« Mais qu'est-ce que tu fabriques, Malefoy ? T'as pas encore fini ? »
Drago coula un regard surpris à celui qui venait de franchir sa porte sans même frapper, arborant un inhabituel air guilleret au visage.
« Heureusement que c'est les vacances et que tu retournes chez tes parents, Zabini. Parce que t'as bien besoin d'une remise à niveau en matière de politesse, crois-moi. »
Zabini éclata d'un rire sonore, dans lequel on devinait un accès de légèreté. Drago fronça les sourcils, tentant de comprendre d'où venait cette soudaine frivolité, et la réponse lui parut aussi claire que de l'eau de roche : le soulagement. Blaise était soulagé de pouvoir rentrer chez lui et de s'extirper ainsi de l'ambiance pesante et moite de la Salle commune des Serpentard. Il aurait payé cher pour se sentir aussi apaisé que son ami... mais ça ne le dispensait tout de même pas de frapper à la porte avant d'entrer.
« Veuillez m'excuser, monsieur Malefoy. Désirez-vous que je ressorte afin de toquer à la porte de votre domaine ? », répondit le métisse avec des courbettes excessivement obséquieuses.
« Disons que ça passe pour cette fois », enchaîna Malefoy d'un ton faussement sévère. « Mais c'est la dernière fois que je tolère un tel impair », reprit-il avec un air autoritaire qui le faisait subitement ressembler comme deux gouttes d'eau à son père.
D'un geste svelte, Zabini vint s'asseoir sur le lit, observant d'un œil amusé Malefoy faire ses bagages. Ce dernier soupira longuement en tentant vainement de faire rentrer une énième chemise froissée dans sa valise déjà pleine à craquer. C'est vrai qu'il avait pris du retard : il devait partir dans moins d'une heure et la moitié de ses vêtements étaient toujours étalés sur le sol, chiffonnés, envoyés là par hasard après quelques nuits agitées. Si sa mère était là, face à ce capharnaüm, elle s'arracherait ses beaux cheveux blonds en tentant tant bien que mal de remettre un peu d'ordre, le sermonnant d'une voix faussement sévère, dans laquelle une oreille avisée discernerait le plaisir maternel inavoué de pouvoir encore s'occuper de son fils.
« T'as conscience qu'on doit être en bas dans exactement... », Zabini consulta sa montre d'un rapide coup d'oeil. « ... quarante-deux minutes ? »
« Ça va, ça va, je sais », grommela Malefoy en fourrant dans sa valise une autre chemise froissée qu'il venait de récupérer sous l'armoire.
« Mais tu faisais quoi, tout ce temps ? T'as eu un lendemain de soirée difficile, toi... Tiens, à ce propos, je t'ai pas vu de la soirée. Trop occupé avec une charmante prétendante ? »
Alors qu'il tirait avec difficulté un pantalon coincé sous le pied du lit, Malefoy se figea dans son geste. Les images saccadées et confuses de la veille lui revinrent en mémoire comme une succession de douloureux éclairs le foudroyant en plein crâne. Des lumières dans l'obscurité. Un verre empli de liquide mauve. Un masque bleu nuit. Des lèvres contre les siennes. Granger.
Il porta instinctivement les doigts à ses lèvres comme si ce simple geste pouvait effacer les traces qu'il porterait sur sa bouche à jamais. Les traces d'un baiser tempétueux et fougueux, aussi sauvage qu'un animal trop longtemps gardé captif... Les traces d'un baiser avec Hermione Granger. Qui aurait pu croire à une telle déferlante de sensations ? Certainement pas lui. Après coup, il était toujours incapable d'expliquer ce geste, cette envie inexplicable de l'embrasser, elle, entre toutes. A force de réflexion il avait fini par trouver une logique bancale à cette pulsion insensée : l'attrait de l'interdit, le désir flou et dangereux de franchir ses propres limites, de faire l'inconcevable. Et quoi de plus inconcevable qu'un rapprochement avec la plus infâme, la plus énervante, la plus illustre des némésis de Malefoy ? Oh ça, il les avait franchies ses limites... Il ricana intérieurement en imaginant la tête de son père si par malheur il apprenait la nouvelle.
Lassé, il finit par abandonner sa lutte contre le jean coincé sous le lit et s'assit sur le sol avec un soupir de lassitude. Ses prunelles grises fixèrent un instant celles de Zabini, puis, d'une voix qui se voulait neutre, il finit par demander :
« Selon toi, ce serait qui la pire fille avec qui tu pourrais faire quoi que ce soit ? »
« La pire fille... De la terre, tu veux dire ? »
Drago leva les yeux au ciel avec agacement. « Non, la pire fille de Poudlard, idiot. »
Zabini se gratta un instant le menton, les yeux au loin, et Malefoy devina à son air concentré qu'il se dressait la liste mentale de toutes les candidates possible.
« Je sais pas trop... Mimi Geignarde ça compte ? »
Malefoy lui lança un regard noir. « Non, bien sûr que non, ça compte pas. C'est un fantôme. »
« Alors, je dirais Opale. Je pense pas que je la supporterais plus de dix minutes... »
« Sérieusement ? Je te demande la pire fille de tout Poudlard et tu me sors une Serpentard ? Beau patriotisme... »
« Faut dire que tu me prends au dépourvu, aussi... Donne-moi cinq minutes... »
Malefoy en profita pour se consacrer de nouveau au problème pantalon-sous-lit. D'un geste expert de sa baguette il fit léviter le lit de quelques centimètres, permettant ainsi de libérer son jean qu'il enfourna dans sa valise avec empressement.
« Non, je sais ! », s'exclama soudain Zabini. « Faucett. Sans hésiter, Faucett. »
Les sourcils froncés, Malefoy essaya tant bien que mal de remettre un visage sur ce nom. Finalement, il hocha la tête en signe de reddition. « Je vois pas. »
« Mais si, la grande, maigre, avec un air pleurnichard. »
« Non, toujours pas. »
« Celle qui est sorti avec Finch-Fletchey. »
« Dis donc, tu t'y connais en ragots. Et moi qui me demandais quelles étaient tes occupations quand tu ne passais pas ton temps le nez dans les bouquins... »
« Hilarant ! Tu vois toujours pas ? C'est la préfète de Serdaigle. »
« Ah, fallait commencer par là. J'ai dû vaguement la croiser à la réunion de rentrée. Donc pour toi, c'est vraiment le pire de ce qu'on peut trouver à Poudlard ? »
« J'imagine. »
« Vraiment, tu ne vois pas quelqu'un de plus... horripilant ? »
« Non, là, comme ça, je vois personne. »
Le blond marqua une brève hésitation. « Même pas Granger ? »
Zabini leva deux yeux surpris vers son ami ; deux yeux traversés par un soupçon fugace, l'ombre d'un doute le menant à une idée qu'il ne se permit pas de développer dans un soucis de décence.
« Granger, elle est hors course », répliqua lentement Zabini, sans détourner ses prunelles noires du visage de son ami.
« Pourquoi ? »
« Drago, t'es pas en train de me dire que... ? »
« Mais non ! », se renfrogna Malefoy « C'est juste que... »
La porte s'ouvrit en grand dans un claquement sonore pour laisser place au visage de Parkinson affublé d'un sourire si manifestement faux que Malefoy eut envie de lui claquer la porte à la figure. Mais il se ravisa et dévisagea Pansy d'un regard féroce qui signifiait clairement : « Qu'est-ce que tu veux, toi ? »
Elle lui adressa un sourire pompeux et fit un pas dans la pièce : « Calypso est de retour ! »
« Et tu pouvais pas frapper avant d'entrer ? », asséna Malefoy d'un nouveau regard noir à Parkinson.
Parkinson lâcha un petit ricanement grinçant et haussa les épaules. « Je pensais juste que ça pourrait vous intéresser... Ou au moins, l'un d'entre vous... », finit-elle en adressant un clin d'oeil insistant à Zabini, puis elle disparut en refermant la porte.
« On lui a jamais appris la politesse, à cette fille ? », bougonna le blond avec mauvaise humeur.
« Je... », commença Zabini, un sourire extatique animant son visage, détonnant avec son habituel air placide. Et à son expression béate, Drago devina qu'il n'avait pas écouté un mot de ce qu'il venait de dire.
« Ouais, ouais, j'ai compris... », l'interrompit-il avec un sourire en coin. « Va la voir. »
Sans demander son reste, Zabini se dirigea vers la porte. Avant de sortir, il se retourna et lança à son ami : « On reparlera de ça ce soir, Malefoy. Je crois que t'as un truc à me dire. »
Malefoy haussa les épaules au moment où la porte se refermait, plus pour lui-même que pour Zabini qui, de toute façon, avait déjà quitté la pièce pour retrouver Calypso. Il se demanda vaguement ce que son ami entendait par 'ce soir', mais ça ne le tourmenta pas plus de quelque secondes et finalement, dans un long soupir, Malefoy se rassit sur le lit, passant une énième fois un doigt sur ses lèvres, l'air rêveur. Là, tout de suite, il ne savait plus trop quoi penser. Il se damnerait pour un verre de Whisky, histoire de se remettre les idées en place, mais il savait bien que l'option était difficilement envisageable. D'un air résigné, il finit de réunir ses affaires et enfourna le tout dans sa malle avant de balayer du regard la chambre désormais vide, sans pouvoir s'empêcher de frissonner. L'endroit était plus glauque que jamais, et pourtant, il aurait tout donné pour pouvoir y rester pendant les vacances. Ne pas retourner chez lui, ne pas être obligé de supporter le regard accusateur de son père, encaisser ses éternels reproches, endurer l'air abattu de sa mère, faire face à l'évidente déchéance de la famille qui, un jour, avait brillé d'un éclat éblouissant mais qui était désormais aussi terne qu'un vieux morceau de métal rouillé... oui, il donnerait tout pour éviter tout ça et se contenter de rester planqué ici, au fin fond du château, sans personne pour venir triturer le reste de dignité et de raison qu'il arrivait tout juste à conserver au prix de grands efforts.
