« Mec, je t'ai cherché partout ! », s'exclama Zabini en se plantant devant Drago, les bras croisés.
« Faut croire que tu m'as trouvé », répondit Malefoy sans lever les yeux de son livre.
« Très drôle », lâcha le métisse avec mauvaise humeur en tirant une chaise avant de s'y laisser tomber. « Sans rire, qu'est ce que tu fous à la bibliothèque ? »
Drago ne répondit rien, mais une de ses paupières cligna quelques fois, signe d'agacement. Voyant que le blond n'était toujours pas décidé à lui accorder quelques secondes d'attention, Blaise se pencha pas dessus son épaule pour jeter un coup d'oeil à sa lecture. Il savait pertinemment qu'il détestait ça, et ça ne manquerait pas de le faire réagir. Peut-être que ça l'énerverait un peu, aussi. Ce fut presque immédiat, quelques seconde à peine et déjà, le blond refermait le livre dans un claquement sonore en poussant un soupir excédé.
« Je déteste qu'on lise par dessus mon épaule », avertit-il d'une voix menaçante en dardant son ami d'un regard noir.
« Ah bon ? », pépia innocemment Zabini, alors que son sourire victorieux en disait long sur sa satisfaction d'avoir réussi son coup.
« Qu'est-ce que tu veux ? Ne me dis quand même pas que tu me fais tout ce cinéma juste pour admirer mes beaux yeux. »
« Non, pas vraiment. Mais je suis bien obligé d'avouer qu'ils sont plutôt pas mal, ces yeux gris », répondit-il avec un sourire en coin. « Tu te cachais où, tout ce temps ? »
« Je ne me cachais pas », répondit froidement Drago.
« Ah, ce serait bien la première fois de ta vie ! », persifla Zabini, mais un sourire amusé vint sous-entendre qu'il plaisantait. Ne laissant pas le temps à Drago de répliquer, il enchaîna : « Sérieusement, je t'ai envoyé des dizaines de lettres, au Manoir, ici, j'ai même envoyé un hibou à ta maison de vacances dans le Devon. Aucune réponse. Je me suis demandé ce que tu foutais. »
« T'as ta réponse : je lisais un livre à la bibliothèque », déclara simplement Malefoy dont l'humeur massacrante ne semblait pas s'améliorer.
« Ouais, c'est plus sérieux que ce que je pensais », rétorqua Zabini d'une voix sombre. « Bon, tu vas me raconter ce qu'il se passe ou va falloir que je te cuisine encore longtemps ? »
Malefoy passa une main lasse dans ses cheveux, les ébouriffant un peu plus, et soudain son visage se vêtit de fatigue et d'abattement. Il cligna des yeux lentement, puis poussa un long soupir.
« Ok, t'as gagné », abdiqua Drago en se tournant vers son ami. « Tu veux que je te raconte le bordel de ces derniers jours ? Allons-y : le procès de mon père est en attente. Il risque de passer le restant de ses jours à Azkaban. Pas que ça me préoccupe plus que ça... c'est surtout pour ma mère, en fait. Elle est complètement sous le choc, elle déraille complètement. »
« ... et Pansy ? »
Malefoy éructa d'un petit rire amer. « J'ai le couteau sous la gorge. Si je tente quoi que ce soit elle ne donne pas cher de mon père. Jusqu'à son procès, je ne peux rien faire... pas le moindre petit geste. »
« Mais moi, je peux toujours... »
« Mmh », réfléchit Malefoy. « Faudrait y penser. Mais c'est risqué, vraiment risqué. En ce moment tout part à vau-l'eau. J'aurais jamais cru tomber si bas. »
« Ah ouais... quand même, ça a pas l'air d'être la joie. »
« Comme tu dis. Mais c'est pas ça le plus choquant. »
Zabini fronça les sourcils, coulant à Malefoy un regard interrogateur. Lentement, redoutant le pire, il demanda : « Et c'est quoi le pire ? ».
Un long silence s'installa, un silence qui n'augurait rien de bon, puis Malefoy poussa un profond soupir, se pinçant l'arrête du nez dans une posture qui le faisait ressembler comme deux gouttes d'eau à son père. D'une voix caverneuse, il brisa le silence :
« Mec... J'ai embrassé Granger. »
Le visage de Blaise se décomposa lentement, sa mâchoire sembla sur le point de se décrocher tandis que ses yeux s'écarquillaient dans une expression incrédule, il resta ainsi plusieurs secondes, frappé de stupeur. Enfin, ses traits changèrent complètement, il plissa les yeux quelques instants, scrutant le visage de Drago qui était resté impassible, puis rejeta la tête en arrière, secoué d'un rire sonore. Après quelques minutes d'un fou rire incontrôlable, il finit par relever le visage, et asséna une tape amicale sur l'épaule de Malefoy.
« T'as failli m'avoir ! Je te jure, j'y ai cru... Ton suspense, tes soupirs, ton air tendu... Non mais vraiment, t'es un sacré acteur ! Ah, ça m'a bien fait rire en tout cas ! », s'exclama-t-il, hilare. Il se calma un peu, et reprit, les yeux toujours brillants d'éclats de rire : « Attends, attends, là tu vas me sortir que tu t'es tapé McGonagall, c'est ça ? »
Malefoy ne bougeait plus, sans laisser transparaître la moindre émotion, alors même qu'il s'imaginait avec force détails coller un coup de poing en plein visage de Zabini pour le faire enfin taire. Toutefois, il resta stoïque, attendant que Blaise ait fini son petit cinéma.
« T'es de pire en pire, toi. Tu sais plus quoi inventer, hein », continua-t-il, toujours hilare, secouant la tête de gauche à droite.
Drago ne cilla pas, le regard toujours aussi noir, alors qu'il était maintenant animé par le désir d'étrangler Zabini une bonne fois pour toute.
