Finalité.

Depuis combien de temps étais-je dans cet endroit ? Je ne le savais plus. Il n'y avait plus ni jour, ni nuit, ni heure dans un sous-sol. Kaho faisait bien attention de ne jamais revenir au même moment pour ne pas me donner d'éléments de repères.

Je ne sais pas à quoi je ressemblais, mais je doutais ne plus être que l'ombre de moi-même… Je n'avais pas vraiment mangé depuis une éternité, mes mains commençaient à s'atrophier et je sentais nettement mes côtes sous mes paumes. Celles-ci me brûlaient autant qu'elle me lançaient du fait des nombreuses lacérations que Kaho m'avait infligées. J'étais tellement faible qu'elle ne prenait même plus la peine de m'attacher, elle le faisait seulement pour me redresser afin de m'infliger de nouvelles tortures…

J'étais encore vivante, mais la mort était préférable à mon sort. D'une certaine façon, j'étais heureuse, Tomoyo était morte et elle avait réussi à retrouver la paix. Enfin je l'espérais. Je ne souhaitais que ça à présent, trouver le repos dans la mort, mais Kaho faisait bien attention de ne pas me tuer, pas à cause de mes blessures en tout cas.

Pourtant elle avait essayé tant de chose sur moi… Elle m'avait plusieurs fois passées à tabac entaillé avec plusieurs types de couteaux et de cutteurs, dessinant parfois des motifs sur ma peau désormais couverte de cicatrices elle m'avait également dépecé la peau du pied gauche pour finalement me le trancher à la hache pour éviter une infection elle m'avait aussi faite violer par le réceptacle de Yue en le forçant à reprendre cette forme mon crâne avait été rasé et l'un de mes yeux s'était crevé en heurtant un outil qui trainait un jour où Kaho avait décidé de me rouer de coups pour la énième fois.

Un bruit de talons haut parvint jusqu'à moi. C'était Kaho, je le savais, mais je ne réagissais même plus. La douleur avait détaché la conscience de mon corps, oui ça faisait mal, mais ce n'était rien par rapport à tout ce que j'avais enduré jusque-là.

La porte du sous-sol s'ouvrit laissant passer un peu plus de lumière dans la pièce que celle distribuée par ma pauvre lampe. Il devait faire jour dehors. Comme j'aimerais être dehors...

Je ravalai un soupire et gardai la tête rivée contre le sol. Il avait beau être sale et sentir les excréments et le sang, tout valait mieux que cette femme.

-Tu sais ce que j'aime chez toi Sakura ? me demanda-t-elle sachant que j'étais trop faible pour réellement répondre.

C'était arrivé quelques fois, nos échanges étaient toujours plein de mépris l'une envers l'autre. Mais ça, ça remontait à une autre époque, une époque où même Tomoyo était encore là.

-Ta ténacité ! Je sais bien que tu voudrais mourir, je le vois dans ton œil encore effectif. Mais sache-le, je ne te laisserai pas mourir, pas tout de suite ! Mais, peut-être que je finirai par me lasser de toi…

Elle me redressa et me plaqua contre le mur. Des racines m'enserrèrent les poignets pour me maintenir debout.

Kaho fit apparaitre Yue, sa nouvelle fantaisie. Voilà quelque temps qu'elle le faisait apparaitre pour qu'il me torture à sa place afin de pouvoir mieux regarder. Parfois je voyais le tressaillement de ses muscles lorsqu'elle voulait être à la place de Yue, mais elle ne disait rien, ne bougeait pas, ce qui était encore plus insupportable. C'était seulement un acte de voyeurisme malsain et ça me dégoutait. Mais je n'étais plus que l'ombre de moi-même, que pouvais-je faire ? Rien, assurément.

Yue attrapa une chaine cranté qu'il me planta dans la chair restante de mon ventre mis à nu depuis longtemps. La douleur était lancinante, mais je me criais pas encore, c'était un effort trop important qui ne méritait pas d'être gaspiller à tort et à travers.

C'est seulement lorsque Yue tira brusquement dessus et que la chaine m'arracha des petits bouts de chair sanguinolente que je m'accordais à pousser un cri. Des petits bouts de mon corps se collèrent aux vêtements et au visage de Yue mais ce dernier restait impassible. Je sentais du sang et d'autres fluides corporels me dégouliner le long du ventre.

Il avait déjà été tellement malmené que je me demandais comment mes organes n'étaient pas encore sortis de mon corps par ce biais…

Yue replaça la chaine à un autre endroit et réitéra son acte.

Kaho prit alors la parole, ce qui me désorienta d'autant plus que les douleurs que le gardien de la lune m'infligeait.

