J'ai tellement d'idées, je ne sais même plus où je vais ! J'aimerais pouvoir écrire encore des dizaines de chapitres, mais j'aurais peur de tomber dans la répétition ou de stagner. Bref, de toute façon, osef x). Chapitre numéro 7, I'm on roll!
- Givre.
VII : Sanctuaire de Digythe.
Tout s'était enchaîné à une vitesse folle. Le Tombeau du Lion, Ardyn, le Disque de Cauthess, l'appel de l'Archéen puis son Épreuve – et, après cela, les piaillements excités des chocobos sous la pluie semblaient presque irréels. Des nuages noirs s'étaient amassés dans le ciel, le vent soufflait sans discontinuer, portant à leurs oreilles le fracas distant du tonnerre. Fini le mal de crâne. Un pouvoir nouveau circulait dans son corps, qui provoquait des fourmillements terribles – mais il percevait aussi l'appel de Ramuh, comme d'infimes décharges électriques, à répétition. Le Prince se sentait… beaucoup trop nerveux. Son tempérament réservé et son attitude nonchalante ne lui permettaient pas d'extérioriser son agitation, et il préférait garder le silence plutôt que de s'entendre répondre d'une voix tranchante à chaque parole prononcée. En-dehors de Prompto, personne n'avait posé de questions – et quand bien même, celui-ci avait eu le bon sens de ne les poser qu'une fois. Noctis pouvait passer son irrépressible besoin d'action sur les troupes Impériales, qui redoublaient d'effort et d'inventivité pour leur barrer la route. Et ils ont la Regalia, ces connards, rugissait-il de temps à autre, enchaînant éclipse sur éclipse. Aucun garde, aucun tireur, aucune machine ne restait debout bien longtemps face à la hargne du Prince – somme toute assez communicative pour ses compagnons. Prompto soutenait avec acharnement avoir entendu Ignis crier « Prends ça, sale enfoiré ! » – propos niés en bloc par l'homme si courtois qu'il était, évidemment.
Après avoir touché la première Stèle, Noctis ne contrôlait déjà plus ses nerfs. Était-ce une épreuve, en soi ? Il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de travailler son sang-froid, persuadé que le monde n'avait rien à lui offrir qui soit capable de l'alarmer outre mesure. Il lui arrivait de s'emporter – parce qu'il ne supportait pas les remontrances, parce qu'il détestait qu'on lui dise quoi faire, parce qu'il ne se croyait pas capable d'assumer ses responsabilités – mais on le qualifiait plus aisément de flegmatique que d'impulsif. Son mauvais caractère ne se dévoilait que quand on l'approchait d'un peu trop près, réflexe défensif désormais bien ancré en lui. Or, s'il avait souffert jusqu'à présent du trop-plein d'émotions, l'appel du Fulguréen propulsait le concept à un tout autre niveau. Son corps semblait agir seul, toutes ses réactions, ses paroles et ses émotions libérées du filtre ordinaire de la raison. Je croyais que c'était associé au Feu, ce genre de choses. La nuance devait être trop délicate pour son esprit. Quand Gladiolus, pourtant difficilement impressionnable, lui jeta un regard à la fois consterné et concerné, Noctis comprit qu'il était perdu. Ignis lui préparait chaque soir une nouvelle tisane, dans l'espoir de calmer les ardeurs du Prince. Seul Prompto trouvait tout cela divertissant – excepté, peut-être, cette fois où son ami avait failli le découper en deux sous prétexte qu'il ne s'était pas écarté assez rapidement de son passage. Il avait une preuve : l'arme avait littéralement tranché une extrémité du tissu noué autour de son bras, et on ne plaisantait pas avec la tenue de Prompto.
Noctis était pressé d'en finir. Il n'était pas sûr de pouvoir supporter l'électricité, mêlée aux réminiscences de la force de Titan. L'aspect du ciel ne l'aidait pas à retrouver le calme. Plus le vent soufflait, plus l'envie le prenait de juste courir jusqu'à ce que ses jambes cèdent sous poids. Plus le tonnerre grondait, plus il sentait grandir en lui le besoin de quelque chose de puissant. Il aurait voulu escalader des montagnes et cueillir les éclairs dans ses mains, hurler avec les rafales – des idées tout à fait absurdes à ses yeux, mais il n'arrivait pas à s'en empêcher. La pluie dégoulinait le long de son visage, de sa veste, et d'épaisses mèches trempées collées à sa peau le démangeaient atrocement. L'eau transportait l'énergie de la foudre au plus profond de la terre, et cette énergie remontait à travers lui, hérissant chacun de ses poils. Malgré le fracas de la tempête, il entendit la fermeture Éclair de la tente et devina instinctivement qu'il devait s'agir de Prompto, qui cherchait sûrement à se soulager. Désinhibé par la fatigue et l'omniprésence de la pluie, le jeune homme s'éloigna à peine de la tente, puis, de nouveau un bruit de fermeture Éclair – plus discret, celui-là.
