Zabini descendit les escaliers lentement, une demi douzaine de livres dans les bras. La masse de devoirs qu'il avait à rendre le rendait morose. Il n'était pas du genre à rechigner à faire son travail mais il fallait bien avouer que cette année, les professeurs ne les épargnaient pas. Sans oublier que la fête d'Halloween avait lieu le lendemain et il n'était pas franchement impatient de devoir se coltiner les autres maisons pendant toute une soirée, surtout pas après les récents évènements, car s'il fallait bien avouer que les Serpentard n'avait jamais été très apprécié, ils étaient désormais carrément haïs.

Le tableau de la Salle Commune pivota et il saisit une clameur de rire et de piano. Curieux, il s'avança dans la pièce et découvrit une atmosphère anormalement enfumée. Des groupes d'élèves qui avaient troqué leurs uniformes contre des tenues plus habillées bavardaient, verre ou cigarette à la main. Les lumières étaient plus tamisées encore que d'habitude et des bougies lévitaient au-dessus des invités, plafond lumineux qui irradiait de lueurs dansantes, renvoyant leurs ombres hypnotisantes sur le visage des élèves alentours. Terence Higgs jouait un air entêtant au piano tandis que Flora, assise langoureusement sur l'instrument chantait d'une voix sensuelle un air ensorcelant, sous les yeux grands ébahis de Dolohov et Goyle. Nott, lui, sirotait son Whisky affalé dans un fauteuil, une cigarette crépitante à la bouche. Typique des soirées Serpentard : ça sentait l'argent, l'éducation aristocrate et les excès.

D'un rapide coup d'oeil, il avisa Malefoy, Parkinson et Farley en train de discuter avec animation. A mieux y regarder, il se rendit compte que c'était plutôt Parkinson et Farley qui discutaient gaiement, la conversation ponctuée de haussements de sourcils las de la part de Drago. Après avoir déposé ses livres dans un coin, il s'empressa d'aller les rejoindre.

« J'avais oublié que c'était ce soir, la fête », lâcha-t-il en s'asseyant à leurs côtés avec un soupir.

Opale Farley, lui adressa un sourire fier qui lui donnait un air encore plus agaçant qu'à l'habitude. « C'est notre idée, avec Pansy. »

« On s'est dit que ça pourrait être sympa de s'amuser un peu vu ce qu'on a subi dernièrement », renchérit l'intéressée, en battant des cils avec emphase. « C'est que certains Serpentard ont connu quelques mésaventures déplaisantes », expliqua-t-elle en feignant une moue concernée.

« Comme si ça t'attristait », lui glissa-t-il avec mauvaise humeur.

« Qu'est-ce que tu veux dire, Zabini ? », s'enquit-elle avec ce même ton badin, mais il pouvait désormais sentir une pointe de menace percer dans sa voix. « Nous sommes tous les deux aussi attristés l'un que l'autre par ces terribles incidents, me semble-t-il », insista-t-elle, et il comprit immédiatement son sous-entendu.

Oui, s'il la balançait, il coulait avec elle pour avoir participé à leur petite réunion. Il se renfrogna.

« Ouais, ouais, si tu le dis »

Elle lui renvoya un sourire entendu et lui tendit un verre de Rhum. Voilà, ce verre scellait leur accord et achetait son silence, il le savait bien. Il soupira et accepta le verre qu'il finit d'une traite, appréciant la chaleur familière de l'alcool. Les filles se levèrent d'un bond en pouffant et se mirent à danser, tournoyer, virevolter au rythme de la chanson de Flora Carrow, qui relevait lentement sa robe sur sa jambe dénudée, faisant baver d'envie ce gros balourd de Goyle.

Zabini détourna le regard avec un soupir exaspéré : il détestait cette ambiance faussement joyeuse et amicale.

« Dis donc, t'as l'air de bonne humeur, toi », se moqua Drago en lui resservant un verre.

« C'est fatiguant, ce genre de soirées. C'est toujours la même chose. On boit et on sourit à tout le monde pour tenter d'oublier qu'on se déteste tous cordialement »

« Tu me détestes cordialement ? », ricana Malefoy en prenant une longue gorgée de Whisky Pur Feu.

« Disons que je te supporte patiemment », répondit Zabini avec un sourire amusé.

