Une semaine était passée sans éléments notables, si ce n'est que le mois d'Octobre s'approchait dangereusement de sa fin, et avec elle, venait la fête d'Halloween. Hermione n'avait jamais été très à l'aise aux soirées. Elle préférait sans conteste le confort des salles de classe aux lumières tapageuses des bals. Mais lorsqu'elle voyait les préparatifs excités et les yeux pétillants de ses camarades, elle ne pouvait conserver plus longtemps ses mauvais sentiments. Avec tout ce qu'il s'était passé au château dernièrement, ils avaient bien mérité cette petite récompense qu'ils attendaient déjà depuis le début de l'année. Évidemment, préparatifs étaient synonyme de travail, et il ne fallait pas s'attendre à obtenir une quelconque aide de Malefoy. De toute façon, elle préférait se tenir loin de lui le plus longtemps possible. Quelque chose chez lui la rendait nerveuse. S'il y'avait bien une chose sur terre qu'Hermione détestait par dessus tout, c'était de ne pas avoir le contrôle d'une situation et lorsqu'elle était avec Malefoy, elle finissait toujours par perdre le contrôle.

Un hululement plaintif la tira de ses pensées et elle vit la chouette à laquelle elle essayait d'accrocher sa lettre depuis un bon quart d'heure, ouvrir dangereusement le bec en lâchant un petit cri d'avertissement. Hermione tenta une énième fois d'attacher le ruban autour de la patte du volatile, mais ce dernier, agacé par la maladresse de la jeune fille, se pencha brusquement en avant et lui asséna un coup de bec dans le doigt. Hermione lâcha un petit gémissement de douleur et porta son doigt saignant à sa bouche. C'était bien sa veine ! Décidément, elle n'arrivait à rien aujourd'hui. Savoir qu'elle devait rejoindre Malefoy ce soir la plongeait dans un état de nervosité qui la rendait inefficace.

« Tu ne sais pas t'y prendre », lui glissa une voix douce dans son dos.

Elle se tourna et lança un regard noir à Harry. Le dressage de chouette faisait partie de ces talents auxquels Hermione était totalement hermétique. Ça, et les balais, entre autres. Bien sûr, il avait toujours l'occasion de montrer à Hermione combien il se débrouillait mieux qu'elle à ce niveau-là, ce qui, évidemment, l'agaçait au plus haut point.

Il sourit, amusé de sa mauvaise humeur.

« Je t'en prie, essaye », répondit-elle avec un sourire exaspéré. « Cette chouette est une tête de mule. »

Pour toute réponse, la chouette lança un cri offensé et s'envola un peu plus haut dans la volière, sous le regard médisant d'Hermione. Elle croisa les bras et se tourna vers Harry, attendant patiemment de voir comment il allait s'en sortir.

« Nox, viens là. », appela-t-il doucement.

La chouette pencha la tête et dévisagea Harry quelques secondes avant de s'envoler de nouveau en décrivant de grands cercles au dessus de leurs têtes. Puis, avec une agilité remarquable, elle piqua vers le sol et vint se percher sur le bras tendu du Gryffondor devant le regard médusé d'Hermione.

« Me dis pas que tu connais le nom de toutes les chouettes de Poudlard ! »

« Celle-là c'est facile, elle est toute noire et elle s'appelle Nox. »

D'un geste expert, il noua la lettre autour de la patte de Nox et, poussée par une impulsion, la chouette décolla par la petite fenêtre de la volière. Hermione lui adressa un sourire de gratitude et s'appuya contre le mur. Avec douceur, il vint poser sa main sur son épaule et la caressa avec tendresse.

« Comment tu vas, Hermione ? On te voit peu ces derniers temps. »

« Oui, je dois m'occuper de pas mal de choses en ce moment... »

« Ce n'était pas ça la question... », l'interrompit-il avec un sourire amical.

Elle poussa un long soupir et le regarda droit dans les yeux, soutenant son regard avec inquiétude.

« Tu crois qu'on a été naïfs de croire que les choses s'arrangeraient après la Guerre ? »

Il hocha lentement la tête. « Non, il le fallait. On ne se bat pas pour un avenir incertain. On se bat parce qu'on croit que le lendemain sera meilleur. Sinon, on n'a pas le courage de tenir jusqu'au bout. »

« Mais j'ai l'impression que les choses ne font qu'empirer. Mes parents ne me parlent plus et les messages anonymes redoublent de violence. »

« Hermione, je te connais. Tu trouveras une solution. Tu as toujours trouvé la solution, à chacun de nos problèmes. Sans toi, je ne sais pas ce qu'on aurait fait. Tu as toujours été la raisonnable du groupe, l'optimiste. Et c'est grâce à ça qu'on s'en est sortis. »

Un sourire rassuré vint éclairer son visage, elle s'approcha de lui et se jeta à son cou dans une étreinte tendre. Il la serra dans ses bras, caressant son dos et ses cheveux avec douceur, profitant de ce moment d'intimité avec sa meilleure amie.

Un hibou plana au dessus de leur terre en lâchant un cri strident, les faisant sursauter tous les deux et mettant fin à leur étreinte. Ils se détachèrent l'un de l'autre en riant. Elle se sentait déjà mieux, bien plus légère qu'en entrant dans la volière. C'était sûrement ça, le rôle d'un meilleur ami : vous consoler dans les moments les plus difficiles de votre vie. Après tout ce qu'ils avaient vécu, rien ne pourrait défaire les liens immuables qui les unissaient. Et si Hermione se prenait parfois à douter de tout, son amitié avec Harry était la seule chose qu'elle ne remettrait jamais en question.

