Bonjour à tous !

Je suis de retour avec le chapitre deux, que j'ai pris un plaisir à écrire. J'espère qu'il en sera de même pour vous ! Je répondrais à chaque reviews en début de chapitre également.

Toshiro-Hitsugaya222: Merci beaucoup, ça me fait très plaisir ! J'espère que cette suite sera à la hauteur de tes attentes.

Nya: La suite t'es servie ! Alors en ce qui concerne le nombre de chapitre qui constitueront cette histoire, je ne sais pas vraiment encore. Je dirais sans doute une vingtaine, puisque je prévois pas mal d'événements par la suite. Nous verrons bien !


Mes yeux, froid à en glacer le sang de quiconque, scrutaient avec attention les rayons du soleil s'immisçant dans ma chambre. L'obscurité totale qui régnait il y a encore de ça une petite heure me manquait vraiment, permettant de m'apaiser au moins un minimum. Parce que oui, j'étais d'humeur sauvage. Fatiguée, exténuée, très énervée. Ma tête ne cessait de ruisseler de questions, pour ne pas changer, mais cette fois-ci tout ça me dérangeait bien plus. Au point de m'en donner un indomptable mal de tête que les médicaments n'effaçaient pas.

Pourquoi suis-je née riche ? On ne choisit pas sa famille, cela va de soi. C'était plus un reproche qu'autre chose, pour le coup. Pourquoi ma famille était-elle aussi pointilleuse ? Sans doute par l'éducation appliquée durant l'enfance de mes parents, qu'ils appliquaient également sur moi. Interdiction pour ma personne de leur en vouloir. Pourquoi les êtres possédant la plus minime part de richesse, se sentaient-ils dans l'obligation de le hurler sur tous les toits, pour n'en finir que plus vantards. Pour posséder du pouvoir ? Mais dans quel but ? Et quel intérêt d'en avoir ? Et moi... pourquoi j'me laissais faire, comme ça ? Pourquoi j'acceptais sans broncher ? Pourquoi je cherchais sans cesse à trouver des réponses à mes questions ? Pour me satisfaire ? Ça ne faisait que de m'angoisser encore plus, et me rendre infiniment impuissante quand à ma situation. Putain de merde.

Avec toute la rage dont je pu faire preuve, un de mes innombrables oreillers s'en alla rencontrer ma fenêtre ouverte, faisant trembler les stores fermés en un bruit dérangeant. Attrapant ma tête sans plus de douceur, à presque m'en tirer les cheveux, je me redressais ensuite pour me précipiter vers cette maudite fenêtre, pour lever les stores. Grossière erreur. Le soleil, bien présent à l'extérieur, m'agressa avec une violence sans nom les pupilles, me faisant alors me recroqueviller au sol en un geste instinctif de protection. J'étais VRAIMENT à bout. Tout ça à cause de ce gars.

Tu dois vraiment t'faire chier dans ta vie. [...] Tu te caches, tu appliques les règles à la lettre, tu obéis à ce qu'on te demande, tu restes dans ta norme.

Ce pauvre con. Ce n'est ni plus ni moins à cause de lui que je me retrouvais dans un état pareil, me faisant me triturer l'esprit de la sorte sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Trois jours. Ça fait exactement trois jours que nous avions eu nos premiers échanges, et très certainement - du moins je l'espère - nos dernier. Il était clair que je ne pointerais pas le nez au studio de photo s'il devait s'y présenter de nouveau. Pourquoi une haine pareille à son égard ? Mais parce que c'était de sa faute putain.

Je sais très bien ce que vous vous dites. Qu'il ne s'agit là que d'une question anodine, et que je ne gagnais aucun intérêt à la transformer en démons à mon égard. Mais si, justement. Parce que certes, je l'avoue, aussi perturbant cela puisse paraître, ça me préoccupait réellement. D'autant plus que, jamais personne ne m'avait posé de telle évidences sous les yeux. Entre friqués, nos vies se ressemblent presque toute, à tel point que ça en devient normal. Mais le pire ne résidait définitivement pas là… C'est juste... qu'en à peine une heure, ce gars avait réussi à cerner mes songes les plus refoulés. Pour la première fois. Par un inconnu, insolent qui plus est. De quoi me rendre folle.

