Salut ! Je m'incruste un petit peu dans mon histoire pour prendre le temps de vous remercier pour vos gentils mots ! Ils me touchent énormément, et je suis vraiment contente de voir que vous prenez plaisir à suivre les (més)aventures de ces deux pauvres garçons. Voici donc le 4ème chapitre, placé, comme toujours, sous le signe de la frustration ! Enjoy et à très vite !
- Givre.
IV : Lestallum.
L'insouciance n'avait pas disparu, mais Noctis aurait menti en affirmant qu'ils n'avaient rien éveillé. Ils continuaient leurs jeux de gamins, s'attirant toujours grognements et roulements d'yeux de la part des plus adultes de ce voyage, mais, souvent, l'intensité de leurs derniers face-à-face revenait avec force et troublait leurs échanges. Quand Prompto prenait la pose avec ses armes tandis que Noctis le mitraillait de photos, et qu'il finissait par se rouler à terre en agitant bras et jambes de manière grotesque – quand Noctis laissait l'objectif et s'approchait de Prompto pour se pencher sur lui, que leurs regards se croisaient – quand, en pleine bataille, ils se frôlaient ou se bousculaient, qu'ils s'accrochaient l'un à l'autre – quand une plaisanterie de Prompto débouchait sur un combat au corps à corps et qu'ils roulaient tous deux dans l'herbe sous les exclamations atterrées d'Ignis et les encouragements de Gladiolus – les secondes, immanquablement, s'allongeaient et il leur fallait une éternité avant de trouver la force de se replonger dans la réalité.
Il y avait une fragilité nouvelle dans leurs plus simples interactions, une hésitation qui retenait leur souffle. Se méprendre sur la nature de ce frémissement à la fois léger et fébrile était difficilement envisageable, mais Noctis n'avait rien d'un caractère raisonnable.
L'escale à Lestallum, la première ville sur leur route depuis Insomnia, apporta au groupe une sensation agréable de stabilité, puisant sa source dans le tracé régulier des rues et dans la pierre inébranlable des murs. Iris était en sécurité, aussi pétillante que dans leurs souvenirs malgré la tragédie. Ici, il n'y avait pas de créatures sauvages, pas de daemons pour les mettre en pièces, pas de camp à monter. Ils pouvaient flâner dans les ruelles, sur le belvédère, même après le coucher du soleil, sans crainte de ce que la prochaine seconde leur réservait. Les lampadaires dégageaient une douce lumière, et de la musique s'élevait des bars – nombreux, songea Noctis alors qu'il dépassait une énième terrasse encombrée. Prompto avait eu envie de photographier la vie urbaine et nocturne, et l'Héritier, qui n'allait certainement pas refuser une opportunité de mettre de côté toutes ses préoccupations princières, s'était proposé de l'accompagner. Les mains dans les poches, il suivait de loin la silhouette bondissante de son ami, guidé par ses cris et les clics de l'appareil. Des vagues effluves d'épices venaient lui chatouiller le nez, et il se demanda distraitement d'où pouvaient venir pareilles senteurs. Il agita la main pour décliner l'offre d'un commerçant de rue qui tenait vraiment à lui vendre ses rouleaux de printemps.
« Oh, dis ! Noct' ! » Prompto se retourna pour s'apercevoir que le Prince avait pris du retard et lui fit signe de presser le pas. Il pointa du doigt une affiche, un immense sourire aux lèvres. « On se prend une bière ? J'dirai rien à Ignis, promis ! » Anticipant le soupir de Noctis, il fit mine de lui donner un coup de coude dans les côtes. « Et puis, on peut aller s'asseoir sur le belvédère… J'te parie que le paysage doit être magnifique, vu d'en haut ! »
Noctis grogna faiblement son accord, fouillant dans ses poches à la recherche de quelques gils. La proposition le ramenait à leurs jeunes années – quand ils s'enfuyaient tous les deux à travers les rues d'Insomnia, emplis d'un sentiment de liberté jouissif et hilares d'avoir réussi à tromper la vigilance d'Ignis. C'était étrange il n'avait pas véritablement l'impression d'avoir grandi, même s'il savait que cette époque était révolue. Il croisa le regard enjoué de Prompto et laissa un sourire attendri éclore sur son visage tandis qu'il jetait nonchalamment la monnaie sur le comptoir. S'il pouvait pour toujours regarder en arrière sans n'avoir rien d'autre que de la tendresse à l'égard du passé, alors il pourrait se targuer d'avoir su garder intacte l'innocence de l'enfance.
