À ta place

XVI. Réfléchir.

Se perdre dans le temps, dans l'univers, dans la vie, ce n'est pas grave. Après quelques pas, quelques recherches, on retrouve la route. Et si ce n'est pas le cas, alors te voilà avec un but.

Les mots résonnaient dans son cerveau, ils vibraient à l'infini, entrechoquant ses neurones, créant un court circuit qui la laissait sonner plusieurs minutes. C'était récurrent. Chaque jour, elle finissait toujours par perdre la tête à un moment ou à un autre. Alors elle arrêtait tout, aucune activité ne pouvait jamais la retenir. Elle s'agenouillait, joignait ses mains et récitait des phrases pieuses apprises par coeur et sans esprit :

« Pater noster, qui es in caelis, sanctificetur nomen tuum ; adveniat regnum tuum ; fiat voluntas tua, sicut in caelo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie, et dimitte nobis debita nostra sicut, et nos dimittimus debitoribus nostris, et ne nos inducas in tentationem sed libera nos a malo. Amen. »

Elle n'avait jamais cru en Dieu, ou plutôt elle n'y avait jamais réfléchi. Mais depuis l'enterrement, célébré dans une modique église chrétienne, elle s'était mise à lire la Bible avec assiduité, dévorant les mots et mémorisant les prières. Elle cherchait l'absolution. Ino était morte par sa faute, et elle, elle était heureuse. Elle ne voulait maintenant plus rien que son pardon. Mais comment l'obtenir ? Elle avait pensé au suicide, il aurait été si aisé de se jeter de la Roppongi Hills Mori Tower, ou d'avaler les nombreuses boîtes remplis de cachets qui la narguaient dans la salle de bain, ou même d'utiliser l'un de ses magnifiques couteaux de cuisine aiguisés. Mais elle refusait d'imposer son propre enterrement à Neji. Jamais, elle ne pourrait jamais lui faire du mal, et surtout pas aussi profondément.

Alors elle tentait de l'obtenir par la voix de n'importe qui, se montrant compatissante comme elle ne l'avait jamais été, devenant l'oreille attentive de chacune de ses connaissances, aidant quiconque la croisait et semblait en avoir besoin. Et dans chaque regard, elle guettait cette lueur qui lui dirait qu'elle pouvait quand même vivre sans concession. Même si elle avait tué Ino. Elle cherchait si fort l'absolution, que rien ne la satisfaisait plus. Inéluctablement, elle s'était tournée vers le Saint Esprit, sans vraiment savoir si les mots qu'elle murmurait avec ferveur avait une portés, s'en moquant presque, trop absorbée par sa résolution.

Tenten se retrouvait alors là, en arrêt, complètement incapable d'avancer, se dissimulant par des mensonges anodins. Neji la veillait avec une attention toute particulière dès qu'il était tous les deux, de peur de la revoir brisé comme après l'accident. Elle savait qu'il en faisait des cauchemars, même si pour lui ils s'atténuaient. Ne restait qu'un foyer bancale, qui tenait par miracle grâce à de multiple pansements appliqués sur des plaies qui pourrissaient lentement dessous.

Et maintenant elle était là, dans les toilettes de cette clinique minable dont personne ne connaissait l'existence, à genoux au dessus de la cuvette grise, à murmurer du latin encore et encore. Elle entendit qu'on frappait à la porte : c'était l'infirmière qui tenait aussi le petit accueil où elle s'était présentée plus tôt.

« Excusez moi de vous déranger, tout va bien ? demanda-t-elle d'une voix rouillée par le tabac.

- Oui, je suis juste un peu barbouillée. Ça va. » Encore un mensonge, qu'elle avala d'un coup. « Vous me cherchiez ?

- Le médecin peut vous recevoir tout de suite. »

Elle sortit du cabinet, lissa de ses mains tremblantes le pan de sa jupe noire strict, tritura le bouton de sa chemise et s'avança à sa suite. Le bureau où l'accueillit le docteur Senju Tsunade était petit, avec des murs beiges vieillit où la peinture s'écaillait dans les coins. Elle prit place sur une chaise en plastique orange démodé, face à elle qui lisait tranquillement son dossier, le bout de ses lunettes posées à l'extrémité de son nez long et droit. Ses yeux noisettes allaient d'une phrase à l'autre avec sérénité, ses lèvres rosés murmurant sa lecture par moment, si bien que Tenten s'en crut le droit de chuchoter en silence une nouvelle prière.

