La jolie blonde se laissa tomber en arrière après un tourbillon de plaisir comme elle n'en avait jamais connu. Elle soupira d'extase, le souffle court et les joues rougies par l'effort et se tourna vers son compagnon. Assis sur le lit, il lui tournait le dos. Il avait une peau de nacre et ses cheveux blonds étaient désormais en bataille, décoiffés dans l'action. Daphné observa pour la millième les formes parfaites du corps de Drago, ses larges épaules, les muscles saillants de ses bras, son cou fin et gracieux.
Il se leva et commença à se rhabiller, arrêtant aussi sec les observations admiratives de Daphné.
« Tu ne veux pas rester ? », demanda-elle, d'une voix qui trahissait son désespoir.
« Non », répondit-il simplement, en reboutonnant sa chemise.
Daphné sentit les larmes lui monter aux yeux. Depuis combien de temps espérait-elle, l'attendant pathétiquement chaque soir ? Et pourtant, jamais il n'avait daigné lui accorder plus qu'une nuit dans son lit, de temps en temps. Et malgré tout, elle l'aimait. Si intensément. Tellement, qu'elle préférait de courts instants d'intimité avec lui plutôt que de construire quelque chose avec quelqu'un d'autre. Tout ce qu'elle était lui appartenait, à lui. Elle était sienne et il était sien. A tout jamais.
Elle serra les poings pour s'empêcher de pleurer. Elle savait bien que ce genre d'épanchement sentimental n'était pas vraiment du goût de Drago. Lui qui était si secret, si impénétrable, le regard toujours vêtu d'un dédain las accompagné d'une profonde indifférence. Il se retourna et leurs regards se croisèrent pendant un millième de seconde. Ses yeux d'un gris acier la firent frissonner, la transperçant, la glaçant jusqu'au cœur. Il avait ce pouvoir là : d'un regard, il la renvoyait à l'état de petite fille, aussi effrayée qu'amoureuse.
Il épousseta distraitement sa chemise. Ses vêtements étaient en pagaille et ses cheveux décoiffés : tous ceux qui le croiseraient, sauraient immédiatement qu'il avait passé une nuit mouvementée. Et ce soir là, il avait passé la nuit avec elle. Il était venu la voir, elle entre toutes. Daphné sourit à l'idée de cette pauvre consolation. Comme toujours, elle se contentait de ce qu'il lui laissait.
Sans un mot de plus, il se dirigea lentement vers la porte. Daphné s'élança hors du lit, et saisit le poignet du jeune homme.
« Reste un peu plus... », commença-t-elle. « S'il te plaît. »
Il haussa un sourcil et dégagea son poignet en lui adressant un sourire plein de mépris. Pour toute réponse, il ouvrit la porte de sa chambre.
« Drago, reste... », insista-t-elle.
Il quitta la pièce en claquant la porte, la laissant seule dans un noir diffus auquel se mêlait l'étrange lumière verte qui donnait à son visage une tristesse théâtrale. Elle s'effondra sur le lit, et éclata en sanglots, laissant des torrents de larmes dévaler ses joues pâles.
Il y avait quelque chose de différent chez Drago. Il avait changé depuis la rentrée. Un sentiment angoissant naquit au plus profond de son cœur, là où se forment les désirs les plus fous ainsi que les peurs les plus toxiques. Elle savait. Elle savait au fond d'elle pourquoi il avait changé mais elle refusait de l'admettre.
Elle serra les poings. Il était temps de se reprendre, elle s'était suffisamment apitoyée sur son sort.
D'un geste rageur, elle entreprit de sécher ses larmes mais un petit bruit sec l'interrompit. Elle balaya la pièce du regard : rien. Le dortoir était désert. Seule de grandes tentures émeraude s'animaient d'un régulier balancement, caressée par un vent inexistant.
Ça devait être le fruit de son imagination, mais dans le doute, elle saisit sa baguette, prête à se défendre. Un bruit à la fenêtre la fit sursauter, puis le silence se fit de nouveau, faisant naître en elle un sentiment de profond malaise, comme si quelqu'un l'observait, caché dans cet immense dortoir vide. De nouveau, le même petit bruit. Ça venait de la porte cette fois-ci, elle en était sûre. A pas de loup, elle se dirigea vers la porte, la baguette tendue, et l'ouvrit d'un geste sec. Personne. Elle se pencha pour observer le couloir plongé dans un noir impénétrable. Il était désert : pas âme qui vive dans les alentours. Rien que ce silence inquiétant, ce silence qui lui paraissait pourtant si paisible quelques instants plus tôt.