« Non mais franchement... Granger, quoi », puis soudain ses yeux s'écarquillèrent brusquement alors qu'il se figeait d'horreur. « Attends... Drago... Ne me dis pas que... T'as embrassé Granger ? »
« Je sais vraiment pas comment tu te démerdes pour avoir de bonnes notes en cours avec un temps de réaction comme ça », lâcha froidement Malefoy en le dardant d'un regard venimeux.
Un nouveau silence, durant lequel Zabini jaugea longuement Drago, tentant de discerner l'ombre d'un sourire qui pourrait signaler que toute cette histoire était bel et bien une vaste blague, mais le blond s'emmura dans son impassibilité.
« Comment c'est arrivé ? Comment t'as bien pu en arriver à embrasser... Granger ? », finit-il par demander, à voix basse, comme s'il prononçait là l'ultime blasphème.
« Tu veux un dessin ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? La première fois, c'était en partie à cause de l'alcool et la deuxième fois... Je sais pas. »
« Quoi ? Parce qu'il y'a eu deux fois, en plus ? Tu perds la tête, mon vieux. On parle de Granger, là. Faut vraiment que t'ailles faire un tour à Sainte-Mangouste, ça doit être le choc post-traumatique de tout ce qui t'est arrivé ces derniers temps, ça... »
« Rappelle-moi de ne plus jamais rien te confier, surtout », maugréa Drago en levant les yeux au ciel.
Zabini se gratta le menton, pensif, évaluant sûrement le degré de gravité de la situation. Résigné, il finit par hausser les épaules avec un petit soupir.
« En même temps, quand je repense au nombre de fois où tu l'as insultée, provoquée ou humiliée, je me dis que c'était pas innocent. Y'avait sûrement des signes avant-coureurs qui en disaient long sur tes sentiments. Au fait, rappelle-moi de ne plus jamais te demander des conseils en matière de drague. Quand je vois comment tu t'en tires, ça fait froid dans le dos. »
« Ah, parce que c'est vrai que les relations platoniques à la Zabini-Calypso, c'est franchement plus glorieux. Au moins, il y'a un peu d'action de mon côté. »
Blaise leva vaguement les yeux au ciel avant de lever ses mains en signe d'apaisement : « Hé, hé, on se calme. On va pas commencer à compter les points. Et puis ça veut dire quoi, ça ? Que t'envisages une relation avec Granger ? Je crois que je vais vomir. »
« C'est pas du tout ce que j'ai dit ! », se défendit vertement Drago.
« Bon, de toute façon, dans la mesure où ça fait chier Daphné, je suis de ton côté. »
« Un jour faudra que tu m'expliques cette inimitié cordiale entre vous. Ça sent l'amour refoulé à plein nez, tout ça. »
« Et faut dire que tu t'y connais en la matière », ricana Blaise.
Drago leva les yeux au ciel avant de fourrer son livre dans son sac, incitant Zabini à jeter un rapide coup d'oeil à sa montre. Il leva deux sourcils étonnés avant de déclarer : « Bon, on a intérêt à se dépêcher si on veut pas arriver en retard au cours de Slughorn. »
« Ah oui, c'est Slughorn qui serait déçu si son petit chouchou arrivait en retard », rétorqua Drago, revanchard. Puis il soupira et se leva avec mauvaise grâce. « En plus, c'est le cours avec les Serdaigle. Je préfèrerais encore un cours avec Weasmoche et le balafré. »
« Je vois qu'on se fait déjà à ses nouveaux futurs amis. C'est bien Drago, un peu de tolérance ne te ferait pas de mal, si tu veux mon avis. »
« Il va vraiment falloir que je demande des conseils à ta mère en matière de meurtres incognitos, ça pourrait me servir », répliqua Malefoy en coulant à son ami un regard à mi chemin entre exaspération et amusement.
Ils rejoignirent la salle de potions à pas vifs, riant comme des enfants. Ils arrivèrent en avance et s'empressèrent de s'installer tranquillement à une paillasse avant de sortir leurs livres de cours. Avec légèreté, ils discutèrent de tout et de rien, et le flot de la conversation eut le mérite de détendre Malefoy. Il leva les yeux vers Zabini et après une brève hésitation, il posa sa main sur l'épaule de son ami qui le dévisagea quelques secondes sans comprendre, puis se fendit d'un petit ricanement.
« Qu'est-ce qu'il t'arrive, mec ? », finit-il par demander.
« Je sais pas. Appelle ça un accès de reconnaissance... mais merci. »
« Merci ? Pour quoi ? », questionna le métisse alors que son rire s'était changé en totale confusion.
« Parce que t'as beau être un abruti, t'es quand même un sacré bon ami. »
Zabini ouvrit la bouche, puis la referma, atterré. Après quelques secondes de silence confus, il finit par adresser un sourire sincère à Drago et ajouta :
« Il faut avouer que t'es pas trop mal non plus. Quand on ferme les yeux sur ton éternelle mauvaise humeur, ta prétention excessive et tes récents choix de relations extrêmement douteux. En dehors de ça, je dirais que tu fais un ami convenable. »
« Ok, Blaise. Rappelle-moi de ne jamais te laisser faire de toast à mon mariage. »
« Mariage ? », articula Zabini dont l'hilarité avait repris de plus belle. « Ah quand même ! Faut vraiment que t'arrêtes de fréquenter Granger, tu deviens un vrai romantique ! »
Malefoy ouvrit la bouche, prêt à répliquer vertement mais un raclement de tabouret contre le sol l'interrompit, suivi d'un toussotement, puis une voix de crécelle s'imposa à leurs oreilles :
« Salut les garçons ! Ça vous dérange pas que je m'assoies ici, j'espère ? »
Le visage barré d'un sourire mesquin, Pansy n'attendit pas leur réponse et s'assit à leurs côtés. Ses cheveux noirs lui retombèrent un instant devant les yeux, mais elle les dégagea d'un geste ingénu, battant des paupières dans un excès de minauderie qui avait toujours exaspéré Drago.
