Heeey, alors c'est vrai que c'est difficile de garder un rythme soutenu avec ces motherfucking études qui me dévorent absolument tout mon temps libre ! Néanmoins, je n'abandonnerai pas cette histoire (pour une fois que j'arrive à faire plus que quelques pages, ce serait dommage) ; elle sera seulement plus longue à vous parvenir. Merci à tous et à toutes de me lire, vous êtes adorables n_n.
See you soon,
- Givre.
Chapitre X : Lestallum, final.
Ils avaient finalement retrouvé Gladiolus, et dans des circonstances des plus étranges puisque les retrouvailles s'étaient déroulées – du moins pour Noctis – au milieu de la centrale prête à exploser et de hordes de daemons. Le groupe, de nouveau au complet, s'était installé en terrasse autour d'un diner bien mérité. L'air du soir était doux, plein d'odeurs familières chaudes et épicées, de rires lointains. Noctis profitait des dernières lueurs, offrant son visage fatigué mais serein aux caresses légères du soleil déclinant. Ignis et Prompto narraient le récit de leurs aventures à Gladiolus – qui différait grandement selon qu'il était raconté avec l'enthousiasme exubérant et exagéré de l'un, ou le ton mesuré et solennel de l'autre. Gladiolus se montrait peu crédule face aux fabulations de Prompto, plongé dans une reconstitution précise du combat contre le Quetzalcoatl et de comment il avait sauvé Aranea d'une chute de pierres.
« J'te jure, qu'est-ce qu'il faut pas entendre ! Mais t'as de l'imagination, c'est bien !
—Tu m'crois pas ? Noct', dis-lui ! »
Le Prince ouvrit paresseusement un œil et croisa le regard de Prompto, dont les traits étaient tordus en une expression suppliante. Il secoua la tête avec un fin sourire et se pencha vers Gladiolus.
« C'est vrai. Et après, il a tiré une balle à travers la fumée, qui a rebondi contre le mur et est entrée pile poil dans l'œil de l'oiseau. » déclara-t-il très sérieusement, et Gladiolus éclata d'un rire tonitruant tandis que la fierté de Prompto s'effaçait doucement pour laisser place à l'effroi. L'air faussement trahi, il poussa un gémissement plaintif, une main pressée contre son cœur. Gladiolus gratifia le jeune homme d'une lourde tape dans le dos qui l'aplatit presque sur la table. Prompto leva un poing vengeur en direction de Noctis, qui haussa simplement les sourcils et ferma à nouveau les paupières pour se concentrer sur la sensation des rayons de soleil sur ses joues. Ignis prit la suite de la conversation, expliquant de manière beaucoup trop détaillée la stratégie adoptée face à un tel monstre, et l'Héritier se laissa bercer.
Il était heureux d'être de retour à Lestallum ; les environs du Lac Vesper étaient certes une région luxuriante, avec ses couleurs intenses et sa faune non moins chamarrée, mais leur séjour avait été malheureusement souillé par la présence des Impériaux. C'est absurde, songea-t-il en inclinant le cou afin de mieux capter la lumière déclinante, on extermine des escadrons à quelques centaines de mètres de lui et Ardyn nous offre une escorte pour nous aider à trouver le mithril. Bien qu'il ne fasse absolument pas confiance au Chancelier, force était de constater que celui-ci s'arrangeait pour faire avancer les choses. Mais pourquoi agir de la sorte ? Qu'espérait accomplir l'Empire en l'assistant dans son devoir ? Ce genre de réflexion lui donnait la migraine, aussi décida-t-il plutôt de se concentrer sur le moment présent et de laisser ces tracas à des heures plus sombres.
Gladiolus et Ignis taquinaient Prompto au sujet de la voluptueuse Aranea, et Noctis sentit sa bouche frémir et s'étirer sans qu'il pût rien y faire. Le jeune homme en faisait probablement beaucoup trop pour duper ses aînés, mais personne n'aurait pu le blâmer. Même si le Prince se demandait parfois pourquoi s'acharner ainsi à sauver les apparences, il n'avait pas non plus le courage ou la volonté nécessaires pour choisir ouvertement l'affrontement. Ce qu'il partageait avec Prompto était trop fragile, trop personnel – il n'arriverait pas à le protéger si Ignis, Gladiolus ou n'importe qui vraiment, commençait à s'en approcher. Alors que Gladiolus tenait quelque propos peu prude à l'égard de l'ancienne mercenaire, Noctis, derrière ses paupières closes, appréciait à nouveau la vision d'un tout autre tableau. Des mèches blondes en bataille, des lèvres entrouvertes sur un souffle erratique et silencieux ; des yeux embrumés, sombres et brillants à la fois, qui le transperçaient sans merci ; la courbure d'un cou rejeté en arrière. Les joues échauffées, le Prince feignit de s'être assoupi et émergea avec une grande inspiration, jetant des regards étonnés autour de lui.
