Lorsque la mère de Pansy était partie, elle ne lui avait rien laissé, pas même son prénom que son père feignait d'ignorer. Pas de petits mots, pas de lettre d'excuses, pas même l'ombre d'un remord planqué sous le lit. Juste un grand vide béant sur les photos de famille, un vide qui dérange et qui met mal à l'aise. Un vide qui pèse sur le cœur comme une chape de plomb. Longtemps, sa photo avait trôné sur l'illustre buffet familial du petit salon. De son cadre doré, sa mère la fixait sans sourire, recalant délicatement une mèche de cheveux mutine derrière son oreille, battant lentement de ses longs cils, le regard planté droit devant elle comme si elle ne la voyait pas. Et chaque jour qui passait, de son écrin d'or, sa mère l'ignorait, ne lui rendait jamais ni ses sourires, ni ses regards, ni même ses confidences. Et cette présence indécente, toujours là sans y être, avait eu raison de Pansy qui avait arraché la photo à son cadre pour la déchirer de ses mains et de ses dents, avant que son père ne lui fasse recracher de force les lambeaux de papier glacé qu'elle mastiquait comme une démente.
Pour le reste, sa mère ne lui avait rien laissé... ou presque. Elle la croisait dans son reflet tous les jours, dans ses propres yeux. Rien à voir avec les yeux bleu azur de son père, ni même le brun doré de ceux de sa grand-mère. Elle avait les yeux de sa mère. Ils étaient noir comme la nuit, noir comme l'océan orageux, noir comme l'abysse qui la happait à chaque fois qu'elle croisait son propre regard. Et elle se disait souvent qu'il n'existait pas plus cruel cadeau d'adieu, car sa mère n'était nulle part, mais partout à la fois. Derrière chaque vitre, dans l'onde ridée de chaque flaque, jusque dans la théière d'argent polie par les années. Au détour de son propre reflet, sa mère la fixait de ses yeux noirs.
De colère et de désespoir de retrouver sa mère dans chaque coup d'oeil, Pansy avait brisé tous les miroirs de la maison. Mais dans la constellation des éclats de verre qui gisaient à ses pieds, c'étaient désormais des milliers d'yeux sombres qui la dévisageaient hargneusement. Mue par le chagrin et la haine, elle avait hurlé, avait saisi les morceaux de verre à pleines mains et s'était roulée rageusement dans les éclats coupants, accrochant à ses cheveux une nuée de débris scintillants, écorchant sa peau, faisant goutter sur le parquet ciré une pluie de sang et de larmes. A partir de ce jour-là, ils avaient ôté tous les miroirs de la maison. Et de cette funeste journée, elle ne garda qu'une cicatrice au creux de la main gauche et une peur panique des miroirs.
Avec les années, ses larmes s'étaient taries. Elle ne se demandait plus pourquoi sa mère était partie, ni pourquoi elle ne lui avait jamais écrit, ni même où elle était. Elle espérait secrètement qu'elle avait péri dans un terrible accident. La mort. C'était la seule excuse qui pouvait justifier une telle absence et un tel désintérêt. Le seul alibi valable. Et en dépit de la haine qui rongeait son cœur comme de l'acide, elle avait développé un irrémédiable sentiment de culpabilité, persuadée que si sa mère était partie, c'était à cause d'elle. Car pour que sa mère l'abandonne si jeune, sans même un regard en arrière, sans même l'ombre d'un regret, elle devait forcément y être pour quelque chose. Et cette valse de sentiments contradictoires et destructeurs l'avait poussée à prendre une décision. Très jeune, elle commença à feuilleter les traités de magie noire de son père, se promettant qu'à défaut de faire revenir sa mère, elle trouverait au moins le moyen de la faire disparaître à jamais. Elle développa des connaissances spectaculaires en matière de magie noire avant même d'être en âge de la pratiquer.
Lorsqu'elle eut neuf ans, elle décida enfin de fêter son anniversaire, pour la toute première fois. Elle avait envoyé des lettres à tous ses camarades, sur un parchemin bleu aux senteurs de myrtille. Pour s'accorder à ses invitations, elle avait mis sa robe bleu, celle qui s'attachait avec une ceinture et dont la dentelle grattait au niveau du cou. Elle détestait cette robe, mais être une jeune fille de bon goût nécessitait forcément quelques sacrifices. Elle avait attendu toute la journée, espérant entendre frapper à la porte à chaque fois que le vent la faisait grincer. Une seule de ses amies avait répondu, et au regard qu'elle lança à Pansy, cette dernière comprit que ses parents avaient dû l'y forcer. La petite blonde rejoignit Pansy en traînant des pieds, poussée dans le dos par sa mère, tendant un paquet parfaitement emballé dont elle ignorait sûrement le contenu. Vexée, humiliée, trahie, Parkinson refusa même de lui dire bonjour. A la place, elle lui glissa à l'oreille, le regard mauvais :
« De toute façon, je t'aime pas. C'est mon père qui m'a forcé à t'inviter. Tu peux retourner pleurer dans les jupes de ta mère. »
L'autre petite fille lui avait rendu son regard mauvais, et, sur le silence ambiant, elle avait plaqué :
« Moi, au moins, j'en ai une. »
Le cœur de Pansy s'était fissuré, rouvrant une vieille blessure qui n'avait jamais cicatrisé, malgré les années. Elle s'était contenté de regarder sa rivale, les yeux si plissés qu'ils lui faisaient mal. Elle avait senti sa peau la démanger, sa bouche s'était retroussée pour laisser apparaître ses canines, lui donnant l'air d'un animal blessé sur le point d'attaquer.
« Et en plus, tout le monde dit que t'es folle », avait asséné la petite blonde, comme un coup de poignard dans le cœur de Pansy.
