Et c'est encore moi ! D'une part, j'aimerais une fois de plus vous remercier pour votre enthousiasme et vos encouragements, ça me motive et ça m'inspire (et je vous remercie aussi vous, là, ceux qui pensent être discrets, mais je vois très bien que vous me lisez). Also, on a side note, j'ai reçu y'a quelques jours l'OST du jeu et daaamn, que c'est bon de pouvoir écrire dessus ! Trêve de digressions, je suis fière de vous présenter le chapitre 6 ! Un peu long, peut-être, mais ça vaut le coup (je pense) (j'espère).

See you soon ;)

- Givre.

VI : Baie de Galdina.

Au lieu d'aller de l'avant, le groupe était revenu en arrière. Noctis avait accepté une énième quête de la part d'un journaliste étrange – vraiment, Gladiolus et Ignis étaient persuadés qu'il avait donné son accord uniquement parce qu'il s'agissait de prendre des photos et, qu'à ce stade, aucun des deux ne pouvait plus ignorer la tension permanente entre leur protégé et Prompto – et ni les protestations véhémentes de l'un, ni les conseils avisés de l'autre n'avaient ébranlé le jeune Prince, bien ancré sur sa position. Ils se rendraient à la Baie de Galdina sans attendre, et tant pis pour la légende du Tombeau derrière la cascade. Le temps viendrait bien assez tôt où l'Héritier n'aurait plus loisir d'agir à sa guise. Ils traversèrent donc les plaines de Duscae, laissant derrière eux le relief plus escarpé de Cleigne, et rejoignirent dans la soirée les paysages bien connus de Leide. Peu de mots furent échangés au cours du voyage – Noctis était trop concentré sur sa conduite, Prompto somnolait à ses côtés, Gladiolus s'était retranché derrière les pages de son livre pour échapper au regard noir d'Ignis, qui, lui, maugréait de temps à autre pour rappeler à tous qu'il n'était pas d'accord avec cette virée hors contexte.

« On a besoin de l'argent. Ce mec va nous couvrir d'or. » répétait à chaque fois le Prince, et son mentor lui répondait, invariablement, que ce n'était pas en faisant des escapades d'un bout à l'autre du pays qu'ils allaient réduire les frais d'essence.

C'était donc dans une atmosphère assez tendue qu'ils s'affairaient à sortir le nécessaire de la voiture et à le disposer près de la caravane en bordure de plage – le Berceau du Bord de Mer dépassant encore largement leur budget, et personne (en-dehors de Gladiolus) n'étant particulièrement réjoui par la perspective d'une nuit sous la tente. Le crépuscule n'était pas loin, et les derniers baigneurs pliaient déjà bagages, rejoignant leur véhicule ou le restaurant. Prompto étudiait la luminosité, les yeux perdus dans le vague, et son discret sourire en coin rassura Noctis. Ignis pouvait se montrer réticent, lui avait envie de profiter de leur périple – et, surtout, que celui-ci laisse autant de bons souvenirs dans le cœur de Prompto qu'il était possible d'en créer. Son aîné finirait par comprendre ; après tout, il n'avait jamais voulu que son bien. Le Prince déposa la glaciaire sous la table, puis, après un coup d'œil vers Gladiolus qui hocha lentement la tête, il se frotta les mains et rejoignit son compagnon, perché sur un rocher face à la mer.

« Alors ? Qu'est-ce que t'en penses ?

—Hm, on voit pas très bien Angelgard d'ici. Faudrait se rapprocher.

—On pourrait tenter le ponton ? »

Prompto acquiesça d'un air enthousiaste et tous deux se dirigèrent vers la luxueuse structure sur pilotis. Le bruit des conversations leur parvenait, mêlé au doux murmure des feuilles de palmier et au clapotis endormi des vagues, ainsi qu'une incontournable odeur de poisson. La silhouette obscure et déchiquetée de l'île se découpait, comme une ombre chinoise, sur la toile enflammée du ciel, parcouru de larges traînées mauves, indigo, pourpres et or qui projetaient à la surface des flots un véritable incendie. Prompto poussa une exclamation satisfaite, les traits illuminés d'une joie toute enfantine, et Noctis eut un petit rire, laissant à son ami le soin de prendre une série de photographies et d'essayer différents cadrages.

« Putain, faut avouer que c'est quelque chose, les couchers de soleil, ici ! » lâcha le jeune homme en parcourant frénétiquement ses clichés. « Tiens, Noct', dis-moi laquelle tu préfères. » ajouta-t-il sans quitter l'appareil des yeux, agitant les doigts pour faire signe au Prince de s'approcher. Noctis se pencha par-dessus son épaule pour regarder avec lui, mais se montra bien incapable de s'arrêter sur un choix définitif. Toutes les photos avaient leur charme, déclinant à l'infini le dégradé de teintes du crépuscule, Angelgard de plus en plus sombre et le ciel de plus en plus flamboyant.

