Note : Ça y est, voici le chapitre qui va faire polémique dans toute la blogosphère fanfictionnelle (du moins parmi la quinzaine de personnes qui suit cette saga XD). No hate, no regrets, pals ! Ce chapitre suit juste l'ordre des choses, les sorciers ne vivent pas éternellement, deal with it ! ^^

Disclaimer : Le personnage dans sous le linceul n'est pas issu de mon imagination, juste un emprunt à JKR pour faire pleurer mes lecteurs. De même, tous les membres de l'AD (Hermione, Ron, Harry, Ernie, Susan, Anthony etc.) et leurs ennemis (Malefoy, Zabini, Goyle etc.) que vous reconnaitrez sûrement sont la propriété de notre déesse à la plume si imaginative. Là encore, je les emprunte dans un souci d'authenticité et de nostalgie que j'essaie d'instaurer par-ci par-là dans ma saga.

Défis : Bon, y a eu un couac de compréhension concernant les modalités du défi. Je pensais pourtant avoir été clair... En fait pour les "anciens", ils peuvent m'envoyer un mp qu'à partir du lundi (s'ils ont déjà posté une review entre temps), pas avant. Bref, peu importe. Sachez en tout cas, pour ceux qui ont un OS en attente (Ty S. Brekke, Bokaya, Invictus) que je ne vous oublie pas (comme Céliiiine !) et je m'attelle à vos OS dès que j'ai un peu de temps. Sur ce, bises et bonne lecture !


La pluie se mit à tomber alors que le mois d'octobre commençait à décliner. Les cours dispensés à l'École de magie devenaient de plus en plus difficiles tandis que leurs capacités magiques commençaient à prendre forme. Ils apprirent notamment à faire voler des encriers, à métamorphoser des objets plus gros comme des tasses ou des lampes de chevet, à préparer des potions plus complexes toujours portées sur les soins esthétiques, ou à s'occuper de plantes de plus en plus utiles ils firent également leurs premiers exposés sur les malédictions des sorciers égyptiens et sur les différentes constellations qui peuplaient le ciel.

Dans le même temps, les élèves de première année commençaient à se familiariser avec le château, ses coutumes et ses énigmes. De plus en plus de passages secrets, de raccourcis et de cachettes furent découverts par ces derniers qui s'émerveillaient de vivre dans un endroit si riche de mystères. Ils aperçurent également que les tableaux n'étaient pas les seuls à être doués de parole et de mouvement les statues des grands personnages historiques étaient elle aussi ravies de s'entretenir avec les jeunes sorciers qui passaient devant eux, ainsi que les armures qui peuplaient les couloirs tout en laissant échapper des grincements à vous glacer le sang quand on s'y attendait le moins.

De plus, Poudlard était autant synonyme d'émerveillement que d'épouvante. Ce fut d'ailleurs le sentiment général que la plupart des première année éprouvèrent lorsqu'ils se rendirent compte que les occupants du château n'étaient pas tous en chair et en os. En effet, nombreux étaient les fantômes qui erraient à Poudlard, certains silencieux, d'autres bavards comme des pies. Chaque Maison avait d'ailleurs son fantôme officiel qui, en son temps, avait étudié dans l'enceinte du château, au sein de la maison qu'il représentait.

Sir Nicolas de Mismy Porpington – aussi appelé Nick-Quasi-Sans-Tête – était celui de Gryffondor. Il exerçait une véritable fascination sur les cousins Weasley qui ne cessaient de le harceler de questions concernant le fait que sa tête ne tenait plus que par quelques tendons. En revanche, il était plutôt sujet de méfiance et de dégoût du côté des filles qui n'arrivaient toujours pas à se faire à l'idée que le fantôme officiel de leur Maison fût capable de se décoller la tête presqu'entièrement sans que cela ne lui pose de réel problème.

Les Poufsouffle pouvaient compter sur le Moine Gras pour leur remonter le moral et leur raconter des histoires fabuleuses sur les différents sorciers qu'il avait rencontrés à travers les époques. Eric Hortshore aimait beaucoup ce sorcier replet, d'autant plus qu'il avait failli hériter de sa baguette. Il ne pouvait pourtant pas s'empêcher de noter que ce fantôme était bien plus connu de son vivant pour ses recettes de cuisine et son aptitude à descendre des quantités considérables de vin, que par son talent de sorcier.

Du fantôme de Serdaigle, en revanche, on ne savait rien la Dame Grise ne parlait jamais et évitait le plus souvent les élèves pour aller contempler le ciel et les étoiles au sommet de la Tour d'Astronomie. Hester se demandait ce qui avait bien pu entraîner un tel mutisme, et – plus encore – une telle tristesse dans ses yeux. Tina, en revanche, faisait tout pour éviter ce fantôme qu'elle trouvait miteux et qui lui faisait froid dans le dos.

Cependant, aucun fantôme au monde n'aurait pu être plus effrayant que le Baron Sanglant silencieux, le regard noir, il ne parlait jamais lui non plus et n'incitait guère aux confidences, au contraire du Moine Gras et de Nick-Quasi-Sans-Tête. Même les plus durs et les plus intrépides des Serpentard le craignaient ce n'était pourtant pas le cas de Vindicus McAllister et de son jeune frère qui savaient parfaitement qu'un sorcier ne devenait fantôme que par peur de la mort et par lâcheté de découvrir l'inconnu. Et pour cela, Milo estimait que les fantômes ne méritaient que son mépris…

Plus les première année passaient du temps dans les couloirs du château, dans les rayons de la bibliothèque, dans leurs salles communes respectives, plus ils s'aperçurent que Poudlard était aussi une école pleine de dangers. Ils pouvaient être bénins, comme une porte qui vous jette sa poignée à la figure si vous ne lui demandez pas gentiment de s'ouvrir, ou une marche qui décide de s'affaisser au moment précis où vous posez le pied dessus, accélérant la descente et rendant le derrière douloureux ou bien plus sérieux, comme ce couloir au deuxième étage qui était fermé à clé en permanence et dont on entendait derrière des grognements sauvages qui dissuadaient quiconque d'en franchir la porte, ou alors la forêt interdite dont on disait qu'elle étaient peuplée par les créatures les plus dangereuses du monde magique.

Mais en réalité, le plus grand danger à Poudlard ne mesurait pas plus d'un mètre cinquante et était coiffé d'un ridicule chapeau haute-forme couleur orange. Étrangement translucide, mais trop consistant pour entrer dans la catégorie des fantômes, Peeves, l'Esprit Frappeur du collège Poudlard était un redoutable obstacle à la vie paisible dans l'école. S'il ne décidait pas d'inonder un des sept étages du château, c'était qu'il devait préparer les mauvais coups dont lui-seul avait le secret, comme boucher les serrures des portes du deuxième étage avec du chewing-gum, enduire de savon les escaliers du troisième étage, ou dévisser les lustres du quatrième étage quand quelqu'un passait en dessous.

