Nethig = petite sœur


Les sabots des chevaux résonnaient dans la plaine, et Eldarion les observait galoper, les bannières du Gondor flottant dans le vent. Les rayons du soleil se reflétaient sur les cuirasses argentées des soldats, et le jeune garçon songea, pour la énième fois, qu'il aurait voulu être parmi eux. Contrairement à ce qu'en pensait son père, il s'estimait assez âgé et mature pour aller chasser les orcs de la Terre du Milieu. Il poussa un petit soupir, et sa sœur Noldaria, à ses côtés, lui adressa un regard compatissant. Les deux rêvaient tant d'aventures qu'ils oubliaient souvent que la réalité n'avait rien de drôle.

– Je me demande à quel âge je pourrai accompagner père, moi aussi, se demanda alors Noldaria.

Arwen, qui était à leurs côtés, lui lança un regard réprobateur.

– Tuer n'est pas un jeu, Noldaria. Et je doute que ce soit là la place d'une princesse.

Aussitôt, la petite fille s'était tournée vers sa mère, un air profondément déçu affiché sur son visage à la peau légèrement rosée et aux cheveux châtains parsemés de mèches dorées. Quiconque croisait Noldaria dans la rue avait plutôt tendance à la considérer comme une jolie poupée plutôt que comme quelqu'un qui s'intéressait au combat, à l'équitation et non aux activités propres aux dames.

– Pourquoi n'aurais-je pas le droit de défendre le royaume, moi aussi ? Demande à El, je suis très douée à l'épée !

Arwen s'était aussitôt radoucie. Elle sourit, et l'attira doucement dans ses bras.

– Laisse-moi profiter de toi un petit peu avant que l'on ne t'envoie à la guerre, ma fille.

Noldaria, soudainement attendrie, se laissa aller dans l'étreinte de sa mère.

– Pourquoi le nombre d'orcs ne diminue-t-il jamais ? S'interrogea tout à coup Eldarion d'un air soucieux. Avec le temps, ils auraient dû avoir disparu, non ?

– La Terre du Milieu est grande, et leur offre bien des refuges, répondit Faramir qui était aussi à leurs côtés. Cela prend du temps, surtout dans la Moria. Ils étaient des milliers et des milliers.

Eldarion afficha une moue dubitative.

– Mais Sauron est mort. Ils auraient dû se rendre. Or, ils se battent et résistent. J'ai entendu mon père le dire.

Soudain, Noldaria se raidit dans les bras d'Arwen.

– Peut-être qu'ils ont trouvé un nouveau maître, murmura-t-elle en repensant à sa vision.

Tous les regards se tournèrent vers elle.

– Et qui cela pourrait-il être ? Lui demanda Faramir, décidant de rentrer dans son jeu.

Noldaria hésita. Elle savait que personne ne la croyait.

– Le magicien de ma vision…

– Noldaria, nous en avons déjà parlé, objecta Arwen. Saruman est mort, ça n'est pas possible.

– Mais il était vivant, je l'ai vraiment vu, je vous le jure, s'exclama-t-elle en se dégageant de l'étreinte de sa mère.

– Ce sont les bébés qui mentent, Noldaria, s'amusa Dolarion, qui était resté silencieux jusqu'ici.

Les yeux de la petite fille s'emplirent de larmes. Ces derniers temps, songea Eldarion, elle avait les émotions à fleur de peau, et avait bien du mal à ne pas partir au quart de tour.

– Mais je ne mens pas… c'était vraiment réel… même ada Elrond me croit !

– Des mensonges de gros bébés, ajouta son frère en lui lançant un regard dur.

– Arrête de lui dire cela, s'écria Eldarion en le frappant légèrement à l'épaule. Ça n'est pas bien !

Mais Noldaria, dont les larmes avaient commencé à couler sur ses joues, fit volte-face et partit en courant. Elle fut si rapide que personne ne put la retenir, et en quelques minutes, elle fut déjà hors de vue.

Arwen secoua la tête d'un air excédé et regarda son deuxième fils d'un air sévère.

– Tu me déçois beaucoup, Dolarion. Tu sais qu'elle tient à cette histoire.

– Je vais aller la chercher, intervint Eldarion. Je sais où elle va aller.

– Très bien, ton frère t'accompagne, dans ce cas.

– Pas la peine, dit l'ainé en fusillant l'intéressé du regard, il va la faire fuir.

– Je ne reste pas avec les menteurs, de toute façon, lui lança Dolarion en partant de son côté, non sans lui avoir décoché un regard noir, sous le regard exaspéré d'Arwen.

