Le lendemain matin, Hermione paressa dans son lit de longues heures, sachant qu'elle avait toute la journée pour se préparer. Finalement, soupirant un bon coup, elle fini par se lever et appela Silka, pour que celle-ci lui fasse couler un bain. En attendant, elle se rendit à la bibliothèque, récupérer son livre sur la magie noire qu'elle n'avait toujours pas fini. Puis, passant devant, elle se décida à aller voir sa chambre d'adolescente. Elle ouvrit légèrement sa chambre, et eut un sourire sincère en la voyant. Elle n'y était pas restée longtemps, mais c'était ici qu'elle et son père avaient mis au point leur plan, c'était la seule pièce où ils ne risquaient pas d'être découverts. Comme pour sa chambre d'enfant, celle-ci n'avait pas bougé depuis la dernière fois qu'elle y était allée. C'était comme si elle n'était jamais partie.

Au fond à droite, son grand lit avait des têtes de serpents aux quatre coins, qui lui parlaient en fourchelang jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Ses draps, faits de soie d'arachne, brillaient doucement d'une lueur vert sombre qu'elle avait toujours adoré. Sa moquette et ses murs clairs lui avaient permis d'installer toutes sortes d'objets de magie noires, qu'elle avait même fini par oublié, mais qu'elle adorait, enfant. Cette pièce était truffée de pièges, offerts par son Parrain, rendant impossible toute entrée dans la chambre, son père excepté. Elle avait eu beaucoup de mal à accepter la mort de sa mère, et cette tragédie l'avait rendu un brin paranoïaque, songea-t-elle avec amusement. Mais son père était mortellement sérieux. Pendant deux ans, après la mort de sa femme, il lui avait interdit de sortir, et l'avait empêché de voir quiconque, même son précepteur de l'époque. Elle avait tout perdu en perdant sa mère, réalisa-t-elle, sombre. Elle avait perdu sa mère, bien sûr, mais aussi son père, qui n'a plus jamais été comme avant, ses amis, ses professeurs, son Parrain...

Son Parrain! Pourquoi n'avait-elle pas songé à aller le voir? Maintenant qu'elle avait pensé à lui, elle voulait aller le voir immédiatement. Elle referma la porte en y replaçant le piège qui y était apposé et qui ne permettait qu'à quelqu'un de son sang d'y rentrer, et se dirigea rapidement vers sa nouvelle chambre. Elle enleva sa nuisette, la laissant à terre, et fila dans la salle de bain, surprenant Silka qui lui mettait un coussin sur le rebord pour qu'elle puisse y poser sa tête. Elle s'enfonça dans l'eau, permettant à l'eau chaude de la détendre avant ses retrouvailles avec son Parrain, et pensa à son père.

Puis-je aller le voir? Pensa-t-elle très fort

Oui.

La voix de son père résonna longtemps dans sa tête, comme une grosse cloche.

Elle marmonna quelque chose sur le fait de ne jamais avoir d'intimité, même dans son bain, et entendit résonner le rire de son père.

Si tu ne veux pas que je lise tes pensées, fermes ton esprit. Et ne penses pas aussi fort, j'ai cru qu'il était arrivé quelque chose.

Elle sourit. Bien sûr, il s'inquiétait pour elle. C'était pénible et un brin emprisonnant, mais il le faisait par peur de la perdre.

Vous m'avez manqué Père.

Prends ton bain et vas voir ton Parrain ma fille, nous parleront plus tard. Je t'aime, tu es ma dernière raison de vivre. Ajouta-t-il en fourchelang.

Elle sourit, comprenant qu'il était en présence d'un très bon occlumens qui pouvait lire ses pensées et donc savoir de quoi parlait le maître. Elle se concentra pour fermer son esprit, se lava rapidement, ayant hâte de voir son Parrain.

Une fois prête, elle passa une jolie robe d'été, courte et blanche, qui lui donnerait probablement une crise cardiaque, se maquilla légèrement, et transplana, étant la seule, avec son père, capable de le faire n'importe où dans le manoir.