« Ça, ça veut dire que tu m'adores »

Zabini se contenta de hausser les épaules, laissant planer le doute, mais déjà Parkinson revenait, un sourire carnassier aux lèvres. S'appuyant sur l'accoudoir du sofa, elle se pencha vers Drago, son visage à quelques centimètres à peine du sien, offrant une vue plongeante sur son décolleté qui - il fallait bien l'avouer - était plutôt généreux.

« Est-ce que ce cher Drago Malefoy serait tenté par une danse ? »

Il lui offrit sa plus belle grimace de dégoût.

« D'aucune façon. Par contre, je te conseille vivement de dégager de mon champ de vision »

Elle se pencha plus près de lui encore, et souffla à son oreille : « Laisse-moi t'offrir un conseil à mon tour, Drago. La chance risque de tourner et d'ici là, tu ferais mieux de t'entourer des bonnes personnes »

Il la dévisagea longuement avec un regard mêlé de répulsion, de haine et de dédain. Sans même la repousser, il lui glissa à son tour, dans un chuchotis moqueur : « Il ne me semble pas que tu fasses partie de cette catégorie de personnes, Parkinson. Et quand bien même ce serait le cas, l'idée même de m'associer avec toi d'une manière ou d'une autre me donne envie de gerber »

« Souviens-toi à jamais de ce jour où tu m'as dit non, Drago, car tôt ou tard tu le regretteras amèrement »

« Si tu continues à occuper mon espace vital comme ça, ce sera pas seulement le jour où je t'ai dit non mais aussi le jour où je t'ai balancé un endoloris en plein milieu de la salle commune »

Elle se recula un petit peu, mais ne se départit pas de son sourire « Ça a toujours été ton problème, Drago. Tu choisis très mal tes amis », finit-elle en lançant un regard appuyé à Zabini qui détourna le visage pour cacher sa gêne.

Une voix douce les interrompit : « Pansy, ce n'est pas très élégant de ta part de monopoliser tous les bons partis de la soirée », susurra Daphné avec un petit rire gracieux, qui ne parvint pas à dissimuler le ton menaçant de sa phrase.

Pansy se recula pour de bon pour faire place à Daphné. Elle se dressait là, vêtue d'une longue robe noire qui mettait en valeur chaque courbure, chaque ligne de son corps. Elle était grande, les cheveux inlassablement relevé en chignon, et le menton haut : Daphné aurait aisément pu se faire passer pour une duchesse ou une comtesse. Elle était dangereusement belle, mais de cette beauté froide dont la vue charme autant qu'elle dérange.

Ils se regardaient tous les quatre avec des sourires aussi faux que leurs airs détendus. Voilà exactement ce que Zabini redoutait, le genre de confrontations typiques des soirées vert et argent : pas un mot plus haut que l'autre mais une menace mesquine et implacable qui plane au dessus d'eux comme un orage : dangereux, imprévisible et incontrôlable, prêt à les foudroyer d'un instant à l'autre.

« Ah oui, j'oubliais que certains partis étaient chasse gardée », rétorqua Pansy en adressant un sourire glacial à Daphné. « Comme c'est touchant ! Le Prince des Serpentard et sa cour de fidèles... ». Elle prit un air ingénu et rajouta : « Enfin, 'fidèles', c'est un bien grand mot ! Qui sait ce que nos amis sont capables de faire pour un peu de pouvoir et d'ambition, hein, Drago ? »

Elle éclata d'un rire cruel et se détourna aussitôt, laissant planer entre les trois amis un silence pesant. Drago fronça les sourcils et se tourna vers Zabini.

« De quoi elle parle ? »

Blaise et Daphné s'échangèrent un bref regard avant que le métisse ne réponde, d'un ton désinvolte : « Oh, tu connais Pansy. C'est une tarée, elle inventerait n'importe quoi pour faire des vagues »

Drago ne sembla pas vraiment convaincu mais hocha imperceptiblement la tête afin de clore ce sujet déplaisant au plus vite. Il se tourna alors vers Daphné et lui adressa un demi sourire.