« Bien, de ce que je vois, c'est une grossesse tout à fait normal. Vous en êtes à 6 semaines, ce qui est encore tôt. Si c'est toujours ce que vous souhaitez, nous pouvons pratiquer l'avortement cet après midi. Vous a t'ondéjà expliquer la procédure par voix médicamenteuse ?

- Oui. »

Elle la laissa cependant lui réexpliquer ce qui allait ce passer, commet on allait lui ôter cette vie qui n'en était pas encore une, comment on allait la libérer. Les mots flottaient autour d'elle, confus, insonores, émis par la voix ferme du docteur de cette clinique minable où elle était allée se cacher loin de tout.

Allongée sur le lit d'hôpital, ensevelie sous des draps propre et rêche, cernée par l'odeur d'antiseptique, elle récita à nouveau sa prière. L'infirmière qui lui administra le médicament lui lança un regard de travers, comme si prier Dieu était incompatible avec son action. Si elle savait ! Elle n'avait pas d'autres choix, ce qu'elle avait fait était trop grave. Elle ne pouvait pas faucher une vie et donner naissance à une nouvelle. C'était tout bonnement inconcevable.

En ressortant, il lui sembla que le monde avait bougé. Le bruit de la rue n'était plus tout à fait le même, les pas pressés des passants claquaient plus fort sur le bitume, et il lui sembla qu'ils la dévisageaient comme l'infirmière plus tôt, avec cette air de reproche qui sait tout et qui condamne. Elle était prise au piège. Elle courut jusqu'à sa voiture, s'y enfermant avec empressement et démarra rapidement. Elle dépassa toutes les limitations de vitesses, sans ralentir pour autant. Peut être la première leçon n'était pas suffisante.

Tenten se laissa tomber sur son lit, fixant de façon absorbée le plafond. Elle s'arrêta de penser, passa en mode veille et tout devint noire, indolore et lointain. Neji rentra tard. Il ne fut même pas surpris de la trouver en travers du lit, habillée au dessus des couvertures. Il lui enfila un pyjama, déposa un baiser sur son front pour s'allonger tout près d'elle dans leur lit king size. Il se dit simplement que la journée au laboratoire avait du être éprouvante.

Le mensonge la remplissait autant qu'il la vidait. Il la maintenait près de Neji, de ses amis tout en l'éloignant. Il créait une barrière qui petit à petit s'épaississait, et contre laquelle elle ne pouvait plus rien. Comment détruire ce qui était sa seule défense ? Elle ne vivait définitivement plus dans le même monde qu'eux, le sien était différent. Sa densité, ses contours, son odeur, tout étaient empreints du sang d'Ino. Elle avait beau frotter, et frotter, et frotter, avec des prières et des bonnes actions, le sang était indélébile. Elle s'épuisait inutilement.

En se préparant une tasse de café, elle repensa à son désir de prince charmant qui simplement par sa présence à ses côtés l'emporterait au pays des merveilles. Le réveil était dure. Le prince charmant ne suffisait plus. Il était devenu dérisoire sans qu'elle est pu dire comment ni en décider. Elle ferma les yeux, inspira une grande bouffée d'air tokyoïte, et une résolution lui vint en tête. Elle allait oublier Ino. Quitte à nier son existence, elle allait l'effacer, elle et son sang, et ses prières, de son monde qui méritait d'être jolie et appréciable. Elle avait été assez altruiste, et qu'importe l'enfer, elle allait devenir égoïste. Elle le sentait, tout au fond d'elle, tapie dans son cœur, cette boule contenue prête à exploser, cette envie de vivre et d'être heureuse.

Elle regagna la chambre, la pénombre ne lui permettait que de faire des petits mouvements maladroits, et après avoir butté contre quelques objets qu'ils n'avaient pas rangés, elle retrouva Neji, toujours endormie. Elle posa sa tête sur son épaule, écouta les battements de son coeur, respira au même rythme que lui. Elle était bien. C'était sa place. Et Ino ne pourrait la lui dérober. Elle n'avait pas gagné, mais elle n'avait pas perdu non plus.

« Hey, fit-il en ouvrant un œil comateux.

- Hey, répondit-elle comme une collégienne.

- T'as bien dormi ?

- Oui. Et toi ?

- Je suis tombée comme une masse après toi, soupira-t-il en passant une main fébrile de sommeil sur son visage, comme pour vérifier que rien dans son visage ne s'était perdu au court de la nuit. Le boulot était vraiment chiant. J'en ai marre. Je voudrais arrêter de bosser, lâcha-t-il finalement, mais cette fois-ci, ça sonnait comme une résolution sérieuse.

- Tu pourrais, finit-elle par répondre, après de longue minutes de réflexion intense. T'as un héritage suffisant. Et puis, moi je bosse. Et j'aime ça.