Il finit par quitter sa chambre sombre, vissant son éternel air goguenard. Avec le temps, il avait fini par remarquer que cet air hautain lui évitait pas mal de discussion. En fait, ça avait tendance à repousser les gens, et c'était exactement ce qu'il voulait, là, tout de suite. Éviter tout contact, passer entre les gouttes, et rentrer chez lui le plus tôt possible. Plus vite le calvaire commencé, plus vite le calvaire terminé.
De loin, il vit une foule amassé autour de Calypso. Il vira discrètement à l'angle de la pièce afin de s'éclipser sans être vu. Il passa le portrait, monta les escaliers, déboucha des cachots pour se retrouver dans la Grande Salle. Un brouhaha assourdissant. Des dizaines et des dizaines d'élèves étaient réunis là, bavardant gaiement, excités à l'idée de rentrer mais triste de devoir se séparer. Avec un pincement au cœur qu'il s'efforça d'ignorer, Malefoy réalisa qu'il ne ressentait aucun de ces deux sentiments. Rien qui ne lui donne l'envie de partir du château, mais rien non plus qui puisse le décider à rester. Bizarre. Il n'avait rien au monde à quoi s'accrocher, pas de jolie histoire, pas de beaux sentiments. Mais avec le temps, il s'était habitué à cet étrange vide niché au plus profond de lui-même. Oui, avec le temps, il s'était habitué, et il avait fini par se dire que ce vide, c'était une force. Mieux valait avoir quelque chose à gagner que quelque chose à perdre.
Il s'éloigna discrètement de la Grande Salle, se calant à l'angle d'un mur duquel il apercevait la foule d'élèves sans toutefois devoir s'y joindre. Ses valises se posèrent d'elles-mêmes à côté de lui dans un bruit sourd. Il poussa un long soupir en prévision de ce qui l'attendait, mais une voix attira son attention.
« Mazzira, ne t'inquiète pas, on la retrouvera... », rassurait Granger d'une voix douce en descendant les escaliers avec une élève de première année aux yeux bordés de larmes.
« Mais elle n'est jamais restée aussi longtemps toute seule. Peut-être qu'elle reviendra jamais... », répondit la petite blonde en étouffant un sanglot.
« Bien sûr, qu'elle reviendra. Ne te fais pas de soucis. Ta chouette est sûrement partie faire une petite promenade », répondit la Gryffondor avec un zeste d'impatience.
« Et si elle croit que je l'ai abandonnée ? Et si elle se sent toute seule ? », insista la petite fille, la voix brisée par la détresse.
Hermione marqua un temps d'arrêt, et avec un regard troublé, elle posa une main réconfortante sur l'épaule de la première année, lui offrant un sourire rassurant « Non, Mazzira, où qu'elle soit, ta chouette sait très bien que tu ne l'as pas abandonnée. Je veillerai attentivement à ce qu'on la retrouve et je t'enverrai une lettre dès que ce sera le cas ». Elle se pencha pour que son visage soit à la hauteur de celui de la petite fille « Quand on aime très fort quelqu'un, et qu'il nous aime très fort en retour, on ne se sent jamais seul. »
La première année hocha vigoureusement la tête, rassurée, et elles descendirent les dernières marches ensemble. Le regard d'Hermione tomba alors sur celui de Malefoy qui les observait, au loin. Son visage se contracta imperceptiblement et elle murmura doucement :
« Rejoins les autres, Mazzira. J'arrive. »
La petite fille s'exécuta tandis qu'Hermione rejoignait Malefoy lentement, hésitant sur la conduite à tenir. Finalement, elle se planta devant lui l'air décidé, avec, au visage, ce soupçon d'arrogance typique des Gryffondor.
« Salut. »
« Salut », répondit simplement Drago, sachant très bien qu'il ne lui facilitait pas la tâche. Mais en même temps, il ne se refusait pas une petite distraction avant le grand départ. Et la voir piétiner, mal à l'aise, était un spectacle à la hauteur de ses attentes.
Les yeux d'Hermione détaillèrent lentement ses deux valises, puis elle enchaîna, très vite :
« Alors, tu pars ? »
Il fit mine d'observer son absence de valises et rétorqua : « Alors, toi, tu restes ? »
Elle haussa les épaules, pour clore le sujet avant qu'il ne puisse trop s'y intéresser : « Faut croire », puis elle baissa les yeux, scruta le sol quelques secondes, et revint fixer ses prunelles sur celles du Serpentard, le visage légèrement rouge : « Pour hier, c'est... Je voulais... Enfin... C'est... »
Il hocha la tête, un sourire en coin. « ... oublié », coupa-t-il court pour mettre fin au supplice de la Gryffondor.
« Un instant de folie », conclut-elle d'un hochement de tête.
« Juste pour voir », répondit-il d'un air moqueur, en reprenant les mots de la jeune fille.
« Oui, juste pour voir », confirma-t-elle. « Plus jamais ? »
Il haussa les épaules. « Qui sait ? »
Elle fronça les sourcils avec sévérité : « Moi, je sais. »
« Ça m'aurait étonné venant de toi, Miss Je-Sais-Tout »
Elle voulut répliquer mais il désarma son agacement d'un sourire amusé, levant ainsi le drapeau blanc. Elle lui sourit faiblement en retour, tendit la main, s'arrêta dans son geste, la main en suspend, mais elle finit par se décider et posa une main maladroite sur l'épaule du jeune homme.
« Bon courage... Pour ton retour chez toi... »
« Pas besoin de courage, juste d'un peu d'alcool. L'alcool fait faire beaucoup de choses impensables, n'est-ce pas ? », il lui lança un furtif clin d'oeil et se détourna pour rejoindre la Grande Salle, savourant secrètement l'air outré de la Gryffondor. « J'espère que tu retrouveras la chouette perdue », lâcha-t-il finalement avant de disparaître dans la foule des élèves.
~~~~o~~~~
L'heure du départ. Sans même s'en rendre compte, il se retrouva sur le quai du Poudlard Express. Tout semblait défiler à une vitesse irréelle et confuse. Bientôt, il serait de retour chez lui. Il rentra de mauvaise grâce dans le train, s'affala dans un compartiment vide, rembarrant de regards menaçants les quelques élèves qui s'aventuraient là. Au bout de quelques dizaines de minutes, la porte de son wagon coulissa pour laisser apparaître Daphné. Ils se regardèrent en silence. Elle sourit. Il demeura impassible. Elle verrouilla le loquet du compartiment, s'approcha de lui, hésita, puis se résolut à s'asseoir sur la banquette qui lui faisait face.
« Drago. »
« Daphné. »
« Excuse-moi, pour hier. Je suis sûre que j'ai mal interprété ce qu'il s'est passé. »
« J'en doute. C'était assez clair », répondit-il d'un ton cinglant.
Elle se figea quelque secondes avant de se fendre d'un sourire doucereux. Le genre de sourire qu'on adresse à un enfant qui vient de sortir un gros mensonge auquel personne ne peut croire.
« Non. Je pense que j'ai mal vu. », s'obstina-t-elle.
« J'insiste, tu n'as aucun doute à avoir sur ce que tu as vu. »
Il ressentait le désir pressant de défaire ce sourire de son visage d'ange. Le désir puissant de la provoquer, de lui faire perdre son assurance, l'envie d'ôter de son joli minois l'expression béate - presque pieuse - qui l'éclairait dès qu'elle l'apercevait. Il était grand temps d'endiguer la folie avec laquelle elle construisait ses fantasmes délirants, ses rêves d'amour et ses mensonges.
« Drago, enfin... »
« Non, Daphné. Ne me cherche pas d'excuses. J'ai embrassé Granger », lâcha-t-il, à bout de patience.
Son visage se crispa en une moue horrifiée. De là où il se tenait, il pouvait très bien imaginer son cœur se briser violemment dans sa poitrine. Il pouvait imaginer son esprit envoyer des signaux de détresse à tout son corps, cherchant à comprendre la raison de cet imminent chagrin. Il pouvait voir ses poings se serrer au point d'en faire pâlir ses phalanges. Il pouvait même voir son cerveau hurler, se cabrer, rejeter violemment l'information qui se hissait lentement jusqu'à lui. Oh oui, il pouvait voir ses yeux s'emplir de larmes, son corps trembler sous le choc, son petit esprit étriqué assimiler un par un les mots qu'il venait de lui jeter à la figure.
Il la connaissait bien. Trop bien. Derrière ses grands yeux verts, il pouvait voir les deux mêmes phrases tourner en boucle : 'Ça ne peut pas être vrai. Il y'a forcément une explication'.
Non, Daphné, pensa-t-il avec une joie sournoise. C'est vrai. J'ai embrassé Granger. Et je ne te ferai pas le plaisir de le nier.
« Si... Si ton père apprenait que... », murmura-t-elle, les yeux maintenant si écarquillés qu'on y voyait se refléter l'océan de folie qui l'habitait.
« C'est une menace ? », demanda-t-il en fixant ses prunelle d'acier sur ses yeux verts.
Soudain, le regard de la blonde se peignit d'angoisse. « Non, non, bien sûr que non. Jamais je ne te menacerai, Drago. Je serai toujours à tes côtés, tu le sais. Quoi que tu fasses. »
Il exulta d'un rire sans joie, foncièrement mauvais. « Tu es comme eux, Daphné. Tu as l'esprit aussi rance que toute cette petite bande de Sang-Pur pour qui j'ai cru bon me battre. Tu crois que tu es différente... mais tu n'es pas mieux. Pas pire, certes, mais pas mieux. »
Le visage de Daphné se ferma brusquement, blessé par les paroles de Drago. Soudain, elle ressemblait à la petite fille de ses souvenirs, sans masque, sans pudeur, sans faux-semblants. La petite fille fragile, celle qui implore un peu d'amour de ses yeux plein de candeur. Celle qui a peur qu'on l'abandonne.