Une scène se déroula dans l'esprit de Malefoy, une scène qu'il se rejouait en boucle depuis la Nuit d'Albâtre : il se voyait se retourner, crisper son poing et l'abattre sur le visage grossier de Parkinson. Il la voyait tomber sur le sol, inerte, le visage en sang et ses cheveux corbeau éparpillés autour d'elle comme un halo funeste. Il en rêvait, passant des nuits entière à imaginer sa vengeance, songeant à tous les moyens de torture qu'il emploierait pour lui faire payer son affront, visualisant avec un plaisir sadique son visage de bouledogue se tordre sous la douleur de ses coups. Mais il savait que c'était impossible : il était pieds et poings liés, alors il se contentait de rêver à ses envies de revanche en se disant qu'un jour, un jour...
Il ne prit pas la peine de répondre, et détourna aussitôt la tête après lui avoir lancé un regard torve qui signifiait clairement : ne pousse pas trop loin ma patience. Pansy ne sembla pas s'en offusquer, et au contraire, elle reprit, de cette même voix faussement amicale :
« Comment ça va, Drago ? On ne s'est pas revus depuis la Nuit d'Albâtre... sacrée soirée d'ailleurs ! », ricana-t-elle. « Pas de nouvelles des vacances, même pas une carte postale... On dirait presque que tu m'évites. »
« Je ne t'évite pas plus qu'avant », rétorqua-t-il d'une voix lasse. « Je ne sais pas si tu as remarqué, mais je n'ai jamais pu t'encadrer. »
« C'est sûrement là ta grande erreur. Si tu avais été un peu plus courtois, les choses auraient pu être différentes. Ton père ne risquerait pas de finir sa vie à Azkaban, par exemple », continua-t-elle sur le ton de la conversation, comme si elle parlait du temps qu'il faisait.
« Pansy, tu voudrais pas la fermer, un peu ? », s'énerva Zabini, en se penchant sur la paillasse afin de lui jeter un regard menaçant.
« La fermer ? C'est drôle, ça te correspond bien, ça, Zabini. Surtout ne pas l'ouvrir, même quand on est au courant des petits secrets de Poudlard et qu'on pourrait aussi bien avertir quelqu'un, hein, mon cher Blaise ? Ça te rappellerait pas vaguement quelque chose, ça ? »
« Mais de quoi tu parles, Parkinson ? », s'énerva Malefoy.
« Oh, rien, rien, Drago », sourit-elle en jetant un coup d'oeil dissuasif à Blaise qui grogna puis finit par se retourner, abandonnant la conversation. « Au fait, mon chéri... », commença-t-elle en s'approchant un peu plus du blond. « ... je sais bien que tu oserais jamais me faire de mal mon petit Drago, mais j'ai quand même déposé une déclaration auprès du Magenmagot, au cas où tes vieux réflexes de Serpentard sournois reprendraient le dessus. Donc, s'il m'arrive quoi que ce soit, ne serait-ce qu'une toute petite égratignure de rien du tout, c'est toi qui porteras le chapeau... et papa Malefoy avec, cela va de soi. »
Il avait envie de se jeter à son cou pour l'étrangler, de la secouer dans tous les sens, de la rouer de coups assassins... mais il se contenta de lui jeter un sourire manifestement faux : « Comme ce serait regrettable qu'il t'arrive quoi que ce soit, Pansy ».
« N'est-ce pas ? », approuva-t-elle. « Je suis contente de voir que tu comprends les règles du jeu. Je vais te lisser Drago, enlever toutes ces petites aspérités qui faisaient de toi ce que tu étais, je vais tout arracher, façonner un nouveau Malefoy. Je vais te polir jusqu'à ce qu'on puisse voir mon reflet dans ton visage défait », souffla-t-elle d'une traite alors que de nouveau, une étincelle de folie brillait dans son regard sombre.
Par réflexe, il recula dans son tabouret, pris de court. Il n'eut pas le temps de répliquer car une voix joviale les interrompit :
« Bonjour, bonjour, mes chers élèves ! », claironna Slughorn alors qu'il se dandinait lentement jusqu'à son bureau, une main posée sur son ventre proéminent. « J'espère que vous avez passé de bonnes vacances... »
L'ironie de la situation arracha un rire jaune à Malefoy. La question ne pouvait pas plus mal tomber.
« ... et à défaut, j'espère au moins que vous êtes exalté à l'idée de reprendre les cours, et a fortiori, d'obtenir vos ASPIC. »
Au grand dam des Serpentard, une vague de murmures approbateurs déferla du côté des Serdaigle, déclenchant un rictus moqueur à Drago. Les bleu et bronze étaient bien les seuls à se réjouir de reprendre les cours. Le contraire eut étonné Malefoy. Cela dit, ils n'étaient pas non plus obligés de le montrer si ouvertement. Un peu de décence, ça leur ferait pas de mal.
« Bien, bien... », continua Slughorn visiblement ravi d'obtenir une telle réaction. « Aujourd'hui, nous allons étudier l'Elixir d'Euphorie... »
La porte s'ouvrit pour laisser place à Daphné et Calypso, légèrement essoufflée, mais le visage serti d'un étrange sourire. Il y'avait quelque chose d'extrêmement surprenant dans ce sourire, quelque chose de nouveau. Malefoy scruta brièvement Daphné. Oui, elle semblait différente. Presque... apaisée. Il n'eut pas le temps de s'interroger plus sur la question - pas qu'il ne l'eut fait de toute façon - car la voix légèrement contrariée, Slughorn les avertit :
« Vous êtes en retard, Mesdemoiselles »
Les filles s'échangèrent un bref regard, puis lui sortirent une excuse bancale, auquelle Slughorn fit mine de croire afin de reprendre son cours. Pansy posa son menton sur sa paume et lâcha un soupir emphatique afin d'attirer l'attention de Drago.