« Wouah, Ignis, un conseil : ne lis jamais d'histoire aux enfants pour les endormir. J'étais à ça de faire un cauchemar. »
Le chambellan haussa un sourcil et marmonna quelque chose de manière inaudible avant de rassembler un tas de gils au milieu de la table. La petite bande se leva et commença à se diriger lentement vers l'hôtel Leville, flânant dans les rues toujours animées de Lestallum. C'était l'heure des bars et des restaurants, et les rires faisaient trembler les murs des établissements, quand ce n'était pas les infatigables ensembles de musiciens. Noctis aimait ces terrasses qui dégorgeaient à même la rue – cela donnait une impression de proximité, de familiarité, comme si toute la ville n'était qu'une seule et même maison. C'était rassurant. Ils s'arrêtèrent quelques instants pour écouter un groupe de guitaristes planté devant l'hôtel, et Prompto insista pour faire danser le Prince. Il s'en suivit une scène assez remarquable – ridicule, selon l'Héritier – et Prompto finit bien entendu par obtenir gain de cause, pour une durée qui n'excéda pas les trente secondes. Noctis siffla entre ses dents quand il remarqua l'échange discret de monnaie entre Ignis et Gladiolus.
« J'veux pas savoir qui a parié quoi. » râla-t-il tout en traînant les pieds en direction de la réception, où il s'assura de bien réserver deux chambres. Aucun d'eux ne savait quand ils reviendraient – s'ils revenaient un jour – ni quelle serait leur condition à ce moment-là. Noctis prenait simplement de l'avance. Parti sans véritable bagage autre qu'un héritage vieux de millénaires, il ne comptait pas en plus s'encombrer de regrets.
Noctis et Prompto saluèrent leurs deux comparses et se retirèrent dans la suite spacieuse et confortable du Leville. Pendant que le premier se laissait lourdement tomber sur un fauteuil, le dernier alla ouvrir les larges fenêtres pour faire entrer l'air tiède de la nuit, accompagné de la douce rumeur de l'agitation urbaine. Il s'étira avec un long gémissement.
« Un trajet interminable, un donjon sans fin, du camping et encore un trajet interminable… J'en peux plus, j'ai les jambes et le dos en compote ! Je crois qu'on a bien mérité ce lit !
—Tu l'as dit… Encore quelques heures de voiture et j'aurais sauté dans la première caravane venue.
—Tu peux parler ! T'avais de la place à l'arrière, c'est pas toi qu'étais tout serré devant avec Ignis ! »
Prompto écarta les bras et s'écrasa sur le matelas, une expression bienheureuse baignant son visage tandis qu'il se roulait sur les couvertures et se délectait de leur moelleux. Noctis eut un sourire amusé et s'affaira à enlever veste et bottes, les jetant pêle-mêle à même le sol. Passées les premières secondes de légèreté et de soulagement, l'atmosphère commença lentement à s'alourdir et le silence à s'installer, seulement troublé par les distants murmures extérieurs. Toutes les pensées hésitantes, les retenues et les craintes indicibles semblaient flotter dans l'espace entre les deux garçons, pesant douloureusement sur leurs épaules. Ils avaient franchi le point de non-retour, et se trouvaient maintenant dans l'incapacité d'agir ou d'oser. Pourtant, Noctis avait pensé que plus rien ne serait aussi effrayant que de se précipiter dans la tourmente. Il retint un soupir blessé, par respect pour son compagnon.
Prompto fut le premier à briser cet étrange étau autour de leur cœur. Il se redressa et s'approcha de Noctis, d'un pas faussement calme. Le Prince leva timidement le visage et fut accueilli par un regard inquisiteur. Prompto se pencha vers lui et posa une main sur la sienne, inclinant la tête sur le côté.
« Comment tu te sens ? » finit-il par demander, et la question englobait tellement de sens possibles que Noctis en eut le vertige. Néanmoins, parce qu'ils parlaient trop rarement de leurs sentiments respectifs, il s'efforça d'ouvrir la bouche pour répondre.
« Je sais pas. Je suis content de retrouver Luna, mais… J'ai pas non plus envie de partir. Jusqu'à maintenant, on pouvait encore faire semblant que le voyage se finirait jamais, et là… » L'Héritier détourna les yeux afin de dissimuler sa tristesse. Dans des moments pareils, il en voulait aux Dieux de ne pas l'avoir fait plus égoïste – car s'il aimait se plaindre, Noctis avait toujours fait passer les autres avant lui-même. Il pensait peut-être, parfois, que ce don de soi révélait un profond narcissisme et ne servait qu'à flatter son ego, mais il savait que cela était faux parce qu'il n'en résultait bien souvent que de la peine et de la douleur.
