Athos errait sans but dans les rues de Paris. Encore une soirée difficile, seul après avoir éconduit ses amis, à boire. Mais ce soir, sans vraiment savoir pourquoi, il avait besoin de prendre l'air. Il marchait d'un pas hésitant dans les rues de Paris, son insigne de mousquetaire bien planté sur son épaule. Peu de gens n'étaient pas chez eux, et le peu de personnes qu'il croisait n'étaient souvent que des vauriens ou des coupe-jarrets qui s'éloignaient de lui en voyant son insigne, son pistolet et son épée, conscients que cet homme du Roi pouvait les arrêter plus ou moins définitivement. Athos n'était pas de service et se moquait totalement de ceux qui se mettaient en travers de sa route. Il ne pensait qu'à la douleur qui serrait de nouveau son coeur comme à chaque fois qu'il buvait seul. Il ne pouvait dire, maintenant que les années passaient, s'il buvait à cause de la douleur où s'il souffrait à cause du vin. Pourtant la douleur était là, encore, toujours. Une douleur sourde et lancinante qui le forçait à boire plus encore afin d'oublier. Mais l'oubli par le vin est pervers. Il lui arrivait de ne plus penser à elle, à ce qu'elle avait fait, il oubliait un peu plus facilement l'absence de ce frère qu'il avait perdu. Mais au matin… Pour l'heure, Athos s'efforçait de ne pas penser au réveil qu'il savait déjà difficile. Il n'avait pas envie de sortir de cet état second qui lui permettait un instant de se croire capable de vivre et non plus de survivre.

La ruelle était déserte à ses yeux et il marchait droit devant, ne regardant que le sol pour ne pas perdre son équilibre bêtement, lorsqu'il sentit que quelqu'un le percutait. Le mousquetaire mit quelques secondes avant de comprendre ce qu'il se passait et de reprendre ses esprits. Alors qu'il allait se mettre à bougonner et à faire des remontrances à la personne qui ne semblait pas regarder devant elle, il vit une forme humaine, une femme sans doute, plaquée contre le mur, dans une attitude effrayée. Dans la nuit éclairée uniquement par la lueur de la pleine lune, il eut un choc. Athos, le mousquetaire si calme, si froid parfois, ne put se retenir, et, semblant être possédé, il se jeta en avant afin de regarder la forme humaine. C'est alors qu'elle poussa un cri en se roulant en boule. Dès ce moment, Athos n'eut plus aucun doute sur celle qui se tenait devant lui, malgré la pénombre, malgré les années, malgré l'alcool. Comment ne pas reconnaître la forme qu'il avait devant lui ? Cette jeune femme qui était partie sans rien dire avec l'aide de son frère ? Personne n'aurait pu et surtout pas lui. Elle était le symbole d'une vie heureuse, d'un temps passé qui n'était plus et qui ne serait sans doute jamais. Athos fit quelques pas en arrière et buta contre le mur dans son dos ce qui le ramena à la réalité brutalement. Dégrisé en un instant, il trouva la force de faire face et de s'approcher d' "elle".

"Tout va bien, ce n'est rien."

Si sa voix était presque douce, il n'était, et ne serait sans doute jamais, capable d'avoir la douceur de Thomas. Cependant il s'efforçait de ne pas se montrer brutal, sachant pertinemment que le vin pouvait le rendre mauvais. Elle, toujours en boule, tremblait plus que jamais et le mousquetaire pu le sentir en posant sa main sur son épaule. Il ne voulait pas lui faire peur ni la faire fuir et ne pouvait la laisser ainsi. Alors, malgré sa prudence, il agissait doucement afin de la rassurer bien qu'il sache que cela ne servait à rien.

"Regardez-moi… Regardez-moi jeune-fille… Regardez, c'est Olivier de la Fère, vous vous souvenez ?"

Il savait qu'il devait lui donner son ancien nom, le nom qu'elle connaissait sans doute, qu'elle avait peut-être retenu. Et cela semblait marcher. Athos vit se lever vers lui un regard horriblement triste, perdu, horrifié et il ne put que sentir son coeur se serrer de douleur. Elle n'avait pas changé. En vérité, elle avait changé, mais pas comme il l'aurait espéré. Aurore paraissait encore plus soumise et plus misérable.

