La nuit était tombée depuis bien longtemps, pourtant, Drago n'arrivait pas à dormir. Il feignait d'ignorer le pourquoi de cette violente insomnie, mais enfouie tout au fond de son esprit torturé, la raison était claire : son avenir lui paraissait incertain, perdu dans une brume de doutes. Que lui restait-il maintenant ? Rien. Il le savait pertinemment, son nom était devenu un fardeau. Qui pourrait faire confiance à un traître, un lâche, un perdant ?
Parfois, il se prenait à rêver que les rôles s'échangeaient, qu'il revenait de cette guerre en héros, redorant les lettres de noblesse de l'illustre famille Malefoy. Mais la guerre faisait les choses ainsi ; d'une main injuste, elle tranchait : héros victorieux d'un côté et parias méprisables de l'autre. Oui, il lui faudrait s'accommoder de ce nouveau statut : il était devenu un indésirable, un moins-que-rien, l'image même de l'échec honteux.
Quand il y réfléchissait sincèrement - ce qu'il évitait de faire, le plus souvent - il réalisait qu'il ne croyait pas franchement à ces histoires de Sang-Pur et de Sang-de-Bourbe. Certes, il estimait que les familles de Sang-Pur méritaient des égards particuliers car elles avaient quelque chose d'honorable, une aura respectable qu'ont les longues lignées de marquis, de comtes ou de princes. Rencontrer des personnes de prestigieuses lignées lui procurait le même effet que de feuilleter un livre antique, une forme de respect obséquieux et délicat. Des dorures clinquantes aux détails sordides, oui, les familles Sang-Pur ressemblaient en tout point à des livres ancestraux. Mais voilà, un livre, ça prend la poussière, et un jour ça tombe en lambeaux.
Alors toutes ces histoires, il avait vite mis ça sur le compte d'une vieille rivalité élitiste dans laquelle il avait vu une opportunité, celle de s'illustrer. C'est tout ce à quoi il aspirait : faire partie de ceux qui marquent l'histoire de leur nom, quel que soit le moyen pour y parvenir. S'il devait tuer, torturer, écraser, alors il ferait. Enfin, à l'époque, c'est ce qu'il pensait être capable de faire, mais la vérité était venue le giffler de plein fouet : il était lâche, et faible.
Il se leva lentement, dégourdissant ses membres restés trop longtemps inactifs, et se dirigea silencieusement vers la salle commune. Elle avait quelque chose de dramatique, cette salle commune. D'une beauté hypnotisante et écœurante tout à la fois. Toute cette pierre d'un noir terrifiant, ces bannières sur lesquelles ondulait sans relâche ce serpent d'argent, et cette lumière d'un vert bleuté... Cette lumière qui plongeait quiconque y entrait dans un étrange état contemplatif. Et toutes les interactions qui s'y passaient semblaient toujours s'écouler au ralenti.
Il quitta la pièce sans vraiment savoir où aller. Il avait besoin d'air. Besoin de respirer, de sentir ses poumons s'emplir puis se vider pour s'emplir de nouveau. Il traversa des escaliers, et des couloirs, poussa des portes, éteignit des bougies au passage. Enfin, il déboucha dehors, dans le Parc. Au loin, l'immensité noire du Lac scintillait de mille feux, renvoyant à la Lune son éclat argenté. Pas un bruit. Comme si la Forêt Interdite elle-même avait décidé de se faire discrète. Seul le bruissement du vent dans les arbres parvenait parfois à ses oreilles, avec douceur, comme une berceuse qui lui était dédié, à lui et à lui seul. Il s'assit sur les marches, contemplant l'horizon sans fin qui se dressait devant lui : des arbres, des collines et des montagnes, que la nuit avait tapissés de noir. Le monde paraissait si grand, vu d'ici. Infini. Il ressentit une étrange émotion naître au plus profond de son être, puis se répandre lentement dans chaque parcelle de son corps : l'apaisement. Il ne comprit pas tout de suite ce que c'était. Peut-être était-ce même la première fois qu'il ressentait un tel sentiment. Puis, sans savoir vraiment mettre des mots sur ce bien-être, il se détendit, se perdant dans la contemplation merveilleuse de ces paysages en ombres chinoises. Et la force de cette implacable beauté lui fit l'effet d'une consolation qu'il savait temporaire.
