Bonsoir à tout le monde !

Merci pour les retours faits sur le premier chapitre de cette fic, et voici le second. J'espère qu'il vous plaira aussi.


Chapitre 2

Le craquement familier du transplanage de Draco laissa Harry complètement désespéré et il s'effondra dans le fauteuil, jetant un regard torve aux dossiers qu'il ramenait souvent à la maison, sans prêter attention à Dudley qui se dandinait sur le pas de la porte.

L'embryon de discussion qu'ils venaient d'avoir était loin d'être le premier dans ce genre. Mais à chaque fois, l'autre se braquait et il n'était plus possible d'en tirer quoique ce fut avant au moins plusieurs jours, durant lesquels, Harry en était sûr, il tournait comme un lion en cage dans son manoir, faisait quelques potions pour se détendre avant de lancer un amer « evanesco » qui ne dissolvait que les onguents qu'il distillait si longuement.

Il sursauta en voyant les genoux de son cousin entre ses doigts. Ce dernier s'était assis sur le fauteuil en face du sien, sur lequel Draco s'était installé une heure auparavant.

— Je… J'ai entendu un bout de votre conversation… Est-ce que… Est-ce que ton ami trompe son épouse ?

Le rire acide de Harry lui échappa sans qu'il ne puisse le retenir. Affrontant le regard de son cousin, il hocha légèrement la tête.

— Ouais. Depuis des années.

Dudley pinça les lèvres et Harry secoua la tête.

— Ça n'a pas d'importance dans l'immédiat. Il reviendra. Il revient toujours, la queue entre les jambes, pour me dire que j'ai raison, une fois de plus. Il… Disons que le courage n'est pas sa plus grande qualité. Il se complaît dans l'ambigüité de ses rapports aux autres par peur du qu'en dira-t-on.

— Ça peut se comprendre. L'homme infidèle n'est jamais très bien vu.

Le Sauveur eut un profond soupir.

— Évidemment, mais il fallait y penser avant de tromper sa femme. Maintenant, c'est trop tard, il n'y a pas de retour en arrière possible. Enfin, passons. La vie privée de Draco Malfoy ne nous concerne pas.

— J'ai déjà bien assez de problèmes avec la mienne pour ne pas aller m'occuper de celles des autres. Harry, il va falloir que je rentre chez moi dans peu de temps. Pourrais-je te laisser Erin quelques jours ?

Dans un sursaut, Harry attrapa un stylo et un papier.

— Oui, bien sûr, donne-moi une minute, je vais envoyer un hibou à une amie.


Hermione Weasley n'était rentrée chez elle que depuis quelques minutes. En guise de vacances forcées que lui avait ordonnées son chef, elle avait décidé de ne travailler que le matin pour ne pas prendre trop de retard. Sur les coups de midi, elle rentrait chez elle, ses deux enfants généralement plongés dans d'épais grimoires. Elle était tellement fière de voir que ses deux enfants avaient été répartis à Serdaigle qu'elle en avait oublié qu'un Weasley, Albus, avait eu la mauvaise idée d'aller à Serpentard. Elle secoua la tête. Finalement, la famille de son mari avait accepté cet état de fait sans trop sourciller.

Un hibou attendait patiemment sur le présentoir qui servait de petite volière, attendant visiblement de pouvoir lui remettre un courrier. Elle avait reconnu l'oiseau de Harry et prit le temps de déposer ses affaires et de se délester de sa baguette sur son support, avant de se diriger vers l'oiseau et de s'emparer du courrier.

Chère Hermione,

J'ai honte de ne pas avoir envoyé de mes nouvelles depuis un moment, mais je dois avouer qu'il s'est passé quelque chose qui m'a un peu déstabilisé. Ne hausse pas les yeux au ciel comme je sais que tu le fais en lisant ça. Je t'assure que c'était déstabilisant. Encore plus que Malfoy me proposant d'aller discuter de nos enfants le premier jour de la deuxième année d'Albus.

