« Hermione ! Attends ! », l'interpela une voix dans son dos.

Évidemment, elle savait très bien à qui appartenait cette voix, alors elle accéléra le pas sans daigner se retourner. Tête baissée, elle hâta la cadence. L'escalier était à quelques mètres à peine, elle l'entendait gronder d'ici, signe qu'il allait bientôt se déplacer. Elle pressa encore le pas, mais soudain un choc l'arrêta : elle venait d'entrer en collision avec une Serpentard de cinquième année qui lui offrit une grimace dégoûtée et la contourna en lâchant un juron sonore. Elle se massa la tête, à l'endroit où elle s'était cognée contre l'épaule de la vert et argent, et ramassa ses livres qui s'étaient sournoisement éparpillés sur le sol, permettant ainsi à Harry de la rattraper.

« Hermione ! Qu'est-ce qui se passe ? », commença ce dernier en lui tendant un des ouvrages qu'il venait de ramasser. « Ça fait trois jours que tu m'évites »

Elle détourna la tête pour éviter son regard inquiet. Elle n'avait pas envie de lui faire de la peine, mais elle avait encore moins envie de s'expliquer. Il ne se souvenait de rien. C'était si facile. Le lendemain, il lui avait souri innocemment, oubliant tout de ses déclarations et de leur baiser. Il n'avait pas vu les larmes de Ginny, il n'avait pas entendu les mots atroces qu'elle avait jetés à la figure d'Hermione. Il ne savait rien de tout ça. Mais elle, elle n'oublierait jamais le regard de hargne et de mépris de la jolie rousse. Alors pour l'instant, elle préférait prendre ses distances avec Harry, en attendant que ça se tasse.

« Je ne t'évite pas », répondit-elle piteusement, sachant pertinemment que sa voix sonnait faux.

Ron finit par les rejoindre, les mains dans les poches, un air de profond ennui au visage s'accordant à merveille avec ses cheveux décoiffés. Sans qu'elle ne sache pourquoi, cette vision la fit sourire. L'arrachant à ses pensées, Harry vint poser ses deux mains sur les épaules d'Hermione, l'obligeant à le confronter dans les yeux.

« Bon sang, qu'est-ce qui se passe, Hermione ? Tu sais que tu peux tout me dire ! »

Si tu savais, pensa Hermione, c'est toi qui m'éviterais... Vraiment, tu préfères ne pas savoir.

Voyant qu'elle restait silencieuse, il chercha du soutien en lançant à Ron un regard perplexe. Le rouquin lui offrit un vague haussement d'épaules pour toute réponse, signifiant clairement : je ne sais pas de quoi il s'agit, ne me mêle pas à ça.

Harry abdiqua, lâchant Hermione avec un soupir rageur avant de siffler d'une voix bougonne :

« Je suis loin d'en avoir fini avec ça, Hermione. Tu seras bien obligée de m'expliquer un jour ou l'autre. En attendant, je dois aller voir Neville. Salut. », conclut-il froidement avant de tourner les talons.

Les épaules d'Hermione s'affaissèrent alors qu'elle lâchait un long soupir de lassitude. Ron lui coula un regard en coin avant de lui tapoter le dos maladroitement , arrachant un petit sourire triste à la jeune fille.

« On va manger ? », lui proposa-t-il finalement.

Elle hocha la tête, l'esprit ailleurs. « Oui, allons-y »

Ils descendirent jusqu'à la Grande Salle sans parler et prirent place à la longue table des Gryffondor. Hermione triturait sa purée de carottes sans décrocher un mot, mais sa mine dépitée ne trompait pas : elle avait du mal à encaisser la rancœur d'Harry. La voix de Ron la tira de ses pensées :

« Ta purée n'y est pour rien, tu sais »

Elle lâcha un petit rire amer. « Je sais bien. Si seulement la purée de carottes pouvait être le principal de mes soucis, la vie serait tellement plus simple... »

« Tu devrais pas dire ça. On ne se méfie jamais assez des carottes mais ce sont des êtres fourbes »

Cette fois-ci, le rire qui s'échappa de sa bouche était sincère. Elle glissa un regard de gratitude à Ron qui lui répondit d'un sourire innocent.

« Mais à part les carottes, c'est quoi le problème ? », demanda-t-il en regardant ailleurs. Et Hermione comprit d'après le ton de sa voix qu'il était étrangement mal à l'aise.

C'est vrai que Ron n'était pas particulièrement doué pour exprimer ses sentiments. Pourtant, elle avait saisit dans son regard une once d'inquiétude. Oui, Ron Weasley s'inquiétait pour elle. Cette pensée lui fit l'effet d'un baume au cœur.

« Tu te souviens quand tu portais le médaillon ? Les choses que tu t'étais imaginées ? », commença prudemment Hermione. « Eh bien, à l'infirmerie, Harry a... »

« Hermione », l'interrompit Ron. « A propos de ça. Y'a un truc dont j'aimerais te parler depuis un bout de temps »

Elle le regarda, surprise, mais il s'emmura dans un silence gêné. D'un geste de la tête, elle l'encouragea à poursuivre. Le regard de Ron se posa sur un point imaginaire au loin, alors que son visage s'empourprait et que des balbutiements incompréhensibles sortaient de sa bouche.

« Je n'ai absolument rien compris, Ron. Tu pourrais reformuler ? »

Il prit une profonde inspiration, et elle réalisa que ce qu'il s'apprêtait à lui dire devait être sacrément intime pour le mettre dans un état pareil. Il se battait intérieurement pour formuler ses pensées, et tout son visage semblait en proie à une violente tétanie. Il soupira, pour se redonner de la contenance, et enfin, des phrases intelligibles s'échappèrent de ses lèvres.

« Hermione... Je sais que c'est pas le moment. Je sais même pas s'il y'a un moment pour ça. Tu vois, ça fait un moment que je me dis... »

Il regarda de nouveau ailleurs, se grattant la tête avec embarras, mais elle décida de rester silencieuse, elle-même effrayée par la tournure de la conversation.

« Ben, on n'a jamais vraiment reparlé de... tu sais, de toi et... de moi », finit-il dans un souffle. Et aussi impossible que ça puisse paraître, il semblait plus rouge encore qu'auparavant.

