« Eh bien voilà, Mademoiselle Granger ! Ne vous l'avais-je pas dit ? Vous auriez dû rester un jour de plus à l'infirmerie ! », s'exclama Pomfresh en accourant vers Hermione de ses petits pas vifs et saccadés. « Regardez-moi dans quel état vous êtes ! Mais qu'est-ce qui a bien pu se... »
« Ce n'est pas pour moi, cette fois-ci... », la coupa Hermione en se décalant pour que l'infirmière puisse apercevoir Harry.
Elle lâcha un petit cri aigu, aussitôt suivi d'un bref grognement désapprobateur en secouant la tête. Le nez de Harry avait maintenant doublé de volume et offrait un dégradé de rose, de noir et de bleu. Ayant visiblement du mal à respirer, il laissait échapper de longs râles irréguliers.
« Monsieur Potter ! Mais qu'est-ce que vous avez encore inventé ? », soupira-t-elle en s'affairant déjà à préparer un lit pour l'infirme.
« Oh, juste une divergence d'opinion un peu corsée... », plaisanta-t-il en lui offrant un sourire tuméfié.
« Et vous trouvez ça drôle ? Allongez-vous ici », répondit-elle en l'escortant jusqu'à un lit vide.
Il s'exécuta, soulagé de pouvoir s'allonger un peu. Malgré ses faux-semblants, Hermione savait bien qu'il souffrait le martyre et ça avait le don de faire naitre en elle une tristesse intense. Car oui, c'était pour elle qu'il s'était battu. Dans l'intérêt de Harry, elle se contenta de garder le silence avec une pointe de culpabilité.
« Bon laissez-moi voir l'étendue de votre bêtise ! Cela vous fait-il mal si j'appuie ici ? », demanda-t-elle en joignant le geste à la parole.
Harry poussa un hurlement qui déchira le silence paisible de l'infirmerie aussitôt suivi par un regard noir en direction de l'infirmière.
« Ah, on est bien moins taquin, tout à coup, Monsieur Potter ! », se moqua l'intéressée.
Puis, elle continua son inspection nasale en appuyant un peu partout sur l'appareil olfactif du jeune homme, déclenchant inévitablement un cri strident à chaque fois. Elle arrêta enfin la torture et se frotta le menton, pensive alors que Harry se remettait doucement, le souffle court et rauque. Enfin, elle secoua lentement la tête, l'air navré.
« Eh bien j'ai le regret de vous annoncer, mon cher petit, que votre os est cassé. Oh, vous ne sentez rien pour l'instant mais bientôt vous souffrirez atrocement et vous me supplierez de vous achever », déclara-t-elle sur un ton solennel, puis voyant ses yeux écarquillés, elle s'empressa d'ajouter : « Toutefois, je peux vous arranger ça. Ce sera vite réparé... mais ça risque d'être douloureux. »
Elle farfouilla dans sa blouse blanche et tira d'une petite poche intérieure une fiole au liquide verdâtre et à l'odeur pestilentielle. Harry jeta un coup d'oeil sceptique à la petite fiasque en retenant tant bien que mal une moue dégoûtée. Hermione savait très exactement ce qu'il pensait : « pitié, faites que ce ne soit pas à boire... ».
Pomfresh parut elle aussi comprendre son rictus réticent car elle fronça les sourcils en secouant la tête, lui fourrant la fiasque sous le nez : « Oh, je vous arrête tout de suite, monsieur Potter, c'est bel et bien à boire. Allez, avalez d'une traite, ça apaisera la douleur mais je vous préviens... vous risquez de... Oh, et puis vous verrez bien ! », finit-elle en lui tendant la fiole.
Le jeune homme déglutit avec difficulté mais finit par déboucher le flacon dont l'odeur lui arracha un haut-le-cœur. Sans plus de cérémonie, il avala le liquide le plus vite possible alors que son corps se mettait à frissonner violemment. Soudain, il tomba à la renverse sur son lit, comme endormi. Hermione voulut se précipiter vers lui mais l'infirmière la retint par le bras, la mine sévère.
« Mademoiselle Granger, laissez-moi voir vos blessures. »
« Non, ne vous inquiétez pas ce n'est r... »
Elle claqua sa langue contre son palais avec désapprobation.
« Ne dites pas de sottises. Remontez vos manches. »
Hermione s'exécuta distraitement, sans pouvoir défaire son regard du visage endormi de Harry. Elle sentit les mains expertes de Pomfresh tâtonner sa peau, lui arrachant une petite grimace de douleur, mais elle ne protesta pas.