Sans prévenir, mon téléphone se mit alors à sonner, me faisant sursauter avec violence, pour prouver à quel point mes interrogations surpassaient tout ce qui m'entourait. Rampant avec lassitude et fainéantise, je me saisis du combiné pour y voir inscrit le nom de Cavendish. Un soupir ne put s'empêcher de s'évaporer, avant que je ne réponde.

_ Quoi ?

Quand je vous disais que j'étais d'humeur sauvage, je ne plaisantais vraiment pas. Le blond avait intérêt à m'appeler pour une bonne raison, sans quoi toute cette mascarade finirait par me mettre plus en rogne encore. De base difficilement irritable, je n'étais plus paru aussi 'émotive' depuis un bon moment. Le ricanement émanant de l'autre bout du fil eu le don de m'achever. Maintenant, on se foutait de moi, parfait.

_ Mademoiselle est-elle disponible ?

Cavendish restait un jeune homme très poli dans toutes les circonstances, même avec ses proches. En fait, c'était une caractéristique propre à lui-même, diront nous. D'autre petits détails de ce genre-là constituaient le personnage, le rendant unique à sa façon. Pour saluer une femme, le blond ne pratiquait pas la bise ni la simple salutation. Le baise main lui parlait beaucoup plus. Ridicule ? Si vous saviez le nombre de fois où j'ai bien pu le penser. Mais maintenant, s'en était devenu amusant. Quelque part, dû au fait de sa grande preuve de narcissisme, il se prenait presque pour un prince. Mais, étant de la troisième famille possédant le plus de biens du quartier, tout le monde acceptait, et se taisait. Moi de même. Bien qu'au fond, ça ne me dérangeait pas tant que ça, vu qu'il avait su se faire apprécier ainsi de ma personne.

_ Tout dépendra de ce que tu me proposes.

_ Une petite virée dans les boutiques luxueuses plairait-il à ma dame ? J'essaierais de vous tenir un maximum éloigné du touché de la sous-race, s'il le faut pour que vous acceptiez.

Bien qu'il ne pût le voir, mes yeux se levèrent au ciel à une rapidité incroyable, exaspérée par ses propos. Dans un langage plus soft, le blond voulait tout simplement faire les boutiques, en prenant soin d'éviter les autres personnes. Vous savez, les autres là. Ceux qui n'ont pas autant de tunes que nous.

C'est sans doute un des seuls points négatifs que renferme Cavendish. Imbus de sa personne au point de mépriser bien plus sévèrement les catégories de personnes ne s'apparentant pas à la sienne. Si vous saviez à quel point sortir du quartier avec lui était d'un ennui... Fan de ragots, mais surtout, une langue de vipère comme lui ne naissait que tous les mille ans. Les critiques envers les autres fusaient sans cesse de sa bouche, avec tout le monde. J'ai mentionné qu'il était poli ? Oh, oui bien sûr. Mais son trait de caractère dominant restait l'hypocrisie. Tout le monde y passait. Même moi, j'en étais sûre. Alors qu'il s'impatientait quand à ma réponse, je ne pus réprimer un soupire tout en m'avouant vaincue. Peut-être qu'ainsi, je cesserais de songer à toutes ces questions insignifiantes. Même si pour ça j'en venais à me coltiner le comportement insupportable de MONSIEUR Cavendish pour une journée complète. Immédiatement, il s'empressa d'ajouté, excité comme une puce.

_ Je viens te chercher tout de suite !

_ Qu- ?!