En fait, il s'avère que je risque d'avoir besoin de ton aide. J'ai reçu il y a plusieurs jours de ça une bien étrange visite. Il s'agissait de Dudley, tu sais, mon cousin moldu. Il avait une enfant dans ses bras, qui s'est révélé être la sienne. Sa fille est une sorcière. Ça fait déjà quelques temps qu'elle fait de la magie instinctive. Le problème est qu'elle manque d'ouverture aux autres et sa magie se dévoile spontanément à chaque fois que quelqu'un s'approche d'elle. Étrangement (note l'ironie, Ginny va encore me tuer. En fait, on m'appelle le Survivant parce que je ne suis toujours pas mort alors que j'ai épousé une furie), elle a très bien accepté Lily. Enfin bon. Il est venu me demander d'aider sa petite à mieux se contrôler. Il a dû la déscolariser parce qu'elle provoquait des accidents magiques d'envergure.

Je lui ai proposé de confronter sa fille au monde magique, afin qu'elle puisse décharger le trop-plein qui s'accumule en elle, mais elle ne pourra pas rester éternellement à nos côtés. C'est là que ton cerveau de génie va devenir des plus essentiels.

Dudley est très perturbé et plein de questions auxquelles je ne peux pas apporter de réponse, étant d'une famille de sorciers. Aurais-tu des titres d'ouvrages à lui proposer pour qu'il puisse mieux aborder la question, tant d'un point de vue émotionnel que juridique ? Je sais que tu as les réponses. Tu sais toujours tout, toi, de toute façon.

Sais-tu si Dean et Seamus accepteraient une enfant de moldu dans leur classe cette année ? Après tout, Dudley n'est pas non plus totalement étranger à la magie… Je n'ose pas trop leur demander de me rendre ce service, je n'ai pas pris de nouvelles d'eux depuis si longtemps que ce serait honteux de leur demander une faveur. Et je sais que Ron est toujours en contact avec eux, avec la boutique et la gamme de jeux pour enfants.

Sinon, ici, tout va bien. Scorpius est reparti avec son père ce matin, Teddy et James ne sont pas rentrés de la nuit. J'imagine que Victoire a fini par présenter une de ses amies à James et que je ne vais pas couper à cette discussion sur le sexe que je repousse sans cesse. Merlin, j'espère qu'il ne deviendra pas père à dix-huit ans, ce serait la pire idée de sa vie.

Lily adore Dudley, qu'elle appelle déjà Oncle Dud, et elle compte se rajouter une option d'Étude des Moldus. Je vois déjà Arthur pleurer de joie, depuis le temps qu'il souhaite qu'un de ses petits-enfants prenne cette option…

Savais-tu qu'Albus se faisait appeler Sev ? Il s'est présenté ainsi à Dudley et je dois avouer que ça m'a un peu choqué. Tu le savais ? Je suis sûr que tu souris en secouant la tête, dépitée par mon manque de clairvoyance. Je n'y peux rien si j'ai été surpris que mon fils veuille devenir Maître des Potions et qu'il ait pris la décision, déjà, d'aller dans un institut après ses ASPICS. Bon sang, pour moi, c'est encore le petit garçon qui avait peur d'atterrir à Serpentard…

Je croule toujours sous le travail. C'est fou, mais on m'a trompé ! Quand je suis devenu Auror, personne ne m'avait dit que je devrais passer plus de temps à m'user les yeux sur les pattes de mouches produites par les gars qu'à être sur le terrain à chasser le Mage Noir Sauvage.

Tu viens prendre le digestif avec Ron à la fin du repas ? Je te proposerais bien de venir avec Hugo et Rose, mais je suis persuadé qu'ils sont plongés dans la lecture de grimoires plus gros qu'eux et je doute que les élucubrations de Lily et Albus les intéressent. Moi qui avais toujours pensé qu'ils seraient inséparables, même à Poudlard…

Je t'embrasse.

Harry.

Hermione replia le papier, sans pouvoir s'empêcher de donner raison à Harry. Elle aussi avait espéré que tous resteraient liés comme ils l'étaient dans leurs enfances. Cependant, dès la première année de Rose, les choses avaient considérablement changé. Elle avait été à Serdaigle, Albus à Serpentard, ils n'avaient plus vraiment l'occasion de se voir, hormis pendant les vacances. Chacun avait eu son propre cercle d'amis, son emploi du temps et ils avaient finalement perdu la complicité qu'ils avaient étant enfants.