Aurore était terrorisée et ne parvenait pas à se calmer. Cependant, les mots d'Olivier, devenu Athos, touchaient son coeur. Elle se souvenait de ce nom, de ces gens si gentils avec elle. Alors elle se dit qu'elle pouvait leur faire confiance, lui faire confiance. C'est pourquoi elle se décida à le regarder, sans rien dire, sans rien faire, silencieuse et confuse. Elle voyait en face d'elle la force et la douleur, l'autorité et la douceur aussi. Un mélange fou et totalement improbable mais qui rendait cet homme humain aux yeux de l'animal traqué qu'était devenue Aurore.

Lorsque Athos compris qu'il avait établit un lien avec elle, comme autrefois son frère, il sut qu'il devait reprendre le flambeau. Alors doucement, calmement, il prit sur lui d'agir certes rudement pour elle, mais il ne pouvait la laisser dans cette rue sale. Alors le mousquetaire, conscient qu'elle hurlerait sans doute, souleva la petite chose dans ses bras. Elle était légère et il n'eut aucun mal à se relever avec elle contre lui. Une fois debout, il put constater avec étonnement qu'Aurore ne bougeait ni ne hurlait, au contraire. Elle était d'un calme parfait, presque inconsciente, ce qui arracha un soupir à Athos qui se mit à lui parler avec douceur.

"Ça va aller Aurore… Je ne vous ai pas oubliée et je vais vous aider, je vous le promets."

C'était, comme autrefois son frère, un vœu pieux qui comptait bien se voir réaliser puisque son cadet ne pouvait finir ce qu'il avait commencé. Alors quand elle se laissa faire, il fut soulagé et prit sur lui de l'emmener chez lui. Après tout, personne n'habitait sa petite mansarde hormis lui-même, et elle serait tranquille pour se reposer et lui raconter son histoire.

Aurore se laissait porter, consciente qu'il pouvait faire d'elle tout ce qu'il voulait. Cependant elle n'avait pas envie de se battre, plus envie de résister. Tout ce qui comptait désormais c'était que tout s'arrête pour elle, alors Athos ou un autre, cela lui importait peu. Elle pensait à ce qu'elle venait de vivre, à ce qui allait en découler et ce qui se passerait pour ceux qui l'aidaient. Alors, dans un sursaut de courage, malgré les larmes et la fatigue, elle puisa dans ses dernières forces afin de murmurer.

"Non… Laissez-moi… Thomas…"

Le dernier mot arracha un frisson de tristesse à Athos qui n'eut le coeur de lui répondre sur l'instant. Il se contenta de la serrer un peu plus fort, mais non violemment, contre lui. Aurore le sentit mais n'eut pas peur cependant, elle avait confiance en cet homme malgré la situation. Elle n'avait peur que d'une chose… D'EUX.

Athos, après avoir marché un moment avec la douce Aurore dans les bras, finit par la déposer sur son lit défait dans une petite chambre en désordre. Il s'arrêta un instant pour regarder la petite forme roulée en boule sur la couverture. Le mousquetaire, pourtant habitué à retenir ses émotions ne put s'empêcher de soupirer tristement tout en secourant la tête. Aurore lui faisait de la peine et il savait qu'il allait lui faire encore du mal quand il lui parlerait de Thomas. Mais pour l'instant il avait plus urgent à faire ; il devait l'aider et la calmer pour comprendre ce qu'il se passait et comment la secourir. Alors il prit doucement une chaise et s'assit à ses côtés, sans la toucher et attendit un moment qu'elle se calme et se sente en sécurité.

Les minutes douloureuses finirent par passer et Aurore se calmait peu à peu quand Athos comprit qu'il pouvait essayer d'agir. Doucement il se leva pour servir à la jeune femme la seule chose qu'il possédait dans sa modeste demeure, du vin, et lui apporta en lui parlant tout en reprenant sa place.

"Tenez, cela va vous faire du bien. On n'offre en général pas du vin à une jeune femme, mais croyez-moi, cela vous aidera."

