C'est reparti pour un autre chapitre ;)! Bonne lecture et mille mercis pour les reviews, c'est toujours un immense plaisir de vous lire et de vous répondre !
Chapitre 14 : Choquantes indiscrétions
Manoir Malefoy, ancien boudoir
Astoria se tenait debout devant Drago. Même s'il ne pouvait la voir, il arrivait parfaitement à l'imaginer.
L'air mal assuré, elle se tenait au rebord de la cheminée, le regard fuyant vers les flammes qui dansaient dans l'âtre, les bûches craquant délicatement eu rythme de leur combustion. La danse effrénée des ombres des longues langues rougeoyantes sur les murs témoignait de l'intensité du feu et pourtant, l'atmosphère n'aurait pu être plus glaciale.
Ce petit bureau avait toujours été la pièce préférée de Drago. Le côté chaleureux de la cheminée lui avait souvent donné la sensation de trouver du réconfort là où il n'y avait que chaos et destruction. Etrangement, c'est aussi à cet endroit qu'il avait les meilleurs souvenirs de moments partagés avec son père. Il se remémorait parfois avec nostalgie du jour où ils avaient parcouru ensemble leur arbre généalogique. Lucius lui avait alors donné quelques anecdotes sur ses parents et Drago avait bu ses paroles, se délectant d'en apprendre plus sur ses grands-parents qu'il n'avait jamais connu.
Aujourd'hui, les choses étaient différentes. Pas de moment réconfortant. Pas d'instant agréable avec son père. Astoria et lui étaient là pour discuter ensemble. Ça allait être leur premier souvenir dans cette pièce, et sans doute le dernier.
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Drago décida de s'assoir. Il s'installa dans le fauteuil situé en face de la cheminée. Celui qu'il adorait utiliser lorsqu'il était plus jeune. Il s'y était endormi un jour, son livre de sortilège ouvert à la page des « 1000 métamorphoses possibles d'un œuf au plat ». Sa mère était venue le recouvrir d'une couverture en peau de taupe et il s'était réveillé au chaud et serein. Il se sentait tout sauf reposé aujourd'hui.
Le cuir plia délicatement sous son poids tandis qu'il se lovait au creux de l'assise, espérant faire disparaître son malaise. Malgré sa cécité, il sentait le mal être d'Astoria et son hésitation. Elle n'avait jamais été très téméraire et il était surpris de sa démarche. C'était bien la première fois qu'elle était à l'origine d'une de leurs entrevues.
Quelques secondes qui parurent être des heures passèrent, puis le léger bruissement de la robe d'Astoria frôlant le tapis lui appris qu'elle s'était approchée de lui et s'était installée dans la causeuse qui jouxtait la sienne.
La jeune femme s'éclaircit doucement la gorge. Elle inspira, puis expira. Elle semblait ne pas savoir par où commencer. Drago sentit son hésitation vaciller puis disparaître. Finalement, elle se lança, parlant d'une voix douce :
« Je t'ai toujours aimé Drago. »
Cette simple déclaration lui fit l'effet d'un coup de poignard. Il attrapa machinalement sa baguette et la serra si fort que les jointures de ses mains en devinrent blanches. Tout le réconfort que lui avait procuré ce lieu sembla être aspiré en un instant dans un vortex. Il n'entendait plus le doux craquement du bois dans la cheminée, il ne sentait plus la chaleur paisible du feu qui ronronnait dans l'âtre. Seule tournait dans sa tête, inlassablement, la phrase prononcée par Astoria.
Il n'avait pas envie d'entendre ces mots. Il ne voulait pas savoir. Il souhaitait simplement qu'elle le laisse tranquille. Était-ce trop demander ? Le cuir grinça légèrement sous lui. Astoria ne parut pas s'apercevoir de son trouble. Elle poursuivi :
« Et je t'aime encore aujourd'hui ».
Elle avait l'air d'avoir fait un effort surhumain pour se livrer de la sorte. Sa respiration haletante s'accentua à mesure qu'elle se levait de son siège, s'approchait de lui et posait sa main sur son visage. Il du se faire violence pour ne pas la repousser.
Ne pouvait-on.
Le.
Laisser.
Tranquille.
Au moment même où la pulpe des doigts d'Astoria se posa sur sa peau, il sentit une décharge électrique le traverser et n'eut qu'une envie… Toucher le corps d'Hermione Granger. C'était pire qu'une évidence, c'était un besoin impérieux qui lui fit mal, jusqu'au plus profond de son être, déclenchant des hurlements de douleurs au creux de sa tête.
Malgré la douceur des mains blanches d'Astoria, dépourvues de la moindre marque et nues de toute aspérité, qu'il connaissait si bien et qui l'avaient touché partout… Il ne parvenait pas à se défaire de la sensation délicate de la peau d'Hermione, cette femme qu'il n'arrivait plus à haïr.
Une légère sensation de nausée lui remonta dans la gorge. Se détacher de cette attraction presque animale devenait de plus en plus compliqué.
« Drago, je ne te reconnais plus. » Reprit Astoria d'une voix tremblante.
