« Pansy veut te parler », plaqua froidement une voix dans le dos de Malefoy.

Il se tourna lentement et ne put dissimuler un sourire en apercevant le coquard noirâtre qui s'étendait sous l'œil de Higgs. Il l'avait bien cherché, après tout. Celui-ci sembla réaliser ce que Drago observait car il fronça les sourcils, et répéta, l'air vexé :

« Pansy veut te parler... immédiatement. »

Drago haussa les épaules. « Oui, j'ai compris. Elle veut me parler mais elle n'est pas là, ça risque d'être compliqué. Elle peut toujours m'envoyer un hibou, moi j'ai rien contre, mais ça risque de prendre du temps... », lança simplement Malefoy en savourant le visage du Cobra qui grimaçait d'exaspération.

« Arrête de faire celui qui a pas compris ! », s'étrangla-t-il. « Et dépêche-toi, elle t'attend dans la salle commune. »

« C'est fou ce que t'es susceptible, Higgs. T'es con, tu sais pas te battre et t'es susceptible... ça commence à faire beaucoup de défauts pour une seule personne. »

Le visage de Higgs prit une mine outrée, mais avant qu'il n'ait le temps de répondre, Drago l'avait déjà contourné pour rejoindre la salle commune. Sur un fauteuil pourpre et noir - les Cobras avaient pris grand soin de tout retapisser à leurs couleurs - Pansy l'attendait, les bras croisés, l'air mécontent. Le blond fit mine de ne rien remarquer, et se laissa tomber dans un fauteuil en face d'elle.

« Tu me cherchais ? », demanda-t-il d'un air innocent.

« A quoi tu joues ? », trancha-t-elle sans préambule.

« Comment ça ? »

A sa grande surprise, un sourire en coin s'installa sur son visage de teckel tandis qu'elle rejetait négligemment en arrière une mèche de ses cheveux noir.

« Oh, je t'en prie, Drago. Arrête ta petite comédie, tu sais très bien de quoi je parle. »

« Oui, et alors ? », finit-il par céder.

« Quand j'impose un couvre-feu, c'est pour qu'il soit respecté. Tu n'as pas envie de m'énerver, je t'assure... Tu as vu ce que ça donnait la première fois, alors ne pousse pas ta chance, s'il te plaît. »

« Pansy, sérieusement. Tu te rends compte de ce que tu es en train faire ? »

« Rassure-moi, t'es pas en train d'essayer de me faire une leçon de morale ? Ce serait à la fois très drôle, et un peu pathétique... »

Il haussa les épaules, et se releva de son siège prêt à retourner se barricader dans sa chambre, loin du regard insistant de Parkinson et de ses menaces à peines voilées. Mais cette dernière ne semblait pas du même avis, sa langue claqua contre son palais, et elle le dévisagea quelques secondes, avec une telle intensité, qu'il eut vaguement l'impression qu'elle arrivait à lire au plus profond de lui-même. Par réflexe, il dressa ses barrières mentales, protégeant ses pensées d'un potentiel assaut... mais rien ne vint. Un large sourire ravagea le visage de la brune alors qu'elle savourait la peur qu'elle inspirait à Drago.

« Ne m'oblige pas à faire des choses inconsidérées. Je n'ai pas envie de devoir te régler ton compte maintenant, Drago », susurra-t-elle d'une voix qui ressemblait plus à une menace qu'à une mise en garde. « Je veux te garder pour la fin. Je veux que tu puisses contempler le royaume que je suis en train de bâtir, avant de t'écraser lamentablement. Je veux te voir agoniser, comme un poisson hors de l'eau, je veux te voir suffoquer, te voir blêmir, voir la peur ronger chacun de tes gestes. Je veux l'immense privilège de te voir crever à petit feu. »

« Très sympathique, comme programme », railla le blond mais son assurance sonnait faux, tout à coup.

« Ne t'en fais pas, ça ne va plus prendre longtemps. T'as la tête hors de l'eau, mon petit Drago. Tu commences déjà à manquer d'air », lui lança-t-elle avec un clin d'œil.