Son père avait voulu intervenir, s'interposer, mais trop tard. Déjà, la petite fille basculait en arrière, les mains sur la gorge, le visage bleu alors que Pansy savourait le spectacle de loin, avec un regard avide, un sourire satisfait aux lèvres. Elle avait senti monter en elle le désir de la tuer, le désir de lui ôter la vie, de la priver de souffle, et la petite blonde s'était tordue de douleur, suffocant, alors que sa mère se précipitait à son chevet, hurlant, pleurant, serrant sa petite fille dans ses bras. La langue pendante et les yeux révulsés, la petite blonde s'était débattue contre l'étau invisible qui lui enserrait la trachée. Alors, comme au ralenti, son père s'était posté devant Pansy, le regard dur, et une gifle monumentale s'était abattue sur sa joue, la projetant en arrière et libérant aussitôt sa camarade qui se mit à respirer de nouveau.
A partir de ce jour-là, Pansy ne fêta plus son anniversaire. De toute façon, elle n'avait plus grand monde à inviter.
Parfois lorsqu'elle allait se coucher, que son père venait la border tendrement, il lui disait :
« Je n'ai plus rien, tu es tout ce qu'il me reste. Mais tu es la plus belle famille dont on puisse rêver. »
Le reste du temps, il se contentait de lui dire qu'il fallait se méfier des gens, qu'ils étaient lâches et qu'ils finissaient toujours par blesser ceux qui les aimaient. S'ils ne se ressemblaient pas physiquement, ils édifièrent, en revanche, le même besoin de faire justice et de contrôler. Il trouva son point de chute en devenant membre du Magenmagot, et elle, en intégrant à Poudlard, une petite bande d'amis prestigieux qui incarnait ce dont elle avait toujours rêvé : le pouvoir, l'autorité autoproclamée et le sentiment d'appartenir à quelque chose.
En troisième année, alors que les Malefoy s'organisaient déjà pour célébrer la renommée Nuit d'Albâtre, l'excitation d'être invitée quelque part avait fait naître en elle les plus fous espoirs. Elle avait acheté pour l'occasion une robe élégante, de blanc et d'argent qu'elle n'avait même pas osé déballer. Elle connaissait bien peu les convenances mondaines à adopter, mais l'immense joie de faire partie de quelque chose avait primé sur sa peur, et elle avait attendu l'évènement avec un empressement teinté d'anxiété. Mais le mois d'Octobre avait filé et elle n'avait pas reçu d'invitation. La veille des vacances, lors de la fête d'Halloween des Serpentard, elle avait tout de même tenté, l'air de rien :
« Elle aura lieu quelle soir la Nuit d'Albâtre, cette année ? »
Il y'avait un silence, puis Flora et Nott s'étaient regardés et avaient ri aux éclats. Elle se souviendrait toute sa vie de ce rire, ce rire gras et méchant, ce rire méprisant qui venait meurtrir son cœur, comme des milliers de coups de poignard. Elle s'était sentie bête et inutile, elle avait eu l'impression de se retrouver nue devant un parterre de camarades la lorgnant avec condescendance et mesquinerie.
« Tu crois quand même pas que t'es invitée ? », avait demandé Nott, un large sourire narquois au visage.
Tous les regards qui s'étaient fixés sur elle se partageaient entre pitié et mépris. Quelques rires avaient fusé, et derrière ces rires fuselés, elle entendait murmurer les mêmes questions en boucle, encore et encore :
Qui es-tu, petite arriviste ? Pensais-tu qu'on s'insérait aussi facilement dans la sphère aristocratique Sang-Pur ? As-tu cru un instant que tu serais un jour autre chose que la présence tout juste tolérée parce qu'elle accepte de faire la basse besogne ? Avec ton visage grossier et tes allures vulgaires, avec tes manières déplacées, as-tu cru, l'espace d'une seconde, que tu étais notre égale ?
De honte, elle avait bafouillé :
« Non, bien sûr que non, c'était juste pour savoir... Juste par curiosité... »
Sa gorge s'était serrée, et Nott lui avait lancé un regard sceptique. Avant de quitter la pièce, il lui avait lancé :
« Il ne me semble pas que ça te concerne. Contente-toi de faire ce qu'on te dit, et le reste du temps, fais-toi oublier. C'est mieux. »
Il avait claqué la porte sur son cœur dévasté. A la prétendue amitié avaient succédé les moqueries et le mépris, et bientôt, elle se retrouva aussi seule qu'à ses neuf ans, bien qu'entourée d'une pléiade d'hypocrites heureux qui se moquaient d'elle dès qu'elle avait le dos tourné. Par habitude, elle était restée la même, distillant sa haine, se vengeant sur les autres maisons à qui elle rendait la vie impossible. Puis, elle s'était fixé sur le Trio d'Or, se disant qu'ils étaient si haï par le reste de sa maison qu'elle finirait bien par remonter un peu dans l'estime de ses camarades si elle se conduisait avec eux comme une vraie garce.
Mais les yeux de ses camarades se voilaient toujours de mépris et de dégoût à son approche, et une haine intense et obscure grandit en elle, sans qu'elle ait le courage de leur tourner le dos une bonne fois pour toute. La veille du bal de Noël de quatrième année, elle se retrouva seule et sans cavalier. Elle enfila sa robe, s'examina de la tête aux pieds, se jaugeant du regard. Elle se trouva pathétique. Les yeux cernés par le noir qu'elle broyait, les joues rougies de larmes, la robe froissée par le chagrin, elle se maudit intérieurement d'être lâche et sans valeur. Puis, saisie par le ridicule de la situation, elle se faufila hors du dortoir, prête à rejoindre la salle de bain pour se défaire de sa robe et la jeter pour de bon. Mais les sœurs Carrow, Nott, Daphné et Drago étaient réunis là, parlant fort et riant plus fort encore. Leurs yeux se fixèrent sur elle, et elle sentit tout le poids de leur pitié et de leur dédain.
