Juste un petit "merci" aux lecteurs/lectrices qui ont laissé des commentaires mais auxquels je ne peux pas répondre directement, à savoir LoupBleu et Mili. Et du même coup de gros bisous à mes "compagnes de route" StillMyself et Julindy, c'est toujours un plaisir de lire vos commentaires.
Voici la suite, à savoir la seconde partie du prologue.
Mili : je suis contente que mes histoires te plaisent et pour ce qui est de celle-ci, en effet, il va comment dire... "y avoir du sport". En revanche, désolée, je n'écris pas de slash. Je n'aime pas ça.
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Thorin battit péniblement des paupières, une fois, deux fois... encore une... il ne voyait rien. Tout était flou.
- Il revient à lui, fit une voix harmonieuse. Je t'avais dit qu'il avait une chance.
- Ça m'est égal, Aranwë. Si ça n'avait tenu qu'à moi, nous l'aurions achevé. Tu as voulu essayer de le sauver, alors débrouille-toi avec lui.
- Ce n'est toujours pas aujourd'hui, ni demain d'ailleurs, que j'achèverais un blessé issu des peuples libres, murmura la première voix.
- Un nain !
- Et alors ? Allons, viens plutôt m'aider. Ne te fais pas plus méchant que tu ne l'es.
Thorin eut beaucoup de mal à accommoder sa vision. Il ne voyait que des lignes déformées, mouvantes, qui lui retournaient l'estomac. Il pensa par la suite qu'il avait même du perdre à nouveau connaissance durant quelques instants. Enfin, peu à peu, il parvint à discerner les contours d'un visage. La peau pâle ranima en lui le souvenir de la vision qui avait été le prélude au massacre : cette silhouette blanche dans la nuit...
- Le plus vieux, je le veux vivant. Tuez les deux autres.
Thorin se dressa faiblement, dans un sursaut qui éveilla aussitôt mille douleurs à travers tout son corps. Sa main chercha instinctivement son épée à sa ceinture. Une main sans force qui ne put aller jusqu'au bout du mouvement qu'il avait amorcé. La douleur s'enflamma dans ses veines et ses yeux se révulsèrent.
- Du calme, reprit la voix. Ne bougez pas. Il est miraculeux que vous soyez encore en vie, alors restez tranquille.
- Miraculeux, qu'un nain soit en vie ? grogna la seconde voix. Ce n'est pas le mot que j'emploierais, personnellement.
- Ne faites pas attention. Mon compagnon aime bien faire étalage de son caractère bougon mais ça ne va pas plus loin que des mots.
Des elfes. Cette pensée se fraya péniblement un chemin vers l'esprit engourdi de Thorin. Il retomba, épuisé. Trop faible pour se défendre. N'avait-il échappé aux orcs que pour tomber aux mains des elfes ? Mais les elfes de la Forêt Noire étaient en paix avec Erebor. Oh ce n'était pas le grand amour, loin de là, mais enfin, Thranduil et Thror n'en étaient tout de même pas au point de se prendre à la gorge (cela d'ailleurs changerait dans les mois à venir, après que les nains auraient découvert, dans l'une de leur mine, un joyau fabuleux qui tournerait complètement la tête de leur roi). Quoi qu'il en soit, pour l'heure, elfes et nains, même s'ils ne s'aimaient guère, n'avaient aucun problème de voisinage. Il leur arrivait même de traiter ensemble. Parfois. Pour autant, la perspective d'être là, incapable de réagir, impuissant face à ces Oreilles Pointues n'avait rien de réjouissant. Ni même de rassurant. Thorin voulut parler, poser des questions. Il ne put émettre qu'un coassement rauque.
- Chut, ne parlez pas. Avez-vous soif ?
Le blessé battit une fois des paupières, pour signifier que oui. C'était dire à quel point il était affaibli. En temps normal, il aurait refusé de laisser paraître quoi que ce soit devant un elfe. Un bras attentif se glissa sous ses épaules et le souleva avec précaution, puis une gourde fut portée à ses lèvres.