« On rentre à la Salle Commune ? », proposa-t-il gentiment.

Elle acquiesça et ils s'acheminèrent vers le château. Le soleil tombait peu à peu, leur offrant un beau dégradé de rose et de doré, tandis qu'ils parlaient de choses légères, riant aux éclats en pensant à de vieux souvenirs ou se chuchotant des confidences inavouées. Les bruyères bruissaient doucement dans le vent, accompagnant leur retour d'une mélodie apaisante.

Bientôt ils furent dans la Salle Commune, et la préfète se dirigea vers la cheminée qu'elle alluma d'un coup de baguette. Ron se dépêcha de les rejoindre et se pressa près du feu crépitant.

« Je ne retiens jamais la formule pour allumer le feu », se plaignit-il en faisant la grimace. « Du coup, je suis obligé d'attendre que tu rentres Hermione. Ça commence à devenir de plus en plus problématique. »

« Pauvre Ron ! », se moqua-t-elle. « Tu as vraiment des problèmes in-sur-mon-tables ! », le railla-t-elle en accentuant chaque syllabe.

« Tu riras moins quand on me retrouvera frigorifié accroupi près de la cheminée éteinte. Tu auras ma mort sur la conscience ! »

« Si c'est la tranquillité de ma conscience qui est en jeu, je veux bien te répéter la formule pour la millième fois. C'est Incendio. Et d'ailleurs, sache que je ne suis pas la seule à la connaître. Je dirais plutôt que tu es le seul à ne pas la connaitre ! »

Il lui fit une grimace enfantine et cela eut le mérite des les faire rire tous les trois. Qu'il était bon de les retrouver ! Dans les périodes de doute, elle avait tendance à négliger la puissance guérissante de leur amitié, et pourtant, tout lui semblait si léger quand ils étaient ensemble.
Elle se pencha soudainement vers eux et les étreignit un peu brusquement. Harry la serra de nouveau dans ses bras avec un petit rire exalté tandis que Ron lui rendait maladroitement son étreinte, lui tapotant le dos d'une main maladroite.

Alors qu'elle se défaisait de leur embrassade, elle remarqua que la salle commune avait doucement commencé à se remplir. Du coin de l'œil, elle aperçut une crinière rousse se faufiler entre les Gryffondor pour gagner son dortoir. Elle fit un geste de la main dans sa direction et la héla d'une voix ravie :

« Hé, Ginny ! Viens avec nous ! »

La rousse marqua un petit temps d'arrêt, et bien qu'elle fût partiellement cachée par un groupe d'élèves, Hermione aurait juré voir une hésitation fugace passer sur son visage. Mal à l'aise, elle resta quelques secondes immobile avant de répondre d'un bref non de la tête accompagné d'un « désolée, Hermione, j'ai un truc à faire » et elle disparut dans l'escalier qui menait aux dortoirs. Ron et Hermione s'échangèrent un regard circonspect, puis il haussa finalement les épaules pour lui faire comprendre qu'il n'en savait pas plus qu'elle à ce sujet.

A bien y repenser, la jeune fille se rendit compte que depuis la rentrée, elle n'avait pas eu la moindre seconde avec sa jolie rouquine. Elle n'avait pas du s'échanger plus de deux trois banalités au détour d'un couloir, comme si Ginny prenait un soin tout particulier à l'éviter.

A la fin de l'été, alors que ses parents l'avaient brusquement repoussée, Hermione était partie se réfugier au Terrier. Là-bas, elle avait trouvé le soutien de la merveilleuse famille Weasley, et même si la douleur ne s'était pas estompée pour autant, ce soutien l'avait aidé à tenir. Elle avait passé des nuits entières à discuter avec Ginny, de ce que l'avenir leur réservait. A cette époque, elle était loin de se douter que la rentrée s'annonçait si éprouvante.

Alors que le feu envoyait parfois de discrètes gerbes d'étincelles, réchauffant doucement la salle commune de sa chaleur conviviale, le petit groupe de Gryffondor réuni autour de la cheminée ne cessait de s'agrandir. Le tintement de la pendule résonnait en fond sonore, comme un métronome venant bercer leur retrouvailles. Avec regret, Hermione constata qu'il était presque vingt-deux heures et se leva avec mauvaise grâce, traînant des pieds, comme une enfant qu'on viendrait d'envoyer au lit malgré ses protestations. Ses camarades la gratifièrent de sourires compatissants : ils n'auraient échangés leur place avec elle pour rien au monde.

Sans plus de cérémonie, elle franchit le tableau de la Grosse Dame - qui semblait pour une fois particulièrement compréhensive, comme si elle-même plaignait le calvaire d'Hermione - et se dirigea à pas lents vers leur salle de réunion. Évidemment, il n'était pas encore arrivé. Mécaniquement, elle poussa la porte et s'engouffra dans la pièce vétuste qui leur servait de quartier général. Elle se demanda vaguement quelle serait l'humeur de Malefoy, en priant pour qu'il soit bien luné. Dans tous les cas, il demeurait imprévisible, violent et arrogant, mais elle le préférait tout de même d'humeur légère.

Mettant fin à ses pensées, Malefoy poussa la porte, une bouteille de Rhum de Menthe à la main. Elle lui jeta un regard sévère, mélange entre désapprobation et lassitude. Toutefois, déjà fatiguée, la lassitude prit le pas, et elle décida de ne pas relever, l'invitant à s'asseoir d'un geste de la tête.

Il roula des yeux, irrité par ses manières autoritaires, mais se résolut tout de même à prendre place en face d'elle.

