Hem… normalement, ces bonus sont supposés apporter quelque chose à l'histoire elle-même, donner des détails supplémentaires etc. J'avoue, ce n'est pas le cas de celui-ci, qui aurait davantage eu sa place dans Souvenirs d'enfance qu'ici. J'ai d'ailleurs hésité à le poster, mais ma fois comme il est écrit (et que je n'ai pas envie de reprendre l'autre fic)…
Vous avez le droit de ne pas lire et d'attendre le prochain bonus : on y verra que Fili et Kili n'ont pas encore totalement « digéré » leur lourd passé.
OO
Le Poussin Fou : Oui, pour le moment c'est du tout mignon. Mais le tout dernier bonus le sera nettement moins.
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Un peu plus d'une année s'était écoulée depuis que Fili et Kili étaient arrivés dans les Montagnes Bleues. La fête du solstice d'hiver approchait et ils s'en réjouissaient comme tous les autres, tout en se remémorant les souvenirs de l'année précédente :
- En tous les cas, disait Kili, si tu veux faire l'imbécile dans les cheminées, ce sera sans moi !
- Oh ça va, hein ? Tu ne vas pas me reprocher ça pendant quatre-vingt-dix ans, non ?
- Bah, je ne sais pas...
- C'est tellement mesquin, Kili...
- Je m'en fiche.
Et tous deux éclatèrent de rire. Ils étaient encore plus heureux, à l'idée de la soirée à venir, qu'ils l'avaient été un an plus tôt. Aujourd'hui ils se sentaient tellement intégrés, tellement semblables à tous les autres... ils avaient même des vêtements de fête, tout récemment cousus, comme tout un chacun à Ered Luin. Et ils se réjouissaient d'avance de pouvoir s'amuser avec leurs amis respectifs. C'est Kili qui le premier avait abordé le sujet :
- Dis, Fili... Ça t'embêterait si le soir de la fête j'allais m'asseoir avec Ori ?
- Pas du tout, répondit sincèrement l'aîné.
En fait ça l'arrangeait bien : il pourrait donc s'installer avec Alrim et les autres et passer la soirée avec eux, sans se sentir coupable d'abandonner son frère (à terme cependant, les deux garçons s'arrangèrent quand même pour être assis non loin l'un de l'autre, chacun avec son ou ses compagnons. Cela continuait à les rassurer).
Pourtant, il se produisit bel et bien un incident qui faillit tout compromettre. Fili et Kili avaient tous deux appris les rudiments de l'équitation et ils étaient aussi fous l'un que l'autre des poneys que Thorin leur avait offerts. Pourtant, ils rêvaient tous deux de pouvoir chevaucher les béliers que les nains utilisaient chaque fois qu'il leur fallait parcourir la montagne, l'agilité de ces bêtes faisant merveille en terrain accidenté. Les poneys n'étaient utilisés que pour se rendre dans les cités des hommes afin d'y commercer. Thorin toutefois était inflexible : il estimait ses neveux encore trop jeunes et trop inexpérimentés pour monter des béliers, animaux très vifs aux réactions souvent imprévisibles.
- Plus tard, disait-il chaque fois que ce sujet revenait sur le tapis. Apprenez déjà à maîtriser parfaitement un cheval et nous verrons.
Les garçons soupiraient mais s'inclinaient. Jusqu'à cet après-midi d'hiver à la fois clair et sec, où un groupe d'adolescent obtint la permission de sortir avec les béliers. La neige tombée durant les derniers jours avait durci sous l'effet du gel et un soleil glacial la faisait scintiller. Kili qui était en train de panser sa ponette en racontant toutes sortes de choses confidentielles dans la grande oreille sensible ne sut pas résister. Il en rêvait depuis trop longtemps. Il se glissa subrepticement de l'autre côté des écuries alors que les autres jeunes nains sortaient, trouva une selle (en réalité une simple couverture qu'il sangla non sans difficulté sur le dos laineux de l'animal) et l'enfourcha.
Le cœur battant d'enthousiasme, le jeune garçon dirigea sa monture vers la sortie extérieure des écuries en se disant que Thorin exagérait de beaucoup et que c'était très facile. Un palefrenier le vit passer, parut surpris mais ne fit aucun commentaire, pensant que le gamin était avec les autres. Il lui paraissait bien un peu jeune pour ça, certes, mais il arborait un air tellement sûr de lui...
