L'heureuse annonce de la naissance de la petite princesse fut rapidement divulguée à travers toute la ville, et une joie nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Avec beaucoup de repos et de soins, Arwen parvint à se remettre en quelques semaines, mais sa santé psychologique avait été quelque peu atteinte. Après une grande fête donnée en l'honneur de la petite Noldaria, où tout le royaume se plut en réjouissances, la reine partit quelques jours en Ithilien, où une colonie d'Elfes avait été créée, afin de se ressourcer. Elle en revint avec le sourire, plus forte que jamais, et au grand étonnement et plaisir de tous, elle fit face.

Aragorn profitait avec une joie nouvelle de ces temps de paix, mais qui pourtant, ne furent pas de tout repos. Les orcs furent bien entendu chassés à travers toute la Terre du Milieu, et les serviteurs de Sauron furent jugés. Mais ce qui inquiétait tous les grands seigneurs de la Terre du Milieu, c'est que le nombre d'Orcs ne semblait pas diminuer.

Bien sûr, Baradh-dûr avait été détruite, et jamais plus le soleil n'éclaira le Mordor de ses rayons, ni aucune végétation n'y poussa. Minas Morgul fut détruite, puis reconstruite par le Gondor pour en faire une tour de garde, car on disait que les Montagnes grouillaient de créatures plus étranges et effrayantes les unes que les autres. Les peuples barbares se mirent alors à fuir leurs habitations dans les Montagnes, et la Terre du Milieu dût faire face à un afflux de pillages et de bandits.

Les Elfes qui s'apprêtaient à partir pour Valinor, quant à eux, durent faire demi-tour bien vite, car aucun passage vers le Grand Ouest ne demeurait visible. Pire… certains vaisseaux disparaissaient.

Bien des rumeurs se mirent alors à courir. A propos de créatures hantant les eaux, d'ombres guettant le sommeil des enfants, ou de démons se tapissant dans Mirkwood. Les moins aguerris des Elfes Teleri quittèrent les Havres Gris, apeurés par ce qu'ils appelaient « les monstres des eaux », et vinrent s'installer de nouveau au cœur de la Terre du Milieu. Sauron n'était plus, alors que pouvait-il bien se tramer ?

C'est en ruminant ces biens sombres pensées que le Roi Elessar, accoudé au rebord de la balustrade du palais du Gondor, observait deux de ses enfants jouer. Eldarion, son aîné de 13 ans, apprenait à sa cadette de 7 ans, Noldaria, à se battre à l'épée… en bois, bien entendu.

Aragorn se mit à sourire en regardant la petite princesse, qui se battait avec autant de ferveur qu'Eldarion à son âge. Noldaria rendait toutes les nourrices et gouvernantes du palais folles, car elle ne tenait jamais en place. Aussi vive et sauvage que le courant d'un cours d'eau, elle refusait toutes les activités propres à une Dame, et se plaisait plutôt à apprendre à combattre, ou à monter à cheval. De plus, même si Aragorn la punissait sévèrement pour cela quand il la voyait faire, la petite était une férue d'escalade, et de nombreuses fois, il dut l'obliger à descendre des murs et des toits du palais.

Eldarion, qui était aussi vif qu'elle à son âge, s'était beaucoup assagi. Car en plus d'être l'héritier du Gondor, le jeune garçon prenait sa tâche de grand frère très au sérieux, au grand damne de Dolarion, qui à 10 ans, contestait férocement l'autorité de son frère. A l'inverse d'Eldarion et de Noldaria, Dolarion était un enfant très calme et qui aimait par-dessus tout passer des heures plongé dans un bon livre. Il était tout le contraire de l'aîné, pour ainsi dire, et c'est pour cela que les deux frères se chamaillaient très souvent.

Un petit cri aigu sortit Aragorn de ses pensées.

« – Espèce de brute ! Cria Noldaria en se tenant le poignet, tu m'as fait un mal de chien !

– Je n'ai pas… commença Eldarion, »

Mais la petite fille, abandonnant son épée en bois par terre, s'était déjà jetée sur son frère, qui fut projeté au sol. Noldaria tenta d'immobiliser Eldarion, mais ce dernier l'en empêcha et la repoussa en lui emprisonnant les bras.

« – Allez, ça suffit, leur dit-il en les rejoignant, ça va mal finir.

Mais sa fille n'en démordait pas, alors le Roi l'entoura de ses bras et la souleva.

– Ca suffit, petite guerrière, s'amusa Aragorn en la reposant au sol.

– Ce n'est pas juste, gémit-elle, résignée, je l'avais presque battu.

– Ca c'est ce que tu crois, répliqua l'ainé en se relevant et en s'époussetant.

– Si, c'est vrai !

– Tu y étais presque… mais le jour où tu me battras n'est pas aujourd'hui, sœurette.

Renfrognée, Noldaria fit la moue.

– Tu verras, je te ficherai une raclée un jour.

– Allez, va te débarbouiller, dit Aragorn en caressant ses cheveux blonds comme les blés, tu es toute sale. Je dois parler à ton frère.

La petite fille lui lança un regard empli de curiosité.

– Seul.