- Doucement. Pas trop vite. On dit que les nains sont coriaces et si j'en juge par votre état, c'est vrai. Vous faites peur à voir (Thorin était en train de s'étrangler avec l'eau, car il ne parvenait pas à déglutir correctement). Mais ne craignez rien. Nous vous ramenons à Erebor. Les vôtres prendront soin de vous. Si vous en avez la force, dites-moi seulement qui vous a attaqué ? J'aimerais savoir ce qu'il en est.
Thorin dut rassembler toutes ses forces :
- Orcs...
- Je le craignais, répondit sombrement l'elfe. Bien que l'orage ait effacé presque toutes les traces, il nous a bien semblé relever une piste d'orcs. C'est très inquiétant.
Les traces... la piste... Thorin s'efforça de rassembler ses esprits. Il lui semblait que ces mots étaient importants. La piste... la piste... suivre les traces... Il dut faire un effort titanesque pour bouger mais parvint à saisir, du bout des doigts, la manche de l'elfe qui, surpris, le regarda et comprit, à son regard, qu'il voulait parler et que c'était important. Machinalement, il se pencha vers lui :
- La piste... articula Thorin. Deux nains... un homme et une femme ?
Sa voix lui manqua à nouveau. L'elfe secoua la tête :
- Je regrette, nous n'avons vu nulle part trace d'une femme. Il y avait un... un autre nain avec vous... un homme. Mais pour lui, il était trop tard.
Les souvenirs affluèrent en masse au cerveau épuisé de Thorin. Frérin. Mort. Thrain ?
- Un autre ? parvint-il péniblement à souffler.
C'était à son père qu'il pensait. Il lui restait un semblant d'espoir, vacillant comme la flamme d'une bougie prête à s'éteindre. Il voulait savoir s'ils avaient vu trace de Thrain. L'elfe crut qu'il parlait du mort.
- Oui, un autre. Il était mort.
Aranwë vit la douleur dans les yeux du blessé et ajouta très doucement :
- Je suis désolé.
- Mon père...
L'elfe fronça les sourcils :
- J'en doute. Il m'a paru bien trop jeune pour pouvoir être votre père.
- Trois... nous étions... trois...
- Ah ! fit l'elfe, comprenant enfin.
Sa voix s'emplit de compassion :
- Je regrette, nous n'avons vu trace d'aucun autre nain. Ni homme ni femme.
Thrain, Dis et Frérin. Perdus. Ce fut la dernière pensée de Thorin avant qu'il s'évanouisse à nouveau.
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Lorsqu'il revint à lui, il se sentit mieux. Moins affaibli. Il avait moins mal. Et ce fut le visage de son vieil ami Balin qu'il vit auprès de lui, ce qui était infiniment plus plaisant que celui d'un elfe (sans même parler d'un orc, cela va de soi).
- Que Mahal soit remercié, fit Balin en souriant. Et Oïn aussi. Il a vraiment l'étoffe d'un grand guérisseur. Te revoilà parmi nous.
Thorin eut beaucoup de mal à parler. Sa gorge était sèche et sa voix rouillée, comme s'il ne s'en était pas servi depuis des jours et des jours.
- Presque dix jours, confirma Balin un peu plus tard. Dix jours que tu es entre la vie et la mort. Et tu peux remercier ces elfes, qui t'ont ramené et ont pansé tes plaies comme ils l'ont pu dans un premier temps. Sans eux, tu ne serais plus de ce monde.
Des elfes ? Thorin croyait en effet se souvenir vaguement d'avoir rêvé d'elfes... c'était si flou, si lointain... En revanche il ne gardait pas le moindre souvenir de ses moments de conscience depuis dix jours, toujours très brefs. Quant à Balin, il préféra ne pas évoquer tout de suite ce qui était arrivé. Les elfes avaient dit qu'il y avait un nain mort, à l'endroit où ils avaient trouvé Thorin blessé. Ils leur avaient indiqué l'endroit et depuis, le corps de Frérin avait été ramené à Erebor et rendu à la pierre, comme il se devait. Quant à Thrain, personne ne savait rien. Il semblait avoir disparu sans laisser de trace.