« Noct', tu devrais vraiment songer à dormir. Conseil d'ami, pas de garde du corps ni de chambellan !
—Ça va. » rétorqua le Prince, un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait désiré.
Il songea à la Baie de Galdina, une éternité plus tôt. À vrai dire, cet instant avait été comme figé dans le temps et, toujours poussés en avant par la force des choses, aucun d'eux n'avait eu loisir d'aborder le sujet. C'était une situation étrange, car ils ne passaient pourtant pas une seule seconde loin l'un de l'autre. Prompto bâilla de manière audible, et Noctis sentit sa présence derrière son dos. Il n'avait probablement pas envie de s'asseoir sur la pierre mouillée. La simple idée de le savoir là fit frissonner le Prince, qui, l'esprit confondu par l'orage, avait déjà réussi l'exploit de trouver érotique le son d'une fermeture Éclair. Noctis ne se serait jamais cru capable, un jour, de découvrir ce mot en laissant se dérouler le fil de ses pensées – mais le fait était là, et la curiosité le disputait grandement à l'effroi. Finalement, c'était pas si mal, les migraines. La douleur était toujours plus supportable que ces pulsions incontrôlées et déplacées.
« Non, y'a pas moyen. Je sais pas comment tu fais pour rester sous la pluie. » remarqua Prompto en croisant les bras, frigorifié. Noctis haussa les épaules : « Eh ben, rentre.
—Hm, nope ! Je rentrerai quand tu rentreras !
—Tu vas choper la crève.
—Et ce sera de ta faute, Prince indigne. »
Noctis se redressa en grimaçant, les membres endoloris d'être resté trop longtemps immobile, puis se tourna pour faire face à l'insolent, la tête rejetée en arrière comme pour le prendre de haut : « J'suis pas responsable de ce qui se passe dans ta tête de chocobo. »
Si son ton était ouvertement méprisant, Prompto éclata cependant de rire. « Chocobo ? C'est tout ce que t'as trouvé comme insulte ? Ton cerveau a pris froid, ô Prince Punchline. » rétorqua le blond en esquissant un simulacre de révérence. Aussi improbable que cela pouvait paraître, le sourire narquois qu'affichait alors le jeune homme suscita chez Noctis une irrépressible vague de chaleur, suivie du besoin irrationnel de le prendre, ici et maintenant, contre la roche détrempée et en plein cœur de la tempête. Quelque chose sur son visage avait dû trahir cette pensée, car Prompto l'observait désormais avec des yeux écarquillés.
« Quoi ? » se défendit l'Héritier, un grognement à peine dissimulé dans sa voix sévère. Il n'aimait pas se sentir aussi embarrassé. Prompto leva un doigt et désigna… Noctis n'en était pas convaincu. Son nez ?
« Hey, Noct'. C'est normal, ça ? » Le garçon s'exprimait avec précaution, une lueur distante de panique au fond de son regard – le mot ça accompagné de vagues mouvements, mais en direction de quoi ? L'expression alarmée de son ami était contagieuse, et Noctis se mit à se toucher frénétiquement le visage à la recherche de ce qui avait bien pu être la cause de ce trouble soudain. Prompto secoua la tête. « Non, non. Tes yeux, j'veux dire. Ils sont… tu sais. » Sa phrase resta en suspens.
Oh. Le Prince baissa les mains, un peu honteux de s'être emporté, puis la deuxième personnalité qu'il semblait avoir développée grâce à Ramuh reprit le dessus sans qu'il pût rien y faire : « Ça te fait quoi ? » s'entendit-il demander, son timbre plus grave et plus tiède qu'à l'ordinaire enflammant rapidement les joues de Prompto, qui se perdit dans des balbutiements inintelligibles. Noctis fit un pas de plus vers lui. « Ça te plaît ?