« Merci pour le sauvetage de dernière minute »

Le visage de Daphné s'éclaira d'un sourire irradiant de bonheur. C'est fou ce que cette fille pouvait être accro à Malefoy. Est-ce qu'au moins il s'en rendait compte ? Difficile à dire, venant de lui. C'était pas vraiment le genre à être concerné par les sentiments des autres. Et de toute façon, Zabini n'avait jamais vraiment aimé Daphné : elle était redoutablement intelligente et pourtant, elle ne se servait pas de cette qualité pour écraser les autres. Ce genre de comportement était suspect, ici, à Serpentard. Un serpent venimeux qui ne mord pas, ça a quelque chose de louche. Tôt ou tard, sortirait de sa cachette pour passer à l'attaque et le coup qu'elle porterait serait mortel. Cette idée le fit frissonner.

Pourtant, Daphné lui adressa un sourire poli :

« Blaise, une petite danse ? »

« Mais avec plaisir. »

Il se leva et lui tendit une main courtoise. Tout était dans le paraître. C'était la règle à adopter si l'on voulait survivre. Relever la tête, sourire, acquiescer et rire au bon moment. On finissait par s'y faire... Ou on se faisait déchiqueter en petits morceaux. Le visage de Calypso apparut dans son esprit, avec ce regard triste qui lui était désormais coutumier. Oui, Calypso était de ceux qui n'ont pas le cœur à feindre et finissent dévorés tout cru.

Une pression sur sa main le ramena à la réalité, et il s'approcha un peu de Daphné dont le parfum de jasmin venait chatouiller ses narines.

« Tu l'as dit à Drago ? », demanda-t-elle d'un ton pressant. Et soudain elle ne jouait plus la comédie. Ses traits semblaient crispés, désordonnés, dévorés par une virulente inquiétude.

Entraîné par la musique, il la fit tourner sur elle-même. « De quoi tu parles ? », demanda-t-il innocemment.

Son regard se fit menaçant. « Ne joue pas à ce petit jeu avec moi, Zabini. Tu sais très bien de quoi je parle »

Au loin, Flora entonna une note basse d'une voix harmonieusement éraillée, faisant vibrer toute la pièce.

« Non, je ne lui ai rien dit », avoua Zabini avec une pointe de remords.

Le visage de Daphné se décontracta, ses muscles se détendirent. « Il va falloir lui dire. », articula-t-elle à voix basse.

Zabini hocha doucement la tête. « Non, c'est trop tard. Tu connais Drago, ça le rendrait fou. De toute façon, c'était juste un délire de Pansy. Laisse tomber. »

D'un geste sec, Daphné se colla contre Zabini : « C'est bizarre mais ça ne m'étonne même pas de ta part, ce genre de mensonges par omission. Je dirai même plus, ça me rappelle quelque chose », lui murmura-t-elle à l'oreille avec, dans la voix, une pointe de menace latente.

Il lui lança un regard noir et grinça entre ses dents : « Je t'interdis de parler de ça, Daphné », puis il avisa son sourire victorieux et se fit violence pour retrouver son calme : « Et puis, t'es mal placée pour me faire des reproches. Tu n'as pas été plus honnête que moi. »

La musique s'arrêta au moment où la blonde dardait un regard venimeux sur le métisse. Il retourna s'asseoir auprès de Drago. D'un tintement de sa baguette contre son verre, Pansy attira l'attention de la pièce. Elle se leva et leur fit face, un sourire suffisant sur ses lèvres écarlate.

« Mes chers amis, levons notre verre à la grande et majestueuse maison Serpentard ! La plus grande maison de toutes, si injustement sous-estimée. Et si personne ne nous aime, nous avons au moins la chance de nous suffire à nous-même ! Longue vie à Salazar et à vous tous, mes frères Serpents ! »

De sa baguette, elle fit apparaitre une gerbe d'étincelle qui prit la forme d'un serpent lumineux et crépitant, ondulant entre les convives avec grâce, leur arrachant des cris de surprises ou d'admiration. Le reptile grésillant se dressa sur lui-même puis décolla au-dessus de leur tête pour exploser en millier de petites lumières qui retombèrent sur les invités ébahis. Une clameur d'exclamations, d'applaudissements et de rires fusa aussitôt alors que tous les Serpentard trinquaient les uns avec les autres. Zabini sourit intérieurement : Pansy avait le sens du spectacle, ça on ne pouvait pas le lui enlever. Il trinqua volontiers avec chaque élève qui lui tendait son verre, sans pouvoir s'ôter de l'esprit que le discours de Parkinson était tout ce qu'il y avait de plus ironique. Prôner une quelconque fraternité à Serpentard, alors que les vert et argent se déchiraient sournoisement et sans pitié, c'était le comble de l'hypocrisie.