« Vulnera Sanentur », entonna l'infirmière à trois reprises, alors qu'une onde de chaleur parcourait Hermione.
Lorsqu'elle baissa de nouveau les yeux sur ses bras, elle constata qu'ils étaient intacts, vierges de toute blessure. Elle voulut remercier l'infirmière mais au même moment, Harry se releva brusquement, un sourire béat au visage et le regard dans le vide.
« Le vif d'oooor, il faut que j'attrape le vif d'ooooooor ! », commença-t-il à chantonner, sous les yeux grand écarquillés d'Hermione.
« Harry, Harry, calme toi... », chuchota-t-elle.
« Oh, laissez, laissez », l'interrompit l'infirmière. « C'est normal. C'est un des effets secondaires de ce charmant remède... »
Elle pointa sa baguette sur le nez de Harry, entonna une formule accompagnée d'un mouvement de bras complexe et bientôt, Harry poussait des hurlements terrifiants, couvrant à peine le bruit de l'os qui se reforme. Et sans plus de cérémonie, elle tourna les talons, laissant un Harry haletant et gémissant.
« P't'être que je vais avoir deux cicatrices ! », s'exclama-t-il soudain d'une voix étonnamment aigüe. « Je s'rai Harry Potter aux deux cicatrices ! P't'être même que j'pourrai lancer une collection ! »
Il s'esclaffa à sa propre blague comme un enfant, les mains plaquées sur la bouche et elle sourit devant ce spectacle attendrissant, réalisant que c'était en partie de sa faute s'il devait subir tout ça. Il avait voulu la défendre, elle. Sans même réfléchir, sans même la concerter, il s'était jeté sur Malefoy pour la protéger. Instinctivement. Car il serait toujours là pour elle, et cette idée l'emplit de douceur et de gratitude. Tendrement, elle vint poser sa main sur la sienne, et il s'arrêta net, fixant sa main avec stupéfaction. Il voulut dire quelque choses mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge laissant place à un son étrange qui ressemblait à un soupir de désespoir. Son expression changea alors qu'il levait sur elle des yeux troublés.
« Tu sais », commença-t-il, « tu sais... Depuis qu'on s'connait, t'as toujours été là. T'es là et tu nous surveilles et tu nous protèges. Et puis, t'es intelligente et c'est toujours toi qu'as les meilleurs conseils. Et tu sais... Cette année, j'ai l'impression que t'accordes beaucoup d'importance à Malfoy et tu vois... Tu vois... Tu devrais t'méfier... »
« Harry... », soupira-t-elle.
« Non, non, laisse-moi finir ! Je l'aime pas Malefoy. J'aime pas comment il t'parle et comment il t'regarde ! », articula-t-il difficilement. « Et je m'inquiète. », finit-il, et comme elle voyait qu'il ne voulait pas en démordre, elle se pencha et l'étreignit avec douceur.
Cette embrassade se prolongea quelques secondes, le visage de Harry plongé dans la jungle des cheveux d'Hermione. Il sentait la menthe poivrée, remarqua Hermione. Sûrement l'odeur de l'infecte décoction de Pomfresh. Doucement, elle commença à se reculer mais il l'arrêta avec fermeté, leur visages à quelques centimètres l'un de l'autre. Un sourire timide vint illuminer sa figure. A cet instant, plus que jamais, il avait l'air d'un petit garçon sur le point de faire une grosse bêtise, la fixant de ses grands yeux verts, partagé entre peur et excitation.
« Hermione... », murmura-t-il, si bas qu'elle dut tendre l'oreille. « Je crois qu'au fond... Je crois que j'ai toujours été amoureux de toi. »
Il s'appuya ses ses deux coudes pour se rapprocher un peu plus... et vint déposer un baiser sur ses lèvres. Hermione, tétanisée, resta immobile sous le choc, sentant les lèvres de son meilleur ami contre les siennes dans un baiser maladroit et déplacé. Soudain, elle entendit un cri déchirant dans son dos, des pas dans le fond de l'infirmerie et une porte qui claque, et elle comprit immédiatement. C'était Ginny. D'un geste vif elle bondit en arrière et lança un regard courroucé à Harry.
