Bonsoir à tous !

Poster ce troisième chapitre aussi tôt n'était pas prévu. Mais j'ai en effet reçu quelques reviews fort plaisantes, et pour vous remercier tous d'avoir lu mon histoire et d'avoir posté ces gentils commentaires, je vous poste le troisième chapitre, en espérant qu'il vous plaira.
Je me dois cependant d'être honnête avec vous quant à cette histoire : je connais, en très très gros, le schéma dans ma tête, et aussi la tournure des évènements prochains, mais en revanche, je ne sais absolument pas comment elle va se terminer. J'écris au fur et à mesure, donc, n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires, si quelque chose ne vous paraît pas crédible par exemple. J'aime beaucoup échanger, je ne mords pas et j'accepte les critiques négatives constructives... même si les compliments me font ultra plaisir aussi.

Sur ce, trêve de blabla, et bonne lecture !


Quand elle ouvrit de nouveau les yeux, la petite princesse hoqueta de surprise.

Elle n'était plus à Minas Tirith.

Ou du moins, elle ne connaissait aucun endroit semblable à celui-ci au Gondor.

Car en effet, le ciel était d'un noir d'encre, tout comme le sol caillouteux et les montagnes autour d'elle. Noldaria remarqua également que l'air était particulièrement lourd et étouffant. De plus, il n'y avait plus aucune végétation, ni aucune maison ou troupeaux d'animaux. Rien. Tout n'était plus que désolation. Était-elle au Mordor ?

Se relevant, la petite fille fut sur le point de paniquer, mais elle inspira lentement pour calmer le rythme affolé de son cœur. Elle se souvint alors des mots que sa mère lui disait avant qu'elle ne s'endorme, le soir, car d'horribles cauchemars venaient régulièrement la hanter : « Ce ne sont que des songes, iell nîn. Garde ton calme, et si jamais cela arrive encore, répète-toi que ce n'est pas la réalité, et tu parviendras à te réveiller. » Étrangement, tout cela ressemblait énormément à ces cauchemars… mais en beaucoup plus réel. Pour être sûre et certaine de ne pas rêver, Noldaria se pinça, mais la douleur était bien-là, aussi réelle que ce paysage de destruction autour d'elle.

– Ce n'est pas réel, tenta-t-elle de se convaincre en sentant les larmes lui monter aux yeux, ça n'est pas réel, ça n'est pas réel…

Alors, au loin, Noldaria remarqua tout à coup une immense tour sombre, qui semblait construite au beau milieu d'un cercle. Une fumée noire en sortait, et elle prit peur en la voyant. Que devait-elle faire ? Et où était-elle, enfin ?

Soudain, des hurlements assourdissants retentirent au-dessus d'elle, et elle eut si peur qu'elle se jeta au sol en se couvrant la tête. Cependant, en jetant un coup d'œil au ciel, Noldaria réalisa que des centaines d'oiseaux s'envolaient à tire d'aile vers l'étrange tour noire, et ils ne semblèrent pas l'avoir remarqué.

Noldaria n'eut alors d'autre choix que de les suivre, car elle devait absolument savoir où elle était.

La fillette mit une bonne heure à se rapprocher de la tour, et en l'observant de plus près, elle fut plus qu'intriguée.

– J'ai déjà vu cette tour bizarre quelque part, murmura-t-elle

Tout en essayant de se remémorer les histoires de son père, Noldaria fouilla dans son esprit, et peu à peu, elle se souvint d'une illustration qu'elle avait vue dans l'un des nombreux livres que Dolarion lisait.

– C'est la tour d'Orthanc ! S'exclama-t-elle.

Elle était en Isengard.

Soudain, un homme qui marchait à toute vitesse passa à côté d'elle sans la voir, ce que Noldaria trouva très étrange. Il était enveloppé d'un grand manteau noir, et la petite princesse trouva également qu'il avait l'air particulièrement pâle.

– Euh… Monsieur ? Tenta Noldaria, espérant qu'il puisse l'aider.

L'homme ne sembla pas l'entendre non plus, et jeta plutôt un coup d'œil par-dessus son épaule, comme pour vérifier qu'il n'y avait personne dans les environs, puis ouvrit une lourde porte dissimulée. Une fois encore, il ne l'avait nullement remarquée. La fillette secoua la main devant les yeux de l'homme, sans plus de réactions.

– Monsieur ? Je me suis perdue, répéta-t-elle, hésitante.

L'homme, légèrement vouté, passa le pas de la porte, sans accorder plus d'attention à Noldaria.

Elle réalisa alors qu'elle était sûrement invisible.

Ça veut dire que ça n'est pas réel ! Se réjouit-elle.

