Le balancier de l'horloge émettait un régulier tintement que l'on remarquait seulement si l'on y prêtait une oreille attentive. Quelques chuchotis d'élèves en pleine concertation sur leur devoirs venaient parfois s'ajouter au bruit de fond et cette douce mélodie de bruits anodins aidait Zabini à se concentrer sur son devoir de potion : il avait déjà rempli trois parchemins. Pourtant, un nouveau bruit - agaçant celui-là - fit irruption dans son champ auditif. Un bruit qui avait le don de lui taper sur les nerfs.

« Tu pourrais arrêter de pianoter sur la table, Drago ? J'aimerais pouvoir finir mon devoir de potion tranquillement. », annonça-t-il d'un ton égal d'où perçait pourtant un zeste d'exaspération.

Malefoy poussa un soupir exagéré et croisa les bras.

« Rappelle-moi pourquoi je t'ai accompagné à la bibliothèque, déjà ? », demanda-t-il avec mauvaise humeur.

« Tu le sais très bien. On doit rendre ce devoir dans trois jours et tu n'as toujours pas écrit une ligne. »

« Ça va, arrête de jouer les modestes, tu pourrais écrire cette dissertations les yeux fermés. Tu veux juste le rendre plus tôt pour rester dans les bonnes grâces de Slughorn. »

Zabini releva les yeux de son devoir et les fixa sur Malefoy avec amusement. Un sourire en coin étira ses lèvres.

« Ce serait pas une pointe de jalousie, que j'entends percer dans ta voix ? »

« Pas du tout. », répondit froidement le blond, vexé. « Le genre de soirée où on boit des cocktails amers en se forçant à faire des sourires qui le sont encore plus, j'ai assez donné pendant les quinze premières années de ma vie, merci. »

« Si tu le dis. Quoi qu'il en soit, tu ferais mieux de t'y mettre, si tu veux pas, comme toujours, finir le jour même à trois heures du matin en t'arrachant les cheveux. »

Malefoy se laissa aller en arrière contre le dossier de sa chaise en regardant distraitement les élèves affairés à leurs devoirs, ignorant royalement le conseil de Zabini. Six minutes de silence studieux passèrent, puis le blond se pencha de nouveau en avant, l'air pensif.

« Zabini, j'ai un truc à te demander. »

« Mmh ? », répondit vaguement Blaise, le nez toujours plongé dans ses livres.

« T'as une idée de qui aurait pu écrire le truc sur le mur, avant-hier ? »

Blaise se détourna enfin de son devoir et lança à Malefoy un regard indéchiffrable. Oui, il avait sa petite idée du coupable. Mais il savait que cette histoire était un terrain miné et s'y aventurer risquait d'être plus dangereux que profitable. Zabini n'était pas un héros, c'était un calculateur. Et tant que ça ne s'avérait pas utile, il préférait taire ses impressions.

Voyant que Zabini ne répondait pas, Malefoy, l'air absent, enchaîna :

« Parce que ça sent quand même le Serpentard à des miles, ce genre de coup sournois. »

Soudain, il sembla réaliser quelque chose car ses yeux se rétrécirent brièvement et il ajouta à voix basse, très vite :

« Tu penses pas que c'est moi, toi ? »

« Non, bien sûr que non. C'est pas ton genre d'écrire des phrases aussi longues. Déjà qu'aligner trois mots sur un parchemin c'est un exploit... »

« Très drôle. Je n'écris peut-être pas beaucoup, mais au moins je sais aligner trois mots devant les filles, et je me contente pas de les fixer comme un psychopathe. Enfin, bref. Si t'entends des trucs dans les couloirs du cachot, viens m'en parler. »

Feignant de ne pas avoir entendu la première remarque de Malefoy, Zabini baissa de nouveau les yeux sur son livre et disposa ses parchemins devant lui. D'une voix moqueuse qui sonnait pourtant comme un avertissement, il ajouta :

« Tout ce que j'ai entendu pour l'instant c'est que Sa Majesté Drago, le Prince des Serpentard fait un coupable idéal. C'est ce qui se dit, en tout cas. »

« Mmh. J'en connais beaucoup qui aimeraient me voir tomber. Beaucoup trop, à vrai dire. Si je devais dresser une liste de suspects selon ce critère, il faudrait que je mentionne la moitié de Poudlard. »

