Bonjour, bonjour. Chose promise, chose dûe. Je vous souhaite une bonne lecture :).


Résumé des chapitres précédents : Hermione a rendu Drago aveugle. Elle est donc séquestrée au Manoir Malefoy, dans l'espoir qu'elle guérisse le Serpentard... Ce qu'elle ne peut pas faire puisqu'Harry a effacé sa mémoire. Drago, de plus en plus troublé par les contacts physiques qu'il entretient avec Hermione, ne sait plus où il en est. Harry, Ginny, Ron et Pansy, découvrent un nouvel indice et décident que Ron et Pansy se rendront au ministère de la magie pour en apprendre plus sur Helena Poivrededragon.


Chapitre 13 : Puissantes éclaircies


Manoir Malefoy, Bibliothèque

Hermione passait en revue l'ensemble des livres de la bibliothèque. Elle n'en revenait pas. Cette taille était tout bonnement impressionnante. L'odeur puissante des pages jaunies lui vint aux narines. Hermione s'approcha d'un rayon et observa le bord de l'étagère, touchant légèrement du bout des doigts le bois vieilli par les années. Il était chaud, presque palpitant.

La jeune femme fronça les sourcils. Le titre du livre qui se trouvait juste sous ses yeux lui semblait être très important. Comme si elle l'avait déjà lui de nombreuses fois. Comme si… Comme si, par le passé, ce passé dont elle ne se souvenait pas, elle l'avait déjà lu. Elle pencha la tête, détaillant les lettres qui s'étalaient sur la tranche. « L'histoire de Poudlard »…

Une étrange sensation la parcouru. Hermione tendit la main pour saisir le livre mais, au même moment, la porte de la bibliothèque s'ouvrit violemment et elle laissa retomber sa main le long de son flanc.

Hermione tendit l'oreille. Elle n'avait pas vu Drago aujourd'hui. C'est Salazy qui l'avait emmenée dans la salle aux murs couverts de livres et Hermione ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi. L'évitait-il à cause de ce qu'il s'était passé la veille entre eux ?

A présent qu'elle reconnaissait sa démarche si caractéristique et qu'elle était certaine qu'il venait d'entrer dans la pièce, elle se demandait si elle allait avoir le courage de lui poser la question. Hermione ne savait pas si elle devait aller à sa rencontre ou s'enfuir en courant. Allait-il la punir pour ce qu'ils avaient fait la veille ?

Elle n'eut pas le loisir de se poser la question trop longtemps. Elle le vit apparaître, sa démarche plutôt assurée malgré sa cécité. Elle fut un instant surprise. Ses yeux semblaient tellement expressifs… Elle avait l'impression qu'il pouvait la voir.

« Qu'est-ce que tu regardes ? Demanda-t-il, un rictus en coin s'étalant sur ses lèvres.

-Je… Rien. Répondit Hermione en détournant le regard. Je ne regarde rien de particulier.

-T'es-tu suffisamment documentée ? Tu as fait ce que je t'ai demandé ? Demanda-t-il d'un ton brusque.

-J'ai beaucoup lu, oui… » Hésita-t-elle.

La voix d'Hermione trembla légèrement et cela agaça Drago. Par Salazar, il ne supportait pas de la sentir vulnérable.

« Est-ce que tu comprends mieux où est ta place, maintenant que tu as lu les livres adéquats ? »

Le ton de Drago se fit plus sec tandis que son visage sembla s'obscurcir. La pièce se fit soudain glaciale et les maigres rayons du soleil filtrant à travers les vitres ne parvinrent plus à réchauffer l'air ambiant.

Hermione frissonna. Elle hésita un instant en se mordillant la lèvre inférieure.

L'entendre parler comme ça réveillait en elle un feu de rébellion qu'elle n'avait pas envie de contenir, quitte à être punie une nouvelle fois. Certaines choses lui paraissaient incompréhensibles au-delà des mots.

Elle sentait qu'il était déjà en colère mais elle devait savoir. Elle savait que le pousser à bout pouvait avoir de lourdes conséquences, mais elle n'avait pas envie de se retenir.

