« Bonjour ma p'tite dam..Clarke? »

Mon regard passe de mon porte feuille au caissier. Au milieu de sa trentaine, bedonnant, longs cheveux gras sublimés par un début de calvitie, t-shirt délavé…

« Finn ? »

« C'est bien moi ! Ça fait un bail ! Treize ans à vrai dire. Quelle surprise de te voir ici après tout ce temps ! »

Honnêtement je ne suis pas du tout surprise de le revoir à la même place. Il a cependant l'air de s'être assagi.

« Oui ça ne nous rajeunit pas.. Comment tu vas ? »

« Ça va très bien ! Je viens enfin d'être promu, je me suis offert la console de mes rêves et… je suis toujours aussi beau qu'avant ! » Il rit, je ris aussi. Il a vraiment un très bon sens de l'humour. Ou alors aucun miroir chez lui.

« Et tu es marié ? » Je pointe son anneau tout en essayant de cacher mon air surpris. Finn marié c'est assez étonnant.

« Oui. Enfin ça fait trois ans qu'elle est partie mais elle reviendra. Non pas que je l'attende... » Il me fait un clin d'œil puis commence enfin à scanner mes articles. Dégoûtant.

« Et toi, comment vas-tu ? »

« Bien. Toujours médecin, toujours blonde,… La routine. »

« Toujours aussi belle en tout cas ! »

« Quel charmeur... » Je grince des dents et espère qu'il va se dépêcher.

« Ha c'est tout moi ça ! Sinon… Je peux voir à ton doigt que toi aussi tu es mariée… Je n'ai pas été assez rapide ! » Il rit puis devient soudainement silencieux, pâle et … apeuré ? Je me retourne et comprend pourquoi.

« Clarke, tu avais oublié la crème solaire. » Lexa dépose le flacon sur le tapis, ainsi qu'une bombe anti-moustique.

« Vous… vous êtes mariées ?! » Finn a la bouche ouverte et vient presque de crier. Cela lui vaut d'ailleurs un regard noir de la part de ma femme.

« En quoi ça vous regarde Caissier ? » Ouch, toujours aussi mordante. Heureusement que je suis gentille et que je viens à la rescousse du pauvre caissier.

« Enfin mon cœur, c'est Finn. Tu ne te souviens pas de lui ? »

« Non. »

J'entends Finn avaler sa salive, il est toujours aussi intimidé par elle. « Moi je me souviens assez bien de toi pourtant... » dit-il d'une petite voix.

« Tant mieux pour toi. »

Détournant le regard acide de Lexa, Finn décide enfin de se taire et de continuer à scanner. Ce n'est pas pour autant qu'elle arrête de le fixer méchamment. Jusqu'à ce qu'elle sente une petite main se glisser dans la sienne. Son visage se détend immédiatement et son regard meurtrier n'est plus qu'un lointain souvenir.

« Maman, on peut prendre des bonbons ? »

« Oui, mais pas trop. »

« Non, j'ai pris cinq paquets, pour être sûr de tous les aimer ! »

« D'accord. »

Le petit futé ! Il savait pertinemment que s'il me demandait à moi, il n'aurait rien pu avoir à part des pommes.

« Non va remettre ses sachets à leur place. »

« Mais ! » Deux petits yeux bleus bordés de larmes me supplient. Malheureusement ce tour là ne fonctionne pas sur moi.

« A leur place. Et dépêche-toi, on est déjà assez en retard comme ça ! »

Il tape du pied par terre mais retourne quand même ranger ces cochonneries. Une fois les courses emballées, je salue Finn et monte avec ma petite famille dans la voiture. Je démarre le véhicule et prend une route que je n'avais plus pris depuis 13 ans. Le décor me paraît si familier et je me sens nostalgique, je ne pensais pas un jour revenir ici.


« On y est ! » Je descends de la voiture et sort les sacs du coffre. Nous traversons ensuite le camp. Rien n'a changé. Les mêmes bâtiments, le même lac, les mêmes cabines, le même Marcus (quoique non, mais le gris lui va plutôt bien). Celui-ci s'approche joyeusement vers nous et nous salue chaleureusement.