Le simple fait d'entendre une nouvelle fois la voix d'Astoria vibrer dans ses oreilles acheva le jeune homme. Il n'avait même pas envie de l'écouter parler. Sa voix lui agressait les oreilles. C'était celle d'Hermione qu'il voulait. Ses gémissements timides quand il parcourait le moindre centimètre de son corps et qu'elle était à lui. La nausée s'accentua.
Il eut un haut le cœur qu'il contrôla difficilement.
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Il ne pouvait pas se laisser aller ainsi. Il devait reprendre le contrôle avant qu'Hermione n'ait un pouvoir total sur lui. Cela devenait une telle torture que même son estomac se rebellait.
« Drago… »
Un murmure persistant dans l'obscurité.
Ç'en était trop.
Le.
Laisser.
Tranquille.
« Astoria… » Siffla Drago en l'attirant brutalement contre lui.
Il ne l'aimait pas. Il ne l'avait jamais aimée et c'était d'une tristesse absolue. Il s'était perdu dans son corps trop de fois pour pouvoir les compter, il avait abusé de cet ascendant qu'il avait sur elle et de l'admiration qu'il avait su susciter en elle pour la posséder encore et encore.
Il se souvenait encore clairement du premier jour où il l'avait vue complétement nue. Elle avait tenté de se cacher, bien sûr, et cela l'avait fait rire. Il avait trouvé ça stupide. Elle était émue, très certainement. Pour lui, c'était juste une formalité.
Bien sûr, le plaisir physique l'avait submergé bien des fois… Mais c'était tout. Du plaisir. Seul ou avec elle, ou même avec une autre, c'était la même chose.
Evidemment, il l'avait désirée et la désirait encore. C'était une femme magnifique, classe. Une femme de son rang, un beau parti que les hommes convoitaient avec envie et qu'il avait gardé jalousement. Son objet, un trophée. Son trophée.
Il l'embrassa dans le cou et fit remonter ses lèvres jusqu'à sa bouche. Le goût de sa peau resta sur sa langue et cela ne calma pas la nausée qui le submergeait, loin de là. Astoria poussa un gémissement qui l'embrasa. Sa main remonta le long de son bras et atteignit sa poitrine, effleurant et touchant ses seins. Astoria se pencha davantage sur lui, offrant sa gorge nue au jeune homme qui la dévora avidement.
Un vampire qui vide sa proie de son sang, voilà ce qu'il était devenu.
C'était cela qu'il voulait. Oui, c'était cela. Ce corps, et uniquement ce corps. Du sexe. Du plaisir. S'y noyer et tout oublier. Faire passer la nausée. Et prendre son pied, encore. Fort.
Il se détacha de la poitrine d'Astoria pour revenir à sa bouche, envahissant l'espace avec sa langue. Sa main saisit brutalement ses fesses tandis qu'un feu brûlant se mettait à consumer son bas ventre.
C'était si simple de la prendre.
Astoria gémit doucement et fit à son tour courir ses mains sur le corps de Drago. Elle était sienne. Il pouvait en faire ce qu'il voulait, et c'était cela qu'il aimait. La nausée s'estompa timidement, remplacée par une soif inextinguible de sexe.
Sa main se glissa sous les plis de la robe d'Astoria et attrapa violemment sa cuisse nue. Oui… Du sexe brut, là, maintenant…
Il sentit tout à coup une odeur de vanille envahir cruellement son nez son cerveau forçant les limites de son odorat et effaçant l'odeur d'Astoria au dépend de celle d'Hermione.
Non… Non pas maintenant…
Pas maintenant alors qu'il ne l'avait pas vue depuis une semaine au mépris de son désir violent de lui parler, de la toucher. De son envie presque viscérale de prendre soin d'elle et de la protéger.
Il avait évité sa chambre et la bibliothèque. Parfois, la main sur la poignée de la porte, il s'était retenu. Près à entrer dans la pièce pour pouvoir l'entendre parler. Pour l'effleurer de ses doigts. Il avait résisté. A chaque fois, il avait fait demi-tour, s'enfermant dans sa chambre. S'il avait pu jeter la clé ou oublier le sortilègeAlohomora pour y rester cloîtré, il l'aurait fait avec le plus grand des soulagements. Et il avait tenu bon.
Alors non, pas maintenant.
Et pourtant, son cerveau lui disait que c'était Hermione qui se trouvait maintenant sur ses genoux.
C'était sa peau qu'il imaginait, toutes ses petites cicatrices qu'il voyait sous ses doigts à mesure qu'il fouillait sous les pans de la robe d'Astoria. C'est sa voix qu'il entendit murmurer « Drago… » à son oreille alors qu'il la mordait au niveau de l'épaule. Et c'était son corps qui se pressait impatiemment contre le sien, qui ne demandait qu'à fusionner. Elle le voulait. Il voulait qu'elle le désire, autant que lui la désirait.
