« Aller, on rentre à la maison ! » Bellamy fait cette annonce tout en comptant encore une fois tous les enfants présents dans le bus.

Je n'ai vraiment pas envie de partir, j'ai envie de rester dans ce camp avec Lexa à mes cotés. On mangerait tous les jours la nourriture infecte que prépare Indra, on se baladerait dans les bois, on partagerait ma petite couchette rigide et on irait se baigner dans le lac parmi les déchets et les sangsues… Ce serait vraiment parfait, un vrai rêve. Sauf qu'on doit rentrer en ville et reprendre nos vies là où nous les avons laissées, et même si je l'espère, je doute que ferais partie de celle de Lexa.

Nous ne sommes pas un couple. En tout cas c'est ce que je me dis de peur d'être extrêmement déçue une fois rentrée. Je veux donc profiter encore un peu de ce qu'on a et c'est pour cette raison que j'ai essayé de retarder notre départ, mais sans succès… J'ai feint d'avoir oublié mon téléphone dans la chambre et cela nous a fait gagner 5 minutes. Ensuite j'ai essayé d'entraîner Lexa dans la chambre froide et de nous y enfermer ''malencontreusement'' mais celle-ci était bien trop occupée à emballer les affaires des gosses pour venir fricoter au grand froid.

C'est donc impuissante que je suis montée dans le car, les épaules affaissées et le cœur lourd. Mon humeur est comparable à celle des trois Mary qui sanglotent et qui promettent de s'appeler chaque jour et de se suivre sur Instagram. Ou encore aux couples d'enfants qui se sont formés durant ce camp et qui se câlinent sur les sièges, voulant prolonger ces amourettes estivales.

Ok… J'ai 23 ans et je me comporte comme ces enfants qui quittent leurs amours de vacances. Il faut vraiment que je me ressaisisse.

Sauf que je suis connue pour être entêtée et obstinée voir obsédée. Cela fait maintenant 3 heures que nous roulons et chaque minute me fait mal. Lexa, elle, ne voit pas le temps passer puisqu'elle dort profondément à côté de moi. Moi j'ai envie de parler avec elle, de rire encore un peu, ou même de faire des câlins discrets. Sauf que non, elle, elle préfère ronfler, la tête appuyée contre la vitre avec la bouche ouverte et un filet de bave sur le menton.

J'envie même mes amies qui sont juste derrière et qui depuis le début du trajet ne cessent de rire et de parler de leur avenir à deux.

« Tu peux passer la nuit chez moi si tu veux... » dit Raven en roucoulant.

« Je ne pense pas que Bell apprécierait... »

« Tu l'emmerdes Bell. Toi comme moi savons que tu es une grande fille maintenant. »

Je peux aisément deviner son sourire pervers et ses sourcils occupés de frétiller.

« C'est pas si facile… C'est lui qui paie les factures. »

« Bah viens habiter chez moi ! Il y a de la place tu sais... »

« Haha ! Alors ce n'est pas un mythe les lesbiennes qui emménagent dès le premier rendez-vous. »

« Non, j'ai juste besoin d'une femme de ménage à plein temps. En soubrette de préférence. »

« Raven tu es tellement charmante… j'ai vraiment hâte de te présenter à ma mère. »

« Déjà ? Je pense que c'est toi la vraie lesbienne dans l'histoire. »

Elles rient puis se taisent, pour mon plus grand plaisir car je ne supporte plus d'entendre leur amour dégoulinant. Je suis contente pour elles car elles sont mignonnes et que ça se voit qu'elles sont faites pour être ensemble et gna gna gni et gna gna gna… Mais leurs interactions m'énervent car depuis que je suis montée dans ce bus je suis plus qu'aigrie. Je crie sur les enfants, je boude dans mon coin et surtout j'imagine des scénarios où Lexa me ''largue'' comme une merde une fois arrivée à destination.

Je ne peux laisser cela se produire.

A la pause pipi, alors que tout le monde fait la file dans la pleine d'autoroute, je monte discrètement dans le bus et me dirige vers le siège du conducteur. J'attrape son GPS et change la destination. Je ricane et frotte mes mains entre elles, car je dois l'avouer, mon plan est malveillant à souhait. Il aurait pu marcher si le chauffeur ne m'avait pas aperçue à travers le pare brise. Il me fixe avec des yeux ronds et se précipite dans le car. Je pose l'appareil et tente de faire demi tour, mais trop tard, il se tient déjà devant moi.

« Je peux savoir ce que vous faites mademoiselle ? »

« Heu… Je cherchais… un raccourci ? »

Pas convaincu du tout, il attrape le GPS, regarde l'écran puis me lance un regard sceptique.

« Un raccourci ? Par Moscou ? Vous vous foutez de moi ? »

« ... »

« Soit vous êtes une sacrée comique soit vous avez pioncé durant tous vos cours de géographie. »

Je suis rouge de honte devant cet homme qui se fout royalement de moi. Je suis également déçue que mon plan diabolique n'ait pas fonctionné. J'aurais peut-être dû choisir une destination légèrement plus proche…

Les enfants et les monos remontent dans le véhicule et ma gêne grandit encore plus lorsque le charmant chauffeur se précipite pour tout raconter à mes collègues.

