Nouveau chapitre ! Contents ? Parfait ! C'est parti ! Enjoy !


Palais du Royaume de Synaria, 12 janvier x762, 1:58

Lucius Knightwalker, Prince de son état, à moitié endormi, réfléchissait à toute vitesse. Il aimait son Royaume, sonpeuple et… les gens en général d'ailleurs, et il voulait aider et protéger ceux qu'ils devaient aider et protéger. Seulement, ses Conseillers lui avaient interdit de s'entraîner ou de partir au combat avec ses Spriggans. Son Général Ignir avait tenté de les faire changer d'avis mais sans succès. Et ses courtisans étaient de plus en plus pressants… Chacun voulait le voir épouser sa gentille fille, élevée dans le but de devenir la Reine de Synaria. Elles étaient toutes belles, polies, propres et aimantes. Parfaites.

A vrai dire, se marier n'était pas la chose la plus importante à ses yeux, loin de là. La guerre était son seul loisir. Il n'était pas cruel, ni mauvais. Mais les particules de cendres humaines flottant dans les airs, la chaleur des flammes qui léchaient les murs des maisons, les cris, les pleurs, l'odeur omniprésente du sang et de la mort, la vue des cadavres qui jonchaient le sol - le plus souvent sur le pas de leur porte – et le tintement métallique des armes impures que l'on range dans leur fourreau avaient rapidement agi sur son comportement comme la Mandragore*. Dépendant, toujours en quête de victimes. Les Conseillers, le considérant comme dangereux pour les populations des autres Royaumes, l'avaient quasiment enfermé. Il avait longtemps erré dans les couloirs vides de son Château mais s'était plié aux ordres du Conseil. Plus de guerres. Plus de meurtres. Plus de sang ni de cadavres se reflétant dans la lame de son épée. Plus rien. Sa solitude n'en était que plus grande.

Son seul choix, pensa-t-il nerveusement, était de s'en aller à l'insu de sa cour. Seuls ses Spriggans seraient mis au courant, ils ne le trahiraient jamais, il en était sûr. Il n'avait qu'à se teindre pour une couleur plus… naturelle. Ses cheveux étaient écarlates, et certains enfants pensaient que c'était le sang qui les avait teints. Du brun ferait l'affaire. Le blond ne cacherait pas la teinte carmin de ses cheveux, et le châtain non plus, alors c'était la seule solution. Mais il devait tout d'abord réfléchir à un moyen de quitter le château sans se faire repérer. Ensuite, prendre de l'avance et ne pas faire de vagues. Enfin, s'éloigner le plus possible du Royaume. Le peuple le plus proche de la Capitale, Nardian, était celui des Diusdariens. Donc, définitivement, il devait partir à Diusdar.

* la Mandragore est une plante que l'on associe à la magie (noire) dans d'anciennes légendes, peut-être parce qu'elle est riche en alcaloïdes provoquant des hallucinations elle ne provoque pas de dépendance dans la réalité mais comme je trouve que c'est une jolie plante, on va dire qu'il s'agit d'une plante comestible ET à laquelle on peut devenir accro dans Fairy Tail.


Frontière entre le Royaume de Synaria et le Royaume de Diusdar, 14 janvier x762, 0:17

Sous sa cape, Lucius se sentait libre. Plus de soie ou d'or, d'argent ou de cuivre, de marbre ou de cristal. Sa chère cape, noire comme l'encre et un peu déchirée au bout – souvenir d'une excursion nocturne où il avait fini dans les ronces -, était un cadeau de son Général Ignir qui compatissait, car lui n'avait pas à subir les Conseillers, et avait décidé de lui offrir une cape pour « plus de discrétion » - comment avait-il appris que le Prince sortait la nuit, Lucius n'en avait aucune idée. Un brave soldat, Ignir, vraiment. Bon, il avait failli mourir de nombreuses fois par manque de plans d'attaque – si seulement il écoutait August – mais il s'en était toujours sorti. Et avec le sourire. Il était sans aucun doute le plus dévoué de ses Spriggans, mais August était clairement mieux placé pour être le Chef des Douze, à la fois fort, intelligent, sage, courageux et expérimenté.

Seuls les claquements de sabot de son cheval rompaient le silence et la frontière se dessinait au loin, au bout du chemin de terre éclairé par la Lune. Lucius regarda autour de lui et ne vit que des champs et des maisonnettes, évidemment trop modestes pour que des êtres humains puissent y vivre. Malheureusement, l'argent du Royaume était géré par son Grand Conseiller, Metalicana, et lui n'avait absolument rien à faire de la pauvreté des paysans alors que les bourgeois en gagnaient de plus en plus. Mais il ne reviendrait pas sur sa décision pour autant. « Je m'en vais pour de bon », pensa-t-il. « Et je ne regrette rien ».

Ses cheveux, maintenant bruns, étaient rattachés en une queue-de-cheval relativement longue sous sa cape. Il les avait toujours eu longs, et les Conseillers n'appréciaient pas du tout cela – seules les femmes peuvent avoir les cheveux longs, selon eux – mais ne pouvaient pas l'obliger à se les couper, c'était au-delà de leurs fonctions. Et tant mieux.