Nott avait pris la parole, la voix chargée de raillerie : « Hé, regardez qui vient là. Un épouvantail avec une robe. »
Flora avait éclaté d'un rire mauvais : « Il paraît que t'as pas de cavalier. Pas étonnant avec un torchon pareil. »
« Tu comptes aller au bal toute seule, ou tu vas supplier quelqu'un de t'accompagner ? Il paraît que Rusard a pas de cavalière. Quoi que... Il préfèrera peut-être y aller avec Miss Teigne », avait enchéri Nott en la toisant méchamment.
Le visage rouge de honte et de haine, elle les avait dévisagé tour à tour, les sœurs Carrow et Nott, hilares. Daphné qui n'avait pas cillé d'un pouce, battant de ses longs cils bruns avec un désintérêt revendiqué, et Drago qui avait croisé son regard, impassible. Elle eut envie de les tuer, de les étrangler de ses mains, elle eut envie de leur faire payer leur affront. Mais avant qu'elle n'ait pu faire quoi que ce soit, Drago s'était levé.
« Elle y va avec moi », avait-il lâché en les défiant du regard.
Elle l'avait regardé, confuse, mais il s'était contenté de retourner dans sa chambre après avoir haussé les épaules. Le regard furieux de Daphné ne lui avait pas échappé, en revanche, et ses lèvres s'étaient tant contractées qu'elles en étaient devenues blêmes. Lentement, elle s'était levée et avait jeté à Pansy un regard chargé de violence.
« Tu es laide. Il t'accompagne par pitié. »
De la soirée du bal, elle gardait peu de souvenir, si ce n'est un sentiment crasseux d'embarras et de honte. Après cette soirée, elle avait surpris Malefoy en train de parler avec Zabini. Il avait fait ça par pitié, disait-il. Pour ne pas entacher le prestige des Serpentard. Une vert et argent qui se retrouve seule et ignorée, ça ferait forcément parler. Il fallait bien que quelqu'un se sacrifie, de toute façon.
A partir de cet instant, elle fomenta un espoir, l'espoir insensé de les écraser de son talon aiguille, de leur faire regretter chaque mot, chaque seconde de leurs moqueries et leur pitié.
Alors, dans l'obscurité de sa chambre vert et argent, elle rêvait de révolution, elle rêvait d'être respectée, écoutée et admirée. Emmitouflée dans l'émeraude de ses draps, elle se promit qu'elle se vengerait, et que jamais plus, on se moquerait d'elle. Elle compterait pour quelque chose, elle marquerait l'histoire, elle la marquerait de son sang et de son nom, et de là où elle était, sa mère regretterait amèrement de l'avoir abandonnée. Il ne demeura plus dans son cœur, de trace de tendresse et d'amour, mais seulement l'irrémédiable désir de détruire et de venger.
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Sept heures vingt-quatre.
Sur le fauteuil où elle avait pris ses habitudes, elle étendit lentement ses bras, se prélassant dans le royaume qu'elle avait bâti à mains nues. Les étendards de son pouvoir tapissaient les murs de la Salle Commune, proclamant une dynastie dont elle était souveraine. Là, sur son fauteuil pourpre, elle se sentait comme une reine sur son trône. Elle avait réussi. Elle avait renversé l'ordre au pouvoir et avait établi une nouvelle justice. Détrônés, les fils et les filles de Mangemorts qui l'avaient traitée comme une moins-que-rien. Mais détrônés, ça ne suffisait pas. Ce qu'elle voulait, elle, c'était les détruire. Qu'il n'en reste plus une miette. Rien.
Une porte grinça, elle tourna vivement le regard et aperçut Nott, la démarche hésitante, le teint blême, la robe de sorcier tâchée et froissée. Ah, il était loin le Nott confiant et méprisant. Maintenant, il se terrait comme un rat, la craignant comme on craint une sentence justifiée.
« Ah tiens, un épouvantail avec une robe de sorcier », le parodia-t-elle en reprenant ses propres mots.
Il s'arrêta net et releva deux yeux las vers elle, et elle crut y voir la reddition, la fatigue et une lueur de peur. Le reste de la salle commune, se tourna imperceptiblement pour assister à la scène, dans un silence tendu.
« Va te changer, tu fais honte aux Serpentard avec un accoutrement pareil. »
« J'ai rien d'autre », lâcha-t-il froidement.
« T'as rien d'autre ? Alors déshabille-toi, je vois pas d'autre solution. »
Il la jaugea du regard, cherchant à savoir si elle était sérieuse, et ce qu'il trouva au fin fond de ses yeux noir ne dut pas lui plaire, puisqu'il recula, en balbutiant:
« Quoi ? Mais... Tu... Non ! »
Elle se leva lentement, avec toute la grâce et l'autorité dont elle était capable et dressa sa baguette. C'était le signe. Sa fidèle armée l'entoura de nouveau, levant tour à tour leur baguettes.
« Je t'ai dit de te déshabiller », murmura-t-elle dangereusement, en appuyant sur chaque mot.
D'un geste de la baguette, elle entailla sa robe de sorcier, dévoilant quelques centimètres de peau. Par réflexe, il plaqua une main sur son torse pour cacher sa peau dévoilée, puis, dans un accès de courage, il releva le menton en signe de défi, et planta ses yeux sombres dans les siens.