« T'es optimiste. J'aurais plutôt dit les trois-quart. Tous les Gryffondor, tous les Serdaigle, tous les Poufsouffle et environ la moitié des Serpentard. Tu sais parler aux filles, mais tu n'es définitivement pas doué pour te faire des amis. »

« C'est que je suis sélectif. D'ailleurs, continue comme ça et tu vas rejoindre la liste de mes inimitiés. »

Zabini étouffa un petit ricanement avant de s'apercevoir que plusieurs groupes d'élèves les fusillaient du regard. Effectivement, Malefoy ne faisait pas particulièrement d'efforts pour parler à voix basse. Mais au-delà de son sourire arrogant et de ses remarques agaçantes, il y'avait quelque chose chez Drago que Blaise aimait bien, sans vraiment pouvoir mettre de mots là-dessus.

En fait, à bien y réfléchir, Malefoy était sûrement son meilleur ami. Il sourit intérieurement à cette idée. Il avait quand même l'art de choisir les amis les moins fréquentables de Poudlard, mais il devait bien lui accorder qu'il avait le mérite d'être distrayant.
Une pointe de culpabilité l'envahit : il aurait dû confier ses suppositions sur les récents évènements à Malefoy. C'est ce que les amis étaient censés faire, non ? A vrai dire, il ne connaissait pas grand chose à l'amitié. Les relations cordiales, ça, il connaissait en long, en large et en travers. Les ententes cordiales, au même titre que les inimitiés cordiales, d'ailleurs. Mais il s'était toujours gardé de se faire des amis comme des ennemis.
Pourtant, il ne pouvait pas nier qu'il s'était pris d'affection pour cet insupportable blond.

« Malefoy, il faut que je te parle d'un truc... »

Drago détourna les yeux de la Serdaigle qu'il était en train de lorgner depuis quelques minutes pour reporter son attention sur son ami, mais quelque chose dans le dos de ce dernier attira son regard.

« Tiens, tiens, regarde qui arrive. »

Blaise se retourna et aperçut Calypso qui se dirigeait vers lui d'un pas hésitant, accompagnée du clac-clac régulier de ses talons hauts, sans prêter attention aux élèves qui la fusillaient du regard silencieusement. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle était sublime. Il n'y avait pas d'autres mots. Enfin, si, au contraire, il y'en avait des milliers pour la décrire. Ses boucles brunes virevoltaient au rythme de ses pas, tandis que sa robe bleue épousait délicatement ses formes et venait tendrement caresser ses jambes, à chacune de ses foulées. Elle avait des yeux d'un noir abyssal et se mouvait toujours avec élégance, la tête relevée dans un port altier, si bien qu'il avait toujours imaginé qu'elle descendait d'une lignée de reines ou de sultanes.

Avant que Calypso ne les atteigne, Malefoy se pencha vers Zabini et lui souffla discrètement :

« Tu recommences à la fixer bizarrement, Zabini. N'oublie pas d'utiliser des mots. Des mots ! Je sais, ça parait difficile comme ça, mais tu verras, c'est plutôt facile, en fait. »

Malefoy se leva, prêt à partir mais Zabini le retint.

« Attends, Malefoy, je... Enfin... C'est... »

« C'est mal parti. Il suffit pas juste de déblatérer des mots au hasard, hein. Il faut faire des phrases, avec. »

Drago encouragea son ami d'une tape sur l'épaule et décampa dans un ricanement moqueur, alors que Calypso venait tout juste d'arriver à leur niveau. Elle se planta devant Zabini, triturant nerveusement une mèche de ses cheveux. Il connaissait bien ce tic qu'elle répétait à chaque fois qu'elle se sentait mal à l'aise.

« Tu voulais quelque chose, Rosier ? », demanda-t-il sur un ton encourageant.

« Je... J'arrive pas à faire mon devoir de potion et je me suis dit que peut-être... Enfin... Ça te dérangerait de m'aider ? »

« Pas du tout, assieds-toi. »

Il tira une chaise à côté de lui, l'invitant à se joindre à lui. Elle sembla retrouver sa contenance et accepta volontiers l'invitation, prenant place à sa gauche.

« Dis-moi ce que je peux faire pour t'aider. »

Elle fouilla rapidement son sac et en sortit des parchemins couverts de ratures et d'ébauches de phrases. Le visage dépité, elle fit glisser les papiers jusqu'à lui et détourna le regard, gênée.

