Hermione n'arrivait pas à s'endormir. Elle avait beau se tourner et se retourner dans son immense lit, elle avait toujours des flashs lui montrant son père baignant dans son sang, ou pâle, allongé dans son lit. L'épisode qu'elle avait vécu quelques jours auparavant l'avait marquée, et elle ne savait pas quoi faire. Au bout d'un moment, excédée, elle se leva, et écrivit un parchemin, disant seulement :
« Je n'arrive pas à dormir...
Que fais-tu ?
HJ, Princesse des Ténèbres »
Elle la cacheta, puis hésita avant d'écrire le destinataire. Poussant un profond soupir, elle inscrivit « Laura Malefoy,
Malefoy's Manor »
Elle appela Silka, lui remit la lettre en lui demandant de l'envoyer, et de lui ramener son livre. Elle n'avait pas envie de sortir de sa chambre. Elle n'avait pas envie de voir Flo, tout cousin qu'il était, qui ne comprenait pas qu'elle souffre, car les elfes acceptent la mort comme un passage faisant partie de la vie, et non marquant sa mort, ni Severus et Orlando, qui s'était décidés à remettre à niveau le stock de potions de son père, ni ce dernier, qui était déjà retourné à sa lutte contre les Potter, avant même d'être complètement remit. Elle comprenait et souhaitait elle aussi la mort de cette famille qui avait détruit la sienne, mais pas au détriment de ce qu'il en restait. C'est pourquoi elle avait ramené la plupart des objets de défenses de son ancienne chambre, dont un très pratique qui agissait comme bouclier et empêchait les attaques mentales. C'était très pratique, mais très difficilement transportable, et forcément, pas du tout utilisable miniaturisé. Elle avait ressentit le besoin d'être seule, loin des adultes qui ne la comprenaient pas, et ne faisaient aucun effort dans ce sens.
Plusieurs étages plus bas, Lord Voldemort, inquiet car n'ayant eu aucune nouvelle de sa fille depuis plusieurs jours, lisait la lettre qu'avait écrit sa fille.
-Vas lui donner son livre, je m'en occupe.
Silka se prosterna si bas que son nez frôla le plancher immaculé. Puis, relevant la tête, elle s'aperçut que le Maître avait disparut, emmenant la lettre avec lui. Elle ne dit rien, petite elfe frêle et soumise qu'elle était, et monta à l'étage de sa Petite Maîtresse. Elle s'inquiétait pour elle en ce moment, ah oui Madame, parce qu'une jeune fille qui ne sort pas de sa chambre pendant plusieurs jours, c'est pas normal, non Madame. C'est pour ça qu'elle était allée en parler à son Maître, car il savait toujours quoi faire, son Maître, au sujet de la Petite Maîtresse, alors qu'elle ne pouvait rien faire, pauvre, pauvre Silka.
Elle emmena à Hermione son livre, La Magie Noire, ou comment se tourner vers les Ténèbres, de Cadmus Peverell, ainsi qu'une tasse de cocolait, le chocolat sorcier, et du Tou'mou, des espèces de Chamallows sorciers qui fondaient tout seul. Hermione regarda le plateau sans une seule lueur d'envie, prit son livre, poussa un profond soupir, et se replongea dans le livre, qui s'ouvrait à la dernière page lue grâce à un sortilège qu'Hermione avait mit au point des années auparavant.
Pendant ce temps, Lord Voldemort en personne sonnait à la porte du Malefoy's Manor.
La porte fut ouverte par un elfe de maison.
-Oh, le Maître des Maîtres ! Milky va tout de suite chercher les Maîtres, Maître des Maîtres, installez-vous, Maître des Maîtres !
Il le fit entrer dans un boudoir d'une taille toute à fait décente, et décorée avec goût aux couleurs de Serpentard. Il ne pensa même pas à s'assoir, et resta debout, à côté de la cheminée. Il n'avait de toute façon pas l'intention de rester.
Lucius et sa femme, Narcissa, entrèrent peu de temps après dans le boudoir.
-Mon Maître, le salua Narcissa en effectuant une gracieuse courbette, veuillez nous excuser des mauvaises manières de cet elfe, il n'aurait jamais dû vous faire entrer dans le boudoir réservé aux invités, il est trop vil pour vous. Il est en train de se punir actuellement, évidemment. Accepteriez-vous de nous suivre dans le salon ?
