Et voilà, le chapitre 5 ;)
La nuit venait de tomber lorsque j'arrivai au restaurant. Je passai par la porte de service et commença à enfiler un costume noir, tenue de serveur, dans le petit local qui nous servait de vestiaire. A peine eussé-je le temps de me changer qu'une voix rauque hurla mon prénom. Rah, encore le vieux chnock, toujours à hurler pour un rien.
« SANJI, JE PEUX SAVOIR CE QUE TU FOUS ENCORE LA, A RIEN FAIRE ? DEPECHE TOI D'ALLER PRENDRE LES COMMANDES DES CLIENTS ET PLUS VITE QUE ÇA !
- T'es pas obliger de gueuler, espèce de vieux croulant !
- Comment ? Je t'en foutrais des vieux croulants moi ! Aller, magne-toi ! »
Décidément, on ne le changera pas, il a beau être ce qu'il était, je tenais beaucoup à Zeff. Il était le seul en qui je pouvais vraiment avoir confiance en ce monde. Et aussi, il était le seul à connaître mon passé et tous ce que ça impliquait. Je n'avais jamais l'intention de lui en parler mais un jour, alors que je devais me rendre à mon travail, mon père avait piqué une crise de folie totale et j'en avais fais les frais. Ce jour-là, j'étais tellement amoché que j'ai dû rester chez moi pendant une semaine. Mon père avait eu la « gentillesse » d'appeler un médecin pour mes nombreuses blessures. Bien sûr, mon père arrivait toujours à leurs faire croire que je me battais tous le temps, et je ne le niais pas. Mais alors que je devais travailler toute la semaine, Zeff commençait à se poser des questions. La semaine suivante, lorsque j'étais revenu, mes blessures n'avaient pas toutes disparues. J'étais vraiment mal et ça, Zeff l'avait bien remarqué. Après mon service, il m'a interpellé et a su trouver les mots pour me faire craquer. Jamais de ma vie je ne m'étais senti aussi pathétique.
Depuis ce jour, il veille sur moi et je dois dire que cela me fait chaud au cœur même si au fond, je sais qu'il ne peut rien faire. Il a tenté à plusieurs reprises de me convaincre d'aller voir mon père et de l'arrêter mais je refusais catégoriquement. Zeff a fini par respecter mes choix, il me disait sans cesse qu'après tout, ce n'était pas ses affaires. C'était vrai, cela ne le regardait en rien mais je savais qu'il mentait. Oui, étant moi-même très doué pour mentir, je savais les reconnaître facilement. Je savais que malgré tout ce que pouvais dire ce vieux machin, il tenait à moi et ça me réchauffait le cœur. D'ailleurs, le Baratie était devenu ma seconde famille.
Une fois cette soirée terminée, je sortis par derrière en saluant toute cette fine équipe de cuisinier et autres, et partis pour prendre mon bus, complètement épuisé. Sur le chemin, j'étais tellement perdu, la tête ailleurs que je ne vis pas tout de suite que j'avais percuté de plein fouet un individu. Je commençai à me lancer dans des excuses quand je relevai la tête pour apercevoir une touffe verte.
«Marimo?
- Aïeuuuh, vous ne pouvez pas regar-…, du sourcil ? Me fis-il, tout en se massant le front.
- Qu'est-ce tu fous là à une heure pareille ?
- Je pourrais te retourner la question !
- Je sors de mon travail, et toi alors, c'est quoi ta réponse ?
- Je,… Je sors de mon entraînement de kendô.
- A cette heure-ci ! Te fous pas de moi ! Il est 22h15.
- Et alors ? Qu'est-ce que ça peut te foutre ? T'es de la police ?
- Oula, du calme tronche de cactus, ne monte pas sur tes grands chevaux !
- Arrête un peu avec mes cheveux, stupide sourcil en vrille !
- Et toi alors, tu te fous bien de mon sourcil non ?
- Mais mes cheveux sont verts de nature, abruti !
- Et moi alors, tu crois que je me fais boucler les sourcils pour le plaisir ? Idiot !
Un grand silence s'installa entre nous deux, les secondes s'écoulèrent avant que nous partions dans un fou rire simultané. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas ri de si bon cœur. Et même si c'était avec lui, je n'en restais pas moins content. Nous continuions donc notre route, ensemble, pour prendre le même bus. Contrairement à d'habitude où nous faisions le chemin sans décrocher le moindre mot, là, nous nous sommes mis à parler comme si nous étions de bon vieux amis. L'idée ne me déplaisait pas tant que ça.