Ils allèrent s'installer sur les volées de marches menant au belvédère, pas tout à fait désert malgré l'heure – et, effectivement, la vue sur le météore était incomparable à tout ce qu'ils avaient pu observer jusque-là. Noctis se moqua gentiment de l'expression totalement éberluée de son ami, puis fit s'entrechoquer le verre de leurs bouteilles. « À notre arrivée à Lestallum ! Et en l'honneur du lit sur lequel je dormirai ce soir, comme personne jamais n'aura dormi sur lui. »
Prompto haussa les sourcils, dévisageant le Prince comme s'il avait prononcé la pire des insanités, avant de s'esclaffer. « Oui, gloire à l'hôtel ! » Noctis remarqua la rougeur qui s'était développée sur le visage de l'autre garçon, de la pointe de ses oreilles jusqu'à ses pommettes, et il secoua brièvement la tête, amusé par sa réaction. Décidément, il était aussi aisé à lire qu'un livre ouvert. Tenter d'imaginer quelles images avaient pu se dessiner dans l'esprit de Prompto lui échauffa les joues, un vif sentiment de vide le saisissant au niveau du ventre. Tout ce qui relevait du charnel lui était étranger, et il se sentait souvent dépourvu face à la sensualité qui se dégageait de Prompto – la facilité avec laquelle il touchait, la liberté avec laquelle il bougeait, cette tendance à communiquer autrement que par les mots. Cela le fascinait, en vérité. Lui tressaillait dès qu'on s'approchait trop près, croisait les bras comme pour se protéger des autres, ne savait jamais quel geste pouvait appuyer ses sentiments.
Noctis se résolut à chasser ces pensées et se retrouva légèrement incliné sur le côté, l'épaule pressée contre celle de son ami. Prompto était occupé à pointer du doigt diverses directions où pouvaient se trouver – ou non – les différents endroits qu'ils avaient traversés avant d'arriver à Lestallum, perdu dans un babillage qui ne faisait qu'effleurer les oreilles du Prince, trop absorbé, lui, par la contemplation du poignet en question. N'importe quel détail prenait des dimensions extravagantes – qu'il s'agisse de ses cils, de la courbure de ses lèvres, du nombre de nuances dans ses iris, des ombres sur son bras ou dans son cou – tout pouvait devenir le sujet d'un examen minutieux. Noctis se réfugia dans sa bouteille quand Prompto tourna enfin son visage vers lui, probablement alarmé par le silence. Le jeune homme arqua un sourcil, semblant réfléchir.
« Iris a l'air en forme. Je suis content qu'elle s'en soit sortie.
—Hm. Oui, moi aussi. »
L'éloquence du Prince fit rire Prompto, qui prit appui sur ses coudes afin de s'installer plus confortablement. Ce faisant, sa main écrasa celle de Noctis, lui arrachant un soupir surpris. Le blond s'excusa en bredouillant, mais le Prince, maladroitement et dans un élan irréfléchi, tenta de le retenir et d'entremêler leurs doigts. Prompto l'observa sans rien faire, l'air à la fois surpris et ému. Le jeune Héritier parvint finalement à accomplir son dessein, et il détourna le regard, gêné.
« C'est Gladio qui doit être soulagé. » marmonna-t-il, reprenant le cours de la conversation, pas tout à fait convaincu de sa crédibilité. Il ne pouvait pas expliquer ce qu'il venait de faire, et, malgré la spontanéité de son mouvement, le temps qui avait été nécessaire à son exécution augmentait le risque de questionnement. Les quelques secondes précédant le moment où la voix de Prompto se fit entendre le confortèrent dans l'idée qu'il n'y échapperait pas.