Une heure plus tard, le dos calé par un oreiller, Thorin avait pu s'alimenter un peu et reprendre ses esprits. Guère plus : son corps était couvert de pansements et le moindre mouvement l'épuisait. Son grand-père Thror, le Roi sous la Montagne, prévenu de son retour à la conscience était près de lui, ainsi que Fundin, Oïn qui exerçait depuis un an à peine comme guérisseur, son apprentissage terminé, et Balin qui n'avait pas quitté le blessé depuis qu'il avait ouvert les yeux.
- Frérin mort, mon fils disparu...
Le vieux roi fulminait, tournant rageusement de long en large.
- Et Dis, Grand-père ? demanda Thorin d'une voix faible. Avez-vous pu retrouver sa trace ?
Thror le regarda comme s'il avait subitement perdu la raison :
- Dis ?! fit-il d'une voix étranglée, tandis que ses yeux noircissaient de seconde en seconde.
- DIS ?! brailla-t-il enfin d'une voix qui fit sursauter tout le monde. Je t'interdis de penser encore à cette traînée !
Choqué, Thorin regarda son grand-père sans dissimuler sa réprobation. Ce qui ne fut pas du goût du roi.
- Ton père est tombé aux mains des orcs, hurla le monarque, tu sais ce que ça veut dire ? Tu sais ce qui l'attend ? Ton frère a été tué et ils t'ont laissé pour mort, toi aussi. Sans ces maudites Oreilles Pointues...
Il jeta à son petit-fils un regard fulminant, comme s'il lui reprochait d'avoir été secouru par des elfes :
- Ça m'arrache les tripes de leur devoir quelque chose ! cracha-t-il ensuite. Des elfes ! Je dois la vie de mon petit-fils à des elfes !
Il abattit avec rage son poing contre le mur.
- Quoi qu'il en soit, tout cela est arrivé à cause de ta catin de sœur. Oui, une catin ! hurla Thror en voyant Thorin prêt à protester. Elle nous a tous trahis et pourquoi ? Pour ses histoires de fesses, rien d'autre ! Et toi tu me parles encore d'elle ?!
- Mais...
- Qu'elle crève ! s'époumona Thror, les yeux exorbités de rage. Qu'elle crève avec le saltimbanque qu'elle a choisi de suivre et qu'ils pourrissent, tous les deux, dans le pire des trous à rats ! Qu'elle soit maudite ! Je la renie et ne veux plus jamais entendre prononcer son nom !
Les sentiments de Thorin se voyaient si clairement sur son visage que Thror marcha sur lui en martelant le sol de ses talons et lui agita un index vindicatif sous le nez :
- Tu vas me faire le plaisir de l'oublier, Thorin. Je t'interdis formellement de penser encore à elle. Tu n'as plus de sœur, c'est compris ? Et je t'interdis de songer encore à la retrouver.
Comme le silence perdurait, il insista :
- Tu as compris ?!
- Oui, mais...
- Pas de "mais" ! hurla encore le vieux nain. C'est un ordre, Thorin ! Un ordre de ton roi !
- Votre Majesté, intervint Oïn avec un respect qui n'excluait pas une note de désapprobation. Le prince Thorin est encore loin d'être remis. Il vient seulement de reprendre connaissance et ne pourra sans doute pas se lever avant longtemps. Il a besoin de beaucoup de repos et... de calme.
- Bien sûr... laissa tomba Thror en faisant un effort pour se calmer.
Regardant à nouveau son petit-fils, il ajouta d'un ton bref :
- Tu dois reprendre des forces. Ne pense plus à tout ça. Nous nous reverrons bientôt.
Il se dirigea ensuite vers la porte. Mais juste avant de sortir, il lança un bref coup d'œil derrière lui et ajouta :
- Que ce sujet ne soit plus jamais abordé. Par quiconque.
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Et durant les deux années qui suivirent, le nom de la princesse Dis ne fut donc plus jamais évoqué par quiconque. Cependant, même un roi ne peut empêcher les gens de penser. Thorin quant à lui eut trois mois, trois interminables mois de convalescence pour y songer tout son saoul. Trois mois très pénibles, au cours desquels il désespéra bien souvent de recouvrer un jour ses forces d'antan. Ses blessures étaient profondes et nombreuses et Oïn n'eut de cesse de lui répéter qu'il était presque extraordinaire qu'il soit encore en vie. Thorin, lui, estimait qu'il n'était plus qu'une loque... pourtant, peu à peu sa chair se referma et cicatrisa, il put se lever, il put marcher, il put lentement reprendre ses activités habituelles et sentir son corps démusclé et affaibli recouvrer sa vigueur. Trois mois. Trois mois pour pleurer ceux qu'il avait perdus. Son père. Son frère cadet. Et sa sœur.
