Daphné se laissa tomber sur son lit tandis qu'un rire féroce et incontrôlable naissait de sa gorge puis éclatait au grand jour, secouant sa crinière blonde de petits spasmes irréguliers. Son regard, vide, fixait le plafond noir de sa chambre, ses bras élégamment croisés sur la poitrine.

Elle l'avait eue. Elle avait réduit au silence cette petite idiote de Granger. Silence de courte durée, elle le savait. Et elle savait aussi que les conséquences de son acte risquaient d'être dramatiques pour elle. Peut-être qu'elle serait renvoyée. Ou peut-être que McGonagall serait clémente et qu'elle écoperait juste d'une atroce punition, comme aider ce gros bourru de Hagrid à faire on-ne-sait-quoi dans la Forêt Interdite.

Mais elle s'en fichait. Il fallait faire payer cette Sang-de-Bourbe. Elle l'avait bien vu tourner autour de Drago. Oh oui, ça elle n'avait pas pu le manquer. Par quel maléfice, par quel sortilège Granger avait-elle réussi à attirer son attention ? Elle n'en savait rien, mais ce qu'elle savait, en revanche, c'est que le jour où il avait quitté la Salle Commune après son altercation avec Hestia Carrow, il était allée la rejoindre. Elle, entre toutes. Cette pensée lui donnait envie de vomir.

Dès l'instant où elle l'avait vu rejoindre Granger, un sentiment de haine viscérale avait grandi en elle, s'infiltrant dans la moindre parcelle de son corps, la parasitant d'images insoutenables où Drago et Granger s'échangeaient des regards complices, se tenaient par la main, s'embrassaient... Non, ce genre de pensée intempestive était le fruit de son imagination ! Jamais, JAMAIS, Drago ne pourrait succomber au charme inexistant de la Gryffondor... Elle était tout ce qu'il détestait. C'était une Sang-de-Bourbe, une affreuse Miss-Je-Sais-Tout et une copine de Potter, qui plus est. Jamais... A moins qu'il ne soit sous le coup d'un sortilège extrêmement puissant. Nul doute que cette garce de Granger aurait été capable de l'envoûter. Alors, contre toute attente, c'était à Daphné de veiller à ce que cette sale Sang-de-Bourbe soit mise hors d'état de nuire. Oui, c'était son rôle à elle, elle qui projetait un jour d'être Madame Malefoy, et de résider dans ce grand Manoir aux allures royales aux côtés de Drago Malefoy. De célébrations mondaines en dîners caritatifs, elle rayonnerait au sein de la petite communauté aristocratique que formaient les amis de la famille Malefoy. Dignement, elle porterait le flambeau de Narcissa qui la regarderait avec un sourire attendri, pensant secrètement que son fils n'aurait pu choisir meilleure fiancée pour assurer la descendance de la dynastie Malefoy.

Son avenir était déjà tout tracé. Et elle ne laisserait rien ni personne se mettre en travers de son chemin.

Un bruissement un niveau de ses jambes la tira de ses pensées. Le petit cobra de papier se faufila sur le lit, longea son corps et vint se lover contre son ventre. D'un geste machinal, elle caressa le serpent d'origami qui siffla doucement et posa sa tête sur le buste de Daphné. Le reptile ne l'avait pas quittée depuis qu'elle l'avait découvert, serpentant sur ses pas, s'enroulant à ses chevilles. Si ça avait eu tendance à l'agacer au début, elle avait fini par s'habituer à sa présence de papier, qu'elle prenait bien soin de cacher aux yeux des autres Serpentard.