Ça avait empiré deux ans plus tard, quand Lily et Hugo avaient rejoint les effectifs de Poudlard. L'une à Poufsouffle, l'autre à Serdaigle, la distance entre l'ensemble des cousins s'était accentuée, pour devenir une sorte de gouffre infranchissable. Chacun avait ses aspirations. Si James était bien parti pour devenir conjureur de sorts, Albus visait l'institut de potions. Quand Rose se passionnait pour la métamorphose, Hugo voulait en savoir davantage encore sur les Runes. Et Lily, c'était un cas à part. Les métiers magiques ne l'intéressaient pas. Elle voulait s'occuper des enfants et regrettait que Poudlard n'accepte pas de la laisser partir deux semaines pour faire un stage en compagnie de Dean et Seamus.

Ces deux-là, meilleurs amis depuis Poudlard, avaient décrété qu'il était plus que temps d'ouvrir une école pour jeunes sorciers, où ils apprendraient l'écriture, les mathématiques, l'anglais, la géographie et quelques autres matières fondamentales, afin de gommer les différences à l'entrée de Poudlard. Ils n'acceptaient évidemment que des enfants de sorciers, afin qu'un événement magique ne vienne pas perturber les enfants de moldus. Il était vrai que cette école privée pourrait être idéale pour la fille de Dudley. Encore fallait-il qu'ils acceptent son dossier.

Hermione décréta qu'elle en parlerait à Ron. Il avait encore de très bons contacts avec ces deux-là et elle le soupçonnait parfois de vouloir surtout lorgner sur le décolleté de Parvati, qui avait épousé Dean.

Tendant au maximum ses jambes pour pouvoir faire circuler le sang et les détendre d'une matinée passée derrière un bureau, elle leva les yeux au plafond. Chez Fleury et Bott, il serait sûrement possible de commander « Au secours, mon enfant est un sorcier : petit manuel à l'usage de parents dépassés » mais ça expliquait surtout comment se passaient les choses à partir de Poudlard.

Elle n'avait aucune idée des démarches à effectuer. Elle n'avait pas eu le temps d'en apprendre davantage au contact de sa famille, puisqu'elle avait purement et simplement effacé leurs mémoires. Comme elle n'avait jamais pu la leur rendre, les Weasley et Harry étaient devenus sa seule famille. Sorcière à part entière, elle s'était complètement isolée du monde moldu depuis vingt ans. Donc elle ne savait pas vraiment quelles démarches seraient à effectuer. Et l'idée de demander un service à Chang la répugnait un peu. Tout le monde savait que Cho n'avait pas eu son travail grâce à son intellect. Tout le monde le savait.

— Maman ?

Elle releva la tête pour dévisager son fils, une fois de plus secrètement ravie qu'il n'ait pas hérité de tous les traits physiques des Weasley et que ses traits ressemblent un peu aux siens.

— Mon chéri ?

— J'aurais quelques livres à acquérir auprès de Fleury et Bott, serait-il possible d'expédier une liste avec ordre de prélèvement sur ton compte de Gringotts ?

Haussant les sourcils, Hermione se demanda pourquoi son fils estimait-il normal de s'adresser à elle avec tant de déférence, puis elle hocha la tête.

— Laisse-moi ta liste, je dois passer commande également, pour Harry. Rose ?

La jeune fille leva la tête, regardant sa mère d'un air interrogateur.

— Ton frère veut commander des livres. As-tu besoin de quelque chose ?

Les yeux de Rose s'illuminèrent subitement, comme ceux de son père lorsqu'ils étaient confrontés à une boîte de chocogrenouilles. Elle se leva et s'approcha de sa mère en lui remettant un papier, ainsi qu'une longue liste de livres, tous des ouvrages traitant de métamorphose.

— Il y en a beaucoup, commenta Hermione d'une voix qu'elle ne put faire devenir trop réprobatrice.

Elle manqua de s'étouffer en notant que son fils avait une liste aussi longue. Le vieux Fleury allait encore détester ce pan de la famille Weasley. Et elle n'avait certainement pas envie de dire à ses enfants de faire autre chose de leurs vacances que les passer à lire. Elle en profita pour rajouter Potions de Grand Pouvoir pour l'anniversaire d'Albus qui approchait aussi.