« J'ai eu beau chercher partout, je n'ai pas réussi à trouver les vertus de la fleur d'Elladone. En fait, je n'ai rien trouvé du tout à ce sujet. »

« C'est parce que c'est Belladone, et pas Elladone. », expliqua-t-il d'une voix douce.

Il se pencha pour fouiller son sac et en sortit un livre usé intitulé Traité de Botanique sur les Plantes Ambivalentes qu'il lui tendit gentiment.

« Ça devrait t'être utile. »

« Merci, Blaise. Je sais pas ce que j'aurais fait sans toi. »

Elle esquissa un mouvement, prête à se relever, mais il la retint. Il aurait tout fait pour être en sa compagnie quelques minutes de plus.

« Tu veux qu'on voit ça ensemble ? », proposa-t-il.

« Ah... Oui, avec plaisir, si ça ne te dérange pas. », répondit-elle avec un sourire de gratitude.

« En fait, la Belladone est particulièrement trompeuse. Elle fait partie de ces plantes qu'on appelle "plantes ambivalentes", des plantes qui ont deux effets complètement contradictoires. Les pétales de Belladone, réduits en essence, servent à fabriquer des philtres de beauté très utilisés en Italie il y'a quelques siècles. Ses baies, quant à elles, sont un poison redoutable. La sorcière allemande Hildegarde disait d'ailleurs que les baies de Belladone 'frappe l'esprit de l'Homme et en quelque sorte le tue'. »

Elle frissonna devant ce funeste présage et ça le fit sourire sans qu'il puisse se l'expliquer.

« Voilà, en résumé. Mais tu trouveras plus de détails dans le livre. Et d'ailleurs, n'oublie pas de parler de la différence entre la Belladone noire et la Belladone bleue. C'est très important. »

Calypso le remercia d'un sourire éclatant et il sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine.

« Merci, Blaise. Vraiment. Je crois que tu es le seul Serpentard à qui je peux demander un coup de main... Sans devoir le payer par la suite. »

Elle se fendit d'un soudain rire cristallin, affolant ses boucles brunes qui se mirent à osciller aux rythme des éclats de son rire. A cet instant, il retrouvait la Calypso vive et espiègle qu'il aimait tant mais qui avait fini par devenir timide et apeurée au fil de ses années à Serpentard. En fait, il n'avait jamais vraiment compris ce qu'elle faisait chez les Vipères. Lorsqu'elle était passée sous le Choixpeau, la décision lui avait paru étrangement longue, puis la voix ancestrale avait tonné "Serpentard". Dès l'instant où il l'avait vue descendre l'estrade, dans sa petite robe de flanelle rouge, il était tombé amoureux de son rire franc et de ses manière aristocrates. Mais au fur et à mesure des années, la maison de Salazar avait fini par l'abîmer et elle s'était faite discrète, attendant patiemment la fin de ce supplice. Un jour, il avait surpris deux Serpentard se moquer de sa mère et la malmener méchamment. Elle avait fondu en larmes, et lui, il n'avait rien fait. Il revoyait encore la petite fille de onze ans, les joues striées de sanglots.

« Calypso, je peux te poser une question ? »

Elle le dévisagea avec surprise et acquiesça gracieusement.

« Pourquoi Serpentard ? J'ai toujours eu l'impression que tu n'étais pas à ta place, ici. »

Son visage accueillit un sourire triste tandis que d'une main distraite, elle dégageait une mèche de cheveux de son visage. Elle haussa doucement les épaules.

« L'héritage familial. Quand on vient d'une grande famille de Sang-Pur qui ont fait leurs classes à Serpentard, génération après génération, ça ferait désordre d'être envoyé ailleurs. La question ne se pose même pas, à vrai dire. Et le moment où le Choixpeau s'est posé sur ma tête, je crois que ça a été l'instant le plus angoissant de toute ma vie. Je mourrais de peur qu'il m'envoie ailleurs. », expliqua-t-elle d'une voix douce. « Tu sais tenir un secret ? »

« Sache que venant d'un Serpentard, la réponse à cette question ne sera jamais fiable. Mais, oui, je sais tenir un secret. »

« Le Choixpeau voulait m'envoyer à Poufsouffle. Mais je l'ai suppliée de m'envoyer à Serpentard. J'avais peur de décevoir ma mère. Avec du recul, je crois que j'ai fait une des pires erreurs de ma vie. Et je pense que le Choixpeau le savait très bien, mais il m'a laissé faire mon choix. »

Elle haussa doucement les épaules et détourna de nouveau le visage. L'horloge sonna alors dix-neuf heures, heure de fermeture et la bibliothèque se désemplit lentement. Calypso se releva élégamment après avoir rangé le livre que lui avait prêté Zabini et ses parchemins dans son sac.