« On dirait bien que Daphné s'est fait une nouvelle copine », avança-t-elle d'une voix perfide. « La paumée et la folle... Elles vont bien ensemble, je trouve. »
Drago se retint à grande peine de relever à quel point c'était ironique que Pansy surnomme Daphné 'la folle' compte tenu de sa propre démence, et se contenta de demander avec toute sincérité dont il était capable :
« Pourquoi tu me parles, au juste ? »
« Je ne sais pas. Un peu par pitié, sûrement. »
« C'est très charitable de ta part, mais ne te donne pas cette peine, va. Et si t'es vraiment d'humeur altruiste, tu devrais commencer par la fermer, tu rendrais service à l'humanité toute entière. »
« Oh, Drago, Drago... Tes mots doux m'avaient manqués... Je vois bien qu'au fond, tu luttes corps et âme contre cette petite étincelle entre nous, cette attraction mutuelle. »
Drago ferma les yeux un instant, se massant nerveusement les tempes, rejouant une nouvelle fois, avec plus de fougue encore, la scène où Pansy gisait sur le sol grâce à lui, le visage ensanglanté. Cela eut le mérite de faire chuter de quelques degré son animosité. Merlin, ce qu'il pouvait haïr cette fille et sa sale tête de clébard.
Un cri attira son attention et il releva vivement le visage pour tomber sur Goyle qui beuglait comme un chat qu'on égorge, tenant à bouts de bras un livre sur l'étude des Moldus. La situation aurait pu faire rire Malefoy, si une atmosphère pesante et explosive ne s'était pas abattue sur la classe. Brusquement, Grégory envoya valser le livre, puis se mit à grogner, écumant d'une salive blanchâtre, visiblement prêt à en découdre avec l'auteur de cette blague douteuse. Son visage grossier avait viré au rouge alors qu'il jetait des coups d'oeil hagard au reste de la classe, ressemblant en tout point à un chien enragé. Soudain, sans raison apparente, il se jeta sur Calypso, agrippant fermement le col de sa chemise, la secouant avec virulence. Quelques secondes de flottement. Puis, Zabini bondit de sa chaise, et se jeta sur Goyle roulant au sol avec lui, l'enserrant au cou alors que ce dernier exhalait de longs râles de souffrance. Personne ne bougea. Les élèves se contentaient de regarder avec ahurissement la scène incongrue qui se déroulait sous leurs yeux, paralysés par le choc.
Puis, tout aussi subitement, Drago décolla de sa chaise pour tirer Zabini en arrière. C'était sûrement le seul allié qu'il lui restait, et il n'avait pas franchement envie qu'il se fasse exclure à cause de l'autre abruti de Goyle. Aussi vite que le silence avait gangréné la classe, un brouhaha de murmures l'investit de nouveau, alors que Slughorn sermonnait les fautifs. Mais Malefoy ne prêta aucune attention à tout ce chahut, trop obnubilé par la pensée que la fin des Serpentard était toute proche. Si proche qu'il pouvait sentir la maison de Salazar s'étioler entre ses doigts.
« Monsieur Malefoy, accompagnez donc Monsieur Goyle à l'infirmerie, puis chez la directrice. Maintenant, reprenons notre cours, je vous prie. »
Malefoy se releva, tendit la main à Zabini pour l'aider à faire de même, s'épousseta distraitement, avant de se diriger à la suite de Goyle, vers la porte. Celui-ci se retourna une dernière fois, pour cracher d'une voix acerbe :
« Putain de Sang-de-bourbe. C'est la faute de ces putains de Sang-de-bourbe. »
Malefoy leva les yeux avec agacement et sans prendre la peine d'écouter la réponse de Slughorn, il poussa Goyle vers la sortie sans ménagement. Une fois dans le couloir, il s'étonna de voir Grégory lui adresser un petit sourire reconnaissant :
« Merci, Drago... d'avoir dégagé Zabini. »
« T'as pas saisi les motifs de mon intervention, je crois. Si je l'ai fait, c'est pour Zabini, pas pour toi, abruti. »
Le visage rougeaud de Goyle se tordit en un rictus de colère : « Alors toi aussi, tu renies tes principes ? Tu tolères ces vermines au Sang impur ? », il éructa d'un rire gras. « C'est comme ça qu'il faut se placer, maintenant, faut lécher les bottes de ces putains de Sang-de-bourbe pour faire son trou. »
Malefoy ferma brièvement les yeux, le pouce et l'index enserrant de nouveau l'arrête de son nez, se retenant à grande peine de finir le travail que Zabini avait commencé, à savoir : tuer cet idiot de Goyle. Il préférait même l'époque où Grégory et Crabbe le suivait partout comme un petit chien en exécutant ses ordres sans broncher. Quand avait-il commencé à s'octroyer le droit de lui répondre de la sorte ? Il ne saurait le dire, mais ce qu'il savait, en revanche, c'est que ça avait tendance à sacrément lui taper sur le système.
D'une voix traînante, comme s'il parlait à un enfant particulièrement limité, Drago articula :
« Bon, reprenons. Si je suis ton raisonnement, c'est 'la faute de ces putains de Sang-de-Bourbe' donc ce sont eux qui auraient mis le livre dans ton sac, juste pour le plaisir de se faire insulter devant toute la classe, bien sûr. Et du coup, pour te venger, tu t'attaques à Rosier, dont le sang est aussi pur que ton cerveau est dégénéré ? Ta logique est vraiment implacable, Goyle », railla le blond.