« Je ne suis pas comme eux. Je veux juste t'éviter de faire des erreurs que tu regretterais. Tout ce qui compte pour moi, c'est toi. »
Voilà. Envolée la petite fille ; elle était de nouveau aux commandes, maîtrisant ses émotions, mesurant ses paroles. Le pantin sans âme et sans intérêt, qui montre ce que les autres demandent à voir. Elle se leva avec grâce, et ferma d'un geste lent les rideaux ourlant les fenêtres du compartiment. Soudain plongé dans un noir artificiel, Drago se sentit apaisé. Il entendit les pas de Daphné s'approcher de lui, puis son corps se presser contre le sien alors qu'elle déboutonnait sa chemise lentement. Dans un souffle, elle vint embrasser son cou, sensuellement, puis ses lèvres descendirent jusqu'à son torse qu'elle couvrit de baisers furtifs. Avec des gestes mesurés, elle vint s'asseoir sur lui à califourchon, glissant une main douce dans ses cheveux blonds, avant de se dévêtir de sa robe, puis de son soutien-gorge.
« Tout ce qui compte pour moi, c'est toi », répéta-t-elle au creux de son oreille.
Elle se pencha vers lui, pressant son buste nu contre le sien en lâchant un soupir d'extase. Ses lèvres rencontrèrent les siennes. Pas d'ouragan, pas de feu d'artifices, pas d'étincelles, pas d'océan tumultueux de sentiments explosifs. Rien que ses lèvres froides contre les siennes. Alors que Daphné finissait de le déshabiller, il se laissa aller à ce baiser si différent de celui qu'il avait échangé avec Granger quelques heures auparavant. Pas de déluge, ni d'éruption. Juste les rouages mécaniques de son corps qui agissait comme un automate bien huilé, répondant au besoin primitif d'épancher ses pulsions sexuelles.
Rien que ça.
Rien d'autre.
~~~~o~~~~
Dans un bruit de ferrailles agrémenté d'un grincement sonore et d'un coup de klaxon tonitruant, le train finit par ralentir pour enfin s'arrêter, quai 9 ¾. Sans cérémonie, Drago attrapa ses valises et descendit du wagon, prêt à transplaner. Il eut tout juste le temps d'entendre un « A ce soir ! » de Zabini avant de sentir la désagréable mais familière sensation d'un crochet tirant son nombril d'un coup brusque.
La tête qui tourne, l'envie imminente de régurgiter tout son repas et la démarche légèrement titubante ; oui, Drago détestait plus que tout transplaner. Mais en même temps, la possibilité de transplaner lui donnait la sensation - artificielle, il le savait bien - d'être libre et de pouvoir s'enfuir à tout moment.
Il s'extirpa de ses doux rêves d'escapades et remonta le chemin de gravier blanc qui crissait à chacun de ses pas. Quelques dernières lueurs rougeoyantes se prélassaient paresseusement dans un ciel déjà piqueté d'étoiles, caressant d'ocre les contours acérés de la falaise qui menait au Manoir. Il laissa un vent glacé ébouriffer ses cheveux et ramener jusqu'à lui les effluves de la mer qu'il entendait se fracasser contre les rochers en contrebas. Il longea l'allée d'arbres, écoutant leurs complaintes végétales - tout en bruissements et en craquements - se mêler au bruit de sa propre respiration qui formait, à chaque souffle, un petit nuage de buée. Lorsqu'il se retrouva enfin face à l'imposant portail d'argent, ses barreaux se tordirent puis se fondirent pour laisser apparaitre un visage grimaçant.
« Monsieur Drago Malefoy, quel honneur ! Que puis-je pour vous ? », demanda l'étrange gargouille de métal d'une voix grinçante.
« D'après toi ? », rétorqua Drago d'une voix glaciale.
« Comment pourrais-je savoir ce que mon maître désire ? Je ne suis qu'un humble serviteur, dois-je vous le rappeler Monsieur Drago Malefoy ? », susurra le visage avec un sourire facétieux.
« Bon, laisse-moi entrer, espèce d'abruti incompétent. »
« Nouvelles mesures de sécurité, je dois vérifier chaque visiteur. On n'est jamais trop prudent, vous comprenez ? Si je ne le faisais pas, on risquerait de me traiter d'abruti incompétent... »
« Ouvre-moi, idiot. Tu vois bien que c'est moi. »
« Tout compte fait, je ne suis pas bien sûr de vous reconnaître... »
« Depuis le début de cette conversation tu m'as déjà appelé Drago Malefoy deux fois, donc je serais prêt à parier que tu m'as très bien reconnu... »
« Un peu de polynectar pourrait m'avoir dupé. D'ailleurs, Monsieur Drago Malefoy est un jeune homme bien plus sympathique que vous. Et dans mon souvenir, il était aussi bien plus fringant. »
« Plus sympathique ? Là, tu me vois sous mon meilleur jour, crois-moi. Si le vrai Drago Malefoy avait été là, tu aurais fini en cure-dents depuis bien longtemps, donc n'abuse pas de la patience du faux Drago Malefoy, s'il te plaît. »
« Bon... Pas la peine de s'énerver comme ça... Je fais juste mon boulot, moi... Je vais quand même vous poser une petite question de sécurité pour être sûr... Quel est votre jour de naissance, Monsieur Drago Malefoy ? »
Drago leva les yeux au ciel avec exaspération : « le cinq juin »
Le portail s'ouvrit dans un grincement accompagné des cris d'exclamation de la gargouille :
« Bravo, Monsieur Drago Malefoy ! C'est bien vous ! Comment ai-je pu hésiter ? Votre aura grandiose pourrait pourtant être perçue à des kilomètres à la ronde ! Hum... J'espère que cette petite mésaventure restera entre nous, bien sûr... »
« Compte sur moi, ouais », maugréa Drago avant de s'engouffrer dans son jardin. Avant de lui tourner définitivement le dos, il toisa une dernière fois la créature de métal et lâcha : « Et sache que c'est la question de sécurité la plus stupide qui existe... N'importe qui pourrait se procurer cette information. »
Il ignora les revendications de la gargouille et s'avança dans l'allée. Le Manoir se dessinait nettement sur le ciel d'améthyste, dressant ses quatre tourelles vers la voute céleste. Des poiriers à feuilles d'argent frissonnaient sous la bise nocturne, s'embrasant des lumières du couchant. Une complainte comme un soupir lui parvint aux oreilles, et il tourna la tête à temps pour apercevoir un paon de nacre se pâmer fièrement, agitant ses plumes de dentelle. En contrebas, l'écume dansait contre les reliefs tranchants de la falaise, chevauchant les vagues pour venir agripper aux rochers acérés mais finissant inévitablement leur course dans la mer glacée. Ce ballet maritime lui arracha un sourire malgré lui, et il se détourna enfin pour pénétrer dans sa demeure.
« Je suis rentré », annonça-t-il d'une voix neutre.
Les lustres de cristal tintèrent doucement, chaloupés par la brise glacée que Drago avait laissé entrer par la porte, et soudain, toutes les lumières du hall s'allumèrent, animant chaque facette de cristal de reflets étincelants.
Le jeune homme fronça les sourcils. Quelque chose était différent. Il balaya du regard l'immense hall, passant en revue chaque élément de la pièce : le tapis tissé en poils d'Abraxan hérité de Druella, le petit guéridon en bois d'ébène gravé d'or importé de Chine, le haut candélabre en ivoire dont les bougies ne s'éteignaient jamais, ainsi qu'une multitude d'autres caprices que son père trouvait de bon ton d'exposer à la vue de chaque visiteur afin de souligner l'incontestable supériorité de la famille Malefoy. En apparence, rien de bien nouveau. Pourtant, un sentiment de malaise s'empara de lui. Quelque chose avait changé. Quelque chose n'allait pas. Alors qu'une nouvelle fois, un mauvais pressentiment l'étreignait sournoisement, des bruits de pas résonnèrent, puis Narcissa fit son apparition en haut des escaliers, un sourire resplendissant au visage.
« Bonjour, Mère », articula simplement Drago en l'apercevant.
Le sourire de sa mère sembla se faner quelque peu mais elle ne s'en départit pas et descendit les escaliers avec une lenteur calculée, sa main gauche caressant la rambarde de l'escalier dans un geste aristocrate. Ah, cette posture... Cette façon de toiser les autres d'un regard froid, de relever le menton fièrement, d'afficher au monde son indifférence la plus méprisante. Oui, ce maintien corporel constituait à lui seul le plus marquant et le plus reconnaissable héritage de la famille Black.
Arrivée face à son fils, elle hésita un instant, puis un sourire indéchiffrable vint éclairer ses traits et elle se risqua à caresser le visage de son fils d'un geste tendre. Ils se regardèrent silencieusement un instant, lui surpris par cette soudaine démonstration affective, elle décontenancée par sa propre témérité. Dès que Malefoy eut été en âge de marcher, Lucius avait insisté pour qu'elle s'abstienne de toute démonstration affective. Pas de caresses, pas d'étreintes, pas de mots tendres. C'était la règle chez les Malefoy. Alors Narcissa avait observé son fils grandir et s'éloigner progressivement d'elle. Aussi, elle retira précipitamment sa main avec un sourire d'excuse.
« Drago, quel bonheur de te voir. Comment vas-tu ? », s'empressa-t-elle de demander pour dissiper le malaise.
« Bien », répondit-il d'un ton sec. « Qu'est-ce que c'est, tout ça ? », demanda-t-il en désignant du menton une pléiade de fleur de jasmin entreposée dans le fond de la pièce semblable à une vague florale prête à déferler sur eux.
« Tu sais très bien ce que c'est, Drago », répondit gentiment sa mère avec un sourire indulgent.