Aux grands maux, les grands remèdes, le plus farouche ennemi de l'esprit frappeur dans ce château n'était autre que Romilda Vane, la redoutable concierge de l'école, une grande sorcière rachitique au menton proéminent et aux grands yeux noirs inquisiteurs. Elle possédait un corbeau qui avait pour seule tâche d'anticiper les bêtises que pouvaient faire les élèves contre qui elle menait une guerre presqu'aussi féroce que celle qu'elle menait contre Peeves. Curieusement, ces cibles préférées étaient les élèves masculins plutôt séduisants – elle avait déjà essayé de punir Grégory mais avait dû renoncer en voyant qu'il était d'une intouchable sagesse – qu'elle convoquait dans son bureau et dont on disait qu'ils n'étaient plus les mêmes dès lors… Cela lui avait valu une horrible réputation et une crainte encore plus prononcée que celle inspirée par le dangereux esprit frappeur.

Graup, le géant garde-chasse de Poudlard, était lui aussi l'une des principales raisons qui poussaient les élèves à respecter la plupart des règles de Poudlard. Ou du moins, celle qui interdisait à quiconque de se promener dans le parc la nuit. Les cousins Weasley avaient essayé de déjouer sa vigilance pour aller faire un petit tour dans la Forêt Interdite, mais ils avaient tout de suite regretté leur témérité après avoir passé trois longues heures en compagnie du terrifiant colosse.

Alors qu'Halloween approchait à grands pas, le château fut fortement assombri par les toiles d'araignées, les chauve-souris vivantes, les citrouilles lumineuses et autres artifices que les moldus avaient copiés sans vraiment en comprendre le sens. Au-dehors, la pluie tambourinait aux fenêtres du château et, en équilibre précaire dans la fragile serre n°1, le professeur Londubat était occupé à donner un cours sur les laitues euphorisantes. Il n'avait pas tout à fait fini son explication qu'un minuscule hibou s'engouffra par la fenêtre de la serre et vint joyeusement se poser sur le bureau du professeur. Il portait un rouleau de parchemin bien trop lourd pour lui et hululait joyeusement, apparemment ravi d'avoir pu accomplir sa lourde tâche.

- Tiens ! fit Londubat légèrement surpris. Qu'est-ce qui t'amène ?

Le minuscule hibou hulula de plus belle et cela ne fit aucun doute qu'il connaissait le professeur. Amusé par cette petite boule de plumes qui sautillait sur le bureau du professeur, les élèves n'en étaient pas moins étonnés de son audace : normalement, les hiboux n'apparaissaient jamais en plein cours.

Aucunement dérangé par ce manque de tact, et sans remarquer que tout ce remue-ménage avait incité les élèves à stopper leurs travaux auprès des laitues euphorisantes, Londubat déplia le morceau de parchemin, et se mit à lire silencieusement. Au fur et à mesure que ses yeux parcouraient la lettre, son expression devenait de plus en plus distante, comme s'il n'appartenait plus au même monde qu'eux.

- Professeur, tout va bien ? s'inquiéta Nathan, soucieux de la santé de son enseignant préféré.

- Oui, répondit celui-ci dans un murmure à peine audible. Tout va bien, c'est mieux comme ça, de toute façon…

Puis, relevant la tête, il vit que ses élèves n'étaient pas rassurés le moins du monde et, tout en esquissant un faible sourire, il déclara :

- Le cours est fini pour aujourd'hui. Pour la semaine prochaine, j'aimerais que vous réalisiez une fiche complète sur les différentes plantes que vous avez déjà étudiées, avec leurs noms, leurs propriétés et la façon la plus appropriée de s'en occuper. Je vous remercie, à la semaine prochaine.

Et avant qu'aucun élève n'ait pu ajouter quoi que ce soit, il avait déjà quitté la serre pour rejoindre le château à grands pas, laissant à Nathan, Grégory et Mathilda le soin de ranger les pots.

- Qu'est-ce qui se passe à votre avis ? demanda Mathilda très inquiète.

- Quelque chose de très grave, j'imagine, lui répondit Grégory, je n'ai jamais vu le professeur Londubat dans un tel état de fébrilité. J'espère que ça ira…

- On finira bien par le savoir, dit Nathan d'une voix incertaine, alors qu'il posait machinalement une laitue à vingt centimètres du panier prévu pour. Rien ne sert de se poser des questions, si on doit savoir quelque chose, on le saura.

A cet instant, Nathan ne se doutait pas à quel point il avait raison. Il ne réalisait pas qu'à quelques mètres de là, dans la Grande Salle, on décorait les murs et les tables de tentures noires, en souvenir d'un être cher disparu.

Voilà pourquoi durant toute la journée du 31 octobre, tous les élèves vaquèrent à leurs occupations sans vraiment accorder d'attention à la mine maussade des professeurs, l'interprétant simplement comme une réaction naturelle au mauvais temps qui s'acharnait sur Poudlard et ses environs.

Ce ne fut que lorsqu'ils entrèrent dans la grande salle pour le dîner d'Halloween qu'ils ne purent ignorer plus longtemps le malaise ambiant : de longues tentures noires flottaient paresseusement au dessus de la grande salle dont le plafond magique affichait un agressif ciel d'orage qui effraya d'ailleurs plusieurs première année. Jamais de tels éclairs étaient tombés sur la Grande Salle depuis le début de l'année. Les treize professeurs et la directrice étaient présents autour de la table du fond. C'était la première fois qu'ils étaient aussi nombreux lors d'un banquet du soir. Tous affichaient un air de profond chagrin – excepté, peut-être, le professeur Malefoy qui restait de marbre. Nathan eut le cœur soulevé en voyant le professeur Londubat frotter doucement le dos du professeur Chourave qui semblait prête à éclater en sanglots. En regardant autour de lui, il remarqua qu'aucun des élèves ne semblait au courant de ce qui se passait, ils affichaient tous un air sceptique et inquiet, comme des enfants qui craignaient que leurs parents les eussent punis pour un méfait qu'ils n'avaient pas commis.

La démarche incertaine, Nathan alla s'asseoir en compagnie de Grégory et Mathilda, et resta silencieux devant sa coupe de jus de citrouille. Contrairement aux autres dîners dans la Grande Salle auxquels Nathan avait assisté, aucun bruit ne perça la lourde atmosphère silencieuse qui s'était installée à la vue des tentures noires et des visages fermés des professeurs.

Seul Jack Weasley eut la mauvaise idée d'ouvrir le bec :

- On va enfin comprendre pourquoi Londubat était si bouleversé ce matin, vous croyez que quelqu'un est mo… Aoutch !

Sans qu'il s'en aperçoive, Mrs Vane s'était glissée à la table de Gryffondor et avait asséné un puissant coup à l'arrière du crâne du jeune effronté. Pour une fois, Nathan était d'accord avec son geste. Si la concierge ne l'avait pas fait, il aurait frappé Zack Weasley lui-même, en prenant bien plaisir à effacer cet ignoble sourire gourmand de ses lèvres.