« Je... »
« Non, arrête de parler, s'il te plaît », l'interrompit-il. « C'est fatiguant d'essayer de te comprendre. »
Goyle accusa le coup, le visage sombre, mais il se tut, et Drago put profiter d'un trajet jusqu'à l'infirmerie dans un silence reposant. Enfin, il poussa la porte et le laissa aux mains de Pomfresh. Au moment où il s'apprêtait à partir, Goyle l'interpela :
« Hé ! T'es censé m'accompagner chez McGonagall ! »
« Tu connais le chemin. Et j'ai pas franchement envie de rester à ton chevet pendant que Pomfresh ne t'administre on ne sait quelle potion infecte. »
« Monsieur Malefoy, je vous prie de rester courtois ! », s'offusqua Pomfresh en tendant à Goyle un antidote dont la couleur verdâtre ne laissait rien présager de bon. « La prochaine fois, je vous ferai ma soupe d'orties au poivre et vous reconsidérerez le mot 'infecte' », l'avertit-elle d'une voix menaçante.
Dubitatif, Goyle jeta un coup d'oeil à la potion et fit une moue de dégoût. Drago en profita pour déguerpir avant que Pomfresh ne mette ses menaces à exécution.
~~~~o~~~~
La journée était passée à toute vitesse, et l'heure de regagner la Salle Commune approchait déjà. Drago fronça les sourcils. Il avait tenté de repousser ce moment le plus possible, craignant de devoir de nouveau se confronter au regard narquois de Pansy. Et vraiment, il n'était pas d'humeur. C'est donc avec mauvaise grâce qu'il se dirigea vers la bibliothèque, le seul endroit où personne sur terre ne viendrait le chercher.
La porte de bois grinça désagréablement lorsqu'il la poussa, et aussitôt, une odeur de poussière et de vieux grimoires l'assaillit. Il inspira profondément, prit un livre au hasard dans l'étagère la plus proche, et retourna s'asseoir. Il jeta un œil au titre, plus par curiosité que par réel intérêt. Traité sur les sorts semi-impardonnables. Un sourire étira ses lèvres : le hasard faisait bien les choses, avec un peu de chance, il trouverait un sort pour se débarrasser de cette teigne de Pansy sans finir au tribunal.
Il ouvrit le livre au hasard, sans trop y croire, feuilletant distraitement les pages distraitement, perdu dans ses pensées, quand il sentit une présence en face de lui. Il leva les yeux et tomba nez à nez Granger qui le fixait avec perplexité.
« Malefoy ? », finit-elle par articuler en tirant une chaise pour s'asseoir à côté de lui. « Qu'est-ce que tu fais là, tu t'es perdu ? », poursuivit-elle avec tout le sérieux du monde.
« Très drôle, Granger. Décidément, l'humour c'est la seule chose que les livres ont pas réussi à t'apprendre. »
« Mais j'étais sérieuse », se défendit-elle. « Et pour ta gouverne, je sais aussi faire preuve d'humour. »
« J'en doute, rien que ta façon de le dire était d'un ennui mortel. »
« Ça t'arracherait la bouche d'essayer d'être gentil, un peu ? », le réprimanda-t-elle, agacée.
Il fronça les sourcils, prit son menton dans sa main en faisant mine de réfléchir, puis finit par répondre : « Je ne sais pas vraiment, j'ai jamais essayé. Mais dans le doute, je préfère m'abstenir. »
Elle sourit malgré elle, puis demanda d'un ton plus doux. « Ça va ? Tu as eu des nouvelles de tes parents ? »
« Oui, mon père m'a même envoyé une petite carte postale d'Azkaban. Il paraît que le temps est affreux, mais la vue de sa cellule est plutôt pas mal alors il se plaint pas. »
Elle leva les yeux au ciel. « Je te parle sérieusement, Drago. »
Machinalement, il saisit une mèche de cheveux bouclée de la Gryffondor, et la tortilla entre ses doigts, hypnotisé par les reflets cuivrés de ses ondulations. « Tu parles toujours sérieusement, Granger. »
« Faut bien qu'un de nous deux le fasse », soupira-t-elle en s'amusant de le voir, le regard dans le vide, faire rouler une de ses mèches brunes entre ses doigts.
« Pas forcément. J'ai passé dix-huit ans à éviter de le faire et je m'en suis plutôt bien tiré, il me semble. »
« Plutôt bien tiré ? », répéta-t-elle en agrippant la main avec laquelle il triturait ses cheveux, histoire d'attirer son attention. « Tu es incapable de tenir une conversation de plus de cinq minutes avec moi sans essayer de m'embrasser, je sais pas si on peut dire que tu t'en 'tires bien' »
Sa main toujours coincée dans la sienne, Drago releva la tête, bouche-bée. Il la sonda des yeux quelques secondes, lui jetant un regard interloqué auquel elle répondit par un sourire ravi, en hochant la tête, et claironna, triomphante :
« Tu vois que je suis capable de faire de l'humour, moi aussi. »
Il la regarda, les sourcils relevés, la mine horrifiée : « Non, c'est hyper flippant, ton humour. Je comprends mieux pourquoi t'en fais jamais... Et faut que t'arrêtes ça tout de suite d'ailleurs... A l'avenir, on va s'en tenir à des conversations sérieuses, si tu veux bien ? »
Elle croisa les bras, la mine boudeuse mais finit par capituler. « Ok, alors, raconte. »
« T'es vraiment forte, Granger. », soupira-t-il. « Mon père est toujours en instance de procès, ma mère a complètement craqué et moi, j'élabore un ou deux plans pour me débarrasser de quelques connaissances indésirables », expliqua-t-il avec un sourire en désignant son livre d'un geste de la tête, l'image de Pansy à l'esprit.
Elle se pencha pour lire la page sur laquelle il s'était arrêté, s'appuyant contre son bras au passage, et il ne put s'empêcher de penser que ce contact était décidément agréable malgré ses cheveux sauvages qui venaient lui chatouiller le menton. Il voulut lui faire une remarque, histoire de l'énerver un peu - il adorait la voir froncer les sourcils et croiser les bras avec exaspération - mais le visage de la jeune fille était devenu blême, et même ses joues d'habitude légèrement roses avaient perdu leurs couleurs. Elle tourna le visage vers lui, les yeux grands écarquillés, et finit par bégayer piteusement :
« Pour... Pourquoi tu regardes ça ? »
Il fronça les sourcils, confus par la tournure de la situation et voulut refermer le livre, mais elle l'en empêcha.