Un mouvement attira son œil, brisant la plénitude de ce moment, et il aperçut Hermione en contre-bas, ses cheveux affolés par la brise automnale, son teint blanc reflétant la lumière paisible de la lune. Elle se tenait debout, dos à lui, à quelques mètres de là. Et d'une certaine manière, elle venait compléter cet étrange tableau, comme si elle était la dernière touche qui manquait à ce cadre singulier. Maintenant qu'il la regardait avec attention, il entendait même sa robe émettre un doux claquement en se querellant avec le vent. Elle se détachait du ciel d'encre, chimère poétique qui n'a rien à faire là mais qu'on ne peut se résoudre à ôter du tableau.
Drago avait l'impression d'être en plein rêve - où l'absurde et le beau se côtoient sans états d'âme. Et en se détournant pour regagner son dortoir, quelque chose de fort s'éveilla en lui : un espoir puissant et intangible.
Il garderait cette nuit en mémoire toute sa vie.
Ironiquement, il vivait là ses derniers moments d'insouciance.
~~~~o~~~~
L'horloge de la Salle Commune sonna midi dans un grincement métallique. Drago avait toujours détesté ce bruit de ferraille désagréable qui tintait comme un glas funèbre. Il jeta machinalement un coup d'oeil à sa montre, comme pour vérifier que c'était bien l'heure de déjeuner, puis dans un effort plein de mauvaise volonté, il se leva et quitta la Salle Commune, se joignant à un groupe de Serpentard.
Au moment où il s'apprêtait à rentrer dans la Grande Salle, une voix féminine l'interpella. Il fit volte-face et découvrit Daphné, un sourire enjôleur au visage. Elle s'avança avec grâce jusqu'à lui, sa robe de flanelle blanche virevoltant à chacun de ses pas. Il n'esquissa pas le moindre mouvement, le visage impassible. S'il était tout à fait honnête, il devait bien avouer que Daphné était d'une beauté époustouflante. Son visage fin révélait des pommettes saillantes et des yeux d'un vert profond qui toisait le monde avec froideur, tandis que ses cheveux blonds, toujours relevés en un chignon dont s'échappaient quelques mèches folles, donnaient à ses traits un air angélique et innocent.
Effet trompeur, pensa-t-il, en se rappelant leurs nuits d'ivresse.
Arrivée à son niveau, elle posa une main délicate sur son avant bras et se pencha à son oreille, lui glissant, dans un murmure charmeur :
« Pardonne-moi, pour hier soir. Je ne me sentais pas très bien. Ça ne se reproduira plus. »
« J'espère. J'ai toujours été clair, Daphné. Pas de ça entre nous. »
« Bien sûr. Viens me voir ce soir, je saurai me faire pardonner. »
Drago acquiesça lentement et accueillit son sourire suggestif avec un hochement de tête satisfait. Il voulut s'avancer vers la Grande Salle, mais elle exerça une légère pression sur son bras, l'arrêtant dans son élan.
« Tu voulais autre chose ? »
« Je voulais savoir... Tout se passe bien... Enfin, je veux dire... Pour ton poste de Préfet-en-Chef ? »
Il leva un sourcil interrogateur. Pour quelle raison étrange s'intéressait-elle subitement à ses obligations ? Une expression fugace passa sur le visage de la jolie blonde mais il ne sut comment l'interpréter.
« Oui. Mais je ne vois pas en quoi ça te regarde. »
« Simple curiosité. Je me demandais juste si... »
Des éclats de rire attirèrent son attention, et il se retourna vivement, interrompant Daphné en pleine phrase. Un groupe de Serpentard jubilait d'excitation devant un spectacle qu'il ne pouvait voir. Poussé par la curiosité, il s'avança, contournant Goyle, et ses yeux tombèrent sur Granger, au sol, la mine révulsée, pointant Goyle de sa baguette.