Quand Ron et son épouse arrivèrent à la maison Potter, c'était comme si rien n'avait jamais changé. Albus et Lily se précipitèrent vers eux pour les enlacer, tentant de parler en même aux deux, mélangeant les noms, les prénoms et leurs phrases, donnant lieu à un charabia indescriptible. Amusée, Hermione tenta de clarifier les choses en levant une main autoritaire, donnant un peu de la voix :

— Oui, Lily, je sais qu'il y a une de tes cousines moldues-mais-pas-tout-à-fait qui est arrivée il y a quelques jours. Tu es aux anges et je n'en doute pas une seconde. Oui, Albus, je sais que Scorpius est parti ce matin. J'ignorais qu'il devait revenir, par contre. Non, je n'ai pas oublié ton anniversaire la semaine prochaine. Oui, j'ai déjà commandé ton cadeau et ça ne se fait pas de demander.

Alors que Ron éclatait de rire, Lily se jeta dans ses bras, frottant sa joue contre celle de son oncle. Elle avait toujours eu un rapport très particulier à Ron. Elle l'adorait tellement que lorsqu'il venait, elle ne le lâchait plus d'une semelle. C'était à sa naissance que ça s'était produit. Bien sûr, Hugo était né peu de temps avant et Ron avait déjà senti son cœur frémir comme il ne l'avait pas fait pour sa fille. Bizarrement, ce coup de foudre avait eu lieu pour Lily, née un peu trop tôt et pourtant déjà pleine de vie.

Cette gamine lui rappelait beaucoup ce qu'il avait été. Perdu dans une fratrie de génies de leur domaine, ayant du mal à faire entendre ses passions… La petite rousse lui avait apporté de nombreuses joies, peut-être plus que ses propres enfants et quand il pensait ça, il se trouvait cruel. Pourtant, dès qu'elle posait ses yeux sur lui pour lui raconter ses petits bobos et grandes peines, il oubliait complètement cette préférence injuste qu'il avait pour sa nièce.

Il l'écoutait simplement lui raconter ses aventures, incapable de ne pas se rendre compte qu'elle utilisait des phrases simples quand ses propres enfants n'employaient que des tournures guindées et alambiquées. Il était dur d'être le père de deux êtres très intelligents quand on n'avait pas soi-même la capacité de les suivre. Non pas qu'il était bête. Il ne comprenait simplement pas cet engouement pour les runes ou pour la métamorphose. Donc il laissait Hermione gérer, elle qui comprenait ce qu'ils racontaient et lui prenait en charge la douce Lily, comme à présent.

Il la posa sur sa chaise à la cuisine, avant de tendre une joue piquante d'un début de barbe à Harry qui l'embrassa sans problème. Puis le rouquin se tourna vers Dudley, l'examinant avec attention. Il n'avait plus rien de commun avec l'hybride mi-homme mi-baleine qu'il avait rencontré dans sa jeunesse. Grand, bien portant avec une légère tendance à l'embonpoint sans être non plus obèse, il portait ses cheveux blonds très courts, de façon à dégager sa nuque. Vêtu comme un moldu, dans un jeans plutôt ample et une chemise blanche qui laissait voir de légères auréoles sous les bras – Ron se retint de compatir, la chaleur lui ruinait ses robes chaque été –, Dudley Dursley avait su devenir un homme nouveau.

— Ronald Weasley, se présenta-t-il. Je suis le beau-frère et meilleur ami d'Harry. Et voici mon épouse, Hermione.

Dudley sourit à Hermione en serrant sa main dans une poignée ferme.

— La meilleure amie d'Harry, si j'ai bonne mémoire. Enchanté.

— De même, répondit-elle avec un léger sourire.

Pendant toutes ces présentations, Harry avait disposé le goûter en ensemble de thés et de petits gâteaux, associés à des fruits. Lily trépigna sur sa chaise et ne tint pas deux minutes de plus avant de s'installer sur les genoux de son oncle, quand Erin fit de même avec son père, réclamant une attention qu'il ne lui donnait pas. Ron bougea un peu, pour se mettre de façon plus confortable, avant de lancer, d'une voix pleine de rire :

— Tu sais qu'un jour, tu seras trop grande pour grimper sur mes genoux, Lily ?

— Oui, répondit sérieusement la petite. C'est bien pour ça que j'en profite. Bientôt, je serai trop grande et ça serait mal. Mais pour l'instant…

Elle laissa sa phrase en suspens, comme un courroux qui entendait son heure et Harry leva les yeux au ciel alors qu'Hermione soupirait profondément. Elle finit par délaisser complètement le jeu entre son mari et leur nièce pour se tourner vers Dudley.