« J'ai compris certaines choses mais… Répondit-elle, Je me souviens vous avoir entendu m'appeler Sang de Bourbe. D'après ce que j'ai lu, il s'agit d'une personne née de parents sans pouvoirs magiques et qui devient … Sorcier ou sorcière. Sa voix ne devint plus qu'un murmure. D'où est-ce que je viens ? Est-ce que… Est-ce j'ai volé les pouvoirs de quelqu'un d'autre ? Est-ce que c'est pour cela que vous… Que vous me détestez tellement ? »

Vulnérable, encore. Et en même temps… Encore là, à lui tenir tête. A se poser des questions, à essayer de le faire changer d'avis sur sa pauvre condition.

S'il pouvait la toucher, juste une petite seconde, pour calmer le feu qui brûlait dans ses veines, il était certain qu'il arriverait à mieux réfléchir et qu'il pourrait répondre clairement à sa question.

Elle lui tapait sur les nerfs.

« Oh non, pas juste pour ça. Fit Drago d'un ton incisif. C'est aussi parce que tu es une insupportable petite peste. Et aussi parce que tu m'as rendu aveugle. »

Hermione le fixa sans répondre. Elle cilla puis baissa les yeux et fut plutôt contente qu'il ne puisse voir l'expression qui traversait les traits de son visage, décomposé. Tant de haine envers elle lui était difficile à supporter. Elle ignorait si elle méritait ou pas toute cette colère, mais cela avait tendance à la blesser.

Son silence sembla être assez explicite car Drago soupira et passa la main dans ses cheveux.

Vulnérable… Encore…

Il s'appuya légèrement sur sa canne et repris :

« Plus exactement… Tu manques de pureté. Tu n'aurais pas du recevoir ces pouvoirs. Rien ne t'y prédestinais car tu viens d'un monde sans magie. Pourtant, tu es une sorcière. Tu as toi aussi ces dons en ta possession. Mais je ne… Je ne crois pas que tu ais pu les voler à qui que ce soit. C'est quelque chose de beaucoup trop complexe et… Surtout… Mon maître lui-même n'en est pas capable.»

Drago eut envie de se frapper violemment la tête dans le mur. Pourquoi, par Salazar, la rassurait-il ? Elle ne méritait pas une telle faveur de sa part. Au contraire, elle devait se repentir d'être si impure. Elle devait se traîner à genoux devant lui jusqu'à s'écorcher la peau, demander pardon. Drago tressaillit et se détourna légèrement de la jeune femme.

Le silence se poursuivit, enterrant ses mots sous une couche de non-dits écrasante. Hermione le regarda étrangement sans qu'il puisse s'en apercevoir.

Pour la première fois, il avait presque été gentil avec elle.

Ainsi, elle n'avait pas pris la magie de quelqu'un d'autre. Mais… Mais elle disposait de certaines capacités ? Elle était donc bien comme lui ? L'injustice qu'elle ressentait était donc légitime. Elle n'avait rien fait de mal.

Mais pourquoi la rassurait-il ? Habituellement, il aimait la rabrouer et l'enfermer dans un cercle de haine qui aboutissait inexorablement à une blessure physique.

Son esprit lui sembla aussi embrumé que lors de sa première journée dans le manoir, enfermée dans un cachot sombre avec des papillons qui cognaient désespérément les parois de son crane pour s'enfuir.

« Merci. » dit Hermione si bas qu'elle n'était pas certaine d'avoir réellement voulu prononcer cela.

Drago sentit le mot le frapper comme une gifle. Il n'avait pas voulu être compatissant envers elle, il n'avait pas voulu lui faire plaisir. Malgré cela, il n'avait pas pu… Il n'avait pas pu se résoudre à l'enfoncer davantage, même si son esprit lui criait de lui faire mal, de la battre et de l'humilier jusqu'à ce qu'elle se mette à pleurer, émettant ces délicats petits sanglots qui secoueraient alors son corps frêle et fragile.

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Il se rendit compte, avec une horreur grandissante, que ce qu'il lui avait murmuré sous l'emprise de l'alcool, alors qu'il parcourait son corps, était vrai. Il ne la haïssait plus.

Il ne savait par quel moyen, il avait réussi à séparer Hermione Granger, celle qu'il avait connu durant toutes ces années à Poudlard, de cette fille qui se trouvait face à lui. Et il ne savait tout simplement plus comment haïr une personne qui était aussi perdue que lui et qui ne l'avait elle, jamais blessé.