Elle réapparut devant une grille sombre, caché au milieu d'un bois. « Toujours aussi paranoïaque », songea-t-elle. Elle apposa sa baguette contre celle-ci, l'ouvrant immédiatement. Il ne m'a jamais enlevé de la liste, réalisa-t-elle dans un sourire attendri.

Elle traversa le parc rempli de ronces et de rosiers épineux, baguette à la main pour se frayer un chemin. Elle arriva finalement devant une petite porte sombre, donnant accès à ce qui ressemblait à une chaumière délabrée. « Décidément, il ne s'est pas arrangé avec l'âge », pensa-t-elle, sachant pertinemment qu'il écoutait ses pensées depuis qu'elle avait franchi les grilles. Elle poussa la porte, révélant une entrée immense, qui, à elle seule, n'aurait pu être contenue dans la modeste demeure qui masquait le château de son Parrain. Reconnaissant les lieux familiers et les odeurs, elle ferma les yeux, se laissant guider par les odeurs de potions sur le feu qui émanaient du sous-sol. Elle descendit quelques marches, entendant les plaintes des misérables enfermés dans les cachots, et poussa la lourde porte en bois qui masquait la salle de potions.

Mon âge n'a rien à voir avec le reste, petite impertinente, et tu aurais pu venir plus tôt.

J'avais des choses plus urgentes à faire que de voir un vieux crouton qui ne sort jamais de chez lui, répondit-elle, ravie de retrouver leurs échanges méchants, masquant avec peine l'amour qu'ils se portaient.

Et tu aurais pu t'habiller autrement pour venir me voir, gourgandine, on dirait une nymphe. Fit la voix de son oncle, sortant des profondeurs abyssales de la salle.

Vraiment? Je pensais vous faire plaisir en m'habillant de cette manière. Après tout, c'est votre sœur qui m'a offert cette robe, puisqu'elle était dans mon dressing.

Ma sœur a toujours eu des goûts douteux quant aux vêtements de sa fille. Fit son Parrain, apparaissant à son regard, un grand sourire aux lèvres trahissant ses véritables pensées.

C'est donc pour ça que ne m'avez jamais aimé mon Oncle, je ressemble trop à Mère à votre sens.

Parfaitement. Viens là, dit-il en ouvrant les bras.

Ravie, Hermione se jeta dans les bras de son oncle, retrouvant avec plaisir cette odeur si familière. Ce dernier sourit, et lui caressa les cheveux, profitant du fait de pouvoir enfin la serrer dans ses bras.

Alors, nièce indigne, pourquoi ne viens-tu me voir que maintenant?

Je n'y ai pas pensé, Parrain. Dit Hermione sincèrement. Et, ajouta-t-elle avec un léger sourire, j'avais mieux à faire que venir m'enfermer de mon plein gré dans des cachots.

Assurément, voir ton Oncle n'est pas ta priorité.

Vous m'avez manqué, même si vous êtes encore plus froid et austère que votre parc et l'illusion de la chaumière.

Tu m'as manqué aussi, même si tu n'es qu'une gourgandine qui ne pense qu'à son plaisir immédiat.

Eh oui, que voulez-vous? La jeunesse, de nos jours...

Orlando VIII, dernier du nom, descendant de la très noble famille des Capulets, rois de France, et des Médicis, famille régnante de Florence, sorcier hors pair et Maître de l'art des potions, sang pur ignoré et déclaré mort mystérieusement, regarda la dernière personne qui venait le voir, un sourire triste sur le visage.

Tu m'as manqué Hermione.

Cette dernière sourit. S'il en était toujours l'instigateur, il était aussi invariablement le premier à cesser leurs joutes verbales, depuis toujours.

Vous m'avez manqué aussi. Mais vous vous répétez Parrain, deviendriez-vous sénile? Lui répondit-elle, un sourire venant contredire ses dernières paroles.

Ils tenaient réellement l'un à l'autre, de part leur liens familiaux, leur intelligence hors du commun, mais surtout parce qu'ils se rappelaient mutuellement Lyra, première du nom, soeur d'Orlando, et mère d'Hermione. Hermione par leur grande ressemblance physique et leurs intelligences supérieures, et Orlando par sa répartie et sa joie de vivre.