Drago tira tellement fort sur la robe d'Astoria qu'il l'arracha, dévoilant ses seins. Il la désirait avec une violence insoutenable. Mais il savait… Il savait que ce n'était pas elle, Hermione, qui se trouvait dans ses bras. La nausée remonta violemment de sa gorge, menaçant de le faire vomir immédiatement. Il savait que s'il prenait ce corps qui lui était offert là, maintenant, il perdrait le contrôle dans sa vaine course pour posséder Hermione. Ce n'était pas elle.
Son cœur battait tellement vite et tellement fort qu'il cru le sentir quitter sa poitrine. Il devenait fou. Il était possédé par cette femme qui se trouvait à l'étage supérieur, sans doute blottie dans son lit, endormie. Il ne savait même plus comment la nommer. C'était Hermione sans être vraiment elle. Elle avait tout de Granger, qu'il avait connu pendant des années à Poudlard. Et en même temps, elle n'était personne. Elle n'avait que quelques souvenirs de son existence, glanés uniquement ici, au manoir Malefoy, au grès des quelques échanges qu'ils avaient eu ensemble et de ses maigres lectures.
Alors qu'il se sentait sur le point d'allonger Astoria sur le tapis, là, devant la cheminée, pour lui faire l'amour en pensant à une autre, il su qu'il devait s'arrêter là, maintenant. Avant de dépasser le point de non-retour et de sombrer dans la folie.
« Astoria, murmura-t-il, essoufflé. Je suis encore… Encore trop faible pour… Pour faire ça. »
Il recula tant bien que mal, résistant au désir qui réduisait sa raison en cendre. Difficile d'imaginer qu'elle puisse le croire, mais il ne voyait pas quelle autre excuse utiliser.
Il y eut un temps de silence durant lequel seuls leurs deux souffles se firent entendre.
« Oh Drago… Souffla finalement Astoria contre sa bouche, complétement échevelée, le désarroi transparaissant dans sa voix. Bien sûr, je… J'attendrai le temps qu'il faudra. »
Elle se redressa doucement, encore essoufflée. Prête pour lui, offerte…. Et pourtant… Pourtant il l'avait repoussée. Drago sentit sa déception envahir la pièce et le froid devenir encore plus glaçant.
Il était trop faible oui. Il n'avait pas menti. Il était trop faible pour résister au corps de celle qui se trouvait à l'étage supérieur et qui ignorait tout de l'impact qu'elle avait sur lui désormais.
Astoria se redressa et resserra les pans de sa robe autour d'elle. Drago ne vit pas le regard blessé qu'elle lui jeta, mais il sentit sa souffrance. Les mots se bousculaient dans sa gorge sans qu'il puisse en prononcer un seul.
Il se tut, l'écoutant refaire les nœuds qui enserraient sa poitrine, réparant sa robe déchirée à l'aide de sa baguette magique, reniflant. Elle pleurait, sans doute. Et il se devait de l'écouter. Il devait écouter sa propre déchéance raisonner dans les sanglots d'Astoria, sa soumission à une femme qui l'écœurait et le fascinait en même temps. Il devait imprimer dans son esprit ce qu'il détruisait, en cet instant : l'adoration qu'Astoria avait pour lui.
Lorsqu'elle sortit de la pièce sans un mot, il resta assis, face à la cheminée. Son cerveau lui semblait vide. Il ne parvenait plus à se souvenir de la sensation de réconfort qu'il avait pu ressentir ce jour où son père lui avait expliqué que sa grand-mère avait élevé des dragons en Albanie lorsqu'elle était jeune. Cela lui avait fait ressentir une émotion forte. Il avait imaginé une femme blonde, les cheveux presque blanc, rebelle et fière, courageuse. Le courage était ce qu'il lui manquait aujourd'hui. Le courage de lutter contre son attirance inéluctable pour Hermione Granger qui, il en avait peur, risquait de finir dans le sang et la douleur.
Il se leva blanc comme un spectre. Puisqu'il n'arrivait pas à lutter, autant aller au bout et se confronter à elle.
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Le terrier, salle à manger
Ginny jeta un coup d'œil par la fenêtre. Le temps se gâtait de plus en plus. L'hiver avait vraiment pris possession des lieux. Elle apercevait à peine l'arrosoir qu'elle avait posé il y a quelques semaines contre la barrière. Aujourd'hui, il était couvert d'une multitude de feuilles mortes.
Le ciel était grisâtre. Noël approchait à grands pas et Ginny se demanda s'ils allaient avoir le cœur à faire la fête. Ces temps joyeux lui paraissaient tellement lointains maintenant.
Elle attrapa le pull orné d'un énorme « G » posé sur le dossier de sa chaise et s'y glissa. Il était trop grand pour elle et ses mains dépassaient à peine des manches. Elle eu l'impression de redevenir une petite fille juste quelques secondes. Loin des préoccupations d'adultes. Loin de la guerre.
« Il y a une prophétie. » Dit Harry d'un ton sans réplique.
Ses mots tirèrent brutalement Ginny de sa rêverie. Elle détourna les yeux de la fenêtre et regarda Harry qui marchait de long en large dans la pièce, les sourcils froncés.