Cela faisait monter une colère sourde en lui, qu'il n'arrivait pas à identifier. Était-elle dirigée contre elle, alimentant et ravivant le feu de la haine qui semblait éteint ? Ou était-elle lancée contre lui-même, en représailles de sa faiblesse ?

Il ne voulait pas qu'elle le sache, elle ne pouvait pas s'en apercevoir, non… Et pourtant… Pourtant il n'avait plus envie de la blesser. Il n'y arrivait tout simplement plu comme une limite à ne pas dépasser qu'il avait tout de même allégrement franchie. Lui-même, au travers de sa réponse, ne savait même plus vraiment ce qu'il entendait par sang impur.

Elle lui avait retourné la tête, à tous point de vue.

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Ses mains se mirent à trembler.

« Viens, je te ramène dans ta chambre » dit-il sèchement.

Il avait fait en sorte que sa voix ne vacille pas, mais il était à bout de nerf.

Toute sa vie, il avait vécu dans la haine de ceux qui n'étaient pas natifs de sang-pur. Il s'était sentit membre d'une caste, d'un groupe bien supérieur à ces petites gens, ces infâmes démons qui n'avaient pas leur place au sein de leur puissante société. Même si tout chez les sang-purs semblait faux et froid, ils étaient comme lui.

Bien qu'il n'ait jamais vraiment apprécié devoir porter un masque en permanence pour pouvoir conserver le respect qui était dû à son rang, il s'y était habitué. Cela était entré dans son sang, dans sa tête. Son dédain coulait dans ses veines, sa froideur pigmentait sa peau, sa pureté indécente faisait de lui qui il était, Drago Malefoy.

Désormais, mis à l'écart en raison de sa cécité, il se sentait proche, pour la première fois de sa vie, d'un autre être humain.

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Elle n'était pas sa semblable, comme tous les autres sang-purs.

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Non, elle était lui. Sa souffrance faisait écho à la sienne. Son imperfection lui renvoyait le reflet de la sienne. Son déchirement et le sien s'unissaient à chaque fois qu'il l'effleurait. Elle qui ignorait tout de ce monde magique semblait pulser sur une fréquence plus haute encore que ce qu'il avait pu connaître au cours de sa courte existence. Elle était un être avec lequel il ressentait une symbiose qui n'avait jamais existé pour lui auparavant. Elle était plus vrai que n'importe quelle autre personne qu'il ait jamais rencontré.

Et il n'y arrivait plus, malgré son impureté, malgré son sang… Il était fatigué de la haïr. Son esprit le poussait de toute ses forces à céder et à accepter la main qu'elle lui tendait.

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Hermione se leva et s'approcha de lui pour quitter la pièce. Elle n'avait aucune envie de discuter. Elle avait de la chance que la discussion ne soit pas allée plus loin voire même que cela soit resté à l'état de discussion. Elle reviendrait plus tard pour consulter ce fameux livre, « l'histoire de Poudlard ».

En passant à côté du jeune homme, sa main effleura par erreur celle de Drago.

A cet instant précis, lui comme elle se mirent à lutter.

Il se retourna violemment et ses iris gris orage se plantèrent dans ceux d'Hermione comme s'il pouvait la voir. Son visage se crispa et une expression de colère apparu, son front se plissant et sa bouche s'entrouvrant dans un rictus rageux.

Hermione recula d'un pas. Elle avait promis de ne plus le toucher. Malgré cela, elle ne parvenait pas à ignorer la brûlure qu'elle avait ressentit lorsque leurs deux mains s'étaient touchées et que ses doigts avaient caressé sa peau. Plus rien n'avait de sens pour elle. Cette brûlure avait été agréable. Presque douce. Et elle en voulait encore. Elle voulait encore qu'il la touche. Depuis quand avait-elle si envie de contact avec lui ?

Oui, c'était si pervers, ce sentiment qui grandissait en elle.

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Plus il la touchait, et plus elle avait envie qu'il la touche.