Il força son esprit à garder le contrôle alors qu'il avait subitement l'impression que l'air lui manquait réellement, que sa respiration devenait difficile et irrégulière. Il savait que c'était juste son imagination, et se força à prendre de longues inspirations pour calmer son cerveau affolé. A son air victorieux et son sourire de tarée, il était clair que Pansy s'amusait comme une petite folle. D'une démarche qui se voulait assurée, Drago tourna les talons et quitta la salle commune, coupant court aux manipulations sadiques de la névrosée de service. Mais au fond de lui gronda une inquiétude pressante et implacable qui lui fit accélérer le pas.

~~~~o~~~~

Le volumineux manuel de Sortilèges et Enchantements sous le bras, il descendit lentement les escaliers, l'esprit ailleurs. Soudain, sans qu'il n'en comprenne la raison, il sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il accéléra l'allure, sans se retourner. Quelque chose le suivait. Quelque chose l'avait effleuré. Il enjamba les deux dernières marches de l'escalier, vira à l'angle du couloir, mais à nouveau quelque chose lui frôla la nuque. Il tourna de nouveau dans un corridor exigu et fit brusquement volte-face, dégainant sa baguette, prêt à en découdre. Rien. Personne. Il plissa les yeux, scrutant l'obscurité d'un œil méfiant.

Enfin, il remarqua l'objet de sa peur : un petit oiseau de papier voletait tranquillement dans le couloir en battant maladroitement de ses petites ailes.

Je deviens vraiment parano. Il faut que je me détende, se maudit-il intérieurement.

L'origami arriva non sans peine jusqu'à Drago et vint se poser dans sa main ouverte, avant de se déplier dans le creux de sa paume.

Rejoins-moi tout de suite dans la Serre d'été. Sauf si tu as cours, bien sûr.

Ce message le fit sourire plus que de raison. La dernière phrase était tellement typique de Granger que le message se passait aisément de signature. Il ne mit pas longtemps à se décider, séchant bien volontiers les cours de Sortilèges et enchantements. Sachant qu'il recevait au moins une menace de mort tous les jours, il avait peu de chance de finir l'année en vie, donc à quoi bon se coltiner les cours ? Et puis, Granger avait piqué sa curiosité.

Lorsqu'il poussa la porte de la serre, après s'être assuré que personne ne l'avait vu, il découvrit une Granger absorbée dans la lecture de ses livres, qui ne remarqua même pas son arrivée. Elle avait repoussé quelques pots pour se dégager un espace de travail sur l'établi en bois, mais l'espace avait vite été comblé par des piles de livres vacillantes. Assise sur un simple tabouret de bois, et penchée sur ses livres, le nez collé aux pages qu'elle feuilletait compulsivement, elle ne cilla même pas lorsque Drago se rapprocha d'elle.

« Salut, Granger. Ton accueil chaleureux me met un peu mal à l'aise, je dois dire », railla-t-il, le sourire en coin.

Elle ne sembla même pas relever l'ironie, et l'invita à s'asseoir d'un geste de la tête, sans toutefois lever les yeux de ses bouquins. Il détestait quand elle faisait ça. Quand elle l'ignorait royalement. C'était quand même elle qui lui avait demandé de venir, non ? Alors elle aurait au moins pu faire semblant d'être contente de le voir.

« J'ai réfléchi », finit-elle par lâcher, coupant court aux divagations mentales de Drago.

« Pour changer... », se moqua-t-il avec un peu de mauvaise foi.

« Oui, ben tu devrais essayer parfois, ça te ferait pas de mal », contra-t-elle en relevant enfin les yeux de son livre. Il ouvrit la bouche pour répliquer, mais elle ne lui en laissa pas le temps : « Enfin bon, bref. Je sais comment coincer Pansy. »

Une étincelle d'intérêt embrasa les yeux de Drago. « Je t'écoute, c'est quoi ta solution miracle ? »

« Les objets que Pansy a planqué au Manoir, elle les a forcément trouvé quelque part. Il nous reste juste à trouver où. »

« Bonne idée, petit génie. Sauf que je ne sais même pas quels objets elle a utilisé. Les Aurors se sont entretenus en privé avec mes parents qui ont refusé de me mettre au courant, et les Aurors n'ont pas lâché un mot. Je sais juste que dans le lot, il y'a un objet très rare. Ça va pas beaucoup nous aider. »

« Ben justement... », commença-t-elle en faisant glisser vers lui une petite enveloppe recouverte d'un sceau doré. « J'ai réussi à soutirer des infos aux Aurors. Enfin, ça a été dur, j'ai dû insister, négocier, les supplier, mais ils ont fini par parler. Ils m'en ont dit très peu. Voilà, ils m'ont juste donné ça, en fait. Je ne sais même pas comment ça s'appelle ni à quoi ça sert », expliqua-t-elle en ouvrant l'enveloppe et en en faisant glisser le contenu vers Malefoy.

C'était la photo d'un des objets retrouvés chez les Malefoy. Drago déglutit avec peine : pas de doute possible, il sut immédiatement ce que c'était. Un rond métallique de la taille d'un gallion, qui se terminait en pointe dangereusement acérée, et pourvu de quatre griffe effilés et luisantes. On aurait dit une petite araignée faite de métal, petit insecte mortel.

« C'est quoi ? », demanda innocemment Hermione. « Ça sert à quoi ? »

Drago passa une main gênée sur sa nuque, détourna le regard, puis finit par soupirer avec emphase alors qu'Hermione n'avait pas bougé d'un millimètre, les bras croisés, les yeux rivés sur le blond, attendant patiemment la réponse à sa question.

« C'est... Et pourquoi c'est à moi de t'expliquer ça, au juste ? Tu te débrouilles très bien avec tes bouquins, d'habitude. »

« Justement, j'ai rien trouvé. Même pas dans les livres de la Réserve », expliqua-t-elle en désignant de la main l'imposante pile d'ouvrages qui semblait sur le point de basculer au sol.

Et Drago aurait bien aimé que la pile s'effondre par terre, ça aurait fait une bonne distraction. Mais la pile resta stoïque et lui, silencieux quelques instants. Hermione n'en démordit pas, tapotant impatiemment le bureau de ses doigts. Elle finit par perdre patience, et s'énerva :

« Bon, Drago, c'est pas le moment de perdre du temps, alors tu vas m'expliquer ce que c'est, oui ou non ? »

Il soupira de plus belle, levant les yeux au ciel. « C'est bon, c'est bon, calme-toi. C'est extrêmement rare comme objet, j'en ai jamais vu en vrai. J'ai toujours cru que c'était une sorte de légende urbaine. On appelle ça un Fiducia, mais ça a des dizaines d'autres noms. »

« Et ? Ça sert à quoi ? », le pressa Hermione.

« C'était utilisé pendant les persécutions Moldues en Europe de l'est. C'est comme... C'est comme un insecte, il s'accroche à la peau d'un sorcier avec ses griffes, l'entaille avec son épine et propage une sorte de métal liquide dans ses veines. Il parait que c'est une douleur insurmontable, une des pires douleurs que l'homme puisse connaitre. Bref, le Fiducia est censé pouvoir dire si le sang d'un sorcier est pur ou mêlé... S'il repère des traces de sang moldu, le métal durcit dans les veines et tue à petit feu le condamné. Bien sûr, ça ne marche pas vraiment. Enfin, je crois... que c'était surtout une excuse pour torturer ses opposants avant de les tuer. »

« Mais... c'est affreux ! », s'indigna Hermione, les yeux écarquillés d'horreur.

« Je sais. Je ne savais même pas que ça existait vraiment. Pas étonnant que mon père soit gardé à Azkaban avec un truc pareil. »

« T'as une idée de qui pourrait vendre un truc pareil ? Barjow et Beurk, peut-être ? »

« Non, ça m'étonnerait. J'aurais été au courant. Un objet rare comme ça, gardé secret, c'est plutôt du ressort de Travers. Il a une boutique, Allée des Embrumes », ajouta-t-il à l'attention de Hermione qui semblait avoir du mal à suivre. Il haussa vaguement les épaules. « Je vois pas ce que ça change, même si on arrive à aller sur le chemin de Traverse, avec ta gueule d'héroïne de guerre et mes cheveux blonds signés Malefoy, y'a aucune chance qu'on arrive à obtenir une quelconque information. »

« Ça, j'y ai pensé », commença la brune en tirant un parchemin de sa pile de feuilles volantes. « Dans deux semaines on a un autre week-end quartier libre, on pourrait en profiter pour aller à Pré-au-Lard, emprunter le réseau de Cheminette de chez Madame Piedoddu, et se rendre sur le chemin de Traverse. Mais bien sûr, comme tu l'as fait remarquer, on ne peut pas y aller comme ça. »

« Pourquoi attendre deux semaines ? Je connais un passage secret, on pourrait y aller dès ce soir. »

Elle plissa les yeux, méfiante. « Ça risque de faire court, non ? »

« J'ai pas envie d'attendre. Pansy est en train de ravager Serpentard. Et en plus, elle veut ma peau. »

« Mais... »

« Écoute, si tu veux pas y aller, j'irai tout seul, c'est pas un problème. Je t'ai jamais demandé de m'aider, Granger. »

« Pas la peine de t'énerver. Et de toute façon, tu vas avoir besoin d'un peu de bon sens, donc il faut obligatoirement que je vienne. Et en ce qui concerne l'apparence, j'ai ça. »

Elle dégagea un peu plus d'espace sur la table, repoussant un peu plus les plantes qui semblèrent protester, et elle posa un petit sac en perle sur l'établi de bois qui tintinnabula comme si un cortège de flacons de verres et d'objets métalliques dansaient la valse à l'intérieur. Finalement, elle tira de son sac une fiole contenant un liquide à l'apparence vaseuse, d'une couleur verdâtre et régulièrement parcourue de discrets gargouillements.

« C'est quoi ? », demanda-t-il en plissant le nez, méfiant.

« Du Polynectar. Je l'ai piqué dans la réserve de Slughorn... », et devant le regard choqué de Malefoy, elle s'empressa d'ajouter : « ... et je le remplacerai, bien sûr ! C'est juste que j'avais pas assez de temps pour en faire un moi-même ! »

« Tu es pleine de surprises, Granger », sourit-il pour toute réponse.

Radoucie, elle lui adressa un sourire amusé, avant de reprendre.

« On se rejoint après ? Je dois aller chercher quelque chose, avant. »

« Quelque chose ? », répéta-t-il, méfiant.

« Oui... Quelque chose... »

Elle n'en dit pas plus, repoussant le sujet d'un geste vague de la main.

« On se rejoint au quatrième étage à vingt-deux heures ? »

« Encore un rendez-vous ? J'ai arrêté de les compter, à force. »

« A tout à l'heure, Malefoy », trancha-t-elle simplement mais elle ne put retenir un sourire.