« Alors ? Du nouveau ? », commença-t-elle, sans préambule. Elle n'était pas d'humeur à s'attarder. Aussi, elle feignit d'ignorer son regard agacé.

« Bonjour, Granger. Oui, je vais bien, merci de t'en inquiéter. »

Hermione releva lentement les yeux, incrédule, face à la petite remarque acerbe de Malefoy. Sa tête se pencha légèrement tandis que ses yeux se plissaient, cherchant à s'assurer qu'il était bel et bien sérieux.

« J'espère que c'est une blague. », siffla-t-elle entre ses dents.

« Déjà que t'es pas franchement aimable, tu pourrais au moins essayer d'être polie. »

Elle leva les yeux au ciel alors qu'un petit cri outré franchissait ses lèvres. « Je rêve ! C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! »

Il fronça les sourcils, ne comprenant que vaguement le sens de cette expression moldue et leva de nouveau les yeux au ciel, aussitôt imité par Hermione.

« Bon, on peut commencer ou tu veux aussi que je te demande si t'as bien mangé ? »

« Ma foi, c'était pas trop mal, même si je rejoins l'avis de Weasmoche sur le goût infâme du jus de citrouille. »

« Bref. », l'interrompit Hermione, déjà lasse. « Du nouveau de ton côté ? »

Il secoua lentement la tête de gauche à droite. « Non, rien de nouveau. Pas de message, pas d'attaque, pas de serpent crucifié. Rien que les bonnes vieilles tensions typiques des Serpentard. Rien qui ne vaille la peine d'être relevé, quoi. »

Elle hocha la tête distraitement, pensive, puis finit par souffler, si bas qu'il dut tendre l'oreille : « C'est bien ce que je pensais. »

Il l'interrogea du regard mais il n'eut pour seule réponse qu'un long soupir désabusé.

« Quoi qu'il en soit, mieux vaut rester sur nos gardes. J'ai bien peur que ce soit le calme avant la tempête. », finit-elle par lâcher, l'air ailleurs.

Il acquiesça, ne pouvant nier qu'il pressentait la même chose qu'elle : une tempête imminente. D'un geste expert du pouce et de l'index, il dévissa le bouchon de sa bouteille de rhum puis se dirigea vers l'armoire qu'il ouvrit rapidement pour en tirer un verre en cristal ornementé sous l'œil ébahi d'Hermione.

« Depuis quand il y'a des verres dans ces armoires ? »

« J'ai pris mes précautions. », lui lança-t-il tout en tirant du placard un paquet de cigarettes.

Se renfrognant, Hermione lui tourna de nouveau le dos et ressortit ses parchemins, se plongeant dans ses notes d'un air absorbé. Pour sa santé mentale, mieux valait l'ignorer.

« Tu as essayé de te renseigner ? De poser des questions ? Tu as une idée un peu plus précise de l'auteur des messages ? »

Elle le vit du coin de l'œil s'asseoir en face d'elle et devina aisément son sourire narquois alors qu'il posait délicatement le verre sur la table. D'une voix moqueuse, il la remit en place :

« Oh la, Granger, on se calme. »

« Calme ? », s'étrangla-t-elle. « Tu crois vraiment qu'on a le temps de rester calme ? Non mais est-ce que tu vois ce qui est en train de se passer ou tu es complètement aveugle ? », finit-elle en tapant du poing sur la table sans même s'en rendre compte.

« Tout ce que je vois, pour l'instant, c'est une préfète hystérique qui braille comme un chat qu'on égorge. », répondit-il très calmement en lui jetant un regard méprisant.

Les yeux de Hermione s'arrondirent comme des soucoupes alors qu'elle hésitait franchement à lui coller une gifle mais elle se ravisa finalement et d'un geste las, elle vint se masser les tempes. Non, ce n'était décidément pas le moment. Elle était bien trop fatiguée pour rentrer dans son petit jeu. Avec étonnement, elle le vit sortir sa baguette. Fronçant les sourcils, elle l'observa du coin de l'œil.

« Gemino. », murmura-t-il en pointant son verre de sa baguette. Ce dernier sembla vibrer un court instant dans un bruit strident désagréable, puis se dupliqua.

Malefoy pencha alors la bouteille de Rhum et en versa un fond dans chacun des deux verres. D'un doigt, il fit glisser un des deux verres sous le nez d'Hermione, lui arrachant un regard perplexe.

« Qu'est-ce que tu fais ? », demanda-t-elle, le sourcil si haut qu'il se perdait dans sa chevelure broussailleuse.

« Heureusement que c'est moi qui suis chargé de me renseigner sur ces mystérieux messages parce que t'es pas franchement perspicace. »

D'un geste de la main dégoûté, elle repoussa le verre, les lèvres pincées, déclenchant un petit rire moqueur de la part du blond.

« Tu as déjà de la chance que je ne te confisque pas ça... », commença-t-elle en désignant la bouteille d'un mouvement vague de la main. « ... alors ne pousse pas trop non plus. »

De nouveau, il fit glisser son verre vers elle. Une douce odeur de menthe s'en échappait, venant chatouiller les narines de la Gryffondor. Une odeur de menthe mélangée à quelque chose d'autre... Quelque chose de plus fort mais qui n'avait pas une odeur désagréable, pensa Hermione. Elle se surprit à jeter un coup d'oeil curieux au contenu du verre : un liquide vert ondulait dans le petit réceptacle transparent, formant des volutes d'émeraude dans le fluide et accrochant la lumière dans un chatoiement captivant.

Réalisant qu'elle était en train de fixer le verre depuis quelques secondes déjà, elle secoua vivement la tête, ignorant le sourire railleur de Malefoy.