« Non, je ne sais pas », soupira-t-il, exaspéré.
Sa mère le dévisagea, perplexe. « Enfin, mais c'est... Ce soir, nous célébrons la Nuit d'Albâtre. Comme chaque année. Je t'ai écrit. »
Le visage de Drago se figea brusquement, et il peina à articuler : « Je ne lis plus mon courrier depuis l'histoire des beuglantes. Mais... c'est une plaisanterie, Mère ? Vous ne comptez pas sérieusement organiser cette soirée ? »
Les sourcils de sa mère se froncèrent, altérant un instant la pureté de sa peau de nacre, mais elle se reprit aussitôt et afficha de nouveau un sourire de convenance.
« Non, Drago, ce n'est pas une plaisanterie. Mais enfin, que t'arrive-t-il ? Tu n'as pas l'air dans ton état normal... »
« Vous avez perdu la tête ? La Nuit d'Albâtre ! Je sais pas si vous avez bien suivi les nouvelles, mais dans le doute, laisse-moi te faire parvenir le dernier flash info : on est des parias ! On est exactement le genre de familles que vous avez méprisé durant toutes ces années. Fini, le haut de la pyramide, maintenant on est tout juste bon à se traîner dans les bas-fonds. Alors vos petites sauteries de Mangemorts déchus, crois-moi bien, tout le monde s'en tape ! », hurla-t-il dans un souffle, la mâchoire crispée de colère et la respiration saccadée.
Sa mère posa une main choquée sur son buste, ses grands yeux bleus écarquillés dansant pour lutter contre les larmes qui ourlaient déjà ses longs cils noirs.
« Drago, cesse de parler ainsi... As-tu perdu la tête ? », répondit-elle en baissant la voix, dardant de regards inquiets les alentours. « Les invités ont déjà répondu, de toute façon. Tu serais étonné de savoir que la majeure partie d'entre eux se joindra à nous ce soir. »
« Mais bien sûr, qu'ils vont se faire un plaisir de rappliquer ! Franchement, qui résisterait au spectacle ? Une invitation pour assister à la déchéance de ce qui fut autrefois la plus noble et la plus méprisante famille Sang-Pur ! Aux premières loges et avec l'alcool offert, tu parles qu'ils doivent s'en faire une joie ! »
« Drago... »
« Maman, je suis sérieux, il faut que tu annules... tout ça... Les choses ont changé... »
Les sourcils de sa mère s'arquèrent en une expression de confusion, mais il crut déceler au fond de ses prunelles bleues la joie malvenue d'être de nouveau appelée 'Maman'. D'un geste doux, elle saisit la main de son fils et la caressa doucement.
« Je sais, Drago, je sais », murmura-t-elle à demi-voix. « Ton père a tenu à organiser la Nuit d'Albâtre. Et tu sais comment sont les décisions de ton père : incontestables... »
Elle se tut, un sourire résigné au visage alors que Drago retirait brusquement sa main.
« C'est stupide ! Vous êtes en train de foutre en l'air le peu de dignité qu'il nous reste ! »
« Referme donc le déversoir à souillure qui te sert de bouche, Drago Malefoy », tonna la voix de son père depuis le haut des escaliers.
Drago se figea de frayeur. Il aurait eu bien du mal à dire si les murs du Manoir tremblaient vraiment sous les grondements de son père ou si c'était simplement l'hallucination de son cerveau terrifié. Il trouva la force malgré lui de dévisager son père alors que celui-ci descendait lentement les marches, conscient de la peur qu'il inspirait à son fils. Le carrelage de marbre du Hall d'entrée rendait en écho la foulée sévère de son père alors qu'il se postait face à son fils, jetant sur la pièce un voile de silence austère. Seul les pendeloques de cristal des lustres suspendus au-dessus de leurs têtes cliquetaient doucement en s'entrechoquant les uns aux autres.
« Tu portes mon nom, Drago Malefoy. Tache de t'en souvenir avant de débiter tes inepties », lâcha Lucius, rompant brutalement le silence.
« Ah, mais je te le rends ton précieux petit nom, si ça peut te soulager. Pour ce qu'il vaut, maintenant... », répondit Drago, le menton relevé en signe de défi.
Sa mère lâcha un petit glapissement apeuré et voulut envelopper son fils de ses bras afin de le protéger mais elle ne fut pas assez rapide : une gifle magistrale s'abattit sur la joue de Drago, le faisant vaciller sous le choc.
« Garde donc tes jérémiades pour ton journal intime et dispense-toi de venir jouer les adolescents rebelles auprès de moi. N'oublie pas Drago, tout ça... », commença-t-il en faisant un geste vague de la main. « ... c'est le résultat de tes misérables erreurs. »
« Mes... erreurs ? », articula difficilement Drago, la joue enflée et le goût métallique du sang emplissant sa bouche.
« Ne fais pas l'idiot, je te prie. Déjà que tu ne brilles pas par ton intelligence, veille à ne pas en rajouter. Les invités arriveront d'ici deux heures. Mieux vaut que tu sois prêt à les accueillir d'ici là. Mais en attendant, disparais de ma vue. »
D'un geste rageur, Drago s'essuya la bouche, marquant sa manche d'une traînée de sang rougeâtre. Sans même adresser un dernier regard à son père, il souleva ses deux lourdes valises et se dirigea vers l'étage, avant de se laisser tomber sur son lit, fixant obstinément le plafond en s'imaginant des rêves de vengeance qui finissaient inévitablement par un coup de poing en plein dans le visage méprisant de Lucius.
~~~~o~~~~
« Drago », appela doucement sa mère.
Il cligna des yeux lentement, s'habituant à la clarté de la lumière que sa mère venait d'allumer, puis se rassit en massant sa mâchoire douloureuse.
« Quoi ? », grogna-t-il avec mauvaise humeur.
« Les premiers invités ne vont pas tarder à arriver. Ton père veut que tu ailles les accueillir », lui expliqua-t-elle à voix basse.
« Et si je refuse ? », demanda-t-il en se laissant tomber en arrière sur son lit.
« Drago... A quoi tu joues ? N'énerve pas ton père, je te prie. Crois-moi, ce serait une grossière erreur stratégique », souffla-t-elle sans pouvoir retenir un petit sourire compatissant.
Elle se leva et s'apprêta à quitter la pièce quand Drago l'interrompit :
« Maman... »
Elle se tourna subitement en le dévisageant d'une drôle de manière. Il pouvait sentir au fond de ses yeux bleu toute la force de son amour maternel. Un amour sans compromis, un amour inconditionnel, aussi puissant que la plus vénérable des magies. Il savait qu'elle serait prête à tout pour lui, et c'est aussi ce qui l'effrayait.
« Rassure-moi... Dis-moi que tu es consciente de ce qui se passe, autour. Dis-moi que tu réalises que les choses ne seront plus jamais comme avant. »
Elle s'assit à ses côtés sur le lit et prit ses mains dans les siennes.
« Je sais, Drago. Ne t'inquiète pas, tout ira bien. »
« Tu sais, je m'en fous complètement, de lui. C'est pour toi que je m'inquiète. »
L'ombre d'un sourire s'inscrivit sur le visage de sa mère. Un sourire illuminé de fierté maternelle, teinté d'une indicible douceur. De ses mains, elle encadra le visage de son fils, plongeant son regard dans le sien, et il y vit du courage, de la force et toujours cet océan d'amour merveilleux.
« Tu as toujours été mon petit Soleil, Drago. Ce n'est pas à toi de t'inquiéter. C'est notre rôle de parents de tout faire pour te protéger, et nous faisons de notre mieux, même si ce n'est pas toujours évident à tes yeux. Quoi qu'il arrive, tout ira bien, Drago, je te le promets. Les orages finissent toujours par passer. »
Elle lui offrit un de ses sourires énigmatiques et se pencha pour déposer un baiser sur son front.
« Il faut que tu te prépares, sinon ton père va se mettre en colère », lui intima-t-elle. « Ah, et tu as reçu du courrier. Je te l'ai posé sur ton bureau » ajouta-t-elle avant de quitter la pièce.
Il leva deux sourcils interrogateurs et s'empressa de se lever afin de jeter un coup d'oeil à cette fameuse missive, sans se douter un instant de sa provenance. Il fit tourner le parchemin entre ses mains. Pas de sceau. Rien. Il défit la ficelle qui l'entourait et en reconnut aussitôt l'écriture fine et italique.
« Drago,
C'était juste pour te dire qu'on avait retrouvé la chouette de Mazzira.
Bon courage.
Hermione. »
Il reposa la lettre sur le bureau, hésita, puis finalement la fourra dans sa poche. Il songea qu'elle devait se sentir bien seule pour lui écrire à lui. Sans qu'il ne comprenne pourquoi, ce petit mot avait eu le don de visser un sourire énigmatique à ses lèvres. Quelque chose qui ressemblait à de la joie, peut-être. Oui, quelque chose comme ça...
Il contourna le bureau et se pencha pour se regarder dans le miroir. Une contusion violacée ornait désormais l'arrête de son menton ; joli souvenir paternel. D'un geste las, il saisit un costume blanc et le revêtit. La Nuit d'Albâtre était une de leurs plus vieilles traditions : ils fêtaient l'hiver approchant et les premières neiges de novembre, à grand renfort d'invités prestigieux et de ronds de jambes, orchestrés dans un décor majestueux tout de blanc et de cristal. Tout ce que Drago détestait... mais avait appris à supporter avec les années.
Il passa une main machinale dans ses cheveux ébouriffés et descendit l'escalier à pas lents. Son père le toisait du bas des marches, un sourire sardonique au visage.