Harry pensait à la prophétie. Elle existait, c'est certain. Mais comment la découvrir, comment l'entendre ? Comment joindre Rusard ou Trelawney ? Depuis que le château avait été attaqué, plus personne n'avait de nouvelles d'eux. N'étant pas membre de l'ordre, ils n'étaient pas joignables par ce canal et il était bien trop dangereux de se rendre à Poudlard, inutile de prendre le problème de ce côté-là. Hermione avait forcément pensé à autre chose.
« Harry, on a aucune certitude. Coupa Ron. Et en plus, il reste toujours cette impossibilité d'aller au ministère. Comment est-ce que l'on pourrait la récupérer ?
-Et puis, renchérit Ginny blottie dans son pull, si tu te souviens de notre dernier passage au rayon prophéties… Ce n'était pas fameux. Je suis persuadée que ce n'est pas là qu'Hermione voulait nous emmener.
-Vous êtes déjà allés au département des mystères ? Interrogea Pansy, stupéfaite.
-Longue histoire » coupa Ginny en balayant sa question d'un revers de main.
Ginny avait presque oublié la présence de Pansy. Elle faisait presque partie de la bande maintenant. C'était vraiment une chose curieuse. Un serpent au milieu des lions. Combien de temps avant que le serpent ne leur morde la patte ?
« Nous n'irons pas au ministère, dit Harry en se frottant le front. Je suis certain que cela n'était pas le plan d'Hermione. S'il y a une prophétie, il y a certainement une personne qui l'a entendue. »
Harry décida de cesser ses allers-retours dans la pièce et s'assit à la table de la cuisine. Il agita sa baguette magique, faisant voler jusqu'à lui un parchemin vierge et une plume. Il traça plusieurs lignes sur le parchemin et écrivit le nom de Héléna Poivrededragon. Il secoua la main. La plume était une plumensucre et commençait à fondre entre ses doigts.
« On lui connait deux personnes proches à l'époque où elle se trouvait à Poudlard. Reprit Harry en essuyant ses doigts collants sur un torchon. Sa sœur et Rusard. En dehors de ça, on ne connait rien de sa vie après l'école. On ne sait pas si elle s'est mariée, si elle a des enfants… Ta mère dit que non, Ron mais comment pourrait-on en être sûrs ? Elle ne la connaissait pas si bien que ça. »
Harry agita sa baguette magique et fit apparaître une seconde plume. Il inscrivit les mots « Rusard » et « Trelawney » au bout des deux lignes qu'il avait tracées. Les autres restèrent vierge.
Harry était en confiance cette fois-ci. Il était certains qu'ils allaient trouver la réponse à leurs questions. Il suffisait juste de prendre le temps et de chercher au bon endroit. Il fit tourner la plume entre ses doigts, songeur.
« Je ne vois pas comment on pourrait avoir plus d'informations sur elle… Murmura Pansy, les sourcils froncés. Je crois que Rusard a été sérieusement blessé pendant la bataille à Poudlard… Quant au professeur Trewlaney, personne ne l'a plus vue à partir du moment où les mangemorts sont entrés dans l'école. Est-ce qu'on a un moyen de joindre le professeur Mc Gonagall ?
-Impossible, Souffla Ginny, la voix tremblante. Elle est dans un coma magique suite à de graves blessures survenues justement lors de l'attaque de Poudlard.
-J'ai l'impression qu'on est dans un cul de sac. » Grogna Ron.
Sa patience, déjà très peu présente lorsqu'il était juste « Ron », s'était considérablement amenuisée depuis qu'il était devenu un loup-garou. Il ferma les yeux pour se concentrer sur autre chose afin d'éviter de détruire l'accoudoir de son fauteuil, de rage. Il aurait pris tellement de plaisir à y planter ses ongles pour en sortir la bourre… Ça, c'était sans compter la fureur que cela aurait provoquer chez sa mère et la punition cuisante qui en aurait résulté. Mieux valait rester prudent. Il était un loup-garou, mais tout de même… Une punition de sa mère…
Il se concentra sur les odeurs qui flottaient dans la pièce. Un délicat fumet de poulet lui parvint aux narines. Sa mère avait cuisiné une partie de la matinée. Un filet de salive lui emplit la bouche. Il fouilla d'autres odeurs, pour éviter de se mettre à baver.
Un parfum d'orange fraîche flotta jusqu'à lui. Il huma plus fort. Orange et cannelle. Tellement agréable… Le fumet des gâteaux de son enfance. Ses yeux s'ouvrirent d'un coup. C'était l'odeur de Pansy.
« Non, non, attends… Dit Ginny, le ramenant à la réalité. Il y a forcément quelque chose. Hermione ne nous aurait pas laissé dans un cul de sac. »
Les jeunes gens se regardèrent un instant sans rien dire. Harry était persuadé que Ginny avait raison. Hermione ne les aurait pas laissés sans une piste, cette fois-ci, il en était sûr. Il devait faire confiance à Hermione. Il y avait forcément quelque chose.