- Tu crois que tu supporterais ? Un mari au foyer ? Tenta-t-il sur le ton de la plaisanterie, sans pour autant plaisanter.

- Pourquoi je ne le supporterais pas ?

- Je sais pas. Je pensais que ça t'agacerait, que tout soit bien rangé et ordonné, souffla-t-il avec un demi sourire.

- Je pourrais m'y faire. »

Ils s'embrasèrent, puis ils firent l'amour. Tenten eut un peu mal. Une grimace lui échappa, mais elle fut la seule à la voir.

Se perdre veut aussi dire lutter, chercher et se retrouver, quelque part dans les méandres obscures de l'être. Se perdre est le plus sure des chemins du monde.


XVII. Respirer.

Parfois ça nous tombe dessus comme ça, sans prévenir. Et parfois même quand on est sait que ça va nous tomber dessus, on est tout aussi surpris quand ça arrive.

C'était une journée merveilleuse, une journée tout à fait délicieuse, qui rendait le visage heureux, les mots joyeux et les yeux pétillant. Et tout aussi fou que cela puisse paraître, Temari s'était laissée entraînée par cette gaieté, souriant au bras de Shikamaru alors qu'ils descendaient l'avenue de Shibuya avec les jumeaux dans leur poussette. Elle commençait enfin à ressentir cette fierté d'être parent, cet émerveillement quotidien devant ces vies dont elle était l'origine même. Elle encaissait mieux la fatigue, la colère et l'impatience. Oui, tout était en train de devenir parfaitement parfait.

Shikamaru, lui, n'arrivait plus à dormir. Tout semblait le rattraper. Ce qu'il avait essayé de faire disparaître de son âme resurgissait pour mieux le noyer, montant par marées successives, assaillant sa tête de tsunami de remords et de doutes, de souvenirs mouillés et salés qui le rendaient amer. Il s'était construit un cocon chimique, fait d'un solide mélange de somnifère et d'amphétamine, pour enchaîner les journées, pour chasser l'eau de sa tête, pour vivre et être heureux.

Temari ne voyait rien, ou plutôt elle se rendait aveugle intentionnellement. Elle savait que s'il sombrait, elle ne pourrait pas le rattraper, ni le remonter. Elle n'en avait pas la force, elle ne l'avait jamais eu. Ça avait toujours été lui, et ce depuis le début, qui les maintenait à flot. Alors, tout en sachant que ces moments là seront sujet à regret, elle profitait de sa douce harmonie, avant que le rideau ne tombe et les masques ne se fissurent.

Il s'assirent sur une terrasse, commandant un café pour lui et un thé pour elle. Ils échangèrent des regards énamourés, comme s'ils étaient encore des lycéens échappés de l'école. Cette époque était pourtant révolu, tout avait changé. D'ailleurs, ils ne se connaissaient même pas, à cette période. Ils étaient entourés d'autres personnes, d'autres préoccupations, ils avaient des rêves différents, des projets d'avenir différents. Dont l'autre ne faisait pas partie. Il avait fallu attendre, leur première rencontre chez Sasori lors d'une soirée floue, leur première fois ensemble dans un minable love hôtel, leur liaison qui s'était mise à durer, leur volonté de s'engager dans quelque chose de durable suite à la mise à la porte de Temari de son appartement de Chiwa. Et ils avaient oublié le reste, ils avaient oublié avant. Les amours du collège avec qui ils se voyaient vieillir, les projets du lycée où ils n'y avaient qu'eux, les personnes qu'ils avaient aimé et puis oublié de rappeler, l'odeur des livres de révisions ouvert tout le temps, la couleur du ciel dehors qui paraissait être celle de la liberté, la sensation qu'ils seraient éternellement cette personne là. Tout avait fondue comme neige au soleil. Ne restait qu'une flaque opaque, qui se reformait doucement chez Shikamaru.

« C'est agréable cette saison. D'ailleurs, on devrait partir quelques parts pour Nouvel An. Peut être à la montagne. Qu'est-ce que tu en penses ? papillonna Temari, l'air de rien.

- Je sais pas. Ce n'est peut être pas le bon moment. T'as beaucoup de boulot, non ? tenta-t-il, peu convaincu lui-même. Et puis, mon éditeur me tanne pour que je finisse la première partie de ce foutu bouquin sur la guerre Sino-nippone, répliqua Shikamaru en touillant d'un air absent sa tasse de café.