« Oh, elle est cool, celle-là. » finit-il par annoncer, à vrai dire au hasard le plus total, et prit appui sur le dos de Prompto quand celui-ci s'inclina pour mieux voir l'écran. « Tu trouves ? Hm, ouais, c'est vrai qu'il y a un truc ! » Il fit défiler une dernière fois la série de photographies, puis remit le cache sur l'objectif. Entre temps, le Prince avait déjà commencé à amorcer le mouvement du départ, les mains dans les poches et les yeux levés vers les nuages.

« Hey, Noct'. »

Noctis se retourna et pointa le menton d'un air interrogatif vers son ami, adossé contre la barrière du ponton, un sourire rayonnant aux lèvres et comme couronné d'or par la lumière du couchant. « Merci. » Puis, avisant que le Prince haussait les épaules, il ajouta, pointant un doigt autoritaire dans sa direction. « Non, vraiment. Merci.

—C'est rien, je…

—Rah, arrête ! Viens par là, mauvaise tête. »

Le jeune Héritier fit ce qu'on lui demandait, et s'affaissa timidement quand Prompto le prit doucement dans ses bras. Il le sentit pousser un profond soupir, son souffle venant chatouiller son cou. « On devrait en prendre une pour nous. » proposa Noctis, qui ne savait plus quoi faire de ses mains, empoignant bizarrement l'arrière de la veste de Prompto. L'autre garçon eut un petit rire.

« Ben, ouais, si tu veux. L'ambiance fait très lune de miel, mais pourquoi pas ! »

Sans se soucier des expressions interloquées sur le visage des passants, les deux jeunes gens mirent tout leur cœur à la tâche, multipliant les poses improbables. Peut-être était-ce l'atmosphère si particulière du lieu, peut-être était-ce l'écho des rires qui donnaient à Noctis l'impression que sa poitrine allait exploser tant elle lui semblait emplie de lumière – et les dernières flammes du coucher de soleil parsemaient la peau de Prompto de particules ambrées, conférant à son regard une puissance hors du commun, d'un bleu violent. Peut-être y avait-il aussi cela, ainsi que la manière dont leurs corps se cherchaient et se frôlaient, mais sans trop montrer de volonté, presque peureusement. Pourtant – il n'aurait su dire quelle nouvelle loi d'attraction avait régi l'instant où leurs lèvres étaient entrées en collision, hésitantes et éperdues. Jamais, même dans le secret de son imagination et malgré toutes les nuits passées à laisser ses pensées divaguer, il n'avait ne serait-ce que soupçonné l'ampleur des émotions qui déferlaient en lui.

Prompto s'écarta bien trop vite, et quand le Prince croisa son regard, tout l'univers avait disparu, aspiré comme par un tourbillon dans les profondeurs aquatiques de ces iris azuréens – mais l'eau, calme en surface, reflétait un kaléidoscope de sentiments où Noctis reconnut la peur, le manque, la surprise et le soulagement. Il réalisa que durant tout ce temps, il n'avait pas été le seul à être dévoré par la contradiction et l'espérance. Cette pensée s'accompagna d'une douleur soudaine et étrange, au goût entêtant de culpabilité. Ses bras fusèrent pour retenir la silhouette vacillante de Prompto, s'accrochant fermement à ses épaules – lui-même avait les jambes tremblantes, prêtes à s'effondrer sous son poids et celui des non-dits. Noctis voulut serrer son compagnon contre lui, pour le rassurer, ou pour l'ancrer dans la réalité, mais la voix de Gladiolus qui les interpelait, au loin, mit fin à son élan.

« Hey, tout va bien ? »

Prompto eut un sursaut, puis inspira violemment, comme après avoir émergé à la surface de l'océan. Le Prince observa la facilité avec laquelle il parvint à recomposer son masque habituel, puis à se tourner vers leurs aînés, leur offrant un sourire factice mais glorieux : « Yep ! Je pense que j'ai besoin de manger un bout, je tiens à peine debout ! » Il se frotta le crâne avec un rire embarrassé, et se faufila hors de l'étreinte de Noctis, gardant malgré tout une main autour de son poignet. Ignis les examina par-derrière ses lunettes, les lèvres pincées : « Bien. Allons nous restaurer. »