- Finalement, tu n'es pas si con que ça, tu peux avoir un semblant de conversation avec quelqu'un ! Lui lançais-je, avec une expression de pure malice sur le visage.
- La ferme ! Je pourrais en dire autant pour toi, tu es… disons… mystérieux.
- Mystérieux ?! Et toi, tu ne parles pas plus que ça et je ne connais rien à ta vie hormis le fait que tu n'a aucun sens de l'orientation.
- Quoi ?! Mais n'importe quoi, bien sûr que j'ai le sens de l'orientation et peut-être même plus que toi d'ailleurs !
A l'entente de cette phrase, je me mis à rire d'un rire franc, sincère. Ce marimo était vraiment quelqu'un de fascinant. De jour en jour, je découvrais de nouvelles facettes de sa personnalité. Dès lors, j'ai pu voir un Zoro prit d'une passion pour le sommeil (il dormait partout ce type), un Zoro discret et fermé, un Zoro chiant, très chiant, un Zoro faisant du kendô ou encore un Zoro perdu, avec une boussole détraquée à la place du cerveau. Et puis en dernier, un Zoro boudeur ce qui me faisait vraiment rire, mais ce n'était pas de la moquerie, non, c'était autre chose.
- Aller, arrête ! Je sais tout ! Déjà le premier jour au parc, tu t'étais perdu et là je ne doute pas que tu t'es encore perdu, aller avoue-le !
- Non ce n'est pas vrai ! Lâche-moi, du sourcil !
- Eh ! Si tu continues à m'appeler comme ça, je continue à t'appeler marimo !
- Fais ce que tu veux, je m'en tape ! »
Et c'était reparti pour une énième dispute. Décidément, en moins d'une semaine, j'ai réussi à me disputer avec lui plus qu'avec le vieux chnock en 3 ans, dingue ! Oui, pas de doute, ce mec avait quelque chose, je ne savais pas quoi mais c'était quelque chose qui m'attirait, qui rallumait cette petite flamme, éteinte au fond de mon âme. Quand j'étais avec lui, peu importe si l'on se disputait tout le temps, j'étais bien. Quand j'étais avec lui, j'avais l'impression que toute cette douleur s'envolait, c'était vraiment déstabilisant.
Le bus arriva et nous montions, cette fois-ci, sans un mot. Je n'avais pratiquement pas lâché mon regard de lui, j'aimais l'observer, il m'intriguait. Je voulais le connaître, apprendre davantage sur lui. Soudain, alors que je me surprenais à penser à lui, je croisai son regard d'un vert émeraude, envoûtant. Je sentis une gêne montée en moi et détourna le regard en baissant la tête.
« Et ben sourcil en vrille ? On me mate à ce que je vois !
- N'importe quoi ! Pourquoi est-ce que je m'intéresserais à une tête d'algue comme toi ? Non merci, je ne m'intéresse pas aux plantes ».
Suite à ma réflexion, je pensais qu'il allait me renvoyer une pique mais au lieu de ça, il éclata d'un rire magistral, lui fendant le visage, et à ce moment-là, je le trouvais vraiment beau. Attendez, quoi ? Le marimo, beau ? Non mais à quoi je pense moi ? J'aime pas les hommes, ça va pas ! Moi, j'aime les femmes, avec de la poitrine, de long cheveux, une voix mielleuse et pas une espèce d'algue en voie d'extinction avec un corps d'Apollon, une voix grave mais rassurante, et-… Non stop ! Je délire complètement !
Le bus se stoppa et je vis Zoro sortir, se retourner et me faire un sourire, juste un sourire, sans un mot, rien et pourtant c'est ce qu'il me fallait, juste ça, pour que je le comprenne. Je lui renvoyais ce même sourire et le bus reprit sa route de plus belle.
Cette nuit-là, je ne fus pas hanté par ces cauchemars qui me ramenaient toujours 5 ans plus tôt, le 17 juin, non. J'ai pu passer une bonne nuit, réparatrice et je remerciai intérieurement Zoro car je savais que, grâce à son sourire, je me sentais un peu mieux.
A suivre...
Oui, je sais ce chapitre est vraiment court mais ne vous inquiétez pas, le suivant sera plus long, vous verrez :D
Merci encore de me lire, et à bientôt !