Trop tard, le voilà qui avait déjà raccroché. Parfait. J'avais dix minutes tout au plus pour me préparer, et je n'avais même pas prise de douche. Et Dieu sait que le blond détestait attendre. Ce fut donc une course contre la montre, plutôt difficile au passage si l'on en comptait mon mal de tête encore bien dominant. Ce qui voulait dire que je n'aurais pas droit à mon petit moment relaxant, à savoir, écouter ces chansons poignantes sous ma douche. Ce qui aurait bien pu m'aider à me calmer pour le restant de la journée, parce que mon humeur non plus n'était pas passée. Tant pis, Cavendish ferait avec. Je fus donc prête en un temps record, c'est à dire une quinzaine de minutes. N'oublions pas que je restais une femme, et que je ne pouvais pas me permettre de sortir de façon négligée. Merci. Habillée donc d'une jupe patineuse noir et d'un chemisier blanc simplement rentré à l'intérieur de celle-ci, suivit de mes Lou Boutin noires, je me dirigeais en bas, pour rejoindre le blond qui devait sans doute être présent depuis quelques minutes.

Et pour confirmer les fonds de mes pensées, le blond attendait sagement garer devant ma porte d'entrée, dans son Aston Martin. Voiture de luxe concordant parfaitement avec son propriétaire, ma foi. J'ouvris la portière pour prendre place, pour enfin me tourner vers mon partenaire, qui appliqua son rituel en déposant un faux baiser sur le dos de ma main.

_ Ma dame.

Je ne bronchais pas, calant simplement ma tête confortablement dans le siège pour un minimum de confort. Cavendish prit la route sans demander son reste, enclenchant un morceau de musique classique. C'était calme et doux, un parait bonheur pour mes oreilles qui ne réclamaient qu'un instant de douceur. Plus tard, nous étions sur place, entouré de personnes de sous classe, faisant grimacer mon ami.

_ Châtelet n'était peut-être pas une bonne idée, finalement.

J'haussais mes épaules, indifférente. Hors de question de reprendre la voiture, il devrait se contenter de sa première destination. Cavendish s'approcha de moi, me proposant son bras que je saisis du miens. Les choses sérieuses commençaient maintenant. Et Dieu c'que ça serait long. Parce que oui, le blond était pire qu'une gonzesse, que ce soit physiquement ou dans son attitude, bien qu'il puisse s'avérer être d'une galanterie sans nom. Ses longs cheveux où quelques mèches finissaient en anglaises, ses longs cils, la blancheur de sa peau, et la finesse de son corps. Presque un androgyne, pour vous dire. Mais ceci lui allait parfaitement bien, et ce n'est pas pour autant que les femmes n'en étaient pas moins attirées par lui. De plus, il adorait faire les boutiques et chipotait sur le moindre détail ne lui convenant pas, capable de rester trois heures dans une même boutique pour trouver la perle rare. Une vraie femme, oui. D'ailleurs, aujourd'hui ne fit pas exception aux autres. Plus d'une heure et demie qu'il se chamaillait avec la vendeuse, insatisfait des propositions que cette dernière lui apportait. De quoi me rendre folle. Lâchant un soupir ennuyé, j'interpellais le blond, acharné à trouver un pantalon chino épousant parfaitement ses formes.

_ Cav', j'vais fumer.

Un clin d'œil me répondit par la positive, tandis que je me ruais dehors avec une certaine précipitation. La chaleur m'étouffait, et ma tête ne cessait de tourner horriblement. Une fois mon cancer en tube coincé entre mes lèvres, je l'allumais pour en inspirer une bonne bouffée de fumée. Ça faisait tellement de bien. Je n'en avais pas touché une depuis ce matin, le manque, sans doute. Afin d'examiner la population autour de moi, je levais mes yeux, pour m'aider dans ma contemplation. Il y avait vraiment de tout, des jeunes à se draguer aux coins de rues, des familles souriantes, des jeunes couples, des petits vieux, des racailles, une paire d'iris grises, des...

Pardon ? Violemment, je fronçais mes sourcils en replongeant mes yeux dans les autres, me scrutant à ma gauche. Putain. Si on m'avait dit ne serait-ce qu'une seule seconde que je croiserais CE MEC durant la virée shopping de Cavendish, je lui aurais craché dessus. Mais la réalité se trouvait bien là. Devant moi, Law, une cigarette à la bouche, un fin sourire moqueur du bout des lèvres.