Bercée par le froissement du cobra contre sa peau, elle finit par s'endormir paisiblement, le sourire aux lèvres, rêvant à sa vie aux côté du prince des Serpentard.

~~~~o~~~~

La journée touchait presque à sa fin. Déjà le ciel se teintait de rose alors que Daphné traversait le parc à pas lents, laissant la brise glacée jouer avec ses cheveux et rougir ses joues pâles. Des pas dans son dos la firent ralentir et elle fut bien vite rattrapée par Flora Carrow.

Daphné la dévisagea sans rien dire alors que la brune accélérait pour être à son niveau. Petite, brune, le nez en trompette, Flora n'était pas le type de filles qu'on qualifierait spontanément de 'jolie' mais son énergie et son rire facile ne laissait visiblement pas indifférent. Daphné n'avait rien à lui reprocher. De manière générale, les gens se divisaient en deux catégories aux yeux de la blonde : ceux qui se posaient en obstacle entre elle et Drago, et le reste du monde qui baignait dans son indifférence la plus totale. Et Flora faisait précisément partie de cette deuxième catégorie, bien qu'elle lui ait toujours préféré sa sœur, Hestia, qui, si elle n'était pas particulièrement intéressante elle non plus, avait au moins le mérite d'être moins bavarde et superficielle que sa jumelle. Elle laissa toutefois Flora la rattraper sans protester.

« On te voit plus beaucoup, ces derniers temps, Daphné », commença gentiment la brune, légèrement essoufflée.

« On a beaucoup de devoirs à rendre, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué », répondit-elle en plaquant un sourire faussement amical à ses lèvres pour atténuer la dureté de son ton.

Flora ne sembla pas le relever et acquiesça, pensive. « C'est vrai qu'ils nous ont pas raté avec toutes ces dissertations... »

Daphné ne répondit rien, espérant secrètement que cela réussirait à faire déguerpir la brune, mais cela n'eut visiblement pas l'effet escompté car elle enchaîna : « Je déteste ce cours, pas toi ? Déjà qu'on doit supporter l'autre demeuré de Hagrid, mais en plus on doit se coltiner ces abrutis de Gryffondor... »

Toujours silencieuse, Daphné se contenta de hocher la tête afin de faire acte de présence, sans toutefois prêter attention aux élucubrations de la brune.

« Enfin, moi, tu sais, j'ai jamais vraiment aimé les Gryffondor. Avec leur grands airs snobinards... C'est vrai, quoi ! Ça joue les héros et ça vient nous traîner dans les pattes pour nous pousser à bout... »

« Mmh-mmh », ponctua la blonde.

« Et puis, la plupart des Gryffondor ont des moldus dans leurs familles. Franchement, ça explique un peu leurs tares... Pas que j'essaye de les défendre, mais quand même, faut être honnête... »

La blonde se retint à grande peine de lever les yeux au ciel. Voilà exactement pourquoi elle ne supportait pas Flora plus de cinq minutes.

« Enfin, bon, si je dois être tout à fait honnête... », commença Flora en baissant la voix « J'ai couché avec McLaggen, et contre toute attente, c'est un sacré bon coup ! », finit-elle sur le ton de la confidence.

Cette fois-ci elle ne put se retenir et roula des yeux en étouffant un soupir agacé. C'était la spécialité de Flora, ça. Raconter ses petites aventures romantiques. Elle était d'un ennui mortel, mais Daphné avait un crédo : ne pas faire de vagues. Tant que l'on pouvait, autant se faire discret. Logiquement, plus on a d'amis, moins on a d'ennemis potentiels.

« Mais que ce soit clair, j'ai couché avec lui avant qu'il soit avec Granger, hein », se justifia-t-elle, une expression de dégoût au visage. « J'y aurais pas touché après... ça... »

De là où elles étaient, Daphné pouvait apercevoir la cabane de Hagrid, à son grand soulagement. Le calvaire Carrow était bientôt terminé. Une fois qu'elles auraient rejoint le groupe, la blonde pourrait toujours s'éclipser discrètement et la planter là.

« D'ailleurs, en parlant de Miss Je-Sais-Tout... », recommença Flora sans même se rendre compte que Daphné ne l'écoutait qu'à moitié. « Tu savais qu'elle avait été agressée pas plus tard qu'hier soir ? »

Là, Daphné marqua un temps d'arrêt mais elle se fit violence pour ne rien laisser paraître et reprit sa foulée, se tournant imperceptiblement vers la brune.