— J'ai pris la liberté de commander quelques ouvrages quant à la sorcellerie et sa découverte par des moldus chez mon libraire. Ils devraient me parvenir demain, sourit-elle. Harry, tu pourras venir les chercher ?

— Bien sûr.

— Merci, enchaîna Dudley. Je dois bien avouer que je suis complètement dépassé par les événements. Erin est ma petite princesse, mais je ne m'en sors plus.

Un silence triste passa dans la pièce, où chacun pensa un peu à tout ceci. Ils avaient tous eu un jour l'impression d'être totalement dépassés par les événements. Quand Ron avait abandonné les Aurors, il avait pensé que la vie à la boutique de farces et attrapes serait plus détendue. Cependant, un afflux monstrueux de commandes était arrivé quand Rose avait deux ans. Hugo venait tout juste de naître, Hermione travaillait d'arrache-pied. C'était Ron qui devait s'occuper des enfants et il ne savait plus où donner de la tête à force d'être de tous les fronts.

C'était pareil pour Harry quand il était devenu Capitaine chez les Aurors. Il aurait dû arrêter de travailler, lui, pour la naissance de Lily. Sa promotion était tombée comme un cheveu sur la soupe et ils avaient longuement discuté avec Ginny. Elle avait conclu que c'était elle qui stopperait sa carrière de joueuse internationale, avant que son talent flétrisse. Partir en plein milieu de sa gloire laisserait d'elle un souvenir important.

Hermione, quant à elle, avait toujours été dépassée, à partir du moment où elle avait enfanté. Elle n'avait jamais eu pour ambition d'être mère, parce qu'elle ne se sentait pas capable d'aimer des enfants comme elle avait été aimée par ses parents. Devoir leur ôter la mémoire lui avait supprimé toute envie de famille nombreuse. C'est par hasard qu'elle est tombée enceinte. Surprise, terrifiée, elle en avait parlé à Ron. Et c'était lui qui s'était occupé de tout, même s'il s'évertuait à faire croire que c'était elle la maîtresse de maison. En fait, sans lui, elle aurait été submergée. Elle avait donc béni sa décision de quitter le Ministère de la Magie, sans quoi elle se serait retrouvée pendant des semaines à ne plus savoir quoi faire des enfants, ni même dans quel sens ça se tenait.

Lily gonfla ses joues d'indignation, reportant l'attention des adultes sur elle.

— C'est injuste, bouda-t-elle. Mon papa ne m'a jamais appelée « princesse »…

Ron gloussa avant de dégager une mèche de cheveux qui frottait la nuque de sa nièce.

— C'est normal. Tu tiens plus de la furie que de la princesse, comme ta mère.

Un fou rire de tous les diables s'empara de lui, alors qu'il tentait d'échapper aux mains de Lily qui voulaient le faire taire.

Dudley était vraiment électrisé par cette relation entre l'adolescente et son oncle. Certains auraient dit que ce n'était pas approprié et il déglutit en imaginant comment son entourage jaserait s'il osait entretenir de tels rapports avec une jeune fille en pleine formation. Un frisson remonta le long de son échine. Décidément, la famille de son cousin le désarçonnait à chaque instant.

Et c'est un peu ma famille, se dit-il avec fierté.

Finalement, la jeune adolescente descendit des genoux de son oncle en faisant signe à Erin.

— Tu viens ? On va aller embêter Sev avant d'aller faire un gros dodo.

— Tu feras dodo avec moi ?

— Oui !

Main dans la main, elles s'échappèrent jusqu'à la volée de marches qui conduisait à l'étage où Albus s'était réfugié dans un grimoire de potions. Harry acheva de s'étouffer dans son café serré, alors qu'Hermione riait sous cape pendant que son mari tentait de réajuster sa robe sur ses épaules. Puis les yeux bleus de Ron glissèrent sur Dudley et il perdit son sourire.

— La solution idéale, pour Erin, serait comme l'a suggéré Harry, de la faire entrer dans une école spécialisée, qui permettrait à la fois de la sociabiliser un peu plus, tout en lui permettant de laisser échapper sa magie.

Le ton du roux n'était même pas moralisateur, pourtant Dudley sentit ses épaules s'affaisser, alors qu'il baissait son regard sur la tisane spéciale qu'il avalait.