« Votre collègue est vraiment très drôle, elle a changé la destination pour Moscou car c'est soi-disant plus court ! » Il éclate de rire puis rajoute, fier de lui « Comme quoi, c'est vrai que les femmes n'ont aucun sens de l'orientation ! Heureusement que c'est moi qui conduit quand même! »

Je vais le frapper. Il faut que je frappe ce grossier personnage. J'ai vraiment envie de lui montrer comment une femme pourrait lui rentrer son précieux GPS dans l'anus. Je rumine et affronte les regards interrogateurs de mes collègues.

Je finis par me détendre et par rire avec le chauffard/connard.

« Haha ! Oui ! C'est juste une petite blague en fait !Haha ! Vous savez comment c'est lorsqu'un femme essaie de faire de l'humour ! »

Mon rire est vraiment beaucoup trop forcé et il est clair qu'aucun d'entre eux ne croit à mon excuse, mais ils ne semblent pas en tenir rigueur puisqu'ils retournent s'installer à leurs place.

Je m'affale à côté de Lexa et essaie d'entamer la conversation lorsque je me rends compte qu'elle s'est endormie à nouveau.

Génial. Il ne me reste plus qu'à compter les secondes.


J'entends des ''maman !'' et des ''papa !'' de part et d'autre du parking et je vois des enfants sauter dans les bras de leurs géniteurs. Bien que j'ai le cœur lourd, je les observe avec le sourire aux lèvres, presque un peu triste de les voir nous quitter après deux semaines de bonheur.

Lexa vient se poster à côté de moi. Je ferme les yeux et m'attend à entendre ''écoute, Clarke, c'était bien mais voilà, je ne veux pas de toi''. Sauf qu'elle ne dit rien. Elle me sourit puis observe elle aussi les retrouvailles. Elle finit par rompre le silence, un sourire un peu taquin aux coin des lèvres :

« Alors… Moscou ? »

« C'était juste une blague ! »

« Très bonne pour une femme d'ailleurs. »

Nous éclatons de rire en repensant aux propos gras et misogynes de notre cher chauffeur. Soulagée qu'elle ne m'ait pas encore rejetée, je ris de plus belle, et n'est stoppée que par un père qui semble assez remonté.

« C'est vous Clarke ? »

« Oui. Que se passe-t-il ? »

« Vous êtes l'investigatrice de ce jeu appelé ''cache cache tout nu'' ? »

« Hein ? »

« Ma fille m'a parlé de ce jeu dans la carte postale qu'elle m'a envoyé quelques jours plus tôt. Elle a aussi dit que vous y jouez également. »

« Hein ? Non c'est un malentendu, laissez moi vous expliqu... »

« Ça vous amuse d'inciter des enfants à se dénuder ? »

« Non, bien sûr que non ! »

Lexa se mort les lèvres et se retient de rire. Je transpire à grosse gouttes et essaie de réfléchir à un échappatoire. Cet homme parle de plus en plus fort et attire l'attention des autres parents.

« Je vais contacter votre patron pour lui informer qu'il compte une exhibitionniste parmi ses employés ! »

Oh non ! Je suis prête à rejoindre Murphy-le-pédophile sur le banc des licenciés…

Heureusement Lexa vient enfin à ma rescousse :

« Monsieur, je suis monitrice également et je peux vous assurer que ma collègue n'est pas une exhibitionniste. Vous savez comment ça se passe dans les colonies de vacances, les enfants adorent faire des jeux pas toujours très ingénieux et nous ne savons pas garder un œil sur tous. Clarke n'a en aucun cas joué à ce jeu car c'est une adulte responsable ainsi que la meilleure animatrice du camp. »

L'homme se radoucit directement devant le charisme de Lexa et s'excuse avant de tourner les talons pour rejoindre sa fille. Le respect qu'elle inspire m'étonnera toujours autant.

« Merci Lexa. Je me retrouve toujours dans des situations embarrassantes… J'ai l'impression le monde est contre moi. »

« Heureusement que je suis là pour sauver ton petit cul empoté ! »

« Je me demande bien ce que je ferais sans toi, Commandante. »

« Pas grand-chose. »

« Oui… Faut croire que j'ai besoin de toi à mes côtés. »

« Faut croire... »

Il y a un un silence gênant et aucune de nous deux ne rit à présent.

Lexa frotte l'arrière de sa nuque et regarde le sol, cherchant apparemment à éviter mon regard. Je tords mes mains et essaie de trouver quelque chose à dire mais pour la première fois de mon existence les mots me manquent. Tous les enfants sont partis et nos collègues viennent nous saluer, nous promettant de se retrouver pour boire un verre très prochainement.