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Elle l'observait en silence. En silence et en secret. Il avait fermé les yeux, comme pour méditer ou se concentrer. Elle s'était toujours moquée de lui. Ses cheveux roux lui avaient toujours paru ridicules et elle détestait sa voix. Désormais, tout cela lui semblait lointain. Il lui semblait plus juste que tout ce qu'elle avait connu jusqu'à présent. Plus juste que l'éducation qu'elle avait reçue ou que les hommes qu'elle avait connus. Et puis, surtout… Elle devait l'admettre, il le fascinait.
Lorsqu'elle l'entendait grogner, lorsqu'elle le voyait passer sa langue sur le bout de ses dents… Dans ces moments-là, elle était grisée. Elle le trouvait effrayant et ça lui plaisait. Effrayant mais juste… Il voulait bien faire les choses. Il voulait sauver le monde.
Ça lui était insupportable, mais elle l'aimait bien maintenant, Ronald Weasley.
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« Potter, est-ce que tu peux me redire ce que t'a dit Hermione avant de disparaître ? Demanda Pansy, lovée dans un fauteuil au coin de la cheminée.
Harry fronça les sourcils, fouillant dans ses souvenirs. Celui-là était l'un des plus vivace dans son esprit.
« Elle m'a dit… Regarde dans mes parchemins, cherche dans mes livres. Mais ça, on l'a déjà fait.
-Non, coupa Ron. On a un parchemin, mais nous n'avons rien trouvé de particulier dans les livres.
-Hermione n'a pas de livre sur la généalogie de la famille Trelawney. Fit Ginny d'un air sceptique.
-ça vaut le coup de tenter ! Rugit Pansy en se redressant, faisant sursauter Ron.
-Depuis quand tu es aussi motivée pour nous aider, toi ? » Demanda Harry d'un ton soupçonneux.
Il ne pouvait nier que ces derniers temps, la jeune femme leur avait été d'une grande aide. Toutefois, il ne s'expliquait pas ce revirement de comportement.
Le visage de Pansy se colora de rouge et elle se rassit brutalement dans son fauteuil. Elle n'avait pas de réponse à lui donner. Elle-même ne savait pas vraiment quand elle avait commencé à se passionner par ce sujet. Après tout, il s'agissait d'aider Granger, Potter et les Weasley… Ceux dont elle s'était moquée durant toute sa scolarité. Ceux qu'elle avait pris de haut et qu'elle avait dédaigné.
Si Granger mourait, ne serait-ce pas là une belle l'occasion de boire de la bièrraubeurre jusqu'à plus soif ?
Mais elle était troublée par leur quête de justice. Leur quête… Celle que menaient ses parents et même Drago… Tout cela n'était que pure subjectivité, chacun se pensant dans son bon droit… Alors que certains essaient d'utiliser leurs dons pour aider les autres, d'aucun se jetaient à corps perdu dans des idéaux destructeurs… Et tout à coup, cela lui paraissait vraiment lointain.
Elle croisa le regard de Ron. Pour une fois, ce dernier n'avait pas l'air accusateur mais plutôt curieux. Elle détourna rapidement les yeux. Oui, peut-être que cela était une motivation aussi, même si elle n'en saisissait pas très bien le sens.
« Je n'en sais rien ! Eluda-t-elle. On s'en fout non ? Le but c'est de retrouver votre copine ! On le fait ou pas ? »
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Le repas du midi se déroula dans une ambiance plutôt amicale. Chacun se mettrait à la lecture après avoir mangé et retrouvé de l'énergie.
Reboosté, Harry avait retrouvé de la motivation. Il discuta longuement avec Ron de stratégie de Quidditch. Visiblement, la fameuse « figure de la toupie » semblait mieux exécutée par l'attrapeur des Canon de Chudley du point de vue de Ron. Harry, lui, était certain que la poursuiveuse des Harpies de Holyhead l'avait si bien exécuté que c'était pratiquement devenu sa marque de fabrique. Ginny les observait en souriant. Cela lui faisait plaisir de voir Harry et Ron bavarder comme deux élèves de septième année. Les moments de répits étaient tellement rares qu'il fallait en profiter.
Le délicieux poulet accompagné de ses légumes frais ne gâchait rien au moment. Molly s'était surpassée. En plus de ce met délicat, ils finirent le repas avec une touche sucrée : une tarte à la mélasse qui était parfaitement fondante. De façon exceptionnelle, Mr Weasley était avec eux. Il posa quelques questions à Harry sur les « flotteurs » électriques dont se serve les moldus pour battre les œufs en neige.
Tout le monde félicita Molly pour son repas. Son large sourire ne laissa aucune place au doute. Sa mission était remplie : les ventres pleins et tendus ne connaîtraient pas la famine aujourd'hui.
Un moment presque normal, pour une famille pas très normale.
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Les yeux de Ginny étaient sur le point de se fermer. La tête posée sur sa main, elle relisait la même phrase pour la troisième fois sans rien comprendre. Plongée dans un livre de sortilèges, elle avait de plus en plus de mal à se concentrer. Cela faisait bientôt trois heures qu'ils épluchaient les livres d'Hermione sans aucun résultat.