« Alors, Granger ? Je croyais que tu savais être spontanée, aussi », l'imita-t-il avec une voix stridente des plus désagréables. « Alors vas-y. Bois une gorgée. »

Elle fronça les sourcils et claqua sa langue contre son palais afin d'exprimer sa désapprobation.

« Mais je n'ai rien à te prouver Malefoy. »

Il balaya ses revendications d'un geste de la main accompagné d'un petit sourire en coin.

« Tiens, tiens. Je m'en doutais. Tu te dégonfles. »

Elle croisa lentement les bras sans défaire son regard du visage de Malefoy. Elle avait envie de lui clouer le bec, de lui faire ravaler son petit sourire arrogant. Merlin, ce qu'il pouvait l'exaspérer. C'était plus fort qu'elle : dès qu'elle le voyait son sang ne faisait qu'un tour. Étrangement, elle ne pouvait se résoudre à simplement l'ignorer ou ne pas relever ses petites phrases mesquines, non, elle avait envie de le remettre en place, de le rabrouer, de lui fermer le clapet. Si elle avait été absolument objective, elle se serait rendue compte qu'il lui tendait un piège grossier, titillant son orgueil pour la pousser à faire quelque chose qu'elle regretterait aussitôt. Mais dès qu'il s'agissait de Malefoy, Hermione avait bien du mal à être objective.

Elle jeta un regard en coin au verre dans lequel le liquide d'émeraude continuait d'ondoyer sous la lumière, déployant toute une palette de vert allant du pastel à l'émeraude.

Bien sûr, elle avait déjà bu de l'alcool. L'été après la Guerre avait résulté en un étrange mélange de festivités et d'enterrements. Aux larmes avaient succédé les toasts joyeux, vite remplacés par des funérailles, elles-mêmes suivies de célébrations grandioses. Ce bizarre fourbis laissait un souvenir confus à Hermione qui n'aurait pu dire clairement si son été avait été triste ou festif.

Ce qui était sûr, en revanche, c'est qu'au milieu de toutes ces fêtes, elle avait pu goûter quantité d'alcools différents : vin rouge ou blanc, champagne, liqueur d'abricot -la boisson préférée de Molly- et même une goutte de Rhubarbier -l'alcool préféré d'Arthur bien qu'il soit un peu trop épicé au goût d'Hermione. Et si elle avait aimé boire un verre de temps en temps, elle était loin d'être du genre à s'adonner à ce type de vice dès que l'occasion se présentait.

Malgré tout, elle ne pouvait ignorer le sourire moqueur de Malefoy. Elle savait très bien ce qu'il pensait, c'était évident : il pensait qu'elle était coincée. Mais elle n'était pas coincée, elle était raisonnable. Et d'ailleurs, son bon sens leur avait évité bien des tracas. Ah, il rêvait de la voir refuser du bout des lèvres pour se replonger dans ses investigations. Il exulterait, triomphant de la voir si prude.

Sentant qu'elle était restée bien trop longtemps silencieuse, elle tendit le bras et fit quelque chose qu'elle n'aurait jamais cru faire de sa vie : elle attrapa le verre et le but d'une traite, sous le regard sidéré de Malefoy dont la mâchoire semblait sur le point de se décrocher. Le goût de menthe, frais et revigorant, lui donna un coup de fouet, mais il fut bien vite remplacé par un goût plus âcre qui lui arracha une grimace : le goût lourd et puissant du Rhum. Une déflagration la traversa de part en part alors qu'elle commençait à regretter ce geste aussi stupide qu'inconscient. Foutu orgueil, ça avait toujours été son talon d'Achille.

Elle serra les dents pour ne pas lui laisser entrevoir son trouble tandis qu'une sensation de picotement commençait à envahir ses membres. Elle eut envie de rire. Rire de sa bêtise, de sa rivalité idiote avec Malefoy, rire de cette incroyable ironie du sort qui faisait que les deux grands ennemis de Poudlard se retrouvaient coincés en tête à tête dans un taudis, un soir par semaine. Un petit ricanement naquit dans sa gorge alors que Malefoy la dévisageait toujours, bouche bée. Si elle n'avait pas vu ses yeux cligner lentement, elle aurait juré qu'il s'était transformé en statue.

« Tu disais, Malefoy ? », se moqua Hermione dont l'audace semblait décuplée par l'alcool. « Alors, qui se dégonfle ? », finit-elle en désignant le verre du blond, toujours plein, d'un geste de la tête.

Il sembla enfin reprendre ses esprits et observa Hermione avec une expression indéchiffrable, bien qu'elle crut y discerner une lueur d'admiration.

« Mes félicitations, Granger. Je dois bien avouer que sur ce coup-là, tu m'as bluffé. », murmura-t-il. « A la tienne. », acheva-t-il en vidant son verre d'une traite.

Sans qu'elle ne puisse l'expliquer, un sentiment de fierté l'envahit, bien vite suivi d'une étrange douceur, se propageant lentement dans son esprit fatigué. Elle se sentait bien. Apaisée. Même Malefoy lui paraissait moins idiot. Il sortit une cigarette de son paquet et l'alluma sous ses yeux, crachant une épaisse volute de fumée blanche qui forma un halo autour de son visage pâle.

« Je ne te propose pas de cigarette, Granger. Un vice à la fois. », souffla-t-il, amusé.

Elle marmonna quelque chose dans sa barbe inexistante et se racla délicatement la gorge.

