Dumbledore marcha jusqu'au fauteuil et s'y installa confortablement. Il joignit les mains en accent circonflexe comme s'il rassemblait ses idées puis leva les yeux sur l'assemblée des ancêtres

- Je n'ai aucun doute que de si éminents portraits doivent être au fait de ce qui se passe dans le monde mais je me permettrai de commencer par rappeler quelques faits.

Albus débuta en résumant la première prise de pouvoir par les mangemorts. Le meurtre de la mère d'Harry, la chute de Voldemort détruit par le jeune Potter et la trahison de Rogue qui n'avait plus qu'un vœu, venger la mort de Lily.

- Mais ... le professeur Rogue vous a assassiné! s'écria Cassius, ce félon est doublement traître! Ventre bleu! De mon temps ce fourbe eut péri écartelé!

- Il a donc réussi, dit Dumbledore comme pour lui-même.

- Quoi? C'est toi qui a arrangé cette tuerie? s'exclama Jabert stupéfait.

- En effet et Severus a fait ce que je lui avait demandé, dit Dumbledore en souriant. Il a parfaitement bien accompli sa mission. Comme je vous l'ai déjà dit, il ne me restait que fort peu de temps à vivre.

- En voilà assez ! Je n'ai rien dit tout à l'heure car j'étais aussi stupéfaite que les autres mais sachez monsieur que vous êtes en rupture de contrat! Si vous étiez malade, vous étiez tenu de nous le faire savoir, dit Meredith sévèrement.

- Enfin madame! C'est fort inconvenant de dire pareille chose dans les circonstance! s'exclama Mortimer scandalisé.

- Pardonnez mais il est stipulé dans le contrat qu'on doit nous avertir en pareil cas, dit Meredith en levant le menton. Peindre les morts est un travail difficile et compliqué. Il est beaucoup plus aisé de faire la peinture d'avance et de la laisser auprès de la personne vivante pour qu'elle s'imprègne de ses façons que de faire tout le travail à la main comme maintenant.

Des récriminations s'élevèrent de l'ensemble des tableaux indiquant que les ancêtres étaient du même avis que Mortimer et trouvaient que maître Meredith dépassait les bornes.

- Bien entendu, dans des circonstances normales, je me serais fait un devoir de vous aviser de quelque chose d'aussi fâcheux, dit Dumbledore aimablement, mais je crois chère maître Meredith, que trouverez mon excuse satisfaisante. Et bien sûr, en tant que directeur, vous vous doutez que je sais reconnaître une excuse de qualité.

- Nous sommes tous des directeurs ici mon cher, dit Meredith, attendant de pied ferme l'excuse promise.

Ce dernier inclina la tête à l'endroit des portraits, suggérant c'était un honneur de s'en remettre à leur jugement.

- Au début de l'année, Voldemort a chargé un jeune élève de m'occire lui-même, dit Dumbledore comme si c'était une chose tout à fait habituelle. Il avait le choix entre me tuer ou assister au meurtre de sa famille. Bien sûr, commander le portrait, aurait pu me trahir et encourager ce pauvre enfant à agir de façon encore plus inconsidérée. Garder le secret sur mon trépas prochain a permis de sauver l'âme de ce garçon qui n'a pas eu à commettre un meurtre aussi affreux. J'ose croire que vous trouverez comme moi, que c'est une bonne raison pour vous occasionner ce petit surplus de travail.

- Cela tombe sous le sens, appuya Astor, peintre du XVIIIem en agitant le tricorne qu'il tenait à la main.

Meredith le fixa un instant puis haussa les épaules, ce qui laissait supposer que les excuses étaient acceptées.

- Cependant ..., ajouta t-il tandis qu'un éclair de malice brillait dans son œil. Cependant je me dois d'être tout à fait honnête en cette heure grave. Aussi je vous avoue que c'est à dessein que j'ai décliné tous les rendez-vous qu'au fil des années, vous m'avez fixé pour cette séance de pose.