Après un copieux repas au cours duquel Noctis avait à peine daigné effleurer son assiette, le ventre trop tordu par l'appréhension, les quatre amis prirent leur temps pour rejoindre la caravane, flânant le long du ponton. Prompto était en grande discussion avec Ignis, qui racontait d'une voix posée les légendes autour d'Angelgard, Gladiolus apportant de temps à autre quelques précisions, tandis que le Prince traînait des pieds, légèrement à la traîne, les écoutant d'une oreille distraite. Est-ce qu'il va simplement m'ignorer ? songeait-il, incapable de vraiment lâcher des yeux le dos de Prompto. Le jeune homme ne manquait ni de courage ni de sincérité, mais Noctis savait que cela n'avait jamais suffi à lui donner la force d'assumer ses sentiments à la face du monde – et surtout auprès de lui – autrement que sur le ton de la plaisanterie ou de l'amertume. Il pouvait en comprendre les raisons ; Prompto se fondait à merveille dans leur groupe et tous l'appréciaient – mais, pour un œil extérieur, les choses étaient bien différentes, et son ami d'enfance prenait alors des allures de farce grotesque à force de suivre le Prince partout où il allait et de se comporter comme si rien ne les séparait. Avec un pincement au cœur, il se remémora son dix-septième anniversaire, l'humiliation de Prompto d'autant plus cuisante que celui-ci venait tout juste de tenter de l'embrasser quand l'un des invités s'était lancé, plus tard à table, dans un grand discours moralisateur à l'intention du Prince, lui reprochant ses fréquentations. Il n'avait rien pu faire.

Agacé par ces réminiscences, il décida de s'éloigner vers la plage, à l'opposé de la caravane. Gladiolus s'interrompit un instant, comme sur le point de retenir son protégé, mais se ravisa. Il y avait assez de lumière pour tenir les daemons à distance. Ses propres démons, en revanche, n'avaient cure du passage des jours et des nuits et n'attendaient que la solitude pour mordre et griffer, implacables. Noctis jeta son dévolu sur quelques rochers surplombant la mer, des touffes d'herbe disparates coincées entre les saillies sombres, et s'assit, une jambe repliée pour y appuyer son menton. L'horizon était plongé dans le noir et la Lune projetait des ombres blanches à la surface huileuse de l'océan, apaisé par le souffle de la nuit. Le Prince contempla un instant ses mains, comme si elles avaient été la cause de ses tourments. Il se demanda, dans un coin de son esprit, si son père avait réussi à conjuguer responsabilités et désirs – puis balaya la pensée avec un soupir irrité. À Hammerhead, il avait vu le cadre posé sur le bureau de Cid, tout comme il avait vu son expression – vide, absente, accablée et rude – après la mort de Régis. Des années que le vieux l'avait pas vu, hein ? L'espace de quelques secondes, les silhouettes sur la vieille photographie avaient revêtu l'apparence d'Ignis, de Gladiolus et de Prompto, et cela l'avait terrifié. Il ne voulait pas oublier, il ne voulait pas disparaître en laissant pour seuls héritage et souvenir des regrets sans nombre, qui finiraient par prendre la poussière et se dissiper à leur tour.

Noctis sentit sa mâchoire se serrer, tandis qu'il cherchait désespérément une réponse dans le miroir inerte des eaux et du ciel. Le Destin n'avait rien de réjouissant, pourtant, il aurait menti en affirmant vouloir faire demi-tour. La résignation s'était emparée de lui, l'enveloppant dans un lourd manteau de deuil – à quel moment, il ne savait pas. Le Prince remplissait son devoir, sans grande conviction mais persuadé du contraire. L'idée d'œuvrer pour le bien de tous était la seule à laquelle il pouvait se raccrocher afin de ne pas perdre la capacité même de sourire – ça, et sa volonté de protéger Gladiolus, Ignis et Prompto. Le jeune homme sursauta en entendant se froisser les broussailles, invoquant sans réfléchir son épée.

« Hey ! Ça va pas ou quoi ! Drapeau blanc ! » s'écria Prompto d'une voix trop aigüe, levant les mains en signe de reddition.

Le Prince relâcha tout l'air qu'il avait gardé dans ses poumons et fit disparaître son arme, roulant des yeux : « On t'a jamais dit que prendre quelqu'un par surprise, en particulier la nuit, c'était une mauvaise idée ?

—Ben, c'est plutôt calme ici, et y'a pas grand monde à part nous. Permission d'avancer, mon général ? »

Noctis agita le poignet avant de reprendre sa position d'origine, et il frémit un peu quand l'autre garçon prit place à côté de lui, frôlant son épaule. Prompto étendit ses jambes, les laissant se balancer dans le vide au-dessus des flots, et se pencha en arrière, appuyé sur ses bras ; il battit des cils en direction de la voûte étoilée, la bouche entr'ouverte sur une expression discrètement émerveillée. Le Prince attendit en silence, tâchant de ne pas regarder ses lèvres de manière trop prolongée, les joues rougies par des vagues de chaleur inopportunes.