Spectacle pathétique. Pourtant, Granger avait, à cet instant, une expression de colère pure, de haine et de dégoût qu'il connaissait bien. Oui, à cet instant précis, la baguette menaçante et les yeux réduits à de minces fentes, Granger ressemblait en tout point à une Serpentard, et ça le fit rire intérieurement. La petite Miss-Je-Sais-Tout n'était donc pas si parfaite... Cela dit, il n'aimait pas la façon dont s'était comportés ses camarades Serpentard. C'était lui qui décidait à qui on s'en prenait, pourtant, ces derniers temps, ses confrères avaient tendance à s'octroyer des droits, sans même demander son autorisation, outrepassant dangereusement son autorité.
« Regarde Drago ce qu'on a trouvé par terre, un...
- C'est bon, coupa Malfoy, froidement.
- Allez, on commence à p...
- C'est bon », répéta Malfoy, le ton légèrement menaçant.
Goyle hésita un instant mais finit par se raviser et se recula, la mine renfrognée. Granger profita de l'occasion pour filer à l'anglaise. Il guetta discrètement la direction qu'elle prenait puis se tourna de nouveau vers Goyle, le dévisageant avec mépris. Il y'eut un silence. Un bref silence. Puis, presque au ralenti, les lèvres de Grégory s'étirèrent dans une moue arrogante - qui ressemblait vaguement à une tentative de sourire - et rejetant sa tête en arrière dans une posture de défi, il lâcha :
« Alors c'est ça ton nouveau passe-temps ? Essayer de te taper toutes les Sang-de-Bourbe qui traînent ? »
Il y'eut une vague de murmures choqués puis, très vite, un nouveau silence, tous les regards rivés sur Malfoy. Un sourire flottant aux lèvres, il se recula lentement... et asséna un violent coup de poing à Goyle, en plein visage. Malgré sa carrure, ce dernier tituba, puis vint s'écraser contre le mur. Il releva son visage vers Malefoy avec un regard effrayé et tenta vainement de balbutier quelque chose mais le blond l'interrompit :
« La prochaine fois que tu t'aventures à me parler sur ce ton, je te ferai pleurer si fort que même les Poufsouffle auront pitié de toi », souffla-t-il lentement, faisant peser dans ses mots une menace implacable.
Puis il se tourna et accéléra le pas, empruntant le chemin qu'il avait vu Granger prendre. En quelques minutes, il la talonna, et ses pas bruyant durent l'alarmer car elle se retourna brusquement, le menaçant de sa baguette.
« Dis donc, Granger, c'est quoi ces manières ? », se moqua-t-il méchamment.
« Qu'est-ce que tu veux, Malefoy ? », répondit-elle avec mauvaise humeur.
« C'est pas une façon de remercier quelqu'un qui vient de te tirer d'affaire »
« Je m'en serais très bien sortie sans toi. »
« Sûrement. Mais j'aime savoir que tu as une dette envers moi. »
« Je te dois rien du tout. »
« Oh, c'est ce que tu crois. Mais cette idée va faire son bout de chemin dans ta tête. Au début tu feras comme si tu t'en fichais. Et puis, tu commenceras à y penser le soir, avant de t'endormir, et puis, de plus en plus souvent. Tu te diras que finalement, je suis peut-être pas si terrible que ça, et qu'en fin de compte, je t'ai bien rendu service en interrompant Goyle. Tu te diras que t'as peut-être été injuste avec moi, que t'as joué les petites ingrates, sans même m'adresser un 'merci'. Et un jour, enfin, tu te rendras compte que tu as une dette envers moi. Et tu n'imagines même pas le genre de services que je pourrais te demander. »
Elle resta bouche bée, dans une expression qu'il ne lui connaissait pas. Il avait réussi à faire taire l'insupportable Granger. Profitant de son désarroi, il enchaîna :
« Je t'ai troublée, hein ? Tu vois, les mots sont bien plus puissants que les sorts. Range cette baguette. Ce n'est pas digne d'une Préfète-en-chef. »
Et sans rien ajouter, il tourna les talons et disparut à l'angle du couloir. Il savait qu'il l'avait perturbée et ça l'emplissait d'une satisfaction jubilatoire. C'était son petit plaisir. La pousser à bout, la faire sortir de ses gonds et voir ses yeux se rétrécir de colère. Une pauvre consolation, certes, mais il avait bien du mal à y renoncer.