Le vieux sorcier sourit à l'endroit de la dame peu commode.

- Je ne peux qu'espérer le pardon de maître Meredith pour cette manœuvre mais j'ai osé faire cela parce que je ne souhaitais rien tant que de me trouver parmi vous pour mes derniers instants. Je vous pris d'y voir madame, toute l'admiration et le respect que je porte à ce brillant conservatoire ainsi qu'à votre illustre famille, dit-il en s'inclinant avec grâce.

Tout le monde regarda avec crainte le maître le plus sévère à avoir jamais dirigé la plus prestigieuse académie de peinture du monde sorcier. Elle leva le menton et dévisagea froidement le directeur qui attendait humblement son verdict mais contre tout attente, Meredith éclata de rire dans son tableau.

- Cher monsieur Dumbledore, nul doute qu'autrefois, je vous eut fait fouetter de belle façon pour une aussi mensongère intrigue, dit-elle en souriant en coin.

- Et je l'aurais tout à fait mérité, assura t-il en s'inclinant à nouveau.

Les portraits se regardèrent entre eux, stupéfiés par ce retournement imprévu. Le malin directeur qui quant à lui, et dans l'expectative de cet instant, avait entrepris de minutieuses recherches sur ce qui était susceptible de plaire au redoutable maître (à savoir, honnêteté et compliments) se releva en souriant par devers lui.

- Mais en voilà assez, dit Meredith redevenant elle-même. Où en étions-nous?

- Nous disions que Severus Rogue était passé de notre côté après le meurtre de Lily Potter, la mère du petit Harry, rappela courtoisement le professeur.

- Bien. Continuez, ordonna la directrice.

- Merci maître. Comme vous le savez, Harry survécut au sort du mage noir et suite à cette défaite certains ont cru que Voldemort avait été vaincu pour de bon, résuma t-il, mais maintenant, vous savez comme moi qu'il n'en était rien. Par contre, ce que tous ignorent et doivent ignorer jusqu'à la fin, c'est que notre ennemi possède de puissant objets magiques qui compliquent notre tâche : des horcruxes.

Un rire moqueur s'éleva du portrait d'Hector.

- Herpo l'infâme fait encore des émules à votre époque à ce que je vois, dit l'ancêtre en relevant la tête.

- Malheureusement pour nous, acquiesça le directeur.

Le portrait d'Hector semblait être le seul à savoir de quoi il retournait et Dumbledore expliqua en quoi consistait l'horrible artefac.

- Votre ennemi a donc encroté une part de son âme immortelle dans un objet, ce qui le garde d'être tué. N'est-il pas? dit Clodomir pour résumer.

- Pas une part de son âme mais plusieurs, dit Dumbledore. Je crois qu'il existe sept horcruxes. Et c'est là une assez importante difficulté.

- Mais qui est chargé de les détruire? Tu as fait le nécessaire n'est-ce pas? demanda Jabert avec une pointe d'inquiétude.

- C'est désormais à Harry de trouver et de détruire ces horcruxes, dit calmement Dumbledore.

- Mais … il n'a même pas fini ses études ! dit Jabert surpris. Enfin … tu penses bien que je ne met pas ton choix en doute mais … Harry? Vraiment?

Dumbledore sourit à son vieil ami.

- Bien sûr, je comprend tes doutes. Qui n'en aurait pas. Mais je crois qu'il n'y a personne de plus approprié que ce garçon pour mener ce projet à bien.

- Et pourquoi tant de certitudes mon bon, demanda Marcus qui avait inventé la formule du sapinum. Jonglez-vous donc que le jeune Harry doit clore ce qu'il a commencé?

- Je crois que cette mission revient à Harry parce qu'une prophétie fut faite à ce sujet.

- Une prophétie? répéta Marcus. Et qu'elle est-elle? Peut-on la connoitre?