Alors oui, sans aucun doute, si Dis avait été un peu plus raisonnable, si elle ne s'était pas entichée de cet aventurier, si elle ne s'était pas enfuie avec lui, rien de tout cela ne serait jamais arrivé. Certes. Fichue tête de pierre de descendante de Durin.
Thorin devait avouer que Fijar, celui que Thror appelait "le saltimbanque", avait fière allure. Et même de la prestance. C'était un nain de belle apparence, aux cheveux et à la barbe blonds vénitien, un blond rougeoyant qui jetait des éclats roux dans la lumière. Bien découplé, un visage ouvert et rieur, des yeux verts au regard volontiers malicieux. Plutôt sympathique, à dire la vérité.
Oui mais c'était un aventurier sans le sou, dont personne ne savait seulement d'où il pouvait bien venir. Ni où il pouvait bien aller. Il vivait sur les routes, nullement embarrassé de sa pauvreté, s'arrêtant où bon lui semblait et faisant un peu tous les métiers, ce qui lui permettait de vivre. A Erebor, il avait en effet payé l'hospitalité qu'on lui offrait par un spectacle qui, il fallait l'admettre, avait diverti tout le monde. Tours de passe-passe, acrobaties... (d'où le surnom de "saltimbanque" que lui avait donné Thror)... ce nain savait tout faire et il était doué.
Un peu trop, sans doute. Les seize printemps de Dis ne demandaient qu'une occasion de s'émouvoir. Fleur en bouton impatiente de s'épanouir. Cœur vierge qui aspire à aimer. La jeune princesse était tombée sous le charme de cet étranger, si différent de tous les nains qu'elle connaissait.
Ils auraient dû se douter de quelque chose, pensait Thorin, en constatant que Fijar demeurait à Erebor au lieu de poursuivre sa route. Il travaillait un peu partout, là où on avait besoin de lui, et continuait à donner ses spectacles sur demande.
Peu à peu, Thorin avait pourtant remarqué que lorsqu'il se produisait devant la cour, ses yeux verts revenaient constamment sur sa petite sœur. Et ce qui était pire : ladite petite sœur ne le lâchait pas un seul instant du regard, visiblement fascinée.
Thrain avait fini par s'en rendre compte également et n'avait pas très bien pris la chose. Il avait été trouver "l'aventurier" (c'était ainsi que lui l'appelait) et l'avait sommé de déguerpir en vitesse. Fijar avait répondu effrontément qu'il avait de bonnes raisons de vouloir rester et qu'il n'avait enfreint aucune loi, aucune règle, qu'il ne voyait donc pas pourquoi on prétendrait l'obliger à partir. A compter de ce jour, plus jamais il n'avait été appelé à présenter un spectacle devant la cour. Thrain avait pensé que cela suffirait. Thorin aussi.
Hélas, le mal était fait : Dis était éperdument amoureuse. Fijar devait éprouver quelque chose pour elle, lui aussi, car... pouvait-on croire à cela ? Il avait eu l'audace de demander la main de la princesse. Ordinairement, les naines sont libres quant au choix de leur époux. Mais Dis était encore très jeune, bien trop jeune pour penser à convoler. De surcroît elle appartenait à la famille royale. Ni Thror, ni Thrain ne voulaient, mais alors à aucun prix, de "l'aventurier", du "saltimbanque" dans cette famille. Il n'était pas un parti pour Dis, trop innocente encore pour comprendre à quoi elle s'exposait. Aussi importait-il de mettre immédiatement le holà à cette amourette d'adolescente qui pouvait toutefois avoir des conséquences déplaisantes. Cette fois, Fijar avait été jeté dehors par la garde, avec interdiction de revenir sous peine de très graves ennuis. Thror étant maître chez lui, il pouvait très bien chasser d'Erebor qui bon lui semblait.