« Et moi je t'ai dit non, Parkinson. T'auras beau t'entourer de la plus puissante armée qui existe, ça n'enlèvera jamais le fait que t'es qu'une pauvre fille, une vermine au sang souillé. Les autres ont peut-être oublié, mais moi je me souviens très bien de la grosse Pansy qui est arrivée en nous suppliant de l'aimer, en nous léchant les bottes pour un peu d'attention. T'es pathétique et tout le monde le sait. Je ne sais pas combien de temps durera cette mascarade mais tu vas t'éclater contre le sol, ma pauvre fille. Et tu retrouveras exactement là où tu aurais dû être, sur le sol avec toutes les autres déchets de ton genre. »
Silence de mort. Un sourire sur le visage de Nott. Il sait qu'il va le payer, mais il s'en fout. Pansy crispe sa main autour de sa baguette, son visage n'est plus qu'un amas de chair déformée par la rage. Elle fait un pas vers lui, se penche à son oreille et glisse :
« Je vais te faire ravaler chacun de tes mots, je vais te les enfoncer dans ta gorge un par un, jusqu'à ce que t'en dégueules. »
Elle plaque sa main sur son torse, et il tombe sur le sol, criant silencieusement. Ses tripes sont en train de se tordre, elle le sait. Son visage se tord aussi. Il souffre et elle, elle jubile.
~~~~o~~~~
Sept heures vingt.
Clic. Une boîte à musique s'enclencha, et un petit serpent se dressa dans son socle d'argent, ondulant de toutes ses écailles lumineuses. Une mélodie de violon susurra ses premières notes, puis s'intensifia pour devenir une chorale entraînante. Des lueurs d'émeraudes dansèrent au plafond au rythme de la mélopée, diaprant les murs de reflets fantasmagoriques. Drago étouffa un grognement, se retourna, abattit sa main sur son réveil pour le faire taire, puis se retourna de nouveau, et étendit son bras mais ce dernier rencontra un obstacle. Il fronça les sourcils, cligna lentement des yeux, puis les ouvrit une bonne fois pour toute. Il lâcha un cri de surprise et bondit hors du lit.
Alarmée par le bruit, Hermione se réveilla à son tour, écarquilla les yeux en jetant des regards affolés autour d'elle et s'empressa de s'envelopper de ses draps en réalisant avec horreur où elle se trouvait.
« Oh mon dieu, oh mon dieu, oh mon dieu... », scanda-t-elle en boucle, comme si ces trois petits mots pouvaient changer quoi que ce soit.
Drago ramassa vivement le pantalon qui gisait à ses pieds et l'enfila avant de se passer une main confuse sur le visage, essayant vaguement de se souvenir comment ils en étaient arrivés là. Il revoyait froidement les faits, il se souvenait parfaitement de l'enchaînement des évènements, mais rien n'expliquait comment lui, Drago Malefoy, avait fini par passer la nuit avec Hermione Granger.
« C'est un cauchemar... », murmura Hermione, plus pour elle que pour Drago, ce qui ne l'empêcha pas d'entendre pour autant.
« Je te remercie », répondit-il avec mauvaise humeur. « Charmante façon de me saluer, dès le matin. »
Elle le dévisagea sévèrement, les sourcils froncés, les draps ramenés si haut qu'il couvrait ses épaules.
« Tu crois vraiment que c'est le moment de plaisanter ? », lâcha-t-elle abruptement, avant de se prendre la tête entre les mains en geignant. « Oh mon dieu... Comment tu as pu laisser faire ça ? »
« C'est la meilleure ! Venant d'une fille qui a le besoin maladif de tout contrôler ! Pour une fois que tes problèmes psychologiques pouvaient nous servir à quelque chose, t'aurais pas pu nous empêcher d'en arriver là, non ? »
« Je n'ai AUCUN problème psychologique ! », rugit-elle en bondissant du lit, les draps toujours enserrés autour de son buste. « C'est toi, mon problème ! »
Elle s'avança, les sourcils froncés, et vint brutalement ficher son doigt dans le torse de Drago qui recula sous l'impact.
« Alors, trouve une solution ! », asséna-t-elle, en le fusillant du regard.
Il lui attrapa le poignet pour l'empêcher de le marteler du doigt et fronça les sourcils à son tour.
« Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? C'est fait, c'est fait ! »
« Je te parle pas de ça, idiot ! Je te parle de me faire sortir de là ! Au cas où tu l'aurais pas remarqué, je suis une Gryffondor, dans le dortoir des Serpentard ! Et je ne pense pas que tes chers camarades apprécierait particulièrement de me voir me balader en petite tenue dans leur salle commune ! »
Drago blêmit en se massant le menton, l'air désemparé. Il avait complètement oublié ce petit détail. Il était plus de sept heures du matin, les cours allaient bientôt commencer et la salle commune devait être pleine à craquer de Serpentard et de Cobras qui seraient tout sauf ravis de voir Granger débarquer au beau milieu de leur petite réunion serpentesque.
« J'avais pas pensé à ça... », répondit-il d'une voix blanche en se passant la main dans les cheveux. « On va devoir rester cloitrés là le temps que la salle commune se soit vidée, je vois pas d'autres solutions... »
Elle leva vers lui deux yeux incrédules. « Tu te moques de moi, là ? Il est hors de question que je sèche ! Tu sais ce que ça donne quand tu rates un cours d'Études des Runes ? Tu te retrouves avec des lignes et des lignes de charabia incompréhensible et pas la moindre idée de comment les traduire ! »
« Je vois pas ce que ça change. C'est la définition exacte d'Études des Runes, pour moi. »
Elle bondit sur lui et l'attrapa par le col de la chemise qu'il venait tout juste d'enfiler. De ses deux mains, elle le secoua comme un prunier, les yeux si exorbités qu'ils semblaient sur le point de s'extirper de son visage.