- Mais je n'ai rien dit de mal ! fit Jack dans un chuchotement indigné. Je voulais juste savoir…

- Ferme-la, Jack ! dit sèchement un troisième année aux cheveux roux que Nathan ne connaissait pas. Ils vont dire quelque chose.

Tous les autres Gryffondor suivirent son regard et virent qu'il avait raison : le professeur Londubat s'était redressé et, la coupe levée, il regarda d'un air grave l'assemblée d'élèves qui s'étendait devant lui, attendant avec inquiétude des paroles qui s'annonçaient particulièrement démoralisantes. Puis, après un profond soupir, il se décida à parler. Les élèves étaient suspendus à ses lèvres.

- Comme vous pouvez le constater, commença Londubat en s'efforçant de ne pas baisser les yeux, aujourd'hui, nous avons appris une nouvelle qui nous a tous plongés dans un profond chagrin.

L'expression neutre de Scorpius Malefoy vint contredire cette affirmation, et Nathan n'en éprouva que plus d'animosité à son égard. Cependant, il était vrai que tous les autres membres du corps professoral, ainsi que la concierge et la bibliothécaire, semblaient avoir atteint le paroxysme de la tristesse on voyait bien qu'ils faisaient tous de gros efforts pour ne pas craquer. Même Graup le géant, dont l'énorme visage apparaissait derrière les vitres encrassées de la Grande Salle, ne pouvait s'empêcher de verser des larmes grosses comme des rochers.

- Minerva McGonagall, qui était directrice de Poudlard il y a cinquante ans, est décédée ce matin à 7h15.

Le silence, qui jusque là n'était qu'un silence curieux, devint vite compatissant, puis de deuil. Jack Weasley, la main sur la bouche, parut complètement désorienté, il devait se sentir coupable d'avoir autant manqué de tact. Cependant, nombre des élèves autour de lui ne semblait pas avoir mesuré l'impact de la nouvelle seuls ceux qui venaient de vieilles familles de sorciers savaient qui était cette Minerva McGonagall.

Nathan avait déjà lu ce nom quelque part, dans son livre d'histoire, il lui semblait. Mais n'était plus vraiment sûr dans quel chapitre.

Eric, lui, savait de qui il s'agissait, mais n'ayant jamais fréquenté quelqu'un qui l'avait connu – tous ses grands-parents étaient déjà morts – il ne fut pas bouleversé plus que ça.

Hester, qui connaissait parfaitement l'histoire de cette illustre sorcière, ne put s'empêcher de verser de grosses larmes qui coulèrent dans sa coupe de jus de citrouille sous son visage. Son grand-père, Anthony Goldstein, lui en avait tant parlé.

Milo, en revanche, ne prêta aucune attention à cette nouvelle qui semblait anéantir tout le monde. Bien sûr qu'il connaissait cette femme, il la connaissait même très bien : c'était une farouche opposante à la loi sur le contrôle des moldus que sa mère avait voulu passer trois ans auparavant. La notoriété de cette résistante était encore bien réelle, même cinquante ans après.

- Le professeur McGonagall a enseigné la Métamorphose pendant plus de quarante ans au sein du collège Poudlard, avant d'en devenir la directrice pendant quinze ans, expliqua Londubat la voix tremblante. C'était une enseignante remarquable qui a toujours mis un point d'honneur à respecter les valeurs d'impartialité et de rigueur qui étaient celles de sa Maison.

Il marqua une pause en regardant la table des Gryffondor avec un sourire nostalgique.

- La plupart de vos professeurs – dont moi-même – ne seraient pas ici sans ses précieux conseils et son professionnalisme remarquable.

Encore une fois, le professeur Londubat marqua une pause douloureuse pendant laquelle il parcourut du regard ses collègues enseignants. Plusieurs, dont les professeurs Chang et Robbins, acquiescèrent d'un petit signe de tête empli de reconnaissance et de tristesse. Parmi les autres qui acquiescèrent, Nathan remarqua deux professeurs qu'il ne connaissait pas : une sorcière aux yeux rêveurs qui portait au cou un insolite collier de bouchons de liège et une autre, beaucoup plus féminine, qui arborait des grands anneaux d'or aux oreilles et un turban couleur sable pour tenir sa longue chevelure. A en juger par leurs nombreux rides et leurs cheveux d'une blancheur de neige, elles semblaient aussi âgées que Londubat et Chang.

- De plus, continua Londubat qui semblait devoir rassembler toutes ses forces mentales pour de pas flancher, c'était une combattante hors pair qui s'occupa d'une main de maître de la défense du château lors de la grande bataille qui eut lieu en ces murs il y a cinquante ans. Sans son sang froid et ses compétences indéniables, nous pouvons être sûrs que cet endroit serait aux mains des Forces du Mal à l'heure qu'il est. Mais c'est d'abord pour nous, les vieux professeurs de cette école, un exemple à suivre, et une amie très chère qui nous quitte.

Sa voix se perdit dans un sanglot déchirant et il ne put continuer plus longtemps. Tremblant de tout son corps, la directrice prit le relai :

- Nous avons décidé ce soir de lui rendre hommage. Et, même si vous ne la connaissiez peut-être pas, j'aimerais que nous levions tous notre verre à cette sorcière d'exception.

Elle se leva de sa chaise et présenta son verre à l'assemblée d'élèves qui lui faisaient face, d'une voix difficilement maîtrisée, elle murmura :

- A Minerva McGonagall, mon mentor.

Tous les élèves, y compris les Serpentard qui n'avaient pas manifesté de réel chagrin en apprenant la sinistre nouvelle, s'exécutèrent et murmurèrent le nom de cette sorcière d'exception en levant leur verre comme l'avait fait le professeur Chourave.

Cependant, le discours ne semblait pas fini. Or, les professeurs Londubat et Chourave vraisemblablement incapables de prononcer le moindre mot de plus, ce fut Cho Chang qui se leva.

- L'enterrement aura lieu cette nuit, dans le parc de Poudlard, expliqua-t-elle, le regard humide et la voix vacillante. Exceptionnellement, les élèves qui le veulent auront le droit d'y assister. Je vous demanderai donc, pour ceux qui veulent lui rendre un dernier hommage, de vous placer en rang derrière votre directeur de Maison. Les autres, vous pouvez aller vous coucher.

Aucunement fatigués et voyant que, de toute façon, Halloween cette année était compromis, nombreux furent les élèves qui choisirent de se placer derrière leur directeur. Seuls quelques aînés Serpentard au visage buté refusèrent de bouger de leur table. Vindicus et Gregorius étaient de ceux-là. Milo, en revanche, avait tenu à faire partie du cortège de Serpentard qui suivait le professeur Malefoy. Il voulait être sûr que cette farouche guerrière, qui avait tant combattu sa famille pendant des années, était bel et bien morte.