D'un pas leste, il redescendit déjeuner, l'esprit léger.
~~~~o~~~~
De retour de son repas, Drago se dirigea lentement vers la Salle Commune. Il savait ce qu'il lui restait à faire. Il ouvrit la porte des cachots à la volée. Un moment de silence pesant s'installa dans la pièce. Le Serpentard dévisagea tour à tour ses camarades, le visage impassible et le regard froid. Un groupe de Serpentard se dispersa, laissant apparaître Goyle qui avait vainement tenté de se cacher. Le nez recouvert d'un bandage taché de sang, il releva lentement les yeux et croisa ceux de Malfoy. Son visage se tordit en une expression craintive.
« Par... Pardon... Je n'aurais pas dû..., arriva-t-il à articuler piteusement.
- Au delà de ton arrogance pathétique, n'oublie pas qu'elle est préfète-en-chef et qu'elle peut te faire renvoyer en un claquement de doigt. »
Il lui lança un regard menaçant, et se dirigea vers la porte qui menait à son dortoir.
« Elle n'osera jamais me faire renvoyer !, ricana Goyle.
- Sûrement, mais moi, je n'hésiterai pas. »
Et il claqua la porte derrière lui.
~~~~o~~~~
L'après-midi passa lentement et lorsque la fin d'après-midi s'installa tranquillement au château et que le feu de la Salle Commune commença paresseusement à crépiter dans la cheminée, une onde de légèreté se déploya dans les cachots. Les jumelles Carrow sortirent chacune une bouteille de Rhum de menthe de leurs valises et les posèrent au centre de la vieille table en bois.
« Avant que nos parents se les fassent saisir on a pu en sauver une caisse chacune ! », expliqua Flora, avec un petit ricanement dénué de joie.
« Heureusement qu'ils ne fouillent pas nos valises ! », renchérit Hestia.
Une effervescence de murmures et de rires envahit la pièce et une ambiance insouciante s'empara des Serpentard. Drago s'assit à côté de Zabini et se servit un verre qu'il remua lentement, appréciant silencieusement les reflets émeraudes qui se reflétaient sur le bar d'ébène, comme un océan d'émeraude. La salle commune était pleine, et de bruyants éclats de rire arrivaient parfois jusqu'aux oreilles de Drago.
Il se détacha à regret du ballet d'opaline de son verre et observa Zabini. Son visage était légèrement tourné et il semblait fixer quelque chose dans le dos de Drago, le regard dans le vague. Le blond se tourna lentement, suivant le regard de son ami et sourit. Il regardait Calypso. Ses boucles brunes se déployaient sur ses épaules et tressautaient à chacun de ses éclats de rire tandis que sa robe dorée irradiait comme un petit soleil, illuminant sa peau mate d'un éclat doux contrastant avec le jais de ses cheveux. Ses longues jambes fuselées se terminaient par des escarpins noirs aux talons vertigineux.
« Tu sais que tu fais peur à fixer les gens comme ça, Zabini ? Crois-moi, c'est pas comme ça que t'arrivera à conclure. »
Zabini détourna les yeux de Calypso et saisit la bouteille de rhum, un sourire amusé aux lèvres.
« Contrairement à toi, Drago, j'ai pas envie de sauter sur tout ce qui bouge. »
Un petit rire moqueur naquit dans la gorge de Drago. De ses iris gris, il détailla rapidement Zabini, avant de répliquer :
« Dois-je comprendre que Rosier est l'heureuse élue ? »
Blaise accusa le coup, stoppant net son geste, la bouteille en suspend au-dessus de son verre, puis il reprit ses esprit et finit de se servir. Il en but une belle gorgée en faisant la grimace et reposa calmement son verre.
« Pourquoi tu me parles d'elle ?
- Arrête, Zabini, ça crève les yeux que tu veux te la faire. Même un Elfe de maison borgne le remarquerait. Et puis, depuis le temps que tu nous parles d'elle, on a fini par se rendre à l'évidence, hein.