Kili et sa monture parvinrent à l'extérieur et le jeune garçon, heureux comme un roi, talonna l'animal qui bondit aussitôt en avant. "Bondir" était le mot juste : la bête progressait par sauts, totalement différemment d'un cheval, secouant rudement son cavalier qui ne s'attendait pas du tout à ça.
- Eeeeeeeh ! hurla le jeune nain en se cramponnant de toutes ses forces.
Déjà, le bélier se dressait sur ses pattes postérieures pour escalader une paroi qui parut à Kili presque verticale.
- Oh, arrête, oh...
Rien à faire. Sentant l'inexpérience de celui qui le montait et agacé par ses gestes maladroits, l'animal fonça, allant à sa fantaisie, Kili étant incapable de le diriger et cherchant seulement à ne pas être désarçonné.
Cela dura un temps puis le bélier, de plus en plus énervé, s'ébroua d'un coup sec et Kili roula sur le sol. A cet endroit, exposé en permanence au grand vent du nord, il n'y avait presque pas de neige. En revanche, les cailloux étaient aussi nombreux que pointus et l'enfant ne les sentit que trop bien tandis qu'il dévalait la pente sur plusieurs mètres, y déchirant à la fois ses vêtements et sa chair. Enfin il se redressa, hébété, le corps meurtri, tandis que sa monture disparaissait entre deux rochers.
- Ho là là... gémit Kili.
Il regarda autour de lui. Il ne savait pas du tout où il était. Il tenta de se repérer aux sommets des montagnes, comme Fili et lui-même l'avaient fait durant tout l'été au cours de leurs explorations, mais il comprit vite que pour pouvoir rentrer, il allait lui falloir trouver un sentier. Un sentier... alors qu'il était perdu au milieu de nulle part !
Cela lui prit des heures, à escalader des rochers et à descendre des parois plus ou moins abruptes (non sans glisser encore plusieurs fois et y gagner des accrocs ainsi que des écorchures supplémentaires), obligé parfois de faire de longs détours pour trouver un endroit praticable. En hiver, la nuit tombe tôt. Surtout en montagne. Perdu dans la nuit, Kili fit un effort sur lui-même pour vaincre la peur : il se sentait bien seul et les souvenirs de la "fuite" qui avait si mal tourné lui revenaient en foule à l'esprit. Heureusement que durant la belle saison Fili et lui avaient beaucoup parcouru la montagne alentours de leur nouveau chez eux. Cela permit à l'enfant de s'orienter. Et il éprouva un vif soulagement lorsqu'il aperçut enfin, au loin, la tache de lumière qui indiquait l'entrée d'Ered Luin. Oh oui, il était vraiment heureux de rentrer chez lui, Kili... de retrouver la sécurité et le confort de sa cité. Même s'il savait que Thorin ne serait pas content et ne se priverait certainement pas de le faire savoir. Ce soir, le coup du regard de martyr ne fonctionnerait pas, Kili le savait. Même Fili serait sans doute fâché, pour s'être fait du souci durant les dernières heures. Cela navrait l'enfant, qui était extrêmement sensible au mécontentement de ses proches, surtout s'il était en cause. Mais cela n'ôtait rien à son soulagement qui, en l'occurrence, l'emportait sur l'appréhension. En réalité, il est bien doux de savoir que l'on possède un foyer et que l'on y a sa place. Pour n'avoir pas toujours possédé ce luxe, le jeune garçon l'appréciait au centuple. N'empêche que la sentinelle, à l'entrée des cavernes, donna le ton général en levant les bras au ciel :
- Te voilà, toi ? Mais d'où viens-tu ? On te cherche partout ! Ton oncle aura deux mots à te dire, à mon avis...
Cela ne manqua pas : Thorin et Fili terminaient de souper du bout des dents, aussi inquiets l'un que l'autre, quand Kili poussa la porte.
- D'où sors-tu ? tonna Thorin, qui s'apprêtait à retourner se joindre aux recherches, en le voyant entrer. Et...
Il détailla le gamin des pieds à la tête :
- Et dans quel état es-tu ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Quelques laborieuses explications plus tard, le prince d'Ered Luin fronça les sourcils d'un air fort peu engageant et jeta d'un ton rogue :
- Le dîner est presque froid. Dépêche-toi de manger, je m'occuperai de toi après.