_ Oh, tient donc. Quelle surprise de croiser mademoiselle dans un lieu si peu...

_ Taisez-vous.

Qu'il n'en rajoute pas, ou j'en viendrais à être obligée de l'étrangler. Une chance sur mille de le croiser en pleins Paris, mais bien sûr il fallait que ça me tombe dessus, pour torturer un peu plus mon cerveau. Au passage, tous ces mots me revinrent en mémoire, comme pour me mettre plus à bout encore. Ma soudaine agressivité le fit hausser un sourcil, pour sourire de nouveau. Ma main au feu, qu'il se moquait intérieurement. Pour s'unir avec mon malheur, le brun vint s'asseoir à même le sol, prêt de ma personne. J'eus le réflexe de le regarder de haut, sans mauvais jeu de mot bien entendu.

_ J'ignorais te perturber à ce point-là.

_ Jamais de la vie.

Lui avouer ? Et puis quoi encore. Je rappelle que j'n'avais aucun compte à lui rendre, merci. Cependant, il ne parut pas convaincu, se permettant un ricanement qui eue le dot de m'agacer au plus haut point. Ma cigarette, elle, se consumait en une vitesse éclair, tirant dessus comme une dingue. La colère.

_ Tu t'remets en question n'est-ce pas ?

_ Vous allez vous taire, oui ?!

L'agacement trahissait ma voix, jusqu'ici restée le plus calme possible pour ne lui procurer aucun plaisir. C'était sans compter son humeur à creuser plus loin, semblait-il. Marquant un silence, il reprit d'une voix plus calme et plus posée, sa dose de provocation envolée.

_ Ta mère m'a parlé de toi. C'est d'cette façon que j'te cerne un peu mieux que les autres, si c'est ce que tu te demandes.

Ma mère… avait échangé avec ce mécréant ? Une nouvelle très étonnante qui ne manqua pas de me donner un bon coup. Pourquoi se permettait-elle de dévoiler des choses sur ma personne, à un parfait inconnu, sans classe sociale distinguée... totalement absurde. A coup sûr, le métis bluffait. Aucune autre possibilité ne s'offrait à moi.

_ D'après elle, t'es une gamine extrêmement cultivée, à se poser des questions sur tout. Le terme 'agaçant' a été utilisé, il me semble.

Bien sûr. Se voir apporter des réponses à des questions que vous ignorez totalement à votre enfant, et ce à longueur de journée. Bien sûr que c'était agaçant. J'eu cependant un très léger pincement au cœur, par contre. Vous savez, que votre mère vous dénigre un peu devant quelqu'un ne partageant même pas le quart de ses valeurs, c'était… vexant. Je n'en fis rien paraître, me contentant de lui lancer un regard noir. Par lequel il répondit par un ricanement une fois de plus.

_ J'suis pas là pour t'enfoncer.

_ Il manquerait plus que ça.

Ses iris me scrutèrent avec intensité. Oui, depuis tout à l'heure je restais sur la défensive. Les yeux qui parvenaient à me décrypter sans aucun mal me dérangeaient au plus haut point. Comme s'ils cherchaient à vous connaître de part en part pour mieux se servir de ces éléments pour les retourner contre vous-même ensuite. Malgré ses mots, pour me rassurer, il n'en fut rien.

_ Ecoutes, arrêtes de chercher à formuler tes réponses par des mots.

Piquée par la curiosité, j'haussais un sourcil. Je ne comprenais pas ce qu'il tentait de me faire comprendre, sur le moment. Comment y répondre alors ? Les effacer de mon esprit pour faire ensuite comme si de rien était ? Non merci, je passe mon tour.

_ Ça t'dirais pas d'vivre avant d'mourir ?

Un long frisson me parcouru tout le long de mon échine. Qu'entendait-il dire par là ? Oh, je le sais très bien en fait. A en croire de la manière dont il dialoguait avec moi, nous avions la même perception du mot 'vivre'. Ne s'arrêtant pas à posséder un cœur bien portant mais à ressentir des foutues émotions vouées à vous construire et vous anéantir. Je me mis à observer mes pieds, désemparée. Et voilà que mes interrogations me piquaient de nouveau à vif. Pourquoi je ne bouge pas, pourquoi je n'essaye pas.