Aurore n'aimait pas le vin et ne l'avait jamais aimé et pour cause… Toute sa vie elle avait souffert à cause de l'alcool et ne supportait pas d'en boire, cependant la promesse d'Athos était tentante et, semblant ne pas réfléchir, elle attrapa le verre d'une main tremblante. Athos lui sourit doucement bien qu'elle ne le regardait pas.

"Bien Aurore… Allez-y doucement… C'est bien."

On aurait pu croire qu'il parlait à une petite fille et de fait, pour Athos, c'était le cas. Il savait qu'elle était jeune, pratiquement le même âge que Thomas, et cela le touchait car il voulait l'aider. Athos avait cette force en lui le poussant à aider ceux qu'il choisissait. Il l'avait fait, il le faisait encore, avec Aramis, son ami et frère, et il le faisait maintenant avec Aurore. Et ce mousquetaire attentionné voyait avec un certain plaisir qu'Aurore l'écoutait. Il sentait qu'il pouvait lui parler et qu'elle ne se braquerait pas. Alors il prit son courage à deux mains, préférant de loin affronter les gardes rouges que d'avoir cette lourde conversation. Mais il ne pouvait plus reculer, il était trop tard.

"Aurore, comment allez-vous ? Qu'est-ce qu'il c'est passé ?
- Bien… Rien…"

Des mots à peine murmurés pour toute réponse, Athos se sentait malgré tout chanceux qu'elle réponde tout de go. Alors il lui sourit tout doucement tandis qu'elle jouait avec son verre, y faisant tanguer le vin à l'intérieur tant par ses tremblements que par ses mouvements. Le mousquetaire savait qu'elle allait mal et qu'elle ne voulait parler. Cependant toute sa conscience lui hurlait de parler, de lui poser des questions, pour la libérer. Alors calmement il reprit la parole, espérant qu'elle ne se braquerait pas.

"Je sais que vous avez peur, mais vous savez que je ne vous ferai rien. Je veux vous aider, d'accord ? Vous pouvez tout me dire, je vous l'assure."

Aurore entendait ce qu'il lui disait, mais elle refusait de parler. Elle avait bien trop peur de ce qu' « il » pourrait lui faire à lui si jamais « il » le retrouvait. Mais elle sentait qu'il voulait vraiment l'aider et cela lui faisait du mal. Alors elle poussa un long soupir avant de lui parler d'une voix étreinte, brisée.

"Non… Non, si je vous le dis… S'ils me retrouvent… Vous allez souffrir, vous et Monsieur Thomas… Alors non…"

Athos sentit son coeur se briser. Ainsi elle n'avait pas oublié qui il était mais elle n'avait pas non plus oublié Thomas. Pourquoi les choses ne se passaient jamais simplement pour lui ? Il se le demandait vraiment. A son tour il soupira et prit la parole. Il devait lui dire maintenant que son cadet n'était plus celui qu'elle avait connu. Cela lui ferait du mal de toute évidence, mais au moins ce serait fait. Alors il se lança.

« Aurore, je vous l'assure, personne ne fera de mal à Thomas… Il a bien changé et… Il n'est plus celui que vous avez connu. Personne ne lui fera de mal. Alors parlez-moi. Je veux vous aider. Je veux vous voir sourire. »

Le mousquetaire essayait d'être calme et doux avec elle et pourtant rien n'y faisait. Il sentait bien qu'un lien venait de se briser. La jeune femme devant lui regardait fixement devant elle, comme si les paroles à propos de Thomas ne l'avaient pas touchée, comme si elle n'était plus là. Et pourtant…

Dans la tête d'Aurore tout se passait très vite. Les idées, les souvenirs, la peur de l'avenir. Et cette certitude ancrée en elle : c'était de sa faute. Elle ne savait pas ce qu'était devenu Thomas qui rende si triste son frère, mais elle sentait au fond d'elle que cela était de son fait. Alors enfin, après de très longues minutes, elle tourna la tête pour poser sur Athos un regard d'une lassitude sans fin. Ces yeux-là avaient tout d'un appel au secours muet et pourtant la voix se fit plus ferme.