« Je suis sérieuse, Drago, fais-moi sortir d'ici ! Trouve une solution ! »
D'une main, il bloqua un des poignets de la Gryffondor dans son dos, la pressant contre lui, l'obligeant ainsi à arrêter de maltraiter ses vêtements, et lui-même, par la même occasion. Elle voulut se débattre mais il la tenait toujours fermement contre lui. Il sentait son corps se mouvoir contre lui, et après réflexion, il n'aurait pas été contre rester dans la chambre quelques heures de plus. Foutu pour foutu, autant en profiter, non ? Et il fallait bien avouer qu'il était loin de regretter leur petite bavure de la veille.
« Bon, Granger. Déjà, si t'arrêtais de hurler, on aurait peut-être une chance de pas se faire remarquer... »
« Ne me dis pas ce que je dois faire ! », s'énerva-t-elle en essayant de libérer son poignet.
Il la tenait toujours fermement serrée contre elle, un sourire narquois au visage de la voir se débattre en éructant de colère. Elle surprit son regard, et écumant de rage, lui écrasa le pied de toutes ses forces.
« Aïe ! Mais t'es complètement malade ! », s'écria-t-il en la lâchant pour masser son pied.
Il releva les yeux à temps pour voir son sourire victorieux, et voulut se venger mais un bruit l'arrêta dans son élan. Quelqu'un avait frappé à la porte. Ils se figèrent, se lancèrent un regard inquiet, n'osant plus bouger.
« Drago ? Qu'est-ce que tu fous ? Ça fait vingt minutes qu'on t'attend », s'impatienta Blaise derrière la porte.
Il ne répondit pas, retenant même sa respiration, s'imaginant que s'il restait silencieux, Zabini finirait bien par partir. Mais son ami ne sembla pas comprendre le message car Drago observa la poignée s'enclencher au ralenti, pour enfin s'abaisser, puis la porte s'ouvrit en grand. D'instinct, Hermione se plaqua au sol et roula sous le lit, toujours emmitouflée dans son drap. Malefoy se déporta sur le côté d'un bond, l'air paniqué, avant d'offrir un sourire gêné à Zabini qui le fixait de ses yeux plissés suspicieusement.
« Ah, parce que t'es réveillé, en plus ? C'est pas comme si on t'attendait, hein. »
« Désolé, j'étais occupé », répondit le blond sans l'once d'un remord, fourrant nonchalamment ses mains dans ses poches.
Le regard de Zabini remonta lentement de sa chemise froissée et déboutonnée à ses cheveux ébouriffés.
« Occupé, tu dis ? Et elle est passée où, ton occupation ? »
« Elle a filé. Elle était pressée », répondit Drago, en essayant d'éluder les futures questions de son ami.
Mais Blaise dut sentir le malaise de Malefoy, car il ne lâcha pas l'affaire, s'avançant d'un pas dans la pièce pour l'inspecter rapidement du regard. D'un geste lent, il referma la porte derrière lui avant de se pencher pour ramasser un des vêtements qui traînaient sur le sol.
« Elle devait vraiment être extrêmement pressée pour filer sans sa robe. »
« Elle a des mœurs aussi légères que ses petites tenues, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? »
Zabini n'avait toujours pas relevé la tête. Ses sourcils se haussèrent si haut qu'on aurait pu croire qu'ils allaient décoller pour de bon. Après quelques seconde de silence tendu, il lança la robe à Drago qui la réceptionna tant bien que mal.
« Et tu vas me faire croire que le Rouge et Or de son blason, c'est juste décoratif, c'est ça ? »
« Je ne fais pas de discrimination. Tout le monde a droit à une nuit dans mon lit, c'est tout. »
« C'est ça, ouais. Bon, Granger, tu peux sortir de ta cachette, ça va. »
Il y'eut un bref instant de silence, puis Hermione s'extirpa des tréfonds du lit, les bras serrés autour de son drap et les joues rouges. Elle lança un regard noir à Drago, puis fit enfin face à Zabini, les sourcils sévèrement froncés.
« Salut, Granger », lança-t-il, hilare, alors que les deux autres le fusillaient du regard.
« Salut, Zabini », lui répondit-elle laconiquement, espérant qu'il daigne enfin sortir afin qu'elle puisse revêtir une tenue un peu plus convenable.
« Vous comptiez nous faire un petit discours pour officialiser tout ça, c'est ça ? Autant vous dire que le moment est très mal choisi. Ça commence à chauffer dehors. Altercation entre Parkinson et Nott. »
Hermione poussa un long soupir et se laissa tomber sur le lit, l'air désespéré, tirant un nouveau rire à Zabini.
« On n'a pas le choix, du coup. Faut rester ici jusqu'à ce que ça se tasse », conclut Drago, en croisant les bras.
« Tu vas attendre longtemps, alors. C'est pas près de se calmer. »
« De toute façon, je ne peux pas rater Études des Runes. Il faut trouver une autre solution. »
« Mais c'est pas possible ! Tu vas pas remettre ça ! », s'énerva Drago, les yeux au ciel.
« Non mais je veux pas prendre son parti, mais elle a raison, vieux. Un cours d'Études des Runes, ça se rate pas. »
« T'es pas sérieux, là ? »
« Merci, Zabini », ponctua Granger en hochant la tête avec satisfaction.
Drago roula lentement des yeux, expirant un long soupir las.
« Faut te faire sortir avant que Parkinson te tombe dessus. Surtout si Nott l'a énervée avant. »
« Sans parler de Daphné », ponctua Blaise. « C'est elle dont je me méfierais le plus, si j'étais vous. »
« Je l'avais oubliée, elle », pesta Drago en plaquant sa paume contre son front.