« Ah oui ? », lâcha-t-elle d'un air qui se voulait désintéressé.

« Oui, oui. On l'a retrouvée stupefixée dans un couloir. Enfin c'est Rusard qui l'a retrouvée et il paraît qu'il a laissé Miss Teigne faire ses besoins sur la robe toute neuve de Granger avant de l'amener à l'infirmerie. », ricana-t-elle grassement.

« La pauvre... », soupira Daphné en retenant tant bien que mal un sourire cruel. Mais soudain une autre pensée la traversa comme un coup de tonnerre, et elle s'empressa de demander : « Est-ce qu'on sait qui a fait ça ? »

Flora haussa les épaules, sans remarquer le ton pressant de sa camarade. « Non. Granger a rien dit. Pourtant, il paraît que McGonagall l'a asticotée mais elle a rien lâché. », expliqua-t-elle avec un haussement de sourcils dubitatif. « Elle a passé la matinée à l'infirmerie mais elle a insisté pour revenir en cours. Apparemment, elle ne prendra pas part aux activités du cours. Tu comprends, elle est encore trop faible... », finit-elle sur un ton moqueur.

« Dis donc, Carrow, comment tu sais tout ça, toi ? », la taquina Daphné, soulagée de constater que la Gryffondor avait tenu sa langue.

« Oh, tu sais... Les Gryffondor sont facile à faire parler... Surtout après une partie de jambes en l'air. », ricana-t-elle en lançant un clin d'oeil suggestif à Daphné.

La blonde réprima un rictus de dégoût en parcourant les derniers mètres qui les séparaient de la cabane du garde-chasse. Hagrid attendait là, l'air béat, au grand dam de la blonde qui ne supportait pas ses manières de grand bêta. Il avait autant de prestance qu'un placard à balais. Il se tenait debout devant des cages dont il avait pris soin de cacher le contenu à l'aide de draps blancs. Pourtant, les cages remuaient et émettaient de drôles de bruits, tantôt grognements, tantôt couinements.

Les Gryffondor étaient attroupés autour du demi-géant, et trépignaient d'impatience tandis que les Serpentard se tenaient en groupe, à l'écart, l'air méprisant. Son regard chercha Drago et elle remarqua qu'il était posté légèrement en retrait du groupe de Serpentard, les bras croisés avec désinvolture. Merlin, ce qu'il était beau. Ses yeux gris irradiaient d'une force presque surnaturelle, puissante et féroce, qui déclenchait chez Daphné un désir fougueux et ardent. De là où elle se tenait, elle pouvait sentir son charisme magnétique, comme un champ de force qui l'attirait irrémédiablement à lui.

En observant un peu mieux Malefoy, elle se rendit compte qu'il fixait quelque chose dans son dos depuis quelques minutes déjà. Elle suivit son regard et constata avec amertume que le 'quelque chose' en question n'était autre que Granger qui dévalait le chemin boueux menant à la cabane du demi-géant. Elle eut envie de vomir et de pleurer en même temps, mais bien entendu, elle afficha un masque d'impassibilité. C'est ce qu'on attendait d'une future Malefoy : pas d'épanchement, pas de sentiment superflu. Juste une expression froide et hautaine qui seyait à toute situation. Quand elle se tourna de nouveau vers Drago, elle remarqua qu'il avait le regard dans le vide. Peut-être que tout ça n'était que le fruit de son imagination torturée. Peut-être... Dans le doute, elle parcourut la distance qui la séparait de Malefoy et le salua d'un sourire auquel il répondit par un vague hochement de tête.

Derrière eux, elle entendit des éclats de voix filtrer du brouhaha général. Se retournant pour jeter un coup d'oeil curieux à ce qui semblait être un échange tumultueux, elle aperçut effectivement Dolohov lancer un regard torve à Higgs, mais à sa grande surprise, un évènement attira leur regard et ils en restèrent là.

Granger venait enfin d'atteindre la cabane, en souriant comme une bienheureuse. Elle fut accueillie par ses camarades par des accolades et des embrassades dignes des fins de romans de Lockhart. Repoussant une pensée sournoise qui lui suggérait qu'elle était simplement jalouse de n'avoir jamais suscité tant d'attention, elle ne put réprimer une grimace méprisante devant tant de niaiserie. Heureusement, Hagrid mit fin à ces épanchements sentimentaux en s'éclaircissant la voix à grand renfort de raclement de gorge. Visiblement mal à l'aise, il s'avança, l'air hagard, et tapa dans ses mains pour attirer l'attention des élèves quelque peu dissipés.