« Vous ne pouvez pas. Tous ceux qui m'ont aidée ont eu des ennuis… Monsieur Thomas aussi visiblement… Alors… Tuez moi, c'est ce que vous avez de mieux à faire. »

Des paroles terribles dans la bouche d'une jeune femme et pourtant si criantes de vérité qu'Athos en eut des frissons. Il savait que ce n'était pas les effets du froid mais un écho terrible à son passé. Ne voulant pas sombrer une nouvelle fois dans la mélancolie, il attrapa le verre de vin à moitié vide des mains d'Aurore et s'astreint à parler d'une voix douce.

« Non Aurore. Non, je ne le ferai pas. Je vais me battre pour que vous puissiez vivre, même si vous ne le voulez pas. Thomas serait d'accord avec moi. Alors pour commencer, vous allez tout me dire, tout me raconter. Ensuite, nous verrons ce que nous ferons. »

Athos avait l'âme d'un chef et cela se sentait. Aurore, comme toujours en face de l'autorité ne pouvait que plier. Alors, rentrant les épaules et baissant la tête, elle obéit. Comme toujours. Le mousquetaire n'était pas sot et pouvait très bien faire la différence entre la libre parole et la soumission à un ordre. Cependant il ne dit rien, attendant qu'elle se livre enfin. Ce serait seulement à ce moment-là qu'il pourrait commencer à faire ce qu'il fallait.

« Ils… Ils ont…, sa voix n'était qu'un souffle douloureux. Mon père… Il a organisé un…Un rendez-vous avec l'homme que… Que je devais épouser… Et… Il m'a frappé car je ne voulais pas… Et puis cet homme… Dans les jardins… Il a… Il a essayé de me… Il m'a… violée… Mais… Je ne sais pas… J'ai attrapé une pierre… J'ai frappé. Je me suis enfuie… je crois que… il est mort… Je… »

Elle ne pouvait continuer. Un flot de larmes dévalait ses joues pâles. Comment trouver la force de s'arrêter après avoir vécut le pire ?
Le mousquetaire lui, la regardait avec cette expression interdite et terrifiante. Il ne comprenait pas comment on avait pu frapper et violer une si jolie et fragile jeune femme. S'il avait eu des doutes quant aux mauvais traitements il y a des années, jamais il n'aurait pensé à cela. Jamais. Cependant Olivier savait qu'il devait rester calme afin de ne pas effrayer d'avantage sa fragile compagne. Alors, aussi calmement que possible, il prit la parole.

« Aurore… Je n'ai pas de mot pour dire combien je suis désolé. Mais maintenant tout cela est fini, d'accord ? Je vais vous aider. Nous allons vous trouver un refuge.
- Non… »

Le cri était déchirant et la terreur des yeux d'Aurore réelle. Elle avait peur pour Athos et celui-ci le savait. D'autant plus touché que depuis tant d'années personne ne l'avait regardé ainsi – enfin c'est ce qu'il croyait – il essayait de ne pas paraître trop ferme.

« Je ne vous laisse pas le choix et j'en suis désolé… Vous êtes sous ma protection maintenant et je ne laisserai personne vous faire de mal. Personne. Pas même Thomas. »

Ce commentaire lui échappa et il regretta aussitôt de l'avoir fait. Mais il était trop tard. Aurore ne comprenait pas et le regardait, effarée. Comment Thomas pouvait lui faire du mal ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Athos lui, ne le savait que trop bien, mais il refusait, pour l'instant, de lui en parler.

« Je vous l'expliquerai plus tard Aurore… Maintenant, vous devez dormir. Je veillerai sur vous. »

Sans un mot il la força à s'allonger sous les couvertures et il attendit, à côté d'elle. Il savait que les larmes, la peur, la fatigue auraient raison d'elle. Alors il attendit… Et elle s'endormit.