Nathan, sans aucune hésitation, vint se placer derrière le Professeur Londubat qui parlait, d'une petite voix émue avec Samuel Potter qui semblait bien avoir connu la sorcière.

Hester fit de même, elle ne se fit pas prier pour aller rejoindre le professeur Chang avec les autres Serdaigle.

Eric, en revanche, dut réfléchir quelque temps avant de se décider. Il voulait y aller, mais n'ayant aucun lien avec la défunte, il craignait que cela fût perçu comme un prétexte pour ne pas aller se coucher trop tôt. Il s'était même résigné à retourner dans la salle commune pour aller finir son devoir de Potions quand un professeur qu'il ne connaissait pas passa devant lui.

- Vous devriez y aller, Eric, lui dit la sorcière qui portait un turban couleur sable, cela remédiera sans aucun doute au malaise que vous éprouvez depuis le début de l'année.

Avant qu'il ne pût répondre, la vieille sorcière était déjà hors de portée. Sa démarche était ample et gracieuse et, malgré son âge avancé, elle restait très jolie, et très mystérieuse. Eric sentait en la regardant s'éloigner qu'elle n'était pas n'importe qui.

Sans qu'il n'ait prit le temps de réfléchir à ce qu'elle venait de lui dire, et à l'exactitude de ses affirmations, une main prit la sienne et le tira en direction de la colonne des Poufsouffle dirigé par Ambrosius Davidson, élégamment sinistre dans sa robe sombre qu'il avait mise pour l'occasion.

Eric, qui s'attendait à voir Hester, leva les yeux, et fut surpris de constater que celle qui lui tirait la manche, n'était autre que…

- Thelma ?

- Qu'est-ce que tu faisais ? lui demanda-t-elle l'air mécontent. Ne me dis pas que tu préférais aller te coucher plutôt que de lui rendre hommage.

- Euh… répondit Eric qui était trop abasourdi pour dire quoi que ce soit d'autre.

- Elle a été l'un des meilleurs professeurs que cette école a connus. Elle a formé plusieurs générations de sorciers, cette femme est une légende ! La plupart des savoirs qu'on nous transmet aujourd'hui, c'est grâce à elle. Tu ne vas quand même pas laisser passer l'occasion de lui faire honneur !

Ne trouvant rien à répondre à ça, il la suivit sans discuter.

La traversée du parc fut silencieuse, on n'entendit que les coups de tonnerre dont les éclairs lacéraient la nuit noire et les hululements des hiboux postaux qui partaient chasser en cette heure tardive. Aucun des professeurs ne dit le moindre mot, ni les fantômes qui suivaient le géant Graup en queue de cortège. Personne ne se plaignit de la pluie qui trempaient les capes et inondaient les bottes, ni de la boue qui bordait le lac et qui tentait de garder leurs pieds prisonniers de ce bourbier. Rien ne semblait altérer le deuil silencieux que respectaient la totalité des gens présents dans le parc.

En regardant autour de lui, Nathan s'aperçut qu'il n'y avait pas que des élèves et des professeurs dans le cortège, mais aussi beaucoup d'autres sorciers qu'il ne connaissait pas, dont la plupart qu'il n'avait jamais vu. Portant des chandelles qui – étrangement – ne s'éteignaient pas au contact de la pluie, ils semblaient tous converger vers un point à la lisière de la Forêt Interdite où reposaient les ruines d'une cabane en bois qui – semblait-il – avait abrité d'autres gardes-chasse avant Graup.

Les lignes de lumière que provoquaient les innombrables chandelles des sorciers en deuil faisaient penser à une morbide cérémonie funèbre qu'avaient l'habitude de célébrer certains adeptes de la magie noire…

Chassant cette idée de la tête, Hester continua son chemin en compagnie de Timothy. Tous deux avaient le visage fermé et évitaient de se croiser du regard. Tim ne savait pas à quel point cette sorcière avait été importante dans l'histoire de leur collège, le professeur Binns n'en avait pas encore parlé dans ses cours ou peut-être y avait-il fait allusion unr ou deux fois, mais personne ne lui avait prêté attention.

Arrivé à la cabane en ruines, le cortège s'arrêta et les élèves les plus jeunes furent frappés – presqu'effrayés de se retrouver face à ce qui semblait être un cimetière de sorciers, alors que le matin même, on n'y voyait qu'un innocent champ de citrouilles. Eric examina avec un peu plus d'attention l'endroit. Plusieurs noms sur les tombes ne lui étaient pas inconnus, comme celui de Dumbledore, qui était considéré comme un des plus grands sorciers de tous les temps, avec Merlin et Melinda Warren. Il y avait aussi celui de Severus Rogue, connu pour être le meilleur espion de Dumbledore pendant la guerre, ainsi que d'autres noms qui étaient aussi ceux de certains de ses camarades : Frederick, Arthur et Charles Weasley, Remus Lupin, Lee Jordan, Colin Crivey et bien d'autres.

- C'est un monument en l'honneur de ceux qui ont combattu Tu-sais-qui ! devina Jack Weasley, les yeux écarquillés.

- Tu n'y as jamais été ? s'étonna Gregory , les yeux écarquillés vers son camarade. Mais ce sanctuaire abrite la moitié de ta famille !

Jack préféra ne pas répondre tandis que Nathan restait sans voix, c'était donc ici que reposaient ces courageux sorciers qui avait fait face au puissant mage noir, dont même lui, né -moldu, craignait d'en prononcer le nom maudit.

Au centre trônait une magnifique tombe de marbre blanc sur laquelle était gravé : Albus Dumbledore, Enseignant en Métamorphose et Directeur de Poudlard (1881-1997). Puis, contrairement à un cimetière « normal » – du moins, moldu – les autres tombes se suivaient les unes après les autres en formant une énorme spirale. Celui qui suivait le professeur Dumbledore était Severus Rogue, Enseignant en Potions et Directeur de Poudlard (1960-1998), puis Remus Lupin, Enseignant en Défense contre les Forces du Mal (1960-1998), Nymphadora Tonks, Auror (1972-1998), Fred Weasley, Co-fondateur des Farces pour Sorciers Facétieux (1978-1998), Colin Crivey, Elève en 6ème année (1981-1998)

Il y en avait encore une cinquantaine comme ça, morts en 1998 à des âges plutôt jeunes… Puis la cinquante-deuxième tombe, la première dont l'occupant était décédé après 1998, indiquait : Abelforth Dumbledore, Barman à la Tête de Sanglier (1897-2002), Horace Slughorn, enseignant en Potions, directeur de Serpentard (1900-2005), puis Filius Flitwick, Enseignant en Sortilèges, directeur de Serdaigle (1912-2010), Augusta Londubat, attachée de direction au bureau des Aurors (1925-2015)

Les yeux écarquillés, Nathan relut le nom plusieurs fois, puis dirigea son regard vers son professeur préféré, et vit avec stupeur que celui-ci le regardait, en souriant.