Les traits d'Hermione se peignirent d'horreur. La conversation qu'elle redoutait tant. Avoir une histoire d'amour avec quelqu'un en temps de Guerre, c'était quelque chose de terriblement particulier. Dans ces moments-là, on passe son temps à jouer au funambule : marchant sur un fil, entre la vie et la mort. Du jour au lendemain, tout peut s'arrêter. Alors, naturellement, on développe un sentiment primitif : celui d'aimer coûte que coûte, celui d'avoir quelqu'un pour qui se battre, d'avoir quelque chose à penser le soir, avant d'aller se coucher, pour oublier toutes les horreurs qu'on a vu dans la journée. Oui, c'est un instinct de survie nécessaire. Mais après la Guerre, les choses changent. Et ceux qui ont incarné nos compagnons, nos alliés, notre espoir durant la bataille finissent petit à petit par devenir ceux qui étaient là à ce moment si atroce de notre vie. Ceux qui ont vu les mêmes choses que nous. Ceux qui auront toujours cette douleur au fond du regard, celle qui te rappelle que ce n'était pas qu'un mauvais rêve.

Et si elle devait répondre honnêtement, Hermione serait bien incapable de dire quels sentiments elle ressentait lorsqu'elle voyait Ron. Un tourbillon de tourments, de peurs, de souvenirs, de joie, de colère et de tendresse enserrait son pauvre cœur au supplice.

Elle posa une main douce sur le bras de Ron qui déglutit avec peine.

« Ron, je ne sais pas... Je ne sais pas quoi te répondre tout simplement parce que je ne sais pas quoi en penser... »

Pendant quelques secondes, ses yeux s'agrandirent et elle y vit un océan de tristesse et de déception, mais il se reprit aussitôt et dégagea son bras d'un geste brusque.

« Non mais si je disais ça, c'était parce que... Parce qu'il y'a pas mal de filles qui me tournent autour et je voulais être sûr que ça... ça te posait pas de problème, quoi »

Sa voix s'était faite froide et distante, alors que la colère et la honte remuaient ses traits avec violence. Pourtant, une indignation sourde s'empara d'Hermione : elle n'en pouvait plus de ses réactions enfantines. Ne pouvait-il pas comprendre, pour une fois dans sa vie, qu'elle avait besoin de temps ? Pourquoi devait-il forcément essayer d'être le plus blessant possible ?

« Ah oui, et je peux savoir qui sont toutes ces prétendantes ? », siffla-t-elle entre ses dents serrées.

« Tu les connais pas. », répondit Ron avec empressement.

« Évidemment, le contraire m'aurait étonné ! »

« Qu'est-ce que tu sous-entends ? »

« Tu sais très bien ce que je sous-entends, Ronald Weasley ! Je t'ai dit que je ne savais plus où j'en étais, alors pourquoi, pourquoi te sens-tu obligé d'essayer de me faire mal ? »

D'un geste énervé, il repoussa son assiette et bondit hors du banc.

« Le monde ne tourne pas toujours autour de toi, Hermione Granger ! »

Elle voulut répliquer mais il était déjà trop loin. C'est fou comme lorsqu'un petit détail déraillait, tout se mettait à aller de travers. Peut-être que c'était de sa faute, au fond. Peut-être qu'elle s'était trompée sur toute la ligne, qu'elle avait été égoïste. Peut-être que...

Un groupe de Serpentard entra bruyamment dans la Grande Salle, l'interrompant dans ses pensées. Dolohov et Goyle, derrière, avec leurs airs patibulaires et patauds, devancés par les sœurs Carrow, Parkinson et... Malefoy. Il s'orienta vers la table vert et argent sans lui adresser un regard et ça ne fit qu'accroitre sa colère. Nott, lui, était déjà attablé, à l'écart, depuis une vingtaine de minutes. Au moment où ils prirent place autour de la table, une clameur de hululements et de bruissements d'ailes se fit entendre, emplissant la pièce d'un brouhaha désordonné. Une vingtaine de hiboux et de chouettes fondit sur la table des vert et argent, lâchant tout autant de missives d'un rouge vif qui ne laissait rien présager de bon.

Un silence dangereux s'abattit sur la pièce, éteignant les conversations joyeuses et les rires. Tous les visages étaient tournés vers les vert et argent, attendant impatiemment la suite du spectacle. Les Serpentard s'échangèrent des regards méfiants, et chacun prit une lettre pour en découvrir le contenu. Au moment où il les décachetaient, elle se transformèrent toutes en une bouche grimaçante, hérissée de dents acérées et menaçantes. Un tumulte assourdissant résonna dans la Grande Salle alors que les beuglantes se mettaient toutes à hurler d'une même voix rugissante :

« MISÉRABLES MANGEMORTS ! CE CHER SANG DONT VOUS ÊTES SI FIERS RUISSELLERA SUR LES PAVES DE POUDLARD ! NOUS VOUS ÉCRASERONS JUSQU'AU DERNIER ! NOUS N'OUBLIONS PAS, NOUS N'OUBLIONS RIEN ! »

Un vacarme de cris, de bruit de déchirement de papier et d'explosion des lettres qui n'avaient pas été ouvertes éclata dans la Grande Salle, alors que d'un geste, les Serpentard avaient bondi sur leurs pieds dégainant leurs baguettes pour les pointer sur le reste des élèves. Les occupants des autres tables s'étaient levées à leur tour, pointant eux aussi leurs baguettes sur les Serpentard, vociférant des insultes pour répondre à celles proférées par les vert et argent. Hermione se leva elle aussi, criant à Dean, Seamus et Lee Jordan de se rasseoir, tentant de couvrir les hurlements sinistres de la pièce. La tension était si intense qu'Hermione en avait la nausée : d'un instant à l'autre, les sorts allaient fuser, la salle s'emplirait de lueurs meurtrières tandis que les élèves tomberaient un à un. Non, elle ne voulait pas voir ça, elle ne voulait plus voir ça.

« SILENCE ! », gronda une voix autoritaire qui fit trembler les pierres du château.

Tous les élèves se tournèrent vers McGonagall, debout devant son pupitre. Ses traits étaient si tendus et sévères que soudain, elle paraissait avoir vingt ans de plus. Il y'eut un silence abasourdi.

« Rasseyez-vous », mugit-elle. « Immédiatement ! »

D'un même geste, tous les élèves se rassirent, le cœur battant et le souffle saccadé, réalisant avec horreur ce qu'ils avaient été sur le point de faire.

« Vous devriez avoir honte. Honte de vous ! Vous rendez vous compte de ce que vous vous apprêtiez à faire ? Vous êtes ici en frères et sœurs, cette école vous accueille tous comme des égaux et c'est précisément ce que vous êtes : égaux ! Nous avons tous vécu des choses terribles mais en revenant ici, vous vous défaites de votre passé pour vous construire un futur. Je suis terriblement déçue de vous. Et Dumbledore le serait tout autant »

Il n'y avait pas un bruit. Les Serpentard jetaient des regards furieux autour d'eux tandis que la majorité des élèves des autres tables avait la tête baissée, soudainement assaillis de remords.