« Bonjour, euh, bonjour à tous... Alors aujourd'hui, nous allons étudier une petite créature que nous avons déjà eu l'occasion d'étudier auparavant... », et malgré sa carrure, sa voix était une espèce de bougonnement à peine audible.

Une vague de protestations se fit entendre du côté des Serpentard, déstabilisant le demi-géant qui sembla se ratatiner sur place. Daphné leva les yeux au ciel, fatiguée par tant d'inutilité, mais le grand barbu reprit sa contenance et poursuivit.

« ... toutefois, c'est un sujet qui tombe souvent aux BUSEs et parfois ASPICs alors... j'ai pensé que... qu'il serait intéressant de voir ce dont vous vous souvenez... Donc, au cas où vous n'auriez pas deviné, nous allons étudier les... »

« ... niffleurs », chuchota Granger d'une voix assez forte pour que ses camarades l'entendent, déclenchant un nouveau rictus méprisant de la part de la blonde.

C'est fou ce que cette petite garce pouvait être détestable : c'est comme si tout son être suppliait qu'on la haïsse. Avec ses airs ingénus et ses petites remarques prétentieuses, elle susciterait de l'agacement même chez les Sorcière méditatives du Tibet. Et voilà qu'elle se mettait à sourire de plus belle, ravie d'attirer l'attention de ses camarades qui la félicitaient pour avoir trouvé la réponse correcte. Réponse à une question que le professeur n'avait même pas posé ; ça c'était de l'intello de compétition.

Hagrid, quant à lui, continuait d'expliquer en quoi consistait l'exercice d'aujourd'hui.

« ... Dans ce grand bac en bois j'ai disposé un fouillis de petits objets, et d'aliments en tout genre. Vous devrez sélectionnez vous-même quelques objets qui selon vous... Attireront les Niffleurs, et vous les mettrez dans ces cages au bout du terrain... On libèrera les Niffleurs à l'autre bout du terrain... Et ils creuseront une galerie sous-terraine pour réapparaitre dans les cages qui leur paraitront les mieux fournies... Celui qui a le plus de Niffleurs dans sa cage à la fin du temps imparti, aura fait gagner dix points à sa maison ! »

Il s'interrompit pour laisser passer une vagues d'exclamations et d'applaudissements, puis reprit :

« Donc... Choisissez bien les objets sélectionnés... Ah et dernière chose ! Les cages sont recouvertes de draps : vous ne verrez donc pas les objets que vos camarades ont sélectionnés, ni le nombre de Niffleurs dans votre cage avant la fin du temps imparti ! Les Gryffondor, vous jouerez sur la partie gauche du terrain et vous les Serpentard, sur la partie droite. Bonne chance et que le jeu... euh... commence ! », conclut-il d'une voix mal assurée qui eut le don d'agacer la jeune fille.

Il y'eut une vague d'applaudissements du côté des Gryffondor. De manière générale, ils avaient tendance à verser dans la démonstration excessive. Toujours à parler, à s'enthousiasmer et à rire trop fort. Cependant, pour une fois, il fallait bien avouer que même les Serpentard semblaient ravis de se prêter au jeu. Tous se ruèrent vers le grand bac en bois et commencèrent à en sortir divers objets : des vieilles poupées de chiffons, des couverts, des fruits...

Un cri se fit entendre alors que Dolohov se jetait sur Higgs en grognant comme un chien enragé sous les applaudissements et les ricanements des autres Serpentard.

« Mais tu vas la fermer, espèce d'enfoiré ! », hurla Anisim en secouant Higgs par le col.

« T'es une ordure, tu mériterais de croupir dans les cellules d'Azkaban ! », répondit l'intéressé en poussant Dolohov pour se dégager.

L'autre ricana tout en se rapprochant dangereusement de son camarade, les yeux fous. « Je préfère être une ordure qu'une petite merde dans ton genre... »

Hagrid parut effaré, perdu, cherchant des yeux un conseil sur la conduite à tenir. Souvent, Daphné se demandait quel genre d'esprit tordu - excepté Dumbledore - pourrait bien vouloir d'un incapable pareil. Finalement, il sembla se décider et accourut maladroitement vers eux, les saisissant chacun d'une de ses grandes mains. Il les tint écarté l'un de l'autre alors qu'ils se démenaient comme de beaux diables pour tenter de se libérer de l'emprise autoritaire du demi-géant mais ce dernier tint bon et les sermonna durement sous l'œil hilare du reste des Serpentard.