Mais Pansy, enchaîna d'une voix frémissante d'excitation :

« Et maintenant... Place à la Valse Vipérine ! », s'exclama-t-elle en ouvrant les bras, sûre de son petit effet.

A l'instar des autres élèves, Drago et Zabini s'échangèrent un regard surpris.

« La dernière fois que j'ai vu ça, c'était en quatrième année », commença le blond, le regard circonspect. « Tu sais qui c'est, la Valseuse ? »

« Ou le Valseur », corrigea Zabini. « Non, j'en ai aucune idée »

Un cercle se forma, attendant impatiemment l'invité mystère, et soudain, le silence se fit. Un côté du cercle se détacha lentement, faisant place à celle qui marchait, la tête haute, pour rentrer dans l'espace libre. Zabini en eut le souffle couplé. Calypso. C'était Calypso, la Valseuse. Il eut envie de courir et de la sortir de là, de lui crier que c'était trop dangereux. Mais il ne fit rien. Il se contenta de la regarder s'installer avec assurance, faisant face aux regards avides des Serpentard disposés en rond autour d'elle. Elle portait sa robe couleur soleil hérissée de franges dorées et étincelantes qui lui descendait tout juste au milieu des cuisses, laissant entrevoir ses longues jambes caramel. Ses cheveux étaient retenus en arrière par une couronne d'or à l'effigie d'un serpent. Elle avait l'air sereine, irradiant d'une beauté souveraine. Il y'eut un silence émerveillé, puis, comme au ralenti, Pansy pointa sa baguette sur Calypso.

« Serpensortia ! »

Un cobra apparut sur le sol, face à Calypso, se dressant de toute son imposante stature, les crocs saillants. La jeune fille lui fit face, un sourire confiant aux lèvres. Un sourire merveilleux. Une mélodie claire s'échappa de sa bouche : une chanson aux accents exotiques, envoûtante et captivante. En quelques secondes, le serpent était prisonnier de cet emprise musicale, ondulant aux inflexions de la voix de Calypso, sifflant pour accompagner ses notes. Bercé par cette mélodie, il serpenta jusqu'à elle, caressant. Lentement, il gravit son corps, longeant ses jambes, puis son buste pour finalement s'enrouler autour de son cou. Imperturbable, elle continua son chant merveilleux, roulant des hanches langoureusement, accompagnant sa valse de mouvements sensuels des bras et des poignets, faisant tinter ses bracelets d'or dans un cliquetis harmonieux qui s'accordait à la perfection avec sa voix.

Tous les regards se tournèrent vers Opale Farley qui leur offrit un sourire ingénu avant de pointer à son tour sa baguette sur le ring de danse. Une couleuvre aux reflets bleutés glissa lentement sur le sol, tournoyant sur elle-même. D'une démarche féline, Calypso s'en rapprocha et plongea son regard dans les yeux du petit serpent, sans interrompre sa rhapsodie. Sans hésiter, le serpent ondoya jusqu'à elle pour venir s'enrouler autour de sa taille, les yeux mis-clos.

Dans l'ordre du cercle, ce fut au tour de Daphné. L'echis qui s'échappa de sa baguette était rainuré de gris, de noir, et de blanc, dans un panel de couleurs élégant qui collait parfaitement avec sa propriétaire. Gracieusement, le serpent fit le tour du ring, encerclant Calypso avec une nonchalance dangereuse. Petit à petit, le reptile réduisait la distance entre lui et la Serpentard, se retrouvant bientôt à moins d'un mètre de la danseuse, sifflant d'un air menaçant. Sans se démonter, Calypso roula des hanches avec intensité, une main tendue vers l'echis, comme pour l'inviter à se joindre aux autres serpents, toujours accroché à son corps. Le reptile sembla d'abord méfiant, se déportant à gauche, puis à droite dans des petits tressautements paniqués, mais de son index, la jeune fille lui fit signe d'approcher et les défenses de l'echis cédèrent, alors qu'il s'empressait de se lover sur une des épaules de la Valseuse.