« Joli bleu... », commença-t-il. « ... assorti à ton costume blanc. Tu as vraiment le soucis du détail, Drago. Bravo. »
L'intéressé lui répondit d'un sourire ironique, au moment où un cri de paon raisonnait, annonçant l'arrivée des premiers invités. Il connaissait les civilités à adopter : bonjour monsieur, bonjour madame, quel honneur de vous recevoir, une coupe de champagne ? Je vous en prie, installons-nous dans le jardin. Oh, ça ? De modestes bricoles ramenées de voyages. Et comment vont les affaires ? - et ainsi de suite durant toute la soirée. Les mêmes litanies resservies tellement de fois qu'elles en devenaient rances.
Quelques invités se succédèrent - bourgeois notables, peintres en vogue, pianistes à succès - jusqu'à ce qu'apparaisse le premier hôte que Drago ait vraiment envie de voir : Zabini. Ils se saluèrent cérémonieusement le temps que leur parents fassent de même, puis ils s'orientèrent vers le jardin. L'espace vert de leur domaine s'étendait à perte de vue, se fondant dans la ligne d'horizon. Le soleil était déjà couché depuis bien longtemps, mais on apercevait sans peine le contour des arbres centenaires qui se dressaient fièrement vers le ciel, habillés de fleurs de lilas blanc : explosions lumineuses de blancheur dans la nuit noire. Un buffet de mets fins, tous blancs, avait été servi à l'orée du Manoir, et de nombreuses tables blanches parsemaient le jardin à l'ombre de voilages de dentelle qui se balançaient au gré du vent. Des lanternes lévitaient au-dessus des tables, illuminant le jardin de lueurs tamisées. Ce décor avait de faux-airs épurés, pourtant quiconque connaissait ce type de célébrations savait qu'il était le fruit de longues heures de travail. C'était dur de se donner un air décontracté quand on était aristo.
Drago tendit à Zabini une coupe de champagne et ils se dirigèrent vers une table inoccupée.
« C'est quoi le délire de ta gargouille de portail ? », s'enquit Blaise, une fois assis.
« Comment ça ? »
« Je sais pas. Elle demande à tout le monde ta date de naissance... »
Drago leva les yeux au ciel, agacé. « Rah, laisse tomber. Faut absolument qu'on la change, elle commence à devenir de plus en plus arrogante. Apparemment, c'est une constante dans ce Manoir », finit-il en dardant un regard assassin sur son père qui passait au loin.
« Mouais... C'est pas la joie ce retour aux sources, si je comprends bien ? », s'enquit le métisse d'une voix un brin moqueuse alors qu'il avançait son verre pour trinquer avec son ami.
« Comme d'habitude », commença Drago en désignant d'un geste vague le bleu qui s'étendait sur son menton avant de faire tinter son verre contre celui de Blaise. « Mais au moins, pas de surprise. D'ailleurs, en parlant de surprise, c'est qui ce mec au bras de ta mère ? »
Blaise esquissa un sourire blasé. « Sa nouvelle trouvaille : Monsieur de Castellac. Un français, apparemment. Il a fait fortune dans l'industrie des chaudrons, et je crois que Célestina Moldubec a écrit une chanson le concernant. Je sais pas grand chose de plus, si ce n'est qu'il a au moins la décence d'être bien éduqué. Tu te souviens de Talbert ? »
« Celui qui avait la mauvaise habitude de se moucher dans la nappe ? Difficile à oublier. Comment il est mort, celui-là, déjà ? »
Blaise haussa distraitement les épaules afin d'exprimer son clair désintérêt quant au sort de son ex beau-père. « Je sais plus. Je crois que c'est celui qui s'est fait dévorer par un Troll des Montagnes pendant son excursion en Pologne, six jours après le mariage... De toute façon, ma mère ne le supportait plus après seulement trois jours. Tiens, en parlant de relations douteuses, tu voulais me dire quoi, à propos de Granger ? »
Drago ne put s'empêcher de sourire malgré lui. Il ne perdait jamais le nord, Blaise, et c'était quelque chose que le blond aimait et détestait chez lui.
« Rien de particulier. Ou alors, il faudra que j'aie un peu plus bu que ça. »
Blaise se pencha pour attraper une bouteille de champagne et en servit une rasade à Drago qui le remercia d'un geste de la tête.
« Je crois que tu vas avoir besoin de bien plus d'un verre. Regarde qui arrive. »
Drago se tourna lentement, imaginant le pire. Il poussa un soupir soulagé : ce n'était que Daphné. Certes, il n'avait pas particulièrement envie de la voir, mais au vu de la liste d'invités, c'était loin d'être la pire des compagnies. Et puis, il devait bien avouer qu'elle était particulièrement jolie ce soir : une longue robe de soie blanche vaguait sur son corps à chacun de ses pas, tandis que ses cheveux étaient relevés en un chignon qu'elle avait pris soin de tresser sur les côtés. Alors qu'elle se rapprochait, il remarqua un drôle de serpent blanc qui ondulait autour de son poignet, comme un bijou de papier. En deux foulées, elle les avait rattrapé mettant fin aux observations de Drago.
Un sourire illumina ses traits fins. « Drago. » Puis son sourire disparut pour laisser place à une moue dégoûtée. « ... et Zabini, bien sûr. »
« Ne t'en fais pas, Daphné, le plaisir est partagé », ironisa Blaise en lui rendant un sourire manifestement factice.
Malefoy se pencha pour saisir une bouteille de champagne et remplir leurs verres.
« Vous pouvez faire un effort pour être agréables ce soir, s'il vous plaît ? J'ai déjà assez de sourires faux et de sous-entendus meurtriers à la maison pour devoir en supporter plus supporter les vôtres. Merci. », lâcha Malefoy d'une voix lasse en finissant son verre d'une traite.
« Désolée », capitula Daphné d'une petite voix. « Et puis, je sais très bien ce que tu endures, crois-moi. La première chose que ma mère m'a dit en me voyant, c'est : 'Par Merlin, mais pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais malade ? Tu as une mine épouvantable !' », elle leva les yeux au ciel. « Je ne suis pas malade, mais merci quand même maman », conclut-elle avec un sourire capitulard.
« C'est vrai que tu as une mine affreuse », ricana Zabini. « En ce qui me concerne, quand je suis arrivé à la maison, ma mère n'était pas là. C'est mon cher nouveau beau-père qui m'a ouvert, affublé d'une robe de chambre en velours... Et je suis prêt à parier qu'il n'avait rien dessous ! »
Daphné et Drago froncèrent le nez d'un même geste alors que des images peu désirables s'infiltraient dans leur esprit. Blaise dut le remarquer car il ajouta :
« Et il avait des pantoufles en fourrure, si vous voulez tout savoir. Histoire de vous visualiser la scène correctement »
Ils éclatèrent tous les trois de rire et se resservirent un verre, laissant la conversation filer et leur esprit s'embrumer. Une pensée indistincte fit son chemin dans l'esprit de Drago : là, tout de suite, entouré par les deux personnes qui le connaissaient le mieux sur terre, il se sentait... bien. Et rien ne semblait pouvoir gâcher cette tranquillité si rare... Sauf peut-être...
« Dragooooo ! », fit une voix dans leur dos.
Le Serpentard serra les dents : il savait très bien à qui appartenait cette voix de crécelle.
Il se retourna à temps pour apercevoir Pansy et Opale lui faire signe depuis l'entrée du Manoir, un sourire prétendument ravi accrochés à leurs visages sournois. Après avoir salué tout le gratin du monde sorcier, elles vinrent les rejoindre et s'assirent à leurs côtés. Pansy se laissa tomber sur sa chaise dans un soupir de ravissement.
« C'est drôle, je n'étais jamais venue ici avant », commença-t-elle. « J'imagine que j'étais pas assez intéressante pour être invitée à vos petites sauteries. Mais maintenant que papa Malefoy doit refaire son carnet d'adresses et que mon père a obtenu sa place au ministère, j'imagine que je suis un peu plus désirable... »
« Si ça peut te rassurer, pour moi tu es toujours aussi repoussante », railla Malefoy d'un ton tranchant.
Elle se fendit d'un petit rire aigu qui sonnait faux, arrachant une même grimace à Zabini, Daphné et Drago qui s'échangèrent un regard agacé, puis elle posa une main délicate sur l'épaule du blond.
« Assez parlé de moi ! Comment va mon Serpentard préféré ? », minauda la brune en battant des cils avec emphase, le menton posé sur la paume de son autre main.
Il ne put retenir une grimace de dégoût et dégagea son épaule d'un mouvement sec.
« Zabini, ressers-moi un verre par pitié, je vais en avoir besoin. »
Son ami s'exécuta, finissant la bouteille dans la coupe de Malefoy tandis que Parkinson haussait les épaules sans se défaire de son sourire. « Au fait, je me suis permis d'inviter Opale, ça ne te dérange pas, j'espère ? »
« Je m'en fous... », grommela-t-il avec mauvaise humeur.
« Merveilleux ! Bien sûr, tu sais que son père est le nouveau rédacteur en chef de la Gazette ? »
« Et... ? », grinça-t-il en lui jetant un coup d'oeil suspicieux.
« Oh, rien. C'est juste que... Ce serait quand même dommage que le soir où la famille Malefoy tente de redorer son blason, un incident vienne tout gâcher et faire la une du journal... »
Les yeux de Drago se plissèrent un peu plus. « Quel genre d'incident ? »
« Oh, je sais pas ! Des invités surprise, par exemple ! C'est pas facile de gérer une si grande célébration, tu sais. Il y'a toujours des hôtes indésirables qui passent entre les mailles du filet. Mais je suis persuadée que les Malefoy sont assez bien organisés pour pouvoir gérer ce genre de mésaventures... »
Elle exulta d'un rire sonore, faussement enjoué, dans lequel Drago pouvait percevoir une menace latente et bien réelle. La main de Drago se referma autour d'une des fourchettes en argent qui avaient été disposé sur la table, la serrant à s'en faire blanchir les jointures. Cette garce de Parkinson. Elle venait chez lui, imposait ses invités, et en plus, elle avait l'impudence de le menacer ouvertement ! Elle aurait mérité qu'il lui plante sa fourchette dans l'œil : ça, au moins, ce serait digne de faire la une du journal. Voyant que la tension était montée d'un cran, Zabini toussota afin d'attirer l'attention.