~~~~o~~~~

« Tu fais exprès d'arriver en retard ? »

La voix d'Hermione résonna dans le couloir sombre, cinglante. Dans l'obscurité, il ne réussissait qu'à discerner les contours flous de son corps mais il l'imaginait sans mal les bras croisés et la mine renfrognée. Ça le fit sourire ; elle était quand même distrayante, Granger.

« Lumos. »

La baguette de Drago s'illumina, projetant une lumière pâle dans le couloir qui révéla, comme il l'avait deviné, la mine exaspérée d'Hermione.

« Bon, on y va ? On utilisera le Polynectar une fois arrivés à Pré-au-Lard », expliqua-t-elle d'une voix d'où perçait une pointe d'agacement.

Sans prendre la peine de répondre, Malefoy se pencha et répéta les gestes qu'il avait vu Zabini faire. Avec la même cérémonie, les détails du miroir s'illuminèrent et la glace ouvrit son passage. Sans un mot, ils s'engouffrèrent dans les escaliers alors que le passage se refermait derrière eux, les plongeant dans le noir. Ils marchèrent longtemps en silence, l'un près de l'autre. Il pouvait sentir la chaleur du corps de la Gryffondor, entendre sa respiration régulière, et ça avait quelque chose d'apaisant. Le long couloir de pierre se rétrécit et il la sentit se presser un peu plus contre son flanc, agrippant son bras. Il ne cilla pas.