La nuit était tombée depuis longtemps. Le feu ronflait dans la cheminée. Le chocolat chaud qu'elle s'était fait couler dans l'après-midi était maintenant complétement froid. Ginny n'y avait pas touché. Elle rêvait de le réchauffer et de le siroter au coin du feu, observant Fred et Georges fabriquer une nouvelle farce…. Ils feraient sans doute brûler leurs sourcils, et leur mère refuseraient de les leur faire repousser pour les punir… Ils le feraient eux-mêmes et se retrouveraient encore avec des sourcils plus touffus que la barbe de Dumbledore…
Le sommeil finit par s'emparer de la jeune femme et elle pencha subitement. Sa tête bascula sur l'épaule d'Harry, assis à côté d'elle. Il sursauta. Son regard s'attarda un instant sur les lèvres entrouvertes de la rouquine dont un fin filet d'air s'échappait.
« HUM HUM, fit brutalement Ron en se raclant la gorge et en lançant un regard agressif à Harry.
Ginny se redressa d'un coup, l'air un peu perdue. Sa bulle venait d'éclater brutalement alors qu'elle était en train de rêver que Georges venait de faire pousser des oreilles de souris sur Fred.
« J'ai du mal à me concentrer, désolée… Souffla-t-elle.
-Oh ne t'inquiète pas, tu n'es pas la seule, dit Ron d'un ton sec en jetant un nouveau regard assassin à Harry.
-Il est tard, grogna Harry en ignorant la remarque de Ron. On devrait peut-être… Aller se coucher. »
Pansy redressa la tête. Installée au coin du feu, elle était plongée dans la lecture d'un livre qui portait sur les propriétés des plantes aromatiques. Elle venait d'apprendre que le thym pouvait servir d'ingrédient pour un filtre d'amour particulièrement puissant qui aurait même tendance à déclencher une envie de danser la gigue à l'approche de l'être aimé. Rien qui soit très utile dans leur démarche.
Harry avait sans doute raison, il allait falloir se coucher. Ils n'étaient plus à quelques heures près et une petite recharge en énergie leur permettrait d'être plus productifs le lendemain.
Ron semblait être du même avis. Il lança un dernier regard réprobateur à Harry puis se leva. Harry se déplaça à son tour, évitant soigneusement de regarder Ginny. Cette dernière se frotta les yeux, et laissa son regard courir dans la pièce. Il échoua finalement sur le livre. « Métamorphoses des objets du quotidien : quand la cuillère devient un lit ». Où en était-elle ? Elle ne se souvenait plus où elle avait cessé sa lecture.
Elle décida de relire les quelques lignes de la première page afin de pouvoir reprendre au bon endroit le lendemain quand elle remarqua une tâche dans un coin.
« J'ai bavé sur la page, marmonna-t-elle tout bas en rougissant. Il y a même un mot qui a coulé. »
Elle se pencha vers le livre et frotta légèrement la page.
« Allez, je monte me… Commença Pansy.
-ATTENDEZ ! s'écria tout à coup Ginny en saisissant vivement le livre et en l'approchant si près de son visage que son nez se colla sur la page. Il y a son prénom !
-Quoi ? demanda Harry en s'approchant des pages à son tour. Quel prénom ? »
Ron les rejoignit, mettant au passage un grand coup d'épaule à Pansy qui arrivait à son tour.
« Regarde ici ! Poursuivit Ginny en pointant quelques lettres inscrites dans un coin du livre. Il y a un cœur et deux prénoms écrits à l'intérieur.
« Héléna Poivrededragon et …. Ioen Finnigan. Déchiffra lentement Harry.
-Ioen Finnigan, fit Ron d'un air songeur… Le père de Seamus ? »
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Manoir Malefoy, chambre d'Hermione Granger
Drago entra dans la chambre d'Hermione cette fois-ci, sans aucune hésitation. Cette semaine de privation l'avait rendu vorace et sa main trembla légèrement lorsqu'il clancha la poignée pour entrer dans la pièce.
Il était tard mais elle ne dormait pas encore, allongée sous ses couvertures. Hermione était occupée à passer et repasser son index dans un petit trou qui se trouvait dans son drap. Ce mouvement lancinant la berçait et elle espérait que cela allait l'aider à trouver le sommeil. Elle dormait très mal depuis une semaine. Ses échanges avec Drago étaient devenus tellement étrange que cela la poursuivait jusqu'au fond de son lit.
Elle passait et repassait dans sa tête leurs paroles, leurs gestes. Parfois même, elle se souvenait de ses mains…
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Elle sursauta vivement lorsque la porte s'ouvrit sur le jeune homme. Elle ne l'avait pas vu depuis une bonne semaine.
Elle ne s'étonna même pas de le voir entrer si tard. Son émotion première fut de réaliser qu'il lui avait profondément manqué. Sa seconde émotion fut de s'en vouloir terriblement pour cela. La culpabilité l'étreignit violemment mais elle se raisonna.
Elle ne voyait personne, à part lui et Salazy. C'est pour cette raison et cette raison uniquement qu'elle avait envie de le voir. Rien d'autre ne pouvait justifier cela. Apprécier sa présence était complétement hors de propos.