- Certainement.

Il se leva du fauteuil et se tint bien droit devant les portraits

- « Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois... »

- Il n'y a pas de doute, c'est ma foi une prophétie, dit Kavlor en levant son verre.

- «Le marquer comme son égal» c'est la fameuse cicatrice n'est-ce pas? demanda Jabert comme s'il jouait aux charades.

- En quelque sorte, mais il y a plus que cela. Car Harry est réellement l'égal de Voldemort. Et il l'est devenu d'une façon tellement inattendue que Voldemort lui-même ne se doute de rien.

- Autrement dit, c'est ce «pouvoir que le seigneur des ténèbres ignore» qui fait du jeune homme son égal, dit Doroit.

- Et qu'est-ce que ce pouvoir? demanda Anaoï.

- J'y venait bien sûr, dit courtoisement le professeur. Je soupçonne qu'après avoir été mutilée de nombreuse fois, l'âme de Voldemort est devenue instable. C'est ce qui explique qu'en tentant de tuer Harry, il ait déchiré son âme une dernière fois sans le vouloir. Cette parcelle d'âme a trouvé refuge dans la seule entité vivante à sa portée.

Dumbledore leva les yeux sur la galerie de portraits.

- Harry Potter est le septième horcruxe de lord Voldemort.

- Mais … mais c'est horrible! s'exclama Jabert en ouvrant de grands yeux.

- Parbleu! Le garçon est possédé! s'écria Alaric.

- Le pauvre enfant sait-il cela au moins ? demanda Adrienne.

Dumbledore hocha la tête.

- Non, il n'en sait rien. Je ne crois pas qu'il devrait l'apprendre avant qu'il soit temps.

- Mais enfin, c'est un enfant possédé du démon que vous avez choisi pour nous sauver? dit Meredith avec une pointe de reproche.

- Ce n'est pas une possession tel que vous l'entendez maître, dit Dumbledore. Harry est un peu comme une boîte où est enfermé l'âme mutilée de notre ennemi. Il n'est pas l'ennemi lui-même. Il devra parcourir un long chemin pour détruire les autres horcruxes. Cette tâche le mènera là où il doit se rendre, au dernier horcruxe et alors il sera prêt à faire ce qui doit être fait.

- Et que doit-il faire? demanda Galicia qui le dévisageait avec les autres.

- Se sacrifier et mourir. Mourir de la main de lord Voldemort.

Un silence lourd tomba un instant sur l'atelier puis des exclamations de stupéfaction s'élevèrent de tous les portraits.

- Professeur, vous n'êtes pas sérieux …

- Mais c'est ignoble ! C'est encore plus horrible que tout à l'heure! dit Jabert désarçonné.

- Je crois n'avoir jamais ouïe une telle abominance par ma foi!

- Ventrebleu! C'est là un périssage!

- Depuis quand savez-vous que ce pauvre garçon doit être tué? demanda Adrienne incrédule.

- Je m'en suis douté dès le début, avoua Dumbledore.

- Dès le début? Mais comment … comment avez-vous pu lui mentir tout ce temps ? demanda la jolie peintre qui le regardait soudain d'un air beaucoup moins amical.

Dumbledore sourit tristement et hocha la tête l'air de dire que c'était une excellente question.

- Le fait est chère maître, que je n'ai eu nul autre choix. Harry est un horcruxe et s'il ne meurt pas, Voldemort ne mourra pas non plus. Il renaîtra de ses cendres et détruira le monde entier s'il le peut. Les choses sont ainsi, malheureusement.

- Mais enfin, n'avez-vous pas de cœur? Comment peut-on faire une chose pareille?

- Adrienne, je vous en prie, gronda Calbert derrière elle.

- Laissez noble Calbert, C'est une question que maître Adrienne ne sera pas seule à se poser. Mais je crois que la question devrait plutôt être : qui d'autre aurait pu être chargé de ce fardeau?

