Dumbledore s'avança devant la peinture où maître Hector le dévisageait. Le visage de l'ancêtre était quelque peu verdâtre dû au vieillissement de la peinture. Il avait une barbe blanche assez longue pour couvrir le col de sa tunique rouge. Par dessous de jolies manches vertes toutes brodées dépassaient et à la main, il tenait le parchemin de la célèbre formule qui avait donné des maux de tête à tous les savants du monde magique depuis le XIVem siècle.

- Messire, il m'appartient maintenant de vous instruire du sortilège, tel qu'entendu sur l'honneur, dit Hector de mauvaise grâce.

- C'est pour moi un grand moment maitre Hector, dit Dumbledore en faisant face au portrait. Comme beaucoup de chercheurs, j'ai longuement réfléchi à cette énigme et avoir le privilège d'être instruit par vous, est plus que je n'aurais jamais pu espérer. Mais peut-être cher maître, seriez-vous intéressé à connaître mes hypothèses avant d'en venir aux faits ?

- Faites messire, dit Hector en affichant un souverain mépris.

- Et voilà, on y est, dit Jabert Legrand. Vous allez tous pouvoir voir à quel point mon vieil ami est un véritable Serdaigle manqué.

- Pas trop manqué j'espère, rétorqua Dumbledore.

- Laissez-nous en juger cher ami, lança Evrett en croisant les bras.

- Cher maître Hector et maîtres Griselaques, je crois que le sortilège qui a fait votre renommée et est considéré comme l'un des plus grands mystère de tous les temps, est un sortilège de nécromancie sapientielle du troisième cercle.

Hector Griselaque s'étant toujours montré peu loquace sur ses recherches et comme connaître les dessous du sort n'avait passionné personne, les portraits se lancèrent des regards interrogateurs d'un cadre à l'autre, visiblement confus.

- Hahaha! Qu'est-ce que je vous disais, s'esclaffa Jabert.

- Et puis-je ouïr ce qui vous mène à cette singulière conclusion? demanda Hector en se redressant.

Dumbledore releva la tête et fixa l'ancêtre. À cet instant, aucun de élèves de Poudlard n'aurait reconnu leur bon vieux directeur. Ses yeux habituellement rieurs étaient maintenant perçants et calculateurs, sa posture nonchalante s'était évanouie, remplacée par une droiture imposante qui lui donnant l'air beaucoup plus grand et il se dégageait de lui un sérieux intimidant. En un clin d'oeil, le mutin directeur s'était évanoui pour laisser place à l'un des plus grands maîtres de savoirs que le siècle ait porté et un seul regard suffisait pour comprendre l'importance du personnage qui se tenait bien droit au centre du vénérable atelier. Même Galicia ne put s'empêcher d'éprouver une certaine révérence en immortalisant cette stature.

- C'est singulier je vous l'accorde, dit-il lentement. Peut-être parce que les chercheurs s'entendent en général pour dire que le sortilège des Griselaque relève probablement de la nécromancie du premier cercle. C'était bien entendu celle qui était en usage au début du XIIème siècle. Cependant, le premier cercle produit le plus souvent des êtres très diminués et presque inutilisables comme les inferis. C'est pourquoi, je crois que ce sortilège relève plutôt de la nécromancie du troisième cercle.

- Mais … cher professeur le troisième cercle n'apparut qu'au début du XIVème, souligna Martin en ajustant son monocle.

- Je suis désolé de vous contredire maître Martin, dit respectueusement Dumbledore, mais nous avons trouvé des indices qui laissent à croire que le troisième cercle était connu en Asie dès la fin du XIIème siècle. Un manuscrit de cette époque en fait mention et invite l'empereur à condamner à mort tout sorcier en faisant usage. Puisque la France et l'Asie cultivaient des liens commerciaux à cette époque, l'échange discret de savoirs illicites me semble tout à fait possible.

Le portrait d'Hector regardait maintenant le professeur d'un air nettement moins revêche. Il hocha imperceptiblement la tête pour saluer l'audacieuse déduction et fit un signe de la main l'encourageant à continuer. Albus, l'en remercia d'un signe de tête et croisa les mains derrière son dos dans une posture qui lui était familière.

- Le plus souvent, on suppose que votre sortilège est associé à de la téléportations ou d'autres moyens de transport physique, ce qui me semble absurde car beaucoup trop lourd et complexe, dit-il en se mettant à marcher lentement devant la galerie des portraits. Cependant, s'il s'agit de nécromancie du troisième cercle, nous avons accès à la sphère sapiencielle qui permet de sublimer la matière. Dans ce cas, rien de plus facile que de matérialiser dans cet atelier, un sujet se trouvant à l'autre bout du monde quelques instants plus tôt, et ce, sans grands efforts. Je dirais même avec une économie d'énergie considérable. N'ais-je pas raison cher maître ?