Nott s'avança. C'était à lui. Un sourire carnassier vint temporairement détendre la rigueur de ses traits. C'était lui qui avait toujours été le plus cruel avec Calypso. Il lui faisait peur, il le savait. Et même pire : il adorait ça. Il sortit lentement sa baguette, la faisant danser sous les yeux de la jeune fille alors qu'un éclat fugace de peur traversait le regard de cette dernière.

« Serpensortia », susurra-t-il.

Un Naja fut projeté sur le sol, tout près de Calypso qui se retint de bondir en arrière. Le serpent était d'un noir luisant à l'exception de deux point blanc sur son torse qui ressemblaient à s'y méprendre à deux yeux menaçants. Ses écailles brillaient sous la lumière des bougies, bardant d'éclats sombres la peau mate de la jeune fille. Il se dressa, déployant sa collerette et lâcha un sifflement lancinant comme un rire machiavélique. Ses crocs de nacre tranchait avec le noir de ses écailles comme deux lames mortelles prêts à déchirer la peau de Calypso. Ils se firent face quelques secondes, alors qu'elle continuait de fredonner son envoûtante mélopée. Soudain, le Naja fondit sur elle la gueule grande ouverte, comme un éclair de jais. D'un petit bond, Calypso l'esquiva en lâchant une petite exclamation de stupeur. Les serpents, toujours enroulés autour de son corps, semblèrent se réveiller, sifflant et crachant, enserrant son cou et sa taille. Elle reprit sa respiration, tentant de garder son calme, et reprit sa berceuse. Aussitôt, les reptiles retournèrent dans leur état de transe hypnotique, pelotonnés contre le corps de la jeune fille. Mais le Naja se dressait toujours face à elle, moqueur et menaçant, la collerette frémissante tandis que les deux cercles blancs sur son petit buste semblaient darder sur Calypso un regard meurtrier. Une goutte de sueur dévala le front de la danseuse.

Alors, ses yeux se fermèrent et une note claire et précise s'échappa de sa bouche, aussi limpide qu'un tintement de cristal. Le serpent s'arrêta aussi net, captivé. La note se stabilisa en un fredonnement grandiose, et d'un geste sensuel, elle leva les bras au ciel et tournoya sur elle-même. Les franges de sa robe se déployèrent tout autour d'elle, accrochant la lumière et renvoyant dans toute la pièce une pluie d'éclats dorés. A cet instant précis, Calypso Rosier ressemblait à un petit soleil. Suivant des yeux les rotations de la danseuses, le serpent se rapprocha lentement, lentement, lentement, tout en douceur, sous les yeux irrités de Nott. Puis, tout aussi délicatement, il vint s'enrouler à la jambe de la jeune fille, envoûté lui aussi.

Il y'eut des murmures admiratifs. Quatre serpents. C'était le record absolu. Personne n'en revenait, personne n'y croyait ! Et surtout venant de Calypso, la fragile petite biche qui se faisait volontiers piétiner par le reste de la maison. Et plus incroyable encore, Calypso n'avait toujours pas sonné la fin du jeu, et comme c'était la Valseuse qui décidait quand elle arrêtait, les regards se tournèrent vers le prochain à lancer son serpent. Zabini déglutit avec peine. C'était lui. Calypso avait arrêté de tourner, plongeant son regard dans celui de Blaise, l'encourageant d'un sourire rassurant. Il hésita un instant. C'était trop dangereux. Cinq serpents, c'était de la folie ! Elle risquait de se tuer. Une salve de protestations pressantes jaillit dans la foule, de peur que le temps de l'hésitation de Blaise, la jeune fille ne change d'avis. Oui, les Serpentard voulaient leur spectacle - glorieux ou tragique. Il hésita de nouveau, pris d'une panique soudaine. Mais les murmures se firent insistants et il finit par céder en voyant le hochement de tête imperceptible de Calypso qui lui demandait de lui faire confiance.

« Serpensortia », souffla-t-il à contre cœur.