- Ma grand-mère, expliqua Mr Londubat, répondant ainsi à la question muette de Nathan. Une sorcière remarquable, ajouta-t-il avec une fierté non-dissimulée, une très bonne amie du professeur McGonagall, soit dit en passant.

Puis il se tut car le professeur Chourave commença un discours de sa voix tremblante difficilement maîtrisée. Mais Nathan n'écoutait pas, il était beaucoup trop captivé par les noms de ces héros de guerre qui avaient sacrifié leurs vies pour sauver le monde de la magie.

D'autres patronymes de professeurs étaient gravés sur les tombes, comme celui de Rolanda Bibine, professeur de Vol sur Balais, éteinte à l'âge de quatre-vingt-onze ans en 2031, ou celui de Sybille Trelawney, professeur de divination qui mourut en 2034 à l'âge de quatre-vingt-huit ans, ou encore Septima Vector, décédée en 2037 à l'âge de quatre-vingt-sept ans

Nathan, qui n'avait jamais connu personne ayant vécu aussi longtemps, se demandait si les sorciers n'étaient pas dotés d'une longévité exceptionnelle. Au bout de la longue spirale de tombes qui enroulait la cabane en ruines, se trouvait, sur une stèle de pierre, une longue silhouette masquée par un long drap de soie pourpre et dont Nathan savait qu'il enveloppait le corps de la défunte.

L'un après l'autre, les sorciers venus lui rendre hommage se plaçaient à côté de l'autel et prononçait un petit discours d'adieu dont presque tous portaient sur l'efficacité et la noblesse d'esprit dont avait fait preuve le professeur durant les nombreuses années pendant lesquelles elle avait exercé son métier avec un sérieux et une passion rarement égalés.

Milo s'aperçut que nombre de ces sorciers étaient plutôt connus. Et la plupart étaient ces chiens de l'Armée de Dumbledore qui, encore aujourd'hui, entravaient les nobles propositions de loi que rédigeaient avec le plus grand soin sa mère et ses amies magistrates. Il reconnut notamment la crinière grise et touffue de cette sang-de-bourbe d'Hermione Weasley-Granger, la Présidente-Sorcière du Magenmagot qu'il détestait tant. Et son mari, Ronald Weasley, ce traître à son sang dont les horribles cheveux roux flamboyaient à la lueur de sa chandelle. Il y avait aussi Padma Patil, la sœur jumelle de leur professeur de divination qui exerçait la profession de sous-secrétaire d'état auprès du Ministre de la Magie, Ernie McMillan. Ce gros porc inefficace et beau parleur se tenait d'ailleurs à quelques mètres d'elle. La petite fouine insupportable qu'était Dennis Crivey était là aussi. Ce minuscule auror responsable de l'emprisonnement d'une vingtaine d'amis de sa mère. Avec une fureur encore plus intense, il aperçut également Olivier Dubois, l'entraineur de la sélection anglaise de Quidditch, ce tyran qui avait refusé de sélectionner Scarlett, la grande sœur de Milo, en raison de ses propos jugés trop extrémistes. Elle n'avait dit que la vérité, songea Milo avec un sourire narquois, les Sang-de-Bourbe n'ont aucun droit dans le noble sport des sorciers et ne devraient même pas autorisés à commenter les matchs.

Le sourire du jeune sang-pur s'accentua quand il se rendit compte que d'autres amis de la famille étaient présents : le massif Grégory Goyle, vendeur dans une boutique de Magie Noire sur l'Allée des Embrumes, le majestueux Blaise Zabini, un grand sorcier noir qui avait hérité des montagnes d'or de sa mère après sa disparition inexpliquée, et bien sûr, le superbe Drago Malefoy, le père de son professeur de Défense contre les Forces du Mal, le héros qui avait permis à ses camarades Mangemorts de percer les défenses – réputées impénétrables – du château de Poudlard.

Ah, c'était le bon temps ! pensa Milo, un sourire nostalgique s'attardant sur son beau visage pâle. Il aurait tant voulu vivre cette époque où ces indignes sang-de-bourbe n'étaient pas admis dans la belle et puissance société des sorciers. Mais cette tradition ancestrale reviendrait un jour. Il le savait parfaitement, tout comme les amis de sa famille. D'ailleurs, aucun doute n'était possible, ils n'étaient pas venus pour pleurer la mort de la vieille McGonagall, mais pour s'en assurer. Milo se surprit même à espérer que cet évènement serait le déclencheur du changement.

Hester, qui était dotée d'une imagination et d'une intuition débordantes, pensa la même chose pas avec espoir, contrairement à Milo, mais avec crainte. Elle réalisait très bien que la présence de ces dangereux mages noirs ne présageait rien de bon. Et elle fut heureuse de voir arriver ce grand sorcier qui était considéré comme le plus puissant de ce siècle. Il était grand, les cheveux blancs dressés en épis à l'arrière de son crâne, il avait des petites lunettes rondes cerclant ses yeux d'un vert vif brillant dans la nuit, et une cicatrice en forme d'éclair sur son front qui représentait l'ensemble de son combat contre les Forces du Mal.

A l'image des autres, Harry Potter expliqua comment le professeur McGonagall avait changé sa vie, lui permettant de devenir auror, et à quel point il la respectait pour tout ce qu'elle avait apporté à son école. Il fut le dernier à discourir : dès qu'il eût fini sa dernière phrase, un éclair frappa la stèle et une gerbe de flammes écarlates enveloppa le corps du professeur, provoquant des cris parmi les plus jeunes élèves qui n'avaient jamais assisté à ce genre d'évènement.

En voyant cette formidable sorcière disparaître dans le feu, Londubat détourna la tête, des larmes coulèrent de ses yeux sans qu'il eût le courage de les essuyer. Il ne fut pas le seul. La sorcière aux cheveux gris touffus que Nathan avait déjà vue auparavant et qui avait été la première à rendre hommage au professeur, éclata en sanglots et vint se blottir dans les bras de son voisin, un vieux sorcier roux au long nez qui pleurait lui aussi. Le sorcier à la cicatrice qui s'avérait être le légendaire Harry Potter ne pleurait pas, mais ses yeux étaient si brillants que l'on pouvait voir les flammes dansantes s'y refléter. Lorsqu'elles disparurent, il n'y avait plus de trace de la défunte, à sa place reposait une tombe de couleur gris-fer, dont les écritures noires indiquaient : Minerva McGonagall, Enseignante en Métamorphose, Directrice de Poudlard (1925-2048). Pour certains, c'en était trop : Rose Weasley, l'actuelle professeure de Métamorphose se plaqua un mouchoir contre la bouche pour s'empêcher de pousser un gémissement de douleur. Le professeur Chourave, oubliant toute dignité, avait caché son visage humide dans ses mains et tremblait fortement.