—Wouah, okay. J'vais me réveiller, c'est pas possible. » Prompto eut un léger mouvement de recul, le corps tremblant – mais il devenait difficile de dire si cela était dû au froid ou au rapprochement assez brutal du Prince, qui, en cet instant, ressemblait plus à une apparition semi-humaine, tout droit sortie de l'imagination souvent fiévreuse du jeune homme, qu'au véritable Noctis. Cela n'avait rien de déplaisant, même si Prompto n'était absolument pas préparé à voir se matérialiser le sujet de ses rêveries, mais il pleuvait. Ni l'adrénaline, ni l'absolue aura de sensualité et d'impudence que dégageait le Prince ne pouvait lui faire oublier ce simple constat. Prompto tenta désespérément d'enfouir dans un coin de son esprit un flot d'images inappropriées, et qui se faisaient malheureusement de plus en plus nettes à mesure que Noctis se rapprochait. Il aimait jouer – du moment qu'il avait une chance de gagner – mais cette perspective lui semblait bien inaccessible, en l'état actuel des choses, et au vu de l'haleine fauve qui vagabondait dans le creux de son cou. Délicates et discrètes, les mains du Prince étaient passées derrière son dos pour mieux le piéger. Incapable du moindre geste, Prompto n'arrivait même plus à entendre ses pensées, couvertes par le vacarme effarant de son cœur. Il n'en était pas tout à fait sûr, mais les mots « Dis-moi ce que tu veux. » furent soufflés à son oreille, et il eut confusément conscience d'éclats roses à quelques centimètres de son visage.
Noctis avait perdu la tête, et, Prompto devait bien se l'avouer, une partie de lui était fière de cet exploit – l'enthousiasme, malgré tout, se trouvait légèrement terni par l'électricité qu'il sentait sur la peau de son compagnon. Ramuh ne pouvait pas être la seule cause de son comportement, si ? Le jeune homme dissipa cette idée, se raccrochant de toutes ses forces aux épaules du Prince, et s'autorisa enfin à respirer. Haletant, il laissa sa bouche errer à la commissure de ses lèvres. « Devine. » murmura-t-il, le souffle court, pas aussi enjôleur qu'il ne l'avait pensé. Les mains de Noctis remontèrent jusqu'à sa nuque, se glissant dans ses cheveux mouillés. Le Prince appréciait cette audace inhabituelle, lui qui ne savait jamais vraiment quoi faire de son corps ; il appréciait d'observer sa raison échapper peu à peu à son contrôle, de se sentir guidé par une force mystérieuse qui venait du plus profond de son être, de s'imaginer pour un moment séducteur et désirable. C'était bien plus simple que tout ce qu'il avait cru jusque-là. Les réactions de Prompto dépassaient ses attentes, et il dut se mordre la lèvre pour ne pas céder à ce que l'instinct lui dictait. Quelque part, sa conscience lui criait que ce n'était pas acceptable, que Galdina devait rester unique, qu'aucun d'eux n'étaient véritablement prêts à supporter les conséquences, inévitables – que c'était une erreur, un faux-pas, qu'ils en viendraient vraisemblablement à se déchirer – mais la voix était lointaine, étouffée par le rugissement du sang dans ses veines.
« Moi. » hoqueta-t-il finalement en guise de réponse, avec un soupçon d'insolence qu'il ne parvint pas à dissimuler. Il contint cependant tout un florilège de déclarations impudiques, sans doute trop inconvenantes pour être formulées autrement que dans le secret de son esprit. Prompto émit un long « Hm. » approbateur, empoignant Noctis par la taille et posant son front contre le sien, un fin sourire aux lèvres. Soit il feignait à merveille la sérénité, soit il possédait un don que le Prince n'avait pas – et qu'il lui enviait. Le voir ainsi, vulnérable et lumineux, apaisa ses sentiments, et il se sentit tomber un peu plus, tout son être chaviré par la clarté qui émanait comme du cœur de son ami. Ils restèrent immobiles, profitant purement de cette proximité nouvelle et pourtant familière, puis Prompto releva les yeux vers lui : « Tu viens te coucher ? »
Doucement, Noctis acquiesça, un peu étonné de sentir la fatigue accumulée se déverser sur lui à chaque nouvelle goutte de pluie qu'il recevait – encore un pouvoir insoupçonné. L'autre garçon le prit par la main.
Débarrassés de leurs vêtements trempés et une fois les duvets dûment réorganisés, les deux jeunes hommes s'endormirent blottis l'un contre l'autre. Le tonnerre s'était fait plus distant, plus atténué – et le Prince rendait grâce au souffle de Prompto contre sa nuque encore humide, à la pression légère mais présente de ses mains, l'une sur sa hanche et l'autre qui venait enserrer la sienne, aux battements de son cœur résonnant contre son dos.