Le savant ancêtre soutint le regard du savant fraîchement décédé.

- En effet, admit l'intimé.

- Bien entendu, la sphère sapiencielle est peu connue et reste un domaine savant, dit-il en se remettant à marcher de long en large. Probablement parce que les solides qui y transitent perdent de leur substance, ce qui la rend inutile pour les transports, cependant cela ne fait pas problème ici puisque les sujets n'ont aucun avenir. De plus, que la substances soit plus inconstante ne change rien à la qualité du modèle et c'est pourquoi, à mon avis, il s'agit de la théorie la plus plausible.

Il s'arrêta et se posta devant le cadre d'Hector.

- Si nous avons bien affaire à de la nécromantie du troisième cercle et à la sphère sapientielle, j'avancerais que le sortilège contient probablement la formule «longabar mortem ravelato».

Dans l'atelier de Calbert, on aurait entendu une mouche voler. Tous les maîtres avaient utilisé cette formule des dizaines et même, des milliers de fois pour ceux ayant été en poste avant l'invention du calculis mortem. Même Galicia qui travaillait à faire ressortir les poses et la concentration du grand érudit, leva le pinceau de la toile pour le dévisager avec les autres. Interdits, aucun ne semblait savoir comment réagir. Hector dans son cadre regardait le modèle avec un air de stupéfaction qu'on ne lui avait pas vu depuis des siècles. Il reprit contenance, hocha la tête et se leva.

- Voici quelque chose que je n'eus pensé voir de toute éternité. Vous avez vu juste. Maître …, dit-il en sorte de révérence et il applaudit légèrement du bout des doigts.

Les autres se mirent à applaudir à leur tour tandis que Dumbledore s'inclinait humblement. Près de Jabert qui applaudissait à tout rompre, Lorrain de Loseille semblait mystifié.

- Parbleu, il a bien trouvé la formule, mais je n'y ai entendu goutte, dit-il en se tournant vers son voisin. Vous qui avez été instruit, qu'avez-vous compris de cette savante tirade?

- Pas un clou, avoua Jabert en applaudissant de plus belle.

- Alors pourquoi diantre claquez-vous ainsi des mains?

- Peut-être parce que j'ai été à Poufsouffle et qu'un poufsouffle ne recule jamais devant aucune réjouissance! expliqua-t-il avec un grand sourire. C'est peut-être d'ailleurs ce qui fait que je ne comprend rien à ce charabia. Entre étude et plaisir, il a fallu choisir un camp.

- J'ai toujours dit qu'on avait eu tors d'abandonner l'usage du fouet dans les classes et en voilà bien la preuve, soupira Lorrain en se mettant à applaudir à son tour.

- Mais ce n'est point tout, professeur. Car si votre pensée est fort respectable, il y a par trop de lacunes pour recevoir acceptance, dit Hector en rétablissant promptement le silence.

Dumbledore sourit d'un sourire qu'Harry ne lui connaissait pas.

- En effet, et j'y venait bien entendu. Car nous nous trouvons dès lors devant deux problèmes des plus difficiles. Le premier étant qu'aucune des formes de nécromancie du troisième cercle ne peut interférer avec la volonté du sujet. Le sujet ne peut être qu'un volontaire ou un mort. Pourtant, vous m'avez emmené ici contre ma volonté. Selon tout ce que l'on peut en savoir, cela est parfaitement impossible.

Hector plissa ses petits yeux perçants et d'un signe de tête l'invita à continuer.

- Le second problème consiste dans le fait que je sois conscient plutôt qu'une sorte de mort vivant. Ce qui ferait, on en convient, un piètre modèle. Cependant, la nécromancie du troisième cercle, ne permet pas de garder l'esprit du sujet intact. Il perd de sa substance au même titre que le corps. C'est là une problématique encore plus complexe que la première.

- Et qu'en jonglez-vous ? demanda Hector.

- J'avoue cher maître que je n'ai pas la moindre idée de la solution et c'est à ce moment que cette théorie pleine de potentiel se heurte à une fin de non-recevoir, dit-il d'un ton enjoué en redevenant lui-même.

Parmi les portraits, seul Jabert sembla déçu. L'idée que quiconque puisse percer leur secret, fusse Merlin en personne, avait tout d'une défaite voire, d'une catastrophe et un soupir de soulagement traversa tous les tableaux.