Passé cet instant de flottement, elle réalisa qu'il était dans sa chambre, en pleine nuit. Elle remonta légèrement la couverture sous son menton dans un réflexe enfantin. Que faisait-il ici ?
Allait-il se mettre en colère contre elle, ou, au contraire, lui parler comme il l'avait fait la fois précédente ? Presque gentiment ?
La peur et le soupçon se mélangeaient en elle. La colère fit son apparition quelques instants. Puis, finalement, son cœur s'emballa légèrement. Il était là et cela lui procuraient un indécent plaisir. La culpabilité remplaça immédiatement cette émotion et se lova dans sa poitrine. Elle ne pouvait pas se le permettre.
Elle n'osa pas bouger et le regarda approcher, ses yeux métalliques balayant le vide. Même dans la pénombre, on remarquait ses traits aristocratiques et le rang dont il était issu. C'était un bel homme, elle ne pouvait le nier.
Un rayon de lune tomba sur son visage et elle admira quelques secondes la pureté qui s'en dégageait. Etrange qu'une personne aussi belle soit en même temps parfois si laide à l'intérieur. Si démoniaque.
La faible luminescence de l'astre se déplaça légèrement, caressant le col du vêtement de Drago et s'attarda sur une marque rouge et violacée dans son cou. Sans trop savoir pourquoi, cela dérangea Hermione qui tourna la tête.
Drago s'installa sur une chaise qui se situait beaucoup trop près du lit d'Hermione. Il soupira et posa son front au creux de ses deux mains, l'air épuisé. Hermione ne pouvait voir ses yeux et cela avait tendance à l'inquiéter. Malgré sa cécité, elle les trouvait de plus en plus expressifs ces derniers temps.
Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'il prenne la parole.
« Je pense que tu as appris tout ce que tu pouvais apprendre sur la lignée des sang-purs dans cette bibliothèque ». Dit-il d'une voix rauque. Il avait l'impression que sa tête tournait comme une toupie. La sensation de nausée avec disparu, remplacée par des vertiges.
Le.
Laisser.
Tranquille.
Il avait l'air vraiment fatigué, tout à coup. Hermione resta interdite, une angoisse muette lui nouant le ventre. Cela lui sembla tout à coup très inquiétant.
Drago reprit d'une voix basse :
« Je crois que tu ne retrouveras pas la mémoire. Et par conséquent, je crois que tu ne me rendras jamais la vue. »
Hermione resta silencieuse. Elle avait l'impression que son cœur venait de voler en éclat. Elle se sentait déchirée par les mots de Drago. Elle essaya de ne pas y prêter trop attention, mais ils envahirent son esprit et s'y imposèrent avec la force d'un centaure.
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C'était la fin.
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Il lui avait dit qu'il la tuerait le jour où elle retrouverait la mémoire et où il récupérerait la vue. Et si… Si ce jour n'arrivait jamais, alors, il n'avait aucune raison de la laisser en vie. Elle ne s'était pas attendue à ce que cela arrive si vite. Elle ne savait pas ce qu'elle désirait en cet instant… Vivre encore cette vie où finalement, elle se sentait aussi aveugle que Drago ? Ou disparaitre et être enfin reposée, loin de toute cette haine qui l'entourait sans qu'elle puisse en comprendre les tenants et les aboutissants ?
Savoir qu'elle ne saurait peut-être jamais vraiment qui elle était avant lui était insupportable.
Mourir, comme cela, maintenant ?
Mourir de la main d'une personne dont elle désirait ardemment la présence ?
C'était pitoyable. Elle étouffa un rire nerveux mais il ne parut pas l'entendre.
« Qu'est-ce qu'il me reste ? Gronda faiblement Drago. Tu ne me sers à rien. »
Le cerveau du jeune homme lui semblait proche de l'implosion. Il fallait que cela cesse. Il fallait qu'une dernière confrontation supprime cette souffrance permanente qui le détruisait à petit feu.
Drago se leva et s'approcha d'Hermione. Le parquet craquait sous ses pas, douce musique d'une marche funèbre lancée sur ses talons. Elle se leva à son tour, sentant une onde de panique s'insinuer en elle. Le drap glissa au bas de ses pieds nus sans qu'elle s'en rende compte. Malgré elle, elle sentit son corps se mettre à trembler et un frisson lui parcourir l'échine.
Sa main tâtonna les draps, à la recherche désespérée d'une arme pour se défendre. Peine perdue, bien sûr. Mais n'est-ce pas là le sursaut de volonté normal de celle qui veut survivre ?
Hermione recula légèrement, jusqu'à sentir son lit juste derrière elle, s'enfonçant derrière ses cuisses. Son contact rassurant augmenta sa panique. Elle n'avait que ce lit, son oreiller et ses draps pour se défendre face à une personne qui disposait de pouvoirs hors du commun.
Les derniers pas de Drago vers elle la firent asseoir, muette et crispée. Il sortit sa baguette magique et la pointa vers elle. Une légère lueur apparu au bout du morceau de bois. Hypnotisée par cette seule source de lumière, Hermione fixa la couleur jaunâtre, avalant difficilement sa salive.