« Elles n'iraient pas jusqu'à... ? », commença Hermione, mais la question resta en suspend.
Zabini et Drago s'échangèrent un regard. Si l'une ou l'autre tombait sur Hermione, il ne donnait pas cher de sa peau. Et bien qu'elle avait tendance à être extrêmement agaçante, Drago n'avait pas envie de voir Hermione sacrifier sur l'autel des Serpentard. Blaise haussa les épaules et se détourna.
« Bon, ben, bonne chance, hein », commença-t-il en se dirigeant vers la porte.
Drago bondit et s'interposa entre le métisse et la porte, les sourcils froncés.
« Ah non, maintenant que t'es là, tu vas nous aider. Tu croyais quand même pas que t'allais te tirer comme ça, j'espère ? »
Blaise hésita, regardant alternativement le visage sérieux de Drago et, à sa droite, Hermione, appuyée contre le mur, l'air grave. Après quelques secondes de réflexion, il finit par se résigner, haussant les épaules dans un acte de reddition.
« Et tu veux faire comment, au juste ? », questionna-t-il, sceptique.
« On va la déguiser. Je vois pas d'autres solutions. »
« Me... déguiser ? », répéta lentement Hermione, incrédule. « Non mais tu crois vraiment qu'ils sont aveugles à Serpentard ? Tu penses vraiment qu'ils vont pas me reconnaître ? »
« A priori, les Serpentard sont trop occupés à se dépêtrer de la vague Cobra pour faire attention à toi. Enfin, on va tout miser là-dessus en espérant que ça passe. »
Elle leur jeta un regard sceptique, mais finit par hausser les épaules, l'air de dire 'au point où j'en suis, j'ai plus rien à perdre'. Elle se leva, les dévisagea durement, avant de lancer, d'un ton sans réplique :
« Je vais piocher dans ta valise, mais en attendant, tournez-vous vers la porte... et ne vous avisez pas de bouger d'un pouce, ou je vous pétrifie sur place. »
Ils se lancèrent un bref regard et se tournèrent vers la porte sans oser discuter. Ils l'entendirent effectivement se diriger vers la malle de Drago et farfouiller dedans. Profitant de son inattention, Blaise se pencha à l'oreille de son ami.
« T'aurais pas pu choisir moins chiante, par hasard ? »
« J'ai rien choisi du tout, je te ferais remarquer. »
« Oui, ben ne t'essaye jamais à la loterie magique, alors. T'as l'air particulièrement malchanceux. »
Drago fronça les sourcils, se tournant subitement vers son ami pour le darder d'un regard noir.
« De quoi je me mêle, à la fin ? Je t'ai pas demandé ton avis, il me semble. »
« Non, mais tu m'as demandé mon aide, du coup, je m'octroie le droit de te donner mon avis. »
« Par Merlin, mais t'es aussi chiant que Granger. »
Zabini ouvrit la bouche pour répliquer mais la voix d'Hermione l'interrompit.
« C'est bon. »
Ils se retournèrent vivement pour voir Hermione emmitouflée dans une longue cape noire, habillée de vert et d'argent. Ça faisait un drôle d'effet, de la voir porter les couleurs de sa maison. Un bref instant, il s'imagina une histoire toute autre, une histoire où Granger avait été répartie à Serpentard. Les choses auraient pu être si différentes. Il voyait le Choixpeau effleurer ses cheveux et prononcer haut et fort : Serpentard ! Trois syllabes, dix petites lettres, et leur vie aurait été changé à jamais. Peut-être qu'ils l'auraient fréquentée plus tôt, peut-être qu'ils se seraient bien entendu dès le début ? Ou peut-être qu'elle serait tombée dans les manipulations cruelles qui seyaient tant au vert et argent. Dans le doute, il préférait l'histoire telle quelle.
« Alors ? », demanda-t-elle finalement, en s'inspectant soucieusement.
« Ça va jamais le faire », conclut Blaise en hochant la tête, les yeux pensivement plissés, une main sur le menton.
« Tu pourrais y mettre un peu du tien, non ? », maugréa Drago.
« Non, ben, non. Je suis dans la même galère que vous, maintenant. Le mieux ce serait que tu te coupes les cheveux », proposa-t-il, l'air de rien.
Hermione se tourna vers lui, furieuse. « C'est absolument hors de question ! »
Il ricana dans sa barbe, se moquant de la réaction excessive de la Gryffondor. Après quelques minutes de débats, ils finirent par convenir qu'elle enroulerait ses cheveux dans l'écharpe vert et argent. C'était loin de faire l'affaire, mais comptant sur l'accrochage Parkinson-Nott pour accaparer l'attention des autres, ils espéraient s'en tirer sans trop de dégâts. Elle revêtit donc l'écharpe, la mine renfrognée de porter des couleurs si propres à ses ennemis de toujours, et s'avança vers la porte. Ils hésitèrent quelques secondes, la main sur la poignée, et finalement, ils entrouvrirent la porte et s'avancèrent dans la pièce, entourant chacun la jeune fille.