La nuit fut longue et compliquée pour Aurore comme pour Athos tant la jeune-femme fit des cauchemars. Ses cris emplirent la pièce plongée dans le silence plus d'une fois sans jamais qu'elle ne soit pourtant réveillée. Le mousquetaire dut faire preuve d'une douceur immense afin de la calmer et de la rallonger à chaque crise. Quand enfin le soleil apparut dans la pièce, Aurore ouvrit les yeux, et, sans comprendre ce qu'il se passait, elle s'assit sur le lit. Ses rêves et son esprit embrumé lui interdisaient de réfléchir. Pourtant, en posant les yeux sur ce qui l'entourait, elle put voir Athos en train de préparer, pour une fois, un thé. Lui qui avait l'habitude de finir les bouteilles de vin devait improviser et il ne s'en sortait pas si mal que cela. Un thé fumant, un morceau de pain et un fruit. C'était à se demander où il avait trouvé tout cela. Mais, en homme secret qu'il était, il ne dit rien alors qu'il posait le tout sur les genoux d'Aurore.

« Bonjour Aurore. Mangez, cela vous fera du bien. »

La jeune femme ne pouvait pas manger tant elle avait la gorge nouée. Elle regardait fixement le thé fumant tout en essayant de mettre de l'ordre dans ses pensées. Une fois un peu plus alerte, elle ne sut que murmurer :

« Je… Je n'ai pas faim…
- Je sais, mais il faut que vous mangiez un peu… Une bouchée de pain et buvez le thé. C'est tout ce que je vous demande. »

Aurore, docile, obéissante, prit une bouchée de pain et but son thé, sous le regard attentif du mousquetaire. Ce dernier n'aimait pas le comportement de sa petite invitée mais savait que cela venait de son éducation. Il savait que tout n'avait pas été simple pour elle et ne voulait pas la brusquer. Cependant il devait l'aider à passer un cap, ce cap de la terreur qu'il lisait dans ses yeux chaque fois qu'il lui demandait quelque chose avec insistance. Mais comment faire ? Il n'avait de cela aucune idée. Peut-être que lui faire comprendre avec des mots ne suffisait pas. Alors comment faire ? Il se dit alors qu'elle était une petite biche blessée qu'il devait soigner, c'est pourquoi ses yeux brillaient d'une douceur qu'il était loin d'imaginer lui-même.

Aurore ne s'y trompait pas elle. Elle voyait bien la douceur de cet homme au physique si rude, mais, malgré elle, elle avait peur. De quoi ? C'était bien la question qu'elle se posait. Avoir peur d'un homme qui ne lui avait pas encore sauté dessus était tout simplement stupide et pourtant. Pourtant elle avait en elle cette peur chevillée au corps. Elle avait peur pour elle, mais pas seulement. Elle savait que s'Ils la retrouvaient, alors Athos aurait à en souffrir aussi et elle ne supportait pas cette idée. Serrant dans sa main la tasse de thé, elle ne se rendit pas compte que son esprit divaguait et était happé dans les souvenirs douloureux. C'est pourquoi quand le mousquetaire mit sa main sur son bras, elle poussa un petit cri étranglé, comme une souris.

« Chut... Ça va aller, la rassura Athos.
- Je... sais... dit Aurore d'une voie brisée.
- Non, tu ne sais pas. Je t'assure que tout va bien se passer. Il suffit de me faire confiance. D'accord ? Personne ne te fera plus de mal. Ni moi, ni personne.
- Ni... Thomas... »

La jeune-femme n'avait pas oublié ce que lui avait dit son sauveur. Thomas ne pourrait plus lui en faire. Mais elle n'avait jamais douté de la gentillesse de ce frère cadet qu'elle n'avait que peu connu.

Athos ne put que pousser un soupir à la phrase de sa petite protégée. Ainsi elle n'oubliait rien concernant son frère. Cela lui faisait du mal en un sens car lui dire l'étrange et folle vérité l'obligeait à replonger dans des souvenirs qu'il ne tenait pas à voir de nouveau exposés au grand jour. Ceux d'un départ, d'une perte, d'une mort... Les mains de l'homme tremblèrent un instant avant qu'il ne se reprenne afin d'enlever la tasse et le petit-déjeuner d'Aurore. Ce ne fut qu'après ce moment qui lui permit de se reprendre qu'il put enfin s'asseoir à côté d'elle, plus serein en apparence, mais plus torturé que jamais. Il allait devoir lui révéler quelque chose qu'il aurait préféré garder pour lui à jamais...