Lorsque Drago fut assez proche, il appliqua le bout de bois contre son cou, appuyant doucement sur la peau fine. La gorge d'Hermione palpitait douloureusement sans qu'elle puisse prononcer un mot.
Elle pouvait voir chaque trait de son visage, chaque petite crispation qui l'agitait. C'était un crime d'être si beau et si pervers en même temps.
Les larmes qui menaçaient de perler au coin de ses yeux restèrent coincés au bord de ses paupières. Non, elle ne partirait pas la tête basse.
Elle mourrait ainsi, fière, sans le supplier.
Elle aurait aimé en savoir plus sur elle, sur lui. Elle pensa à ceux qui la cherchaient et qui finiraient par apprendre qu'elle avait quitté ce monde. Manquerait-elle à quelqu'un ? Avait-elle réellement des amis ? Cette « Chang » avait-elle raison ? Cette pensée la consola un peu. Peut-être était-elle aimée, quelque part dans ce monde. Peut-être n'était-elle pas si seule, finalement.
Cette pensée lui donna du courage. Elle le regarda bravement. Elle mourrait avec courage.
« Je devrais te tuer, là maintenant. » Murmura Drago.
Il appuya un peu plus fort sa baguette contre son cou, la forçant à déglutir.
Hermione ferma les yeux et respira doucement, espérant que cela ne serait pas trop douloureux. Elle refusa toujours plus fort de pleurer, luttant contre les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues désormais blêmes. Serrant les poings à s'en faire saigner les paumes, elle resta silencieuse.
Elle n'était pas prête. Le serait-elle jamais ? Elle était frustrée ça oui. Mais elle n'était pas soumise et cela serait sa dernière fierté.
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Le débat qui faisait rage dans le cœur de Drago était d'une violence insoutenable. Il sentait la peur de la jeune femme jusqu'au plus profond de son être et jusqu'au bout de ses orteils. Pourtant, elle le bravait, fière et droite. Elle ne se débattait pas, ne luttait pas. Foutue Gryffondor. Elle était si forte, bien plus forte que lui. Elle n'avait pas fui ses émotions, elle n'avait pas renoncé à ses convictions alors même qu'elle ignorait tout du monde dans lequel elle était. Elle n'avait beau être qu'un immondice, elle était aussi… Admirable.
Son courage était le même que celui de sa grand-mère. Un courage brut, presque déchirant. Quelque chose qu'il ne possèderait jamais, il en était certain.
Malgré sa haine pour elle, il avait encore envie de la toucher et ce désir lancinant ne le quittait plus. Il se sentait prisonnier de son propre corps, il voulait écarteler cette prison de chair pour échapper à ces émotions qu'il ne parvenait plus à contrôler. Mais elle était là… Si fragile face à lui. Fragile mais forte. Elle vibrait de courage. Il la sentait sereine, prête à mourir de sa main. Et lui se sentait faible. Minuscule face à elle.
C'est cela qui le poussa à prononcer les mots qui lui faisaient si mal, qui le rendaient muet de douleur.
« Je devrais te tuer mais je ne peux pas. Je ne parviens plus à te haïr. »
Hermione hoqueta de surprise.
La main de Drago retomba mollement le long de son flanc. Il avait échoué. Il n'avait pas eu le courage d'aller jusqu'au bout. Il s'était condamné et cela était autant un soulagement qu'une souffrance insoutenable.
C'était lui-même qui refusait de se laisser tranquille.
Il avait envie d'arracher sa propre peau pour mettre ses os à nu tant cette situation lui était insupportable. Une phrase revenait en boucle dans sa tête… « La meilleure façon de résister à la tentation est d'y céder ».
Il s'approcha encore jusqu'à appuyer son front contre celui d'Hermione qui inspira violemment, surprise. La chaleur qui se dégageait de leurs deux corps provoqua une nuée de chair de poule sur les avants bras Hermione. Ce contact la dégouta tout autant qu'elle la fit trembler.
« Je devrais… Te laisser partir. »
Hermione n'aurait jamais imaginé qu'il puisse dire une chose pareille. Incapable de réfléchir, elle essayait de saisir le sens de sa phrase sans y parvenir. Haletante, elle inspira quelques goulées d'air salvatrices.
« Mais… Souffla Hermione.
-Tais-toi… Dit-il, la voix plus rauque encore que précédemment. Plus tu parles, et plus ça me fait mal… »
Il redressa son visage et approcha sa main du visage d'Hermione. Il posa sa paume contre sa joue avec une douceur qu'elle ne lui connaissait pas. Il sourit. Il était si proche qu'elle sentait son souffle échouer sur ses lèvres. Sur son visage se peignit une émotion d'une tristesse profonde.
Elle ne l'avait jamais vu si vulnérable et cela l'effraya plus encore que ses envies de meurtre.
Il recula et retira sa main. Le froid envahit Hermione. Elle le regarda marcher en arrière, puis sortir de sa chambre et disparaître. Ses jambes flageolèrent, ses bras la lâchèrent et elle s'écroula sur son lit, parcourue de sanglots silencieux.