« Pourquoi ? » demanda simplement Prompto, sans quitter des yeux le ciel. La question fit tressaillir son cœur, et le Prince se trouva à court de mots.

« Je suis pas sûr. » tenta-t-il, conscient que ce n'était pas la réponse attendue. Prompto tourna son visage vers lui et le jeune Héritier écarquilla les yeux, profondément bouleversé par sa beauté. Même s'il ne disait rien, Noctis comprit dans son regard, étonnamment dur, qu'il ne pouvait pas en rester là. « N'importe quel moment aurait été le bon. J'en avais – j'en ai envie. »

Le Prince ne sut jamais si ses paroles avaient été satisfaisantes. Prompto s'était orienté pour lui faire face, les deux mains à plat devant lui, si proche que Noctis ne savait plus où poser les yeux. Ils s'observèrent un long moment, et l'Héritier trouvait sa propre respiration beaucoup trop bruyante – trop présente, presque étrangère. Ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes quand il sentit le contact, furtif et timide, des lèvres de Prompto contre les siennes – encore et encore, jusqu'à ce qu'il développe le courage de s'en emparer farouchement. D'instinct, Noctis l'entoura de ses bras et le pressa contre lui, ses mains courant vivement le long de son dos. Prompto l'enlaça en retour, et ses doigts avides vinrent agripper à l'aveugle d'épaisses mèches de cheveux, forçant sèchement le Prince à plonger un peu plus dans le baiser. Il voulait le serrer encore plus fort, mais ses bras semblaient ne pas posséder suffisamment de puissance pour rendre compte de celle de ses sentiments – alors il se contenta de l'écraser contre sa poitrine, ses paumes ouvertes parcourant et étreignant chaque centimètre accessible.

Enveloppé par la chaleur que dégageait le corps de Prompto, enivré par le mouvement de ses lèvres, le Prince s'abandonnait au vertige. Il sentait leur empressement désespéré dans la moindre parcelle de son être – comme si toutes les années à retarder l'échéance, à imaginer le pire et à haïr l'espoir, s'étaient cristallisées en cet instant, et explosaient enfin. Il ne savait pas si le goût salé sur sa langue était dû aux larmes, à la sueur, ou s'il n'était qu'une illusion – il ne savait pas si les tremblements de ses membres étaient provoqués par le désir, la crainte, ou un soulagement tel qu'il le laissait sans défense. Noctis s'en moquait éperdument. Prompto était là, et les battements de son cœur résonnaient contre sa peau, en léger décalage par rapport aux siens.

« Noct'… » murmura le jeune homme d'une voix plaintive qui vibra contre ses lèvres, se détachant doucement de lui. Puis, comme s'il s'apprêtait à énoncer le plus terrible blasphème : « Euh, j'ai une crampe.

—Tu parles d'un romantisme. »

Prompto afficha un sourire navré, le visage en flammes. Noctis réalisa bien vite qu'ils se trouvaient, effectivement, tordus l'un comme l'autre dans des positions peu confortables. Il laissa un peu de place à son compagnon, et en profita pour s'étirer et tenter de reprendre son souffle. Alors qu'il se massait le mollet avec acharnement, Prompto lui adressa un signe de tête.

« D'ailleurs, ça me fait penser… J'étais venu te chercher parce que Gladio a pensé que ce serait une bonne idée de te faire courir demain matin. Pour éliminer la tension. Du coup, faudrait pas te coucher trop tard.

—Hein ? T'es sérieux là ?

—Désolé, je m'attendais pas à… » Il laissa sa phrase en suspens, passant une main nerveuse dans ses cheveux désordonnés. M'embrasser à m'en faire perdre la tête ? Noctis émit un long gémissement qui – une partie de lui le nota avec un ravissement certain – fit frissonner Prompto et obscurcit un peu plus ses pupilles. « Cela étant, moi aussi je connais deux trois trucs pour ça. » contra le jeune homme avec un rictus de prédateur, et le Prince eut l'impression qu'on venait de le jeter dans un incendie. Il déglutit difficilement et écarta l'idée d'un geste nonchalant, dissimulant du mieux qu'il pouvait son embarras. Prompto se leva en éclatant de rire, puis tendit le bras pour aider l'autre garçon à en faire de même – cependant, contrairement aux autres fois, quand Noctis s'empara de sa main, Prompto le tira d'un coup sec et s'arrangea pour lui voler un baiser.