« ça suffit maintenant ! Continuez, et je retire des points à votre maison ! Hermione, comme tu ne fais pas l'activité, tu veux bien aller du côté des Serpentard et t'occuper de garder un œil sur eux... s'il te plaît ? »

Hermione le dévisagea, hébétée. Elle secoua vigoureusement la tête tout en lui adressant un regard suppliant. "Non, s'il te plaît", articula-t-elle silencieusement. Mais Hagrid n'en démordit pas au grand malheur de Daphné qui aurait même préféré se coltiner le balafré plutôt que le rat de bibliothèque. Pourtant, comme à son habitude, elle ne montra rien de ses sentiments et osa même afficher un sourire narquois à la Gryffondor qui croisa son regard pour la première fois depuis le début du cours. Sa réaction ne se fit pas attendre : son visage se contracta durement et elle jeta un regard féroce à la blonde, ce qui n'obtint comme réaction que d'allonger encore le sourire de la Serpentard.

Granger détourna le regard dans un geste qui se voulait sûrement digne et magnanime mais que Daphné prit pour un signe de faiblesse. Enfin, la Gryffondor se résolut à rejoindre le côté des Serpentard, à contre cœur. Des ricanements fusèrent ainsi que quelques insultes étouffés, mais la brune ne se démonta pas, tentant sûrement de garder le peu de dignité qu'il lui restait.

Le géant siffla à l'aide de ses doigts et le jeu repris enfin son cours alors que Granger s'avançait prudemment parmi le groupe des Serpentard qui étaient de toute façon trop occupés à fouiller la grande malle pour daigner s'intéresser à elle. Daphné savait pertinemment ce qui attirait les Niffleurs. Car bien que tout le monde n'ait d'yeux que pour le savoir soit-disant phénoménal de Miss Je-Sais-Tout, Daphné, elle aussi, séjournait parmi les meilleurs élèves de sa promotion. Seuls les objets brillants attiraient ces pauvres animaux et elle se contenta de hocher la tête avec agacement en voyant tous ses camarades prendre des fruits et les fourrer dans les grandes cages. Les Niffleurs, eux, trépignaient d'impatience, donnant des coups de griffes sur les barreaux de leur cages.

Soudain, elle fut tirée de ses observations. Malefoy s'était approché de la malle et en avait sorti un morceau de bois qu'il observait avec perplexité. Elle voulut s'approcher de lui et lui conseiller de s'orienter vers les objets métalliques ; il l'aurait remercié et peut-être qu'elle aurait même eu le droit à un de ses sourires à faire trembler la terre. Elle voulut mais Granger fut plus rapide : Daphné vit la brune croiser le regard de Drago et secouer lentement la tête de droite à gauche. Il sourit et rejeta sa trouvaille là où il l'avait trouvé. Avec la même lenteur, la Gryffondor lui indiqua des yeux un miroir aux contours dorés. Malefoy hocha la tête et se saisit du petit objet qu'il alla placer dans la cage, puis il revint et attrapa d'autres objets brillants.

Daphné sentit une onde de colère exploser en elle. Elle eut envie de hurler, de se jeter sur la Gryffondor et de la rouer de coups jusqu'à ce qu'elle pleure et même ça, ça n'aurait pas été suffisant. Elle voyait très bien son petit jeu, à venir minauder dans les pattes de Malefoy en cherchant à capter son attention, en venant piétiner allégrement ses plates-bandes. Mais Drago était à elle, à elle et à personne d'autre. C'était un combat pour lequel elle était prête à tout, car elle le savait, c'était le combat de sa vie. De rage, elle se contenta d'asséner un violent coup d'épaule à Granger qui tituba un instant puis se stabilisa de nouveau en lui jetant un regard noir, semblant sur le point d'imploser de colère. Cela eut le mérite de satisfaire temporairement la blonde.

Hagrid siffla la fin du jeu. Les élèves, tout excités, prirent chacun un Niffleur et les mirent à l'autre bout du terrain. Hagrid procéda à un court décompte et chacun relâcha son animal. Au bout de cinq minutes, le demi-géant siffla de nouveau, signalant la fin du jeu. Chaque élève retira le drap de sa cage. Il y'eut une vague d'exclamations enthousiaste et quelques soupirs déçus. La plupart des élèves n'avait aucun Niffleur, certains en avait un ou deux. Dans le camp des Gryffondor, Ron en avait six et Neville quatre tandis que chez les Serpentard, Zabini en avait sept et Malefoy, huit. Les vert et argent poussèrent des cris de victoire tandis que Malefoy remerciait Granger d'un discret hochement de tête. Les poings de Daphné se crispèrent.

