« Nom d'un gobelin ! Hé, Hermione, viens voir ça ! »

La jeune fille ne daigna même pas détourner les yeux de sa pile de dossiers. Il fallait qu'elle vérifie toutes les autorisations avant demain afin de pouvoir les rendre à Mc Gonagall au plus vite. Bien sûr, Malefoy s'était arrangé pour lui refiler tout le sale boulot, et comme d'habitude, elle n'avait rien pu faire. Elle étouffa un soupir et finit tout de même par relever les yeux pour dévisager Ron, les lèvres pincées.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Ron ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup d'œil, ou est-ce que tu viens juste de remarquer que tu avais un grain de beauté en forme de fleur, comme hier ? »

« C'était pas une fleur, c'était un soleil ! Et c'est vraiment impressionnant ! Juste derrière mon coude, là... »

« Oui, oui, je sais, Ron, mais j'ai du travail donc s'il te plaît... »

« Non, Hermione, c'est sérieux cette fois, viens voir. », l'interrompit Harry.

Elle souffla mais repoussa sa chaise et se dirigea vers ses deux amis. Il était vingt-et-une heures passées et la Salle Commune des Gryffondor se remplissait peu à peu. Quelques petits groupes se formaient au coin du feu, se racontant leur aventures de vacances dans un brouhaha agréable de conversations et d'éclats de rire. Hermione était étonnée : la vie avait repris son cours. Petit à petit, les derniers vestiges de la guerre s'estompaient. Le château se reconstruisait, les cours avaient repris, les première année avaient fait leur rentrée. Bientôt, la bataille ne serait plus qu'un mauvais souvenir perdu dans le dédale de sa mémoire. Elle se laissa tomber sur un fauteuil à côté de Harry et se pencha par dessus son épaule, jetant un coup d'oeil curieux au journal qu'il tenait entre ses mains. C'était l'édition de la veille. Une photo de Crabbe cerclé par deux aurors faisait la une, tandis qu'un titre racoleur annonçait :

« Est-ce que vos voisins sont des Mangemorts ? Découvrez la liste des partisans du Seigneur des Ténèbres et dormez sur vos deux oreilles. Un article signé Rita Skeeter. »

Hermione serra les dents. Certes, elle haïssait les Mangemorts mais cet article était un coup bas. Ce sale petit cafard de Rita Skeeter avait repris ses articles calomnieux. Elle serra les poings malgré elle et parcourut des yeux l'article. Pour l'instant trois noms avaient été divulgué : Avery, Nott et Crabbe.

« C'est atroce », murmura-t-elle entre ses dents.

Elle se releva avec fureur et retourna s'asseoir devant ses papiers, se replongeant dans son travail pour tenter d'apaiser sa colère. En feuilletant les autorisations, elle constata que la plupart des élèves de Serpentard restaient au château pour les vacances. Certains n'avaient même plus de maison. Ses mains tombèrent sur la dernière autorisation de la pile. C'était celle de Malefoy. Et elle n'était pas remplie. Hermione n'y avait jamais vraiment réfléchi mais la vie des fils et filles de Mangemorts avait dû changer du tout au tout. Pour le meilleur comme pour le pire. Soudain, la grande horloge tinta doucement, annonçant qu'il était vingt-et-une heures trente. Elle glapit et se releva d'un bond, envoyant valser quelques autorisations qu'elle avait gardé sur ses genoux. Réunissant rapidement les feuillets qui s'étaient dispersés sur le sol, elle les reposa sur la table avant de se ruer vers la sortie de la Salle Commune.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?, l'interrogea Harry.
- Je dois rejoindre Malefoy pour notre réunion hebdomadaire ! J'avais complètement oublié ! »

Elle s'arrêta juste avant de franchir le tableau, hésitant à poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis des heures, mais se résolut finalement, ne pouvant résister plus longtemps :

« Est-ce que... Est-ce qu'ils m'ont répondu ? »

Harry et Ron s'échangèrent un regard gêné, puis, Harry secoua lentement la tête d'un air désolé.

« Non, Hermione, toujours pas... Mais ça va venir... »

Elle détourna le regard et franchit le tableau, évitant soigneusement de leur montrer sa déception. Elle ignora la pluie de sermons de la Grosse Dame qui lui assurait qu'elle l'avait dérangée en pleine séance de relaxation, et traversa à grands pas les couloirs et escaliers du château pour arriver dans la salle de réunion réservée aux préfets. Souvent, à son grand dam, elle se retrouvait seule, Malefoy ayant "malencontreusement" oublié leur réunion. Aussi fut elle étonnée d'y trouver le blond assis nonchalamment sur une chaise, les bras croisés et un sourire moqueur au visage.

« Tu es en retard », fit-il simplement remarquer.