- Excellente question en effet car n'aurait-il pas été logique d'en charger une instance objective comme par exemple le ministère de la magie? demanda Martin en ajustant son monocle.

- Vous voulez rire Martin! éclata Doroit. Qui serait assez stupide pour faire confiance à ces fourbes! Est-ce que de m'être fait couper en rondelle ne vous a rien appris?

- Maître Doroit est dans le vrai, approuva Dumbledore. Le ministère est maintenant si corrompu que le secret eut été éventé et le garçon livré pieds et poings liés à notre ennemi; qui je n'en doute pas, lui aurait fait chèrement payer de lui avoir ravi une parcelle d'âme.

- Mais n'avez vous pas d'unité d'intervention spéciale ? demanda Evrett.

- En effet, approuva Dumbledore. Et les meilleurs d'entre eux font partie d'un ordre secret auquel j'ai l'honneur d'appartenir. Mais si tous sont dignes de confiance, tous n'ont pas les qualités voulues pour accomplir une telle tâche.

Il leva les yeux sur les portraits et sourit comme si cela l'amusait d'y penser.

- Ce cher Alastor par exemple aurait tordu le cou du pauvre enfant à l'instant où il aurait comprit qui il était.

- Fie le monstre! s'exclama Adrienne scandalisée.

- Allons donc! Cet enfant est possédé du démon! rugit Lorain en replaçant son célèbre chapeau déjà considéré bizarre au XVem siècle. De mon temps on l'eut brûlé tout vif sans se commettre de tant de palabres. Cet Alastor me semble à moi un bien brave homme !

- Brave sans doute, acquiesca Dumbledore mais il eut posé un geste précipité et ce faisant, anéanti toutes nos chances.

- Il est vrai que le démon est sournois, accorda Lorain. S'en défaire n'est point aussi aisé qu'on le croit et il falloit se méfier de ses fariboles.

- Il y a aussi Sirius le parrain du garçon, continua le professeur. Mais sachant ce qui attendait le pauvre enfant, il aurait sûrement prit la fuite. C'eut été Sirius et Harry contre le monde, dit Dumbledore avec un sourire.

- Ma foi, voilà qui semble tout à fait romanesque! dit Mortimer sous sa jolie perruque blanche. Dumas eut fait ses délices d'une pareille histoire.

- AH! Je savais bien que vous lisiez les moldus! Vous voilà pris de belle façon mon cher! dit Adrienne d'un air victorieux.

- Et bien j'ai quelques notions. Qui ne connaît pas Dumas enfin …, bafouilla Mortimer l'air penaud.

- Alors pour quelle raison vous en être si vivement défendu toute votre existence? demanda Adrienne en regardant sévèrement son apprenti.

- Lire les moldus n'était pas très bien vu de mon temps, voilà tout, dit-il en haussant les épaules. Et si vous voulez tout savoir je lisais aussi Voltaire et Molière et Corneille et bien d'autres. Dois-je aussi m'en excuser? fanfaronna t-il.

- Que vous êtes sot mon cher, dit Adrienne moqueuse. Je lisais les moldus moi aussi sachez-le, assura t-elle tandis que Mortimer haussait un sourcil incrédule. Et il est bien vrai que Dumas eut tiré de merveilleuses histoires d'une pareille équipée.

- Sans doute qu'il y aurait eu de véritables fresques épiques à tirer des aventures de ces deux là, dit Dumbledore en hochant la tête. Ils auraient certes passés de bons moments mais seulement jusqu'à la catastrophe finale et définitive. Et tout ce que vous connaissez, votre magnifique manoir et votre savoir-faire seraient aujourd'hui voués à disparaître.

Les ancêtres redevinrent sérieux au rappel du danger qui les guettait tous.