« Quels mauvais gentlemen nous sommes, on ne vous a même pas proposé un rafraichissement ! Viens, Drago, on va chercher un verre à ces délicieuses créatures », s'exclama-t-il en insistant sur le dernier mot.
Sans rien ajouter, Drago se leva et accompagna Zabini au buffet, attrapant deux verres avec mauvaise grâce, tandis que son ami regardait son petit manège avec un sourire amusé.
« A quoi tu joues, Drago ? Où est passée ta maîtrise de toi ? T'es un Malefoy, bon sang, et en plus c'est toi l'hôte, ce soir. »
Le blond arqua un sourcil. « Tu l'as entendue, non ? T'as entendu ses menaces, je suis pas fou, hein ? »
« Non, c'était assez clair, il me semble. »
« Quelle espèce de... »
« Relax, Drago », l'interrompit Blaise avant que le blond n'ait pu se lancer dans une déferlante d'insultes. « Pas de scandale ce soir, c'est la règle. Tu règleras tes comptes à Poudlard. Ou tu enverras quelqu'un le faire. »
Un sourire vint étirer les lèvres du blond. « Tu te portes volontaire, c'est ça ? »
« Pour rabattre l'immense claquet de Parkinson ? Carrément. Et je te le fais gratuitement, en plus. »
Ils retournèrent vers la table en riant sous cape, et ramenèrent les verres aux deux jeunes filles qui les accueillirent à grands renforts de sourires mielleux. La soirée continuait gaiement sur une bande son de musique classique, de tintements de verre en cristal et de rires sophistiqués. Soudain, une caresse tira le blond de sa torpeur. Sous la table, Daphné avait posé sa main sur celle de Drago, qui la dévisageait maintenant avec un sourcil arqué de surprise. Autour de la table, les autres semblaient trop absorbés dans leur discussion pour remarquer quoi que ce soit. Elle se pencha à son oreille.
« Drago, il faut que je te parle de quelque chose. On peut s'éloigner quelques minutes ? », murmura-t-elle, incertaine.
Il n'avait pas particulièrement envie d'un tête-à-tête avec Daphné, mais son ton pressant avait piqué sa curiosité. Et puis, il n'était pas contre l'idée de s'éloigner un peu du rire perçant de Parkinson et Farley et de leurs airs de pimbêches.
« Ouais », répondit-il laconiquement.
Ils quittèrent la table d'un même geste en ignorant le regard implorant de Zabini 'ne me laissez pas seul avec elle, par pitié', et s'installèrent en retrait. Drago croisa les bras en dévisageant Daphné, attendant une explication qui tardait à venir, puis, voyant qu'elle ne semblait pas décider à parler, il perdit patience.
« Alors ? »
« C'est que... Oh, Drago, pardon... J'aurais voulu te le dire avant mais... »
Le pouls de Malefoy s'accéléra. Ça faisait déjà un petit moment qu'il sentait que quelque chose se tramait dans son dos. Sa mâchoire se contracta malgré lui.
« Abrège. »
« Je te promets, je voulais te le dire. Mais j'attendais le bon moment... Je voulais être sûre que... », elle bredouilla, baissa le visage, cherchant des mots pour atténuer l'impardonnable trahison qu'elle savait avoir commise. « C'est à propos de Pansy... ça fait un moment, un moment que je voulais te dire ça... Je sais pas pourquoi, elle débloque complètement, et elle veut... Je sais pas, elle veut te faire du mal, Drago... Elle veut... vous faire tomber, un par un... »
La main de Drago se referma brusquement autour du bras de Daphné lui arrachant un petit gémissement de douleur alors qu'elle braquait deux yeux effrayés sur le Serpentard, implorant son indulgence du regard.
« Putain, mais de quoi tu parles, Daphné ? »
« Je... Elle a monté un groupe avec tous les allumés de Serpentard... Ils se font appeler les Cobras Royaux... »
Soudain, le serpent de papier autour de son poignet s'arrêta d'ondoyer et tourna son petit visage vers Daphné avec un sifflement funèbre, puis, brusquement, il s'embrasa, se contorsionnant dans des flammes d'un vert vif qui vinrent lécher la peau de la blonde dans un crépitement sordide. La Serpentard poussa un cri déchirant et roula sur le sol, serrant son poignet endolori contre son cœur. Les invités alentours se retournèrent, choqués, tandis que d'un bond, Drago se précipitait à son chevet, et tirait son poignet pour l'analyser, ignorant ses glapissements de douleur. Un sillon de peau rouge et boursoufflée lézardait désormais son poignet, à l'endroit précis où se trouvait le serpent de papier quelques instants plus tôt ; cicatrice fumante qui semblait toujours bouillonner et crépiter en faisant fondre sa peau.
Sans réfléchir, Drago pointa sa baguette sur la blessure de la jeune fille : « Episkey », murmura-t-il.
La peau de la blonde sembla grésiller, lui tirant un nouveau gémissement, puis... rien. La plaie était toujours là, béante, courant le long de la peau de Daphné. Il contracta la mâchoire et répéta, plus fort - comme si le volume de sa voix pouvait changer l'intensité de son sort : « Episkey ! ». Mais toujours rien.
Un gloussement le fit lever les yeux et sans surprise, il se trouva nez-à-nez avec Pansy, qui le dévisageait de toute sa hauteur, les mains sur les hanches, une moue goguenarde flanquée sur son affreux petit visage de bouledogue.
« T'embête pas, va, ça marchera pas », déclara-t-elle en lui adressant un sourire mielleux.
Zabini et Farley l'encerclèrent presque aussitôt, alertés par les cris de Daphné.
« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? », s'enquit Blaise d'une voix blanche avant d'aviser Daphné, toujours effondrée sur le sol.
« Pourquoi ça marcherait pas ? », demanda Malefoy sans prêter attention à la question de Zabini.
« Je savais que cette petite peste parlerait un jour où l'autre. Ou n'importe qui d'autre, d'ailleurs », ajouta-t-elle en lançant un regard appuyé au métisse, qui détourna aussitôt les yeux. « Alors j'ai pris soin d'instaurer une petite protection contre les traitres dans son genre. C'est un genre de feudeymon. Une version atténuée, bien sûr... je suis pas complètement folle, non plus ! », conclut-elle avec un petit rire dément.
Elle jeta un regard dédaigneux à Daphné, les lèvres retroussées en une moue dégoûtée alors que la blonde avait cessé de gémir, et était maintenant secouée de violents frissons, le souffle rauque.
« Oh, tu voudrais pas arrêter d'en rajouter, Greengrass ? On a compris que t'avais mal, pas besoin d'en faire trois tonnes. Et puis, ça va passer. Par contre cette jolie cicatrice sur ton poignet, j'espère qu'elle te plaît, parce que tu vas la garder à vie ! », gloussa-t-elle.
Une longue complainte s'échappa des lèvres tremblantes de Daphné. Une plainte de douleur mais aussi de tristesse, parce qu'elle savait qu'elle conserverait cette plaie rougeâtre jusqu'à la fin de ses jours : symbole indélébile de sa traitrise envers Drago.
« Blaise, tu peux accompagner Daphné à l'intérieur, s'il te plaît ? Donne-lui de quoi se changer, et allonge-la dans mon lit », lui lança Malefoy.
« Mais il faudrait peut-être... »
« C'est un feudeymon, il n'y a rien à faire. La douleur s'estompera d'elle-même. Fais ce que je te dis », trancha-t-il d'un ton sans réplique.
Zabini s'exécuta : il prit Daphné dans ses bras -la soulevant avec une facilité déconcertante - et se dirigea vers le Manoir, sous l'oeil indifférent des invités qui s'étaient déjà désintéressés à ces querelles d'adolescents. Lorsqu'ils furent de nouveau seuls tous les trois, Drago dégaina sa baguette et se tourna vers Pansy.
« Écoute-moi bien, Parkinson, je sais pas pour qui tu te prends et je sais pas ce qui te fait penser que soudain tu as de l'importance, mais toi et ta sale gueule de clébard vous allez vous casser aussi vite que vous avez réussi à vous incruster ici ». Il se tourna vers Opale. « Et toi aussi, la fouine. »
Parkinson se fendit d'un rire sardonique venu du fin fond de sa gorge - vision d'horreur tout juste concurrencé par son regard de cinglée animé d'un éclat démoniaque à faire froid dans le dos.
« Partir maintenant ? Avant que tu n'aies eu ma petite surprise ? Non, ce ne serait pas très poli de ma part... », conclut-elle en tirant une chaise avant de s'asseoir nonchalamment.
Par réflexe, Malefoy abaissa sa baguette, les yeux une nouvelle fois plissés de suspicion :
« Quelle surprise ? »
« Oh, je ne voudrais pas te gâcher le suspense... Ça ne devrait plus tarder... »
A cet instant précis, un bruit de ferraille retentit, suivi de près par un vacarme assourdissant de cris indistincts. Sa baguette s'abaissa totalement, laissant place à une mine pantoise alors que sa paupière était brusquement agité d'un tic nerveux, se clignant d'elle-même à intermittence régulière. Ses yeux dansaient, allant du visage de Pansy à la porte du Manoir, ne sachant que faire. Les invités s'étaient arrêtés dans leur conversations, lançant des regards inquisiteurs aux deux hôtes de la soirée qui semblait pétrifiés de stupeur. Les cris se firent plus insistants et plus audibles :
« LAISSEZ-MOI ENTRER ! LAISSEZ-MOI... MAIS... JE VOUS AI DIT DE ME LAISSER ENTRER ! J'AI REÇU UNE INVITATION ! », hurla une voix masculine étrangement familière.