Au bout de longues minutes, ils débouchèrent enfin dans la maison en ruine en plein Pré-au-Lard. La lumière de la lune les éclairait faiblement, traversant les carreaux brisés de la bicoque, jetant un voile pâle sur le décor alentours. Ses boucles brunes s'affolèrent lorsqu'elle pencha la tête vers son sac pour en tirer la petite fiole de Polynectar. Il y'avait quelque chose de joyeusement bordélique dans ses cheveux indomptables, quelque chose qui contrastait violemment avec les coiffures strictes et sophistiquées de toutes les Sang-Pur qu'il avait l'habitude de côtoyer. Et ce bazar de boucles rebelles faisait naitre en lui un étrange sentiment, comme une soif de liberté, quelque chose de suffisamment fort pour le remuer et de suffisamment confus pour le troubler.

« Gemino », souffla-t-elle, et le verre qu'elle tenait dans la main se dédoubla.

Elle versa le Polynectar en parts égales et lui tendit le gobelet.

« T'as pris le cheveu de qui ? », demanda-t-elle suspicieusement. « Tu t'es arrangé pour que ce soit pas un Serpentard, ou quelqu'un qu'on pourrait reconnaitre dans l'Allée des Embrumes, hein ? »

« Un Serdaigle de Septième année. Je le lui ai arraché en passant dans un couloir. Il a cru que c'était un Gryffondor et il s'est jeté sur lui pour le passer à tabac... Double bénéfice, donc », ricana Malefoy, fier de lui.

Elle lui jeta un regard désapprobateur. « Tu peux vraiment pas t'empêcher de créer des histoires, hein ? J'ai pris un cheveu d'une Poufsouffle de sixième année, moi. Bon, c'est le moment. »

Drago extirpa le cheveu de la petite pochette dans laquelle il l'avait glissé et le laissa tomber dans la mixture verdâtre. Le liquide sembla bouillonner un instant, en diffusant des vapeurs nauséabondes. Il éloigna un instant son verre, le jaugeant d'un regard suspicieux.

« T'es pas en train d'essayer de m'empoisonner, au moins ? »

« T'en fais pas, va, si je voulais vraiment te tuer, je me donnerais pas tout ce mal. Je laisserais Pansy s'en charger. »

La réponse lui convint puisqu'il but la potion d'une traite, grimaçant de dégoût alors que le liquide grumeleux se déversait dans sa bouche puis dévalait sa gorge. Ça avait un goût de boue. Pas qu'il n'en ait déjà goûté, bien sûr. Mais il aurait pu jurer que ça avait précisément ce goût-là. Il sentit son visage le tirailler puis l'élancer franchement, comme si des milliers de mains invisibles venaient distendre sa peau, la tirant et la pinçant brutalement. Ses mains se mirent à bouillonner, parcourues de petites bulles qui couraient le long de son bras pour repartir vers ses mains. Il inspira, tentant de ne pas céder à l'horreur de cette vision. Ses cheveux semblaient sur le point de s'arracher de son crâne, tirant sur sa peau avec une violence inouïe. La douleur s'amplifia, continua quelques secondes qui parurent durer des heures pour enfin s'évanouir brusquement. Il ouvrit les yeux, les clignant lentement, pour apercevoir Hermione recroquevillée au sol.

Enfin, elle se releva, grimaçant de douleur et il ne put s'empêcher de faire un pas en arrière, choqué. Ses boucles brunes s'étaient transformés en de longs cheveux d'un roux flamboyant qui dansaient sur ses hanches en captant la lumière de la lune. Son visage pâle était constellé de tâches de rousseur et ses yeux surmontés de longs cils bruns, lui donnaient l'air candide. Elle avait quelque chose de terriblement sulfureux : de ses lèvres charnues à ses hanches délicieusement arrondies, elle n'inspirait que la luxure.

« Ça va, tu veux que je t'aide à me mater, peut-être ? », la voix était plus grave mais le ton était immanquablement celui de Granger.

Drago ricana. « Faut avouer que ça a du bon, le Polynectar. »

Elle le poussa du bout des doigts avant de se reculer d'un pas pour l'observer de la tête aux pieds. Brun, un mètre quatre-vingt, la peau caramel et les yeux en amandes. Il n'avait pas choisi n'importe qui. En même temps, c'était un privilège qu'il ne réservait qu'à la crème de la crème.

« T'as l'air beaucoup plus agréable comme ça », conclut Hermione en hochant la tête d'un air approbateur.

Il lui offrit un sourire lascif, et d'un pas svelte, il glissa jusqu'à elle, s'approchant tout près de son corps plantureux. Il pouvait en sentir la chaleur rassurante. D'une main douce, il vint caresser ses cheveux, la sentant frissonner à son contact.

« Tu voudrais pas faire un petit détour par la chambre, par hasard ? », demanda-t-il avec un sourire en coin.

Elle prit une mine outrée, et le repoussa de ses deux mains.

« C'est pas le moment ! », s'énerva-t-elle.

« Donc, dans d'autres circonstances... ? »

Sans répondre, elle le contourna et sortit de la maison, en prenant bien soin de claquer la porte branlante dans son dos. Dommage, il n'aurait pas dit non à un petit moment de détente. Il haussa les épaules et la suivit malgré lui.

Dehors, on entendait vaguement les échos des conversations des quelques fêtards qui trainaient encore dans les tavernes, quelques maisons éclairaient les pavés de leurs lumières dorées, et parfois un chat s'aventuraient par là, ombre noire sur le ciel d'encre.