« Maintenant, je vais demander aux Serpentard de sortir calmement de cette pièce. Ensuite, les autres tables feront de même. Je vous conseille vivement d'être dans de meilleures dispositions pour la célébration de ce soir. Et estimez-vous heureux, vous ne la méritez nullement. »

Alors que les Serpentard quittaient la pièce en dardant les autres élèves de regards assassins, Hermione surprit les yeux fatigués de McGonagall et elle ressentit une poussée de tristesse et de compassion pour la vieille femme. La directrice ne s'était sûrement pas imaginé une telle rentrée, pavées d'embûches et de conflits. La Gryffondor se sentit subitement idiote d'avoir giflé Daphné. Comme si McGonagall avait besoin de complications supplémentaires, surtout venant de la préfète qu'elle avait elle-même nommé. Elle suivit le mouvement, et sortit à son tour de la Grande Salle pour aller se réfugier dans la Salle Commune. Là, prenant place avec tous ses camarades Gryffondor, elle s'effondra pour la énième fois dans un fauteuil rouge et or. Décidément, depuis la rentrée, ce geste était devenu récurrent et ça n'avait rien de rassurant.

« Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ? », rugit Dean en tapant nerveusement du point contre l'accoudoir de son fauteuil. « Je pensais qu'on en avait fini avec toutes ces conneries ! »

« Tu sais quoi ? Ils ont ce qu'ils méritent, ces enflures ! », se récria Seamus.

Une salve d'acclamations approbatrices suivit aussitôt les paroles du Gryffondor sous le regard médusé d'Hermione qui ne pipa mot tant la situation tournait au délire.

« Ouais, d'ailleurs, j'ai entendu dire que Zabini s'était fait agressé, pas plus tard qu'hier soir... », ricana Parvati.

« Zabini ? », demanda un élève qu'Hermione ne connaissait pas bien.

« Oui, tu sais, le chouchou de Slughorn. »

« Bien fait ! », raillèrent plusieurs voix.

« Vous devenez malades ! », s'énerva Dean d'une voix blanche. « La plupart des Serpentard n'ont rien à voir avec toutes ces histoires, et pour les autres, on ne peut décemment pas les accuser des agissements de leur parents ! »

« Ces enfoirés ont tué ton père », cracha Seamus.

Dean se leva lentement, dévisageant Seamus avec une dureté qu'Hermione ne lui avait jamais vu auparavant. Son visage se peignit de consternation alors qu'il serrait les poings avec colère.

« Putain, mais on était des gamins ! Des gamins ! On était perdus et on avait peur... Se terrant comme des rats... et tu crois pas que les Serpentard aussi, ils étaient effrayés ? Et si je me souviens bien, t'as été le premier à nier que Tu-Sais-Qui était de retour... Alors tu vois, tout le monde se plante. Toi le premier. Et laisse-moi te dire que sur ce coup-là, t'es un vrai con. »

Il s'apprêtait à retourner dans son dortoir quand, d'un geste fébrile, Seamus se précipita pour le retenir, tirant sur sa manche d'un geste sec pour le forcer à se retourner.

« Je te conseille de pas me parler sur ce ton », siffla-t-il entre ses dents, visiblement piqué à vif dans son orgueil.

« Alors évite de parler de mon père. Lâche-moi. », articula froidement Dean avant de se dégager d'un geste brusque pour regagner le dortoir.

« Eh ben dis donc, ça c'est de l'ambiance ! », s'exclama Parvati en essayant vainement de retenir un sourire. Visiblement, elle s'amusait bien de ce genre d'histoires qui venait ajouter de l'eau à son moulin à ragots.