~.~.~

Eldarion dévalait les marches du palais quatre à quatre, un lieu bien précis en tête. Il savait que sa petite sœur trouvait refuge à plusieurs endroits. Le premier de tous était sur les toits, mais il ne l'avait pas vue emprunter la direction du palais, qu'elle avait plutôt fui en courant. Alors, il restait les écuries, mais l'instinct du jeune garçon le mena plutôt vers les Maisons de Guérison, qui abritaient de jolis et florissants jardins. La plupart des plantes qu'ils abritaient étaient destinées aux onguents et autres remèdes, et Noldaria allait parfois s'y réfugiait, car elle aimait particulièrement la nature.

Les gardes des Maisons se raidirent aussitôt qu'ils le virent et adressèrent un salut respectueux au jeune prince, mais ce dernier ne leur prêta aucune attention. Au bout de quelques minutes, ses pas le menèrent vers une grande cour intérieure, montrant une vue splendide des Champs de Pelennor baignant dans la lumière du matin. Une fontaine en pierre diffusait un clapotis apaisant, et le lieu, pratiquement désert, offrait un refuge de sérénité. Eldarion passa une porte voutée qui menait vers les grands jardins, et se dirigea aussitôt vers un chêne imposant qui poussait là, au milieu des aromates, des fleurs et des herbes.

L'instinct d'Eldarion ne l'avait pas trompé.

Il s'approcha lentement de l'arbre, et haussa la tête vers les hautes branches.

– Hé, nethig. Je sais que tu es là, commença-t-il.

Pas de réponse.

– Montre-toi. Et je te promets que je te laisserai gagner, au prochain combat, lui assura-t-il d'un air complice.

Un des jardiniers se tourna vers le jeune prince d'un air surpris, se demandant certainement quelle mouche devait lui piquer de parler à un arbre.

Eldarion soupira.

– Ne me force pas à monter, le prévint-il.

Un petit rire éclata depuis les branches.

– Ça ne risque pas, tu es une poule mouillée.

– J'ai uniquement peur du vide, se défendit-il.

– Va-t-en, El. Je veux voir personne.

– Très bien.

Eldarion avala difficilement sa salive, testant la solidité d'une des branches… qui se cassa sous la pression de sa main.

« Rassurant, » se dit-il intérieurement, « très rassurant. »

Le jeune garçon inspira un bon coup pour se donner du courage, et prit appui sur les hautes racines, commençant par se hisser à l'aide de ses bras sur une première branche, assez épaisse cette fois. La peur au ventre, il aperçut à travers les branchages bien au-dessus de lui une forme blanche aux longs cheveux châtains qui lui tournait le dos.

Il grimpa sur une seconde branche, un peu plus haut, mais il était encore loin d'avoir rejoint sa sœur.

– Tu aurais dû monter plus haut, encore, marmonna-t-il en s'accrochant tant bien que mal à ce qu'il pouvait attraper.

– El, soupira Noldaria, pourquoi fais-tu cela ?

– Parce que je veux te parler.

– Oui, mais tu as le vertige !

Eldarion dut tout à coup s'arrêter, car il avait malencontreusement regardé en bas. Pris d'une peur panique, il entoura le tronc de ses bras, mortifié.

– Je… je… je vais tomber !

– Attends, ne bouge pas, fit Noldaria en sortant de sa cachette.

Il entendit les branches craquer un peu sous le poids de sa sœur, qui, telle une acrobate, sautait de branche en branche.

– Lâche doucement ta main droite et tiens-toi sur la branche qui est au-dessus de toi, lui expliqua la fillette.

Le jeune prince s'exécuta en tremblant légèrement, et lentement, il s'accrocha.

– Fais glisser ton pied droit en bas, maintenant.

– Je ne peux pas, je vais tomber, gémit-il.

– Mais non ! Regarde.

Noldaria se rattrapa sur la dite-branche, et en descendant sur quelques autres, atterrit sur le sol en quelques minutes.

– Au pire, si tu meurs, je récupèrerai ton épée, lui dit-elle d'en bas, amusée.

– Très drôle, marmonna le prince.

Ce ne fut pas moins au bout d'un quart d'heure qu'Eldarion réussit à descendre du grand chêne, sous les encouragements amusés de sa sœur. Désormais allongé sur le sol, il souffla intensément, soulagé. De la sueur avait coulé sur son front, collant ses cheveux bruns le long de ses tempes. Il avait l'impression d'être épuisé, mais il était satisfait : il avait réussi à dérider sa sœur.

– Je ne quitte plus jamais la terre ferme.

– El, tu sais que Minas Tirith est en hauteur, dans la montagne…

Eldarion regarda la fillette d'un air peu amène.

– Une colline, corrigea-t-il. Puis, elle n'est pas si haute que ça…

– Tu as peur, s'amusa la fillette.

– Et alors ? Rétorqua-t-il, tout le monde a peur de quelque chose.