« Pourquoi tu lisais ça ? », insista-t-elle, presque menaçante.
« J'ai pris un livre au hasard », se justifia-t-il, de plus en plus déconcerté par son ton acerbe. « Qu'est-ce qu... »
« Ah, et tu vas me dire que tu es tombé sur cette page par hasard, c'est ça ? », s'étrangla-t-elle en l'assaillant de regards sceptiques.
Elle bondit sur ses pieds, l'air blessé, le visage renfrogné, et détala sans crier gare, s'échappant à toutes jambes de la bibliothèque afin de mettre un terme à cette discussion qui remuait en elle un flot de sentiments confus, et se soustraire au regard inquisiteur de Malefoy. Il eut à peine le temps de la voir partir que déjà la porte claquait dans le dos de la jeune fille, sous le regard offusqué de Madame Pince qui se fendit d'un 'shhhhhh' tardif. Il cligna des yeux lentement, peinant à croire ce qui venait d'arriver, puis hocha lentement la tête.
« Cette fille est vraiment tarée », maugréa-t-il, plus pour lui même que pour qui ce soit d'autre.
Il tira le livre jusqu'à lui et se pencha pour lire la page en question, les sourcils froncés, se demandant vaguement pourquoi elle avait réagi de la sorte. Il soupira, referma le livre et le fourra dans son sac avant de se résigner à regagner la Salle Commune. Ses pas résonnèrent contre le sol de granit, sonnant comme une oraison funèbre à ses oreilles alors qu'il passait le tableau menant au repère des Serpentard.
La première chose qu'il remarqua fut un silence oppressant, qui s'abattit sur lui en même temps qu'un terrible mauvais pressentiment nouait son estomac. Ses yeux mirent quelques secondes à s'habituer à l'obscurité de la salle, et enfin, il distingua plus clairement ce qu'il se passait. Pansy se tenait assise au coin du feu, le dos droit, la posture théâtrale, alors que le reflet des flammes de la cheminée accentuaient les ombres, étendant son sourire dément jusqu'aux confins de son visage. Les jambes lascivement croisées, elle releva imperceptiblement les yeux vers Malefoy, et son sourire s'accentua encore. Quelques Serpentard l'entouraient, le visage ravagé de sourires victorieux, et... Farley, bien sûr. Toujours là, au garde-à-vous aux côtés de son auto-proclamée Reine Pansy.
Rebuté par ce spectacle dérangeant, Drago mit quelques secondes à remarquer Goyle qui se tenait debout, tremblant et grognant comme un animal sauvage, confrontant Parkinson du regard, alors que Dolohov tentait maladroitement de l'empêcher de lui sauter à la gorge.
Soudain, d'un même geste, ils tournèrent la tête vers Malefoy, comme s'ils venaient tout juste de se rendre compte qu'il était là.
« Je t'attendais pour officialiser le début de la cérémonie, Drago », souffla Parkinson d'une voix vipérine, qui crissa comme des ongles aiguisés sur un tableau noir. « Je voulais que tu profites du spectacle, toi aussi. »
Ce silence, toujours ce même silence pesant, assourdissant, si intensément calme qu'il lui en vrillait les tympans. Malefoy coula un regard interrogateur à Zabini et Calypso, debout côte à côte en retrait de la scène, mais ils lui rendirent son œillade inquiète. Lentement, Pansy se releva, et ses talons aiguilles claquèrent contre le sol de pierre, comme une décharge électrique dans le silence ambiant. Les yeux brillants d'une lueur malsaine et jubilatoire, elle campa son regard dans celui de Malefoy, qui eut toute la peine du monde à ne pas reculer, par instinct. Dans les yeux de Pansy, on pouvait désormais voir quelque chose de mouvant, de féroce et d'imprévisible - l'image d'un animal se battant contre les barreaux de sa cage s'imposa à lui - quelque chose de puissant, aussi. De dangereusement indomptable. Quelque chose qui venait chatouiller l'esprit, mais obligeait à détourner le regard, par décence. La folie. Une folie pure et venimeuse, aussi contagieuse que la peste, aussi dévastateur qu'une douche d'acide. Il retint un frisson mais il soutint son regard. Longuement. Alors que tout autour de lui, l'atmosphère semblait s'embraser. Il pouvait sentir le bout de ses doigts brûler, la plante de ses pieds crépiter, comme s'il se trouvait pris au piège dans une pièce dont les murs se rapprochaient, atmosphère étouffante et corrosive.
Avec une lenteur calculée, Pansy leva sa baguette vers le plafond. Puis, un par un, ses camarades l'imitèrent, dressant tour à tour leurs baguettes. Et alors, Drago remarqua : les fidèles de Pansy représentaient la majorité du maigre effectif Serpentard. Plus d'une quinzaine de baguettes levées, pour autant de sourires carnassiers. Le cœur battant, mais frappé d'une étrange paralysie, Drago resta immobile, alors qu'une goutte de sueur froide roula lentement le long de son visage. Caressant ses tempes, effleurant sa pommette, dévalant sa joue, comme une lame glacée contre sa peau moite et brûlante.
Le sourire de Pansy s'étira encore, un sourire dément, incontrôlable. Et les ombres des flammes jouant sur son visage lui donnait l'air d'un monstre atrophié, difforme, accentuant tantôt son sourire torturé, tantôt les cernes sous ses yeux, faisant parfois luire ses dents blanches d'un éclat menaçant. Ni la violence des ressac sous-marin contre les carreaux, ni le hurlement du vent dans les couloirs ne purent le faire détourner les yeux de cet effrayant spectacle.