– Bon, d'accord, lâcha Noldaria en repartant vers le palais, un peu déçue. Mais on recommence tout à l'heure !

– Quand tu veux, répliqua Eldarion, une lueur de défi dans les yeux.

Une fois Noldaria partie, le Roi prit son fils par les épaules.

– Viens, marchons un peu.

Ils passèrent devant l'Arbre, et Eldarion regardait son père d'un air mi-impatient, mi-inquiet. Il semblait s'attendre à la conversation qui allait suivre.

– J'ai réfléchi à ce que tu m'as demandé. Et je crois, mon fils, que tu es encore un peu jeune pour cela.

A son grand étonnement, Eldarion ne protesta pas, mais se contenta d'hocher doucement la tête. Plus le temps passait, et plus Aragorn était étonné de la sagesse de son fils aîné.

– Quand pourrais-je y participer, Père ? Demanda-t-il néanmoins.

– Les batailles ne sont pas amusantes, tu sais. Chasser les orcs ne l'est pas non plus, et s'il faut que tu sois préparé à cela, je préfère que tu sois un peu plus grand. L'année de ton quatorzième anniversaire, nous en reparlerons, je te le promets.

Satisfait, Eldarion lui sourit.

– D'accord !

– Je vais être parti pendant un mois, tout au plus. Pendant ce temps-là, je veux que tu restes auprès de Faramir, tous les jours. Il t'apprendra comment gouverner en mon absence, et c'est un bon exercice. Je veux aussi que tu veilles sur ton frère et ta sœur, et aussi ta mère. Tu es le gardien du Royaume en mon absence. Veille cependant à toujours être juste et compréhensif envers les autres, comprends-tu ?

– Oui, Père, répondit Eldarion d'un si air solennel qu'il fit sourire Aragorn. Plus le temps passait, plus Eldarion perdait ses rondeurs enfantines, et ses yeux verts brillaient de curiosité. Ses cheveux châtains, coupés aux épaules, encadraient un visage aux traits fins, rappelant ses origines elfiques. Il était aussi très grand pour son âge, et Aragorn avait du mal à s'y habituer. Il grandissait si vite…

– Très bien.

– Quand partez-vous ?

– Demain matin à l'aube, murmura Aragorn en observant le coucher de soleil.

– Père… intervint une fois derrière eux.

Les deux se retournèrent et firent face à Dolarion, qui visiblement, avait l'air très inquiet.

– Qu'y a-t-il ?

– C'est Noldaria… hésita le garçon. Elle est très bizarre…

– Comment ça ? Demanda Aragorn en fronçant les sourcils.

– Elle s'est évanouie et… elle a les yeux tout blancs.

~.~.~

Noldaria marchait vers le palais en traînant des pieds. Elle savait que sa mère n'aimait pas qu'elle se salisse ainsi, alors pour éviter de la croiser, la petite fille décida de passer par un autre chemin. Dès que son père et son frère eurent disparu, la jeune princesse se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre une fenêtre, et avec la force de ses bras, s'y hissa. Elle entendit les protestations des gardes, mais elle était trop rapide : elle escalada le mur avec aisance, sachant déjà par avance où étaient les prises, et grimpa jusqu'à une fenêtre… qui n'était nulle autre que celle de la bibliothèque. Elle frappa alors de quelques petits coups, puis, voyant que rien ne se passait, elle recommença.

– Dolarion, ouvre, murmura-t-elle en tapant au carreau, c'est moi !

Elle vit la silhouette de son frère qui approchait, et qui enfin, lui ouvrit.

– Père ne veut pas que tu grimpes aux murs, déclara-t-il d'un air de celui qui allait tout rapporter.

– C'est vrai, s'amusa Noldaria en atterrissant souplement sur le sol, mais il n'est pas là.

– Tu n'écoutes jamais rien, hein ?

C'était plus une affirmation qu'une question, et la petite fille y répondit en tirant la langue.

– Et toi, tu es un rapporteur !

– Une princesse doit être obéissante et sage.

– Gna, gna gna… qu'est-ce que tu lis, d'abord ?

En remarquant le livre de son frère, elle tenta de lire la couverture, mais elle venait tout juste d'apprendre à lire, et Dolarion s'empressa de le ranger.

– Ca ne te regarde pas, lui répondit-t-il d'un air suffisant. En plus, tu es trop jeune pour comprendre.

Noldaria poussa un soupir agacé. Pourquoi tout le monde s'acharnait à lui dire cela ?

Soudain, la petite fille se sentit soudainement si fatiguée qu'elle dut prendre appui sur l'une des bibliothèques. Le souffle court, elle tenta de reprendre sa respiration, mais elle n'y parvenait pas.

– Dol, je ne me sens pas bien, murmura-t-elle en faisant une grimace, de plus en plus essoufflée.

– Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça, s'agaça-t-il. Tu vois, tu devrais arrêter de t'exciter comme ça par…

Mais les mots de son frère semblèrent très éloignés à ses oreilles. Puis, elle se mit à voir flou, et de petites taches noires apparurent dans son champ de vision. Noldaria voulut résister à cette force mystérieuse qui semblait l'attirer, mais c'était dur, tellement dur…

Alors, elle abandonna, et aussitôt, elle s'écroula sur le sol.