« Maintenant, commença Hagrid, vous pouvez relâchez les niffleurs. Ils sont trop occupés à jouer avec leur trésor pour tenter de s'enfuir et ils sont inoffensifs... », commença le géant avec une voix tendre qui donnait la nausée à Daphné. « Vous savez se sont de merveilleux compagnons, très affectueux... Allez-y, relâchez-les ! »

Tout le monde s'exécuta. Les Niffleurs se disputaient les objets brillants en grognant bruyamment et en se dispensant parfois quelques coups de griffes. Un comportement très humain, tout compte fait.

Du coin de l'œil la blonde remarqua que Granger s'approchait des Niffleurs pour les observer de plus près. Une nouvelle bouffée de colère et de haine envahit Daphné alors qu'elle fixait avec intensité la nuque de la préfète penchée par dessus les petits animaux. Ses cheveux broussailleux étaient dégagés de son cou, lui donnant l'air si vulnérable, si fragile... sans défense. Un sort bien placé aurait suffit à la réduire au silence. Pour toujours. C'était si simple...

Daphné s'approcha de Granger d'un pas vif et tout s'enchâine très vite. La blonde jeta un rapide coup d'oeil afin de vérifier que personne ne les observait et voyant que la voie était libre, elle se pencha par dessus la préfète, décrocha ses boucles d'oreille et les lâcha brusquement. Les bijoux d'or accrochèrent la lumière d'un des derniers rayons de soleil en tombant, et dégringolèrent dans la robe de la Gryffondor. Les Niffleurs se stoppèrent net, soudainement attirés par ces nouveaux reflets brillants de mille feux, et s'élancèrent sur la préfète, la griffant pour atteindre le trésor maintenant quelque part sous sa robe. La jeune fille hurla et se roula en boule sur le sol, protégeant son visage de ses mains, tandis que Daphné s'empressait de s'écarter, laissant sans une pointe de regrets la Gryffondor hurler et pleurer sous les coups de griffes des petits rongeurs. Les animaux semblaient avoir du mal à se saisir des bijoux, écorchant Granger de plus en plus fort, alors qu'elle glapissait sous leurs attaques répétées.

Quel dommage. Je les aimais bien ces boucles d'oreille, pensa distraitement Daphné, une mine de circonstance vissée au visage.

Mais la vision de la Gryffondor gémissant et suppliant était bien trop plaisante pour qu'elle ne ressente ne serait-ce qu'une once de regrets. Tous les élèves avaient désormais les yeux rivés sur la préfète, choqués. Il y'eut un moment de flottement puis une cohue générale et tous se précipitèrent vers Granger. Potter et Weasley la tirèrent de ce bain de griffes, tous deux affolés, cherchant à comprendre ce qui avait pu déclencher un tel incident, tandis que le géant remettait prestement les Niffleurs dans leur cages à l'aide de Dean et Neville.

Quelques Serpentard se permirent de ricaner, hilares, alors que Daphné prenait bien soin d'afficher une mine impassible. Granger semblait en état de choc, la bouche ouverte, regardant avec incrédulité ses mains, couvertes d'égratignures et de perles de sang tandis qu'autour d'elle, un silence tendu s'installait. Sa stupeur laissa aussitôt place à une rage folle. La jeune fille fit volte face, se précipita vers la blonde, postée près de Malefoy, mais se stoppa net devant elle. Il y'eut un silence, puis Hermione lui décocha une claque de toutes ses forces. Daphné mit sa main sur sa joue, choquée. Elle voulut dire quelque chose mais Hermione la coupa.

« Mais qu'est ce qui va pas chez toi, espèce de tarée ? », hurla-t-elle. « Ne t'approche plus JAMAIS de moi ! »

La joue brûlante et le souffle court, Daphné saisit Hermione par le col, mue par une rage aveuglante. Pour qui elle se prenait, cette sale petite garce au sang de rouille ? Comment osait-elle la toucher, elle ? Comment osait-elle ?