« Tu vas à la Salle Commune ? », demanda-t-elle, un éclat d'espoir dans les yeux.

A l'origine, il comptait aller finir son devoir dans la Grande Salle car il n'aimait pas particulièrement la Salle Commune des Serpentard. A vrai dire, il la détestait. L'ambiance y était toujours pesante ou étrangement dépravée et il préférait l'éviter aussi souvent qu'il le pouvait.

« Oui, j'y vais. On fait le chemin ensemble ? », proposa-t-il avec un sourire rassurant.

« Avec grand plaisir ! », s'exclama-t-elle et un sourire éblouissant vint illuminer son si beau visage.

D'un geste doux, elle posa sa main sur l'avant bras de Zabini, lui déclenchant une myriade de battements de cœur hystériques.

« Merci encore. », glissa-t-elle doucement.

Et alors qu'elle retirait sa main au grand regret de Zabini, ils se mirent en marche tous les deux, parlant distraitement de choses légères. Elle lui racontait parfois quelques bribes de son enfance, ses mains effectuant de grands gestes au rythme de ses mots, frôlant parfois le bras ou l'épaule de Zabini alors qu'il la fixait avec un regard tendre.

A cet instant, Blaise pensait que rien n'aurait pu venir gâcher cette merveilleuse journée, mais au moment précis où ils pénétrèrent dans la Salle Commune, un cri déchirant retentit dans toute la pièce, suivi d'un silence inquiet. Blaise et Calypso s'échangèrent un regard anxieux.

Pansy déboula de son dortoir, les cheveux en bataille et le souffle court. D'une main tremblante, elle pointa la porte de sa chambre.

« Je... C'est... C'est horrible ! », glapit-t-elle, les yeux débordants de larmes.

Zabini surprit le regard de Malefoy, et d'un hochement de tête, ils s'accordèrent pour aller voir ce qui avait déclenché l'hystérie de Parkinson. Ils avancèrent lentement tandis que la salle était toujours plongé dans un silence tendu. Pansy tremblait de la tête aux pieds, recroquevillée sur le sol. Les sœurs Carrow se précipitèrent à son chevet tandis que le métisse et le blond poussaient la porte du dortoir qui s'ouvrit dans un craquement sinistre. Sur le mur du fond, une nouvelle inscription rouge recouvrait le mur.

« TRAITRES A VOTRE SANG, VOUS SUBIREZ LE MÊME SORT. LA VENGEANCE EST EN MARCHE. »

Au pied du mur, sous l'inscription, dont l'encre rouge gouttait encore, un serpent se tortillait douloureusement, transpercé d'un couteau en plein thorax. Sa langue sortait et rentrait de sa bouche avec affolement alors qu'il tentait de se défaire de cette mortelle emprise et ses yeux semblaient animés d'un éclat de douleur et de désespoir.

« Vipera Evanesca. », murmura Malefoy à voix basse, mettant fin au supplice du Serpent qui disparut lentement, dans un long sifflement de soulagement.

Les deux amis s'échangèrent un regard sombre.

« Il faut qu'on trouve qui a fait ça. Avant qu'il ne soit trop tard. », annonça Malefoy d'une voix sinistre mais déterminée, tandis que le bruit de la menace se répandait peu à peu dans la Salle Commune des Vert et Argent.


Voilà un chapitre un peu plus court, centré sur Zabini. Il fallait bien qu'on en apprenne un plus sur lui et la belle Calypso. Et puis, la menace commence à se faire de plus en plus présente... Alors, qu'est-ce que vous en pensez ?

Okami Shiroi : Et oui, Drago a encore réussi à se mettre dans de beaux draps, ça promet... Et ce n'est que le début !

Merci à tous les lecteurs et aux reviewers ! Continuez de me laisser des reviews que je sache ce que vous en pensez ! Et ne vous inquiétez pas, dès le prochain chapitre, on verra de nouveau Hermione et Drago ! Quand même !