Elle aperçut alors un mouvement au bas de la porte et sentit soudain quelque chose s'enrouler autour de son pied. Son sang ne fit qu'un tour alors que ses yeux découvraient avec horreur qu'il s'agissait d'un serpent. Elle étouffa un cri et bondit en arrière, mais le serpent fondit sur elle, la collerette dressée et elle dut esquisser une nouvelle embardée sur le côté pour l'éviter. Un serpent d'à peine vingt centimètres, tout blanc, aux lignes irrégulières. Daphné se pencha et saisit le reptile entre son pouce et son index. Au creux de sa main, il se dressa et siffla un son doux comme un bruissement. Elle lâcha un soupir de soulagement, c'était un serpent de papier, fabriqué par quelqu'un. Un Cobra Royal, très exactement. A regrets, elle déplia le petit papier. Une écriture calligraphiée annonçait :
« A l'attention de Daphné,
Rends-toi au Septième étage après les douze coups de Minuit. Suis le Cobra Royal. »
Daphné jeta un coup d'oeil à l'horloge : il était minuit passée. Sous ses yeux ébahis, la lettre froissée reprit la forme d'un serpent. Elle se baissa et approcha sa main du sol afin que le petit Cobra blanc puisse en descendre. Il serpenta doucement jusqu'à la porte et, voyant qu'elle ne bougeait toujours pas, il se dressa sur lui même, déployant sa collerette blanche, et siffla avec insistance, l'invitant à la suivre.
Elle jeta un coup d'oeil circonspect autour d'elle, cherchant des yeux un indice sur l'expéditeur de cet étrange message, mais voyant le serpent s'impatienter, elle se décida à le suivre.
Il serpenta longuement, traversant couloirs sombres et escaliers alambiqués, tandis qu'elle pressait le pas pour réussir à le suivre. Il s'arrêta brusquement devant une petite porte en bois ouvragé. Le couloir était désert et silencieux, et elle aurait été bien incapable de dire où elle était car il lui semblait n'être jamais venue dans cette partie du château. Curieuse, elle colla son oreille contre la porte mais elle devait être bien trop épaisse car aucun bruit n'en sortait.
D'un coup de tête impatient, le serpent lui intima d'entrer. Elle poussa la lourde porte et s'avança dans la pièce, le Cobra à sa suite.
La pièce était éclairée par quelques bougies dont la lumière projetait des ombres vacillantes. Quelques canapés se pressaient dans le fond de la salle, tandis que plusieurs chaises étaient disposées en rond autour d'une longue table basse au bois usé. Pansy Parkinson se dressait fièrement au bout de la table basse, toisant Daphné d'un regard fier.
« Entre, Daphné. Nous n'attendions plus que toi pour commencer. Ferme la porte derrière-toi. »
Daphné s'exécuta et jeta un coup d'oeil méfiant aux invités de cette petite réunion inattendue. A la gauche de Pansy se tenaient Harper, Higgs, Millicent et Opale Farley. Calypso Rosier, Zabini et Montague occupaient quant à eux les chaises de droite. La blonde s'avança d'un pas mesuré et pris place aux côtés du métisse.
Observer, jauger, calculer, Daphné procédait toujours de la sorte. Surtout, ne jamais parler. Parler, ça laisse des traces tant qu'il y a un témoin pour enregistrer ses paroles. Non, parler s'avérait souvent trop risqué. Mieux valait se tapir dans l'ombre et glaner des informations jusqu'au moment opportun. Elle garda donc le silence alors que d'un geste obséquieux, Pansy allumait la dernière bougie. Un sourire satisfait aux lèvres, elle écarta alors les bras et d'une voix forte, elle annonça :
« Bienvenue à tous à la première réunion officielle des Cobras Royaux ! »
Quelques vagues applaudissement retentirent, stimulant la fierté de Pansy dont le large sourire ne laissait rien présager de bon.