- Je vois pas de quoi tu parles.
- Qu'est-ce qui se passe ? On joue les amoureux effarouchés, tout d'un coup ? Va lui parler, c'est aussi simple que ça.
- Et toi, tu joues les entremetteurs, maintenant ? Je te dis que j'en ai rien à faire d'elle, alors lâche l'affaire ! » s'énerva-t-il.
Malefoy haussa les épaules, interdit. C'était bien la première fois qu'il voyait Zabini élever la voix de la sorte. S'il n'avait pas été son ami, il l'aurait remis à sa place aussi sec mais les alliés se faisaient rares ces temps-ci, et Zabini était la seule personne qu'il supportait plus de cinq minutes ce qui relevait de l'exploit. Et puis, il fallait bien avouer qu'il avait de l'estime pour bien peu de Serpentard. Mais il avait toujours vu en Blaise quelque chose de différent, une forme d'intelligence détachée qu'il trouvait agréable au milieu de toutes les mesquineries typiques des vert et argent. Il ne l'avouerait sûrement jamais mais Blaise était, pour Malefoy, ce qui se rapprochait le plus d'un ami.
« Et toi, alors ? », demanda Zabini d'une voix posée.
« Moi, quoi ? », répondit distraitement Drago, en buvant une nouvelle gorgée.
« J'ai entendu dire que t'avais pris la défense de Granger tout à l'heure »
Il faillit s'étouffer avec sa gorgée d'alcool et déglutit lentement devant le regard amusé de Zabini.
« Les nouvelles vont vite, à ce que je vois », lâcha-t-il avec mauvaise humeur
« Ne joue pas les étonnés, tu sais comment ça marche à Serpentard »
« Ouais. Et c'est fatigant à la longue. »
« Alors quoi ? Tu ne nies même pas ? Donc c'est vrai cette rumeur ? »
« A ton avis ? Bien sûr que non, c'est pas vrai. Mais Goyle commence à jouer un jeu dangereux et il était temps de le remettre en place. Je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais j'ai l'impression que quelque chose se trame, ici. »
Zabini ne répondit rien et détourna la tête, mais il sembla à Drago qu'il était mal à l'aise sans qu'il ne sache pourquoi. D'un haussement d'épaules, Malefoy écarta le sujet et regarda sa montre ; il commençait à avoir faim.
« Je descends dîner », déclara-t-il solennellement.
Il repoussa sa chaise et sortit de la pièce, longeant le sombre couloir de pierre. Des chuchotements attirèrent son attention, et il remarqua qu'on le dévisageait durement. Il jeta des coups d'oeil dissuasifs aux groupes d'élèves qui lui lançaient des regards noirs et continua son chemin. Peu à peu, les murmures se firent plus insistants, et alors qu'il débouchait dans le Hall, il saisit des cris de consternations dans un vague brouhaha incompréhensible.
Alors qu'il s'avançait vers l'attroupement d'élèves, un groupe de trois garçons s'avança vers lui, roulant des mécaniques.
Il les jaugea d'un oeil méprisant. Cinquième année. Cheveux blonds ébouriffés, air de chien battu qui tente de se donner du courage, robe de sorcier élimé : c'était Jimmy Peakes. Derrière, lui, le dépassant d'une tête, un garçon aux cheveux brun bouclés et à la mâchoire saillante le regardait d'un air de défi. C'était Agostino Vane. Le troisième, Malefoy ne le connaissait pas. Le vert et argent les toisa avec dédain et tenta de les contourner mais la main de Peakes se referma sur son épaule, le stoppant dans son élan. Malefoy pivota lentement sur ses talons.
« Lâche-moi », articula lentement Malefoy, menaçant.
« C'est vous qui avez fait ça, hein ? Toi et tes abrutis de potes. Vous vous croyez drôles peut-être ? », répondit Vane en désignant d'un geste de la tête le mur autour duquel s'était formée la masse d'élèves. Il avait haussé le ton afin que tout le monde puisse l'entendre
Le bruit de fond s'éteignit et une foule de curieux commença lentement à se déplacer, s'attroupant autour d'eux, essyant de glaner quelques miettes de l'altercation.