- Dans ce cas tu n'as qu'à t'y mettre sérieusement. Imagine : on loue une grande maison à Kyushu et on invite du monde. Genre Sakura, Hinata, Neji, tout le monde quoi, s'enthousiasma-t-elle. On filerait les enfants chez les parents qui de toute façon se font chier pendant les fêtes et nous on s'en ferait une un peu plus mouvementé. Je crois que ça nous ferait du bien, ajouta-t-elle en glissant ses doigts dans les siens au dessus de la table, un sourire lumineux accroché aux lèvres. »

Il plongea ses yeux dans les siens, remarquant comme pour la première fois les nuances de vert qui dansaient dans les iris de Temari. Il soupira, chercha un échappatoire quelconque : il ne pourrait pas faire semblant, il le savait, il ne le supporterait pas. Devant Temari passait encore, quoique jour après jour il se savait partir à la dérive très loin d'elle. Mais devant tout le monde, et sur une si longue période, c'était au dessus de ses forces. Alors il se contenta de lui sourire, d'un air emprunt de fatigue, de lassitude et de désespoir. Mais Temari, la femme qu'il aimait, ne vit rien, où n'y prêta pas attention. Elle se pencha vers sa fille pour lui murmurer quelque chose qui fit rire l'enfant. Il n'existait déjà plus.

Allongée sur son lit, Temari s'appliquait à recouvrir de rose ses ongles de pieds, grimaçant quand le pinceau ne suivait pas pleinement sa volonté. Devant elle l'écran géant diffusait les nouvelles de la journée, avec sa présentatrice parfaite et son sourire forcé, des images défilaient à vive allure et informait à propos du monde. Mais Temari n'écoutait pas, et tout en appliquant son vernis sur son petit orteil elle tendait l'oreille pour écouter Shikamaru dans la pièce à côté. Des bruits entremêlés lui parvinrent de la cuisine : un sachet de plastique qu'on froisse, un tintement sur le plan de travail, l'eau qui coule, et la vision de son mec, depuis l'interstice de la porte laissée entrouverte, penchant sa tête en arrière comme pour avaler quelques choses avant de prendre de grandes goulées dans son verre.

« Tout va bien ? lui hurla-t-elle.

- Oui, t'inquiètes. J'arrive. Je dois juste encore passer un coup de fil. »

Elle sursauta. Puis s'affaissa à nouveau. Elle se persuada qu'elle avait mal entendu. Que la télé allumée avait masqué son audition. Qu'elle s'imaginait des trucs avec la fatigue. Mais la télé était sur mute, et on était le week-end. Alors comment expliquer cette fêlure dans sa voix, ce relent rauque dans son accent, cette façon trainante de finir ses mots et ce côté brisé dans son intonation ? Tout était devant elle. Tout était là. Quelque chose n'allait pas avec Shikamaru. Elle ne pouvait plus faire comme si. Elle le sentait. Le rideau tombait sur elle, et maintenant il fallait choisir entre se laisser ensevelir sous les tentures ou s'en extraire.

Elle posa le flacon de vernis sur sa table de chevet, posa les pieds sur le parquet tout en faisant attention de ne pas détruire son travail tout frais, puis se dirigea vers lui. Il était assis sur le canapé, la tête renversée sur le dossier, son iPhone près de son oreille, de brèves onomatopées daignaient parfois sortir de ses lèvres gercées. Elle resta dans l'encadrement de la porte de la chambre, attendant patiemment qu'il en finisse, se disant qu'il n'était pas trop tard pour lancer un film et faire comme si de rien n'était quand il la rejoindrait. Mais elle ne bougea pas. Et quand elle le vit raccrocher, elle s'avança sans trembler. Et enfin, une fois devant lui, s'asseyant sur la petite table basse, elle prit sa voix dure de flic :

« Shi. Je veux que tu me dises ce qu'il y a. Non, je veux que tu me dises ce qui ne va pas. Et je ne veux pas de mensonges, juste la vérité. »

Il la dévisagea comme s'il ne l'avait jamais vu avant. Un air de parfaite hébétude se dessinait sur ses traits figés, et ses yeux cherchaient un point fixe, descendant de son visage pour longer son buste à peine couvert par un vieux t-shirt de sport, dérivant ensuite sur sa culotte en coton et s'attardant sur ses longues jambes fuselées complètement découvertes. Puis il remontait par le même chemin. Comme ça pendant de longues secondes qui parurent mille ans à Temari.

« Shi. Je t'ai posé une question, lâcha-t-elle en perdant de son autorité, devenant suppliante tant son malaise grandissait.

- J'ai entendu, murmura-t-il le regard dans le vague. J'ai entendu.

- Alors réponds moi !

- Je peux pas T.

- Comment ça tu peux pas ?