La voix venait de l'autre côté du Manoir, sûrement du portail. Drago s'avança d'un pas, observant lentement la foule de convives adopter un air concerné et un rien outré derrière lequel Drago lisait très clairement la joie d'assister à un scandale. Ils ressemblaient à des spectateurs au cirque, lâchant des 'oh !' et des 'ah !' inquiets devant le dompteur de fauves mais espérant secrètement que le lion finirait par le dévorer sous leurs yeux avides. Oh oui, à peine rentrés chez eux, ils s'empresseraient de raconter cette soirée, et comment un invité indésirable est venu gâcher la soirée, et comment la famille Malefoy a été incapable de réagir, exagérant le ragot, prenant un malin plaisir à humilier un peu plus la famille - et cela leur procurerait un plaisir sans borne. Drago savait tout ça, car il avait fait partie de cette infâme catégorie. Il jeta un œil inquisiteur à son père, mais Lucius semblait toujours paralysé, fixant le Manoir d'un regard vide. Le noir de la nuit sembla s'assombrir un peu plus, alors que le ton des invectives hurlées depuis l'autre côté du Manoir changeait petit à petit, pour se transformer en des vociférations obscènes et désespérées :
« BANDE DE MISÉRABLES PARVENUS ! JE VOUS EXÈCRE ! VOUS ÊTES FIERS D'AVOIR REÇU UNE INVITATION, HEIN ? CA VOUS FAIT MARRER DE SAVOIR QUE MOI, MOI, JE NE PEUX PAS RENTRER, HEIN ? QUE JE SUIS BLOQUÉ A L'ENTRÉE COMME UN LÉPREUX ! VOUS DEVEZ ÊTRE FIERS ! LE SEUL SUCCÈS DE VOTRE MISÉRABLE EXISTENCE ! MAIS VOTRE SANG EST RÉPUGNANT, VOUS NE VALEZ RIEN ! UNE INVITATION MERDIQUE CHANGERA JAMAIS RIEN A CA ! VOUS ÊTES DES SECONDS CHOIX ! LES MALEFOY SE SERVENT DE VOUS ! ET JE VOUS ÉCRASERAI UN PAR UN S'IL LE FAUT, JE VOUS... »
« Surprise, surprise », glissa Pansy à l'oreille de Drago, couvrant momentanément le bruit des hurlements. « Il se pourrait que j'ai envoyé par erreur une invitation à la mauvaise personne... »
Le poing de Drago se serra si fort qu'il crut qu'il ne pourrait jamais l'empêcher de s'abattre sur le visage grossier de Parkinson. Désormais, ce n'était plus un cortège de fausses mines outrées, mais un véritable déferlement de cris offusqués et de visages affolés. Comme par instinct, il tourna les yeux vers sa mère qui jetaient des coups d'oeil nerveux en tout sens, la bouche légèrement entrouverte, le regard perdu. Enfin, leurs yeux se rencontrèrent, et elle articula silencieusement : « S'il te plaît »
Ok, donc c'était à lui d'agir. Après tout, Pansy était son problème à lui, il était donc ouvertement responsable de ses conneries. Il se précipita vers le Manoir, sans oublier de balancer un juron cinglant à l'encontre de Parkinson qui ne s'était pas départie de son sourire railleur, et après avoir fait signe à ses parents qu'il maîtrisait la situation, il traversa le Manoir et déboucha sur le petit chemin qui serpentait jusqu'au portail métallique. Il l'arpenta en quelques secondes et se retrouva devant le portail, essoufflé. Grâce à un mécanisme de protection, les grilles d'habitude assez espacées pour qu'on puisse voir au travers s'étaient fondues en une porte de métal épaisse et infranchissable. Drago tapota la porte de sa baguette.
« C'est bon, annule la procédure de protection, je suis là »
La gargouille du portail ne contesta pas et la barrière de métal reprit sa forme initiale. Drago se tordit le cou pour apercevoir l'auteur de ces cris... il resta sans voix quelques secondes avant de se récrier :
« Nott ? Putain, mais qu'est-ce que tu fous là ? »
Le visage de Nott était complètement défait, les traits tirés par la fatigue, la bouche déformée de colère, écumant d'une salive mousseuse, les yeux rougis par ce que Drago imagina être de récentes larmes. Il ne ressemblait en rien à l'adolescent que le blond avait connu mais plutôt à une âme errante, blême et désœuvrée.
Pour toute réponse à sa question, Nott tendit l'enveloppe, comme si ce simple bout de papier froissé par ses mains rageuses aurait pu justifier l'esclandre qu'il venait de causer.
« Ça vient pas de nous, c'est l'autre folle de Pansy qui t'a envoyé ça »
« Laisse-moi rentrer, Drago », insista Théodore d'une voix agitée de tressautements qui ressemblait à une supplique désespérée.
« Tu sais que je peux pas, mec. Pas après le scandale que tu viens de nous faire. Tu sais aussi bien que moi que c'est impossible. »
« Mais... », sa voix se brisa dans sa gorge. Et malgré l'obscurité de la nuit, Drago pu voir des larmes affluer jusqu'aux yeux de Nott, accrochant la lumière de la lune. « ... je viens à la Nuit d'Albâtre depuis que je suis né », balbutia-t-il, dans un sanglot.
« Je sais, Théo. Je suis désolé », et pour une des premières fois de sa vie, Drago était véritablement sincère.
« Putain, Drago. Toi et moi, on n'a jamais pu s'encadrer, je sais bien mais... faut que tu me laisses entrer. Tu peux pas me laisser comme ça, merde. »
« Théo, je te le répète une dernière fois : non seulement je peux pas te laisser entrer, mais en plus, il va falloir que tu partes »
Un sanglot étranglé secoua Nott, l'obligeant à s'accrocher aux barreaux de la grille pour ne pas se laisser tomber au sol.
« Putain... Putain, comment on en est arrivés là ? On était les rois, les invités d'honneur... et maintenant... maintenant on me vire comme un vulgaire cafard... comment on en est arrivés là ? Quand j'ai reçu ça... », bredouilla-t-il en levant la lettre au niveau des yeux de Drago. « J'ai cru... J'ai vraiment cru que les choses pourraient être comme avant... Mais regarde-moi, je suis fini... fini... Un paria... Plus rien... Rien... », et la fin de son monologue chaotique mourut dans sa gorge.
« Théo... », commença Drago.
« Ouais. Je me casse, j'ai compris », souffla-t-il à mi-voix, alors que des larmes sales et désordonnées ruisselaient désormais sans retenue sur ses joues creusées.
Il s'éloigna du portail de quelques pas avant de se retourner pour dévisager longuement Drago. Il se mit alors à parler, d'une voix sinistre façon Trelawney qui arracha un frisson au blond :
« Si je tombe, je tomberai pas seul, Drago. J'en entrainerai d'autres dans ma chute ». Il se tut quelques secondes, laissant le temps à Drago de digérer l'information, puis il ajouta d'une voix caverneuse : « Je tenais juste à te prévenir. »
Avant que Drago ait eu le temps de répliquer, une voix criarde s'éleva dans son dos :
« Bye-bye, Théodore ! », s'écria Pansy en faisant de grands signes au Serpentard en question. « C'était un plaisir de te voir... comme d'habitude ! A propos, j'aime bien ton nouveau style : c'est très... larmoyant ! », exulta-t-elle dans un rire mesquin.
Sans même lui adresser un dernier regard, il disparut dans un craquement sonore, laissant un Drago pantelant, subitement écrasé par le poids de la menace de Théodore, et une Pansy hilare. Le blond se ressaisit et se tourna lentement vers la brune qu'il dévisagea longuement, l'air interdit.
« Pourquoi tu fais tout ça, Parkinson ? Parce que je t'ai repoussé la dernière fois ? »
« Pauvre petit Drago... Le monde ne tourne pas toujours autour de toi ! Je sais, c'est dur à assimiler, hein ? Savoir que tu n'es pas le centre du monde... et imaginer qu'une fille à Poudlard n'est pas amoureuse de toi, ça doit te faire un choc ! Mais non, je ne fais pas ça parce que tu m'as brisé le cœur ou n'importe quelle histoire délirante du genre. Cela dit, j'étais pas contre une petite partie de jambes-en-l'air avec toi mais faut croire que ça t'a jamais tenté... »
La consternation et le dégoût affleuraient de tout le corps du blond qui se retenait à grande peine de lui coller une baffe. « Mais pourquoi, alors ? », demanda-t-il laconiquement.
« Pourquoi ? Mais c'est pourtant évident, non ? Parce que pendant toutes ces années vous nous avez traité comme des petits chiens, tout juste bons à exécuter docilement vos ordres, mais pour le reste... Pour les invitations, le prestige, la considération, tout ça... », expliqua-t-elle en désignant le Manoir d'un geste vague de la main. « ... on pouvait toujours rêver. Vous nous avez toujours considérés comme des moins-que-rien, et bravo, vous avez créé des monstres. Tu connais le dicton, non ? 'Garde tes amis près de toi, et tes ennemis plus proches encore'. C'est ce que j'ai fait. Attendant patiemment le moment de prendre ma revanche. Et le moment est enfin venu. C'est réjouissant, non ? »
« Tu es folle, Pansy », souffla Drago d'une voix blanche. « Complètement folle »
« Comme c'est pratique ! Vous les Sang-Pur, vous avez joué à ce petit jeu de pouvoir toute votre vie et vous vous dites rusés, puissants et fiers, mais dès que quelqu'un vient s'ajouter aux participants, en particulier une fille, tout d'un coup, ce n'est plus de l'intelligence mais de la folie. Tu me fais rire, Drago. Ta vision du monde est si étriquée... Je pense qu'on aurait fait un couple fantastique », finit-elle avec un gloussement amusé.