- C'est donc de ceci que je vous instruirai, dit l'ancêtre en tenant son rouleau de parchemin bien droit.

- Je suis toute ouïe maître, dit Dumbledore en se rasseyant.

- Venons aux premières difficultés, faire venir le modèle contre sa volonté. La solution, si elle se révéla malaisée à trouver, est au demeurant fort simple. Il vous faut savoir qu'au dernier souffle de sa vie, l'âme cherche à échapper au trépas car sa nature est ainsi faite qu'elle souhaite vivre toujours. Si, alors qu'elle est aux portes de la mort, elle voit s'ouvrir devant elle un passage, elle s'y lancera avec grande promptitude. Tout comme on retire sa main du feu sans y penser, de même l'âme se lance dans le passage sapientiel sans réfléchir plus avant. Telle est donc à ce moment, sa volonté et ce, même si en tout autre temps elle hésiterait à quérir pareil chemin. De là l'importance d'ouvrir le passage à la dernière seconde car en cet instant seul, le modèle viendra de son propre choix.

- C'est tout à fait brillant, admira Dumbledore et c'est un savoir qui pourrait faire avancer bien des domaines … Il est pourtant heureux qu'il soit enfermée ici, surtout en cette sombre époque.

- Oui. Heureux en vérité et qui l'est en toute connoissance de cause, dit Hector. Les maîtres Griselaque ne s'en servent que pour sauver la mémoire des défunts et ne tolèrent nulle autre fin.

- C'est un objectif bien noble, dit Alaric d'une voix pleine de sous-entendu.

- Pour ce qui est du second problème, la sauvegarde de l'âme du modèle, continua Hector sans s'occuper d'Alaric, le sort use de l'énergie que l'on a escharsier grâce au transbahutage.

- Plaît-il? demanda Dumbledore.

- Je crois que maître Hector parle de l'énergie «économisée» lors du «transport», traduisit Galicia qui ne songeait plus à peindre et comme tous les autres, écoutait attentivement.

- C'est cela. L'énergie économisée lors du transbord. Il en demeure assez pour garder et protéger l'esprit du modèle. Vous étiez bien avisé lorsque vous avez deviné de la sorcellerie du soleil levant car c'est là chinoiserie. Xiu Zan me l'enseigna lorsque je le cachai chez moi pour le sauver de poursuivants qui avait mission de lui couper le col. Une magie ancienne dont je ne sais rien sinon qu'elle garde l'esprit des sorciers chintoï contre les menaces que l'on rencontre dans les sphères interdites dont ils font grand secret et grand bien leur fasse.

Hector garda le silence un moment, hésitant à lever le voile sur son trésor.

- C'est la formule «sati okura» qui garantit l'âme du modèle de par trop se corrompre, dit-il enfin.

- Sati okura longabar mortem revelato, murmura Dumbledore comme pour lui-même.

- Précisément, dit Hector en soulevant les épaules comme s'il répugnait à entendre sa formule dans une bouche étrangère.

- C'est splendide … splendide, dit Dumbledore en tournant et retournant le sort dans son esprit à la façon d'un horloger qui admirerait un ingénieux mécanisme.

- Splendide? … Je n'ai rien entendu de plus malséant depuis des siècles! cracha le portrait d'Alaric qui visiblement, ne pouvait plus se contenir. Vous qui êtes un si grand savant messire, comment croyez-vous que mon élève fourbe et deputaire a acquis toute ces connoissances !?

- Que vous importe! Et ce n'est pas son affaire, rétorqua Hector.

- Il m'en importe certes! Et si messire veut avoir toute l'histoire il devrait prêter l'oreille à ces splendeurs car c'est devant moi, le portrait de votre maître, que vous fîtes parader toutes vos victimes! De pauvres hères innocents devant Dieu que vous entraîniez derrière une porte pour en ressortir avec des corps! Ce moment parfait, cette dernière seconde, que vous avez tant cherché, combien de vie a-t-il coûté avant que vous ne puissiez mettre la baguette dessus ? Plus de cent par le Diable ! Plus de cent! Vous n'êtes qu'un vil meurtrier, vous n'êtes qu'un frarin!

- Ah mon Dieu … dit Gallicia sous le choc tandis que dans la galerie, les exclamations épouvantées sautaient d'un portrait à l'autre.

- ASSEZ! cria Calbert qui apparut dans le cadre d'Adrienne. Que je n'entende plus JAMAIS palabrer de ces ignominies en ce cénacle!

Les portraits des peintres qui n'avaient jamais tenus à être informés des dessous du sortilège semblaient tous choqués au plus haut point.