Épuisée par tous les évènements, et afin de résister à la tentation de balancer un Silencio à la figure de Parvati, Hermione regagna elle aussi son dortoir et s'allongea sur son lit, l'esprit préoccupé. Luttant contre le mauvais pressentiment qui se distillait en elle comme un poison, elle se glissa sous la couverture. Tout au fond d'elle, elle savait que les choses n'allaient pas aller en s'arrangeant...

~~~~o~~~~

Daphné se regarda dans le miroir. Son visage se tordit en une expression de dégoût. Horrible. Voilà ce qu'elle était. Horrible et laide. Soudain, le blond de sa chevelure lui semblait pâle et terne, lui conférant un air maladif soulignant les cernes bleutées qui commençaient à naître sous ses yeux. Son maquillage était atroce, lui aussi, et tout son corps lui semblait informe et repoussant. Un monstre, voilà ce qu'elle était. Elle poussa un cri de rage et jeta par terre son petit miroir qui se brisa en des milliers de petits morceaux qui scintillèrent à la lumière de sa lampe. Le souffle saccadé, les traits déformés de colère et de rage, elle renversa d'un geste brusque du bras sa boîte à maquillage qui se déversa sur le sol dans un bruit de cliquetis et de tintements. D'un pied rageur, elle vint piétiner le petit monticule de cosmétique qui gisait désormais sur le sol, prenant soin d'écraser son rouge à lèvres qui s'étala en répandant une traînée rougeâtre sur le sol. La poitrine secouée par une respiration haletante, la jolie blonde contempla les dégâts, observant avec un plaisir malsain la trace rouge qui barrait désormais le sol de pierre. Un ricanement sinistre s'échappa de sa gorge alors qu'elle s'effondrait sur son lit, vite remplacé par de violents sanglots agitant son corps de convulsions irrégulières.

Hestia entra dans la chambre, alertée par le bruit. Elle écarquilla les yeux de surprise et courut vers Daphné.

« Qu'est-ce qui se passe, Daphné ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Daphné se retourna, le visage rougis par les larmes, les yeux dansants animés par une lueur de désespoir.

« Mais regarde, regarde-moi ! Tu ne vois pas à quel point je suis hideuse ? Regarde-moi ! Regarde mon visage, mes cheveux ! », s'écria Daphné, en s'accrochant à la manche d'Hestia dans un geste qui trahissait sa détresse.

Celle-ci réprima une expression de surprise et se pencha avec douceur vers la blonde, caressant délicatement son épaule.

« Daphné, calme-toi. Déjà, si t'arrêtais de pleurer, tu serais un peu plus présentable. Et moi, je les trouve très bien tes cheveux. Il faut pas se mettre dans des états pareils... C'est juste une soirée Halloween, rien de spécial. En plus, on est censés porter des masques », la rassura-t-elle avec un sourire. « Et puis, moi je te trouve très belle, Daphné. »

« Belle ? », s'insurgea la blonde. « Mais belle ça suffit pas... Il faut que je sois parfaite ! »

« Arrête, Daphné, c'est ridicule... »

« Tu ne comprends pas. », articula-t-elle froidement. « Sors. Sors d'ici ! », s'étrangla-t-elle avec tant de violence que ses yeux semblaient sur le point de sortir de leurs orbites.

Hestia se releva lentement, décontenancée. Elle resta là quelques instants, ahurie, ne sachant plus quel comportement adopter. Il y'avait quelque chose qu'Hestia avait toujours aimé chez Daphné, sans savoir vraiment définir quoi. Quelque chose de fragile et d'innocent, qui faisait naître dans le cœur d'Hestia des sentiments confus. Mais cette fragilité était souvent cachée sous des couches de froideur et de dédain. Et parfois, Hestia entrevoyait dans les yeux de Daphné, une folie ravageuse, prête à se déverser et à tout emporter sur son passage.

Alors qu'elle hésitait toujours sur la conduite à tenir, elle vit soudain les morceaux de miroir brisé ainsi que le contenu de la boîte, éparpillés sur le sol. Elle secoua la tête, perplexe, et se dirigea vers la porte. Elle resta à l'entrebâillement et se tourna une dernière fois vers Daphné avec un pincement de tristesse.

« Daphné, tu commences sincèrement à me faire peur. »

Et elle quitta la pièce.

Un bruissement de papier qu'elle connaissait bien, et en quelques ondulations, son Cobra de papier se hissait contre son corps. D'un geste doux, il vint frotter sa tête contre la joue de Daphné, la ramenant brusquement à la réalité. Elle se releva doucement : il fallait qu'elle se reprenne. Cette effusion pathétique n'était pas digne d'elle. Si Drago la voyait, il aurait honte. Elle adressa une caresse tendre à son serpent, sécha ses larmes et se passa un peu d'eau sur le visage avant de retourner dans son dortoir.

« Reparo »

Lentement, les morceaux de verre brisé se réunirent, puis se ressoudèrent les uns aux autres dans un crissement désagréable avant de regagner leur cadre.

« Tergeo »

La marque rouge disparut en un clin d'oeil, puis Daphné se baissa pour remettre tout en ordre avant que quelqu'un d'autre ne soit témoin de la scène. La vert et argent brossa lentement ses longs cheveux blonds et les noua en un chignon impeccable qu'elle orna d'une broche en argent sur laquelle ondulait inlassablement un serpent d'émeraude. Elle peignit ses lèvres d'un rouge carmin et se regarda une nouvelle fois dans le miroir. Elle était loin d'être parfaite, mais elle s'en contenterait pour l'instant. Elle enfila une robe près du corps d'un vert sombre qui mettait en valeur sa silhouette élancée, puis, après un dernier regard dans la glace, elle déposa sur son visage fatigué un masque de dentelle noire. Voilà. Elle était prête.

Elle sortit dans la salle commune. Flora et Hestia étaient en train de se coiffer entre deux éclats de rire, l'une parée d'un masque vert l'autre d'un masque argenté. Hestia se figea quand elle vit sortir Daphné mais cette dernière se contenta de lui sourire innocemment. Jamais plus personne ne devait la voir dans cet état. Personne. Le château était un dédale de murmures, qui sait quelles folles rumeurs pouvaient revenir aux oreilles de Drago ? Elle ne devait plus jamais perdre ses moyens de la sorte. Elle se dirigea vers les jumelles, un sourire faux accroché aux lèvres. Jouer la comédie, elle savait faire.

« Alors, bientôt prêtes ? », lança-t-elle d'un ton enjoué.

Les jumelles s'échangèrent un regard hésitant. Cette garce d'Hestia avait dû tout raconter à sa sœur. Daphné ressentit l'envie pressante de passer ses mains autour du cou de la brune et de serrer, serrer, serrer, pour la faire taire à jamais, mais elle ne se départit pas de son sourire innocent. Hestia hocha la tête en lui retournant son sourire.

« Presque ! Les cheveux de Flora sont un casse-tête à coiffer ! »

« Hé ! », protesta sa sœur jumelle. « Je te rappelle qu'on a les mêmes ! »

« C'est vrai... », lui accorda-t-elle avec un clin d'oeil. « En tout cas, tu es superbe, Daphné. Vraiment ! »

Daphné sourit pour tout remerciement. Mais son sourire se glaça. Drago venait d'entrer dans la salle commune. Il avait toujours cet air décontracté et confiant qui émerveillait tant la jolie blonde. C'était comme s'il œuvrait toujours pour être le centre de l'attention, sans rien faire pour. Tous les regards se tournèrent vers lui. Il n'avait rien à faire, juste à entrer dans une pièce, et tout le monde se taisait, à moitié fasciné, à moitié effrayé. Son cœur s'accéléra. Elle aurait tout fait pour être à son bras, pour se tenir, fière à ses côtés, et éteindre à jamais les regards énamourés des filles du château. Elle se sentit fiévreuse, prête à s'effondrer, mais elle se reprit aussitôt. Ce n'était pas digne d'une future Malefoy. Elle le regarda de loin, priant tous les dieux de la terre qu'il daigne s'avancer vers elle, ou juste, croiser son regard. Elle était prête à se contenter d'un regard... mais il ne semblait pas l'avoir remarquée. Le cœur lourd, elle se tourna vers Hestia et Flora et fit mine de reprendre la conversation d'un ton anodin. Le temps parut s'allonger. Pourtant, elle le savait, à peine quelques minutes s'étaient écoulées depuis qu'il était entré dans la pièce. Mais le temps de Daphné tournait d'une autre manière : s'égrenant seconde par seconde lorsqu'elle était loin de Drago, et défilant à la vitesse de la lumière dès qu'elle était à ses côtés. Elle vit Flora sourire à quelqu'un dans son dos. Son cœur battait à tout rompre mais elle se força à se retourner lentement. C'était lui. Il leur adressa à toutes les trois un sourire enjôleur.

« Nous ne sommes peut-être pas des modèles en matière de savoir, de courage et de générosité, mais nous avons certainement les plus belles filles du château. »

Flora et Hestia pouffèrent, ravies. Daphné se contenta de sourire, l'air faussement sûre d'elle alors que tout son corps menaçait de la lâcher d'une seconde à l'autre. Soudain, tout doucement, il se pencha vers elle et lui murmura à l'oreille :

« Tu es magnifique, Daphné. »

Tout le corps de la jolie blonde sembla ronronner de plaisir. Elle eut envie de se jeter au cou de Drago, de l'embrasser, de se lover dans ses bras, de caresser son visage, elle avait envie de lui crier à quel point il était beau, à quel point elle aurait tout fait pour lui, à quel point elle l'aimait. Mais elle se retint. Il l'aurait méprisée. Elle sourit d'un sourire maîtrisé qu'elle avait travaillé au fil des années, un sourire qui se voulait à la fois charmeur et tout en retenue, qui disait 'tu ne m'auras pas aussi facilement' mais qui murmurait à qui savait le comprendre 'je suis toute à toi, Drago'.

« Je ne peux que te retourner le compliment, mon cher. », susurra-t-elle.

« A tout à l'heure, peut-être. Qui sait quels détours peuvent me mener jusqu'à ta chambre ? »

Ça y'est ! L'ultime récompense de son dur labeur ! Il était à elle, à elle pour la nuit, et c'était déjà ça. Elle eut envie de pleurer de soulagement. Drago lui fit un sourire qui la fit chavirer et s'éloigna rejoindre Zabini avant d'enfiler un masque noir délicatement cerclé d'argent qui couvrait ses yeux et son nez. Elle entendit vaguement Hestia lui dire quelque chose, puis Flora rire aux éclats, mais elle s'en fichait complètement. Plus rien au monde n'avait d'importance. Plus rien à part lui.