- Qui d'autre? se demanda Dumbledore. Peut-être ce bon Hagrid, notre garde-forestier, qui a toute ma confiance mais qui aurait été bien incapable de se résoudre à faire ce qui doit être fait. Il aurait sans doute caché Harry au fond des bois et concocté une armée de monstres terrifiants afin que nul ne puisse approcher. Il y a fort à parier que le pauvre enfant se serait fait dévorer avant de savoir marcher.

Jabert partit d'un grand éclat de rire mais devant l'air outré des autres, scandalisé à l'idée qu'on puisse s'amuser d'une pareille horreur, Jabert cessa de rigoler et s'éclaircit la gorge. Dumbledore sembla réfléchir un instant aux dernières possibilités.

- Certes pas Severus, ni Mondingus et encore moins Remus qui a déjà assez de problèmes. Reste les Weasley qu'Harry considère presque comme sa propre famille. Mais ce couple charmant aurait tant souffert à l'idée de devoir un jour le livrer à la mort qu'ils y auraient perdu la santé. Cette chère Molly l'aurait tant chouchouté que le pauvre Harry aurait été détesté des autres; et considérant le potentiel des jumeaux Weasley, il faut convenir qu'être dévoré vivant par une araignée géante n'est peut-être pas si mal.

Dumbledore releva la tête et sourit aux ancêtres.

- Non, aussi terrible que soit cette tâche, je suis le seul qui pouvait être chargé de ce fardeau.

- Quel horrible responsabilité messire, dit Adrienne nettement moins revêche. Si je puis me permettre, n'avez-vous pas vous-même grandement souffert d'accomplir pareille mission?

Derrière elle, Calbert leva les yeux au ciel tandis que des vieux portraits on entendit sourdre des soupirs agacés.

- Allons femme, laissez le seigneur Dumbledore avec vos humeurs, la tança Bertille. C'est d'un polisson par ma foi!

- Parbleu! Les souffrances d'un homme ne vous regardent guère! tonna Alaric.

- Le professeur a fait ce qu'il avait à faire et les femmes n'ont pas à y mêler leurs pleurnicheries si elles n'y entendent rien, ajouta Clodomir.

- Allons messieurs, allons! Peut-être que de votre temps, ce genre de question relevait de la plus grave impolitesse mais avec les lumières les choses ont changées. Adrienne n'a commis aucun impair à mon sens! la défendit Mortimer.

- Ce sont de vieilles mules moyenâgeuses, voilà le véritable problème, trancha Adrienne en relevant le menton.

Meredith et Galicia hochèrent la tête en soupirant, approuvant leur collègue avec un bel ensemble.

- Alors, que vas tu faire Albus? demanda Jabert d'un air moqueur. Te défiler avec le moyen-âge ou affronter les lumières ?

- J'imagine que le temps des confessions est venu, dit-il posément. Sinon, je crains qu'il n'en soit plus temps par la suite.

- Cela ma foi, est plus que certain, approuva Boullier qui se récolta quelques regards de reproche pour son indélicatesse.

- Alors chers maîtres, vous n'aurez nulle difficulté à croire que rien de toute ma vie ne fut plus difficile que d'accompagner ce garçon en sachant comment tout cela doit se terminer pour lui, dit-il d'un air grave.

- Je n'en doute guère, soyez-en certain noble Albus, dit Calbert tandis que la plupart des portraits hochaient la tête pour appuyer ses dires.

- Mais s'il faut tout dire, permettez que je revienne quelque peu en arrière, dit le grand sorcier.

Il marcha vers le fauteuil où il s'assit posément, donnant l'impression d'un grand-père se préparant à raconter une histoire.

- Revenons à une époque où Voldemort était un étudiant comme les autres. Enfin, presque que comme les autres. Un soir, nous discutions entre professeur et nous nous somme mis à parler des choses absurdes ou amusantes que les étudiants font parfois.

Les portraits échangèrent des coups d'oeils amusés car bien sûr, chacun d'eux possédait sa petite collection de perles estudiantines.