Prompto caressa le dos de sa main, lui offrant un maigre sourire de réconfort : « Tout va bien se passer, Noct'. Tu devrais pas t'inquiéter. » Il fronça les sourcils d'un air contrit en apercevant les larmes affleurer à la surface sombre des iris du Prince. « Dis-moi ce que je peux faire. » chuchota-t-il, et il finit par s'affaisser, à genoux devant son compagnon – et Noctis eut l'impression furtive d'un fervent aux pieds de son idole. Je ne peux pas vous décevoir, ni toi ni personne. Surtout pas toi. Il passa ses doigts dans les mèches blondes, effleurant délicatement la peau du cuir chevelu.
« Continue à être heureux. » déclara-t-il, la voix éraillée et, immédiatement, les traits de Prompto s'illuminèrent de cette façon si particulière qui ne manquait jamais de faire se serrer sa poitrine – même s'il ne savait pas quelle part de mensonge et quelle part de vérité s'y dissimulaient.
« Ça, j'peux le faire ! Fais-moi confiance.
—Je sais. »
Prompto le guida jusqu'au lit où il acheva de le déshabiller avec lenteur, ses gestes empreints de révérence et de pudeur. Noctis ferma les yeux et se laissa faire sans esquisser un seul mouvement ni mot dire. Ils s'allongèrent côte à côte et, instinctivement, le Prince chercha à l'aveugle la main de Prompto. Il sentit ce dernier se blottir un peu plus contre lui, son souffle venu se perdre dans le creux de son cou. « Je t'aime, Noct'. Je l'ai toujours fait et je continuerai de le faire. Y'a rien qui a jamais pu changer ça. » Le mouvement de ses lèvres contre sa peau y imprima une traînée de frissons tièdes. « Promets-moi que tu m'abandonneras pas. C'est tout ce que je demande. J'ai… j'ai nulle part où aller, sans toi. T'es ma seule famille, j'ai pas d'autre endroit où revenir, pas d'autre endroit où je puisse être ce que je suis sans avoir constamment peur. »
Noctis rendit grâce à l'obscurité car, même si Prompto devait certainement avoir conscience de l'humidité qui ruisselait abondamment sur ses joues, il n'avait pas à lui imposer le spectacle de son visage atrocement tordu par la souffrance et le remords. Il ne parvint pas à formuler une réponse audible, aussi étreignit-il fermement l'autre garçon, faisant de tout son corps un rempart fragile contre le monde extérieur et le Destin qui les attendait. Il ne comptait plus le nombre de promesses qu'il aurait aimé lui faire, les vœux solennels et les serments fiévreux. Il voulait les graver dans leur chair et dans la roche de chaque montagne, les prononcer en silence, encore et encore, contre sa peau ; les crier au vent pour qu'il les porte vers le ciel. En vérité, il devait sûrement l'aimer – c'était une évidence. Il pensa à toutes ces années, celles qu'ils n'avaient pas su saisir et celles qui ne viendraient pas, mais fut interrompu par la voix de Prompto avant d'avoir pu se laisser aspirer par le désespoir.
« Pleure pas, s'il-te-plaît. » implora celui-ci, pressant son front contre celui de Noctis – et il s'adressait autant à lui-même qu'au Prince. « Je suis pas fan des tragédies, les amants maudits, tout ça. C'est dépassé. » ajouta-t-il avec une pointe d'humour, riant doucement, et Noctis se joignit à lui.
« T'as raison. » admit-il en déposant un chaste baiser sur ses lèvres. Prompto fut rassuré de sentir son sourire, puisqu'il faisait trop sombre pour distinguer clairement son visage, et il soupira discrètement. D'un ample mouvement du bras, le jeune homme jeta les couvertures par-dessus leur tête, les enfermant sous une tente improvisée.
« Le camping te manque ?
—Je pensais plutôt à des voiles de bateau.
—Eh ben. Heureusement qu'on a un moteur pour nous emmener à Altissia. »
Prompto poussa une exclamation outrée et gratifia Noctis d'un coup de coude dans le ventre. L'Héritier roula sur lui et, vraiment, ils en étaient arrivés au point où ils ne faisaient même plus l'effort de faire semblant – et la lueur dans leurs yeux ne trompait pas. D'une certaine façon, pour le moment, il ne tenait qu'à eux de continuer le voyage, et tant pis s'ils n'étaient que deux, tant pis s'ils n'avaient en guise de voiles que ces draps étendus au-dessus d'eux. Ils détenaient chacun le ciel dans leur regard.