Kili obéit en silence tandis que Fili, tout en faisant mine de rassembler les assiettes vides pour faciliter la tâche de celui qui allait venir les chercher, se creusait la tête pour tenter de minimiser les choses. Du moment que Kili était rentré et qu'il ne paraissait pas sérieusement blessé... Dès que le jeune garçon eut terminé son repas, Thorin lui fit poser son assiette sur la pile puis se tourna vers Fili :
- Va te coucher, ordonna-t-il.
- Mais mon oncle...
- Ne m'oblige pas à répéter, Fili.
Après avoir lancé un regard navré à son petit frère, le garçon traîna les pieds sans enthousiasme vers le couloir des chambres.
- Laisse la porte ouverte, fit Thorin.
Fili grimaça. Il avait eu l'intention de rester caché derrière cette porte pour surveiller ce qui allait se passer. Mais son oncle, visiblement, le savait très bien. Le garçon s'apprêtait à quitter la pièce quand il s'arrêta et ouvrit la bouche, sans trop savoir lui-même ce qu'il allait dire. Thorin le prit de vitesse
- Va te coucher, Fili, répéta-t-il calmement.
Une fois dans sa chambre, le jeune nain hésita à laisser cette porte là entrouverte mais il se douta que Thorin attendait de l'entendre se refermer.
- Tes vêtements sont en lambeaux... dépêche-toi de te déshabiller, Kili, que je vois si tu es blessé, fut la dernière chose qu'il entendit.
Une fois le battant refermé derrière lui, le garçon demeura un instant immobile en se mordillant les lèvres.
- Il ne lui fera rien, dit-il à voix haute, pour se rassurer.
Enfin bon, il allait sans doute lui faire quelques remontrances et, pour être honnête, Kili ne les avait pas volées. Rien de plus. Non, rien de plus.
Pendant que son grand frère tentait ainsi de se raisonner lui-même, Kili retirait ses vêtements en grimaçant, car tout son corps lui faisait mal. Lorsqu'il fut à demi nu, Thorin hocha sombrement la tête en examinant la multitude d'écorchures qui couvrait son corps.
- Te voilà bien arrangé, grogna-t-il. Mais tu l'as cherché.
- Je sais, murmura l'enfant.
- Pourquoi m'as-tu désobéi ?
- Je voulais seulement faire comme les autres, balbutia Kili, penaud.
Le roi déchu secoua la tête d'un air affligé, comme consterné par la sottise d'une telle réponse.
- Qu'est-ce que tu préfères ? demanda t-il d'un ton abrupt. Je te flanque une paire de gifles tout de suite ou bien je t'interdis d'aller à la fête du solstice d'hiver dans trois jours ?
Kili avala de travers et leva son regard sombre vers son oncle, horrifié par cette dernière perspective.
- Je préfère les gifles, chuchota-t-il.
Au moins ce serait tout de suite terminé, pensait-il. Thorin ne l'avait encore jamais frappé et Kili ne pouvait plus, vraiment plus désormais, imaginer qu'il le battrait comme... comme certains l'avaient fait, autrefois, dans une autre vie. Allons, une paire de claques, ce serait vite passé. Rien à voir avec le fait de manquer la fête, surtout cette fête, et surtout cette année, qui serait forcément mille fois mieux que l'année précédente, dont il conservait cependant un merveilleux souvenir. Et puis honnêtement, question claques, Kili était blindé.
Thorin cependant se borna à effleurer les cheveux bruns d'une pichenette avant d'aller chercher un linge propre et une petite flasque de terre brune, puis de nettoyer toutes les écorchures de l'enfant, qui grinça des dents et se tortilla tant et plus durant toute l'opération mais s'abstint héroïquement de se plaindre, malgré la piqûre de la décoction désinfectante.
Lorsqu'il eut terminé, Thorin jeta un coup d'œil sur le visage de Kili. En tombant, ce dernier s'était écorché le museau et le sang lui barbouillait la joue. Le prince versa encore quelques gouttes de la mixture fabriquée par Oïn pour désinfecter les plaies sur un coin de tissu propre puis chercha le regard de son neveu :
- N'ai pas peur.
Il préférait prévenir, avant d'approcher sa main du visage de l'enfant. Il savait comment réagissaient les deux frères à toute approche pouvant présenter une menace. Kili ne bougea pas. Evitant les gestes brusques, Thorin lui nettoya la frimousse, s'assurant en même temps que les entailles dont elle s'ornait à présent n'étaient pas profondes et se refermeraient sans difficulté, puis il reboucha la petite flasque brune.