Son cheval continua de galoper, jusqu'à arriver à la frontière. Lucius descendit de son destrier et détacha ses rênes pour en faire une longe. Tout était désert. Parfait. Il avança jusqu'à la ligne naturelle – ou presque – qui séparait son Royaume et Diusdar. L'herbe était humide et verte de l'autre côté, alors que lui marchait sur de l'herbe brûlée, orangée, morte*. Il avait entendu beaucoup de légendes comme quoi Edolas était le printemps, Mirancelles l'été, Synaria l'automne et Diusdar l'hiver. Il n'y croyait pas, mais lorsqu'il remarqua les flocons qui tombaient lentement dans la nuit au-delà de la frontière, et pas de son côté, il se demanda si les légendes n'étaient pas fondées, finalement.

Le moment était venu. Lucius caressa son cheval qui, visiblement, était nerveux. Comprenait-il, lui aussi, que leurs Royaumes n'obéissaient pas aux mêmes forces naturelles ? Le Prince inspira l'air de Synaria une dernière fois. Et posa le pied après la frontière.


Royaume de Diusdar, 14 janvier x762, 7:24

Musique conseillée : 1 Hour of RPG Towns and Villages Music de Derek & Brandon Fiechter

Rebecca attrapa quelques bûches et les plaça dans sa cheminée éteinte. Elle prit son lacrima puis l'activa afin de lancer le feu. L'hiver avait beau être permanent à Diusdar, elle ne s'était pas encore habituée au froid mordant de certains jours, et ce même après plus de vingt ans. Sa famille, ses voisins, et la population entière subissaient la neige et le vent gelé depuis des millénaires, à cause de Karigimasu, Dieu des Saisons, qui avait changé l'ordre naturel sur un coup de tête. Elle soupira. Aujourd'hui était l'anniversaire de la mort de son petit frère. Le 14 janvier x742. Vingt ans de solitude qui avaient failli la changer en une bête faite de haine, de tristesse et de culpabilité.

Soudain, elle entendit du bruit au-dehors et regarda à sa fenêtre. Un étalon acajou à la crinière blonde avançait tranquillement dans la rue, portant un homme aux cheveux bruns et longs, détachés, habillé d'une cape qui volait dans son dos. Il tremblait, mais bien plus que les habitants de Diusdar qui avaient l'habitude du vent de Fuyu, et elle en déduisit qu'il s'agissait d'un étranger. Un étranger avec, visiblement, un pur-sang. Une monture très chère, valant plus de 100 000 jewels. Elle, malgré son statut de guérisseuse – on la traitait parfois de « sorcière » car elle n'utilisait pas de magie -, et le fait que l'on la payait généreusement, n'aurait jamais pu se payer pareil animal.

Son maître descendit de son cheval, frigorifié, et partit en direction de l'auberge. Le verglas au sol faisait de ses pas légers et souples des claquements bruyants. Le vent matinal soufflait tout autour, caressant sa peau hâlée et glissant au travers de sa chevelure teinte. Bien évidemment – ç'aurait été trop simple – l'auberge était complète, pour cause des Jeux de l'Hiver qui se déroulaient à la Capitale, Rhamantus, peu éloignée du village où il se trouvait.

Les Jeux de l'Hiver n'étaient en réalité qu'un tournoi magique, mais exclusivement réservé aux Mages utilisant des artéfacts de Magie de Glace. L'aubergiste, un vieil homme jovial et gras, expliqua à l'ex-Prince de Synaria – tout en nettoyant des verres derrière le comptoir – qu'un jeune homme venant de « Fiore », utilisant une « Magie Apte » de Glace, était arrivé cette année-là, et sa supériorité se faisait sentir. Selon ses dires, il aurait vu son village se faire happer par un tourbillon dans le ciel mais, contrairement aux autres habitants, aurait atterri à Rhamantus.

Ces jeux ne l'intéressaient guère, mais il savait qu'il n'avait pas d'endroit où loger à cause des organisateurs. Etait-ce le Roi Silver, qu'il avait eu l'occasion de rencontrer ? Ou bien des nobles ennuyés qui voulaient se divertir ? Il n'en avait aucune idée, et ce n'était pas sa principale préoccupation. Pas de logement voulait dire qu'il pouvait oublier son désir de liberté, car les gardes ne tarderaient pas à découvrir son absence – qui avait pour but de se prolonger indéfiniment.

Des pas légers, presque timides, se firent entendre derrière lui. Par réflexe – la guerre l'avait rendu paranoïaque – il se tourna sèchement, épée en main. Son arme pointa alors la gorge d'une jeune femme aux cheveux châtains clairs, pas effrayée pour autant. Juste une légère surprise. Mercenaire, comprit-il alors en voyant la cicatrice en forme d'étoile sur son front. Légère, refermée, ancienne. Elle avait dû arrêter des années avant. Son manque de réaction était sans aucun doute dû à l'habitude. Les Mercenaires étaient envoyés pour assassiner des Conseillers, des nobles, des bourgeois riches, mais parfois ils devaient tromper leur future victime pour mieux l'attaquer par derrière. Se proposer pour devenir la servante d'un noble influent, l'aider, s'en approcher, devenir irréprochable et s'occuper des taches les plus ingrates pour gagner sa confiance, quasiment devenir un membre à part entière de sa famille, puis tirer un poignard de sa manche et le planter dans son front. La Signature même des Mercenaires.