« Harry ! Non ! Qu'est ce qu'il t'a pris ? », s'égosilla-t-elle, entre déception et colère. « Oh, Harry... Tu sais très bien qu'il n'a jamais été question de ça entre nous... Tu es... Tu es comme mon frère ! Rien de plus ! Non... Pourquoi tu as fait ça ? »
Il baissa le regard, comme un enfant qu'on sermonne. « J'ai dit la vérité ! J'ai dit ce que je ressentais, là... », se justifia-t-il piteusement en pointant son cœur de son index.
« Oh, Harry... », s'adoucit-elle. « Tu ne sais pas ce que tu dis... C'est le remède qui te fait dire ça... Oh, Harry... »
Et elle tourna les talons, s'élançant à la poursuite de Ginny avec l'espoir de pouvoir s'expliquer. Mais Hermione connaissait Ginny mieux que personne... Et son tempérament de feu la rendait souvent impossible à raisonner. Son cœur se serra en imaginant que leur relation serait peut-être changée à jamais. Peut-être qu'elle ne lui pardonnerait pas.
Elle se retourna une dernière fois, jetant un coup d'oeil à Harry qui la regardait sans comprendre le pourquoi de cette effusion d'affolement soudain.
« Et tes cheveux, ils sentent bon, aussi ! », lui lança-t-il alors qu'elle passait la grande porte.
Elle courut à perdre haleine, sachant très bien où trouver son amie : à chaque fois qu'elle avait le moral au plus bas, Ginny partait se défouler sur le terrain de Quidditch. Elle accéléra le pas, dévala les escaliers, et finit par apercevoir la crinière rousse à l'angle d'un couloir, sur le point de sortir du château.
« Ginny ! Attends ! », s'écria-t-elle alors que la rousse l'ignorait royalement en accélérant la cadence.
Elle se hâta pour la rattraper et arriva enfin à son niveau.
« Laisse-moi t'expliquer ! », supplia-t-elle en lui saisissant fermement le bras.
Ginny fit volte-face le visage bouffi de larmes, un rictus de colère et de douleur déformant ses jolies lèvres roses. Ses yeux rouge et gonflés la dévisageaient avec dégoût.
« M'expliquer quoi, Hermione ? », articula-t-elle, les lèvres tremblantes. « Tu dois être contente, non ? Il faut toujours que tu sois le centre de l'attention, la plus intelligente, la plus belle, la plus admirée de tous ! Oh oui, la vie est tellement facile pour toi ! T'es le cerveau, le petit génie. Et moi... moi, je suis juste le second rôle, celle qu'on aime bien mais dont on se souvient plus du nom ! », cracha-t-elle, hors d'elle. « Mais bien sûr... Bien sûr, il te fallait Harry ! Le dernier trophée à ajouter à ta petite collection tordue ! »
Hermione ouvrit la bouche puis la referma, interdite. Elle avait envie de prendre Ginny dans ses bras et de la réconforter, comme l'aurait fait une grande sœur. Ses yeux s'embuèrent alors qu'elle balbutiait : « Ginny... Arrête, s'il te plaît... Harry avait bu une potion de Pomfresh, il divaguait complètement ! »
Elle lui lança un regard méprisant alors qu'un petit ricanement dénué de joie naissait dans sa gorge.
« Tu comprends vraiment rien, Hermione. Et dire que tout le monde te trouve intelligente », articula-t-elle méchamment. « Il a dit ce qu'il avait sur le cœur... Et ça lui pesait depuis longtemps, visiblement. Profite bien de ta victoire... »
« Ginny... », commença Hermione, la main sur le bras de son amie dans une ultime tentative pour la retenir.
Ginny regarda une dernière fois son amie, puis son regard se posa sur sa main toujours appuyée sur son bras et elle se dégagea d'un geste sec, les yeux révulsés de mépris. Le cœur d'Hermione se brisa.
« Je n'ai plus rien à faire avec toi. Tiens-toi loin de moi, maintenant. »
La jolie rousse se détourna et disparut à l'angle du couloir, sans même adresser un dernier regard à son amie qui resta paralysée par la violence des mots de la rouquine.
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Hermione s'effondra dans un fauteuil de la Salle Commune, le visage dans les mains. Comment ? Comment la situation avait pu dégénérer à ce point ? A quel moment avait-elle perdu le contrôle ? Elle qui avait géré tant de situations délicates, elle était incapable de gérer le chaos qu'était en train de devenir sa vie. Un sentiment de culpabilité l'envahit mais elle se débattit intérieurement pour le repousser. Elle n'avait rien à se reprocher. C'était injuste. Injuste. Les larmes affluèrent jusqu'à ses yeux mais elle se fit violence pour ne pas se laisser submerger de tristesse.