- Au cours de cette conversation, notre professeur de potion quelque peu ivre, parla d'un étudiant qui s'était montré curieux d'une magie noire aussi horrible que taboue, les horcruxes. Je me doutais bien de quel étudiant il s'agissait mais je n'en fit pas de cas, du moins à ce moment. Par contre, lorsque Voldemort se sacra lui-même seigneur des ténèbres et que les troubles commencèrent, je me souvins de ce commentaire. J'allai donc voir le professeur pour connaître les détails de cette histoire mais le souvenir qu'il me donna avait été falsifié; malgré que bien sûr, il m'assurât du contraire.

- Inacceptable! s'écria Bertille, le fondateur de l'académie. La peste soit des maîtres desloyal ! Vous l'avez renvoyé j'ai tout espoir!

- Pas à ce moment noble Bertille car j'estimai qu'il avait honte à bon droit. J'ai plutôt continué mes recherches, attendant mon heure. Par la suite, tout ce que je pu apprendre de plus n'a fait qu'augmenter mes doutes au sujet des horcruxes et lorsque contre toute attente le petit Harry abattit le mage noir de son berceau j'ai ... Comment dire, … j'ai eu un horrible pressentiment.

Dumbledore soupira gravement comme si ce souvenir le ramenait à des impressions pénibles.

- Lorsque j'ai vu l'enfant et surtout la marque sur son front … J'ai tout de suite compris ; car si ce garçon était bien devenu un horcruxe, la prophétie prenait tout son sens. Notre ennemi avait bel et bien marqué l'enfant comme son égal et en portant en lui une part d'âme mutilée, Harry était devenu celui qui avait désormais le pouvoir de vaincre le Seigneur des ténèbres. Il pouvait l'abattre … en mourant.

La voix du directeur se brisa sur le dernier mot et il garda le silence un moment.

- C'est alors que j'ai compris qu'elle tâche venait de m'être dévolue, dit-il d'un ton ferme. Il me fallait accompagner ce garçon jusqu'au moment où il devrait affronter à nouveau notre ennemi et forcément, être tué par lui.

- Mais la prophétie annonce que «l'un d'eux» doit mourir n'est-ce pas? Ça n'a peut-être pas à être Harry, dit Galicia qui avait cessé de peindre pour souligner cette note d'espoir.

- Oui, en effet mais cela ne change rien au fait que s'il ne meurt pas, notre ennemi survivra. Même si Harry détruit tous les horcruxes, même s'il tue Voldemort, même si sa victoire est absolue, il perdra. Nous perdrons tous. Peu importe ce qui adviendra, ce garçon doit mourir, dit-il avec douleur. Il n'y a aucun autre choix.

Galicia le regarda avec tristesse puis baissa la tête sur son tableau.

- Une fin incontournable qui d'ailleurs, faillit advenir la toute première année de ses études, continua le professeur d'un ton plus léger. À la fin de cette année là, il dû affronter Voldemort. Je savais ce qui se jouait et je ne m'y suis pas opposé car bien sûr, nul ne doit empêcher une prophétie de s'accomplir.

- Pableu certes! Il n'y a pas meilleure façon de se damner que de se mêler des prophéties.

- Et il en est encore aujourd'hui comme de votre temps Clodomir, souligna Evrett.

- Les prophéties répondent aux même règles depuis toujours et nous ne sommes pas près d'en changer, approuva Dumbledore. Mais puisque c'est là ma dernière confession, je ne cacherai pas le pire.

Il regarda gravement la galerie des maîtres.

- Je dirai ici ce qui me pèse le plus lourd car à ce moment, je fus un véritable lâche et je me suis montré indigne de ma tâche.

Des murmures coururent parmi les portraits surpris, n'osant imaginer en quoi le grand sorcier avait pu déchoir ainsi. Puis un lourd silence tomba sur l'atelier dans l'attente de l'odieuse révélation.