Orlando l'invita à sa table pour le déjeuner, et envoya un hibou à son père pour le prévenir.

Il mangèrent donc ensemble, sur une de ces grandes salles de roi qui n'existent plus, et qui sont oubliés de tous, devisant joyeusement de ce que fût leur vie depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus.

Ils parlèrent tellement, qu'à 16h ils furent interrompus par un hibou de son père, disant qu'une jeune sang pur trépignait dans le hall pour voir sa princesse, souhaitant se préparer en sa compagnie.

Ce doit être Laura, dont je vous ai parlé, mon Oncle!

Alors vas, laisse moi seul, nièce indigne! Mais reviens vite.

Hermione sourit, émue de l'avoir retrouvé, et, après l'avoir embrassé sur les deux joues, et sur son crâne maintenant chauve pour l'embêter, elle prit la fuite, riant des noms d'oiseaux que lui criait son parrain.

Elle sortit, se dépêcha de quitter la propriété, et transplana, sous les yeux étonnés d'un écureuil qui ne mangerait plus jamais de noisettes.

Hermione arriva devant les grilles de son manoir, le sourire aux lèvres. Revoir son oncle lui avait remonté le moral, et elle se sentait prête à affronter son bal d'intronisation. Elle se dépêcha de rejoindre sa nouvelle meilleure amie qui, effectivement, faisait les cent pas dans son boudoir de réception. Dès qu'elle entra dans la pièce, Laura lui sauta littéralement dessus.

Où étais-tu ?

Je suis allée voir de la famille, répondit Hermione, prudente. Son parrain avait simulé sa mort car trop de personnes lui en voulait. Il était de sang royal, et ce sang a énormément de vertus en potions.

Bref, aucune importance. Il faut qu'on se dépêche, pour être prête à temps pour ton intro. J'ai tout prévu! D'abord, on va prendre un bain pour se détendre et parler potins, ça fait des sujets de discussion face aux douairières. T'as une grande baignoire?

Bien sûr, répondit Hermione, un peu dépassée par l'enthousiasme de la jolie blonde.

Elle finit néanmoins par appeler Silka pour lui ordonner de leur préparer un bain.

Avec des bulles roses et violettes, et un parfum aux plantes relaxantes! Ajouta Laura, toujours très en forme et visiblement grande connaisseuse. Au fait Hermione, c'est vrai que tu choisis ta cour ce soir?

Qui t'as parlé de ça?

Mon oncle, Lucius. Il est très fier que Drago t'accompagne ce soir, tu sais? Il dit que t'afficher avec lui leur garantira une position plus importante au sein des fidèles. Il dit aussi qu'il faudra que tu te maries un jour et qu'il aimerais que ce soit Drago, en parlant de ça, tu sais que...

Stop! La coupa Hermione.

Quoi?

Je me marierais avec celui que mon père choisiras, tu le sais bien. Quant à ma cour, oui, je commence ce soir, mais les choix ne seront pas définitifs. Je voudrais que tu m'aides, d'ailleurs. Et c'était sensé rester un secret, évidement.

Je serais trop contente de t'aider! C'est vrai que je connais la plupart des gens qui seront là ce soir, et je serais donc ton grand conseiller d'une certaine manière, hein?

Oui, si tu veux, répondit Hermione, amusée.

Et pour ton mariage, tu n'es promise à personne, j'ai vérifié dans le grand livre. D'ailleurs, c'est étrange, parce que Drago non plus. Enfin, il est fiancé à Pansy, mais c'est récent, et Lucius n'a fait aucune promesse solennelle. Ce qui est étrange venant de sa part. Franchement, vous seriez fiancés, ça ne m'étonnerait pas. Mais quand tu as disparu pour ta mission, le charme s'est effacé. Il va peut-être revenir?

Tu rêves Laura, j'ai déjà récupéré mon apparence physique et ma vie, rien ne va encore arriver, c'est très improbable.

Improbable, mais pas impossible. Ou alors, ton père attend le dernier moment pour trouver quelqu'un qui soit vraiment digne de toi, et qui pourra prendre sa place à sa mort.

Personne ne prendra sa place, mon père ne mourra pas. Fit Hermione, catégorique. Son père était immortel, il ne pouvait mourir. Rien ne lui enlèverait.