Comment les deux amoureux étaient-ils entrés en contact, comment les choses s'étaient-elles passées, Thorin n'en savait rien. Toujours était-il que Dis s'était enfuie avec son amoureux.
Thrain, flanqué de ses deux fils, s'était aussitôt lancé à sa poursuite, bien déterminé à la ramener à Erebor de gré ou de force, avec une paire de gifles en prime.
Comment aurait-il pu savoir que non seulement il ne ramènerait pas sa fille mais qu'encore ni son fils cadet ni lui-même ne reviendraient jamais, tandis que Thorin frôlerait quant à lui la mort de près ?
Comment aurait-il pu savoir que Thror, fou de rage et de douleur, refuserait alors d'entendre encore prononcer le nom de celle qui avait été sa petite-fille ?
Comment aurait-il pu savoir que quelques années plus tard, le roi serait tué à son tour, par celui-là même qui avait mené les orcs cette nui-là, cette funeste nuit au cours de laquelle Frérin avait perdu la vie et lui-même bien pire que cela ?
Rien ne laissait présager un tel dénouement.
A vrai dire, Thorin aurait peut-être bravé les ordres de son grand-père s'il avait, après ces trois mois de convalescence, eu la moindre chance de trouver encore une quelconque trace de sa sœur et de son soupirant. Tel n'était malheureusement pas le cas. Lorsque Thorin put enfin remonter à cheval, il retourna bel et bien à l'endroit où les orcs les avaient attaqués. Les lieux ne conservaient pas la moindre trace du drame. Pas même une arme rouillée oubliée dans un coin. S'il y en avait eues, elles avaient été ramassées par quelqu'un entre-temps. Quant à la piste, elle s'était effacée depuis longtemps.
Par ailleurs, le jeune nain eut bientôt d'autres soucis en tête : peut-être était-ce le chagrin, en tous cas Thror devenait bizarre. Il ne paraissait plus vraiment lui-même et ne semblait plus vivre que pour l'or qu'il entassait dans les profondeurs d'Erebor avec une avidité toujours grandissante. La découverte de l'Arkenstone acheva le travail et le Roi sous la Montagne, peu à peu, perdit la raison. Il se fit un ennemi mortel de Thranduil, le roi des elfes, en lui dérobant des pierres dont il savait très bien ce qu'elles représentaient pour lui. Puis, sa folle cupidité finit par attirer la mort elle-même, sous la forme de Smaug-le-Doré, qui s'abattit sur Dale, puis sur Erebor, par un calme après-midi. Innombrables furent les morts ce jour-là. Les survivants quant à eux n'eurent plus le loisir, durant très longtemps après cette funeste journée, de penser à autre chose qu'à leur survie.
Leur survie ? La folie du roi, encore une fois, fut bien près de causer définitivement leur perte. Thror décida de reprendre la Moria, l'ancien royaume des nains, alors aux mains des orcs. La bataille fut terrible. Plusieurs centaines de nains périrent ce jour-là, en pure perte, victimes de la démence de leur roi.
Quant à Thorin, il reconnut parfaitement l'orc qui menait les armées ennemies : sa gigantesque silhouette pâle continuait à hanter ses souvenirs et ses cauchemars. Il se rua sur l'ennemi mû non seulement par la fureur et le désir de venger son petit frère, ainsi d'ailleurs que son grand-père, dont la tête venait de rouler à ses pieds, mais aussi pour forcer le monstre à lui dire ce qu'il était advenu de Thrain. Sa victoire ne lui apporta hélas aucune des réponses qu'il espérait.
Dernier survivant de sa lignée, Thorin dut prendre la tête de son peuple et se débrouiller pour lui permettre de ne pas être entièrement décimé. Il parvint à édifier une nouvelle cité, qui reçut le nom d'Ered Luin, dans les Montagnes Bleues et peu à peu les nains purent relever la tête. Les vieilles blessures cicatrisèrent.
Onze années, soit treize en tout depuis la tragique nuit de poursuite qui avait fait voler en éclat la famille royale, s'écoulèrent encore.