Aussitôt, Noldaria devint aussi blanche qu'un linge, et ne trouva rien d'autre à faire que de regarder ses pieds. Au bout d'un moment, Eldarion brisa le silence.

– Je te crois, moi, tu sais.

Les yeux bleus océan de la petite fille s'illuminèrent tout à coup.

– C'est vrai ? Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ?

– Bien-sûr que non. Je sais que tu ne mens jamais, nethig.

– Tu sais de quoi j'ai peur, moi, El ?

Eldarion secoua négativement la tête, mais sourit néanmoins.

– Tu n'as peur de rien, je crois.

– J'ai peur de la nuit. J'ai peur de ces cauchemars qui envahissent mon sommeil. Je vois plein d'ombres, qui veulent s'en prendre à moi… Et comme si cela ne suffisait pas, maintenant, ils envahissent mes journées…

– Tu as eu une autre vision depuis hier ?

Noldaria acquiesça doucement.

– J 'ai parlé avec ada Elrond. Il dit que je suis une Eldar, que je suis immortelle… et que ce sont des visions du futur.

Sous l'étonnement, il se redressa, et la bouche d'Eldarion forma un O parfait. Il n'en revenait pas. Sa sœur, une Elfe ?!

– Mais mère n'est plus immortelle, douta-t-il. Ça n'est pas possible.

– Il m'a dit que ça ne change rien. Il croit que ça n'a aucun rapport avec notre ascendance Elfique.

– Eldarion fronça les sourcils. Curieusement, il n'était pas si enchanté que ça par cette nouvelle.

– Mais quelle est l'explication alors ? Les Valar ont décidé que tu serais immortelle et voilà, c'est tout ? Puis comment il sait, d'abord, que tu l'es ?

– Il dit qu'il sent ces choses-là. Il m'a dit que j'aurais probablement un grand destin, annonça-t-elle fièrement.

– D'un côté, ça expliquerait pourquoi tu grimpes aussi bien aux arbres sans te casser le cou, ricana-t-il.

Mais la tentative d'humour d'Eldarion tomba à l'eau, et Noldaria se mit à soupirer.

– Mère et père n'y croient pas, tu sais, s'attrista-t-elle. Ils ne croient même pas en mes visions.

– Laisse-leur du temps, nethig.

– Mais il n'y en a pas, de temps ! S'exclama-t-elle.

Tout à coup affolée, elle lui prit la main et le regarda d'un air apeuré.

– Je les ai encore vus, cette nuit, Grimma et Saruman. Ils effectuaient un sort qui faisait froid dans le dos…

Elle frissonna, totalement angoissée. Eldarion n'avait jamais vu sa sœur dans un tel état.

– Quel était ce sort ?

– C'était… commença-t-elle, le regard perdu. Ils traçaient d'étranges symboles sur le sol. Puis, ils jetaient des objets dans le feu, et Saruman récitait des mots que je ne comprenais pas. Après, il…

Noldaria s'interrompit alors, mais son frère l'encouragea à continuer.

– Il réveillait des morts.

– Comment ça, des morts ?

La fillette observa les alentours, comme si elle avait peur qu'on ne l'entende. Puis, elle se pencha à l'oreille d'Eldarion.

– Il a appelé les serviteurs de Morgoth à se réveiller.

Eldarion dut faire un effort extrême pour ne pas afficher un air complètement dubitatif. Il faisait confiance à sa sœur, mais cela n'allait-il pas un peu trop loin ?

– Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ensuite, mais Elrond m'a dit qu'il ne fallait pas que je reste trop longtemps dans une vision. Il m'a appris à me réveiller, tu sais. Mais… je crois que Saruman arrive à me voir.

– Oui, eh bien, en attendant, dit-il en se relevant, on a des cours qui nous attendent, tu le sais bien.

Aussitôt, la mine de Noldaria s'assombrit, comme si l'on venait de lui annoncer une mauvaise nouvelle.

– Je ne l'aime pas, la gouvernante. Elle me punit trop souvent quand je ne suis pas attentive.

Eldarion voulut lui ébouriffer les cheveux, mais elle lui mit un petit coup de poing dans le bras tout en se relevant à son tour.

– En même temps, nethig, tu es souvent dans la lune.

– Si les cours étaient plus intéressants, répliqua-t-elle, je l'écouterais. Les livres qu'elle me fait lire sont stupides.

– Tu n'as cas apprendre l'Histoire de la Terre du Milieu à ma place, s'amusa-t-il. Ou alors, venir avec moi quand Faramir m'apprend à vérifier les finances du Royaume. Ou alors…

Tout en se plaignant respectivement de leurs leçons, les deux Gondoriens ne remarquèrent pas cette ombre qui, encapuchonnée, les suivait alors qu'ils sortaient des Maisons de Guérison. Alors que les deux enfants empruntaient une rue qui les mènerait au palais, l'ombre se rapprocha de sa proie. Plus près, et plus près, encore…

– De toute façon, s'il me traite encore de menteuse, je lui casse la figure, rétorqua la petite princesse d'un air sûr d'elle.