« Je ne vois pas de quoi tu parles et je t'ai dit de me lâcher », gronda Malefoy
« On en a rien à foutre de ce que tu dis », intervint Peakes, animé d'une soudaine pulsion de courage.
« Tant mieux, ça nous fait un point commun », répliqua le blond en haussant les sourcils.
D'un geste sec, il se dégagea de l'emprise de Peakes et le dépassa en lui assénant un coup d'épaule. Il sentit un mouvement dans son dos et la voix de Vane tonna :
« Incarcerem ! »
Drago eut tout juste le temps de se retourner pour apercevoir une corde jaillir de la baguette de Vane et fondre sur lui.
« Evanesco ! »
La corde émit un sifflement strident et disparut aussitôt tandis que Zabini apparaissait la baguette pointée sur Agostino.
« Attaquer quelqu'un de dos... Bravo, Vane, t'as ta place chez les Serpentard... », se moqua Blaise.
Drago lui adressa un regard de gratitude. Sans le sort de son ami, il serait ligoté sur le sol, à la merci des trois abrutis. Il leva lui aussi sa baguette et d'un pas furtif, il vint se placer près de Zabini, face à ses trois ennemis. Un cercle d'élèves se forma autour de ce duel improvisé, plongeant la pièce dans un climat de tendu, auquel s'ajoutait l'excitation infantile des spectateurs. Ils s'échangèrent des regards électriques, chacun attendant un signe pour lancer l'offensive, tournant lentement sans se quitter des yeux.
Il y'eut un mouvement dans la foule, des bruits de protestation, et finalement, Granger déboucha dans le cercle. Son visage blêmit quand elle comprit ce qui se passait et ses sourcils se froncèrent avec sévérité.
« Vous êtes complètement fous ! Rangez-moi ça tout de suite ou vous partez immédiatement en retenue ! »
De nouveau, des regards fusèrent, chacun attendant que l'autre range sa baguette en premier. Le troisième garçon que Malfoy ne connaissait pas finit par céder, imité par Peakes et Vane. Pourtant, ils ne bougèrent pas.
« Allez, ne restez pas ici ! », ordonna Granger d'un ton qui n'appelait aucun refus. « Tous les élèves sont priés de se rendre dans la Grande Salle pour commencer le repas »
Quelques élèves, déçus de ne pas avoir pu assister au combat, poussèrent des soupirs, mêlés de cris de protestation et de murmures inquiets, puis ils se dispersèrent par petits groupes et Malefoy se dirigea lui aussi vers la Grande Salle.
« Non, pas toi, Malefoy. Viens avec moi. »
Il fit un geste de la tête à Zabini pour lui faire comprendre d'aller manger sans lui puis il suivit Granger. D'un pas nerveux, elle l'emmena à l'endroit précis où les élèves étaient massés au moment où il était arrivé dans le Hall. Dans l'agitation, il avait oublié le début des évènements et l'étrange agitation des élèves. Il leva des yeux effarés vers le mur, alors que des lettres capitales le tapissaient de rouge.
«LE SEIGNEUR DES TÉNÈBRES N'EST PEUT-ÊTRE PLUS LA, MAIS NOUS OUI. GARE A VOUS SANG-DE-BOURBE. LA VENGEANCE SE PRÉPARE. »
Drago fronça les sourcils de colère. Alors c'était de ça dont l'accusait Vane et Peakes. Ils pensaient vraiment qu'il était assez stupide pour aller taguer un mur avec des inscriptions aussi stupides que provocantes ? Il se tourna vers Granger, les bras croisés.
« McGonagall l'a vu ? »
« Pas encore. Elle est encore en réunion avec les professeurs et le Ministre de la Magie, pour l'instant. Je vais effacer ça et je lui expliquerai moi-même ce qu'il s'est passé. En attendant, pas besoin de laisser des immondices pareilles sur les murs. »
Joignant le geste à la parole, elle lança un rapide Tergeo. L'inscription s'effaça lentement, bien que Malfoy aurait juré qu'on apercevait encore quelques traînées rouges sur le mur. D'un geste autoritaire, elle intima à Malefoy de la suivre et l'entraîna à l'écart des oreilles indiscrètes, dans une pièce qui ressemblait plus à un grand placard à balais qu'à une petite salle.