Nathan ne voulait pas en supporter davantage, il en avait mal lui-même rien que de voir tous ces grands sorciers si anéantis par la perte de l'un des leurs. Il demanda au professeur Londubat s'il pouvait se retirer et se dirigea vers le château quelques minutes plus tard en compagnie de Mathilda, Hester, Timothy Vance, Gregory et d'un préfet de Poufsouffle venu les escorter.

Puis, petit à petit, le parc se vida Milo et Alienor, après avoir salué Messieurs Zabini, Malefoy et Goyle, allèrent se coucher à leur tour en compagnie de Demetrius et de deux Poufsouffle de troisième année. Londubat alla rejoindre Harry Potter et ses amis qui se dirigeaient vers Pré-au-lard, le village de sorciers situé à quelques kilomètres du château. Et bientôt, il ne resta plus qu'Eric devant la tombe de Minerva McGonagall. Du moins, c'est ce qu'il croyait…

- Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas cours demain qu'il faut en profiter pour faire une nuit blanche, Eric.

Le jeune garçon, qui se croyait seul, sursauta en entendant la voix de la directrice. Anxieux, il déglutit : allait-il faire perdre des points à Poufsouffle ? Ils n'avaient pas vraiment besoin de ça, les Gryffondor les avaient déjà presque rattrapés alors qu'ils étaient partis avec un net désavantage… Mais il vit avec soulagement que le professeur Chourave arborait son sourire bienveillant, celui d'une grande mère à son petit-fils adoré.

- Je… je suis désolé, dit précipitamment Eric, je… je réfléchissais juste.

- Oui, nous l'avons bien vu depuis le début de l'année : il est évident que quelque chose te tracasse.

Eric fut surpris de constater que, contrairement aux autres professeurs, la directrice le tutoyait. Le faisait-elle avec tous les élèves ? Il en doutait.

- Si tu veux en parler, je ne suis pas contre, dit-elle en s'asseyant sur l'herbe humide, je n'ai pas non plus envie de dormir.

Eric regarda, abasourdi, la directrice de son école prendre ses aises à côté de lui pendant qu'il grelottait sous la pluie froide qui annonçait le mois novembre. Ne sachant que décider, il s'assit à sa droite et contempla le ciel bruyant qui était strié de temps à autre par des éclairs foudroyants.

- Je t'écoute, dit la vieille sorcière qui dirigea elle aussi son regard vers le ciel. C'est à propos de la Maison dans laquelle tu as été envoyé, n'est-ce pas ?

- Euh… commença Eric, surpris par la perspicacité de la directrice. En quelque sorte…

- Si tu veux savoir s'il est possible de changer de Maison à cette période de l'année, la réponse est non, la décision du Choixpeau est irrévocable.

Le jeune garçon baissa la tête. Encore une fois, le professeur avait visé juste, et il ne savait pas vraiment s'il ressentait de l'embarras en raison de son insatisfaction concernant la décision du Choixpeau, ou de la déception en apprenant qu'on ne pouvait rien y changer.

- Pourquoi n'aimes-tu pas cette Maison ? lui demanda-t-elle en le regardant fixement.

Eric hésitait à répondre, il savait que chaque Maison avait ses qualités et ses défauts, mais il n'osait pas reconnaître qu'il ne voyait que les défauts de la sienne en face de la directrice.

Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle lui sourit et le rassura :

- Tu as le droit d'avoir tes propres opinions sur les Maisons de Poudlard, personne ne te jugera pour ça – et surtout pas moi.

Eric sourit à son tour, il se sentit plus à même de se confier à la directrice :

- Cette Maison ne me plaît pas, c'est là-bas qu'a été toute ma famille et ils me font honte. Ils n'ont aucune ambition, rien ! Ils ne songent qu'à vivre leurs petites vies tranquilles alors qu'il y a plein de choses à faire dehors. Cette oisiveté me donne envie de vomir !

Les joues légèrement rosies, Eric s'arrêta un instant. Il craignait que, dans sa fougue, il fût allé trop loin. Mais le professeur conserva son sourire, les yeux de nouveau tournés vers le ciel d'orage.

- Intéressant, continue, dit-elle simplement.

- Euh, il n'y a pas que ça, lança Eric, surpris par la tolérance dont faisait preuve Mrs Chourave sur les propos d'Eric.

- Je t'écoute, répéta-t-elle d'une voix douce.

- Le Choixpeau a dit que les Poufsouffle sont de nature à travailler comme des fous, or j'ai l'impression d'être le seul dans ce cas.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda la directrice dont le sourire ne s'effaçait toujours pas.

- Eh bien… Je suis un des seuls qui rapporte des points.

- Ça ne veut pas dire grand-chose, fit remarquer Mrs Chourave, c'est peut-être simplement que tu arrives plus facilement à tirer ton épingle du jeu. Les autres travaillent peut-être comme des damnés, mais n'ont pas ton talent, ou tout simplement pas la bonne méthode.

- Peut-être, mais ce n'est pas tout, reconnut Eric, déterminé à prouver qu'il avait raison, j'ai vérifié les tombes des résistants de Poudlard, il n'y a pratiquement aucun Poufsouffle.

- Nous sommes des durs à cuir, plaisanta la directrice avec un petit rire, ce n'est pas parce que nous ne sommes pas morts pendant la guerre que nous sommes moins courageux que les Gryffondor ou les Serdaigle. Sais-tu qu'il y avait d'ailleurs eu bien plus de Poufsouffle que de Serdaigle à combattre durant la bataille de Poudlard ?

Eric, qui lissait distraitement les brins d'herbe autour de lui, se figea soudain, avait-il bien entendu ?

- N… nous ? balbutia-t-il, craignant le pire.

Le sourire de Mrs Chourave s'agrandit.

- Avant d'accéder au poste de directrice de Poudlard il y a quarante ans, j'étais professeur de Botanique, mais aussi directrice de la Maison de Poufsouffle.

Eric sentit ses entrailles geler sur place depuis tout à l'heure, il ne cessait de critiquer la Maison de la directrice en personne !

- Dé… désolé ! fit Eric d'une petite voix aiguë. Je ne voulais pas…

- Ce n'est rien, ce n'est rien, le rassura la directrice avec une petite tape dans le dos. A ton âge, j'étais pareil que toi.

- Ah bon ? s'étonna Eric, les yeux ronds. Vous aussi, vous aviez honte de votre famille ?