~~~~o~~~~

Hermione regardait, sceptique, la robe qu'elle tendait à bout de bras. Une robe de laine qui n'avait rien ni d'élégant ni de flatteur. Elle la reposa dans sa valise non sans lâcher un soupir dépité. Elle avait perdu la plupart de ses habits au cours de l'année précédente, à force de changer d'endroit, et bien sûr, elle n'avait pas vraiment eu le loisir d'en racheter entre temps. Décidément, elle aimait de moins en moins ce type de festivités. Tout le monde s'attendait à ce qu'elle trouve la réponse aux questions des professeurs, tout le monde s'attendait à ce qu'elle ait de bonnes notes, tout le monde s'attendait à ce qu'elle sermonne avec sévérité ceux qui ne respectait pas le règlement de l'école. Mais personne ne s'attendait à ce qu'elle soit jolie, apprêtée et amusante. Et c'était peut-être plus ça qui dérangeait Hermione que tout le reste. Savoir qu'on s'attarderait sur elle, qu'on se dirait qu'elle avait du faire de sacrés efforts pour être à peu près présentable. Et qu'on la trouverait sûrement pathétique de s'être donné tant de mal.

Elle s'assit sur le lit en poussant un soupir à fendre l'âme. Passant sa tête par le rideau de son lit à baldaquin, Parvati la dévisagea avec amusement.

« Qu'est-ce qui se passe, Hermione ? Toi non plus, tu ne sais pas comment t'habiller ? »

Ne voulant pas s'étendre dans les détails, Hermione adressa un sourire défaitiste à Parvati, espérant ainsi clore le sujet. Mais cette dernière ne sembla pas comprendre le message et bondit hors de son lit pour venir s'asseoir près d'Hermione avant de débiter à une vitesse impressionnante :

« Je n'ai aucune idée de ce que je vais bien pouvoir mettre ! Tout le monde me dit que le rose me va super bien, et c'est sûrement vrai mais je commence à en avoir marre de porter toujours le même type de robe ! Du coup, j'aimerais bien changer de couleur mais je me dis 'si le rose me va si bien, pourquoi changer de couleur' ? C'est vrai que c'est risqué mais en même temps, je me dis qu'à force de me voir habillée de la même couleur, les gens vont croire que je suis ennuyeuse, tu penses pas ? »

Hermione hocha vaguement la tête, se maudissant intérieurement d'avoir soupiré si fort.

« Non mais t'as raison, Hermione ! Je vais prendre la robe violette ! Comme ça, ça change mais ça reste dans les mêmes tons donc ça devrait tout aussi bien s'accorder à mon teint ! T'es un génie ! »

« Ah... Euh... Merci ? »

« Bon, je sais que Lavande m'a dit de ne plus jamais t'adresser la parole, mais moi je t'aime bien. Donc occupons-nous de ton cas, maintenant ! »

« Non, non, merci. Je vais me débrouiller avec... »

« Mais non, viens voir ! », s'écria Parvati en bondissant vers sa valise pour en étaler le contenu sous les yeux gênés d'Hermione. « Alors, d'abord, il y'a la jaune, ça irait super bien avec tes yeux noisette, je t'assure ! »

Hermione coula un regard sceptique à la robe jaune criard que Parvati lui présentait.

« Non, je ne pense pas que... »

« Oui, tu as absolument raison ! Je vois que tu sais ce qui te met en valeur, c'est bien ! Alors après on a la robe rouge, tu en penses quoi ? »

La robe était d'un rouge à faire pâlir une tomate, et disposait d'un décolleté généreux et impudique qui dévoilait bien plus qu'Hermione n'en avait à montrer.

« J'ai jamais trop aimé ce genre de rouge mais je suis sûre que la robe te va à merveille, à toi. Tu sais, Parvati, je pense que je vais me débrouiller toute s... »

« Non, attends ! J'ai exactement ce qu'il te faut ! »

Elle trifouilla dans sa grosse malle, faisant voler un nombre incalculable de robes, de jupes, de chaussures et de bijoux. Enfin, elle lâcha un petit cri victorieux et plaqua sous le nez d'Hermione une robe bleu nuit étonnamment sobre. Elle ne sut quoi répondre et se contenta de regarder la robe silencieusement quelque secondes.

« Ah, elle te plaît, hein ? J'en étais sûre ! Ma mère me l'a offerte pour, je cite 'tempérer l'arc-en-ciel de ma garde robe' mais moi je trouve qu'elle fait triste et coincée... J'étais sûre qu'elle te plairait ! »

« Merci... J'imagine ? », répondit-elle après une brève hésitation.

Avec un sourire satisfait, Parvati lui fourra la robe dans les bras et disparut dans la salle commune. Hermione en profita pour se changer rapidement : A son grand soulagement, Parvati et elle avaient à peu près la même morphologie et par conséquent, la robe tombait plutôt bien. Les manches étaient longues et la robe se ceinturait à la taille, puis courait jusqu'aux genoux d'Hermione. Sobre. C'est ce qu'Hermione voulait. Rien de trop voyant, rien de trop tape-à-l'œil, elle avait envie de tout sauf de se faire remarquer.

C'est mieux que rien, pensa-t-elle en se regardant dans le miroir avec au visage, une moue incertaine.