- Je peux pas.

- Bien sure que si tu peux ! Je suis Temari ! On vit ensemble ! On a des gosses ensemble ! Je te connais par cœur et toi pareille ! Je t'aime ! Et toi aussi tu m'aimes ! Et je vois bien qu'il y'a un truc qui cloche, me prends pas pour une conne ! Je suis flic, tu te souviens ? C'est mon job de repérer les trucs qui clochent pour leur faire reprendre le droit chemin ! Alors réponds moi bordel de merde ! Répond moi : qu'est-ce qui cloche ? »

Elle s'énervait, partait au quart de tour, comme d'habitude. Sa voix d'abord calme et mesurée avait augmenté de volume d'elle-même, parce que c'était comme ça que Temari réglait les problèmes, en hurlant et en poussant les gens pour qu'il lâchent leur bombe à ses pieds et qu'elle s'empresse de la désamorcer. Elle devenait vulgaire aussi, nota Shikamaru alors qu'elle lui frappait de son petit poing fermé jusqu'à la crampe l'épaule gauche, le traitant « d'enfoiré de cachotier qu'est pas foutu d'agir intelligemment quand il le faut ». Quoique, elle était toujours vulgaire.

« T, finit-il par lâcher en lui attrapant le poignet, T regarde moi. Je peux pas t'en parler parce que je suis pas sûre de moi-même savoir ce qui cloche comme tu dis, ok ? Putain, jura-t-il à son tour, regarde ça j'ai tout pour être heureux. Je t'ai toi, j'ai nos enfants, j'ai un boulot de rêve où je peux presque faire ce que je veux quand je veux. Et je suis pas heureux ! Je sais pas, j'ai l'impression que c'est pas réelle, ou peut être que ça me fait peur de me dire que tout peux disparaître d'un instant à l'aut...

- Arrête tes conneries ! S'écria-t-elle en le coupant dans les explications qu'il tentait de lui fournir difficilement. Essayes pas de m'embobiner avec tes tournures de style d'écrivain merdique !

- Je cherche pas à t'embobiner ! S'énerva-t-il à son tour. J'essayes de te dire ce que je ressens ! C'est trop dure pour toi d'essayer pendant cinq petites minutes de me comprendre ! Je dis pas que je t'aime pas en plus ! Je t'aime comme un fou ! Tu l'as dit toi même !

- Alors qu'est-ce que tu essayes de me dire ! Qu'est-ce qu'il faut que je comprenne ! Parce qu'on est pas malheureux sans raison quand même ! »

Il se tut un instant, elle aussi. Il se passa une main sur son visage fatigué, les mots de Temari tournant da sa tête, tous ces mots qu'elle lui lançait en pleine face à grande vitesse et qu'il recevait par accoue. On est pas malheureux sans raison. Bien sure que si, tout un tas de gens sont malheureux sans raison. Il repensa à la mère de son personnage principale, Mizumi, dans son premier roman, toujours au fond de son lit. À son amie de 3ème année dans l'enseignement secondaire, Shiho, il lui semblait, qui s'était pendu sans raison apparente au milieu du lycée. Il y avait aussi le vieux monsieur du combini en bas de la rue, toujours voûté et fatigué, qui lui disait à chaque fois qu'il ne comprenait pas son propre chagrin. Et il y en avait d'autres. Plein d'autres. Et peut être même lui. Une dépression. Voilà, c'était ça. Une dépression. Le truc qui n'arrive qu'aux autres, ou dans les films pour faire mélancolique et tirer des larmes aux spectateurs crédules.

Il regarda à nouveau Temari. Et il tenta de lui sourire. Elle ne comprendrait pas, elle n'était pas capable de cette empathie là. Il la prise contre lui, posant sa tête sur son torse et caressant ses longs cheveux blonds de sa main fébrile. Elle se laissa faire, sans bouger, respirant à nouveau calmement, d'un souffle clair et régulier. La tempête était passée, il ne restait que des nuages qu'ils chasseraient tous les deux avec le temps.

« J'irais voir un psy cette semaine, ok ?

- Ok.

- Tu m'accompagneras ?

- Tu as peur ?

- Oui.

- Ok. Je viendrais. Je te tiendrais la main.

- Merci.

- De rien.

- Si. Merci. Je t'aime.

- Je t'aime aussi. Ça va aller, rajouta-t-elle en se relevant un peu, plongeant ses pupilles dans les siennes, avant de l'embrasser et de le tirer jusqu'à la chambre. »

Parfois j'aimerais pouvoir être au dessus de tout, comme ça, plus rien ne me tomberais plus jamais dessus.