_ Vis tes propres questions. Si tu t'demandes comment font les pauvres pour vivre, deviens-le à ton tour et tu l'sauras. Vis toutes les situations, même dangereuses. Tu n'en sortiras que plus savante encore.

Me mordant la lèvre, j'inspirais longuement pour ne pas perdre mon calme. Il avait raison depuis le début, depuis notre première rencontre. Pour trouver une réponse, c'est exactement comme ça que l'on fait. Se noyer dans des bouquins tirés par les cheveux sur tel ou tel fait ne vous aidait pas à comprendre. Il fallait les vivres, pour y apporter sa propre théorie. Parce qu'il n'y avait pas de réponses exactes et toutes faites, chacun cultivait sa perception des choses, propre à elle-même. Pour me reprendre, je redressais la tête en passant une main dans mes cheveux lisse. Cavendish, dépêches toi. Je meurs d'envie de rentrer, là, maintenant, tout de suite.

_ Je n'ai pas besoin de commentaires de votre part, je gère très bien la situation.

Et il se mit à rire. De bon cœur, je ne pense pas. Sa gorge contenait une boule de mépris, ça se sentait à dix kilomètres à la ronde. Je n'en possédais pas les capacités, et il le savait très bien, alors il en jouait. Une fois calmé, il se releva, sans doute pour repartir travailler après sa pause clope. Mais avant de disparaître, il pivota pour me faire face, mains dans les poches, tout en continuant à marcher mais en sens inverse.

_ J'taffe au bar d'en face jusqu'à minuit. Si tu changes d'avis, viens m'voir, j'pourrais p't'être t'aider à te décoincer.

Sur un signe de main, il s'éloigna de plus en plus pour disparaître derrière la porte de ce fameux bar, me laissant seule. M'apprêtant à faire demi-tour pour rentrer dans la boutique, je tombais nez à nez avec Cavendish, tout sourire après sa trouvaille. Nous pouvions rentrer, enfin.

_ Je vous souhaite toute une réussite, Lady Anastasia.

L'homme effectua un baise main à ma génitrice, s'inclinant poliment. Oh pardonnez-moi, permettez que je plante le décor afin d'expliquer en détails ce qu'il se passe ici, et pourquoi mon salon est rempli à craquer de personnes toutes plus importantes les unes que les autres, autrement dit par les résidents du quartier.

Ma mère a obtenu un contrat, et part prochainement pour les Etats-Unis, afin d'y aboutir son plus grand rêve. Elle se lance, enfin, dans une carrière de styliste à son propre compte. Je suis certaine que maintenant, la provenance du délire du mannequinat à mon propos vous devient tout de suite plus claire. Mais là n'est pas la question. Emerveillée, cette femme avait conclu qu'un diner entre voisin pour cette nouvelle serait une bonne opportunité pour y faire ses salutations, ou se vanter, au choix. Evidemment, j'étais présente, aux côtés de Cavendish comme toujours. Sa main sur mon bras, il tentait tant bien que mal de me garder en place, alors que je foudroyais cet homme aux cheveux d'un noir comportant des reflets presque kaki, et binoclard parce que myope comme pas permis. Kuro, un riche du coin que je soupçonnait d'en vouloir à la fortune de ma mère, jouant sans cesse le lèche botte auprès de cette dernière lors des absences de mon père. Malgré les apparences, elle n'était rien de plus qu'une femme facile, hélas, portant un nombre de problèmes d'adultère incroyable sur les bras. Non, mes parents n'avaient pas eu la chance de se marier par amour mais par arrangement. Et se tromper mutuellement n'importunait ni l'un ni l'autre. Grand bien leur face.