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Drago, quant à lui, se retenait de ne pas l'attraper par le bras pour la coller contre la première bibliothèque venue et d'explorer son corps, de lui arracher ses vêtements. La souffrance qu'il ressentait en cet instant était insupportable. Son odeur de vanille vint s'insinuer dans ses narines, entêtante. Il allait finir par perdre pied si elle continuait à le tenter de la sorte.

« Je t'avais prévenue… Gronda-t-il. De ne plus me toucher…

-Je sais… » Le ton d'Hermione était résigné.

Dommage, elle avait presque réussi à avoir un échange civilisé avec lui.

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Il leva sa baguette, prêt à lui jeter un sort, à lui taillader la joue. Il imaginait le sang couler sur sa peau, et avec un pincement au cœur, il s'imaginait toucher délicatement cette même blessure, sentir son sang impur couvrir ses doigts. Il la visualisait tremblante, refoulant sa douleur pour ne rien laisser paraître, perdue… Il se voyait lécher sa peau à vif, gouter son sang… Le désir lui secoua les entrailles, se glissant partout sous sa peau, serpentant dans sa tête.

Drago baissa sa baguette. Elle allait vraiment le détruire.

Il ne pouvait tout simplement pas la toucher. Si leurs peaux entraient en contact, il perdrait le contrôle, il en était certain.

Drago inspira une grande goulée d'air et fit de son mieux pour vider son esprit. Il la contourna et pointa sa baguette dans son dos pour la faire avancer.

« Tu retournes dans ta chambre. Dépêche-toi avant que je change d'avis. »

Hermione, trop abasourdie, ne sut que répondre. Au lieu de la rassurer, cela ne fit que la perturber davantage. Pourquoi …. ? Pourquoi ne lui avait-il pas fait mal ? Pourquoi ne pas l'avoir punie alors que c'était ce qu'il s'entêtait à faire depuis des semaines ?

Aussi choquée que lui, elle se mit à avancer en direction de sa chambre, son cerveau flottant dans une épaisse brume.


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Le terrier, cuisine

« NON, NON et NON » rugit Molly Weasley, ses cheveux roux ébouriffés volants autour de son visage rougit par la colère.

« Mais Maman….

-Non, Ronald Bilius Weasley, tu n'iras pas au ministère de la magie ! Comme s'il ne suffisait pas que tu sois un loup-Garou, il faut que tu continues à risquer ta vie sans savoir dans quoi tu t'embarques ? Ça n'a pas de sens ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'enquête ? Pourquoi Hermione ne vous a-t-elle pas donné plus d'informations ?

-Maman, ce n'était pas possible. La raisonna Ron. Quelqu'un aurait pu entendre les détails du plan d'Hermione… Et tout aurait été complétement foutu.

-Et puis, rétorqua Harry, je pense que si j'avais su de quoi il en retournait tout de suite, je serais allé chercher Hermione dans la minute. Elle savait que je n'accepterais jamais tout son plan. Je regrette déjà de l'avoir laissé là-bas et…

-Il y a forcément une autre solution ! Tempêta Molly. Il est hors de question que vous vous rendiez là-bas. »

Le sujet semblait clos de son côté. Elle posa violement la poêle qu'elle tenait à la main et agita sa baguette magique. Elle était dans un tel état de nervosité que l'éponge destinée à la vaisselle s'envola et atterrit contre une fenêtre, y laissant une trace humide de savon.

Elle avait l'air d'être dans un état de colère absolument gargantuesque, mais Harry savait que c'était la peur qui alimentait sa rage. Elle ne voulait perdre aucun de ses enfants. Harry se sentit honteux. Il n'avait pas le droit de lui imposer cela… Il en avait conscience.

Il voulait toutefois suivre le plan d'Hermione. Il était certain que la jeune femme avait tout prévu et que la réponse à leurs questions se trouvait de plus en plus proche. Il devait absolument découvrir ce qu'Hermione avait en tête. C'était sa seule piste. Plus il y pensait, et plus il avait l'impression que l'étau se refermait autour de lui, étouffant.

Il l'avait laissée partir, il devait se tenir à la trame prévue. S'il voulait les sauver, il n'avait pas le choix.

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« Est-ce que vous connaissez quelqu'un qui pourrait nous donner des informations sur Héléna Poivrededragon ? tenta soudainement Pansy, tirant momentanément Harry de ses réflexions.