- C'est bon, dit-il enfin. Va te coucher, maintenant. Mais si tu recommences ça ne se passera pas aussi bien. C'est compris ?
Kili fit signe que oui, ramassa ses vêtements déchirés et se dirigea vers le couloir. Il s'arrêta cependant à mi-chemin et se retourna :
- Oncle Thorin... je pourrai aller à la fête du solstice ? demanda-t-il d'une voix étranglée.
Après tout, songeait-il, dévoré d'anxiété, il n'avait pas reçu les gifles promises. Non pas qu'il s'ennuie après. Mais alors pas du tout. Il avait, pensait-il parfois, reçu suffisamment de coups et de torgnoles pour tout le reste de sa vie. Mais à choisir... L'ombre d'un sourire joua sur le visage de Thorin.
- Oui, dit-il. Si tu te conduis bien jusque là, tu pourras y aller.
Kili retrouva aussitôt son sourire.
- Je serai sage ! assura-t-il.
- J'y compte bien. File, maintenant.
Kili déguerpit, soulagé. Fili l'attendait, bien éveillé, et le détailla des pieds à la tête lorsqu'il poussa la porte. Puis il soupira et, comme son oncle, constata :
- Tu t'es bien arrangé.
- Ben oui, je suis tombé. Et après j'ai glissé en descendant dans les rochers, pour trouver un chemin.
- Pfff... idiot ! grommela Fili en s'installant bien confortablement dans son lit. Franchement, tu n'es pas malin.
- Mais je pouvais pas savoir, moi, que ça se passerait comme ça.
- Idiot ! grommela à nouveau Fili.
Il y eut un petit silence puis l'aîné demanda, par pur acquis de conscience :
- Tu n'as pas eu d'ennuis avec Thorin ?
A voir le visage souriant de Kili et son pas sautillant, Fili connaissait déjà la réponse à sa question. Il l'avait posée presque machinalement, plus par habitude qu'autre chose. En fait, son cadet paraissait gai comme un pinson, ce qui n'aurait pas été le cas s'il avait vraiment été réprimandé. Tout en enfilant ses vêtements de nuit, le petit détourna la tête pour cacher son sourire malicieux et s'efforça de prendre une voix dramatique pour répondre :
- Il m'a giflé…
Mais Fili ne fut pas dupe. Kili semblait bien trop guilleret et sa voix sonnait faux.
- Il n'a pas dû frapper bien fort, persifla-t-il. Tu n'as même pas les joues rouges.
En même temps qu'il disait cela, il éprouva un petit frisson en repensant à l'époque où son frère et lui-même avaient le visage bleu, ou noir, ou même parfois verdâtre, à force de corrections aussi violentes qu'injustifiées.
- Je t'assure, insistait cependant Kili, la voix pleine de grelots de rire qu'il ne pouvait maîtriser, il m'a tapé sur la tête…
- Ce n'est pas grave, ricana Fili. Elle est vide, ta tête !
Un an plus tôt, jamais aucun des deux garçons n'aurait pu plaisanter d'un tel sujet. Jamais. Eux-mêmes ne mesuraient pas vraiment le chemin parcouru et, histoire de punir son frère de ses mensonges, ainsi peut-être que de l'inquiétude qu'il avait nourri à son sujet en ne le voyant pas rentrer, Fili fronça le nez et poursuivit sur sa lancée :
- Dis donc, tes vêtements puent la chèvre, ça empeste !
- Mila ne va pas être contente, admit Kili, ils sont tout déchirés.
- Peut-être qu'elle aussi va te taper sur la tête ? lança l'aîné, qui savait bien que tel ne serait pas le cas mais que Mila en effet ne se priverait pas de grogner. En attendant, ça pue ! Tu aurais dû les laisser dans l'autre pièce.
- Non, je ne pouvais pas. Thorin m'aurait grondé. Il n'aime pas qu'on laisse traîner nos affaires.
- Et moi je ne veux pas dormir avec cette odeur !
Kili haussa les épaules et se fourra dans son lit. Fili lui lança son oreiller à la figure. Un instant plus tard, la bataille de polochons faisait rage. Elle ne se calma que lorsque la porte de la chambre s'ouvrit et que Thorin passa la tête par l'entrebâillement :
- Cessez de chahuter, les garçons. Il faut dormir, maintenant.
Hilares, les deux enfants se remirent dans leurs lits en pouffant tant et plus. Ils ne tardèrent pas à s'endormir, le sourire aux lèvres.