« Clarke ! Lexa ! Quelle surprise de vous revoir ! Vous êtes enfin de retour pour veiller sur Fun&Sun ? »

« Non, nous sommes venues pour autre chose... » Lexa pousse gentiment le petit garçon qui se cache derrière elle. « Il a raté le car, nous avons dû donc venir jusqu'ici. »

« D'accord, ce n'est pas un problème du tout ! Je ne savais pas que vous deux aviez un enfant. Je suis ravi que vous l'ayez amené en tout cas ! » Il intercepte une jeune monitrice et lui confie la tâche d'installer notre fils.

« Voici Maya ! Bon je vous laisse, ce fut un plaisir. Saluez Abby de ma part. »

Il file vers son bureau et nous laisse avec Maya qui nous sourie tout en nous montrant le chemin. Nous arrivons dans une chambre de quatre et je commence à installer les affaires du petit alors qu'il tient la main de son autre mère comme si sa vie en dépendait. Il est silencieux jusqu'à ce que…

« Je veux pas y aller. »

« Pourquoi mon cœur ? C'est pourtant génial ici ! » lui répond Lexa.

« Non non non, j'aime pas du tout. Je veux rentrer ! » Son visage commence à rougir et ses yeux à se remplir de larmes. Lexa continue d'essayer de le consoler mais en vain.

« JE VEUX PAS RESTER ICI ! » Il se met à crier et à pleurer. Maya et Lexa le regardent d'un air peiné. Moi aussi mais son comportement m'agace quand même un peu.

Il tire sur le bras de Lexa pour qu'elle s'agenouille devant lui et qu'il puisse passer ses bras autour de son cou. « Tu peux pas me laisser ici maman ! Tu peux pas me faire ça ! J'ai été sage ! Je fais tout comme tu me dis de faire alors pourquoi tu veux me faire du mal ainsi ?! » Les larmes qui coulent sur l'épaule de Lexa ne la laissent pas insensible, je peux voir la détresse dans son regard. Elle ne sait jamais être dur avec le garçon, elle se repose sur moi pour cette tâche.

Je viens à la rescousse et détache le petit corps de ma femme.

« Ça suffit maintenant. Tu vas rester ici que tu le veuilles ou non. »

« NON ! Je veux paaaaas ! »

« Arrête de faire le bébé ! »

« Je suis pas un bébé ! »

« Bah alors reste ici si tu es un grand garçon ! »

« Non ! »

« Si ! De quoi tu as peur ? » Je perds patience et deviens de moins en moins douce. Je sais déjà que je vais me faire réprimander après pour ce petit pétage de plomb.

« ... »

« Réponds-moi. »

« Vous… vous allez m'abandonner ici. »

« Hein ? »

« Je vous ai entendues toi et maman hier soir. Vous disiez que vous alliez partir. Que vous n'en pouviez plus d'être ici. » Il recommence à sangloter à la fin de sa phrase et ça me fend le cœur. Je m'accroupis et le serre dans mes bras. Je ne supporte pas de voir mon fils avoir peur de moi, de ce que je dis et de ce que je pourrais lui faire.

« Oh Aden… Maman et moi partons juste en vacances. »

« Mais pourquoi vous me prenez pas alors ? »

« Car… les parents ont parfois besoin de prendre du temps pour eux. »

« D'accord, je pense que je peux comprendre... » J'essuie ses larmes et vois son visage commencer à s'apaiser. « Et la pute de maman viendra aussi ? »

QUOI ?!

Je me retourne et vois Lexa me faire des yeux ronds à côté d'une Maya gênée quoiqu'un peu amusée. Je sens le rouge me monter au visage et je bredouille une réponse plus ou moins intelligible. Ce gamin doit vraiment apprendre à ne plus écouter aux portes.