Kuro me lança un regard malsain, provoquant chez moi un dégoût immense. Oh ce que j'aurais aimé faire un scandale au cœur de tous ces petits sourires hypocrites, pour clairement leur faire comprendre que tout un chacun n'avait pas besoin de se sentir obliger de venir ici, si ce n'était que dans le but de recevoir quelque chose en retour. Ceux qui possèdent de l'argent sont fourbes. Ils ne s'aiment pas entre eux, et se mettent dans des positions de rivalités constante. Tout ce joli monde n'était présent que pour souhaiter le mal de ma mère dans son dos, ou tout simplement pour profiter de quelques avantages qu'elle pourrait leur apporter.

Ecœurant.

_ J'ai une annonce à vous faire !

Tout le monde prit la peine d'accorder de l'attention à cette femme aux cheveux roses -ma mère, encore et toujours- parfaitement coiffée, souriante à n'en plus pouvoir. Une annonce, parmi tout ce petit monde ? Je n'étais au courant de rien, et ça ne m'inspirait pas confiance. Mais alors, pas du tout.

_ Ma fille ici présente, Hanabi, vas maintenant sur ses vingt-deux ans et... je n'ai malheureusement toujours pas de gendre en vus..

Oh. Non. Je connais très bien la mascarade. Les enfants de ce genre de famille se mariaient en moyenne très jeune, vers la vingtaine, ce qui se trouvait être mon cas. L'effroi s'empara alors de mon corps, tandis qu'à mes côtés, Cavendish se tendit immédiatement. Il connaissait mon rebut pour les mariages arrangés. Je ne voulais pas ça. Surtout pour une histoire de fortune en croissance, et un héritage meilleur. Autrement dit, à l'instant précis je me sentais comme un animal prêt à être vendu aux enchères.

_ J'aimerais que tout se fasse à mon retour des Etats-Unis. J'aimerais la marier avec un bon partie... à vous de me convaincre, chers amis.

Les murmures entre voisins commencèrent à fuser, certains regards se tournant vers ma personne. Mon dieu ce que je me sentais oppressée. Mes iris s'agitaient dans tout les sens, observant chacun discuter avec son prochain pour faire des suppositions absurdes sur qui serait alors ce fameux gendre, et par quels moyens cette famille aurait pu amadouer ma génitrice. Un animal en pleine foire, exactement. Les murmures se firent de plus en plus fort, à m'en donner la nausée. Quelques regards lancés en chien de faïence, je ne manquais pas de comprendre que les 'offres' commençaient déjà, à en voir le sourire radieux de cette femme accostée par plusieurs, ce qui semblait-être, partie. Un enfer. Sortez-moi de là.

_ Non.

Un silence s'en suivit, suite à ces paroles lâchées sèchement. D'où sortaient-elles ? De moi, étonnement. Cavendish s'en montra surpris, battant des paupières en me lançant un regard perdu. Oui, il connaissait mon horreur pour ce genre d'arrangement, mais il ne connaissait pas cette part d'affirmation en moi. Moi non plus d'ailleurs. Jusqu'à maintenant. Ma mère me lança un regard emplit d'incompréhension, avant de commencer, hésitante.

_ Hanabi ? Qu'est ce que tu...-

_ J'ai dit, non.

Les murmures recommencèrent, plus discret cette fois. Mais certains ne m'échappèrent pas. "Insolente", "Mal élevée", "Mauvais partie"… oh d'accord. Ils voulaient la jouer comme ça, très bien, alors jouons. Je m'avançais au centre de la pièce, les observant d'une mine dégoûtée.

_ C'est quoi votre problème au juste ? A vouloir marier vos gosses à d'autres qu'ils connaissent à peine ? Aaah non, laissez-moi réfléchir, je sais ! Le fric ! Ouais c'est ça, le fric. Et pourquoi ? Juste parce que vos p'tites affaires tournent pas rond alors pour remédier à ça vous condamnez vos gosses pour toucher une part de la tune de l'autre famille.

Je me tournais ensuite vers ma mère, m'avançant à pas de loup, le regard sans aucune douceur. Aucune.