- Pas exactement, répondit-t-elle avec un petit sourire indulgent qui le fit se sentir incroyablement idiot. En fait, je suis issue d'une famille de moldus. Comme l'a fait Neville cette année avec les élèves de parents non-sorciers, Minerva McGonagall est venue voir mes parents un jour pour leur dire que j'étais une future sorcière et que j'étais inscrite à Poudlard depuis ma naissance. Aussitôt, j'ai éprouvé un énorme respect pour cette grande dame qui semblait vraiment savoir ce de quoi elle parlait. Plus tard, en entrant à Poudlard, j'ai découvert le système des Maisons, leur particularité et les conditions d'acceptation pour chacune d'entre elles. Je n'étais pas étonnée d'être admise à Poufsouffle car il est vrai que je suis loyale, et assidue. Mais j'ai vite déchanté, je me suis rendu compte que la Maison dans laquelle j'étais, avait beaucoup plus de carences que les trois autres réunies. Surtout celle de mon modèle, Minerva McGonagall de Gryffondor. De plus, malgré mes efforts et mon profond respect pour cette femme, je me rendis compte que je n'avais pas beaucoup de talents pour la Métamorphose, et encore moins pour la Défense contre les Forces du Mal. En fait, les seules matières où je brillais vraiment étaient les Potions et la Botanique, qui ne me donnaient pas vraiment l'impression d'être des véritables cours pour les apprentis sorciers.

Eric resta silencieux, tout ce que lui révélait la directrice, il avait l'impression de le vivre lui-même. Ce qu'elle avait ressenti – la frustration, la désillusion – il les avait ressenties lui aussi…

- Cependant, bien qu'elle fût extraordinairement sévère, le professeur McGonagall n'en restait pas moins un professeur remarquable. Elle m'a aidé à apprécier ma maison.

- Comment ? demanda Eric, avide de savoir.

- En m'aidant à gagner la Coupe des Quatre Maisons trois années consécutives, ce que Poufsouffle n'avait jamais réussi à accomplir en mille ans d'histoire de Poudlard.

- Vous avez gagné la Coupe des Quatre Maisons ? Comme ça, toute seule ? s'étonna Eric qui n'en croyait pas ses yeux.

Mrs Chourave esquissa un petit sourire, comme si elle s'attendait à cette remarque.

- C'est justement là qu'elle m'a fait ouvrir les yeux, déclara la directrice d'un ton joyeux. On ne gagne pas la Coupe tout seul, quel que soit notre talent.

Eric voyait où elle voulait en venir, mais il devenait de plus en plus sceptique.

- Une Maison, ce n'est pas juste un groupe d'élèves qui suivent les mêmes cours et dorment dans la même chambre. Une Maison, c'est avant tout des amis. Des gens réunis pour diverses raisons telles que les capacités, les motivations, les choix. Des gens qui s'entraident pour surmonter les épreuves, qui se consolent lors des coups durs, avec qui l'on rit quand on est heureux, avec qui l'on pleure quand on est triste, avec qui on travaille pour y arriver…

Eric buvait les paroles du professeur, il avait l'impression de l'avoir trouvé, cette réponse qu'il cherchait depuis deux mois.

- C'est ton seul défaut, tu n'as pas assez confiance en tes camarades, tu penses qu'ils sont bons à rien car ils ne rapportent pas de points. Mais il te faut savoir que les Maisons ne sont pas faites uniquement pour gagner des points, mais surtout pour regrouper entre eux les élèves susceptibles de s'apprécier pour parfaire pleinement leur apprentissage.

Eric resta silencieux, en effet, cela lui paraissait évident à présent. Il n'avait été qu'un égoïste.

- Ne sois pas trop dur avec toi-même, Eric. Nombreux sont les élèves qui pensent comme toi. Mais tu verras qu'en faisant confiance à ton potentiel ainsi qu'à celui de tes camarades, tout te paraîtra beaucoup plus simple.

Le jeune garçon acquiesça d'un signe de tête. Peut-être avait-il enfin trouvé son but à Poudlard : faire en sorte que Poufsouffle gagne au moins une fois la Coupe des Quatre Maisons. La directrice l'accompagna jusqu'au Hall d'Entrée, puis s'apprêta à gravir le grand escalier de marbre qui menait aux étages, quand il ne put s'empêcher de lui poser la question :

- Et sinon, y a-t-il beaucoup de sorciers illustres venant de Poufsouffle ?

Cette fois encore, Mrs Chourave semblait s'y attendre.

- Il y avait dans le groupe de défense appelé l'Armée de Dumbledore, plusieurs Poufsouffle aux talents non-négligeables, révéla-t-elle avec un petit sourire.

- Lesquels ? voulut savoir Eric.

- Eh bien… L'actuel Ministre de la Magie, Ernie McMillan, ainsi que la juge du Magenmagot, Susan Bones qui est une sorcière remarquable, commença la directrice en comptant sur ses doigts. Il y a aussi Justin Finch Fletchey, l'excellent botaniste. Tous sont d'excellents sorciers qui ont maintes fois fait leurs preuves.

- Peut-être, mais on ne peut pas dire que le ministère fasse du très bon travail, répliqua Eric qui voulait absolument avoir le dernier mot.

- Dire que le métier de Ministre de la Magie est difficile serait un euphémisme flagrant, dit Mrs Chourave dont le sourire n'était plus aussi prononcé, il faut quand même reconnaître qu'Ernie se débrouille bien mieux que certains ministres de ma jeune époque dont je tairai les noms.

Esquissant un petit sourire, Eric décida d'aller se coucher. Il était plus de minuit, et il était décidé à se lever tôt pour travailler dur le lendemain matin. Mais la directrice le retint alors qu'il s'apprêtait à franchir la porte qui menait au sous-sol :

- Je tiens aussi à ajouter que tu as mal regardé les inscriptions sur les tombes, il y avait bel et bien une sorcière très douée issue de Poufsouffle tombée au combat, elle se nommait Nymphadora Tonks, c'était une jeune auror très prometteuse. Et crois-moi, elle gagnait plus à être connue de son vivant…

Sur ces quelques mots emprunts d'un léger ton de reproche, le professeur Chourave monta les dernières marches de l'escalier de marbre et disparut à la vue d'Eric qui resta un moment immobile, perdu dans ses pensées…

C'est pour cela qu'il ne vit pas arriver le sournois corbeau de Romilda Vane qui accourut dans la seconde qui suivit son cri d'alerte. Il écopa d'une lourde punition ainsi que de vingt points enlevés à Poufsouffle. Il restait encore du chemin avant de gagner la Coupe…