« Heu non… Je… Maman n'a pas de…Enfin… non elle ne viendra pas. » J'espère que c'est une réponse suffisante pour un enfant de 5 ans. « Bon on va y aller Aden. »

« Attends ! » dit-il en m'attrapant la manche « Comment je peux être sûr que tu mens pas et que vous allez pas m'abandonner ? »

« Car je te le promets Aden. » Devant son air peu convaincu, je décide de jouer la maman poule. Je détache ma montre et l'accroche autour de son petit poignet. « Tu vois cette montre, elle appartenait à mon père, tu sais que j'y tiens beaucoup mais je tiens encore plus à toi mon petit bonhomme. Je te la prête. Dans deux semaines quand l'aiguille sera au même endroit, je serai ici même, prête à te ramener chez nous. »

« Promis ? »

« Promis. »

Satisfait, il me fait un long câlin à moi puis à Lexa. Il prend ensuite la main de Maya et la suit pour rejoindre les autres. Lexa et moi retournons ensuite vers la voiture en silence. Une fois les portes fermées elle tourne son regard vers moi.

« Ma pute ?! Tu te rends compte de ce que tu dis devant Aden ? Est-ce que tu imagines ce que j'ai ressenti quand j'ai entendu ces mots sortir de sa bouche innocente ? »

« Tu exagères Lexa, c'est pas ma faute s'il écoute aux portes ! »

« Si on se disputait moins peut-être qu'il cesserait d'écouter nos conversations ! »

« Tu veux qu'on arrête de se disputer ? Une seule solution, arrête de parler à cette pute. »

« C'est une collègue Clarke ! Juste une fichue collègue ! Tu ne peux pas m'empêcher d'être amie avec elle. »

« Amie ? Tu crois que j'ai pas vu vos regards, vos photos, vos messages ? Tu passes plus de temps avec elle qu'avec moi et après tu vas me dire que c'est juste une amie ? » Je serre le volant et ma mâchoire pour essayer d'évacuer un peu de la rage qui monte en moi. Cette histoire me rend tout simplement malade.

« Si tu étais plus présente peut-être que je passerais un peu moins de temps avec elle... »

« Je fais mon possible et tu le sais très bien. »

« Mouais, c'est sûr que tu fais des efforts... »

C'en est trop.

« J'en fais sûrement plus que toi ! Moi je ne t'évites pas, je te soutiens, je t'accompagne même chez tes parents ! Ça fait à peine 7 ans que nous sommes mariées et tu ne veux plus de moi ? »

« Tu racontes n'importe quoi, bien sûr que je veux encore de toi ! »

« Ha ouais ? Tu ne le montres pas… »

« Je ne suis plus dans ma vingtaine Clarke, je ne vais pas te monter dessus toute la journée non plus. »

« Ce serait déjà bien que tu me montes dessus ! »

La phrase de trop. Le silence s'épaissit mais est vite brisé pas le bruit d'une ceinture qui se détache. Une jambe passe au dessus de moi puis une autre. Je pose directement mes mains surs les cuisses qui sont juste à côté des miennes. Je les caresse de toute leur longueur et lève les yeux vers elle. Elle est magnifique. Elle était en colère i peine deux secondes, mais elle ne l'est plus du tout. Oh non, bien au contraire elle est prête à me monter dessus comme dans sa vingtaine…

« Clarke ? »

« Mmmmh ? » Installées tranquillement dans le patio, elle profite que ma tête soit posée sur ses genoux pour caresser mes cheveux. Je ferme les yeux et savoure ce moment d'intimité.

« Tu comptes rester encore longtemps avec moi ? » me demande-t-elle doucement, comme si la question était banale.

« Jusqu'à ce que tu ne veuilles plus de moi. »

« Ça peux durer longtemps avant que je ne me lasse de toi tu sais... »

« Tant mieux. J'aime encore bien ta compagnie. Le temps passe un peu plus vite avec toi. »

« Je vois que tu as une bonne estime de moi. » Je la sens tirer légèrement sur mes mèches, sûrement pour me punir un peu. Elle rit en entendant mon couinement puis recommence à faire des petits cercles sur mon crâne. Je commence ensuite à somnoler, bercée par ses caresses et le soleil qui traverse la baie vitrée. Juste avant de sombrer dans le sommeil je sens les mains de Lexa se figer.

