l'idée que Merlin ne souffre autant, et le vieil homme se leva, prêt à s'en aller lorsque le roi l'interpella.

- Mais si vous avez changé votre propre passé, cela devrait changer votre futur, n'est-ce pas ? Et donc vos souvenirs ?

- Jouer avec la magie ne se fait pas sans conséquences, Arthur, même pour moi. Toute magie puissante a un prix, et le mien, c'est que changer le passé ne changera pas mes souvenirs. Je ne connaîtrai jamais tout ce que vous vous apprêtez à vivre, et ne me souviendrai que de la fin tragique de mon époque. Il est aussi probable que je ne revoie jamais mon Arthur. Mais au moins je saurai qu'il y a quelque part une version de moi, et de toi, qui connaissent le bonheur.

Le vieux sorcier sourit tristement et disparut avant qu'Arthur n'ait pu répondre. Le roi serra machinalement Merlin, comme s'il avait peur qu'il disparaisse à son tour, avant de le reposer sur l'oreiller.

Puis, Arthur resta un long moment sans bouger, assis sur le lit, tentant tant bien que mal d'assimiler ce qui venait de lui arriver. Tout était confus dans sa tête, mais il commençait à y voir de plus en plus clair. Et tout ce qui ressortait, c'était à quel point Merlin s'était investi pour lui. Bien sûr, il savait déjà que le sorcier ferait tout pour lui, c'était d'ailleurs l'une des choses qui le touchait le plus chez lui, mais il ne s'agissait plus seulement de son Merlin désormais. Le Merlin du passé avait sacrifié leur relation, et l'avait fait repartir dans son monde pour qu'il soit avec celui qu'il aimait réellement, en sachant pertinemment qu'il était en train de sacrifier sa propre vie, et que rien ne garantissait que l'autre Arthur partagerait ses sentiments –quand bien même ce ne serait pas le même homme, et Arthur ne savait que trop bien ce que l'on ressentait dans ce cas là. Il espérait que ce Merlin était néanmoins heureux, mais il ne pouvait pas en avoir la certitude.
Quand au Merlin qu'il venait de rencontrer, le futur de son Merlin… Il s'était voué à une éternité de tristesse juste pour avoir la certitude qu'il y avait quelque part un Arthur qui était heureux.

Arthur n'était pas stupide, il voyait bien ce que tout cela voulait dire. Merlin, n'importe quel Merlin existant dans l'univers, serait toujours prêt à tout sacrifier pour qu'il soit heureux. Et le roi ne l'en aimait qu'encore plus, mais il se sentait également un peu coupable. Coupable de savoir qu'il y avait au moins deux versions du sorcier qui étaient malheureuses à cause de lui. Ils l'avaient choisi, certes, mais cela n'empêchait pas la culpabilité. Et Arthur se jura de prendre soin de son Merlin jusqu'à ce qu'il rende son dernier soupir, et de toujours tout faire pour le rendre heureux.

Perdu dans ses pensées, Arthur n'en sortit que lorsqu'il sentit Merlin se lever pour s'asseoir également.

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Rien, répondit le roi en se tournant vers lui, je réfléchissais.

- En pleine nuit ? Arthur, tu devrais vraiment arrêter de penser à Morgana. Tu as fait tout ce que tu as pu, mais tu ne peux pas la forcer à revenir. Peut-être qu'elle le fera un jour, mais il est de toute manière trop tôt pour l'instant, pour tout le monde. Et puis, le Conseil ferait une syncope si tu leur disais qu'après la légalisation de la magie et notre couple, tu veux faire revenir Morgana.

- Je ne pensais pas à Morgana.

- Ah non ? A quoi tu pensais, alors ?

Arthur sourit et l'embrassa sur la joue.

- A toi.

- Oh, je vois. Tu te disais que vu que je suis un excellent valet, tu devrais me payer plus et augmenter mes jours de congés qui sont actuellement inexistants !

Arthur rit, et vint appuyer son dos contre le torse de Merlin pour se blottir dans ses bras.

- Absolument pas. J'étais en train de penser à tout ce que tu as fait pour moi. Et… Je ne t'ai pas très bien traité, et j'en suis désolé.

Il sentit Merlin l'embrasser sur la tempe en resserrant ses bras autour de lui, et il se tourna légèrement pour voir les yeux du sorcier.

- Pourquoi est-ce que tu m'aimes ?

- Quoi ?

- Je n'ai jamais été sympa avec toi, je t'ai toujours mal traité, et tu as perdu beaucoup à cause de moi. Tu devrais me haïr, pas m'aimer.

- Tu te trompes, Arthur. Enfin, je suis d'accord que m'envoyer des objets à la figure, ce n'était pas sympa. Mais ce que j'ai perdu, je ne l'ai pas perdu à cause de toi.

- J'ai tué Freya. C'est moi qui ai voulu qu'on pousse Balinor à nous aider, Will est mort pour me sauver, et Lancelot…

- Et sans toi je ne les aurais même pas connus. Sauf Will, mais… Si je n'étais pas venu à Camelot, je n'aurais pas rencontré Freya, ni Lancelot, et je n'aurais jamais su qui était mon père. Tu te focalise sur ce que j'ai perdu, mais tu ne vois pas tout ce que tu m'as apporté. Et je suis heureux d'être venu à Camelot, et d'avoir rencontré tous ces gens, même si ce n'était pas pour longtemps. Et puis, tu étais là pour moi, tu sais, même si tu ne t'en rendais pas compte. Lorsque Freya est morte, tu savais que quelque chose n'allait pas, et tu m'as redonné le sourire. Je t'aime, alors arrêtes de te culpabiliser pour des choses que tu ne peux pas changer.

Arthur hocha la tête et Merlin se pencha pour l'embrasser, avant de décréter qu'ils feraient mieux de se rendormir. Il s'allongea donc, et Arthur se blottit contre lui, la tête sur son épaule. Merlin s'endormit rapidement –ce qui n'était pas surprenant puisqu'il s'endormait toujours très vite et n'importe où –et Arthur prit quelques minutes pour le regarder dormir, avant d'inspirer profondément, et de l'embrasser brièvement.

- Merci, murmura-t-il avant de s'installer pour dormir.

Il finit par s'endormir paisiblement, sachant que quoi qu'il arrive, Merlin serait là pour lui, et que désormais l'inverse serait vrai. Il allait le rendre heureux, et s'assurerait que ni le Merlin du futur ni celui de passé ne se soit sacrifié pour rien.


Bon, voilà. Je sais que c'est une fin assez ouverte, mais j'ai du mal avec les "vraies" fin. Par contre, je reconnais qu'après avoir passé les deux tiers de la fic dans le passé, ne pas savoir ce qui arrive au Merlin et à la Morgana de là-bas peut être frustrant. Après, on peut tout imaginer XD Mais si vous voulez, je peux vous faire un sequel sur ce qui leur arrive.

Quoiqu'il en soit, j'ai adoré écrire cette fic, et lire vos nombreuses reviews, et j'espère que vous avez aimé la fin !

PS: Pour ceux qui suivent mon autre Merthur, le chapitre 3 sera posté un peu plus tard dans la semaine parce que je me suis concentrée sur la fin de cette fic-ci avant de poursuivre What are you hiding.

Au plaisir de vous revoir sur d'autres fics ! Love 83