D'un geste rageur, elle secoua Granger de toutes ses forces, manquant de la faire trébucher, refermant ses ongles aiguisés sur les épaules de la garce, alors que cette dernière se débattait pour se défaire de cet étau. Soudain, elle sentit une poigne de fer sur son bras, l'obligeant à lâcher prise. Avec lenteur, Drago les sépara l'une de l'autre alors qu'elles haletaient en se fusillant de regards torves.

Il y'eut un nouveau flottement. Tous les regards étaient tournés vers eux.

C'est le grand choix, pensa Daphné avec anxiété. T'as plus d'autre solution, tout le monde attend, Drago. C'est elle ou moi.

Il la repoussa légèrement et se tourna vers Hermione.

« T'en as pas marre de te donner en spectacle ? Je crois qu'on t'a suffisamment remarquée comme ça, la Sang-de-bourbe. »

Hermione ouvrit la bouche, mais aucun bruit n'en sortit. Elle secoua la tête, choquée, blessée, les lèvres tremblantes alors qu'un bonheur sans borne jaillissait en Daphné qui se sentait sur le point de pleurer de joie. Ça valait bien tous les sacrifices de la terre.

Un silence tendu était de nouveau tombé sur la classe. Il faisait nuit maintenant. Pas un mot, pas un bruit. Tout à coup, on la poussa brutalement sur le côté, et elle eut tout juste le temps de voir le balafré se jeter sur Drago. Ils roulèrent sur le sol dans une étreinte belliqueuse. Il y'eut quelques secondes de flottement où seuls résonnaient les cris graves des deux combattants, puis un étrange tumulte éclata, un grand brouhaha de cris, d'encouragements et d'insultes mêlés dans un élan de ferveur générale. Les deux jeunes hommes roulaient l'un sur l'autre, se rouant de coups de poing.

« Non ! », hurla Hermione. « Harry arrête ! Arrête ! »

Un cercle de spectateurs s'était maintenant formé autour d'eux. Malgré le bruit, on pouvait entendre leur respiration rauque et leur cris enragés. Malefoy prit le dessus, et, tenant Harry plaqué contre le sol par le col, il leva le bras pour lui asséner un dernier coup de poing en plein visage. Harry hurla, bientôt suivi d'acclamations ravies de la part des Serpentard, mais Weasley s'élança vert le blond et le tira violemment en arrière, le faisant rouler au sol. Dolohov et Goyle s'échangèrent un bref regard, se mettant tacitement d'accord, et se ruèrent vers le Potter et Weasley. Granger, fidèle à elle-même, se tourna vers Hagrid, affolée :

« Hagrid ! », s'écria-t-elle. « Hagrid ! Arrête-les ! », s'égosilla-t-elle, entre supplique et ordre.

Le géant sortit enfin de sa torpeur et courut de son pas lourd et maladroit arrêter l'affrontement. Malgré sa carrure, il eut tout le mal du monde à les séparer, tant les deux ennemis étaient déchaînés. Il saisit d'abord Harry par le col puis Malfoy, et cria, la voix tremblante de colère :

« Le spectacle est terminé. Retournez tous dans vos salles communes. J'espère que vous avez honte ! Honte ! J'enlève vingt points à chacune des deux maisons pour ce comportement innommable. »

Personne ne bougea, comme paralysés de stupeur.

« PARTEZ ! », tonna-t-il, si fort que les oiseaux s'envolèrent des arbres en piaillant anxieusement.

Vu sous cet angle, le regard furieux et la voix aussi forte qu'un coup de tonnerre, Hagrid était vraiment effrayant. Les élèves réunirent leurs affaires et décampèrent à contre cœur alors que Daphné prenait son temps, tentant de glaner le maximum d'informations sur ce qu'il allait advenir de Drago. Un sentiment de culpabilité l'ébranla alors qu'Hagrid foudroyait du regard les deux jeunes hommes. D'un coup d'oeil torve, il jaugea les dégâts. Malfoy avait une pommette légèrement bleue, une arcade en sang et les cheveux en bataille, mais dans l'ensemble, il s'en était plutôt bien tiré. En revanche, le nez de Harry saignait abondamment et avait désormais un volume et une couleur inhabituelle. Il lâcha les garçons.

« Hermione, accompagne Harry à l'infirmerie et veille à le sermonner comme il le mérite. Quant à toi, Drago Malfoy, tu rendras tes comptes à la directrice, et je t'y escorte. »

Malfoy haussa les épaules, l'air indifférent. Mais avant de se faire emmener par le grand barbu, elle vit Malefoy se tourner vers Granger et crut déceler un sourire sur ses lèvres pâles. Le cœur de Daphné se déchira comme une feuille de papier alors qu'elle réunissait ses affaires et s'enfuyait sans demander son reste.