-Héléna ? C'est à cause d'Héléna ? Interrogea Molly d'un ton surpris ou perçait encore la colère. Je ne sais pas. Mais quoi qu'il en soit, on pourrait peut-être essayer d'avoir son adresse avant de vous faire aller au ministère. »

Ces quelques mots heurtèrent Harry aussi violemment qu'un cognard. Pris dans la tourmente, il n'avait même pas envisagé qu'une solution plus simple et surtout beaucoup moins dangereuse se trouvait sous ses yeux. Une éventualité à explorer avant de partir tête baissée dans la gueule du dragon.

Pourquoi n'avait-il tout bonnement pas pris le temps de réfléchir ? C'est vrai, après tout, il suffisait simplement de se renseigner sur la question.

La honte l'envahit. La honte et la colère.

Bien sûr. Peut-être que Mr Weasley pourrait les aider. Il avait sans doute un moyen d'accéder aux adresses des membres du ministère de la magie.

Il avait l'impression que son cerveau était devenu complétement mou. Pourquoi avoir tout de suite sauté sur ce voyage, bien trop dangereux ?

Pourquoi ne pas avoir cherché une solution plus simple et moins risquée pour ses amis ? Pourquoi ne pas avoir pensé aux autres, alors que c'était sa seule mission ? Les sauver.

« Nous pourrons demander à Mr Weasley ce soir, bien entendu. Répondit Harry, La voix basse et tremblante. Mrs Weasley, je suis désolé. »

Il ne savait pas quoi dire de plus, alors il se tut.

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« Elle est morte. » Dit sombrement Mr Weasley.

Le mot sembla raisonner plusieurs fois dans la pièce. Le visage d'Harry devint complètement blanc. Il abattit violemment son poing sur la table et se prit la tête entre les mains.

« Comment ça, elle est morte ?

-Je suis désolé Harry. Dit Mr Weasley d'un ton grave. Ça ne sert à rien que je cherche son adresse. J'ai appris la nouvelle la semaine dernière. Apparemment, elle était en désaccord avec les dernières actions des mangemorts et avait tenté de faire passer des messages à l'Ordre du Phoenix… Il y a eu une embuscade chez elle. Les membres de l'Ordre n'ont rien pu faire, nous avons été prévenus trop tard. Ils ont brûlé sa maison et elle était à l'intérieur. »

Harry eu l'impression que son cerveau devenait complétement vide à défaut de mou. Comment cela était-il possible ? comment allaient-ils pouvoir récupérer Hermione ? Cela détruisait tous ses efforts et réduisait à néant tout le plan mis en place par la jeune femme… Il ne pourrait jamais savoir pourquoi ni comment elle avait fait ce qu'elle avait fait. Il n'avait pas d'autre échappatoire que son plan pour combattre Voldemort… Elle était sa seule chance.

Pourquoi l'avait-il laissée partir ? Il aurait dû la retenir. C'était stupide… comment avait-il pu être aussi bête ? Il était ridicule… Pour qui se prenait-il, à vouloir sauver le monde et à détruire le plus grand mage noir de tous les temps quand il avait déjà du mal à comprendre un rébus sur un parchemin ? Où à rédiger un devoir d'histoire de la magie ?

Il était prêt à risquer la vie de ses amis il y a seulement quelques heures à peine car il ne trouvait pas de réponse à ses questions. Était-il donc si incapable ? Quelle pouvait être la solution ? Où était, par Merlin, cette foutue solution ?

Il poussa un cri de colère.

Ron lui attrapa le bras dans un réflexe impressionnant juste avant qu'il ne frappe dans le mur. Mr Weasley se leva d'un bond, désarçonné par la rage qui émanait d'Harry.

« Eh mon vieux… Calm… Commença Ron.

-Que je me calme ? Beugla Harry. On vient de perdre Hermione pour toujours et tu voudrais que je me calme ? »

Son cerveau bouillonnait, son sang pulsait dans ses veines avec une violence incomparable. L'injustice lui brûlait la peau. S'en était trop.

Pourquoi était-il si impuissant ?

« Harry, tu ne crois pas que tu….