« On reprend là où on s'était arrêtés ? »

Il hocha la tête, encore trop surpris pour lui refuser quoi que ce soit. L'esprit légèrement embrumé, elle reprit ses notes tandis que Malefoy se servait un nouveau verre. Le nez plongé dans la liste de Serpentard qu'elle avait dressée la semaine précédente, elle finit par marmonner, plus pour elle-même que pour Malefoy :

« Lequel de vous peut bien être assez idiot pour écrire ce genre de messages ? »

« Lesquels », la corrigea Malefoy sans lever les yeux de son verre, à présent rempli, qu'il faisait lentement tournoyer entre ses doigts.

Elle releva la tête, surprise : « Comment ça ? »

Il haussa les épaules, visiblement ravi de la prendre de court : « Le premier message disait 'Le Seigneur des Ténèbres n'est peut-être plus là, mais nous oui'. A priori, ils sont au moins deux, donc. »

Hermione tapa doucement la paume de sa main contre son front : « Mais bien sûr ! Comment ai-je pu oublier ça ! »

« J'imagine qu'ils doivent se réunir, Merlin ne sait où pour s'adonner à leurs petites réunions sordides. », conclut Malefoy en avalant une belle gorgée de Rhum de Menthe sans ciller.

Soudain, un éclair génie traversa la brume épaisse qui se distillait peu à peu dans l'esprit alcoolisé d'Hermione, lui arrachant un petit cri triomphant qui fit sursauter Malefoy.

« Je sais ! », s'exclama-t-elle, un brin trop fort.

Sans même se rendre compte de ce qu'elle faisait, elle posa une main sur l'avant bras du blond qui s'était figé, fixant les doigts fins de la jeune fille, toujours postés sur sa peau de nacre. Ce contact ne dura qu'une demi seconde et pourtant, elle ressentit comme une décharge et elle retira aussitôt sa main, gênée. Ils s'échangèrent un regard étrange mais, à son grand étonnement, Malefoy ne ricana pas. A la place, il la sondait du regard, une expression indéchiffrable vissée au visage. Aucun des deux n'esquissa un geste jusqu'à qu'Hermione se décide finalement à rompre ce silence embarrassant.

« Ahem. Désolée. », murmura-t-elle, si vite, que c'en était presque inaudible. « Bref. Je crois que j'ai compris quelque chose. »

Il haussa un sourcil interrogateur alors qu'elle se penchait pour fouiller son sac et en tirer un parchemin écorné.

« Tu te rappelles de la doléance de Jane Faucett ? », demanda-t-elle, mais elle comprit à son expression qu'il n'avait pas la moindre idée de ce à quoi elle faisait allusion. « Bon. Faucett se plaignait d'entendre des éclats de voix, tard le soir, alors que tout le monde dormait dans le dortoir des Serdaigle. Tu vois le lien ? »

« Pas franchement. », avoua-t-il, même si elle savait qu'il voyait très bien où elle voulait en venir.

« Les petits malins qui écrivent ces messages doivent se réunir dans une des salles du septième étage. Une des salles qui donnent sur la tour des Serdaigle. C'est eux que Faucett a dû entendre ! », finit-elle, la voix frémissante d'excitation.

Il acquiesça, un sourire fair-play aux lèvres. « Bien joué, petit génie. »

Elle lui rendit son sourire, ignorant l'intonation moqueuse de ses deux derniers mots.

« Ça mérite bien un toast, non ? »

Elle hésita, son cerveau avait déjà bien du mal à tourner convenablement, et ce ne serait pas raisonnable d'accepter. Raisonnable. Ce mot tourna plusieurs fois dans sa tête alors qu'elle se remémorait la phrase de Harry : 'tu as toujours été la raisonnable du groupe'. C'est fou comme tout était raisonnable dans la vie d'Hermione. Oui, voilà, Hermione était une fille raisonnable.

Ennuyeuse, lui souffla une petite voix dans sa tête qu'elle feignit d'ignorer.

Quelque chose au fond d'elle la poussait pourtant à vouloir accepter la proposition de Malefoy. C'était comme si le besoin pressant d'effacer ces dernières semaines venait lui souffler de prendre un verre de plus. Elle avait envie d'oublier. Ses parents, les menaces, le comportement bizarre de Ginny, les souvenirs de la Guerre qui la réveillait parfois en pleine nuit. Oublier. Comme ce mot semblait doux et amer à la fois. C'était devenu le mot de la discorde, le nom du crime odieux qu'elle avait infligé à ses parents. Elle frissonna à cette idée.

Voyant qu'elle était en proie à un dilemme intérieur, il en profita pour trancher à sa place et lui servit un fond de verre. Elle secoua la tête, dans une vaine tentative de refus pour se donner bonne conscience.

« Allez, Granger. Je sais que toi non plus t'en peux plus de cette année qui commence pourtant à peine. », lâcha-t-il sur le ton de la rigolade, mais elle perçut un fond de vérité amère.

Elle leva vers lui des yeux surpris. Malefoy n'était pas vraiment du genre à s'épancher de la sorte. Il devait vraiment en baver pour laisser tomber le masque de l'indifférence ne serait-ce qu'une seconde. Réalisant son erreur, le blond avait détourné le regard, s'absorbant soudain dans la contemplation de son verre.

« Alors vraiment... Le dernier... », souffla Hermione, le visage rouge de honte.

Il sourit et avança son bras et leur deux verres s'entrechoquèrent dans un tintement délicat, puis ils en burent chacun le contenu d'une traite et le reposèrent en se souriant.

Quel étrange retournement de situation, pensa Hermione, alors que de nouveau, une vague de chaleur et un fourmillement familier gagnait son corps.