Alors, la voix de Parkinson s'éleva, caverneuse, vibrante, éclatant en mille morceaux de voix rocailleuse, le glaçant jusqu'à l'os.
« Misérables petites vipères, vous n'êtes plus les maîtres dans votre propre domaine. »
D'un même geste du poignet, Pansy et ses acolytes agitèrent leurs baguettes et soudain, les banderoles vert et argent s'agitèrent, bruissant, comme secouées par une brise imaginaire. Le serpent d'argent qui ondulait tranquillement sur les bannières d'émeraude se mit à convulser, se contorsionnant, ouvrant la bouche, crachant, sifflant de sa langue fourchue, mais bientôt une coulée pourpre le recouvrit, semblable à une traînée de sang. Puis, un nouveau serpent apparut, se découpant de noir sur le rouge de son décor, dressant fièrement sa collerette, défiant Malefoy du regard. Et une à une, toutes les bannières Serpentard se vêtirent de rouge et de noir, effaçant jusqu'aux derniers vestiges des vert et argent.
Il y'eut un silence choqué, une paralysie générale qui bloqua les jambes et les bras de Drago, comme prisonnier d'un cercueil invisible, l'empêchant d'esquisser le moindre geste alors que Pansy reprenait, de sa voix grondante :
« Le règne des Cobras commence aujourd'hui. La revanche des ignorés, la révolution des sous-estimés, l'ascension des parvenus. Je vous laisse le choix de l'appellation. C'en est fini de votre tyrannie élitiste, mes chers camarades, on reprend le contrôle. »
Une nuée de regards choqués se tournèrent vers Malefoy, attendant avidement sa réaction. Il avait toujours avorté les délires mégalomaniaques de ses camarades, éteint leurs désirs de grandeur, remis à leur place les ambitieux un peu trop zélés. Durant toutes ces années, il avait maintenu un calme relatif à Serpentard, en instaurant une hiérarchie inébranlable dans laquelle il tenait bien évidemment le premier rôle. Alors, l'espace d'un instant, ses camarades crurent que ce coup d'éclat ne serait rien de plus qu'une nouvelle révolte de pacotille à inscrire dans la catégorie 'échec cuisant'. Pourtant, Malefoy ne bougea pas d'un pouce, car au fond de son crâne, la voix grinçante de Pansy semblait lui susurrer en boucle : s'il m'arrive quoi que ce soit, ne serait-ce qu'une toute petite égratignure de rien du tout, c'est toi qui porteras le chapeau... et papa Malefoy avec, cela va de soi.
Lentement, plus par réflexe que dans l'intention de s'opposer à elle, il le va sa baguette mais le regard venimeux de Pansy plongea dans le sien, contaminant chaque terminaison nerveuse de son cerveau, murmurant secrètement : tu es à ma merci, Drago. Je te détruirai, toi et ta famille, si tu t'opposes à moi. Alors mécaniquement, comme un automate bien huilé, Malefoy abaissa de nouveau sa baguette, prêtant, par ce geste, publiquement allégeance aux Cobras.
Il y'eut un hurlement, et Goyle se défit de l'emprise de Dolohov pour se jeter sur Pansy, qui ne bougea pas d'un cil, confiante.
« Stupéfix ! », et contre toute attente, ce sort s'échappa de la bouche de Malefoy, frappant en pleine poitrine Goyle qui fut projeté en arrière et se fracassa lourdement contre le mur.
Il releva deux yeux déboussolés vers Drago articulant des syllabes incompréhensibles mais il fut aussitôt caché de son champ de vision par Pansy qui venait de se planter devant le blond.
« Je savais que tu saurais être raisonnable, Drago », sa voix cingla l'air. Sa main se posa sur la joue de Malefoy, contact d'acier et de glace contre sa peau fiévreuse, le gelant jusqu'au cœur.
Dans un succession d'images saccadées, le même scénario s'enclencha dans l'esprit de Drago, encore et encore : ses poings s'abattant sur le visage de Pansy, craquelant ses os, meurtrissant son sourire triomphant, ceignant ses yeux de bleus, bigarrant son visage de porcelaine d'un rouge sanglant.
Mais il ne fit rien, aussi immobile qu'une statue de sel, ne repoussant même pas la main de Parkinson sur son visage alors que le sourire de cette dernière s'était transformé en un rictus terrifiant.
Il vit ses camarades Serpentard lever à leur tour leurs baguettes, tentant maladroitement de se protéger, il vit Calypso et Zabini se serrer l'un contre l'autre, Nott trembler de rage dans un recoin de la pièce, Goyle se relever avec difficulté, il entendit vaguement Dolohov beugler des insultes, puis il les vit reculer peu à peu, jusqu'à se retrouver acculés contre le mur, faisant face à quinze baguettes pointées sur eux, menaçantes. Il les vit, piégés comme des rats, mais il ne fit rien, ne leva pas le petit doigt pour leur venir en aide, ultime preuve de sa lâcheté.
« Ça fait quel effet, quand la situation s'inverse, mes petites vipères ? », railla Pansy en éructant d'un rire violent.
« Salope ! », hurla Dolohov sans toutefois esquisser le moindre geste, toujours cerné, dos au mur.
« Allons, allons. Un peu de politesse, ça ne te ferait pas de mal, Dolohov. Qui eut cru que papa et maman t'eussent fourni une si piètre éducation ? Ah, j'y suis. C'est peut-être le fait qu'un misérable cafard dans ton genre ait pu être Mangemort qui te donne l'impression que tu peux tout te permettre ? On va régler ça. Expedimenta. »
Le corps de Dolohov fut brusquement soulevé dans les airs, pendu par le pied, la tête renversé, les cheveux ébouriffés, crachant des vociférations incompréhensibles.
« Salope ! », finit-il par répéter, mais sa voix semblait moins sûre, tremblante, teintée de frayeur.