D'accord, mais tu vas bien devoir te marier, comme nous toutes.

Flint est fort.

Mais pas intelligent, il ne sait qu'obéir aux ordres, sans jamais prendre de décisions par lui même.

Zabini est fort et intelligent.

… Oui...

Aha! J'en étais sûre, tu aimes Zabini!

Tais toi!

Lalala, Laura et Blaise, Blaise et Laura, ouh ouh!

Le bain est prêt mesdemoiselles.

L'elfe était arrivé quelques secondes avant, et ne voyait pas du tout sa maîtresse comme ça. Elle était en train de sautiller partout en chantant des paroles pas vraiment entraînantes sur un air guilleret mais plat. Elle avait décidé de les couper avant d'aller faire son rapport à son maître. Parce que, le fait que Laura aime Zabini, Silka s'en fichait, mais le fait que la maîtresse ne soit intéressée par personne et attende la décision de son père, c'était plus intéressant pour le maître.

Pendant que les filles se dirigeaient vers la salle de bain, Silka réfléchissait à quand elle pourrait déranger le maître. Il fallait qu'il le sache avant ce soir, et jusqu'à la soirée, la maîtresse aurait probablement besoin d'elle.

La petite elfe de maison, soucieuse de bien faire, avait déjà sorti les serviettes de bain pour les filles, et disposé deux matelas côte à côte, avec des huiles, des crèmes et des lotions pour le corps.

Puisque tout était prêt et que les filles prendrait sûrement leur temps dans le bain, elle claqua des doigts et disparu.

Loin de se douter des malheurs de son elfe, Hermione se montrait pour la première fois nue devant quelqu'un, et c'était une femme.

Pas pudique pour un sou, Laura la regardait, l'invitant à venir dans le bain. Hermione poussa un soupir sous les rires de son amie, et finit, elle aussi, par rentrer dans l'immense baignoire. Engourdies par l'eau chaude et les effluves de plantes, les deux filles papotèrent tranquillement, Laura lui racontant les derniers scoops sang purs, et Hermione sa mission.

Lorsqu'elles furent devenues rouges, elles sortirent du bain. Elles se séchèrent l'une après l'autre dans la douche magique, puis s'enveloppèrent des grandes serviettes-éponges, douces et légères.

Elles se dirigèrent en riant vers la chambre, et s'allongèrent sur les matelas, avant d'appeler Silka et une autre elfe, Caly, pour se faire masser avec les huiles et les crèmes. Puis elles se firent maquiller, pour Hermione avec un fard nuancé de parme et de violets, qui scintillait de mille feux, avec un peu de blush et un léger gloss rosé naturel, et pour Laura un dégradé d'or et de rose pâle, avec un fin trait d'eye liner, et un rouge à lèvre rouge clair, soulignant ses lèvres pulpeuses.

Puis elles se firent coiffer, avec pour Hermione quelques anglaises et quelques tresses dans ses cheveux lâchés, donnant un effet sauvage à la tenue, et pour Laura une couronne de tresses, sur ses cheveux lâchés lisses qui lui tombait jusqu'au milieu du dos.

Enfin, elles passèrent leur tenue, la robe de leur première rencontre pour Hermione, et une robe dorée pour Laura, longue et près du corps, avec un décolleté en V et des manches longues qui s'attachaient aux majeurs, fendue jusqu'à la limite de ses cuisses.

Pour parachever le tout, elles passèrent leurs bijoux, le bracelet et la bague pour Hermione, et une pince-papillon enchantée ainsi qu'un fin collier d'or pour Laura.

Puis, riant et se chamaillant, elles s'installèrent dans la salle de jeu d'Hermione, devenue depuis sa majorité un espèce de petit salon particulier, avec des murs vert foncé tissés d'argent, et l'emblème de Serpentard occupant tout un mur. La pièce était uniquement dotée de fauteuils et de canapés aux couleurs de Serpentard, faisant probablement penser à la salle commune des verts et argents.

Elles s'installèrent face au feu, et discutèrent de choses et d'autres en attendant le début de la soirée pour Laura, et son appel pour Hermione.