- Je … je suis conclus maître, dit Alaric sincèrement désolé. Je ne pouvais laisser ce faquin se rengorger devant un tiers et me maintenir en silence.

- Et bien mieux eut valu retenir vos rancunes car j'ai moi aussi assisté à ces crimes odieux et je ne parjure pas celui à qui j'ai juré assistance pour autant! dit Calbert sévèrement.

Alaric contrit baissa la tête tandis que Calbert s'avançait au bort du cadre de la pauvre Adrienne qui gardait la main devant la bouche, horrifiée.

- Ce que mon fillot et votre ancêtre a fait ne peut être défait, dit Calbert qui leva la tête pour s'adresser à tous. C'est sur son âme criminelle que retombe la faute et non sur la vôtre qui avez usé des fruits de sa faillance car vous en avez usé pour bien faire. Vous avez rendu la présence d'êtres chers à leur parentèle et c'est en ce bienfait que repose le salut de notre famille.

Les ancêtres, sous le choc gardèrent le silence en dévisageant Hector avec répugnance.

- Et voilà ce qui arrive lorsqu'on ne suit parfaitement les instruction de sécurités de cet atelier, tança Meredith d'une voix aiguë. Des secrets s'échappent et causent des drames.

Hector tentait de garder contenance en affichant un ait méprisant et hautain qui n'aidait en rien pour obtenir l'indulgence de ses fillots.

- Puis-je prendre la parole en ce grave instant maître Calbert, demanda Dumbledore au milieu de cette commotion.

Calbert l'observa un instant puis hocha la tête.

- Faites.

Albus se leva l'air grave et même si l'instinct de Galicia lui souffla que c'était une remarquable expression à peindre, elle ne fit pas un geste pour la fixer sur la toile.

- Chers maîtres, noble Calbert, je m'accuse moi aussi devant vous, annonça-t-il en s'avançant dans la galerie pour prendre place aux côtés du portrait de maître Hector. J'ai moi aussi failli et commis des crimes au nom du savoir. J'ai voulu le pouvoir, la puissance et la gloire. J'ai cru sincèrement que je le faisait au nom du plus grand bien mais j'avais torts autant qu'on puisse avoir torts. C'est un travers de savant auquel même les plus brillants se laissent prendre. Devant l'envie de posséder le savoir nous en venons à oublier les lois les plus évidentes. Il nous semble que ce que nous cherchons est plus important que la vie elle-même.

Dumbledore s'arrêta un instant comme s'il ne savait pas comment continuer.

- Au nom de ce savoir, j'ai méprisé tout bon sens, je fus pris de folie et j'ai …. j'ai tué moi aussi. J'ai tué ma petite sœur. Adriana … ma propre sœur.

Dumbledore baissa la tête dans le silence de l'atelier et lorsqu'il la releva, on aurait cru ses yeux brillants bataillaient pour retenir leurs larmes.

- C'était un accident, un horrible accident; mais la faute est mienne. … Je suis coupable et j'ai souffert chaque jour de ma vie l'horreur de ce crime. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait en espérant me racheter. Maître Hector ne peut être excusé en rien, dit-il sévèrement, mais je ne doute pas qu'il regrette ses crimes autant que je regrette les miens.

Le portrait d'Hector regarda sa descendance et hocha gravement la tête.

- Vous avez parlé sagement. Il en est ainsi, certes, dit-t-il en baissant les yeux. J'ai grands regrets de ma folie. Et j'en paie tout le tribu car désormais je brûle en enfer. C'est justice.

Galicia renifla et eut une moue de dédain.

- J'imagine que rien ne saurais égaler les fourches de votre diable, dit-elle en le toisant.

Le portrait d'Hector se contenta de la dévisager, hautain.

- Si vous voilà indisposée, vous lancer vous-même un sort d'oubliette serait peut-être approprié ma chère, dit Mortimer en se raclant la gorge.

- Nous verrons, grogna Galicia de méchante humeur. De toute manière, nous en étions à une autre histoire, n'est-ce pas? Cher professeur, si vous voulez bien … je crois qu'il est plus que temps de passer à un nouveau sujet.

- Bien sûr! dit-il en souriant. C'est à mon tour de dévoiler mes secrets. Voyons voir, ... par où devrais-je commencer?

Tandis que Dumbledore se caressait la barbe pensivement, les ancêtres s'installèrent dans leurs tableaux en regardant avec, suspicion, crainte ou curiosité, celui qui parmi toutes les générations de Griselaque avait le plus horriblement terni la lignée et ce faisant, assuré sa magnificence pour des siècles.