-Je pense que d'une certaine façon, je dois être jalouse de toi, fit-elle, songeuse. Tu avais toute l'attention de Toya, il ne jurait que par toi, il se sentait obliger de prendre la place de votre père et de te protéger. Il y mettait une énergie considérable, ne daignant me laisser que les miettes. Qu'aurait-il dis s'il avait su que c'était moi qui avait placé les médicaments sur la table le soir où tu avais tenté de te tuer ? C'est probablement moi qui serais morte à l'heure qu'il est. Mais ça avait été si tentant… Tu étais si faible après la mort de Shaolan, ton niveau d'anxiété était poussé au maximum. Il avait suffi de te laisser seule une unique soirée pour que tu craques. Et dieu sait que ça n'avait pas été facile de faire partir Toya de la maison, il avait fallu que j'insiste un long moment pour qu'il accepte enfin…

Cette dernière parole parut éveiller quelque chose en elle et elle arrêta son récit une seconde. Je ne pensais plus au châtiment de Yue, mais cela ne fit que redoubler mon hurlement lorsqu'il tira sur la chaîne. Je ne me croyais plus capable de crier aussi fort…

Mon cri sembla ramener Kaho à la réalité et elle reprit :

-Je savais qu'en insistant assez il finirait par accepter, il était comme ça. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il avait accepté ma demande en mariage. Ça non plus ça n'avait pas été facile. Il était tellement obsédé par cette fille : Akizuki. Lorsque je l'ai rencontré après tout ce qui c'était passé dans sa vie, je ressentis comme une vague de passion me submerger. Il avait tellement changé, il semblait si… parfait ! L'approcher ne fut pas facile, mais je réussi tout de même à sortir avec lui. Parfois je devais faire semblant de ressembler à Akizuki, mais ça n'avait pas d'importance puisque c'est dans ces moment-là qu'il me regardait vraiment. Je ne vivais que pour ces rares regards, je n'espérais même pas un sourire, tu étais, après la mort de sa première fiancé, la seule à qui il les accordait, même vague. Je ne le supportais pas. Mais je l'avais malgré tout eu pour moi et je tentais de m'en contenter.

»Cependant, un soir, tu lui as parlé, je ne sais pas exactement ce que tu lui as dit, mais en rentrant, il n'était plus le même. Il ne me regardait même plus, comme s'il avait été perdu. Et voilà qu'au petit matin, je l'avais trouvé pendu… Il était la seule chose que je désirai réellement, et il est également la seule chose que tu m'aies enlevée ! Comment pourrais-je te pardonner ça alors que tu m'as arraché à moi l'homme de ma vie ?!

Ses yeux s'écarquillèrent de rage et elle avait de plus en plus de difficulté à articuler. Elle allait me tomber dessus dans une autre crise de folie, je le savais et Yue le savais aussi puisqu'il s'écarta légèrement de moi.

Prise par une bouffée d'inspiration soudaine, je répondis à son discours.

-Tu es réellement pitoyable ! Je connais pas mal de femme qui ont été trahis, que ce soit par leur père ou par l'homme qu'elles aimaient, mais jamais je n'ai rencontré quelque d'aussi lamentable que toi !

-Tais-toi ! grogna Kaho, surprise que je puisse répondre.

Elle avait réprimé un sursaut ce qui me fit frissonner de plaisir. Je me transformais peut-être aussi en monstre, comment savoir ?

-Tu ne crois pas que tu te berçais d'illusion : ton mari parfait, ta vie parfaite, ta maison parfaite et même ta famille parfaite. Tu n'avais jamais été aussi loin de tout ça chez nous ! Ce n'était pas que Toya ne te regardait plus, c'est qu'il ne t'avait jamais regardé…

-Ça suffit, siffla-t-elle sur un ton menaçant.

-Quand il couchait avec toi, fis-je en l'ignorant, ce n'était pas toi qu'il voyait ! C'était elle ! Akizuki partout ! Parce que c'était elle qu'il aimait et pas toi, il a accepté de se mettre avec toi parce que tu lui rappelais, parce qu'il la voyait lorsque tu l'imitais, mais il ne te voyait pas ! Il n'avait qu'elle au monde mais il ne se rendait pas compte qu'il gâchait sa vie avec toi !

Ma voix tremblait de rage et ma gorge me faisait souffrir mais je continuai avec mépris.

-Je t'ai défendu un moment, parce que je savais que Toya ne t'aimait pas. Tu étais la seule à ne pas le voir, à te bercer d'illusion ! Tu veux un scoop ? Le soir où je l'ai trouvé dans le cimetière devant la tombe d'Akizuki, je ne l'avais jamais vu aussi expressif ! Nous n'avons pas beaucoup parlé ce soir-là, mais si ça lui a permis de se rendre compte de son erreur et de s'échapper de la prison dans laquelle tu l'avais enfermé, par la mort, je suis heureuse de son sort !

J'avais presque crié mes derniers mots et je me sentais à bout de force. Kaho s'approcha très lentement de moi, je le savais parce que je l'entendais, mais mon œil refusait de me transmettre des informations plus claires.

Ce ne fut que lorsqu'elle fut à une vingtaine de centimètre de moi que j'avisai le maillet dans sa main.

-TAIS-TOI, hurla-t-elle en m'abattant l'outil sur le crâne de toutes ses forces.

Elle frappa plusieurs fois en hurlant des mots que je ne comprenais pas. Le sort qui me retenait au mur céda et Kaho continua de me frapper au sol, mais je ne sentais plus rien. Tout me semblait lointain et je me sentais m'éteindre peu à peu. Enfin ! Quelque chose de froid dégoulina de mon crâne sur ma tempe et je me doutais que ce n'était pas du sang.

Finalement tout cela allait finir comme dans mon rêve, hein Shaolan ! Est-ce que tu m'attends ? J'espère que malgré tout ce qui a pu se passer, tu seras tout de même fière de moi.

Shaolan, Toya, Tomoyo…

Fin.


Eh voilà ! Ca sera tout pour moi sur cette histoire, je ne désirai pas la faire très longue mais j'espère que vous aurez tout de même appréciés :)