« Clarke ? »

« Mmmh ? »

« Qu'est ce que tu attends ? »

« De quoi tu parles ? » Encore somnolente je lutte pour ouvrir mes yeux et croiser son regard incertain.

« Qu'attends-tu pour te mettre à genou ? »

« Je me suis déjà mise à genoux hier soir Lexa, je ne sais pas si je suis encore prête à me soumettre ainsi Commandante. » Je souris paresseusement rien qu'à y penser.

« Dommage... » Elle entrelace nos doigts puis reprend son sérieux. « Mais j'imaginais autre chose quand je parlais de genou. Tu sais… un genou au sol… une bague… des larmes éventuellement... »

« ... » Les mots sont bloqués dans ma gorge. Je n'ai plus du tout sommeil et je me redresse immédiatement. Devant mon manque de réaction elle baisse son regard vers nos mains jointent, je la sens d'ailleurs serrer mes phalanges un peu plus fort.

« Dis quelque chose Clarke... »

« Pourquoi moi ? »

« Euh… Je sais pas, peut-être parce que nous sommes ensemble depuis plus de 5 ans, qu'on habite ensemble et qu'on couche ensemble. Tu t'attendais à ce que j'aille me marier avec le voisin ? » me répond-t-elle amèrement, comme si j'étais tombée sur la tête.

« Non.. Je veux dire pourquoi c'est moi qui doit me mettre à genou et te demander en mariage ? »

« Car c'est toi qui veux tous ces trucs là, je pensais que tu y songerais avant moi. »

Surprise totale. Bien sûr que j'y avais songé, mais c'était plus un fantasme qu'autre chose.

« J'y ai pensé… Mais avec ta peur de l'engagement je me voyais déjà revendre la bague sur eBay. »

« Je n'ai pas peur de l'engagement. »

« Haha ! A d'autres Lexa. C'est moi qui te demande toujours tout et je dois souvent insister. Mais ce n'est pas grave, je t'aime comme ça, tu le sais bien. »

« Non mais je n'ai pas peur. » Je ris encore plus devant son obstination. Elle se lève, se met à califourchon sur mes genoux et presse sa main sur ma bouche pour m'empêcher de rire.

« J'ai changé. »

« Mmhrfff. »

« C'est juste que je n'ai pas encore eu l'occasion de te le montrer... »

« Mrrrffffmm. » Impossible de parler à travers sa paume, je bave même dessus mais elle ne s'en soucie pas.

« Clarke... »

« MMMMmmmm ? »

« Ne m'interromps pas s'il te plaît. »

Je lève les yeux au ciel et abandonne, la laissant continuer son monologue.

« Clarke, veux-tu m'épouser ? Si oui cligne une fois des yeux, si non deux fois. Mais avant de faire ton choix, n'oublie pas que les arts martiaux ça me connaît.. »

Je devrais presque être terrifiée mais je suis au contraire attendrie par cette démonstration d'affection. Elle a tellement peur. Comme si j'allais dire non. Je retire délicatement sa main de ma bouche et accroche son regard. Tant d'espoir.

« Ça dépend... »

« De quoi ? » me presse-t-elle en gesticulant nerveusement sur mes genoux.

« Tu vas te mettre à genou ? »

Et elle s'est mise à genou. Rien n'a changé depuis ? Si bien sûr, nous sommes beaucoup plus matures qu'auparavant, nos traits ont changé, nos envies, nos soucis,… Mais pas nos sentiments.

Je la serre fort, beaucoup trop fort, et enfuis mon visage dans son cou. Je respire, non en fait je renifle, son odeur puis pose mes lèvres à cet endroit si chaud, sensible et doux. Je sens ses doigts se glisser sous mon menton et son visage se rapprocher du mien jusqu'à me rejoindre avec ses lèvres. Douces mais autoritaires, c'est elle qui conduit à présent cette danse qu'on aime tant.