La jeune fille frissonna mais ne se défit pas de son sourire béat. Finalement, le Rhum, ce n'était pas aussi infecte qu'elle l'imaginait. Ou alors, c'était juste une impression déformée de son cerveau ralenti. Elle rit en imaginant que son cerveau était si ralenti qu'elle même, elle allait peut-être marcher au ralenti. Puis son rire s'arrêta aussitôt lorsqu'elle réalisa l'absurdité de son raisonnement.

Un sourire amusé vint détendre les traits de Malefoy et elle réalisa alors qu'elle ne l'avait jamais vu détendu. Elle l'avait vu goguenard et mesquin, elle l'avait vu méprisant, et parfois, fou de rage. Mais jamais détendu. Finalement, il était pas si repoussant quand il ne se donnait pas de grands airs.

« J'ai l'impression qu'il va falloir que je t'escorte jusqu'à ton dortoir, Granger. », la railla-t-il. « Je ne suis même pas sur que tu pourras aligner trois pas. »

Vexée, elle croisa les bras avec emphase. « N'importe quoi. », protesta-t-elle d'une voix d'où perçait pourtant un peu d'amusement. « Avoue que la situation est drôle, quand même. », enchaîna-t-elle. « Enfin, je veux dire... Toi et moi, préfets... Obligés de se supporter... C'est quand même pas de chance. A croire que McGonagall l'a fait exprès. »

« Ça ne m'étonnerait pas de cette vieille pie. »

Elle ricana en entendant l'insulte mais plaqua aussitôt une main choquée devant sa bouche, s'en voulant de s'être moquée de la directrice.

« Trop tard, Granger. T'es obligée d'avouer. Soit tu t'es moquée de McGo, soit t'as trop bu. »

Son visage se tordit en une moue enfantine, le nez et les yeux plissés mais elle ne répondit pas. Malefoy se leva alors, et tira sa chaise pour s'asseoir à côté de la Gryffondor qui ne protesta pas.

« Bon. Fais voir cette liste. J'ai pas envie d'y passer la nuit », commença-t-il en tirant le parchemin d'Hermione vers lui. « Théodore Nott, Hestia et Flora Carrow, Anisim Dolohov, Maximus Rockwood, Selena McNair et Lysandra Yaxley », lit-il à voix haute, d'un air pensif.

Alors qu'il était penché sur le parchemin, Hermione se surprit à détailler son visage qu'elle ne voyait que de trois-quart. Une peau pâle relevé de deux yeux d'un gris intense, métallique. Une mâchoire saillante qui donnait sur un cou au port aristocratique. On devinait dans ses gestes une éducation stricte et austère. Ses cheveux blonds légèrement en bataille accentuait son air nonchalant. Et son parfum...

Il a un parfum d'orage, songea Hermione. Un parfum d'embruns et de tempête.

Avant qu'elle n'ait pu approfondir ses réflexions, Malefoy la coupa dans son élan d'une voix moqueuse :

« Tu pourrais arrêter de m'observer comme ça, Granger ? C'en est presque gênant, à la fin. En plus, t'as oublié Goyle dans ta liste. »

Elle sursauta et cacha son trouble en se plongeant, elle aussi, dans la lecture du parchemin. Après avoir sorti sa plume, elle s'empressa de rajouter le nom manquant à la liste. Malefoy se frotta le menton d'un air pensif.

« Mmh. Dolohov, Goyle, trop stupides pour avoir concocté un plan pareil sans se faire prendre. Quant à Nott, trop malin pour tenter un coup comme ça. », conclut-il. « Les autres ne sont ni assez bêtes ni assez intelligents pour être mis hors de cause. » D'un geste de la main, il arrêta Hermione qui était sur le point de rayer les noms de Dolohov et Goyle. « J'ai dit trop stupides pour avoir concocté le plan. Mais c'est tout à fait le genre à suivre aveuglément des ordres. »

« T'as une bonne estime de tes camarades, dis-moi », ricana-t-elle.

« Crois-moi, c'est déjà un exploit que je n'en ai pas fait disparaître un ou deux au détour d'un couloir », soupira-t-il avec un sourire en coin.

Un sourire étira les lèvres de la jeune fille. L'ambiance semblait étrangement légère malgré la situation. Comme une atmosphère d'audace et de complicité, l'alcool dissipant lentement son pouvoir d'inhibition dans leurs esprits. Elle se surprit à penser que la compagnie du Serpentard n'était pas si désagréable que ça quand il ne revêtait pas le masque du petit prétentieux de service.

Leurs regards se croisèrent à cet instant et ses yeux gris acier lui firent l'effet d'une décharge électrique dans tout le corps. Pourtant, ni l'un ni l'autre ne mirent fin à ce contact visuel. Elle aurait dû bouger, détourner le regard. Oui, si elle avait été raisonnable, c'est ce qu'elle aurait dû faire. Mais à cette heure-ci, Hermione n'était plus raisonnable et elle se contenta de prolonger l'échange, le cœur aux aguets. Quelque chose de trouble se distillait insidieusement en elle, la plongeant dans un étrange état de torpeur. Une insouciante gaieté. Une merveilleuse légèreté. Depuis combien n'avait-elle pas ressentit cette liberté ? L'avait-elle déjà ressenti un jour ? Avait-elle déjà été autre chose que sérieuse et raisonnable ?

Elle sentait à la fois un flux d'adrénaline monter en elle, de ses orteils jusqu'à ses tempes, tandis qu'en même temps, une anxiété adolescente la parcourait en sens inverse. Et ce gris, ce gris dur et froid, le gris venimeux de ses prunelles qui se plaquait sur celui qui osait croiser son regard avec la force d'une faux mortelle. Ce gris...