Elle tressa ses cheveux indomptables et réussit à obtenir une natte à peu près potable. Certes, ce n'était pas du grand art, mais encore une fois, c'était mieux que rien. L'image du bal du Tournoi des Trois Sorciers lui revint en mémoire, et elle pria pour que cette année ne se termine pas par un fiasco du genre. Comme cette époque lui paraissait lointaine !

D'un geste de la baguette, elle changea la couleur de son masque pour l'assortir approximativement à sa robe, puis elle vint le placer sur son visage déconfit. Peut-être que le masque cacherait un peu sa réticence à se présenter à la fête.

Elle quitta la Salle Commune et descendit de nouveau les grands escaliers pour se diriger vers le parc mais resta sur le pas de la porte, émerveillée.

Ça vaut le coup d'oeil, pensa-t-elle.

Des bougies flottaient dans le noir d'encre de la nuit, en suspension au-dessus des élèves ébahis, tandis que des petites fées se pavanaient çà et là, attisant le ciel de mille lumières filantes. Un grand buffet avait été installé pour l'occasion, regorgeant de mets fins : meringues de camélia et tartelettes à la violette, cake aux algues lumineuses, médaillons de tomates étoilées, salade de fruits sous-marins, la table débordait de plats plus alléchants les uns que les autres. De grandes amphores de cristal ouvragé contenait soit du jus de citrouille soit un liquide violet qu'Hermione imagina être de la liqueur de lilas. D'ailleurs, elle observa à ce moment précis trois élèves de deuxième année se faufiler jusqu'au vase afin de se verser une louche de liqueur dans leurs verres, mais au moment où le liquide parme allait emplir le verre, il se détourna brusquement, comme dévié par une force invisible, pour finir sa course dans l'amphore. Hermione ne put contenir un sourire amusé devant la mine déconfite des deuxième année. Un sortilège de limite d'âge avait donc été jeté sur les vases afin d'éviter que les mineurs ne boivent de l'alcool. Ingénieux.

La jeune fille descendit les marches pour se retrouver dans le parc pour de bon. Des élèves masqués discutaient par petits groupes sans qu'il soit possible de distinguer à quelle maison ils appartenaient. D'ailleurs, Hermione soupçonnait McGonagall d'avoir décrété les masques obligatoires pour cette raison précise. Dans tous les cas, tans mieux. Son loup lui assurait un anonymat - relatif, certes, mais c'était toujours bon à prendre. Elle se dirigea vers le buffet et hésita un instant entre jus de citrouille et liqueur de lilas, mais dans un haussement d'épaules, elle se décida pour l'alcool mauve.

Dans la situation actuelle, ça ne pourra pas faire de mal, songea-t-elle.

Soudain, des crépitements se firent entendre sur le sol et de petites étincelles s'élevèrent vers le ciel, puis retombèrent vers les petits groupes d'élèves éparses. Une pluie de lumières multicolores, éclairant de rouge, de bleu, de vert, d'or et d'argent le parc. Des violons vaporeux décollèrent du sol et se mirent en marche, une mélodie douce et élégante retentit, puis d'autres instruments suivirent créant un véritable orchestre spectral. Les élèves s'échangèrent des regards ébahis. La mélodie augmenta de volume, et tout d'un coup, des apparitions fantomatiques sortirent de terre. D'illustres sorciers, habillés de longues robes et d'élégants costumes, se mirent à valser au son des violons. Ces grands personnages du passé dansaient devant eux, entourés d'un halo lumineux. Hermione reconnut Merlin qui dansait avec Morgane, et à côté d'eux, le sorcier Ptolémée avec la belle Circée dont la robe échancrée laissait entrevoir les jambes, ainsi que la ravissante Sacharissa Tugwood avec Godric Gryffondor accompagnés d'une multitude d'autres célèbres sorciers. Ils tourbillonnaient lentement, répétant méticuleusement les pas complexes de la valse. Soudain la musique s'arrêta, les stoppant net dans leur élan. Les sorciers s'immobilisèrent, pétrifiés, figés dans leurs gestes. L'orchestre disparut, vite remplacé par une guitare, une batterie et une basse. La musique repartit sur un air rock et les célèbres sorciers se mirent à s'agiter dans tous les sens en dansant le twist, virevoltant, bondissant, croisant leurs genoux et leurs bras dans des positions improbables. Hermione crut même apercevoir Helga Poufsouffle faire la roue. Les élèves se mirent à rire, et commencèrent à danser, emportés par le rythme effréné de la musique.

« Alors, Hermione, tu danses ? »

La jeune fille se retourna et plissa les yeux pour tenter de distinguer son mystérieux interlocuteur. Il releva brièvement son masque et elle reconnut Neville. Elle hésita un instant mais il la prit courageusement par la main et elle se laissa entraînée de bonne grâce.

Entre deux éclats de rire, ils tournèrent sur eux même et tentèrent tant bien que mal d'imiter les sorciers fantomatiques, sans grand succès. Essoufflée, elle regagna le buffet pour se servir un autre verre après avoir adressé de sincères remerciements à Neville. Elle avait si soif qu'elle but son verre presque d'une traite, mais le regretta aussitôt lorsqu'elle sentit son esprit s'embrumer et qu'elle fut prise d'une incontrôlable envie de rire.

Oh et puis, tant pis !, pensa-t-elle alors qu'une étrange frivolité l'étreignait.

Elle se resservit un verre au moment où quatre filles se précipitaient vers la table en gloussant. Ce rire-là, ça ne trompait pas : Parvati était dans le lot. Comme pour confirmer ses pensées, cette dernière sauta au cou de la brune avec un cri de joie. Bizarrement, Hermione ne se souvenait pas que leur relation fût intime à ce point.

« Hermione ! Cette robe te va à ravir... Enfin, dans ton genre, quoi ! Au fait, tu devineras jamais ce qui vient de se passer ! Devine qui m'a invitée à danser... Allez, devine ! »

« Euh... »

« Oui, exactement, Michael Corner ! Tu veux venir avec nous ? On va le rejoindre lui et ses amis. Il y'en a des plutôt mignons. Tu peux venir si tu veux », proposa-t-elle et à son ton, elle laissait entendre que c'était là une invitation de la plus haute importance et qu'il faudrait être fou pour refuser.

« Ah... Non, je ne peux pas. Je dois aller vérifier... L'arbre là-bas. C'est une mission urgente que m'a confiée McGonagall, tu comprends ? »

« Ah bon... », répondit-elle déçue, mais Hermione s'empressait déjà de s'éloigner avant qu'elle ne puisse revenir à la charge.