«Tiens, ça c'est pour toi », murmura la jeune fille en se penchant à son oreille avant de lui fourrer une pièce d'un gallion dans les mains. « Ce sera comme un signal, si jamais on se retrouve séparés, on pourra communiquer avec cette pièce. »

Il pouvait sentir son souffle dans son oreille, il pouvait sentir sa main sur son bras et son corps si près du sien, et cela fit monter en lui une poussée de désir. Il aurait donné cher pour une petite aparté charnelle avec elle.

« Ça marche », répondit laconiquement Drago.

« Et bon... », elle s'arrêta, gênée, se passa la main sur la nuque. « Il va falloir faire comme si on était en couple. Deux inconnus qui viennent fouiller partout, c'est louche. Un couple, ça éveille moins les soupçons. »

« Dis surtout que t'avais envie de passer la soirée à mon bras, ouais. »

Elle leva les yeux au ciel et tourna les talons, se dirigeant à grandes enjambées vers la boutique de Madame Pieddodu. Il soupira et la suivit. Depuis quand avait-elle l'exaspérante manie de couper court à ses provocations en se faisant la malle ?

Elle s'arrêta sous la devanture rose bonbon enchevêtrée de dentelle et se tourna vers Malefoy qui ne put s'empêcher de grimacer devant tant de mauvais goût.

« On était vraiment obligés d'utiliser le réseau de Cheminette de Pieddodu ? », soupira-t-il.

« Y'avait pas mieux, alors fais-toi à l'idée », répliqua-t-elle sèchement.

Traînant des pieds, il la suivit à l'intérieur. Au moment où ils poussèrent la porte, ils furent assaillis par un flot de chérubins qui voletèrent autour d'eux, leur jetant à la figure quelques confettis roses pour leur souhaiter la bienvenue. Un feu rougeoyait dans la cheminée, crépitant gaiement, tandis que quelques couples batifolaient, ça et là, s'échangeant des sourires charmeurs et des regards langoureux. Il leva de nouveau les yeux au ciel.

Une femme corpulente, coiffée d'un chignon lustré, fit son apparition, se plantant devant eux avec un sourire mielleux.

« Quel bonheur d'accueillir un nouveau couple rayonnant d'amour dans notre établissement ! », s'exclama-t-elle avec un accent français prononcé.

« Merci. Une table pour deux, s'il vous plaît », répondit Hermione en tentant tant bien que mal de paraître avenante. Raté. Elle avait plus l'air hautaine qu'autre chose.

« Ah oui, oui. Que diriez vous de la table près de la fenêtre ? Pour contempler les étoiles qui veillent sur votre amour ? »

Cette fois-ci, Drago et Hermione ne purent retenir une grimace. Madame Pieddodu ne sembla toutefois pas s'en formaliser, affichant un grand sourire serviable.

« On pourrait pas plutôt prendre la table au fond, là-bas ? », demanda-t-elle, avant de se pencher pour chuchoter : « Mon fiancé a peur des étoiles, vous comprenez ? »

Madame Pieddodu se tourna vers Drago d'un air attristé alors qu'il hochait la tête avec un sourire entendu, puis elle acquiesça d'un air concerné et les escorta jusqu'à leur table.

« Que les anges de l'amour veille sur vos cœurs passionnés, mes enfants ! », conclut Pieddodu de son même accent français, avant de se retirer pour accueillir un nouveau couple.

Une fois tous les deux seuls, Drago se débarrassa de son manteau et se tourna vers Hermione en fronçant les sourcils.

« C'est quoi cette histoire... Depuis quand j'ai peur des étoiles ? »

Elle étouffa un petit rire moqueur. « Désolée mais il me fallait une excuse pour demander cette table plutôt que l'autre. On est plus près de la salle de la cheminée », expliqua-t-elle en désignant de la tête une porte à quelques mètres d'eux placardé d'un large 'PRIVÉ'. « Après cette porte, il y'a un couloir, à gauche c'est les cuisines, à droite c'est le réseau de Cheminette. »

« Et comment on fait pour passer par là sans se faire remarquer, petit génie ? »

« C'est ça, le truc. Il va falloir que tu fasses diversion le temps que je rejoigne la pièce de la cheminée... et puis, faudra que tu me rejoignes. »

« Je vois que j'ai le beau rôle encore une fois », maugréa Drago alors qu'un serveur s'approchait d'eux, affublé d'un tablier en forme de cœur.

Ils commandèrent deux thés à la rhubarbe sobrement intitulé 'le thé de l'amour éternel' et deux parts de gâteau 'passion merveilleuse', et attendirent que le serveur ne se retire avant de reprendre :

« Normalement, une fois dans la pièce, j'en aurai pas pour longtemps. Dix minutes, tout au plus. Le temps de trouver la poudre de Cheminette. Surveille ton gallion, je te donnerai la signal »

« Ok, Granger, c'est bon. J'ai compris l'idée. »

« Maintenant, il nous reste plus qu'à attendre quelques minutes, histoire de ne pas éveiller les soupçons. »

« Très bien, alors mettons-nous un peu plus dans la peau de nos personnages », souffla-t-il avec un sourire taquin. « J'ai quelque chose à te dire. Bon, tu sais que ça fait quelques années qu'on est ensemble ? Et, je me demandais si... Si tu accepterais de m'épouser, très chère ? », demanda-t-il en prenant un air faussement ému.