Une clameur de cris et de protestations s'engouffra aussitôt par l'ouverture. La salle commune semblait à feu et à sang, confuse de bruits et d'insultes. Hermione sembla surprise par le vacarme, ne se doutant pas de l'ambiance pesante qui y planait depuis quelques semaines déjà. Ils s'avancèrent prudemment pour jeter un œil au décor de leur fuite, toujours cachés par la porte. Personne ne semblait les avoir remarqués, trop occupés par le conflit qui régnait chez les vert et argent. Une armée de Cobras - qui semblait grandir de jour en jour - faisait face à Nott, la baguette dressée, le visage défiguré par la colère. Ses joues s'étaient creusées, il avait l'air plus pathétique encore que le soir de la Nuit d'Albâtre. Ses traits étaient tirés, et ses orbites, injectées de sang. Sa robe de sorcier était tâchée, froissée et déchirée. Sa main, bien que fixée résolument sur sa baguette, était agitée de soubresauts nerveux. Il n'avait pas été épargné par les relents de la guerre, et pendant un instant, Drago se prit à avoir pitié de lui. Mais le plus inquiétant n'était pas Théodore, mais Pansy. Elle se dressait fièrement, le menton relevé, les mains postées sur ses hanches avec assurance, et elle exultait de tant d'assurance et de cruauté, que l'ombre d'une seconde, d'un instant fugace, elle lui évoqua le Seigneur des Ténèbres. Il se ressaisit vite et empoigna Hermione par le bras, ignorant ses vagues revendications, avant de se lancer, tête baissée dans la foule Serpentard, suivi de près par Zabini qui assurait leurs arrières. Trop occupés par le drame qui se jouait sous leurs yeux, ils ne prêtèrent pas attention à eux. Ils se faufilèrent discrètement, plus que quelques mètres, et ils atteindraient le tableau. Là encore, il faudrait donner le mot de passe et la faire sortir avant que quiconque ne remarque ce qu'il se tramait. Il buta dans un fauteuil, jura intérieurement, et reprit sa course. Quatre mètres, plus que trois, puis deux, mais la voix de Pansy s'abattit comme un grondement de tonnerre dans la pièce.
« Alors, Granger, tu comptais filer sans nous dire au revoir ? »
Il y'eut une vague de murmures, puis petit à petit, tous les Serpentard se tournèrent vers eux. Il s'abattit sur la salle un silence aussi glacial qu'un vent d'hiver. Ça y'est. Ils les regardaient tous de leurs grands yeux, arrondis comme des soucoupes. Ils étaient pris au piège. Instinctivement, Drago se plaça devant Hermione. Il ne savait pas trop d'où venait ce geste, peut-être essayait-il de la protéger ou peut-être de la cacher, par honte. Il n'aurait pas su dire. Lentement, il atteignit sa baguette, s'agrippant à elle comme à une bouée de sauvetage, prêt à la dégainer. Il observa tour à tour chacun de ses camarades, absorbés par leurs regards désorientés ou simplement dégoûtés, priant en silence pour que quelque chose, n'importe quoi, détourne leur regard et qu'il puisse s'enfuir loin, loin de tout ça.
« Comme c'est touchant, mais c'est que t'essayes de la protéger en plus », éructa Pansy, d'un rire mauvais venant du plus profond de sa gorge.
Elle s'avança d'un pas, il retira lentement sa baguette de sa poche, prêt à se battre. Dans son dos, il sentit Hermione faire de même, ses muscles se crispant comme si elle avait été pétrifiée.
« Alors, Daphné, qu'est-ce que ça fait de se faire piquer son bon parti sous le nez ? »
Lentement, il vit ses camarades se tourner vers l'intéressée, guettant avidement la moindre réaction à ajouter à leur dose de drame quotidien. Il chercha quelques secondes un échappatoire, tentant d'éviter son regard, il sentit même Hermione faire pression dans son dos, lui glissant rapidement que c'était le moment de partir mais il ne bougea pas. Il se résolut enfin à croiser le regard de Daphné, lui aussi. Ses yeux étaient rivés sur les sien, son regard s'accrocha à ses prunelles. Iris vert contre iris d'argent, quelle ironie. Son visage ne laissa rien paraître, elle se tenait toujours droite, le menton fièrement relevé dans une attitude altière. Mais au fond de ses yeux, il vit la déchirure, intense, il vit la douleur et le chagrin. Au fond de son regard, il vit un océan de tristesse s'abattre sur son cœur de petite fille. Il la vit le supplier silencieusement, lui demander de s'éloigner de Granger, de revenir vers elle. Mais il ancra sa position, comme un refus catégorique qui vint gifler Daphné en plein visage. Et là, dans les abysses de ses prunelles émeraudes, il vit quelque chose s'éteindre, comme on aurait jeté de l'eau sur un feu, et les braises de son chagrin rougeoyèrent douloureusement.
« Vous avez de la chance », tonna Parkinson d'une voix vipérine. « J'ai une affaire à régler avec ce bon vieux Théodore, alors je vais fermer les yeux sur vous deux pour le moment. Je vous conseille de vous casser... maintenant. »
Drago jeta un bref regard à Nott qui essayait de garder un semblant de dignité, mais ses jambes tremblantes ne trompaient personne. Il avait peur. Il hésita un quart de seconde à le défendre, en souvenir de l'amitié qui avait un jour uni leur famille, mais il finit par se détourner. Ce temps-là était mort, et il n'était pas prêt à se sacrifier pour cet imbécile. Il saisit le bras d'Hermione et filèrent par le tableau, juste avant que ne résonnent les cris torturés de Théodore.
~~~~o~~~~
Drago grogna en réalisant qu'il n'était que quatre heures du matin. Il enfonça sa tête dans l'oreiller, essayant tant bien que mal de se rendormir, mais réalisa bien vite que c'était peine perdue. De mauvaise grâce, il s'extirpa du lit, enfila un jean et un t-shirt et se posa quelques secondes à la fenêtre de sa chambre, le coude appuyé sur le rebord de pierre. Malgré les vitraux qui obscurcissait la vue, on distinguait parfois quelques mouvement mystérieux dans le tréfonds des eaux bleutées et il aimait imaginer que les Sirènes venaient parfois s'aventurer jusqu'à sa fenêtre, veillant sur celui qu'elles avaient failli capturer à jamais.