« Tu sais, on passe beaucoup de temps à se prendre la main. Pour des adultes, je veux dire. Enfin, j'dis ça comme ça, hein ! Ça me dérange pas !
—Tss, depuis quand tu te considères comme un adulte ? »
Même si tout son corps semblait attiré par celui de Prompto comme un satellite par sa planète, Noctis s'entêtait à maintenir son visage résolument tourné dans l'autre sens, à la manière d'un enfant qui refuse de regarder le résultat de ses bêtises. Face à cette réponse – pour le moins inattendue – le jeune homme blond eut un sursaut amusé, suivi d'un petit rire. Il serra la main du Prince un peu plus fort, des éclats d'ivresse plantés dans ses yeux scintillant.
« C'était pas très gentil, ça ! T'as l'alcool bougon, Altesse. » Il avait appuyé sur ce dernier terme avec ironie, et Noctis le gratifia d'un discret coup d'épaule.
« Pas du tout ! Je suivais juste ta blague…
—Mais c'était pas une blague ! » Prompto s'interrompit en entendant Noctis ricaner. « Ah, tu te paies ma tête, c'est ça ? J'retire ce que j'ai dit, ça te rend mesquin.
—C'est Ignis qui t'a appris ce mot ? »
Cette fois-ci, c'en fut trop pour Prompto il rendit son coup au Prince, un grognement courroucé au bord des lèvres, puis ils éclatèrent tous les deux de rire. Sans savoir pourquoi, leur hilarité s'amplifia, encore et encore, et ils ne se calmèrent que quand le souffle vint à leur manquer. Noctis posa alors sa tête sur l'épaule de Prompto, sans se soucier de l'angle désagréable que cela impliquait au vu de leurs positions respectives, laissant échapper un soupir satisfait. Avec une timidité qui ne lui ressemblait pas, l'autre garçon vint écarter du bout des doigts quelques mèches sombres qui chatouillaient le menton du Prince et s'attarda juste en-dessous de ses joues, en bordure du cou, traçant distraitement le contour de son visage.
« Tu sais, Noct', j'ai l'impression que je pourrais recommencer. » confessa-t-il à mi-voix, comme s'il avait peur que son haleine ne vienne troubler l'image qu'il avait devant lui. Noctis avait fermé les paupières, concentré sur la chaleur diffuse et l'odeur discrète émanant de Prompto. Le clair-obscur adoucissait ses traits, et l'ombre de ses cils semblait s'étaler à l'infini le long de ses pommettes pâles.
« Recommence. » fit Noctis, assez faiblement pour que l'on eût cru à une illusion.
Le Prince sentit Prompto remuer faiblement, et son cœur se mit à battre férocement – tellement fort que sa poitrine en était devenue brûlante et que tous ses muscles se retrouvaient tendus par l'anticipation. Il ne voulait pas ouvrir les yeux, de peur de voir son songe se briser en mille morceaux. Et après ? Que feraient-ils ?
Un Clic ! sonore le ramena à la réalité, et il battit des paupières, nez-à-nez avec l'objectif de l'appareil photo. Le visage de Prompto apparut, dont le rouge n'avait rien à envier aux pivoines, un grand sourire qui sonnait indubitablement faux accroché à ses lèvres tremblantes. « Je t'ai eu ! La lumière est superbe. »
Noctis faillit se mettre à pleurer, rire et crier – tout en même temps. Incapable de se décider, il se contenta de regarder l'autre garçon, la bouche légèrement entr'ouverte. Prompto sauta sur ses pieds, ignorant habilement le trouble de son ami, et tendit une main pour aider le Prince à se redresser.
« Allez, on a un lit auquel il faut faire honneur, n'est-ce pas ? »
Le sous-entendu, absolument pas dissimulé, fit encore une fois chavirer le cœur de Noctis, et celui-ci maudit intérieurement Prompto de l'obliger à lutter – encore – contre un flot de fantaisies, même après la frustration évidente de ces derniers instants. À quoi jouaient-ils, au juste ?