Une main douce se posa sur son épaule et elle reconnut du coin de l'œil la poigne maladroite de Ron qui lui souriait, compatissant.
« Quoi ? », répondit-elle, un peu plus brusquement qu'elle ne l'aurait voulu.
Le visage de Ron se ferma, blessé par le ton abrupt de son ami. « C'est juste que... McGonagall te cherche. »
« Pourquoi ? », demanda-t-elle, soudain alarmée.
« Je ne sais pas, c'est Neville qui m'a fait passer le message. »
La préfète bondit et se précipita hors de la pièce pour arriver quelques minutes plus tard, devant la porte du bureau de McGonagall, essoufflée et rouge. Quelques secondes de répit pour reprendre son souffle, et elle poussa la porte. La salle était austère, aménagée d'un simple bureau encerclé de trois chaises et éclairée par un lustre qui constituait le seul élément de décoration de la pièce. Le visage tendu et sévère de McGonagall accueillit Hermione et lui intima de s'asseoir sans préambule tandis que Malefoy lui tournait le dos, sans même daigner lui adresser un regard. La jeune fille s'exécuta, légèrement tremblante. La directrice avait les mains croisées sur le bureau, et les toisait derrière ses lunettes carrées avec une expression empreinte de lassitude et de déception qui brisa le cœur d'Hermione pour la deuxième fois de la journée.
Alors que Minerva toussotait pour attirer leur attention, Hermione glissa un regard en coin à Malefoy, mais celui-ci gardait les yeux rivés sur la directrice.
« Bien, j'imagine que vous savez tous deux pourquoi vous êtes ici », commença-t-elle froidement. Mais puisque aucune réponse ne se fit entendre, elle précisa : « Sachez que je suis très déçue. Vous êtes préfets-en-chef, vous représentez non seulement les élèves auprès des professeurs mais surtout - et vous semblez avoir tendance à l'oublier, les professeurs vous font confiance pour représenter leur parole auprès des élèves et pour veiller sur eux. Et votre comportement... », elle marqua un temps d'arrêt en faisant peser sur eux un regard lourd de sous-entendus. « Votre comportement est tout bonnement inadmissible. »
Hermione glissa un regard en coin à Malefoy mais celui-ci se tenait stoïque, les bras croisés, le visage impassible. Elle se contenta de baisser les yeux, coupable.
« Vous comprenez bien que je ne peux laisser passer de tels agissements ? »
Hermione hocha lentement la tête, la gorge serrée.
« Dans ce cas, je me dois de prendre les sanctions appropriées. », expliqua-t-elle en pinçant les lèvres. « Je suis dans l'obligation de vous démettre de vos fonctions de préfet-en-chef »
Hermione lâcha un petit glapissement affolé : « Madame ! Je vous en prie ! »
Malefoy se tourna enfin vers elle avec un sourire moqueur qu'elle feignit de ne pas voir.
« Mademoiselle Granger », la coupa sévèrement McGonagall. « Vous avez tous deux agressé un élève. Vous imaginez bien que je ne peux fermer les yeux là-dessus ? »
« Et... Et combien de temps ? », articula-t-elle tant bien que mal, les lèvres tremblantes.
« Jusqu'à nouvel ordre », trancha fermement la vieille dame.
Alors que Malefoy s'apprêtait à se lever pour quitter la pièce, la directrice lui lança un regard froid qui le poussa à se rasseoir sagement.
« Ce n'est pas tout. Un tel acte nécessite une punition à sa hauteur. Vous démettre de vos fonctions n'est pas suffisant, notamment car pour l'un d'entre vous, cela ne représente nullement une punition », ajouta-t-elle en dévisageant durement le blond.
Hermione se contentait de garder la tête basse, sans oser se confronter au regard de sa directrice de maison. Elle savait pertinemment qu'elle l'avait déçue, et cette idée lui donnait la nausée. A sa gauche, Malefoy croisa les bras avec emphase afin de bien signaler combien il était énervé, ce qui arracha un petit soupir d'agacement à Hermione.
« Nous somme à court de Plumbago Luceat », poursuivit-elle. « Vous irez donc en chercher demain afin de réapprovisionner nos stocks. Je considérerai alors que vous vous êtes acquittés de votre punition »
La brune releva vivement le visage, bouche bée, secouant lentement la tête.