— C'est sûrement de ma faute. Je l'ai toujours sermonnée pour qu'elle ne fasse pas ce genre de choses en public. Ma femme… Mon ex-femme, pardon, est très croyante. Elle pense que notre fille est possédée par le démon.

— Ce sont des croyances d'un autre temps, attaqua Hermione, son nez plissé de dégoût. Quand j'étais jeune, j'ai subi le même traitement par une tante.

— Vous êtes issue d'une famille moldue ? s'étonna Dudley. Je ne pensais pas… Harry ne m'en a rien dit.

— La naissance n'a pas d'importance, se dédouana-t-il d'un haussement d'épaules.

Hermione le remercia d'un regard. Elle savait pourquoi il n'avait rien dit. C'était pour lui éviter la douleur cuisante du souvenir de ses parents. Ron, à peine conscient de tout ça, mit les deux pieds dans le plat :

— Elle a de l'importance pour certaines personnes, comme la famille Malfoy.

— Oh arrête, Ron, répliqua Harry en roulant des yeux. Les Malfoy se sont calmés. Et Scorpius n'a pas reçu l'éducation qu'avait reçue son père… Là n'est pas la question. Reste concentré.

Le roux lui tira une langue peu adulte avant de regarder de nouveau Dudley.

— D'après ce que j'ai compris la petite est déscolarisée alors que c'est obligatoire dans le monde moldu ?

Le cousin d'Harry hocha la tête.

— Nous avons des amis de Poudlard qui ont ouvert une école afin de permettre aux petits sorciers de bénéficier d'une instruction plus moldue avant d'arriver à l'école. Je lui ai demandé un rendez-vous pour Erin et vous, afin que vous puissiez discuter de son cas. Je ne promets rien, mais leur parler sera déjà un premier pas. J'aurai probablement déjà une réponse en rentrant. Cependant, Dean et Seamus aiment rencontrer les enfants dans leurs environnements.

— On ira chez ma mère, alors, trancha Dudley d'une voix sombre. Ça montrera vraiment le contexte dans lequel ma fille grandit, parce que malheureusement ma mère déteste autant les sorciers que mon ex-femme.

— Pour qu'elle soit plus à l'aise, je t'enverrai Lily, rassura Harry. Je sais comment peut être Tante Pétunia et j'imagine que l'âge ne l'a pas adoucie.

— Loin de là, grogna le Moldu.

La discussion était close. Il n'y avait de toute façon pas grand-chose à rajouter à tout ça. Ce fut Hermione la première à le comprendre alors elle jeta un regard à Harry, qui paraissait un peu inquisiteur, même aux yeux de Dudley.

— Alors comme ça, Scorpius est parti ce matin.

— Oui, répondit Harry en soutenant le regard sans ciller. C'est son père qui est venu le chercher.

— Comment va Draco ? insinua-t-elle avec un sourire.

— Oh, comme d'habitude. Vie oisive d'aristocrate qui s'ennuie. Il refait entièrement la décoration de son manoir. Encore. C'est pour ça que Scorpius revient. Astoria retourne chez les Greengrass quelques jours, mais il n'avait nulle part où envoyer son fils pendant que Narcissa et lui s'occupent de tout réaménager. Il ne change pas, tu sais. Ça fait trente ans qu'on le connaît, il ne faut plus espérer.

Dudley fronça les sourcils sous l'amertume du ton alors qu'Hermione regardait dans sa direction. Dudley plongea son regard dans les yeux chocolat de la meilleure amie d'Harry et ne comprit pas vraiment la colère qui l'habitait soudainement. Quand soudain, le déclic. Les yeux écarquillés, il regarda Harry, puis Hermione, et de nouveau Harry.

Oh. D'accord.

Il partit à rire, comme il ne l'avait pas fait depuis très longtemps, ébranlant le combat de regards que menaient Harry et Hermione. Les larmes aux yeux, la douleur vissée dans les abdominaux, qu'il tentait d'apaiser en pressant ses mains dessus. Le regard de Ron qui le pensait fou ne suffit pas à le calmer, bien au contraire.

— Je comprends mieux, souffla-t-il, ce que tu voulais dire à propos du pardon, Harry.

Il lui fallut quelques minutes de plus pour se remettre du choc et du fou rire.

Harry Potter, son cousin marié ayant trois magnifiques enfants, entretenait une liaison avec Draco Malfoy, aristocrate désœuvré.