« Arrête ça tout de suite », grinça-t-elle en lui jetant un regard mauvais avant de vérifier que personne n'avait entendu sa fausse proposition.

« Quoi ? C'est un oui ? C'est un non ? Ne m'oblige pas à te plaquer parce que tu as refusé ma demande en mariage, s'il te plaît. »

Elle leva les yeux au ciel mais ne put retenir un sourire. « Très bien, j'accepte d'être ta femme. Mais je te préviens, je suis pas une sinécure. Il faudra dédier une pièce entière à ma bibliothèque et surtout, que Pattenrond te tolère, et ça c'est non négociable. »

« Vendu. Ne t'en fais pas, j'ai toujours eu la côte avec les chats », acquiesça-t-il avec un sourire.

« Et aussi, j'éternue toujours quatre fois d'affilée, j'ai peur des papillons et je suis allergique aux fraises », lâcha-t-elle d'une traite.

« Va pour les éternuements et les fraises. Mais les papillons, franchement ? »

Elle prit une mine faussement offusquée. « Dois-je comprendre que tu retires ta demande en mariage ? »

« J'hésite », reprit-il en faisant mine de réfléchir. « Bon, je veux bien faire un effort. »

« Quelle magnanimité à toute épreuve », se moqua-t-elle. « J'ai bien fait de te choisir comme époux. »

« Je te le fais pas dire, je suis un sacré bon parti. »

« Et modeste, avec ça. Tu as vraiment tout pour plaire. »

Elle lui offrit un sourire mutin qui lui fit rater un battement. Elle pouvait bien boire tous les Polynectar de la terre, il reconnaissait chacun de ses froncements de sourcil et plus encore ses sourires. Et y'avait pas à dire, il l'aimait bien. Vraiment bien. Il sentit une chaleur délicieuse s'emparer de lui, et une fièvre fébrile effleurer sa peau. D'un geste lent, il se pencha par dessus la table. Les yeux écarquillés, Hermione le dévisagea durement :

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« J'embrasse ma fiancée. Tu ne vas quand même pas me repousser ici ? Tu ne prendrais pas le risque de faire un scandale, hein ? »

Elle fronça le nez, le regard mauvais, mais ne répondit rien alors qu'il parcourait les derniers centimètres qui les séparaient. Leurs lèvres se rencontrèrent, et il ressentit ce même déluge familier, cette explosion au creux du ventre. Ils avaient beau ressembler à deux inconnus, l'alchimie était toujours là, bouillonnante, virulente, renversante. Mécontente, elle lui écrasa le pied de son talon. Il cilla à peine, et d'une main ferme attrapa sa nuque, la rapprochant un peu plus de lui. Elle lui mordit la lèvre, il s'accrocha à ses cheveux. Elle passa sa main sur son épaule, enfonçant délicatement ses ongles dans sa peau alors que d'un geste ferme, il la tirait vers lui, l'obligeant à se retenir du plat de la main sur la table pour ne pas perdre l'équilibre, faisant trembler sous leur poids la petite table entre eux. Ce tout petit guéridon de bois, comme une barrière entre leur corps fiévreux, il eut envie de l'envoyer valser à l'autre bout de la pièce pour se jeter sur elle. Et c'est sûrement ce qu'il aurait fait si à ce moment précis, le serveur n'était pas arrivé, un plateau de thé à la main.

« Hum, hum,, désolé de vous déranger », toussota-t-il d'une voix aigüe, l'air gêné. « Voilà votre thé d'amour éternel et vos gâteaux de passion merveilleuse. Mais à première vue, vous n'en aurez pas besoin », finit-il en tentant maladroitement de blaguer.

Ils se séparèrent aussi vite que s'ils avaient été frappés par la foudre, le souffle court et les bras ballants. Le serveur gloussa, mal à l'aise, déposa le plateau et décampa aussi vite. Un silence de quelques secondes plana entre eux avant qu'Hermione reprenne, l'air de rien :

« Bon, c'est le moment de faire diversion. Garde ton gallion ensorcelé en main et attends mon signal pour me rejoindre. »

Elle se leva discrètement, et commença à s'éloigner en lui jetant un regard insistant. Il soupira, déposa un cheveu dans son thé et s'éclaircit la gorge pour attirer l'attention. Voyant que ça n'eut pas l'effet escompté, il geignit, d'une voix faussement affectée :

« C'est un scandale ! Vous m'entendez ? Un scandale ! »

Plusieurs tête se tournèrent vers lui, le toisant d'un regard intrigué, alors qu'il faisait discrètement signe à Hermione d'y aller.

« Non mais vraiment ! On n'a pas idée de proposer un service pareil ! », s'énerva-t-il de plus belle.

Enfin, le serveur apparut, courant à petits pas pressés, un torchon sur le bras droit, ses lunettes au bout du nez, prêtes à tomber. Il s'inclina obséquieusement, réajusta ses lunettes et demanda d'une petite voix servile :

« Veuillez nous excuser pour le désagrément, jeune homme, de quoi s'agit-il ? »

Voyant que le reste de la salle commençait à se désintéresser de son cas, il se décida à en rajouter une couche, bondit hors de sa chaise, les bras croisés.

« Enfin, vous plaisantez, j'espère ? Mesdames, messieurs, soyez témoins du mauvais traitement qu'on me fait subir ici ! »

Il prit un air profondément affecté, étouffa un faux sanglot et tapa du plat de la main sur la table d'un geste théâtral, espérant qu'avec tout ce cinéma, il aurait capté l'attention des derniers clients réticents. Et effectivement, toutes les têtes semblaient tournées vers lui. Hermione avait passé la porte, prenant bien soin de la refermer délicatement derrière elle. Il serra son gallion dans sa main, prêt à la rejoindre au moindre signal.