Rebecca n'avait pas peur. Question de principes : un Mercenaire – ou ex-Mercenaire – n'a jamais peur. Et si la lueur meurtrière dans les yeux de Lucius aurait dû la faire reculer, car elle était vraiment effrayante, elle n'en fit rien. Au contraire, elle s'autorisa même à avancer encore plus vers lui. Il semblait habitué aux guerres. Son teint était hâlé et de multiples cicatrices striaient sa peau, au visage, sur ses mains. L'ancienne tueuse n'aimait pas les soldats ils tuaient en masse, sans distinction de femmes ou d'enfants, brûlaient les maisons, saccageaient les cathédrales de Dieux « païens » selon eux alors qu'ils adoraient les mêmes. Ils étaient aussi différents de Rebecca que leur manière de tuer l'était de la sienne. La puissance ou la discrétion. Le nombre ou la solitude. L'épée ou le poignard. L'échec ou la Victoire.

Lucius rangea son arme, soulagé. Une Mercenaire ne se risquerait jamais à tuer en pleine rue. Il descendit de son cheval acajou et la regarda dans les yeux des yeux jaunes, regard de fauve attendant la meilleure occasion pour sauter sur sa proie affaiblie, se croyant hors de danger, et l'achever. Pas un fauve se jetant sur tout ce qui bouge : mais un qui attend le moment parfait, calme et posé. Le comportement d'un Mercenaire. Elle le fixait avec tant de sérieux qu'un frisson vicieux glissa dans son dos, montant jusqu'à son esprit en passant par sa nuque, et ce serpent immatériel formula silencieusement le sentiment qui l'habitait en cet instant. Lui, le grand Lucius Knightwalker, ex-Prince de Synaria, avait peur.

Contre toute attente, la brune ferma les yeux et quand elle les ouvrit à nouveau, elle arborait un grand sourire. Un sourire paraissant si sincère que n'importe laquelle de ses futures victimes ne pouvait plus la soupçonner de quoi que ce soit. Et c'est cette faculté à cacher ses sentiments et à en créer pour s'en faire une façade qui l'effrayait le plus.


Rebecca était une bonne, très bonne tueuse. Elle s'était engagée dans l'assassinat après la mort de son frère, le 14 janvier x742, lui-même pendu pour rien. En colère contre le Royaume et envers elle, aussi, pour n'avoir su le protéger. Son cher frère. Regulus Lance. On les appelait « les frères en armure » à l'école du village. Ils n'étaient ni surdoués, ni stupides. Pas vraiment intéressés, en réalité. Eux avaient su se démarquer dans les disciplines comme l'escrime ou la stratégie – réservées aux hommes. Rebecca avait des cheveux courts à l'époque et tout le monde cru qu'il s'agissait d'un garçon, alors elle en profitait pour apprendre l'Art de la Guerre sous le nom d'Azel.

Seulement, un jour, des gardes débarquèrent dans l'école en dénonçant des meurtres, accusant donc son propre frère de « traîtrise envers le Royaume » et « assassinat de plusieurs personnes », et l'arrêtèrent. Mais elle savait bien qu'il était innocent. Elle arrêta d'aller en cours, pleurant toute la journée et toute la nuit, jusqu'à ce que la sentence tombe : pendaison. Son cœur se teignit de noirceur, petit à petit. Sans l'aide de Jura, loyal Chevalier de Diusdar et ancien Mercenaire, elle aurait fini par mourir de chagrin. Et elle était, grâce à lui, devenue une tueuse après avoir été présentée au Chef des Mercenaires. Puis il était mort au combat. En y repensant, Rebecca se demanda si elle ne portait pas malheur à son entourage.

Mais ce n'était pas le sujet, loin de là. Reprenant ses esprits, elle pensa que ce soldat, s'il était étranger, cherchait un endroit où se loger. Elle ne le connaissait pas, mais sa bonté naturelle prit le dessus. Un grand sourire se peignit sur son visage.

« Vous cherchez un endroit où dormir ? »

Elle n'imaginait pas à quel point sa vie allait changer pour une simple proposition.


J'ai mis plus de deux mois à réfléchir et à écrire un chapitre original. Ici, je reviens sur le passé des parents de notre chère Erza Knightwalker. Je ne sais pas si tout est cohérent, mais j'espère que vous avez apprécié. N'oubliez pas, une review fait toujours plaisir. Et si le concept de chapitre Flashback vous plaît, n'hésitez pas à me le dire d'ailleurs. A bientôt pour un prochain chapitre de "Bloody Memories" !