Je suis vivaaante \o/. La reprise a été incroyablement dure, même si, en réalité, ce chapitre était déjà terminé avant la rentrée. Je l'ai commencé, puis j'ai fini le jeu, puis j'ai continué à écrire... J'ai longuement hésité avant de le poster parce qu'il me semblait bien trop différent de tout ce que j'avais pu produire jusqu'à maintenant. Il est plus sombre, mais bon, j'ai un penchant pour la tristesse, et le jeu en lui-même n'aide pas. J'essaierai malgré tout de conserver un ton lumineux, parce que je m'étais promis de pas tomber dans le mélodrame ahah.
Je me suis également souvenu que j'avais prévu des chapitres AVANT le Cape Caem mais j'ai complètement zappé. Shame on me. La suite des festivités : une dernière nuit à Lestallum, quelques chapitres à Altissia et... et... et on verra bien.

Anyway, merci de me suivre ! Bonne année, bonheur et santé à tous et à toutes !

Chapitre IX : Sanctuaire de Capitis.

Il avait plu sans cesse, depuis la région de Lestallum – toute une journée de route grise et sans attrait, qui semblait ne jamais finir. Ils avaient passé le col, perdu dans la brume, qui non contente d'avoir englouti le moral des trois compagnons semblait s'être également repue des paysages. C'était dommage; aucun d'eux ne connaissait le nord de Cleigne. L'averse était finalement passée quand Ignis gara la voiture en bordure du lac. Noctis n'eut pas vraiment l'opportunité de contempler sa surface glauque, de toute manière dissimulée sous une végétation épaisse et sombre ; ils étaient tous pressés de monter le camp. Les nuages, avec une cruauté implacable, retenaient prisonnières les moindres lueurs de Lune ou d'étoile – et il leur fallut un certain temps pour enfin remarquer le maigre filet irisé qui s'élevait du Sanctuaire. Les râles de Prompto rythmèrent leur installation, autrement silencieuse.

Sans Gladiolus, l'atmosphère était bien différente. Le regard intransigeant d'Ignis pesait lourdement sur le dos du Prince, traquait ses mouvements, étudiait ses expressions – sans Gladiolus pour contenir son anxiété, le chambellan devait être persuadé que Noctis allait lui claquer entre les doigts. Le ridicule d'une telle pensée lui donnait envie de sourire, mais l'irritation fut plus forte, et il fronça plusieurs fois les sourcils en direction de son aîné, montrant presque les crocs tant il serrait la mâchoire. Prompto évitait de s'interposer. Il semblait plus fragile, selon le Prince – ce n'était pas visible physiquement, mais il le sentait. Le jeune homme donnait l'impression de ne plus avoir la force mentale de contraindre son corps à produire le plus commun des mouvements, comme si toute sa volonté s'échappait par chacun des pores de sa peau ; et même avec un désir aussi grand que le sien de simplement le toucher, Noctis n'était pas sûr de parvenir à contenir l'épanchement.

Tandis qu'il se tenait devant l'un des mâts de la tente, le regard dans le vague, des bras vinrent doucement encercler son ventre, l'étreignant par-derrière. Le geste alluma un sourire sur son visage fatigué par la route, les obstacles et la pluie, et Noctis se laissa aller, savourant juste la sensation du torse de Prompto qui se soulevait à chaque respiration, puis s'affaissait – la caresse tranquille de son souffle dans son cou – le picotement des mèches blondes contre sa nuque. Il se demanda vaguement si Ignis les voyait, ou bien si Prompto avait attendu que celui-ci ait le dos tourné pour s'arroger le droit d'enlacer le Prince. Encore une fois, quelque chose avait changé. Leur relation ne pouvait apparemment pas rester la même plus d'une poignée de jours, elle oscillait d'un état à l'autre, sans aucun autre équilibre que la profondeur originelle de leur lien. Peu importait qu'elle n'ait pas de nom, ils cherchaient seulement encore un moyen de la vivre. Noctis, qui pourtant avait appris à se méfier du goût sucré de l'espoir et n'avait jamais cru aux superstitions du quotidien, se surprenait à imaginer qu'une force ineffable étirait leur voyage afin de leur laisser le temps de se trouver. C'était stupide, incroyablement stupide, mais il refusait d'envisager aucune autre raison.