Il esquissa un geste, se rapprochant imperceptiblement d'elle alors qu'un long silence continuait de planer dans la petite pièce exigüe. Hermione aurait d'ailleurs juré que les murs s'étaient rapprochés les uns des autres tant elle se sentait confinée. La chaleur était montée d'un cran, si bien qu'elle était presque en nage, le cœur bondissant violemment contre les parois de sa poitrine. Il avait réduit la distance qui les séparait à quelques centimètres, à peine. Le cerveau d'Hermione lui hurlait de déguerpir sans demander son reste, mais ce cri désespéré était perdu dans le brouhaha de ses propres pensées, lui-même couvert par les battements affolés de son cœur. Quelques centimètres, à peine. Elle pouvait voir chaque grain de beauté constellant sa peau pâle et ses lèvres d'un rose tendre... Ils étaient si près... Si près l'un de l'autre...

Un craquement derrière la porte les firent sursauter et Hermione réalisa avec horreur ce qui venait de se passer. Finies la légèreté et l'insouciance. Elle repoussa sa chaise avec une moue de dégoût et bondit sur ses pieds, plaquant une main choquée sur son buste. De son côté, Malefoy fronçait les sourcils, comme pour s'extirper d'un mauvais rêve.

« Bon... euh... », commença Hermione dans une tentative désespérée pour échapper au silence tendu qui était retombé sur la pièce. « On se voit la semaine prochaine, on essayera de trouver l'endroit où se réunissent ceux qui ont... Enfin, t'as compris... », déclama-t-elle très vite pour tenter de cacher son trouble. « Si ça bouge du côté des Serpentard, tu m'envoies un message, d'accord ? Ah, et il faudra qu'on parle du bal d'Halloween aussi. »

Il hocha imperceptiblement la tête après lui avoir lancé un regard indéchiffrable et se leva à son tour, sans un mot, puis contourna la table et quitta la pièce sans rien ajouter mais avec un rictus dégouté qui en disait bien assez long. Hermione retomba sur sa chaise lourdement, l'esprit tétanisé et la poitrine en feu.

Comment on en est arrivé là ?, se morigéna-t-elle. Quelle idiote !

Elle se gifla mentalement, toujours sous le choc, et réunit ses affaires d'une main distraite, fourrant le tout pêle-mêle dans son sac. Puis, elle se leva lentement, et repoussa sa chaise tout aussi lentement, puis débarrassa la table de poussières imaginaires. Elle essayait de retarder le moment de sortir le plus possible pour se donner le temps de souffler mais aussi de peur de recroiser Malefoy.

Ce n'est qu'après avoir arrangé l'armoire qu'elle se décida enfin à quitter la pièce. Elle parcourut le château dans un état étrange à mi-chemin entre le dégoût et l'ébahissement. La scène se rejouait en boucle dans sa tête, pourtant, elle ne voyait toujours pas comment ils avaient pu en arriver là. Et que ce serait-il passé, s'ils n'avaient pas entendu ce bruit ? Est-ce qu'ils se seraient... ? Elle ricana devant l'absurdité de la situation. Non, bien sûr que non. Tout ça à cause de deux verres d'alcool. Ses lèvres se plissèrent avec mécontentement. Voilà pourquoi elle évitait de boire ! Quand on voyait où ça la menait...

Perdue dans ses pensées, elle tarda à entendre que dans son dos, des pas faisaient écho aux siens. Une silhouette louvoyait derrière elle avec agilité. En tournant à l'angle d'un couloir, elle aperçut du coin de l'œil l'ombre furtive se glisser à sa suite, déclenchant une volée de battements affolés dans sa poitrine. Oui, quelqu'un la suivait. Elle ne se retourna pas, accélérant le pas, mais l'inconnu calqua sa foulée sur la sienne, se pressant de plus belle. En courant presque, elle vint se réfugier dans le renfoncement d'une porte, pistant d'une oreille alerte le moindre bruit. A son grand étonnement, le silence se fit. Seul le vent battait d'un souffle irrégulier les fenêtres du château. Quelques minutes passèrent. Toujours cette même rengaine de la brise automnale contre les carreaux, mais le reste du château semblait dormir paisiblement.

Elle expira discrètement et plongea sa tête dans ses mains. Est-ce qu'elle devenait folle ? Toutes ces histoires avaient fini par la rendre paranoïaque, au point de la pousser à se cacher dans un recoin sordide de l'école. Un petit rire naquit dans sa gorge : elle était ridicule. De quoi avait-elle peur ? Elle inspira profondément et ferma les yeux de toute ses forces, pour se donner du courage. Tout à coup, elle sentit quelqu'un l'agripper et une douleur aigüe au niveau de son cou lui fit ouvrir les yeux instantanément. Hermione mit quelques secondes à reconnaître la personne qui la tenait par le col, sa baguette plantée dans le cou de la Gryffondor. C'était la blonde avec qui Malfoy parlait la dernière fois... Daphné, se rappela-t-elle dans un grand effort de mémoire. Hermione donna un brusque coup d'épaule pour tenter de se dégager mais la blonde tint bon.

« Qu'est-ce que tu veux ? », demanda Hermione, tentant tant bien que mal de garder son calme pour ne pas laisser transparaître sa peur.

« Ta gueule. », articula lentement la blonde.