Hermione s'assit sur une pierre près de l'arbre et sirota son verre, à l'abri de tout dérangement et de tout regard indiscret. Absorbée dans la contemplation des reflets violets de son breuvage, elle n'entendit pas que quelqu'un approchait.

« Décidément, ça vire à l'obsession ce besoin de boire de l'alcool, Granger », railla une voix moqueuse.

Elle sursauta si fort qu'elle faillit tomber de son siège improvisé. Malgré le masque, impossible de faire erreur : costume élégant, cheveux blonds et sourire goguenard. Du Malefoy tout craché. La jeune fille fronça les sourcils en le dévisageant, dans une tentative de regard courroucé. Mais ça ne devait pas être très convaincant car Malefoy éclata de rire.

« Décidément, ça vire à l'obsession ce besoin de venir me parler à chaque fois qu'on se croise, Malefoy », rétorqua-t-elle en le parodiant.

Il haussa les épaules. « Crois-le ou non, ta compagnie est un peu plus agréable que celle de mes chers frères Serpentard », finit-il d'un ton amer.

Elle haussa les épaules à son tour. « Pour être honnête, je dirais qu'on est en train de tenir la conversation la plus aimable et la plus aboutie que j'aie eu de la semaine »

Ils s'échangèrent un sourire, puis il tendit son verre : « Sur cette note pleine de gaieté, santé ! »

Elle trinqua de bonne grâce et but une belle gorgée de liqueur, un sourire béat au visage alors qu'elle sentait la chaleur réconfortante de l'alcool s'emparer d'elle. Elle commençait à perdre pied dans ses propres pensées. Hermione détestait par dessus tout ne pas avoir le contrôle de la situation, mais étrangement, là, tout de suite, elle ne ressentait pas le besoin de se ressaisir et préférait plutôt laisser cette effervescence alcoolisée l'envahir toute entière.

Elle but une nouvelle gorgée et lui adressa un sourire espiègle.

« Qui aurait cru qu'un jour je me retrouverais à avoir une conversation courtoise avec l'insupportable Drago Malefoy ? »

Il lui retourna une moue entre sourire et grimace « Qui aurait cru que tu savais tenir une conversation qui concerne autre chose que les cours et les règles de l'école ? »

« Pas moi », répondit-elle en riant. « Au fait, t'as une idée d'où ça venait, ces beuglantes ? », reprit-elle d'un ton plus sérieux.

« J'ai ma petite idée. Ça doit venir des mêmes mecs qui ont tabassé Zabini »

Elle écarquilla les yeux, choquée, et bondit de son siège. « De quoi tu parles ? »

« Alors comme ça, Miss Je-Sais-Tout ne sait pas tout ? », ricana-t-il. « Zabini est rentré de l'infirmerie ce matin, avec un joli bleu sur la joue. Un cadeau de Vane et Peakes, apparemment »

« Vane et Peakes ? », répéta-t-elle, incrédule. « Ils sont bien trop bêtes pour avoir réussi à penser à un truc comme ça. Je veux dire, pour les beuglantes »

« Sûrement. Mais ils font très certainement partie du lot »

« J'ai un mauvais pressentiment. Toutes ces histoires, ces coups bas, tout ça... ça va mal finir... Je ne sais pas, mais je sens que... Que ça va empirer... »

« Bizarrement, toutes tes conversations finissent toujours par une constatation défaitiste. Pas étonnant que personne ne vienne jamais te parler. », il ignora sa moue outrée, et poursuivit : « Je crois que c'est l'heure d'aller se chercher un autre verre »

Sans même lui laisser le temps de répliquer, il lui prit son verre des mains et s'orienta vers le buffet. Inconsciemment, elle se mit à observer sa démarche assurée, aristocrate et prétentieuse à la fois. Elle n'arrivait pas à croire ce qui était en train de se passer. Elle parlait avec Malefoy. Ils ne s'insultaient pas, ne se menaçaient pas, ne se fusillaient pas du regard, non, ils parlaient. Comme l'auraient fait deux inconnus, mais eux, ils étaient loin de se rencontrer pour la toute première fois. Ils avaient toute une histoire commune, un passé ensemble. Cette phrase résonna dans sa tête. Elle et Drago avait une histoire ensemble. De haine et de mépris, certes, mais une histoire quand même. C'était une constatation étrange et incongrue, car oui, quoi qu'il arrivait, ils étaient liés l'un à l'autre. Mais le plus étrange, c'était cette soudaine cordialité. Comment ils en étaient arrivés là ? Impossible à dire, elle ne le comprenait pas elle-même.

Il revint à pas félins jusqu'à elle, un demi-sourire au lèvres. Son éternel sourire qui faisait dresser les cheveux sur la tête d'Hermione d'agacement. C'est comme s'il lui hurlait au visage : je sais très bien ce que je fais, je maîtrise la situation, d'ailleurs j'ai déjà un coup d'avance sur toi. Comment pouvait-il maîtriser une situation comme celle-là ? C'était du pur délire.

« Tiens », dit-il simplement en lui tendant son verre qu'elle attrapa en le remerciant froidement. « On trinque ? »

« Oh la, ça me rappelle vaguement quelque chose ça, et je sais comment ça risque de finir... »

Il abaissa son verre et la regarda derrière son masque avec amusement, un sourcil arqué.

« Et comment ça risque de finir ? », la questionna-t-il en lui coulant un regard interrogateur.

« Non, je voulais dire que... », une bouffée de chaleur lui fit rougir les joues.

Il semblait beaucoup s'amuser de la situation alors qu'elle sentait que le contrôle était subtilement en train de lui échapper. Elle bondit sur ses deux jambes et le dévisagea avec un air sévère, avant d'appuyer son index contre le poitrine du Serpentard pour le repousser.

« Arrête de jouer à ce petit jeu, Malefoy ! », s'exclama-t-elle. « Arrête... ça... tout... de... suite ! », grinça-t-elle en marquant chacun de ses mots de son doigt dans le torse du blond.

D'un geste vif, il saisit son poignet pour l'arrêter. « Quel petit jeu ? », demanda-t-il avec un sourire railleur. « Tu me dis que tu sais très bien comment ça va finir, alors je t'écoute, comment ça va finir ? »

Elle voulut se dégager mais il tenait toujours son poignet avec fermeté. Son visage passa par une multitude d'expressions complexes, mais elle finit par opter pour l'agacement et confronta son regard, les sourcils si froncés qu'ils se rejoignaient presque.

« Comme la dernière fois où tu m'as fait boire. », siffla-t-elle entre ses dents.

« Ah, et ce serait si désagréable que ça ? »

« Atroce. »

« Horrible ? »

« Immonde »

« Vraiment ? », demanda-t-il en la rapprochant d'un coup brusque, sa main enserrant toujours fermement son poignet.