« Je sais, j'avais pas vu l'heure, désolée... »

« Rafraichis-moi la mémoire... C'est pas toi qui me faisais des réflexions sur mon travail ? Me demandant de démissionner ? C'est un peu déplacé d'arriver en retard, dans ce cas, non ? »

« Te faire des réflexions sur ton travail ? Quel travail ? Tu ne fais absolument rien ! »

« Mais au moins j'arrive à l'heure »

« Oui, enfin ça ne compense pas toutes les fois où tu n'as même pas daigné venir ! Tu sais, ces trois dernières semaines, par exemple ! Tous ces soirs où je me suis retrouvée seule à devoir assurer ta part du travail ! », s'étrangla-t-elle, le visage rouge de colère.

« C'est que j'ai toujours mieux à faire. Mais en ce moment, l'ambiance est assez tendue dans la Salle Commune, du coup, je préfèrerais tout plutôt que d'y rester. Me battre contre un hypogriffe, par exemple... ou venir à ces foutues réunions »

Hermione faillit s'étouffer. Ces foutues réunions ? Elles étaient primordiales pour la survie du château ! Ils devaient s'occuper de toutes les doléances des élèves, et dieu sait s'il y'en avait ! Combien d'heures avait-elle passées, penchée sur cette même table, à tenter de concilier les attentes et les problèmes de chacun ? Elle n'aurait su le dire, mais ce qu'elle savait, en revanche, c'est que Malefoy n'avait jamais levé le petit doigt pour lui venir en aide. Elle se demandait encore pourquoi la directrice l'avait nommé, lui, entre tous les préfets de toutes les maisons... Elle aurait même préféré Pansy, l'autre préfète de Serpentard ! Mais McGonagall avait été intransigeante : Malefoy assurerait le poste jusqu'à la fin de l'année. Sauf cas exceptionnel. Et visiblement, son manque de rigueur et son désintérêt total pour la fonction ne faisait pas office de cas exceptionnel.

Hermione inspira une longue bouffée d'air et sentit ses muscles se décontracter. Garder son calme, surtout, garder son calme. Parce qu'elle voyait bien qu'il faisait tout pour la pousser à bout. Mais elle ne lui donnerait pas cette satisfaction.

La jeune fille tira une chaise et s'assit en face de lui tout en posant sur la table une pile de parchemins. Elle tira le premier et le parcourut des yeux distraitement.

« Alors... C'est une doléance de McMillan. Apparemment, il jurerait que des élèves entrent et sortent du dortoir après le couvre-feu, mais il n'arrive pas à les intercepter. »

« Sans intérêt. », trancha Malefoy.

« Bon, j'irai lui parler demain. Alors, la suivante... C'est une doléance de Miss Patil. Apparemment, le miroir des toilettes des filles a été ensorcelé et transforme celui qui s'y regarde en affreux monstre déformé... »

« Ça ne changerait pas grand chose pour toi, ce miroir. »

« Très drôle, Malefoy. Contente-toi d'essayer de trouver une solution, s'il te plaît. »

« Mourir d'ennui ? C'est tout ce que j'envisage, là, tout de suite... »

« Bon, j'irai m'occuper de ça moi même dès que j'aurai le temps. Passons à la prochaine. », soupira-t-elle en extirpant un deuxième parchemin de la pile qu'elle lut rapidement.

« Ah, c'est de Ron... Il se plaint du goût du jus de citrouille servis le matin. Selon lui, ça ressemble plus à de l'urine de rat qu'à du jus de citrouille. »

Malefoy haussa les sourcils mais se passa de tout commentaire alors qu'Hermione détournait les yeux, gênée. Ron s'amusait à lui laisser des doléances à peu près toutes les semaines, mais d'habitude elle était seule au moment de les lire. Elle ne l'avouerait jamais mais ces petits messages avaient le mérite de l'amuser. Bien sûr, elle sermonnait Ron à chaque fois, mais au fond, cela venait égayer la monotonie de ces longues soirées.

« Je lui en toucherai deux mots en rentrant ce soir », déclara-t-elle avec empressement pour clore le sujet avant que Malefoy n'ait le temps de répliquer.

Elle saisit précipitamment une autre doléance, sentant qu'il la dévisageait d'un air moqueur.

« Jane Faucett. Elle dit qu'elle entend des cris et des éclats de voix depuis son dortoir, tard le soir, alors que tout le monde dort et que sa salle commune est déserte... »

« Elle devrait directement s'adresser à Potter pour tout ce qui concerne les voix et autres délires paranoïaques »

Ça y est. Malgré tous ses efforts, elle sentit la colère affluer dans tout son corps et crisper ses muscles. Elle n'avait qu'une envie : se lever et lui mettre une baffe. Elle claqua d'un geste brusque son parchemin sur la table, le dévisageant avec colère.

« Bon, Malefoy, c'est quoi ton problème ? On est là pour trouver des solutions, donc si t'es pas prêt à y mettre du tien, je préfèrerais encore que tu ne viennes pas ! »

« Ah mais ça, c'est pas toi qui décides. Si j'ai une folle envie d'assister aux réunions les plus ennuyeuses de la terre, c'est mon droit de Préfet en Chef. »

Elle tapa du pied nerveusement sous la table.