Elle était sûrement en train de rêver, et elle devait trouver le moyen de se réveiller.

Mais, sa curiosité piquée au vif, Noldaria ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à ce que la porte dissimulait : un immense escalier de marbre sombre. Aussi silencieuse qu'une ombre, elle se glissa à l'intérieur, et décida de suivre l'homme voûté. Elle était invisible, alors quel mal y avait-il à s'amuser un peu ?

Pour la première fois depuis qu'elle s'était réveillée, Noldaria sourit, et monta les escaliers. Si elle était enthousiaste au début, elle déchanta bien vite tant il y avait de marches. Essoufflée avant même qu'elle n'ait atteint la moitié de l'escalier, elle observait les nombreuses meurtrières des murs, tout en plissant le nez. Plus elle montait, et plus une étrange odeur de fumée lui prenait à l'estomac.

L'homme n'en menait pas large non plus, et Noldaria réussit à le rattraper en quelques minutes, quand enfin, ils arrivèrent au bout. Reprenant son souffle, la fillette découvrit avec stupeur une grande pièce circulaire, où un épais feu brûlait dans un âtre, avec une particularité : il était aussi sombre que la nuit. De grandes bibliothèques d'où pendaient de longues toiles d'araignées abritaient des grimoires poussiéreux, et une grande table était placée au centre de la pièce, où étaient posés tout un tas d'étranges instruments, d'outils, de bocaux dont la fillette ne voulut connaître le contenu, de poudres et d'ingrédients en tout genre. Un désordre sans nom régnait dans la pièce.

Noldaria était si fascinée par ce qu'elle voyait qu'elle faillit heurter de plein fouet un homme qu'elle prit d'abord pour Gandalf, qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises. Mais ce magicien-là était différent : ses traits émaciés témoignaient de sa maigreur, et ses ongles crochus, ses yeux noirs corbeau et sa tunique grise lui donnaient un air particulièrement menaçant, le tout accentué par une longue barbe blanche, de longs cheveux fins de la même couleur et d'épais sourcils broussailleux.

– J'ai ce qu'il vous faut, Maître, s'exclama l'homme d'une voix nasillarde.

La fillette se rendit compte que l'homme n'était pas vraiment voûté, mais qu'il portait plutôt un lourd poids sur son dos.

Le magicien s'empressa de lui prendre le sac des mains.

– Donne-moi cela, imbécile. Je n'ai que trop attendu.

Il fouilla le contenu, et sembla plus que satisfait par ce qu'il y trouva, au grand plaisir de l'homme à la peau pâle.

– Des pierres de la Caverne de Mandos… le seul élément qu'il me manquait. Elles sont vraies, je peux le sentir au pouvoir qu'elles dégagent.

– Je n'ai fait que vous servir, mon Seigneur, assura l'homme au visage pâle, comme si tout ce qu'il attendait était la reconnaissance de son maître.

Le magicien lui adressa un regard dédaigneux.

– Je ne t'ai pas fait revenir d'entre les morts pour attendre trois longues années, Grimma. C'est dans ton intérêt d'être plus rapide la prochaine fois.

– L-les, bredouilla Grimma, les recherches ont été longues et fastidieuses, mon Seigneur. J'ai dû parcourir tout le continent pour…

– ASSEZ ! Hurla le magicien, faisant sauter Noldaria au plafond. J'ai ruminé ma vengeance pendant trop d'années, et je n'attendrai pas un jour de plus. Nous devons commencer le sort sans plus attendre. Car c'est une magie longue et compliquée.

Noldaria ne sut réellement pourquoi, mais un grand frisson lui parcourut l'échine. Ce n'était plus du tout drôle, à présent, et elle voulait rentrer chez elle. Mais comment ?

Les deux hommes se mirent à tracer d'étranges symboles sur le sol, et Grimma attisa tant le feu qu'une fumée noire envahit toute la pièce, faisant tousser la fillette. Elle n'y voyait plus très bien autour d'elle, si bien qu'elle heurta un meuble de plein fouet, faisant vaciller dangereusement un vase qui était posé dessus. Malheureusement, elle ne put le rattraper, et il se brisa en mille morceaux. Aussitôt, les deux hommes cessèrent ce qu'ils étaient en train de faire.

– Étrange, murmura le magicien en parcourant la pièce des yeux.

Soudain, Noldaria réalisa avec effroi qu'il la fixait droit dans les yeux. Elle n'était plus invisible ! La fillette sut dès cet instant qu'il fallait qu'elle prenne ses jambes à son cou, mais tous ses muscles étaient paralysés par la peur.