« Enfin mais... c'est impossible... »
« Je vous demande pardon, Mademoiselle Granger ? », l'interrompit sèchement MacGonagall, les sourcils froncés.
« Mais... Les Plumbago Luceat ne poussent qu'au fond du Grand Lac. Nous ne pouvons pas... Enfin... », protesta Hermione tant bien que mal.
« Nous parlons bien d'une punition, Mademoiselle Granger. Peut-être préférez-vous un tour dans la forêt interdite ? »
« Non, je... »
« Soit. », la coupa-t-elle. « Dans ce cas, sachez que les Plumbago Luceat ne se dévoilent qu'en pleine obscurité. Vous irez donc les récolter demain soir, dès la tombée de la nuit. Les Êtres de l'eau sont d'ores et déjà prévenus de votre visite, toutefois, ils peuvent parfois se montrer imprévisibles. Je vous conseille donc d'être d'une extrême prudence. Est-ce bien compris ? »
Hermione afficha une mine déconfite mais n'osa pas contester et se contenta de hocher la tête. Malefoy restait silencieux, les yeux fixés au plafond avec agacement. A son air renfrogné, elle devinait qu'il appréhendait autant qu'elle leur punition. C'était de la folie. Plonger dans le lac, seuls, en pleine nuit. Sans compter que les Êtres de l'eau étaient des créatures complexes qui se révélaient sauvages et incompréhensibles la majeure partie du temps. Elle retint un soupir et se contenta d'acquiescer une nouvelle fois.
« Très bien », conclut la directrice. « Trois fleurs devraient suffire. J'espère que ce petit exercice vous servira de leçon. Vous pouvez disposer », finit-elle sans se déparer de son air sévère.
Ils se levèrent tous deux sans s'adresser un regard et quittèrent la pièce en silence. La porte se referma lourdement derrière eux dans un grincement sinistre, plongeant le couloir dans un noir accablant. Pourtant, ni l'un ni l'autre n'esquissa le moindre geste. La silhouette du Serpentard se dessinait dans le noir, appuyée contre le mur. De là où elle était, elle n'apercevait que ses contours flous et le blond de ses cheveux. Malgré l'obscurité, elle devinait son air agacé et cela lui procurait un plaisir sans précédent. Bien sûr, elle craignait la punition elle aussi, mais savoir que cela l'ennuyait lui donnait presque envie de se jeter dans le Lac tête la première.
Au bout de quelques minutes de cette immobilité inquiétante, il finit par donner une petite impulsion contre le mur pour se remettre debout. Lentement, il se retourna, sur le point de rentrer dans la Salle Commune des Serpentard. Avant de se mettre en marche, il se contenta de lancer d'une voix froide :
« T'es contente de toi, Granger ? »
Il lui tournait toujours le dos, et ça lui donnait l'envie de se jeter sur lui pour le forcer à lui faire face.
« Pardon ? », se retint-elle de hurler. « C'est toi qui m'as traitée de Sang-de-Bourbe ! Toi qui t'es battu avec Harry ! Et c'est ta folle de petite amie qui m'a agressée ! »
Il haussa les épaules et sans même se tourner, il se remit en marche dans l'obscurité. Un sentiment d'injustice déferla sur elle. Non, elle n'avait rien fait. Rien. Elle commençait à en avoir marre qu'on l'accuse de tout, marre de sentir constamment le poids de la culpabilité peser sur ses épaules, marre de toujours se taire pour limiter la casse. C'était bien plus qu'elle ne pouvait supporter. Trop, c'était trop. Ses dents grincèrent et ses poings se serrèrent.