« Très bien, alors passons à un sujet qui t'intéressera peut-être plus... »

Elle plaqua sous le nez de Malfoy son autorisation de sortie, vierge.

« Pourquoi tu ne l'as pas remplie ? », demanda-t-elle sans aménité.

« Mêle-toi de ce qui te regarde, Granger. Je viens pas te demander des détails de ta relation sordide avec Weasmoche, moi, alors fais-moi plaisir et évite de fourrer ton nez partout ! »

« Je n'ai PAS de relation avec Ron ! », s'écria-t-elle, mais elle se reprit aussitôt. « Je ne sais même pas pourquoi je me justifie, et de toute façon, la réunion est terminée ! »

D'un geste sec, elle réunit ses papiers et s'échappa de la pièce à grands pas. A peine eut-elle passé la porte qu'elle sentit une poigne de fer se refermer sur son bras, la stoppant net dans son élan. Elle se retourna, furieuse.

« Qu'est ce que tu veux, Malefoy ? »

Il la poussa sans ménagement contre le mur, ses yeux gris si près des siens qu'elle pouvait en distinguer chaque rainure argentée. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire carnassier.

« Et alors, tu n'écoutes pas mes doléances, à moi ?, susurra-t-il d'un air dangereux.

- Si t'as des doléances, tu fais comme les autres, tu les écris sur un parchemin et on en parlera la semaine prochaine, si tu te présentes ! Et maintenant, lâch...

- Oh non, je préfère te les dire de vive-voix. Alors, note bien. Drago Malefoy se plaint de l'horrible petite fouineuse de service qui lui sert d'homologue, cette sale petite Miss Je-Sais-Tout, qui se croit tellement intelligente qu'elle peut tout se permettre.

- Puisqu'on en est aux doléances, je tiens à rappeler que non seulement Miss Granger doit supporter l'horrible petit pleurnicheur de Drago Malefoy, mais qu'en plus, elle doit aussi s'occuper de sa part du travail !, répliqua-t-elle en soutenant son regard.

- Mais c'est que tu deviendrais presque insolente, Granger », murmura-t-il d'une voix d'où perçait un amusement malsain.

Un ricanement méchant naquit dans sa gorge, alors qu'il dardait sur elle un regard sulfureux. Ses doigts se serrèrent un peu plus autour de son poignet, lui arrachant un petit cri de douleur. La peau de la Gryffondor était maintenant blanchâtre là où Malefoy lui enserrait la peau, mais quelque chose dans son regard la dissuadait d'esquisser le moindre mouvement. Il y avait quelque chose de féroce, l'expression de toute une violence contenue qui ne demandait qu'à se déverser sur le premier venu. En l'occurrence, elle.

« Dites-donc, jeune homme, on a oublié ses bonnes manières ? Ce n'est pas comme ça qu'on traite une Lady ! », le hêla le chevalier d'un tableau qui était accroché quelques mètres au-dessus d'eux.

Profitant de cette diversion, elle lui donna un coup d'épaule, avant de le pousser de toutes ses forces.

« Ne t'avise plus de me toucher, Malefoy ! »

Il vacilla quelques secondes puis reprit ses appuis tout en affichant de nouveau son sourire railleur. La jeune fille n'attendit pas une seconde de plus et tourna les talons, pressée de mettre le plus de distance possible entre eux.

« Ça te va bien, d'être en colère, Granger ! Je saurai réutiliser cette information à bon escient, crois-moi ! », lui lança-t-il juste avant qu'elle ne tourne à l'angle du couloir.

Elle hâta le pas et arriva vite devant le tableau de la Salle Commune. Là, elle s'appuya contre le mur et s'autorisa quelques secondes de répit. Malefoy était complètement dérangé, et le côtoyer devenait de plus en plus dangereux. Un frisson la parcourut de part en part en repensant à son sourire sauvage. Il y'avait quelque chose de différent chez lui. Quelque chose à glacer le sang.

« Plume de phénix », lâcha-t-elle finalement, faisant pivoter le tableau de la Grosse Dame.

La Salle Communee était plongée dans un noir tamisé par la flamme mourante du feu de cheminée. Un silence paisible régnait dans la pièce ; tous les Gryffondor s'étaient retirés dans leur dortoir respectif. Elle se sentait bien, ici. A vrai dire, elle se sentait chez elle. Elle aperçut Ron et Harry qui l'attendaient au coin du feu et se dépêcha de les rejoindre, s'apprêtant à leur raconter son altercation avec Malefoy. Dès l'instant, où elle croisa le regard de Harry, elle sentit qu'il se passait quelque chose.

« Hermione, un hibou a déposé ça, pendant ton absence », commença prudemment Harry en lui tendant une lettre. « Ils t'ont répondu. »


Merci Sarahblue pour ta review, j'espère que ce nouveau chapitre te plaira. Bon, ça met un peu de temps à s'installer, mais les évènements se mettront peu à peu en place... Alors que pensez-vous de ce cher Malefoy ?