« Vraiment. », répondit-elle en lui jetant un regard torve.

La chaleur de l'alcool lui faisait doucement tourner la tête, accélérant son rythme cardiaque au point qu'elle se sente sur le point de défaillir. Le château entier devait entendre son cœur tambouriner contre sa poitrine tant il battait fort.

« Ce serait inimaginable ? »

« Impensable ! »

« Et imagine que je sois juste un inconnu masqué un soir de fête. Est-ce que ce serait toujours aussi impensable ? »

« Dites-moi que je rêve... T'es pas en train de suggérer que... ? »

« Si, c'est exactement ce que je suggère »

Elle le regarda comme s'il était fou, tentant vainement de reculer mais il la maintenait en place grâce à sa prise sur son bras. Lentement, il réduisait la distance entre eux, les yeux animés d'un rire silencieux.

« C'est le moment d'exprimer une quelconque protestation », lui souffla-t-il à voix basse.

Elle cligna des yeux lentement, alors que son cerveau turbinait, actionnant rouages et mécanismes si prestement qu'elle avait l'impression que de la fumée allait sortir de ses oreilles. Mais elle ne bougea pas. Une vague petite voix, loin tout au fond de son esprit, lui hurla : Fuis ! Cours ! Vite ! mais ses jambes n'obéirent pas, la clouant sur place. Elle pouvait voir le moindre détail du visage de Drago, de son grain de beauté sur la tempe gauche, à ses lèvres incurvées en un sourire railleur.

« Juste une fois ? », murmura-t-elle en sentant ses joues s'embraser de plus belle. « Juste pour voir ? »

« Juste pour voir », lui répondit-il dans un souffle.

Il se pencha et soudain, ses lèvres rentrèrent en contact avec celles d'Hermione. Une explosion de sentiments jaillit en elle : un raz de marée d'émotions tumultueuses et contradictoires qui se battaient furieusement en elle, la submergeant d'un plaisir intense et confus. Sa main s'accrocha à l'épaule de Drago dans une étreinte furieuse et virulente, comme si elle risquait de vaciller à tout instant et se cramponnait à lui pour se maintenir à flot, tandis que son autre main saisissait sa nuque avec cette même intensité fougueuse. Il passa une main derrière son dos et la tira un peu plus vers lui, leurs deux corps serrés, entremêlés dans un baiser impétueux, aussi violent et soudain qu'un orage maritime. Ce n'était plus une envie, c'était un besoin. Comme si s'arrêter de l'embrasser la priverait d'air, comme si elle risquait de se noyer à tout moment. C'était devenu vital. Si elle se détachait, elle en mourrait à coup sûr. Elle sentit la langue de Drago passer la barrière de ses lèvres, cherchant désespérément la langue d'Hermione. Tout leurs corps étaient en ébullition, vibrant, frémissant, s'entremêlant dans une valse complexe et désordonnée. Les mains d'Hermione suivait la courbure des épaules du Serpentard, cherchant le moindre centimètre carré de peau à effleurer de ses doigts tremblants, secoués par la nécessité de sentir son corps, de le toucher, de l'agripper de peur d'en être subitement privé ; elle se sentait vivante, électrisée, animée par un désir ardent, ni tendre, ni hargneux, mais dans un entre deux ambigu qui la rongeait comme de l'acide. D'une main, il caressa la chevelure indomptable de la jeune fille, lui arrachant un frisson. Ils se pressaient l'un contre l'autre dans un tourbillon haletant de caresses et de griffures : en équilibre incertain sur le fil séparant le désir de la haine.

« Drago ? »

Il se détachèrent aussi brusquement que s'ils avaient été frappés par un éclair, le souffle court, le corps fiévreux. Là, se dressant face à eux, Daphné les toisait avec dégoût, si pâle qu'elle semblait sur le point de rendre l'âme.

« Non, non, dis-moi que c'est faux... Tu peux pas me faire ça... Pas elle... »

Hermione se sentit soudainement nauséeuse, réalisant avec horreur ce qui venait de se passer. Elle tituba un instant, parcourut d'un violent haut-le-cœur, avant de regarder Malefoy avec des yeux si ronds de terreur qu'ils en cachaient presque ses sourcils. Tout son visage se décomposa alors qu'elle posait une main incrédule sur son front.

« Non ! Non, non, non, non... », entonna-t-elle en boucle comme si ces pauvres petits mots pouvaient effacer ce qui venait de se passer.

Sans même leur adresser un dernier regard, elle prit ses jambes à son cou, détalant au hasard, s'enfonçant dans les dédales de Poudlard sans chercher à s'orienter. Fuir. Il fallait qu'elle fuie. Le plus loin possible. Elle frotta intensément sa peau, comme pour enlever la pellicule de honte qui la recouvrait toute entière. Non, non, non, continuait-elle de geindre. Non. Mais elle savait que si, si, si, c'était bien arrivé. Merlin sait comment, elle finit par atterrir dans son lit, se terrant sous ses draps rouge et or, fermant ses yeux si fort que des formes lumineuses dansaient sous ses paupières closes. Et inévitablement, son esprit faisait revenir à elle l'image flou de ses lèvres contre celles de Drago. Elle eut envie de vomir, de pleurer et de le frapper tout à la fois, mais heureusement, les bras de Morphée la tirèrent jusqu'à elle, la faisant sombrer dans un sommeil agité de cauchemars terrifiants.


Aloooors ? Qu'en avez-vous pensé ? J'ai hâte d'avoir vos réactions ! Laissez-moi une petite review, je veux savoir !

Tout d'abord, merci à Okami, Rosa, Amad'ArtS'creations, et prune noire pour vos reviews sur le chapitre 11, car j'ai vraiment adoré l'écrire - tout comme celui-là, d'ailleurs.

Carocks : voilà du Hermione, comme tu l'as demandé ! Quant à savoir qui est bon et qui est mauvais, ça, c'est toute la difficulté chez les Serpentard !

Flammea : Aaaah, merci du compliment ! Et moi aussi j'adore Blaise ! Et comme demandé, voilà un peu de Ron. C'est un personnage important de cette histoire même si pour l'instant on le voit peu...

Okami : Eh oui, bienvenue dans le monde des serpentard où tout est ambigu et complexe, surtout la personnalité de ses occupants et leurs relations !

Merci mille fois à tou(te)s pour vos reviews ! Et merci à tous les lecteurs, ça me fait énormément plaisir, vous n'imaginez même pas ! Soyez gentils mes petits, continuez de reviewer, héhé