– Maître ? Intervint Grimma, que se…

– Nous avons une petite visiteuse, Grimma. Et du Gondor, visiblement, au vu de l'Arbre tissé sur sa tunique.

– Mais je ne vois rien, répondit-il en observant tous les recoins de la pièce.

Puis, tout se passa extrêmement vite.

Le magicien saisit un poignard qui était posé sur la table, et Noldaria s'empressa de courir vers l'escalier. Mais il avait été trop rapide, et l'homme réussit à attraper un pan de sa tunique. Il la tira sèchement en arrière, et la fillette réalisa avec effroi qu'il allait la poignarder.

– Ça n'est pas réel ! Hurla-t-elle en se débattant. Réveille-toi ! Réveille-toi, réveille-toi, réveille-toi…

Au moment où le couteau allait s'enfoncer dans son ventre, la pièce devint floue, et les cris de Noldaria se perdirent au loin, quelque part. Elle était toujours consciente, mais elle avait l'impression de flotter entre deux états. Elle se sentait disparaître de plus en plus, quand une voix ferme réussit à la ramener.

– Lasto beth nîn, Noldaria. Tolo dan nan galad.

Noldaria entendait cette phrase en boucle, dans son esprit. Elle connaissait cette voix… elle décida de se concentrer, de la suivre. Car plus elle la suivait, plus elle parvenait à revenir à la réalité.

Puis, d'un seul coup, la fillette reprit conscience.

Totalement paniquée, elle ouvrit les yeux et se redressa en hoquetant. Le choc fut si brutal pour elle qu'elle se mit à pleurer à chaudes larmes. C'est à ce moment qu'elle réalisa qu'elle était dans un lit, et que quelqu'un la serrait fort dans ses bras. Et elle aurait reconnu cette personne entre toutes…

– Chut, c'est fini, la consola Arwen en la berçant doucement, tu as réussi à revenir, je suis fière de toi.

Elle la laissa pleurer quelques secondes, le temps de se calmer, et finalement, peu à peu, elle redevint sereine.

Se dégageant de l'étreinte rassurante de sa mère, elle reconnut son père, dont l'inquiétude se lisait clairement sur son visage, et… Elrond, penché vers elle. C'était sa voix qu'elle avait entendu.

– Je… commença-t-elle. Que s'est-il passé ?

Mais tout le monde demeura silencieux. Alors, elle se tourna vers sa mère, qui lui caressa doucement les cheveux.

– Nous n'en sommes pas sûrs, murmura-t-elle. Qu'as-tu vu, dans ce cauchemar ?

– Ça n'était pas un cauchemar, répondit Noldaria, ça avait l'air très réel. J'étais en Isengard, il y avait cet affreux magicien et un homme qui s'appelait Grimma, et ils essayaient de faire un sort pour je ne sais quoi. Puis j'ai fait tomber un vase et soudain, il m'a vue.

– Une minute, l'interrompit son père. Un affreux magicien, dis-tu ? Et un certain Grimma ?

Noldaria acquiesça lentement.

Ses parents se regardèrent. Leurs mines effarées ne la rassura pas le moins du monde, mais Aragorn ne voulut l'inquiéter d'avantage, car il songeait que cette expérience avait dû être assez traumatisante comme ça.

– Ce n'était qu'un méchant rêve, ma chérie. Ne t'en fais pas.

– Je n'en suis pas si sûr, intervint Elrond.

Un pli soucieux s'était formé sur son visage. Mais ses yeux brillaient d'une lueur nouvelle.

– Que voulez-vous dire, père ?

Arwen était visiblement plus que soucieuse, elle aussi.

– Elle ne dormait pas vraiment, son état ne ressemblait en rien au sommeil tel qu'on peut le concevoir. Je crois plutôt qu'elle a eu une vision, et à son jeune âge, elle n'a tout simplement pas pu la contrôler. C'est un don très dangereux, et de désastreuses conséquences peuvent arriver si on ne parvient pas à le maîtriser.

– Comment pouvez-vous en être si certain ? Lui demanda Aragorn.

– Parce que j'ai moi-même le don de voyance. Et sachez, ajouta-t-il, que ce don…

Il hésita quelques secondes.

– Ce don n'est accordé qu'aux Eldar.

Un silence de plomb s'abattit dans la pièce. Noldaria ne comprenait pas vraiment ce que cela voulait dire.

– Ça veut dire quoi, accordé qu'aux Eldar ?

Incrédule, Arwen observait son père. Celui-ci se pencha vers sa petite fille, et lui prit la main. D'un air tendre que Noldaria avait rarement vu chez lui, il lui dit :

– Il va falloir que l'on parle, Noldaria.