« En plus de ne pas être poli, tu n'es pas très imaginatif. Tu pourrais au moins te donner la peine de varier les insultes », s'impatienta Pansy en s'approchant d'Anisim qui se débattit de plus belle, les yeux maintenant si écarquillés qu'on peinait à percevoir ses prunelle noires, réduites à de minuscules sphères brunes, perdues dans le blanc de ses orbites. « Impedimenta ! »
Dolohov arrêta de se débattre, son corps se détendit mollement, immobilisé, la bouche entrouverte en un cri silencieux. Horrifiés, les autres Serpentard se figèrent, dévisageant Pansy avec appréhension, redoutant la scène dont ils allaient être témoins. De ses doigts fins, Parkinson saisit le bras ballant de Dolohov, remonta sa manche en faisant crisser ses ongles contre sa peau mate, découvrant les vestiges presque effacés de la tête de mort tatouée sur son bras, dont on ne distinguait plus que les orbites creuses et la bouche béante, crachant un serpent aux contours flous.
« La voilà, la vilaine Marque », susurra Pansy d'une voix funeste.
Tous les regards étaient attachés à ses lèvres carmins, et avec horreur, ils la virent articuler :
« Lacarnum Inflamare »
Le bout de sa baguette rougeoya, puis entra en contact avec la chair d'Anisim, la faisant crépiter alors que le sort d'immobilité se rompait et que Dolohov se mettait à hurler, se convulsant, tentant de se défaire des griffes de Pansy. Trop tard. Les flammes vinrent lécher son bras, noircissant sa peau. Il s'égosilla, s'arrachant la gorge dans des cris sinistres, déchirant le silence de la Salle Commune. La torpeur générale s'intensifia, alors que l'odeur de chair brûlée s'infiltra dans les narines de Drago qui sentit une bile nauséabonde remonter jusqu'à sa bouche.
« Finite ! », s'écria la voix de Calypso.
Le corps d'Anisim s'écrasa sur le sol dans un craquement sourd, lui arrachant une complainte douloureuse, le bras toujours fumant, libérant une odeur sinistre.
Clac, clac, clac. Talons contre pierre. Quelques secondes de silence s'égrenèrent, puis, le bruit d'une gifle zébra le silence. Choquée, la main sur sa joue pour tenter d'atténuer la douleur de l'attaque, Pansy releva les yeux vers Calypso qui se tenait face à elle, la respiration haletante.
« Tu vas arrêter ce petit jeu, Parkinson ! », s'étrangla Rosier. « Laisse-le tranquille ! »
« Comment... Comment as-tu osé ? », balbutia Parkinson, menaçante.
Les Cobras s'avancèrent d'un même geste, baguettes dressées, menaçantes, réduisant la distance entre eux et le petit groupe de Serpentard pris au piège. Mais ces derniers se réveillèrent brusquement et ripostèrent en pointant à leur tour leurs baguettes - silence tendu, regards cinglant. Un combat inégal, voué à l'échec. Zabini se plaça aux côtés de Calypso, prêt à la défendre et à en payer le prix.
Malefoy regardait la scène, chancelant, ceint d'une fièvre mortelle. Spectateur impuissant du drame. Non, il n'était pas impuissant. Il pouvait... Il pouvait arrêter ce délire. Mais il avait tout à perdre. Et tout, c'était bien trop. Il recula d'un pas, se fustigeant intérieurement : 'lâche ! lâche ! égoïste !' criait son esprit en boucle, grinçant.
Et alors ?, pensa-t-il pour couvrir le bruit de sa honte. J'ai toujours été lâche, c'est pas maintenant que ça va me poser problème. Mais cette fois-ci, sa phrase sonnait faux, écœurante, bouchée trop sucrée qu'on veut aussitôt recracher. Il fit un pas, mais Pansy éructa d'un rire sinistre, l'arrêtant aussi sec.
« C'est bon », ordonna-t-elle à son armée, alors qu'elle dévisageait tour à tour ses adversaires. « Leur régler leurs comptes risquerait de me couper l'appétit. On va leur laisser le temps de réfléchir au nouvel ordre établi, et de se joindre aux festivités s'ils le désirent. »
Ses talons clinquèrent alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, elle se tourna une dernière fois, leur adressa un sourire glacé.
« ... et bien sûr, s'ils recommencent après ça, je m'occuperai personnellement de les mettre hors d'état de nuire... définitivement. »
Puis elle disparut derrière le tableau tandis que ses fidèles Cobras s'empressaient de la suivre. Le cœur battant, les bras ballants, Drago se tourna vers ses camarades sans oser dire quoi que ce soit. Cette fille était folle. Complètement allumée, un vrai danger publique. Il fallait l'arrêter, maintenant. Il fit un pas mais s'arrêta brutalement. L'arrêter, oui. Mais à quel prix ? Cette tarée de Pansy l'avait prévenu : le moindre faux pas et elle s'arrangerait pour que son père fasse un séjour prolongé à Azkaban.
Il regarda de loin ses camarades relever Dolohov, pleurant et titubant, la peau du bras noire et craquelée, et il sut : il avait perdu. C'était la fin de son règne de Prince des Serpentard. La couronne d'émeraudes ne lui appartenait plus. Il n'était plus rien. Pansy l'avait prévenu, la roue avait tourné, et il avait perdu.
Bonjour tout le monde ! Déjà merci à tous pour vos reviews, et merci à tous les lecteurs et à tous ceux qui m'ajoutent en Favoris/Follow ! Vous êtes merveilleux !
Je tenais aussi à vous dire que le chapitre un peu spécial (celui où on a le point de vue d'un nouveau personnage) sera pour le prochain chapitre ou celui d'après, finalement !
J'espère que vous avez aimé ce chapitre, n'hésitez pas à me laisser une petite review pour me dire ce que vous en avez pensé. On se revoit très vite !