Un python brun, irisé de beige, serpenta avec mauvaise grâce jusqu'à l'arène. D'un pas gracile, Calypso s'approcha de lui mais il détourna son regard et s'éloigna. Elle fronça les sourcils, déstabilisée par cette attitude récalcitrante, et se rapprocha de nouveau. La tête baissée, il ondula pour la fuir, tentant de se tenir le plus loin possible d'elle. Mais la jeune fille n'en démordait pas, et elle effectua un nouveau pas dans sa direction. Pris de panique, ne voulant pas la blesser, le python se dressa sur lui-même avant de fondre sur la foule qui se mit à pousser des cris de panique en s'écartant violemment. Calypso, distraite par les hurlements de ses camarades, stoppa net son récital. Simultanément, tous les serpents s'éveillèrent, se dressant, crocs en avant, pour mordre la jeune fille. Aussitôt, Zabini, Daphné et Drago dégainèrent leurs baguettes d'un geste vif, sans même se consulter.

D'une même voix, visant un serpent différent, ils s'écrièrent : « Evanesco ! »

Les trois reptiles disparurent dans une brume noire qui cacha un instant le visage de Calypso. Lorsque le nuage opaque se dissipa, le cœur de Zabini manqua un battement.

« Evanesco ! », hurla-t-il en pointant le Naja qui disparut dans une gerbe de fumée.

Mais trop tard, les yeux de Calypso se révulsèrent et elle s'effondra sur le sol, quatre points rouges sanguinolents sur le haut de la cuisse. Le Naja l'avait mordue de ses crocs acérés.

Et c'est de ta faute, murmura une petite voix au fin fond du crâne de Zabini.

Le monde sembla se mouvoir au ralenti : lentement, des élèves accoururent, s'attroupant autour de Calypso, hurlant ou gémissant. Quelqu'un tenta de la soulever, toujours au ralenti, le visage grave. En arrière plan, il eut tout juste le temps de voir un sourire cruel étirer lentement les lèvres de Nott. Puis, d'un coup, le monde reprit sa vitesse normale et Zabini se précipita vers la jeune fille, donnant de grands coups de coudes pour dégager la foule curieuse et affolée. D'un geste ferme, il saisit le corps léger de la jeune fille, passant un bras sous ses épaules et l'autre sous ses jambes, la serrant contre son cœur pour sentir sa respiration saccadée et irrégulière.

Sans réfléchir, il franchit le tableau, parcourut les cachots sombres et glacés, longea le couloir qui menait à l'infirmerie, essoufflé et fiévreux. Devant la porte, il ne prit pas le temps de reprendre son souffle et sonna la cloche pour réveiller l'infirmière, le cœur battant si fort qu'il avait peur qu'il déchire sa cage thoracique pour s'en extirper. Tout était de sa faute, tout était de sa faute, se répétait-il en boucle. Et si elle mourrait ? Il avait toujours détesté la Valse Vipérine... Et cette infirmière qui tardait à venir... Et le souffle de Calypso qui se faisait rauque...

« Tiens, tiens, un serpent hors de son trou », la voix d'Agostino fusa dans le silence oppressant, comme une lame affûtée.

Zabini se retourna vivement, protégeant Calypso de ses bras, pour faire face à Peakes et Agostino Vane.

« Mais c'est que la vipère a de la compagnie », se moqua Peakes.

« Dégage, connard », lâcha Zabini, hors de lui.

« Je crois que t'as pas bien compris la situation, pauvre mec », cracha Peakes. « Tu ferais mieux de fermer ta grande gueule »

« Ouais », enchaîna Vane. « On commence à en avoir marre des enfoirés comme toi qui taguent les murs de menaces. Parce qu'avec vos familles de consanguins, vous imaginez peut-être que vous êtes plus purs que nous ? »

« J'imagine rien du tout... dégage ! »

« Ouais, c'est pour ça que tu traînes avec l'autre enflure de Malefoy ? Si c'est ton pote c'est que tu cautionnes. Ça te fait vibrer, hein, de te foutre de notre gueule ? De menacer nos familles ? Ça t'excite de savoir qu'on s'est fait crever comme des rats par tes potes Mangemorts ? Vous devriez pas être ici, en train de suivre des cours innocemment, vous devriez être à Azkaban, à croupir comme les chiens que vous êtes. Votre sang-pur, il me fait gerber »

Il cracha aux pieds de Zabini qui écumait de rage. Sa baguette était juste là, dans sa poche, mais impossible de l'attraper sans lâcher Calypso. Et ça, non, c'était exclu. Par Merlin, mais qu'est-ce que Pomfresh pouvait bien foutre ? Il était piégé comme un animal blessé, piétinant. Il aurait voulu les tabasser jusqu'à ce qu'ils pleurnichent et le supplient de les laisser tranquilles. Mais pour la première fois de sa vie, il y'avait bien plus important que ses petites envies du moment. Il y'avait Calypso.