Aveuglée de colère, elle courut vers Malefoy et d'un geste rageur, lui saisit le bras, l'obligeant à la confronter. Malgré le noir ambiant, elle put voir ses grands yeux gris ronds comme des soucoupes descendre lentement du visage enragé de la brune, écumant de rage, à sa main qui serrait l'avant-bras du Serpentard avec fureur. Mais avant qu'il ait pu ouvrir la bouche, elle s'était mis à secouer son bras sans même se rendre compte de ce qu'elle faisait :
« Espèce de petit pleurnichard ! Tu vas assumer tes erreurs ! J'en peux plus de subir les états d'âme de tout le château ! Pour moi aussi, c'est dur ! Mais bien sûr, tout le monde s'en fout ! Personne ne se demande jamais si moi je vais bien ! Personne ! Parce que vous êtes bien trop obsédés par votre petite personne... Alors oui, c'est facile de toujours se plaindre, encore faudrait-il faire quelque chose pour essayer de changer la situation ! Mais toi tu te contentes te victimiser toute la journée ! Oh, pauvre petite Drago, tu aimerais qu'on pleure pour tes beaux yeux, hein ? Eh bien sache que le soleil ne tourne pas autour de ta petite personne ! »
« Tu... »
« NON, TAIS-TOI ! Tu n'imagines pas les choses horribles que j'ai vues ! Tu n'imagines pas ce que j'ai dû faire, ce que j'ai dû vivre ! Tu ne sais rien de tout ça ! Rien ! »
Il la regardait toujours sans rien oser faire, étourdi par cette soudaine déferlante de rage. Décidément, si même Granger craquait, le monde ne tournait plus rond.
« Je n'en peux plus moi non plus ! », enchaîna-t-elle sans reprendre son souffle. « Parce que je dois non seulement m'occuper des doléances de tous les élèves de l'école mais en plus je dois faire avec vos petites crises de nerfs et vos caprices ! Et non, non, Malefoy, c'est non ! NON ! », hurla-t-elle, tremblant de tout son corps.
Un silence lourd retomba sur le couloir toujours plongé dans l'obscurité. Aussitôt, elle s'en voulut. Non, elle ne regrettait pas ses mots, car elle les pensait. Ce tourbillon de sentiments violents et contradictoires, c'était son quotidien, ce qu'elle endurait tous les jours. Et ne pas sombrer dans la tristesse, l'apitoiement et la folie, c'était un sacré combat. Ce qu'elle regrettait, en revanche, c'était de s'être confié à Malefoy. Il avait fallu que ça tombe sur lui, entre tous. Elle se mordit la lèvre inférieure, se sentant sur le point de fondre en larmes. Aussitôt, elle lâcha son bras et recula d'un pas.
« Je... », commença-t-elle mais les mots moururent dans sa gorge.
« Et moi qui croyais que tu étais inintéressante », se moqua-t-il d'un air vague. « Finalement, t'es aussi tarée que nous tous... »
« Non, c'est pas ce que tu crois... »
« A demain, Granger. Et au passage, je note que tu aimes mes 'beaux yeux' », la coupa-t-il, et elle aurait juré voir un sourire amusé flotter sur ses lèvres.
Sans rien ajouter, il quitta le couloir, laissant Hermione seule avec ses idées noires. Agacée, épuisée, tourmentée, elle regagna sa chambre à pas de loup, et se glissa dans ses draps, aussi silencieusement que possible. Le cœur en vrac, elle feignit d'ignorer que Ginny avait déjà déménagé ses affaires pour s'exiler au fin fond du dortoir, le plus loin possible de celle qui avait un jour été sa meilleure amie.
J'ai enfin terminé mon chapitre, désolée ça a pris du temps et en plus, il est très particulier. Ne vous en faites pas c'est un chapitre de "transition", le prochain sera centré sur Hermione et Drago... Mais je ne vous en dis pas plus ! Vous verrez bien !
Mais qu'en avez-vous pensé ? Vous trouvez que la réaction de Ginny est justifiée ou vous la trouvez excessive ? Et la punition de McGonagall ?
Okami Shiroi : Merci pour ta review ! Oui, c'est vrai que Daphné mérite une petite remise en place ! Mais tant qu'elle lui est utile, Drago ne voit pas de raison de la jeter... Mais peut-être que ça va changer, qui sait ?
Laurine : Voilà le chapitre et merci pour tous tes compliments ! Ça chauffe pour Hermione et Drago... En même temps, ils ont un peu dépassé les bornes, même si la réaction d'Hermione était justifiée ! Merci mille fois pour ta review !
Maxine : Pour l'instant, Drago se sert de Daphné. Il couche avec elle, et se barre dès qu'il est satisfait, sans se préoccuper d'elle. Mais elle, ça lui va puisqu'elle est folle amoureuse de lui. La pauvre ! Merci pour tes reviews !
Math : Merci pour ta review. Oui elle l'avait méritée, mais Hermione paye le prix fort maintenant !
En tout cas merci à toutes mes revieweuses et surtout à mes quatre fidèles citées plus haut qui m'ont déjà laissé plusieurs reviews ! Et merci à tous mes lecteurs ! Ça me fait chaud au cœur ! Et continueeeeez de reviewer, please !