« Où étiez vous ? Ça fait plus d'une heure que vous devriez être là ! Le but d'un anniversaire surprise c'est d'être là avant celui à qui on fait la surprise ! »

« Octavia calme toi ! Lexa et moi avons dû déposer Aden au camp. Il a fait exprès de rater le car en espérant ne pas y aller. »

Notre amie plisse les yeux et nous observe suspicieusement. « Mouais… la route a dû être longue… ». Je pense qu'elle nous a grillées mais elle ne poursuit pas car l'un de ses quatre marmots vient de tomber par terre de l'autre côté de la salle. Elle se précipite vers la petite pour inspecter tout bobo éventuel.

Nous profitons de cet échappatoire pour rejoindre notre groupe d'amis et féliciter la star de la soirée.

« Joyeux anniversaire Bellamy. » Lexa lui tend notre cadeau puis lui fait une accolade rapide. Je fais de même mais un peu plus longuement.

« Merci ! Ça fait plaisir de vous revoir les retardataires ! »

« Vous étiez où d'ailleurs ? » nous demande Raven le ton suant de sous entendus. Même maintenant que nous sommes mariées elle continue à nous taquiner comme si nous étions des collégiennes hors contrôle.

« Sur la route. » Répond Lexa tout en faisant un clin d'oeil ''discret'' à la perverse nationale. Raven rit puis s'arrête lorsque son regard passe sur ''L'amour de sa vie/ la plus grosse erreur de sa vie''. Elle retrousse son nez et fixe méchamment la jolie blonde assise de l'autre côté de la pièce. Celle-ci l'aperçoit et lui lève son verre à distance avant de le descendre. La relation qu'entretiennent ces deux là est vraiment fascinante. Cela fait une bonne dizaine d'années qu'elles se courent l'une après l'autre. Et une fois qu'elles s'attrapent ça explose. Il faut ensuite attendre que la tempête se calme pour que leur course recommence. On en a vu des pleurs, des vêtements balancés par les fenêtres, des griffes et des coups causés lors de leurs ''disputes dénudées'', des coups bas, des câlins, de la jalousie excessive,… Cela doit être épuisant mais je pense que c'est un besoin pour elles de se chercher ainsi, comme une drogue. Je suis heureuse que Lexa et moi ayons une dynamique beaucoup plus douce.

« Elle se croit drôle ? Argg qu'est ce qu'elle m'énerve. » On voit presque de la fumée sortir des oreilles de Raven.

« Pourquoi n'iriez vous pas pas vous amuser un peu dans les toilettes ou sur ta banquette arrière ? Tu sais bien, votre routine de réconciliation. » Je lui propose en ricanant ce qui fait rire tout le monde sauf elle.

« Je n'ai pas besoin de tes conseils madame parfaite. »

« Je plaisante Raven, va lui parler, vous en mourrez toute les deux d'envie. »

« J'aurais besoin de quelques verres pour ça. »

« Génial ! Let get this party started ! » Crie Bellamy en attrapant une bouteille.


Mal. C'est ce que j'aurais demain. Il n'y a rien à faire, l'alcool avec le temps devient vraiment un poison du diable. Je m'imagine déjà occupée de purger mon foie pendant toute la journée qui va suivre cette soirée mais je finis quand même mon martini. Lexa est affalée contre moi sur le canapé et papote de je ne sais quoi avec Octavia et une femme dont j'ai oublié le nom. Elle rie très fort, ce qui n'est pas vraiment dans ses habitudes. C'est le signe qu'elle va bientôt s'évanouir et que je vais devoir la porter jusqu'à la maison. Je passe un bras autour de sa taille et observe mon alliance. Je remarque que j'ai pris du poids car elle me serre un peu. Je ne suis pas du genre à me priver, je sais de quoi mon corps a besoin, mais je dois avouer que je me laisse un peu aller. C'est peut-être pour ça que j'ai aussi peur qu'elle se délaisse de moi et qu'elle aille voir ailleurs… Je sais que je suis une belle femme mais elle… elle est plus que belle.