« Écoutez les mecs, c'est pas moi qui ai écrit tous ces trucs sur les murs, et je trouve ça minable, franchement », concéda-t-il d'un ton plus doux.

Vane et Peakes s'échangèrent un regard moqueur et éclatèrent d'un rire cruel, s'approchant de lui, menaçants, prenant un malin plaisir à le voir reculer pas à pas. Dans son dos, la porte de l'infirmerie l'arrêta soudainement. Voilà, il était coincé. Il ne pouvait pas fuir. Mais tout ce qui comptait c'était que cette abrutie de Pomfresh ouvre enfin sa porte.

Les deux garçons l'encerclèrent, et il vit au ralenti le poing d'Agostino s'abattre sur son visage, lui arrachant une plainte déchirante alors que sa mâchoire craquait sous le choc. Il vacilla à peine et cracha une gerbe de sang, défiant ses deux adversaires du regard, Calypso toujours serrée contre lui.

« Alors, ça a quel goût le Sang-Pur ? C'est bon ? T'en veux encore ? », lâcha Agostino, un regard de pur folie luisant dans ses yeux bruns.

« Fils de... », commença Zabini.

Mais dans son dos, un bruit de verrou l'interrompit. Agostino et Jimmy s'échangèrent un regard inquiet.

« On se tire », décréta finalement Jimmy, et ils disparurent tous les deux dans l'obscurité du couloir, laissant derrière eux un Zabini haletant et titubant.

La porte s'ouvrit brusquement, manquant de faire tomber Blaise en arrière mais celui-ci retrouva son équilibre et se retourna pour faire face au visage blême de l'infirmière qui s'écria d'une voix stridente :

« Par la barbe de Merlin, mais qu'est-ce qu'il se passe dans cette école ! Qu'est-ce que v... »

Poussant Pomfresh pour se frayer un passage vers un des lits de l'infirmerie, il déposa délicatement Calypso dont le corps était maintenant secoué de légères convulsions et se tourna vers Pomfresh, le regard terrifié :

« Morsure de Naja. Faites quelque chose. Maintenant ! »

Le visage de l'infirmière devint sérieux et elle courut vers une petite armoire dont elle sortit une demi-douzaine de fioles et d'onguents. D'un geste sec, elle ordonna à Zabini de s'allonger dans le lit voisin.

« Ça risque de prendre un certain temps. Reposez-vous »

Il s'exécuta, trop déboussolé et paniqué pour pouvoir contester les ordres de l'infirmière. Il se laissa tomber sur les draps immaculés qui se teintèrent de rouge alors qu'un filet de sang s'échappait de sa bouche pour venir s'écraser sur le tissu. D'un geste désespéré et tremblant, il saisit la main froide de Calypso et la serra dans la sienne avec tendresse.

« Ça va aller, ça va aller, ça va aller », entonna-t-il en boucle, comme une prière.

Et la monotonie de cette incantation finit par le faire sombrer dans un sommeil agité.


Voilà, un nouveau chapitre de terminé, et comment dire... C'est encore la catastrophe !
Dites-moi ce que vous en pensez, de Pansy, de la Valse Vipérine, de Calypso et Zabini... de tout... !

Merci à tous les lecteurs et reviewers de continuer à suivre cette histoire !
Je pars quelques jours à partir de demain matin et du coup, je n'ai pas le temps de vous remercier individuellement, mes chères et fidèles revieweuses.
Mais promis, quand je rentre j'édite tout ça pour vous faire une petite dédicace !

Une petite review, s'il vous plaît, et je serai la plus heureuse de toutes les filles de la planète ! (oui, oui, carrément !)