_ Et toi, là. Je sais très bien pourquoi tu penses à ça maintenant. Pour que tout l'argent que tu ramasse te serve à financer ton projet à la con de styliste. Mais c'est dommage, je marcherais pas dans ton sens cette fois.

Une gifle. Une. Il fallait bien s'y attendre. Le silence complet s'installa dans l'immédiat, sous des soupirs choqués. Mes yeux d'acier blanc rencontrèrent d'autres vert émeraude, sévères au possible. Une main sur ma joue rougie, je me retenais de ne pas pleurer. Une petite nature ? Sans doute. Comprenez que je ne me suis jamais faites frapper par cette femme, et que ce se soit produit devant tant de personne n'aidait pas non plus mon égo à bien se porter. Parce que non, ce ne fut pas la douleur qui me poussait dans un état pareil. Ma mère entrouvrit la bouche, pour en sortir des mots à voix faible, mais sans rappel.

_ Sors de cette maison.

Je ne pus que m'exécuter, la tension présente beaucoup trop étouffante à mon goût. C'est ainsi que je pris la porte, sous le regard désemparé de Cavendish. Je sais très bien qu'il voulait me rejoindre, mais il ne le pouvait pas. Ça n'aurait fait que lui porter préjudice, surtout devant ses parents. Libre à lui de rester enchaîné à ces stupides codes de riche. A présent seule avec moi-même, je déambulais dans les rues hors de mon quartier, sans trop savoir quoi faire. De plus, il devait être minuit passé, au moins. Je savais pertinemment que je ne ferais pas que de rencontrer des personnes de bon sens, ce soir-là.

J'avais élu 'domicile' sous un abri de bus, afin de me remettre les idées en place. Où aller, que faire... Je ne voulais pas trop me prendre la tête, pour une fois. C'était quand même paradoxale pour moi, de ne pas vouloir mettre de réponses sur des questions qui pour une fois étaient existentielles. Mon téléphone en main, je m'apprêtais à regarder les endroits publics encore ouvert à cette heure-ci, histoire d'avoir au moins un endroit où traîner un peu. Heureusement pour moi, j'avais eu ce réflexe de prendre mon manteau en tartan noir et blanc, ainsi qu'un sac avec quelques bricoles. Ne sait-on jamais.

_ Bonsoir mademoiselle.

Un sursaut me pris, me manquant de faire lâcher mon téléphone. J'observais cet homme à mes côtés, afin de jauger le genre d'individu qu'il devait être. Un frisson me parcouru une fois son observation faite. Un homme de grande taille, avec un gabarit impressionnant. Ses cheveux d'un bleu clair, assez gras, peinaient à tenir en cette forme de crête qu'il tentait de conserver. Ses peu de vêtements -une chemise et un short- étaient couvert de saleté, et une odeur d'alcool émanait de lui. Les sacs à dos qui l'accompagnait, et ce petit chien de couleur brune eurent dont de répondre à mes doutes, il s'agissait là d'un sans-abri.

_ Bonsoir.

Je répondais par simple politesse, avant de replonger dans mon téléphone que je serrais d'avantage. Lui, ne bougeait pas, prenant place sur le banc de l'arrêt de bus. Qu'est-ce que je devais faire ? Le mépriser ? Lui donner une pièce ? Je ne sais pas. D'autant plus qu'il ne devait pas être con à ce point, à voir mes fringues, c'était clair comme le nez au milieu de la figure que j'étais une friquée. Et s'il m'agressait ? S'il venait à me demander quelque chose ? En temps normal, je ne donnais rien aux sans-abris. Je ne voulais pas m'engager dans ce genre de cercle vicieux. Donner un centime à un pauvre et vous pourrez être sûr qu'en vous recroisant, il s'attendra à recevoir quelque chose d'autre. Je ne veux pas de ce genre d'engagement. Par peur de les briser, sans doute.

_ Vous pensez qu'il y aura des contrôleurs ?