Je lève mes yeux de mon annuaire et observe la fête qui commence à s'éteindre. Les invités commencent à fatiguer et à rentrer. Les enfants dorment dans les canapés et les gens trop bourrés pour se lever également. Près du bar j'aperçois Raven et Anya occupées de danser. La musique est basse et elles ne sont plus du tout en rythme dessus, c'est comme si elles essayaient juste de fusionner à présent. Je suis contente pour elles même si on sait tous que ça ne va pas durer.

« Fut un temps où c'était moi… » dit soudainement Octavia, l'air songeur.

C'est étrange d'entendre Octavia parler de sa relation passée avec notre amie. On dirait presque qu'elle est nostalgique. « Ça te manque ? » Je lui demande doucement.

Elle fixe le fond de son verre, comme perdue dans ses pensées. Son regard passe ensuite vers ses enfants qui sont endormis dans l'autre canapé. « Je ne regrette en rien mes choix Clarke. »

« Moi non plus ! » intervient Lexa, qui commence elle aussi à somnoler. Elle m'embrasse ensuite la joue et me chuchote qu'elle veut faire ''dodo''. Nous quittons la fête et je lui prends la main pendant le chemin qui nous mène à la maison. Alors que nous marchons, Lexa se blottit contre moi, essayant de capter toute ma chaleur. Elle semble songeuse jusqu'à ce qu'elle soupire. « Aden me manque déjà. » Déclare-t-elle toute penaude.

« Moi aussi. »

« Qu'est ce que je vais faire de ma vie pendant ces deux semaines ? »

« Tu vas passer du bon temps au soleil avec ta magnifique femme. » Je passe mon bras autour de ses épaules et embrasse son front.

« Mouais… »

« Tu m'as l'air emballée… C'est toi qui voulais ces vacances je te rappelle. »

« Oui je sais mais… Je me sens mal de l'avoir laissé là-bas.»

« C'est un grand garçon Lexa, il s'amusera comme un petit fou, tu verras. »

« Non, je me sens tellement mal Clarke, je vais aller le reprendre demain. »

« Et nos vacances ?! »

« C'est pas important. On peut les reporter. »

Incrédule, je m'arrête et la fixe sévèrement. Le seul moment qu'on a su se consacrer depuis des lustres n'est rien à ses yeux. Comme moi finalement…

« On s'occupe de lui toute l'année, on ne pourrait pas s'occuper un peu de nous, juste deux semaines ? »

Elle ne répond pas. Elle semble d'ailleurs fâchée avec ce que je viens de dire.

« C'est un enfant, tu es adulte, arrête un peu de chercher désespérément l'attention ainsi. »

Désespérément. Ouch !

« Parfois j'ai m'impression que tu l'aimes plus que moi. » Les mots ont à peine quitté ma bouche que je les regrette déjà.

Lexa me regarde. Elle n'est plus fâchée. Elle est juste peinée. Pour moi ? Pour nous ? Elle ne répond pas. Elle devrait pourtant savoir que sa réponse ne me blessera pas. Jamais.

« Je suis rentrée ! »

Recroquevillée sur moi-même j'entends les pas de Lexa. Elle est maintenant dans la cuisine.

« Clarke ? »

N'entendant pas de réponse elle soupire et s'assied sur une chaise. Elle doit sûrement être déçue que je ne sois pas là. Mais elle commence à s'habituer à mon travail de plus en plus important.

J'aimerais lui dire que je suis là, couchée par terre à côté de ce petit corps que j'ai tant aimé maiis je n'ai plus de voix. Mes pleurs ont noué ma gorge. Un petit sanglot arrive quand même à s'échapper.

« Il y a quelqu'un ? Clarke ? » Lexa ayant entendu mon couinement sort de la cuisine et allume la lumière.

« Clarke ! Qu'est-ce qu'il se passe ? » Ses yeux passent de mon visage rougis au cadavre qui gît à mes côtés. « Oh Clarke… » Dit-elle avant de s'accroupir et de me prendre dans ses bras. Je m'agrippe à elle et recommence à pleurer. Mais bizarrement je suis moins triste qu'auparavant, toute seule, étalée dans le noir.