Amusé, le Seigneur des Ténèbres hocha la tête et invita d'un geste la maitresse de maison à lui montrer la voie.
Toute souriante, et toujours aussi gracieuse, Narcissa ouvrit la marche, le menant à travers un couloir large et très éclairé, et décoré des tableaux des ancêtres Malefoy.
-La famille Black est dans un autre couloir, nous ne pouvons malheureusement pas les mélanger, ils ne s'entendent pas du tout, fit la mère de famille en continuant d'avancer. Les enfants vont arriver, ils nous rejoignent, ils faisaient leurs devoirs de vacances, il faut les faire de temps en temps, n'est-ce-pas ?
Ne prêtant pas attention au babillage incessant de son épouse, Lucius marchait à un pas derrière son Maître, sur le côté, pour pouvoir se rendre rapidement compte si son épouse allait trop loin. Ce qui arrivait malheureusement régulièrement. Mais pas aujourd'hui. Le Maître ne semblait pas faire attention, ni aux tableaux, ni au monologue de la quadragénaire. En effet, une pensée venait de lui effleurer l'esprit. Et si son Hermione avait simplement besoin d'une mère ? Une femme à la maison, qui prendrait sa défense dans l'intimité de sa chambre le soir, si son père allait trop loin, qui lui rappellerait où était sa place avec justesse et tendresse. Le Lord soupira. Il n'avait jamais eu envie de se remarier, même en étant seul dans son grand manoir, sans Hermione, et en ressentait encore moins le besoin. Il se promit de lui en parler dès qu'elle lui adresserait la parole à nouveau, et arrêterait de brouiller son esprit pour lui en empêcher l'accès.
Ils arrivèrent finalement dans le salon, qui avait plutôt les proportions d'une salle de bal, bien que moins grande que la sienne, pensa Tom avec fierté. Laura et Drago, qui les attendaient, se levèrent en même temps, et firent une révérence à leur Seigneur. Ils leur fit le geste d'approcher.
-Laura, je crois savoir que tu t'entends bien avec ma fille ?
-Oui Seigneur, je fais partie de sa garde rapprochée, et j'essaye de faire de mon mieux pour qu'elle ait tout ce dont elle pourrait avoir besoin.
-Bien, alors transplane immédiatement dans sa chambre, elle voulait t'envoyer cette lettre. Il lui tendit la lettre, puis se détourna d'elle pour se tourner vers Drago.
Pendant que Laura transplanait dans la chambre de la Princesse, en lisant la lettre, ne voyant pas ce qu'il y avait de si urgent, Tom Jedusor s'adressa à Drago.
-L'aimes-tu ?
-Euh, ma cousine Seigneur ? Fit Drago, sûr d'avoir mal compris.
Le dit-Seigneur fil claque sa langue contre son palais de mécontentement.
-Non, imbécile, ma fille. L'aimes-tu ?
Paniqué, Drago regarda tout à tour ses parents, qui ne savaient pas non plus quoi dire ou quoi lui montrer. Narcissa prit alors la parole.
-Il fera ce que vous lui demanderez, n'est-ce-pas Drago ?
Drago se dépêcha de hocher la tête.
Le père d'Hermione, mécontent, se tourna vers Lucius et Narcissa :
-Ce n'est pas ce que je demande. Laissez-nous je vous prie.
Lucius prit la main de sa femme, qui n'avait pas l'air décidée à quitter la salle en abandonnant son fils unique avec le Seigneur Noir, et quitta la pièce avec toute la dignité qui lui restait.
Satisfait, Voldemort tourna la tête vers Drago.
-Alors ?
Drago déglutit difficilement.
-Sincèrement, mon Maître, je n'oserais jamais vous dire la vérité, même si je la savais, car j'aurais trop peur de votre réaction quelle que soit ma réponse, mais de plus, je suis perdu depuis son retour, trop de choses sont arrivées, et je ne sais pas du tout où j'en suis, ni où elle en est, mais je pense que nous sommes amis, pour l'instant, ce qui est un bon début, vous en conviendrez.
Lord Voldemort sourit.
-J'en conviens mon garçon. Mais vois-tu, j'ai failli mourir récemment. Et la seule chose à laquelle j'ai pensé en sentant les forces m'abandonner, ont été que je laisserais ma fille unique, ma dernière raison de vivre, seule et perdue si je quittais ce monde maintenant. Tu te doutes qu'il est hors de question que cela arrive. Elle est ce que j'ai de plus important, et je ne laisserais jamais ce scénario se produire une fois encore. Mais je ne la laisserais qu'à quelqu'un qui la méritera.