« Pardon, monsieur, si nous vous avons froissé d'une quelconque manière », commença le serveur visiblement dépassé par la situation. « Puis-je vous demander quel est votre tracas ? »

« Mon tracas ? Mon... tracas ? », répéta Malefoy en faisant mine de ne pas en croire ses oreilles. « Votre crime, vous voulez dire ! Votre crime, c'est ceci ! », tonna-t-il en pointant un doigt accusateur vers sa tasse de thé inentamée.

Le serveur se pencha vers la tasse, les sourcils froncés soucieusement. Il réajusta ses lunettes une nouvelle fois, mais finit par se tourner vers Drago, l'air contrit.

« Veuillez me pardonner, mais je ne vois pas de... »

« Ah, oui, c'est bien commode, ça ! On voit la brindille dans l'œil du voisin mais pas le balai devant sa porte, bien sûr ! », sentant qu'il commençait à s'embrouiller, il se rattrapa vite. « Enfin, vous m'avez compris, ne faites pas l'innocent ! »

« Mais... »

« N'est-ce pas un de vos cheveu, là, ici même ? Dans mon thé ! », Drago plissa le nez, l'air dégoûté.

Comprenant enfin de quoi il s'agissait, le visage du serveur s'illumina, avant de s'assombrir de nouveau sous le regard offusqué de Drago.

« Mille excuses, mon cher monsieur, je... »

« N'essayez pas de m'amadouer, vile créature. Je veux voir la directrice de l'établissement ! »

Madame Pieddodu arriva aussitôt, et dévisagea Malefoy d'un air suspicieux avant d'aviser la place vide d'Hermione.

« Où est votre compagne ? »

Drago jeta un coup d'oeil paniqué autour de lui, avant de se reprendre. Il croisa les bras, prit un air triste, et lâcha, d'un ton accusateur :

« Elle n'a pas supporté la vision immonde de ce cheveu, elle est sortie prendre l'air. »

« Je ne l'ai pas vu sortir », souffla-t-elle alors que ses deux yeux se plissaient comme deux petites fentes noires dans son visage porcin.

« Oui, ben c'est parce qu'elle est très discrète. Parfois, je ne la vois même pas rentrer dans la salle commune. Il se passe une heure ou deux avant que je la remarque, je peux vous dire qu'elle n'apprécie pas... Je vous raconte pas les disputes, après ça... »

« Oui, bien, bien... », ponctua la dame en coulant un regard toujours méfiant au Serpentard. « Permettez- moi de vous offrir votre thé, en compensation de ce malencontreux incident », proposa-t-elle d'un ton doucereux.

« Bien, bien, je crois que c'est une solution tout à fait acceptable... », commença-t-il en se rasseyant.

Il sentit alors le gallion chauffer dans sa main, jeta un coup d'oeil pour voir que l'or était maintenant marqué de deux mots comme gravés dans le métal : « Rejoins-moi ». Il se releva d'un bond, les sourcils froncés.

« Non, finalement ! Je crois que je préfère m'expliquer avec le cuisinier. C'est inadmissible ! », s'écria-t-il en sachant pertinemment qu'il passait pour un lunatique de première.

« Maintenant, ça suffit ! », gronda Madame Pieddodu en lui attrapant fermement le bras. « Je vais vous demander de quitter immédiatement l'établissement. Vous dérangez nos humbles clients. »

« Mais... »

« Vous pensez que je ne vois pas quel genre d'écornifleur vous êtes ? J'en ai vu passer des comme vous, des gredins, des bandits, des escrocs de bas étage ! », ajouta-t-elle en baissant le ton, mais elle avait subitement perdu son accent français et parlait un anglais parfait.

« Je... »

« Vous vous apprêtiez à faire scandale en espérant que je vous offre monts et merveilles pour votre silence, et bien non, Madame Pieddodu n'est pas le genre de femme qui cède au chantage de mécréants de votre acabit ! »

D'un geste ferme, elle le traîna jusqu'à la porte, prête à le jeter dehors. Il paniqua, sentant le gallion chauffer de nouveau dans sa main, lui indiquant qu'Hermione s'impatientait. D'un geste adroit de l'épaule, il se dégagea de la poigne de Pieddodu, prêt à jouer le tout pour le tout.

« Il y'a un malentendu, Madame. Je suis le fils d'un célèbre critique culinaire - la modestie m'oblige à taire son nom - alors vous savez, je peux parfois être un peu tatillon quand il s'agit d'hygiène, c'est tout. »

Le visage de la vieille femme se décomposa et Malefoy savoura secrètement ce moment, sachant pertinemment qu'il avait gagné.

« Oh... Effectivement, il y'a eu un malentendu... Mais vous savez, c'est que... »

« Oui, oui... », l'interrompit-il en balayant ses paroles d'un geste de la main. « J'aimerais tout de même voir le cuisinier pour être rassuré. »

« Bien sûr, laissez-moi vous y conduire », proposa-t-elle en faisant un pas vers les cuisines.

« Non, je préfère y aller seul, merci. »

Et sans attendre sa permission, il s'orienta vers les cuisines d'un pas vif, poussant le battant de la porte marqué 'privé' avant de s'orienter non pas vers les cuisines mais vers la porte de droite. A peine eut-il poussé la porte qu'il put voir Hermione le fusiller du regard.