Ontari est morte aujourd'hui. Je revenais du travail quand j'ai vu son corps inerte sur mon lit. Elle était étalée entre mes draps et on aurait presque dit qu'elle dormait. Si seulement… J'aurais dû m'y attendre, le vétérinaire m'avait prévenu des mois à l'avance qu'elle s'affaiblissait. Mais ça n'empêche pas de faire mal.

« Je suis désolée Clarke, je savais à quel point tu l'aimais. »

Elle me caresse la nuque, ce qui a pour effet de me calmer. « Et moi qui pensais que tu serais heureuse que ta pire ennemie disparaisse ... » Je lui lance quand mes larmes ont enfin cessé de couler.

« Ne dis pas ça. J'ai mal quand tu as mal. »

« Tellement bateau comme phrase ! » Je rigole et lui tapote l'épaule. Lexa me pose ensuite dans le canapé et s'occupe du corps. Je ferme les yeux et ne les ouvre que le lendemain. Je sens des bras entourer ma taille et soupire d'aise.

« Je vais t'en trouver un autre. » Me chuchote-t-elle dans l'oreille.

« Hein ? »

« Un nouveau chien. Je sais que ça ne changera rien à ton chagrin, mais je vais t'en trouver un autre. »

Mon cœur enfle en entendant ces mots. Lexa déteste les chiens. C'est vraiment un très belle preuve d'amour qu'elle me fait là.

« D'accord. Mais à une seule condition… »

« Laquelle ? »

« Je veux un chien que toi aussi tu vas aimer de tout ton cœur. »

Pour finir on a eu un gosse et ce fut un des meilleurs moments de notre vie. C'est pourquoi j'oublie mon comportement puéril et me penche vers ma femme. Elle caresse mes joues puis m'embrasse tendrement. Cette question n'avait tout simplement pas lieu d'être.


Je gare la voiture et descends, me dirigeant vers le camp. Je salue Marcus qui me complimente sur mon bronzage. Sao Polo fut vraiment un voyage de rêve qui finalement a eu son importance aux yeux de Lexa. Je me sens tellement mieux aujourd'hui. Et je suis pressée de revoir Aden. Je le vois au loin qui papote avec ses amis. Il finit par m'apercevoir, par prendre son sac et et courir vers moi. Il saute dans mes bras et m'embrasse sur la joue.

« Maman ! »

« Ça va champion ? C'était bien les vacances ? »

« Génial ! J'ai fabriqué une épée en bois, regarde ! » Lexa lui a transmis sa passion pour les armes blanches apparemment.

Je l'écoute raconter son séjour au camp Fun&Sun avec joie. Je suis heureuse qu'il ait passé un aussi bon moment. J'y suis allée moi-même enfant avant d'y travailler et ce fut les meilleurs moments de mon enfance.

« Je t'avais bien dit que tu 'amuserais ! Toi qui ne voulais pas y aller. »

Il me sourit puis regarde l'énorme montre qui orne son poignet.

« Oui ! Par contre… tu as plus de 20 minutes de retard. Tu n'as pas respecté ta promesse, je vais devoir être obligé de garder la montre. » Il est fier de lui, et ça me fait rire. Il est vraiment plein de surprises.

« D'accord, mais fais en bonne usage, elle n'appartient qu'aux plus courageux. »

« Je suis courageux. »

« Ha bon ? C'est pas toi qui a peur des fantômes ? »

« Même pas vrai. J'ai pas peur. »

« Moi je pense que tu as peur. »

« Non. C'est faux. Je suis un guerrier, et les guerriers n'ont peur de rien. »

Vraiment comme sa mère.

« Je te crois Petit Commandant. »

Fin


Je sais que la fin n'a pas le même ton que le début de l'histoire mais j'espère que ça ne vos empêchera pas de l'apprécier. Cette histoire a été vraiment plus longue que prévue, c'est pourquoi j'ai eu du mal à l'achever mais je suis contente d'y être parvenue!

Je compte commencer une nouvelle histoire (plus courte) mais je n'ai pas encore choisi mes victimes. J'ai une préférence pour le SwanQueen mais n'hésitez pas à faire d'autres propositions. C'était cool, bye ;)