-QUE JE QUOI ? QUE JE DRAMATISE ? Rugit le jeune homme. TU AS CONSCIENCE DE LA SITUATION RON ? ON A PLUS AUCUNE SOLUTION ! TU DEVRAIS ETRE EN TRAIN DE M'INSULTER ! »

Et lui-même, s'insultait, se détestait de ne pouvoir faire mieux, de ne pouvoir réfléchir mieux, de ne pas être à la hauteur. Des larmes brûlantes de rage perlèrent au coin de ses paupières.

Ron resta interdit une seconde puis colla brutalement Harry au mur et le saisi par les poignets. Il faisait preuve d'une force hors du commun depuis qu'il était devenu un loup garou et cela paralysa complétement le Gryffondor.

« Oui, Harry, je sais ce qu'il se passe ! Grogna Ron.

-Eh, vous deux… Commença Ginny.

-Harry voyons, ne perds pas ton sang-froid. Enchaina Mr Weasley.

-Mais on fera tout pour récupérer Hermione et tu le sais ! Affirma Ron d'un ton résolu.

-Harry, Ron… Reprit Ginny, plus insistante.

-Tout ? Mais qu'est-ce qu'on peut faire Ron ? s'égosilla Harry avec désespoir, une larme coulant désormais sur sa joue. Ils la tiennent ! »

Ils la tenaient, et c'était de sa faute… Il était responsable de cela, comme du fait qu'il n'arriverait jamais à sauver qui que ce soit.

« OH ! VOUS ALLEZ M'ECOUTER, NON D'UN HIPPOGRIFFE ! »

Harry et Ron se tournèrent d'une seule traite vers Ginny. Son visage rouge jurait atrocement avec ses cheveux. Elle avait l'air furieux et pointait vers eux un doigt accusateur.

« Vous deux, commença-t-elle avec colère, vous sous-estimez complétement Hermione ! Vous devriez avoir honte ! »

Harry fut tellement surpris d'entendre cela sortir de la bouche de Ginny qu'il laissa retomber la pression d'un coup. Cela laissa la possibilité à Ron de se reculer et de se tourner vers sa sœur, médusé. Mr Weasley lui-même resta abasourdi, ses yeux passant de Harry à Ginny en silence.

« Ginny, de quoi tu parles ?

-Mais enfin, c'est insensé, vous ne connaissez pas Hermione où quoi ? Poursuivit Ginny, dévorée par une rage contenue. Vous pensez VRAIMENT qu'elle n'avait pas prévu cette éventualité ?

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ? hésita Harry.

-Je veux dire qu'Hermione savait très bien que cette personne pouvait mourir et qu'on doit creuser plus loin. On doit chercher qui est Helena. Et c'est comme ça qu'on saura pourquoi Hermione nous a lancé sur cette piste. Je ne suis pas certaine qu'il soit nécessaire qu'elle soit en vie. Hermione n'aurait jamais voulu qu'on prenne de grands risques. Elle ne nous aurait pas non plus lancé sur des questions sans réponses. Elle y a forcément réfléchi. »

Harry se sentit stupide, une nouvelle fois. Evidemment. Hermione n'aurait jamais laissé une information comme celle-ci à leur disposition sans avoir prévu une possibilité de se débrouiller pour avoir les éléments sans prendre trop de dangers. Cela lui paraissait désormais absurde. Hermione n'aurait jamais voulu qu'ils prennent le risque de se rendre au ministère de la magie alors que ce dernier était sous la coupe de Voldemort. Tout comme elle aurait estimé dangereux qu'ils se rendent chez Helena alors que personne ne la connait vraiment et que ses véritables intentions sont inconnues.

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Et pourquoi n'avait-il pas pu réfléchir ? Pourquoi avait-il fallu que ce soit Ginny qui lui ouvre les yeux ? A cause de la peur. La peur le paralysait. La peur ? Non, la terreur. Celle de perdre de ses amis. D'échouer. De ne pas réussir à sauver ces personnes qui comptaient sur lui. De ne jamais retrouver Hermione. De n'avoir aucune autre solution que de mourir, lui aussi, face à Voldemort, comme ses parents.

La peur… Celle qui le rongeait depuis tant d'année, et qui ne lui avait jamais rien apporté d'autre que la destruction, la rage et la tristesse.