L'amusement lui passa, pourtant, quand il put mettre un visage sur le nom de la femme d'Harry.

Il était au soleil, profitant de la douceur de début juillet, installé sur la chaise qu'il s'était attribué dans le pavillon des lauriers, son visage toujours dévoré par un rire maintenant lointain. Harry l'évitait pour ne pas lui donner une occasion de le charrier jusqu'à plus soif, les filles faisaient la sieste et Albus était sorti jusqu'à la piscine municipale pour piquer une tête bien méritée.

L'odeur de la plante aromatique lui montait légèrement à la tête, mais engourdi par le confort de la chaleur, il n'avait pas eu le courage de changer de place. Et il aimait l'odeur du laurier.

Il ne s'était jamais senti aussi bien que depuis qu'il avait posé ses valises sur la propriété de son cousin. Non, vraiment, il était plus détendu, il aimait le petit monde qui gravitait autour de lui et en une semaine, Harry et ses amis avaient presque résolu l'essentiel de ses problèmes.

Dudley avait repoussé le moment de partir. Il avait appelé au bureau, s'était dit accablé par le divorce et la procédure pour mettre Erin en école spécialisée et son patron lui avait sans souci accordé quelques jours de plus, ponctuant ce don par un « avec la vente que tu nous as fait avant de partir, tu le mérites, Dudley. Reviens reposé. » qui avait rendu Dudley fier de lui.

Il somnolait à moitié quand il entendit la porte de la baie vitrée du salon coulisser. Il se redressa et suffoqua d'un coup. Il n'avait jamais imaginé la femme d'Harry. Elle n'avait qu'un nom, une présence vaguement éthérée dans son esprit et jamais il ne lui était apparu qu'elle pouvait être aussi concrète.

La silhouette qui s'approchait pourtant avec grâce avait tout d'une incarnation divine. Il déglutit difficilement, ne pouvant s'empêcher de capturer le plus d'images possibles de cette femme qui s'avançait. Ses longs cheveux étaient remontés en une queue de cheval qui lui retombait dans le dos et s'agitait au même rythme que ses pas.

Elle conservait une allure assurée, elle avait les seins fermes mis en valeur par un tee-shirt à col rond et une larme en diamant qui lui coulait dans le décolleté, qui, de loin, étincelait et attirait le regard. Sa respiration se coupa quand elle tourna ses yeux vers lui, lui adressant un sourire éblouissant. Était-il légal pour une femme aussi belle de porter des vêtements aussi courts ? Pourtant Ginny Potter n'était même pas vulgaire dans un mini-short qui ne dépassait qu'à peine de son tee-shirt, l'allure peut-être contrebalancée par des rangers dont elle se servait pour crapahuter partout où ses reportages la guidaient.

Quand elle se posta devant lui, le courant charria un effluve d'agrumes qui acheva de lui faire tourner la tête. Il se leva, essuyant discrètement ses mains moites sur son pantalon, avant de lui tendre des doigts qu'il jugea inesthétiques et boudinés. Dans un rire, elle repoussa sa main pour lui claquer deux bises sur les joues, avant de se jeter sur la chaise à côté de la sienne.

— Je m'appelle Ginny. Mais je suppose que tu dois le savoir. On peut se tutoyer ? Après tout, nous sommes de la même famille.

Elle avait une voix aussi magnifique que sa silhouette, une joie de vivre enivrante, et le cœur de Dudley s'emporta de plus belle, trépignant contre sa cage thoracique, impatient de sortir de cette prison pour aller s'échouer à ses pieds.

Dudley cessa d'avoir envie de rire de la liaison de son cousin avec un homme. Il le détesta profondément de faire ça à l'extraordinaire apparition qui venait de lui adresser la parole comme s'ils étaient bons amis.

Il détesta Harry, fugacement, d'avoir l'épouse la plus parfaite de tous les temps.

Il détesta cette impression tenace qu'il avait de nouveau vingt ans, qu'il était ridicule à frotter ses mains sur son pantalon depuis tout à l'heure en butant sur tous les mots de chacune de ses réponses à Ginny.

Il se détesta, enfin, d'avoir le culot d'être souffle court à côté d'elle, comme si elle pouvait un jour poser ses yeux sur lui plutôt que sur le second Extraordinaire du secteur, Harry Potter en personne.


On se revoit pour le prochain chapitre, merci pour la lecture !