Prudemment, je relevais mes yeux à lui. Il semblait décontracté, malgré ses conditions. Il se curait l'oreille sans aucune classe - déjà qu'il n'y en a tout simplement pas dans ce geste - et sans se soucier d'être devant une dame. Sale. Pour simple réponse, je me contentais d'hausser mes épaules. Je ne jouerais pas la carte de la fille sociable, au risque qu'il en vienne à m'arriver quelque chose.

_ Vous savez, si jamais il y a des contrôleurs, je serais embêtée... J'ai rendez-vous avec ma copine et si il y a des contrôleurs je ne pourrais pas la voir.

Les répétitions dans sa phrase témoignaient de l'effet de l'alcool sur lui. Cependant il n'eut pas l'air agressif plus que ça. J'écoutais d'une oreille distraite, sans prendre la peine de répondre. Que voulait-il que j'en sache ? Je ne lui donnerais pas non plus de quoi payer son ticket. Encore une fois, ce n'est pas question d'être radine. Pas d'engagement, c'est tout.

_ Si il y a des contrôleurs, il vont me demander de payer une amende mais comme je n'en ai pas je vais devoir les suivre au poste. Si je vais là-bas je verrais plus ma copine. Ca fait huit mois qu'on est ensemble. Elle est brune et elle est grande avec de beaux yeux bleus. Elle s'appelle Robin, et elle est belle.

Je ne sais pas trop ce qu'il cherchait, à me raconter sa vie. Je n'étais pas intéressée, et j'avais bien mieux à faire. Ce n'est pas pour autant qu'il cessait sa tirade.

_ Ça fait dix ans que je vie dans la rue. Ma femme et ma fille sont décédées, et depuis j'ai sombré dans l'alcool. Mais je l'ai rencontré, et c'est sans doute une des plus belles choses qui me soient arrivées dans ma vie. Vous savez, c'est la seule personne que j'ai, avec Chopper mon chien. Si je vous embête mademoiselle, ou si vous avez peur de moi dites le moi.

Je ne sais pas comment décrire ce qu'il s'est passé à ce moment-là. Je me suis mise à pleurer. Doucement, silencieusement, douloureusement. J'étais idiote. Avant qu'il ne se livre à moi, comment avais-je pu oublier qu'il s'agissait là d'un homme avant d'être un sans-abri ? Comment ai-je bien pu agir ainsi, alors que la seule chose que cette homme demandait n'était rien de plus qu'un simple échange ? C'est à cet instant que j'eu une prise de conscience. Tout cet argent, tous ces fringues luxueux que j'empilais, étaient tous bien loin de la valeur des relations humaines. Je me suis donc installée à ses côtés pour échanger avec cet homme du nom de Francky. Je ne sais pas combien de temps nous avions dialogué, mais je dirais sans doute une petite heure, avant qu'il ne prenne ce fameux bus pour rejoindre cette femme qu'il aimait tant. Je me retrouvais de nouveau seule, sans nulle part où me rendre, attendue de personne. Alors un élément surprenant de plus se produisit. J'allais là ou mes pas me le demandaient, sans me poser de questions. Il était une heure et demi du matin passé, c'était dangereux, mais je m'en foutais. J'y allais, sans avoir peur.

Mes pas cessèrent, me laissant dans une longue rue marchande déserte de monde. Mes yeux s'entêtaient à y trouver une tête familière, mais sans succès. Alors que d'une main, j'essuyais les résidus de mascara ayant coulé sur mes joues à la suite de mes larmes, je vis une petite étincelle au loin, près des marches. Je m'en approchais doucement, avant d'entendre un rire. Sortant de l'ombre, cigarette en bouche, Law s'approcha, un fin sourire aux lèvres.

_ J't'ai attendu. J'savais qu'tu viendrais.


Ainsi se clore le deuxième chapitre. Je suis déjà en pleine écriture du troisième, alors je pense qu'il ne tardera pas trop. J'espère que celui-ci vous auras plut. N'hésitez surtout pas à me faire part de votre ressentie, théories, idées, etc. C'est inutile de le préciser je pense, mais vos reviews encouragent vraiment l'auteur à continuer et à garder la motivation aha. Je dis ça, je ne dis rien. See ya !