– Bien-sûr. Tu crois vraiment que mère…

La voix d'Eldarion s'évanouit quand, se retournant tout à coup, il remarqua enfin qu'ils étaient suivis. Mais il était déjà trop tard.

La silhouette encapuchonnée se jeta sur sa sœur, qui tout aussi étonnée que lui, ne réagit pas tout de suite. Son frère réussit à se reprendre le premier quand leur ravisseur s'empara de Noldaria, et voulut s'enfuir en courant.

– Laisse-la tranquille ! Hurla-t-il en se jetant sur lui. Je suis le Prince de ce Royaume, et je t'ordonne de la laisser tranquille, ou tu en paieras les conséquences !

Noldaria se débattait comme une lionne, donnant beaucoup de fil à retordre à l'homme, qui finit par lâcher une expression furieuse. D'un coup de pied, il repoussa Eldarion et un éclat argenté brilla alors sous le soleil matinal. Eldarion réalisa avec effroi qu'il s'agissait d'un poignard.

L'homme le glissa aussitôt sous la gorge de la fillette, et Eldarion la somma de cesser de bouger.

– Va-t-en, jeune Prince, et tu auras la vie sauve, déclara une voix grave et caverneuse. Je veux juste ta sœur.

– Pas question, répondit Eldarion, d'un air qui se voulait ferme.

Mais en réalité, il n'en menait pas large. Tremblant légèrement, il se demanda alors ce qu'aurait fait son père s'il avait été à sa place.

L'homme ricana, et appuya un peu plus le couteau sous la gorge de Noldaria, qui se mit à gémir, apeurée.

– Dans ce cas, tu ne me laisses pas le choix.

Sans prévenir, il relâcha Noldaria pour se jeter sur lui. Il réussit à éviter de justesse un coup de poignard dans la poitrine qui lui aurait couté la vie, en évita un deuxième, mais le troisième lui barra une grosse entaille sur la cuisse. Alors qu'Eldarion vit Noldaria s'enfuir en courant et que le sang coulait à flot sur sa jambe, l'homme se jeta une nouvelle fois sur lui, ne lui laissant aucun répit, mais le prince plaqua ses mains contre la lame aiguisée. Aussitôt, il sentit un liquide chaud ruisseler entre ses paumes, mais il résista, et en serrant les dents, il parvint à repousser l'homme, puis à lui donner un coup de pied dans le ventre… qui ne lui fit aucun effet. Son ravisseur se mit à ricaner, et sans prévenir, il abandonna sa lame pour aller prendre Eldarion par le col de la chemise. Il avait beau être grand pour son âge, le jeune garçon n'avait que 13 ans et aussi, l'homme réussit à le soulever à bout de bras comme s'il ne pesait guère plus qu'un oreiller.

– Tu es perspicace, s'amusa-t-il.

L'air commençait lui manquer alors que l'homme encapuchonné resserrait sa prise autour de sa gorge. Le jeune garçon réussit à articuler un petit « qui êtes-vous », mais n'eut cependant guère l'occasion d'obtenir de réponse, car une épée transperça tout à coup la poitrine de l'homme, qui s'écroula aussitôt sur le sol. Mort.

Le temps qu'il reprenne son souffle, Eldarion réalisa que Noldaria était revenue avec trois gardes, et l'un venait juste de lui sauver la vie.

Aussitôt, le jeune prince se pencha et abaissa le capuchon de l'homme, la douleur irradiant littéralement de ses paumes ruisselantes de sang.

Noldaria poussa un petit cri de stupeur lorsque le visage de l'assassin fut dévoilé.


Bonjour les agneaux !

Je reviens avec ce quatrième chapitre, qui j'espère, vous plaira. Il était surtout concentré sur Eldarion et Noldaria, car je voulais vraiment montrer leur complicité. Je voulais aussi montrer ce fossé qui commence à se creuser entre Dolarion et ses frères et sœurs, car c'est important pour la suite.
Aussi, sachez qu'ils ne resteront pas éternellement enfants, et les choses vont commencer à se précipiter par la suite. Quand ce sera le cas, ce seront des chapitres plus longs, forcément un peu moins guillerets comme ils seront adultes, et j'espère réussir à faire évoluer l'écriture en fonction également.

N'oubliez pas les reviews, qui me ravissent toujours le cœur et me motivent aussi pour la suite. Les critiques négatives, je vous le rappelle, sont aussi appréciées, car je veux vraiment améliorer cette histoire du mieux que je peux.