« Chers amis Serpents, jusqu'ici qu'avons-nous été ? Nous avons été parias, parvenus, profiteurs, nous avons été vautours nous contentant des carcasses sans intérêts que nos frères voulaient bien nous jeter. Nous avons été les pantins des fils et filles de Mangemorts dont la gloire faisait taire nos noms insignifiants. Et longtemps, nous avons accepté. Nous avons accepté de demeurer leur sous-fifre, nous avons accepté d'être les second-rôles d'une histoire qui avait pour but de nous sacrifier. Nous étions ceux qui n'auraient jamais de poste glorieux, ceux qui ne marqueraient pas l'Histoire de leur patronyme, ceux dont le nom faisait rougir de honte l'aristocratie Sang-Pur. Oui, nous avons été la risée de ces grandes familles. Les Nott, les Malefoy, les Crabbe et bien d'autres encore. Combien de fois se sont-ils moqués de nous ? »
Elle lança un regard sévère au petit comité qui buvait ses paroles avec excitation et appréhension, persuadé d'assister à un tournant majeur de l'histoire des Serpentard. Et d'ailleurs, peut-être avaient-ils raison, mais il était encore bien trop tôt pour positionner son pion.
« Mais où sont donc passés nos beaux esprits fins et acérés et notre grandiose ruse ? », reprit Parkinson. « Et qu'avons nous fait de l'ambition légendaire des Serpentard ? Nous sommes à l'aube d'un grand changement, mes amis. Le règne de l'aristocratie Sang-Pur est sur le point de s'achever. Mais un autre est sur le point de commencer. Notre règne à nous ! Le règne des parvenus et des déchus ! »
Une salve d'applaudissement, beaucoup plus vive que la précédente emplit la pièce d'un bruit de fond désagréable. Daphné fit la moue, les bras croisés, mais ne protesta pas. Elle avait tout intérêt à voir où Parkinson voulait en venir.
« Ils ont été vipères sournoises quand nous n'étions qu'inoffensives couleuvres. Nous étions ces serpents ternes qui ne font plus peur à personne, serpents sans venin et sans saveur, tout juste bons à se traîner dans l'ombre des vipères, finissant leur restes. Mais aujourd'hui tout va changer. Nos noms vont s'inscrire dans l'Histoire. De faibles couleuvres, nous deviendrons Cobras Royaux, serpents mangeurs de serpents ! »
Pansy s'arrêta, dévisageant une à une les personnes présentes dans la petite pièce, les détaillant du regard avec une arrogance dangereuse. Daphné soutint longuement son regard, les bras toujours croisés, le visage impassible. Il ne fallait pas qu'elle trahisse la moindre de ses émotions. Bien sûr, cette petite réunion et les projets des auto-proclamés "Cobras Royaux" relevaient de la folie pure et simple. Mais elle savait pertinemment que tant qu'on n'y était pas obligé, mieux valait toujours se garder de choisir un camp. On n'était jamais à l'abri d'une surprise, et on ne comptait plus les coups d'état victorieux en Histoire.
Un bruit à droite attira l'oeil de Daphné : Calypso trépignait sur sa chaise, mal à l'aise. Enfin, elle se leva et prit la parole, vainquant à grande peine sa timidité.
« Excuse-moi Pansy, mais pourquoi tu m'as invitée, moi ? Je viens d'une famille de Sang-Pur et mon père était... Enfin... C'était un Mangemort. »
Pansy pencha la tête et lui lança un regard doucereux, dont la compassion et la tendresse étaient écœurantes de fausseté. Sa main vint délicatement se poser sur l'épaule de Calypso et elle susurra d'une voix vipérine :
« Ma chère petite Calypso, ton nom n'a plus aucune valeur. Ton père est mort, ta mère ruinée et certaines rumeurs lui prête un nouveau fiancé. Un Né-Moldu. Ça fait désordre au sein de l'aristocratie Sang-Pur, tu comprends ? »
Les grands yeux noirs de Calypso s'élargirent sous le choc, et sa bouche s'ouvrit sans qu'aucun son n'en sorte. Les bracelets argentés de ses bras tintèrent alors qu'elle plaqua une main choquée devant sa bouche carmin, levant si haut ses sourcils qu'ils disparaissaient presque sous ses cheveux bruns. Une foule de regard étaient rivés sur elle, savourant le spectacle, comme une meute de loups affamés devant un agneau apeuré.