« Je peux savoir ce que tu faisais ? »

Il lui rendit son regard noir. « J'étais sur le point de me faire jeter d'ici, si tu veux tout savoir. »

« C'est pas possible, ça ! C'était pas compliqué, pourtant ! »

« T'es marrante, toi. Tu te barres et tu me laisses faire tout le sale boulot tout seul. La prochaine fois, c'est toi qui t'occuperas de faire diversion, on verra si tu fais mieux, petit génie. »

« T'avais juste à t'éclipser tranquillement, c'est quand même pas sorcier ! »

« Comment ça, je suis pas un sorcier ? »

« Quoi ? Mais non... J'ai pas dit ça ! »

« J'ai bien entendu, je suis pas fou. A moins que tu sous-entendes qu'en plus de pas être sorcier, je suis fou ! »

« Mais non, mais c'était une expression, abruti ! »

La porte s'ouvrit brusquement, mettant fin à leur échange, alors que Madame Pieddodu se tenait sur le seuil de la porte, le chignon défait et les narines dilatées. Elle écumait de rage, soufflant grossièrement par le nez, comme un taureau prêt à charger. Elle fit un pas dans la pièce mais Hermione fut plus rapide.

« Collaporta ! »

La porte se referma brutalement dans un bruit de succion, entraînant la grosse dame dans son sillage qui, d'après le bruit, se rétama sur le sol. Ils entendirent une longue plainte, puis un cri rageur et des insultes alors que Pieddodu secouait la porte comme une furie, et enfin, ils se décidèrent à se mettre en mouvement. Ils se précipitèrent dans la cheminée, main dans la main, et de l'autre, Hermione saisit une poignée de poudre de Cheminette qu'elle jeta dans l'âtre avant de prononcer de manière aussi claire que possible : « Chez Olaf ». Il y'eut un éclair vert, puis il se sentit brusquement emporté par la cheminée. Il vit une succession de salon différents sans pouvoir vraiment distinguer quoi que ce soit, puis il atterrit durement dans un âtre poussiéreux.

Il cligna des yeux, le bras sur la bouche, chassant la poussière de l'autre. Quand il y vit un peu plus clair, il remarqua qu'il se tenait dans un café sombre, les murs couverts de vieux portraits du siècle dernier dont les occupants toisaient d'un air hautain chaque nouveau client. Le patron du pub, lui, ronflait derrière son bar, une bouteille à la main.

« On est où ? », demanda Malefoy en se penchant à l'oreille d'Hermione, par précaution.

« C'est un café du chemin de Traverse », répondit-elle simplement en dépoussiérant sa robe. « C'était trop risqué d'aller directement chez Travers. Bon, pas de temps à perdre, on va à l'allée des Embrumes. A partir de maintenant, c'est toi qui guides. »

« Avec plaisir », souffla Malefoy avec un sourire en coin.

Il était grand temps qu'il reprenne les choses en mains. Ils sortirent précipitamment du café, longèrent le chemin de Traverse, louvoyant entre les passants pressés. Même à cette heure, alors que la majorité des commerces avaient éteint les lumières et fermé leur porte, quelques badauds flânaient çà et là, mais dans l'ensemble le chemin de Traverse était d'un calme saisissant. Ils tournèrent à l'angle de Gringott's où quelques gobelins qui finissaient leur journée leur lancèrent des regards torves et soupçonneux qu'ils prirent grand soin d'ignorer.

Enfin, ils se retrouvèrent en haut des marches qui menaient à l'étroite Allées des Embrumes. Contrairement au chemin de Traverse, la vie battait son plein, ici. La ruelle était agitée de bruits et de chuchotis, alors que des sorciers et des créatures étranges, au détour d'impasses et de coins obscurs, s'échangeaient des regards soupçonneux, parlant à voix basse ou marchandant à grands renforts de cris et de grognements. Une vieille sorcière au visage ravagé et au sourire dément tendait un plateau surmonté d'ongles et de cheveux humains. Quelques lumières clignotantes jetaient une atmosphère morbide sur l'allée, exacerbant les ombres qui dansaient sur les murs en figures fantomatiques. Parfois un rayon de lumière d'un sort inconnu venait zébrer la nuit, jetant, pendant quelques secondes, un silence glacé sur la rue, avant que la clameur et le brouhaha ne reprennent leur droits.

Il voulut s'avancer, mais il sentit Hermione hésiter dans son dos. Il se tourna pour apercevoir son visage soucieux.

« Je ne suis plus si sûre que ce soit une bonne idée, finalement... », murmura-t-elle d'une petite voix alors que ses yeux suivaient anxieusement les allées et venues de la rue.

« T'as peur, Granger ? », se moqua-t-il, mais voyant qu'elle ne répondait pas, il s'adoucit. « Ça va aller, ne t'en fais pas. Mets ta capuche, suis-moi, et surtout, ne croise le regard de personne. Compris ? »

« Compris. »

Elle déglutit difficilement, rabattit sa capuche sur sa tête, et lui emboîta le pas.


Voilà ! Un chapitre un peu plus léger mais tout aussi important pour l'histoire ! J'espère que vous apprécierez !
Un énorme merci à Lae pour la review, je suis contente que ça t'ait un peu diverti, j'espère que tout va bien pour toi.
Et comme d'habitude, merci à tous mes lecteurs, reviewers, et ceux qui m'ajoutent en Favoris/Follow. Love, love, love.