Hermione perdit toute sa fausse assurance sous le choc, paralysée par la violence de ces deux petits mots. Elle ouvrit la bouche, comme pour protester, mais la referma aussitôt alors que la blonde en profitait pour enfoncer sa baguette un peu plus profondément dans la peau de la Gryffondor. Une expression fugace passa sur son visage : elle semblait hésiter, partagée entre la furieuse envie de lui faire mal et la peur des représailles. Profitant de cet instant de flottement, Hermione se ressaisit, mue par une adrénaline alimentée de peur, et plaqua ses deux mains sur les épaules de Daphné afin de la repousser de toutes ses forces. La blonde fut projetée en arrière, tituba un instant puis se réceptionna avec grâce en jetant un regard féroce à Hermione, la baguette toujours pointée dans sa direction. La Gryffondor en profita pour dégainer sa propre baguette, l'orientant en retour sur Daphné.

« Alors c'est toi qui as écrit tous ces messages ? », cracha Hermione, les sourcils tellement froncés qu'ils se rejoignaient presque.

Daphné rejeta soudain la tête en arrière, et un rire cruel naquit dans sa gorge pour éclater à l'air libre, tranchant brutalement avec le silence ambiant. Elle releva la tête et toisa de nouveau la brune avec un sourire méprisant avant de hocher lentement la tête de gauche à droite.

« T'es pas aussi intelligente que tout le monde le prétend, Granger », se moqua-t-elle méchamment. « Je n'ai rien à voir avec ces stupides menaces. »

Hermione se renfrogna : « Alors qu'est-ce que tu veux ? »

« Tu sais, je déteste les petites garces dans ton genre », répondit la blonde, presque sur le ton de la confidence.

La Gryffondor contracta les mâchoires : « Si ça peut te rassurer, je t'avoue que je ne te porte pas spécialement dans mon cœur non plus. »

Une moue de profond dédain peignit les traits de la blonde, tandis qu'elle tournait, lentement, obligeant Hermione à tourner, elle aussi, afin de lui faire face. Perdant patience, la Gryffondor lui lança :

« Bon, qu'est-ce que tu veux ? »

« Reste loin de Drago. Ne t'approche plus de lui. Jamais. Sinon je te détruirai. Je détruirai chaque parcelle de ta misérable existence jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un amas de lambeaux. », lâcha froidement Daphné.

Hermione retint un frisson devant la menace. Ce n'était pas le moment de montrer ses faiblesses. Non, il fallait se montrer invulnérable, ou du moins, essayer...

« Je crois que je suis assez grande pour décréter moi-même ce que je peux faire ou non », décréta Hemione sur le même ton froid que la blonde.

« Ceux qui me désobéissent le payent cher. », rétorqua Daphné.

« Mais ceux qui me font du chantage le payent au moins aussi cher »

La jolie blonde lâcha un ricanement sceptique, et resta quelques secondes sans bouger, le regard empli d'un dédain non dissimulé. Hermione pouvait sentir la tension, électrique, palpable, flottant ostensiblement entre elles. Le couloir sombre était d'un silence troublant. Pas un bruit ne filtrait. Hermione fut parcouru d'un long frisson qui la traversa des pieds à la tête. Tous ses muscles étaient tendus, prêts à l'action. Le silence était écrasant, si lourd qu'il en devenait plus assourdissant que le pire des vacarmes. Elle haussa les sourcils, hésitant sur l'attitude adopter. La blonde n'en démordait pas, elle. Son regard se faisait sauvage, déchaîné. Pendant un instant, Hermione envisagea de lui lancer un petrificus totalus et de la laisser là, abandonnée à son propre sort, mais elle se reprit. Ce n'était pas digne d'une d'une préfète-en-chef.

La jeune fille se résolut donc à mettre fin à cette bataille silencieuse. Elle rangea sa baguette. La Serpentard la suivait des yeux avec attention, fixant le moindre de ses gestes. Hermione jeta un dernier coup d'oeil foudroyant à la jeune fille puis tourna les talons.

Elle eut tout juste le temps d'entendre un « Impedimenta ! » et elle s'effondra sur le sol, les membres engourdis et lourds, totalement paralysés.

« Tiens-toi loin de Drago, sale garce », lui glissa Daphné à l'oreille.

Un rire démoniaque, cruel et sauvage, franchit les lèvres de Daphné avec une violence inouïe, emplissant tout le couloir, et s'immisçant dans les moindres recoins du cerveau d'Hermione, s'entrechoquant contre les parois de son esprit en créant un bourdonnement insoutenable, lui arrachant un cri de douleur étouffé... elle eut tout juste le temps de voir Daphné pointer sa baguette sur elle et souffler un puissant « Stupéfix ! » et elle perdit connaissance.


Un nouveau chapitre un peu plus long et... ne serait-ce pas un petit rapprochement entre Hermione et Drago ? Mais est-ce que ça va durer ? Ah, ça... Vous verrez bien ! Héhéhé.
Laissez-moi une petite review pour me donner votre avis !

Okami Shiroi : Merci encore pour ta review, que tu es fidèle ! Un chapitre un peu plus long rien que pour toi ! Haha ! Alors que penses-tu de cette chère Daphné ? Personnellement, je l'adore ! Mais je crois que c'est un avis peu partagé... Héhéhé

Maxine : Si tu as aimé le chapitre précédent, j'espère que tu aimeras tout autant celui là, d'autant qu'il y'a comme un petit air de romantisme qui commence à s'installer, héhéhé. En tout cas, merci mille fois pour ta review !

Un GRAND merci à tous les lecteurs et reviewers ! N'hésitez pas à me laisser une review, pour me dire si vous avez aimé/détesté ou juste pour me passer un petit coucou, ça me ferait le plus graaaand des plaisirs ! Merci d'avance !