« C'est... C'est faux... », bégaya-t-elle, maladroitement.
« C'est ce qu'on dit, pourtant. Et tu sais qu'à Serpentard, les rumeurs font office de vérité. »
« Ça suffit, Pansy. Si c'est pour dire des obscénités pareilles, tu ferais mieux de la fermer ! », gronda Zabini, faisant sursauter Daphné.
C'était la première fois qu'elle voyait Zabini perdre son sang froid et son air placide. Tous les regards se tournèrent vers lui, mais ses yeux défiaient ceux de Pansy avec une violence qui lui était inhabituelle. Daphné songea qu'il devait être un adversaire redoutable et qu'il valait bien mieux éviter de se le mettre à dos.
« Et toi, alors ? Ton sang n'est pas censé être pur, dis-moi ? », attaqua le métisse avec une férocité pleine de rancune.
« Plus pour longtemps », s'amusa Opale Farley. « Sa cousine Valyria s'est mariée avec un Moldu. Oui, oui, vous avez bien entendu, un moldu. Et sa famille a décidé de ne pas la renier ! Son joli sang sera bientôt tout taché ! », pouffa-t-elle méchamment.
Le visage de Parkinson se rembrunit alors qu'elle accusait durement le coup. Œil pour œil, dent pour dent. Mieux vaut éviter de courir à l'offensive si ses propres défenses ne sont pas bien assurées. D'ailleurs, Daphné s'abstint de tout commentaire. Elle savait bien pourquoi elle avait elle-même été invitée. Ses parents avaient fait fortune en vendant des espèces d'arbres très rares... Et leurs principaux clients étaient des moldus qui s'arrachaient leur jacarandas étoilés et leur séquoia bleu à des prix exorbitants. Cependant, ce choix commercial avait suffit à discréditer leur famille aux yeux de l'étriquée petite sphère Sang-Pur.
« Et comment comptes-tu t'y prendre pour "régner", si ce n'est pas trop demander ? », intervint de nouveau Zabini, d'une voix d'où perçait un mépris sans borne.
Le visage de Parkinson se raviva, et un éclat de fierté vint détendre ses traits. D'un air triomphant, elle se pencha vers eux, avec l'air d'une petite fille qui va confier son plus terrible secret, et elle murmura :
« Garder vos Cobras de papiers, ils sauront vous guider le moment venu. Car avant de pouvoir régner, il faut abattre ceux qui se posent en obstacle. Et je sais très exactement comment m'y prendre. », acheva-t-elle tandis qu'un sourire dangereux venait animer son visage d'un éclat redoutable.
Voilà, le nouveau chapitre ! Une nouvelle plongée au cœur du monde sulfureux des Serpentard. Alors, des avis sur Daphné ? Et sur les projets des Cobras Royaux ?
D'ailleurs, Calypso est -en quelque sorte- un hommage à une fiction que j'aime beaucoup.
En tout cas, merci à tous pour vos reviews, je les lis avec un immense plaisir !
Luna : Merci, ça fait très plaisir ! J'espère que tu aimeras aussi ce chapitre !
Eylae : Oui, tu l'as parfaitement résumé, Malefoy a des accès de violence assez troublante... Mais tu verras tout ça bientôt !
Okami :C'est vrai que j'ai tendance à faire des chapitres assez courts, et celui-là fait partie du lot ! J'espère que ça ne t'empêchera pas de le lire ! haha !
Mama : Ne t'inquiète pas, Hermione n'est pas prête à se laisser faire. C'est pas son genre ! Pour l'instant, elle essaye de minimiser la casse parce qu'elle doit quand même coopérer avec Malefoy pour son travail de préfète. Et tu connais Hermione, toujours sérieuse !
Soph : Merci pour tous ces compliments ! Bon, j'espère que je ne tomberai pas dans le schéma bateau, mais si c'est le cas, ce sera à toi de venir me remettre sur le droit chemin. Hahaha !
Merci à tous pour vos reviews et n'hésitez pas à continuer de reviewer, ça fait toujours très très très plaisir !