~~~~o~~~~

Vingt-trois heures. Malefoy devait avoir fini sa ronde. Daphné se faufila dans la Salle Commune, puis poussa silencieusement la porte qui menait à la chambre de Drago. Une faible lueur lui indiqua qu'il n'était toujours pas couché, et en effet, elle constata qu'il lisait à la lumière d'une bougie vacillante. Il releva lentement les yeux et lui jeta un regard taciturne, ne paraissant nullement étonné de la trouver là, sans toutefois expliciter si la situation lui plaisait ou l'énervait. Mais elle vit pourtant une étincelle d'intérêt s'allumer dans son regard lorsqu'il la détailla de la tête aux pieds. Daphné avait revêtu une simple nuisette de soie blanche qui dévoilait sans pudeur ses courbes parfaites tandis que ses cheveux lâches dansaient sur ses hanches. Il se releva et se posta devant elle, la sondant d'un regard approbateur.

« Jolie tenue. », commenta-t-il simplement.

Elle lui offrit un sourire faussement ingénu, en battant ses longs cils. Cela eut l'effet escompté car le blond posa une main douce sur son épaule, la faisant frémir de désir.

« Je n'avais pas eu l'occasion de te remercier », chuchota-t-elle à l'oreille du Serpentard.

« Pour quoi ? », répondit-il froidement en interrompant son geste.

« Pour m'avoir défendue tout à l'heure. Avec Granger. », acheva-t-elle d'un air satisfait.

Il sembla surpris, mais bien vite la surprise se changea en moquerie alors que ses lèvres s'étiraient en un sourire méchant. D'un geste vif, il vint serrer son bras et la tirer vers lui, alors que les yeux de la jeune fille s'écarquillaient de peur.

« Tu ne comprends pas grand chose, décidément. Mais tu parles trop, beaucoup trop. Et sache que tes provocations à l'égard de Granger sont ridicules. »

« Je ne... Je ne comprends pas... », balbutia-t-elle, sentant toutes ses forces la quitter.

« Oh non, Daphné, on ne va pas jouer à ça tous les deux. Tu sais comme je déteste quand on me prend pour un idiot ? »

Elle acquiesça vivement, les lèvres tordues en un rictus effrayé. « Mais je pensais... Enfin, je pensais que tu en avais marre d'elle... Je l'ai fait pour toi... », mentit-elle.

Il leva les yeux au plafond en desserrant quelque peu sa prise sur le bras de la jeune fille.

« Arrête tout de suite, Daphné. Ne me pousse pas à penser que tu as le quotient intellectuel de Goyle. Dans le doute, je vais te répéter ce que je lui ai dit : Granger est préfète-en-chef. Non seulement, elle peut te renvoyer en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, mais en plus, elle peut aussi enlever des points à Serpentard. »

Soudain, quelque chose d'étrange naquit en elle, un mélange de peur et de courage, et sans réfléchir aux conséquences, elle lâcha : « Il se passe quelque chose, entre toi et Granger ? ». La phrase résonna dans le silence pesant de la pièce. Elle sembla résonner en écho, longtemps, longtemps, longtemps, revenant aux oreilles de Daphné qui blêmit en réalisant la témérité dont elle avait fait preuve.

D'un geste brutal, il referma ses doigts sur le coude de Daphné, serrant si fort que la peau pâlissait à vue d'oeil, et d'un coup brusque, il la tira vers lui. Leurs deux corps se frôlaient dans une proximité sensuelle et dangereuse. Son regard gris détailla son visage, et il ne put retenir un sourire en la voyant se décomposer sous ses prunelles d'acier. Elle sentait la chaleur de sa peau contre la sienne, elle pouvait presque sentir chacun de ses muscles, tendu. Elle avait peur et elle le désirait tout autant, sans que l'une ou l'autre émotion n'arrive à prendre le pas.

« Ça, ça ne te regarde pas. », susurra-t-il d'une voix vipérine.

La main de Drago caressa la nuque de la jeune fille, puis son épaule, éveillant son cœur qui bondit furieusement contre sa poitrine. Un courant d'excitation l'électrisa alors que tout son corps frémissait sous les caresses de Drago. D'un doigt, il fit glisser l'une de ses bretelles, suivie bientôt par l'autre, et Daphné se retrouva nue face à lui. Avec un mélange étrange de douceur et de violence, il la souleva et l'allongea sur le lit, alors que sa main courait sur son corps dévoilé.

« Drago... », murmura-t-elle faiblement.

« Une jolie petite idiote, voilà ce que tu es. Et les jolies idiotes doivent apprendre à se taire », lui souffla-t-il en déboutonnant sa chemise.


Un chapitre dans l'esprit torturé de Daphné. On en apprend un peu plus sur elle... Alors qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous l'aimez bien, ou est-ce qu'elle vous énerve ? Moi, personnellement, je l'adore... Et qu'avez-vous pensé de la réaction de Drago ?

Okami Shiroi : C'est bien Daphné qui la suivait ! Comme tu peux le voir, elle est légèrement malsaine, et c'est un euphémisme. Et encore, pour l'instant, c'est rien... En tout cas, merci à toi, ma revieweuse la plus fidèle !

Laurine : Alors là, merci ! Ça, c'est du compliment ! J'espère que ce chapitre te plaira aussi et que j'aurais très vite une nouvelle review de toi ! Merci encore !

Maxine : Voilà déjà quelques réponses à tes questions. Et oui, Daphné ne rate pas Hermione, mais Daphné est un peu folle sur les bords... En tout cas, merci mille fois pour ta review !

En tout cas, merci à tous mes lecteurs et tous mes reviewers, c'est vous qui me donnez envie de continuer ! Alors surtout, n'hésitez pas à me laisser une petite review !