Ignis leur rappela son existence d'une toux discrète mais néanmoins audible, et Noctis tourna la tête, les joues furieusement rouges. Les nuages avaient finalement permis aux astres d'éclairer un peu le monde. Prompto libéra le Prince à contrecœur, puis traîna les pieds en direction du feu de camp. Ignis s'empara de l'épaule de Noctis, comme sur le point de parler, puis se ravisa. Il plissa à peine les yeux, dans lesquels la peur se lisait plus que le reproche, mais son protégé, incapable de faire la différence, eut un brusque mouvement de rejet. « J'emmerde l'Empire. » lâcha-t-il d'un ton qui voulait sûrement dire Je t'emmerde, et Prompto douta un instant de sa capacité à se trouver entre eux deux. Ce n'était pas la première fois que les sentiments de Noctis envers lui finissaient par agacer leur aîné, et si cela n'avait strictement rien de personnel, le jeune homme ne pouvait pas empêcher la culpabilité de lui serrer la gorge. Mais Noctis était fier, possessif – et sa recherche presque fébrile de la confrontation n'était qu'une façon de revendiquer, ou de se prouver à lui-même ainsi qu'aux autres, sa liberté de choix et d'action. Il y avait des choses que même un Prince – un Roi – ne pouvait pas recevoir sur un plateau d'argent, et que ce soit l'idée qu'on refuse la réalisation d'un de ses désirs ou celle de devoir se battre là où le reste d'Éos n'avait qu'à vivre qui enrageait Noctis à ce point ne changeait pas la finalité. Prompto espérait vivement qu'il s'agissait de la deuxième option.

Plus jeune, il avait été assez naïf pour croire aux contes de fées ; côtoyer le Prince lui avait remis les idées en place. L'inversion était troublante. Lui ne possédait rien, mais il était libre. Noctis avait tout, mais les concepts les plus basiques semblaient désespérément hors de sa portée. Il savait qu'Ignis incarnait, bien malgré lui, une autorité qui avait autrefois été une entrave au plaisir et à l'insouciance. Prompto lui-même le regardait encore, parfois, comme s'il allait soudain l'abandonner sur le bord de la route. Rien de personnel. Ignis avait ses propres obligations, et aucun d'eux n'était assez aveugle pour croire qu'il les remplissait toujours de bon cœur. Prompto comprenait, quand il voyait son état d'agitation et de tourmente, qu'on ait cherché à enfermer Noctis, dans une volonté de le préserver du déchirement que serait nécessairement de renoncer à sa liberté au nom du devoir. Que cela ait pu se dérouler sans accroc était néanmoins une utopie et, à bien y réfléchir, il ne partageait pas la vision qu'avait été celle de Régis et des proches du Prince.

« T'es dans la Lune. » remarqua Noctis en poussant sa jambe du bout de la botte.

« Hm, désolé. La route a été longue. » éluda Prompto, retrouvant par réflexe son large sourire. Noctis se pencha alors, se faisant le reflet d'un souvenir pas si lointain, et des cheveux sombres vinrent chatouiller malicieusement son visage : « Ça te dit une promenade ? »

Le sourire de Prompto s'élargit un peu plus, si cela était seulement possible.


Ils n'attendirent même pas qu'Ignis se soit endormi, conscients qu'il n'avait plus vraiment la force de s'opposer à leurs lubies écervelées et bien trop heureux de lui filer sous le nez. Ils restèrent à bonne distance des bords du Lac, où les sahuagins dormaient d'un sommeil léger, et filèrent plutôt vers les amas rocheux qui encerclaient les berges. L'obscurité d'une nuit principalement nuageuse rendait leur progression difficile, mais rien n'était véritablement insurmontable quand il s'agissait de s'éloigner du réel. Prompto devait s'accrocher à la manche du Prince pour ne pas glisser. L'euphorie gonflait sa poitrine, et il n'arrivait plus à gommer la joie de ses traits, ridiculement bloqués dans une expression de pure allégresse. Ils avaient pris assez de hauteur pour dépasser la couverture végétale, et le Lac Vesper leur apparaissait enfin, vaste étendue grise mordue par les pierres, noires.

« Tiens, t'as pas pris ton appareil ?

—Oh, ah. Euh, bah non, on dirait ! J'ai complètement oublié. »

Prompto se frotta l'arrière de la nuque avec un rire gêné et Noctis ne manqua pas l'occasion. Il eut un sourire goguenard, et leva un doigt. « Noctis versus le sacro-saint appareil photo. Un point pour moi, je suis flatté.

—Abruti. »

Et il n'en fallut pas plus pour qu'ils se lancent à l'assaut l'un de l'autre, d'abord mains contre mains puis lèvres contre lèvres. Prompto avait transformé la chevelure du Prince en scène de carnage, et il tint son visage à quelques centimètres du sien, ses mains tendres et aimantes épousant la forme de ses joues, un rire léger au point d'en être douloureux résonnant dans sa poitrine.

« Ça commence à devenir une habitude. » murmura-t-il, d'une voix à demi teintée par le regret, laissant ses doigts redessiner les contours de la mâchoire de Noctis, de ses pommettes, de son menton. Le Prince émit un son improbable, comme une sorte de sifflement de douleur, et son regard avait des vagues lueurs de folie – de manque, de besoin. Ils veulent m'enlever ça. Ils veulent me l'enlever, ils vont me l'enlever. Noctis serra Prompto avec toute la violence du désespoir et l'embrassa sans ménagement, les noyant tous deux sous une cascade de gémissements indistincts. Il sentit les mains du jeune homme quitter son visage et agripper férocement son t-shirt tandis qu'il se pressait contre lui avec insistance, comme s'il cherchait à annihiler tout l'espace entre leurs corps. Étrangement frénétique, le Prince tentait d'inspirer tout ce qui se dégageait de Prompto – son odeur, son souffle, sa chaleur, et malgré celle-ci, les frissons extatiques qui couraient le long de ses bras nus et dont il était le créateur enfiévré.