Une table était entreposée dans le fond de la pièce entourée de quelques chaises en bois dépareillés. Ils s'installèrent là dans un silence tendu.
Drago imaginait très bien la suite des évènements : il allait s'ensuivre un long interrogatoire où Granger allait tenter par tous les moyens de lui faire avouer que c'était lui le responsable. Évidemment, tout concordait avec son passé et il semblait faire un coupable tout désigné. Peut-être même que McGonagall s'en mêlerait, et qu'elle le menacerait de l'expulser. A leur place, il penserait sûrement la même chose.
« Tu as une idée de qui aurait pu faire ça ? », l'interrogea Granger, visiblement contrariée.
Il la regarda avec surprise.
« Alors comme ça, tu ne me soupçonnes même pas ? », répondit-il, étonné.
« Je sais que tu n'es pas particulièrement intelligent, mais tu l'es quand même suffisamment pour ne pas faire quelque chose d'aussi idiot. »
Il ricana dans sa barbe et acquiesça. Effectivement, il avait des méthodes un peu plus subtiles. Et de toute façon, sa position était suffisamment délicate pour qu'il n'aille pas, en plus, attiser les braises d'une tension déjà trop palpable.
« Sans vouloir être vexante, c'est un coup bas signé Serpentard, ça. », enchaîna-t-elle.
« Pour une fois, je suis d'accord avec toi. »
« Je sais que c'est un sale temps pour les enfants de Mangemorts. J'ai vu l'article dans la Gazette, celui qui divulguait les noms des familles de partisans. Nott devait être furieux. »
« Oh, tu sais, ça ne change pas grand chose. Il fait toujours la gueule, de toute façon. »
« Je suis étonnée de voir que tu prends ça à la légère. Tu sais que tu n'es pas à l'abri, Malefoy. Un jour où l'autre c'est ton nom qui va tomber... », répondit-elle avec sérieux.
« Dis donc, Granger, tu serais pas en train de t'inquiéter pour moi, quand même ? »
Elle rougit furieusement, ce qui arracha un sourire amusé à Malefoy. Elle était tellement facile à piéger.
« Non. Je veux juste que les tensions s'apaisent. Et c'est pas en divulguant des noms et en inscrivant des menaces au mur que les choses vont s'arranger. »
Il haussa les épaules et s'affala contre le dossier de sa chaise. Il ne lui avouerait jamais, mais elle avait raison. Son tour allait arriver, et cette pensée le fit frémir.
« Écoute, tout ce qu'on peut faire pour l'instant c'est prêter l'oreille et essayer de trouver qui a fait ça. Et à priori, ça, ce sera ton travail. », ajouta-t-elle doucement.
« Comme toujours, c'est moi qui fais tout le boulot. Je me suis fait une raison à force »
Elle croisa les bras et lui lança un regard noir, mais il aurait juré qu'elle avait esquissé un sourire amusé. Il se leva et se dirigea vers la porte mais au moment où il allait la franchir, elle l'arrêta :
« Malefoy. Tu devrais faire attention. Certaines personnes pensent que c'est toi qui es derrière tout ça. Et tu sais comme les rumeurs vont vite à Poudlard. »
« Décidément Granger, tu t'inquiètes vraiment pour moi. T'en fais pas, va, je sais me défendre. »
Et sans même lui adresser un dernier regard, il quitta la pièce, un sourire satisfait au visage. Maintenant, il allait devoir ouvrir l'œil pour réussir à découvrir qui était l'auteur de ce message...
Et voilà, un chapitre de nouveau centré sur Drago. Et ça commence à chauffer... Dites-moi ce que vous en pensez !
M. : Voilà la suite ! J'espère qu'elle te plaira !
Sarahblue : Haha, merci beaucoup !
Okami Shiroi : Merci de continuer à suivre ! Voilà un chapitre un peu plus long et la réponse à cette agitation !
Merci encore à tous les lecteurs et à tous les reviewers, vous êtes adorables ! Et continuez de reviewer !