Note de fin : Oui, je sais, j'ai tué Minerva ! Bouh le vilain pas beau ! Bouh l'auteur sadique qui s'est débarrassé d'une figure emblématique de la saga HP ! Bouh il a une tâche au col de sa chemise ! Je sais, ça fait mal. Je sais, on l'adore tous (moi je le premier). Et je sais, vous ne retiendrez de ce chapitre que sa mort inattendue et totalement arbitraire.
Mais avant de me jeter au bûcher (je ne suis pas roux pourtant !), dites-vous bien que quelle que soit la date de naissance du Professeur McGonagall (1925 pour moi, 1935 pour Pottermore), cela faisait d'elle une charmante vieille dame de… euh… (2048-1925 = 123 ?). De 123 ans (ou 113 si vous êtes des fanatiques de Pottermore), il était temps pour elle de tirer sa révérence, vous ne croyez pas ?
De plus, cela a permis de voir tous les autres anciens et de savoir plus ou moins ce qu'ils deviennent. De même, la mort de cette figure emblématique du combat pour l'acceptation des né-moldus entraine une vague d'inquiétude parmi les membres de cette communauté. Vous croyez vraiment que cette inquiétude est infondée ? Si McGo n'était pas morte, l'intrigue principale de cette histoire n'aurait jamais débuté car elle aurait étouffé la menace dans l'œuf, la connaissant. Et pour finir, cette saga ne serait pas la même sans la discussion entre Eric et Chourave. Alors, s'il vous plaît, si vous ne pouvez accepter la mort de votre prof chérie, alors rappelez-vous des autres passages de ce chapitre, nom d'une gargouille !
ps : je vous aime toujours hein ! XD

RàR :
Yop Kara ! Hé oui ! Pas de bol pour toi ! Il va te falloir commenter chaque chapitre comme si tu étais une béta lectrice. Dur hein ? XD
Bref, oui, Nathan est gaucher, c'est dit pendant le passage chez Ollivander's ^^

C'est vrai, Nina, qu'au début, les classements mettaient Milo et Hester premiers plus souvent. Mais finalement, j'ai changé quelques trucs. En fait, Hester est deuxième dans quatre autres matières (Potions, Sortilèges, Astronomie et Botanique). Milo aurait dû être premier en DCFM également, mais en fait, avec le recul, je trouve mieux que ce soit Alienor. D'ailleurs, tu as eu le nez fin, à l'origine, Nathan devait être premier en Histoire de la Magie. Et ni Timothy, ni Hope n'auraient dû être premiers quelque part. Mais bon, comme tu l'as si bien fait remarquer, j'ai voulu diversifier un peu ^^.
Concernant les sadiques machiavéliques, tu risques d'être pas mal servie dans quelques mois, avec l'arrivée du principal antagoniste de la série (j'imagine que tu te rappelle d'elle ^^). ps : Kyaaaaaaaa ! Klaus ! *o*
Sinon, oui, l'amitié Eric Hester est partie pour durer. C'est la seule, si je ne m'abuse, qui ne souffrira d'aucune pause durant tout le récit. Les autres vont toutes connaître des tensions plus ou moins longues au fil des tomes. Que voulez-vous ? Ce ne sont encore que des ados. ^^
Pour le reste, oui, Vin' apparaît assez vite dans la saga, mais de façon plus anecdotique et moins sympathique que par la suite. Oui, Demetrius a les cheveux roux, ce qui a fait éclater de rire une de mes béta-lectrices d'ailleurs, car pour elle, les roux ne peuvent être qu'à Gryffondor ^^. Dalia est en effet une de mes fiertés de cette saga. Car si au départ, je l'avais imaginé sur la base de Luna, ça a finalement vachement dévié pour qu'elle devienne cette drôle de fille inquiétante qui en impose grave. Pour Mathilda, en revanche, aucune surprise, c'est une cruche, tout le monde s'accorde à le dire. Par contre, ce qui est plutôt cocasse, c'est de se dire qu'à l'origine, elle devait être la numéro 2 la plus importante chez les Gryffondor de cette promo. Comme l'auraient dû être Timothy à Serdaigle, Thelma à Poufsouffle et Demetrius à Serpentard, en fait. Et finalement, ils se sont tous fait griller par d'autres personnages qui, à l'origine, ne devait pas être si importants.
Bon bah, pour le coup, moi aussi j'ai explosé le quota lors de cette RàR. Comme quoi... =)
A bientôt, ma SGR (^^)
PS : le chapitre 1 est déjà traduit et corrigé. Mais je ne me sens pas le publier encore, car je ne suis pas près de traduire le reste, par manque de temps.
PPS : alors, pas trop dégoûtée ?

Salut Invictus ! Chouette que tu apprécies Greg. Moi aussi j'ai fini par bien l'aimer, alors qu'au début il m'énervait un peu (oui c'est possible d'être énervé par ses propres persos ^^). Et ravi aussi que certains adorent Nathan. J'ai toujours un peu de mal à lui donner du relief et à le faire passer pour plus qu'un gentil héros propre et lisse qui ne récite pas une incantation plus haute que l'autre.
PS : j'ai bien reçu ton mp, j'attends donc ton choix de personnage pour le deuxième OS qui t'est destiné.
PPS : Au fait, oui, j'ai fait mon salaud en intégrant Hope et Tim
PPPS : j'avais pas fait le rapprochement avec Dumbledore, mais oui, pourquoi pas ? J'avoue ne jamais avoir vraiment essayé de l'imaginer faire cours à des élèves.

Défi précédent :

Bon euh… pas besoin de revenir dessus… =/
J'ai eu deux bonnes réponses par mp, de Kara et d'Invictus. Sauf que je les ai eues avant lundi. Du coup, je ne sais pas trop quoi faire. Pour cette fois, on va passer l'éponge, les deux auront droit à leur OS sur le personnage de leur choix (Invictus, je ne t'oublie pas, et je n'oublie pas Hester ^^).

Dans les prochains épisodes :

Bon, maintenant que vous êtes bien déprimés, vous allez pouvoir vous revigorer l'esprit avec le premier match de Quidditch de l'année. Comme l'avait dit PouletPotter, une de mes béta-lectrices les plus fidèles « tu nous laisses les nerfs à vif, la boule au ventre, la gorge serrée, et paf ! L'instant d'après, c'est tout joyeux, ils jouent à la baballe ! ». Bon, c'était pour un autre passage, mais là aussi ça passe ^^.

Place au prochain défi : comme d'hab', les premiers matchs, ce sera Gryffondor-Serpentard et Poufsouffle-Serdaigle. Qui sera le vainqueur de chaque match ? A vous de le deviner, celui ou celle qui aura tout juste aura droit à son OS. Vous pouvez aussi faire des pronostics sur les scores si vous voulez, mais ils n'auront pas d'impact sur le résultat du défi. Du coup, on fait comme la semaine dernière ? Les « Vétérans d'Ohenfeld » ne pourront proposer une réponse qu'une fois le week-end terminé. En attendant, pour les cinq prochains jours, seuls les Newbies pourront tenter. S'ils ne trouvent pas avant dimanche, les « connaisseurs » auront le champ libre pour répondre, cela vous convient ? (comme l'autre fois, si vous avez déjà mis une review sur ce chapitre, vous pourrez me donner votre réponse par mp, une fois le week end passé).

Pour ceux qui n'ont aucune idée (essayez quand même, on ne sait jamais !), il reste la course au reviews pour espérer voir votre personnage préféré évoluer dans une histoire écrite par mes soins ^^.