Harry compris alors une chose fondamentale à cet instant, comme si les nuages venaient de quitter un ciel d'orage. Comme si la voix de sa meilleure amie résonnait à ses oreilles. Ce que voulait Hermione, c'était qu'il prenne de la distance et qu'il regarde la grande image pour mieux comprendre. Et c'est comme cela qu'il trouverait la solution et qu'il récupérerait son amie.

Et pour prendre cette distance, cette peur, il devait la détruire.

Il resta silencieux, fixant, Ginny, ancrant son regard au sien. Puis il ferma les yeux et inspira, laissant son corps se détendre. Il allait trouver, tout simplement parce qu'il n'avait pas d'autre choix.

Il allait y arriver. Coûte que coûte. Cette peur, il la mettrait à terre et il la tuerait en premier. Et après cela, il se chargerait de Voldemort.

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La voix de Ginny atteignit ses oreilles, lointaine.

« Je vais chercher maman. Elle la connaissait, elle pourra peut-être nous aider. On devrait prendre plus de temps pour l'interroger. »

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Molly Weasley serrait entre ses doigts une tasse de thé des gnomes, tentant tant bien que mal de réchauffer ses mains glacées. Elle regarda tour à tour les visages de ses enfants, d'Harry et de Pansy, assis juste en face d'elle.

« Héléna travaillait au ministère, dit-elle en fronçant les sourcils, essayant de recouvrer ses souvenirs. De mémoire, ce n'était pas quelqu'un de très sympathique. Même quand on était à Poudlard, les choses étaient plutôt… Compliquées. Héléna était toujours… En train de se plaindre. Elle nous disait tout le temps que quelque chose de grave allait se passer. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils l'ont mise au ministère des températures et de la météo. Elle était vraiment douée pour annoncer le mauvais temps.

-Est-ce qu'elle était mariée ? Tenta Ginny.

-Pas que je sache, répondit Molly songeuse. Elle vivait seule, il me semble. Enfin… Le bruit court qu'elle avait un élevage de boursouflets mais personne n'a jamais pu le prouver. Et maintenant que sa maison a brûlé… »

Un frisson la parcourut. Molly se tourna vers Harry et planta ses yeux dans les siens. Le jeune homme, les sourcils froncés, la regardait sans rien dire.

Il savait qu'il devait encore creuser.

« Elle n'avait rien de particulier. Je suis désolée, Harry, mais….

-Est-ce qu'elle faisait une activité particulière ? Était-elle adhérente à un club à Poudlard ? Demanda-t-il, restant calme.

-Pas que je sache. Répondit la mère de Ron. Elle n'était pas très sociable.

-Quelle était sa maison à Poudlard ? Intervint Pansy.

-Il me semble qu'elle était chez Poufsouffle.

-Est-ce qu'elle était douée dans certains cours ? Rebondit de nouveau la Serpentard.

-Non… Pas à ma connaissance. Je me souviens de l'avoir entendu ronfler pendant un cours du professeur Bins, une fois, mais je n'ai aucun souvenir notable d'elle. Et puis, nous n'avions pas tant que cours en commun.

-Est-ce qu'elle avait des amis particuliers ? Interrogea à son tour Ron.

-Des amis… Songea Molly. Il me semble que…. Qu'elle aimait beaucoup Rusard. Elle passait pas mal de temps avec lui après les cours. »

Ok, Rusard… Pourquoi pas… Est-ce que c'était ça, le point qu'il attendait ? Harry n'en était pas sûr. Il fallait creuser encore.

« Elle l'aidait à trouver les élèves récalcitrants aux règles de l'école, poursuivit Molly, et leur prédisait les pires horreurs. Elle adorait leur annoncer la fin de leur vie. Comme sa demi-sœur… même si elles ne s'aimaient pas, elles se ressemblaient beaucoup. »

Là. C'était là. Il en était certain.

« Attendez ! Demanda Harry en se redressant, sa demi-sœur ?

-Oui, dit Molly en redressant la tête. Elles passaient assez peu de temps ensemble car elles ne s'entendaient pas vraiment. Elles n'avaient pas le même père, ce qui explique qu'elles n'avaient pas le même nom de famille. C'était sa grande sœur il me semble… Elle est même professeure à Poudlard maintenant. Sybille… Sybille Trelawney. »