Nous sommes à présent seules sur ce parking et Lexa prend enfin la parole :

« Tu rentres comment ? »

« En métro, ligne 1, et toi ? »

« Pareil mais en ligne 2. »

« Ok… Bon bah... à l'année prochaine alors. » Je me baisse pour prendre mon sac et vois les pieds de Lexa s'approcher. Je me relève et suis surprise lorsque je sens sa main se glisser dans mes cheveux. Son regard est triste et son sourire s'est fané.

« Clarke… On habite dans la même ville, on peut se revoir. » Elle continue à caresser mes cheveux et attend visiblement une réponse de ma part. Sauf que je ne sais pas quoi dire et elle semble mal interpréter mon silence :

« A moins que tu ne veilles pas me revoir... »

« Si ! Si ! Bien sûr! Oui! » Je dois vraiment paraître pour une grosse désespérée mais c'est la pure vérité, je veux la revoir.

« Moi aussi j'aimerais bien te revoir. A vrai dire j'espérais qu'on puisse continuer ce qu'on avait commencé... »

« C'est à dire ? »

« Bah, tu sais.. se revoir, former un couple, tout ça. » Lexa rougit fortement, baisse la tête mais laisse sa main continuer ses douces caresses.

Waw, je suis tellement soulagée que ce soit elle qui amène l'idée ! Je pensais qu'elle allait me jeter comme une merde mais non, elle veut me revoir et me demande même d'être sa petit-amie. Je suis vraiment heureuse, je crève d'envie de lui sauter dans les bras et de l'embrasser d'une manière pas très appropriée pour un lieu public. Je décide à la place d'éclaircir ce qui me taraude l'esprit depuis un bon moment..

« Et Costia ? »

« Hein ? »

« C'est ta copine non ? »

Elle éclate de rire puis se calme lorsqu'elle voit que je la foudroie du regard.

« Non, pas du tout ! C'est juste... »

« Un plan cul ? »

Elle frotte maladroitement ma joue et semble chercher minutieusement ses mots car elle s'est aperçue que je commence légèrement à m'énerver.

« Non pas vraiment. » Elle soupire puis reprend : « C'est une fille qui me fait des avances depuis un moment maintenant. J'ai cédé une seule fois, juste avant le camp à vrai dire, mais je n'avais aucunement l'intention de la revoir. »

« Je pensais qu'elle était très douée avec sa langue, qu'elle était bonne et ci et ça. »

« J'ai dit ça seulement pour attirer ton attention et peut-être… te rendre jalouse. »

« Hé bien ça a marché en tout cas. Je pensais vraiment que j'étais un gros boulet à côté d'elle et que tu ne voudrais plus de moi une fois le camp fini. »

Je ferme la bouche mais trop tard j'en ai dit trop. La sincérité c'est bien mais à petites doses. En tout cas cela fait sourire Lexa qui se rapproche de moi puis m'enlace. Nous restons comme ça un long moment et je dois avouer que dire la vérité a du bon (parfois).

« Non, tu es mille fois mieux qu'elle, de mon point de vue en tout cas. Et puis je te rassure, moi aussi j'étais jalouse. De Finn. Et ça me fait mal de l'admettre donc apprécie ce moment. »

« Ne t'inquiète pas je l'apprécie pleinement… Et puis je suis d'accord… Tu sais pour ce truc de couple. »

Elle resserre notre étreinte puis colle un baiser sur ma joue puis sur mon menton et enfin sur mes lèvres. Nous reprenons notre souffle et j'en profite pour glisser mon nez dans ses cheveux qui sentent divinement bon. Sûrement du shampoing à la fraise. Elle finit par reculer et par capter intensément mon regard.

« Clarke, tu veux que je t'emmène où pour notre premier rendez-vous ? »

« Laisse moi réfléchir… Au 'Palais de la moule'? »

« Erg ! J'ai horreur des moules. »

« Haha c'est vraiment étonnant ! »

« Oui je sais. Et pourquoi pas chez 'Pizza René' ? »

« Non, je suis sur liste noire là-bas et ne me demande pas pourquoi.. J'aimerais bien aller à ce nouveau resto indien sur la grande avenue. »

« J'aime pas non plus la bouffe indienne. »

« Arg ! Mais qu'est ce que tu aimes à part les pique niques ? »

« La nourriture chinoise ! »

« Je suis allergique à la plupart de leurs aliments... »

Lexa soupire, attrape ma main et nous dirige vers la ville. Je sens que ça va être dur de trouver un terrain d'entente entre nous, mais c'est pas grave car il est clair que ça nous amuse. En effet j'arbore un aussi grand sourire que Lexa qui reprend la parole d'une voix douce :

« C'est pas grave, on avisera. Tant que tu es là pour me faire du pied sous la table, ça me va ! »

Nous rions puis continuons notre route vers la station de métro, les joues rosies, les mains liées et surtout heureuses d'être ensemble.


Fin. Plutôt fin des vacances en fait ^^

Alors, je sais que j'avais dit ne pas faire plus de 12 chapitres mais j'ai plein d'idée en tête donc je pense continuer cette histoire, mais sûrement hors du contexte de la colonie de vacances.