Il interrompit leur baiser pour plonger ses yeux brûlants dans ceux de son compagnon, qui ne tenait plus debout que grâce à une hypnose mystérieuse et à l'étreinte de Noctis.

« J'aimerais pouvoir…

—Je sais. Moi aussi. » le coupa Prompto, par peur de rendre les choses trop réelles ou parce qu'il n'était pas sûr de pouvoir se contrôler si le Prince prononçait véritablement ces mots. Il chassa quelques mèches tombées devant le visage de Noctis, dans un geste aérien qui semblait presque déplacé au milieu de tant d'ardeur.

« Non. » contra l'Héritier, essoufflé, mais vraiment, il ne faisait que le provoquer, car il aurait été difficile de se méprendre sur l'honnêteté de Prompto. Ce dernier eut un rire amusé et il ne résista pas à l'envie de se jeter dans le piège pourtant beaucoup trop évident.

« Tu crois ?

—Prouve-le. »

Prompto se sentit pitoyable. Ils n'avaient aucune notion de ce qui se passait réellement. Retenant un soupir, le jeune homme referma ses doigts autour de ceux de Noctis et son regard se perdit dans le ciel obscur. En vérité, Prompto n'éprouvait qu'une espèce de honte sordide devant les flammes du désir, qui ravageaient avec passion un ouvrage soigneusement élaboré. Depuis quand s'était-il résigné ? Combien de nuits avait-il dû passer à détourner les yeux de ses propres rêves ? Pour leur bien. Il mentait, encore et encore. Là où Noctis péchait par sa fierté, Prompto avait pour pire obstacle une puérilité intenable. Plus il pensait aux efforts menés, plus il avait envie de tout balayer – il se trouvait comme un enfant face à son château de sable. D'où venait ce plaisir insensé de détruire ce qui avait pris tant de temps à être construit ? Et Noctis qui devait emprunter des chemins détournés, qui arguait être seul maître de ses choix mais qui attendait malgré tout que Prompto lui donne l'occasion de se jeter à cœur et à corps perdus dans leur bataille. Il ne pouvait pas lui en vouloir, rien n'était aussi facile que ce qu'ils auraient souhaité ; mais tout était aussi anormalement simple.

Prompto offrit au Prince son plus beau sourire et se laissa doucement glisser sur le sol, l'emportant avec lui. Les mots consumaient sa gorge. Il pensait à Altissia, il pensait au moment où les pages s'envoleraient et où d'autres s'accumuleraient par-dessus – il pensait au visage de Noctis, immortalisé des centaines de fois entre les quatre coins de photographies mais dont la vie s'était pour toujours échappée – il pensait aux rares conversations nocturnes, aux rires envolés, à ces instants où le monde s'était limité à quelques sensations (de vagues éraflures d'ongles, la caresse de cils infinis contre une artère tendue et pulsante, des promesses silencieuses gravées dans la chair). C'est tout ce qu'on aura jamais. Noctis s'impatientait, un genou déjà de chaque côté des hanches de Prompto tandis qu'il se penchait timidement sur lui, traçant du bout des lèvres des symboles mystérieux sur la peau découverte de sa gorge, de ses épaules. Et le jeune homme souriait encore, alors même que ses yeux rougis laissaient s'écouler des larmes amères et tièdes, et il sentit des doigts calleux étaler l'humidité contre ses joues. À travers la brume, deux éclats égarés, tombés du ciel nocturne, suivaient le trajet des larmes – les observaient comme si elles avaient été des étoiles appartenant à ce ciel, qui, fou de chagrin, aurait dépêché une partie de lui sur terre pour les récupérer et les ramener là où était leur place.

Ma place, hein ? Prompto ravala un rire sombre. Il avait définitivement passé l'âge de croire aux contes de fées, alors il attira brutalement le visage de Noctis contre le sien et étouffa ses craintes et ses regrets contre une bouche dont le goût n'était pas celui de la salvation. Le corps du Prince tremblait, pressé contre le sien, les enveloppant tous deux dans une atmosphère de désespoir acharné. Mais, malgré cela, malgré les ténèbres alentours et qui grandissaient au sein même de leurs cœurs, il y avait le rugissement du sang, l'odeur enivrante de leur chair, leurs souffles mêlés et les traînées électrisantes qui naissaient sans fin sous leurs mains empressées – une pulsion de vie insatiable, infatigable, indomptable. Dans l'écrin de la nuit, où toutes les choses sommeillaient ou mouraient, ils firent l'amour en silence, portés par la sensation grisante et sacrilège d'éveiller la lumière là où n'auraient dû subsister que le froid et l'obscurité – conscients que rien n'était à sa place, pas même eux, et que le temps viendrait bien trop vite où la réalité bâtirait à nouveau les murailles qu'ils avaient effacées.