Drago leva le torse, la tête, et regarda son Maître droit dans les yeux.
-Je ferais tout ce qu'il faut pour vous montrer que je suis digne d'elle Monseigneur, même si ça doit être la dernière chose que je devrais faire de ma vie.
Voldemort sourit.
-Je méprise Dumbledore et ses préceptes, et ne prête que peu d'importance à l'amour. Mis à part dans une famille. Car si le couple est amoureux, alors la famille est heureuse. Mon histoire avec sa mère me l'a prouvé, et même si nous étions promis l'un à l'autre pour d'autres raisons que celle-ci, notre amour est encore aujourd'hui ce qui me fait tenir. Je ne te dis pas ça par bonté. Je ne suis pas bon. Je te dis ça car je suis profondément égoïste, et qu'il ne me manque que le bonheur de ma fille pour être comblé. C'est la seule chose que je ne peux plus faire seul.
Drago le regarda avec plus de respect dans les yeux qu'auparavant, si c'était possible.
-Maître, je vous promets que depuis ma plus tendre enfance, mon cœur ne bat que pour Hermione, et que je ferais tout pour la rendre heureuse, que ce soit avec moi ou pas. Il s'expliqua en voyant le Lord froncer les sourcils. Il semblerait qu'elle soit très proche de Florentino, son maître elfe, en ce moment.
Voldemort ouvrit la bouche, prêt à abattre ses dernières hésitations, lorsqu'une conversation lui revint en mémoire
Il était allongé sur son lit, ruminant, en faisant tourner sa baguette entre ses mains. Il entendait encore son rire, voyait encore ses yeux se plonger dans ceux de ce Serdaigle à la noix. Il revoyait clairement les mains de ce Serdaigle lui caresser la hanche, l'invitant au bal prochain. Il la revoyait sourire, en regardant le ciel, et lui répondre
-Peut-être, qui sait ? Avec un sourire enchanteur, et un clin d'œil. Puis elle tournait la tête et le voyait, et il s'approchait d'elle, arrogant au delà du possible, mais téméraire dans sa stupidité.
-Je t'ai déjà invitée il me semble, Médicis.
-Mais je ne t'ai pas répondu Jedusor.
Et elle s'éloignait, tenant toujours ses si précieux bouquins entre ses bras, de peur que son sac ne les abime, avec son léger déhanché imperceptible, ses longs cheveux volants, et sa jupe se plissant et se déplissant à chacun de ses pas. La bouffée de rage qui l'avait envahi avait été la première d'une longe série, mais resterait gravée dans sa mémoire toute sa vie. Il n'avait pas dormi ce soir-là. Ni ceux qui avaient suivi. Il s'était mit à haïr ce Serdaigle, à apprendre par cœur l'emploi du temps de Lyra, à aller la chercher à la fin de ses cours, à lui porter ses sacs et ses bouquins, à lui offrir des fleurs. Plus rien d'avait d'importance qu'aller au bal avec elle, car personne à part lui n'était assez bien pour elle. Il en était convaincu.
Elle avait tout de même fini par dire oui. Elle s'était approché de sa table d'étude, à la bibliothèque,quelques heures seulement avant le bal et, se baissant près de lui pour ne pas déranger les autres élèves, lui avait donné rendez-vous à 20h en bas des marches, ne lui donnant aucune aide pour la reconnaître, alors qu'elle serait masquée. Il l'avait retenue doucement par le bras, avec la douceur d'un homme essayant de se souvenir de son rêve, qui essaye de ne rien brusquer pour ne pas se réveiller et voir son songe partir au loin.
-Pourquoi avoir hésité Lyra ? Ne sommes-nous pas fiancés ? As-tu changé d'avis à mon propos ?
Elle lui avait sourit, de ce sourire charmeur et si attirant.
-Pour que tu te souvienne de la valeur de mon oui, et que tu apprécies à sa juste valeur notre soirée. Tu dois te rappeler de la chance que tu as de m'avoir, sinon tu t'habitueras, et cesseras de m'aimer. Elle se pencha un petit peu plus vers lui. Et il est hors de question que je te perde.
Lord Voldemort sourit, et transplana, sans répondre à l'héritier Malefoy.