« Casse-toi de chez moi, Parkinson. Et n'oublie pas ton petit toutou de Farley ! »
« Regarde plutôt ! Ma surprise n'est pas terminée... Un nom comme Malefoy mérite un déshonneur à la hauteur de feu son prestige », railla-t-elle en pointant du doigt le petit chemin blanc qui partait du portail pour lézarder la falaise.
Drago dut plisser les yeux pour apercevoir ce qu'elle lui désignait, et après quelques secondes et un intense effort de concentration, ils aperçut effectivement une dizaine de personnes se dirigeant vers le Manoir au pas de course, de longues capes noires claquant au vent.
« Mais qu'est-ce que... »
« VEUILLEZ VOUS RECULER DU PORTAIL, NOUS ALLONS PÉNÉTRER DANS VOTRE DOMAINE », l'interrompit une des femmes du groupe qui n'était plus désormais qu'à quelques mètres de l'entrée, la voix amplifiée par un Sonorus. « SI VOUS N'OUVREZ PAS LE PORTAIL, NOUS NOUS VERRONS DANS L'OBLIGATION DE LE DÉTRUIRE. VEUILLEZ ABAISSER VOS BAGUETTES. »
Incapable de réfléchir, complètement perdu et désœuvré, Drago s'exécuta après avoir ordonné au portail de s'ouvrir.
« Merci, jeune homme », lui glissa un homme en arrivant à son niveau. « Cheveux blonds et costume de soie. Tu es Drago Malefoy, n'est-ce pas ? »
Malgré tous ses efforts, les mots restèrent bloqués dans sa gorge et il se contenta d'acquiescer comme un enfant.
« Je noterai dans la déposition que tu nous as facilité l'accès au Manoir. »
Drago reprit subitement ses esprits, comme si le mot 'déposition' était venu le fouetter en plein visage avec la violence d'un coup de poing.
« Attendez ! Qu... Quelle déposition ? De quoi vous parlez ? »
« Nous avons un mandat de perquisition. »
« Un quoi ? Pourquoi ? »
L'homme ne prit même pas la peine de répondre et rejoignit les autres avant de pénétrer dans le Manoir. De là où il était, il pouvait déjà entendre les cris affolés des invités, apercevoir les lueurs d'une altercation magique, et percevoir les vociférations rageuses de son père, mais il n'arriva pas à bouger. Il resta stoïque, paralysé, ses pieds refusant de décoller du sol. En désespoir de cause, il se tourna vers Pansy, le visage blême :
« Qu... Qu'est-ce que t'as fait ? »
« Tu te rappelles quand tu m'avais dit que ton père cachait ses antiquités de magie noire dans le double fond du lit de la chambre d'amis ? Eh bien, il se pourrait qu'un appel anonyme en ait informé le Ministère... Oups ! », finit-elle avec un air faussement contrit, la main sur sa bouche.
« Mais de quoi tu parles ? Je ne t'ai jamais dit ça... Qu'est-ce que tu racontes ? », balbutia-t-il, atterré.
« Ah bon ? », rétorqua-t-elle avec un sourire faussement ingénu.
« Putain ! Espèce de... »
Il ne termina même pas sa phrase et se jeta sur elle, la faisant rouler sur le sol, oubliant même qu'il aurait pu aussi bien lui jeter un sort, dévoré par le besoin insoutenable de la blesser physiquement, de lui faire ravaler son air arrogant, de lui faire payer ses horreurs. Il se retrouva au dessus d'elle, enserrant ses poignets et les maintenant contre le sol trempé. Les cheveux de Pansy s'étaient détachés, s'étalant en désordre autour de son visage pâle barré d'un sourire dément.
« Comme c'est romantique ! Si on m'avait dit qu'un jour je ferai des galipettes dans l'herbe avec Drago Malefoy ! »
« Mais ferme-la, bon sang ! », s'écria-t-il.
Le rire de la brune s'éleva comme une oraison funèbre, un rire dénué de joie, un rire qui se nourrit de désespoir et de malheur. Le rire de la folie même. Ce rire pénétra dans la tête de Drago, explosant ses barrières mentales, s'infiltrant dans chacune des cellules de son corps. Raisonnant, encore et encore, grinçant dans ses tympans. Et soudain ce rire strident, ce rire malade, déclencha en lui un accès de violence. Il passa ses mains autour du cou de Parkinson, prêt à serrer, prêt à la faire taire à jamais. Et le pire, c'est qu'elle continuait de sourire.
« Tut tut tut, Drago. Je ne crois pas que tu arrangerais la situation de ton père en blessant la fille d'un des membres du Magenmagot, alors bas les pattes ! »
Aussi brusquement que s'il avait été frappé par la foudre, il la lâcha, le visage confondu dans une expression de total désarroi. Qui était cette fille ? Où était passée l'idiote Parkinson qu'il avait côtoyé toutes ces années ? Peut-être qu'elle n'avait jamais vraiment existé, finalement, qu'elle avait toujours été cette espèce de cinglée au rire démoniaque. Il se releva et recula lentement. Un frisson glacé lui parcourut l'échine, le poussant à lever les yeux au ciel. Il neigeait. Les flocons s'écrasaient par terre, édifiant bientôt une fine pellicule duveteuse sur le sol et peignant le jardin de blanc.
Il baissa le visage, puis, comme au ralenti, il vit les Aurors sortir du Manoir, encerclant son père. Il vit les invités se presser sur le parvis de la maison pour apercevoir le spectacle, ne prenant même plus la peine de cacher leurs sourires avides, comme des vautours autour d'un cadavre. Il vit la bouche de son père se tordre, il le vit hurler quelque chose mais il n'entendait plus rien. Il le vit se débattre, fulminer, crier, supplier. Il vit les Aurors le pousser sans ménagement, ils les vit ricaner, puis en un instant, ils transplanèrent et disparurent du paysage, vite imités par la plupart des invités. Seule demeura Narcissa, en larmes, assise sur les marches du perron, les épaules couvertes de neige.
Il voulut la rejoindre mais Pansy le contourna pour lui barrer la route.
« Tu te rappelles à la fête d'Halloween des Serpentard ? Je t'ai dit qu'un jour, tu repenserais à cet instant où tu t'es moqué de moi, et que tu le regretterais. Voilà, le jour est arrivé. J'espère que tu te noieras dans tes remords, Drago. Car tout ça, ça ne serait jamais arrivé sans toi. »
Aussi subitement qu'elle était apparue, elle se volatilisa, laissant Drago seul avec un cortège de sentiments terrifiants.
Hello tout le monde ! Mille excuses pour le retard, mais je viens d'emménager en Angleterre donc je n'ai absolument pas eu le temps d'écrire avant !
Alors voilà le nouveau chapitre, un chapitre assez sombre mais on commence à comprendre où voulez en venir Parkinson... Du coup, pas beaucoup d'Hermione, mais elle revient au prochain chapitre.
J'ai hâte de connaitre vos impressions !
Okami Shiroi : Merci ! Je trouvais important de mettre en place le contexte pour qu'on puisse mieux cerner l'obsession de Daphné ! Je suis contente que ça t'ait plu !
Milyi : Aaah, merci ! Effectivement, on commence à comprendre que Daphné n'est pas prête à en rester là. Il ne faut pas oublier que c'est une vipère, donc elle a aussi plusieurs tours dans son sac ! Mais ça, on le verra en temps et en heure héhéhé
Flammea : Merci pour ta review ! Je suis d'accord, ça justifie un peu - un tout petit peu - sa folie ! Oui, on comprendra un peu mieux l'histoire d'Astoria et pourquoi Daphné la déteste tellement... C'est pour ça qu'elle est assez absente, pour l'instant. D'ailleurs, je l'expliquerai plus tard, mais elle a été envoyé à Serdaigle, c'est aussi pour ça qu'on la voit peu.
Prune noire : Aaaaah ma revieweuse adorée, je pleure presque de joie à chaque fois que je lis tes reviews ! Non seulement parce qu'elles sont adorablement gentilles mais aussi parce que tu cernes extrêmement bien les personnages ! Et tu as tout à fait raison, il y'a une vraie inversion entre Daphné et Hermione ! Et oui, Daphné s'est complètement plantée dans sa façon de plaire à Drago mais aussi en grande partie à cause de sa mère qui est un peu cinglée. En tout cas, je suis de ton avis, j'adore Daphné. Elle est touchante dans ses délires complètement fous. Ah, et j'adore écrire Parvati ! Un peu dans son monde, comme tu dis, mais pas vraiment méchante. Merci encore pour les titres ! C'est vrai que j'essaye de faire que ça colle, même si c'est pas toujours évident !
Math'L : Ah, c'est vrai, j'aurais du le préciser. Enfin, c'est écrit pour le premier (ils ont six ans), mais pour les autres ils ont onze ans et seize ans ! En fait, je voulais que ces trois chapitres retracent vraiment leur adolescence et la façon dont ils se sont progressivement éloignés, et aussi comment leur famille les ont fait devenir quelqu'un d'autre... Je suis contente que ça t'ait plu, et merci pour la review !
Rosa2101 : Merci ! Je suis absolument d'accord avec toi ! Ce chapitre est vraiment nécessaire pour comprendre que Daphné n'est pas juste folle mais qu'elle est éperdument amoureuse et qu'elle ne supporte pas l'idée de voir Drago s'éloigner d'elle. Bon, elle est quand même particulièrement folle, mais l'amour, ça rend toujours un peu fou, non ?
Swangranger : merci à toi de me faire partager tes impressions, et surtout en ce qui concerne Daphné que j'adore... Je suis ravie que ça t'ait plu et j'espère que la suite te plaira aussi !
Merci, merci, merci mille fois pour toutes vos reviews et merci mille fois à tous les lecteurs ! Vous êtes les meilleurs ! N'hésitez pas à me laisser une petite review, me dire vos impressions ou juste me faire un petit coucou !