Il bâilla en s'étirant, et poussa la porte de la salle commune. Les lumières tamisées se prenaient à imiter les lueurs de l'aube, plagiant l'éclat boréal des petites heures. Mal réveillé, il se dirigea vers la salle de bain en traînant des pieds quand un grincement le fit sursauter. Dans l'obscurité d'un recoin de la pièce, une ombre indistincte laissait parfois échapper de petits hoquets irréguliers. D'un pas hésitant, Drago se rapprocha de la silhouette, distinguant, malgré les ténèbres un corps recroquevillé et tremblant.
« Lumos. »
La baguette de Drago éclaira la pièce d'une lumière blafarde. Alertée par ce soudain éclat, la silhouette leva la tête et Drago recula d'un pas, peinant à reconnaître Théodore dont le visage tuméfié était ravagé de larmes sales. Sa paupière droite était légèrement gonflée, refermant un peu son œil, accentuant son allure écharnée. Il n'essaya pas de cacher ses larmes, reniflant sans élégance, toussant, crachant sa haine et son désespoir, et ses yeux bleus semblaient voilés, brumeux de détresse comme deux orbites qui s'ouvraient sur le vide béant qui l'habitait désormais. Pendant un long moment, ils ne parlèrent pas. Quelque chose chez Nott répugnait Malefoy, le repoussait violemment, et pourtant, il ne pouvait se résoudre à retourner se coucher comme si de rien n'était. L'espace d'un instant, il se demanda d'où venait cette soudaine empathie, mais de peur de trouver la réponse, il chassa bien vite la question de son esprit.
« Retourne te coucher », articula lentement Drago, en fixant Théodore d'un regard froid.
Le visage de Nott se baissa, fixant le sol d'un air perdu, mais il ne bougea pas d'un millimètre et ses pleurs s'accentuèrent, redoublant d'intensité, s'écoulant de manière désordonnées sur ses joues exsangues, bariolées de bleus. La voix rauque, il bafouilla :
« Je peux pas. Je peux plus... Je peux plus... Putain... Non, je peux plus... Tout ça, je peux plus... »
« T'as pas le choix, Nott. Va falloir faire avec. »
« Je veux pas... Je suis plus rien... Je peux pas... »
Il voulut faire un pas, lui tapoter l'épaule amicalement, faire preuve d'un peu de compassion. Mais son regard noyé par la douleur et les croûtes sanguinolentes qui courraient sur son cou l'en dissuadèrent. Toutes ces blessures, Nott aurait pu les soigner s'il l'avait voulu, mais il les avait laissé telles quelles, comme un collier d'ecchymoses ornant la peau livide de son cou. Il avait abandonné, il avait arrêté de combattre, il s'était honteusement rendu. Et dire que Nott et lui avaient un jour représenté le futur de l'armée des Mangemorts. Eux, les plus lâches des élèves de Poudlard. C'en était presque risible.
Il voulut lui dire de s'accrocher encore un peu, que Pansy allait bientôt tomber, que ce n'était qu'une question de temps, mais les mots s'agglutinèrent dans sa bouche sans franchir la barrière de ses lèvres. Non. C'était trop risqué de lui confier quoi que ce soit. Finalement, il haussa les épaules, et d'un ton plus doux, il ajouta :
« Va te coucher, si Pansy te voit comme ça, elle saura qu'elle a gagné. »
« Ça n'a plus d'importance... C'est trop tard, c'est trop tard, maintenant... J'ai pas perdu, j'ai tout perdu... »
Ses mains se serrèrent en poings qu'il pressa contre ses yeux boursoufflés, comme un réceptacle à ses larmes diluviennes. Par pudeur, Drago se détourna de Théodore sans rien ajouter, et lorsqu'il s'effondra de nouveau dans son lit, il ressentit quelque chose d'étrange ; une infime once de tristesse.
~~~~o~~~~
Une semaine était passée sans qu'il n'aperçoive ni Granger, ni Nott. Drago passait le plus clair de son temps dans le parc du château, à errer près du lac ou à s'aventurer dangereusement près de la Forêt Interdite. Il n'assistait quasiment plus au cours, évitait du mieux qu'il pouvait ses camarades, quittant la salle commune aux aurores, et revenant bien après que l'horloge n'ait sonné Minuit. Épuisé par ce rythme, il tenait en pensant que le procès de son père aurait lieu dans deux semaines, et qu'avec lui, viendrait le moment de faire tomber Pansy. Cette pensée l'emplissait d'une joie malsaine, celle qu'apportait les rêves de vengeance.
Lors de ses déambulations nocturnes, il repensait parfois à sa nuit avec Granger. L'instant lui paraissait bien loin, maintenant, si bien qu'il se prenait parfois à se demander s'il ne l'avait pas tout simplement imaginé. Mais les sensations qu'il avait ressenti étaient bien trop ancrées dans chaque cellule de son corps pour qu'il puisse en douter trop longtemps. Et quelque chose de spécial le remuait tout entier, quelque chose qui l'inquiétait car il pouvait le sentir grandir au creux de son estomac. Il soupira longuement pour essayer de s'extirper de ses pensées et se pencha pour ramasser un caillou recouvert de gel qu'il s'empressa de jeter dans le lac, appréciant avec une joie enfantine les remous qu'il avait causé.
« T'es là, toi ! Ça fait des jours que je te cherche partout ! », s'écria une voix dans son dos.
En deux enjambées, Hermione l'avait rejoint, se postant à côté de lui, les yeux fixés sur l'onde noire du lac.
Il se retourna et lui sourit. « Je ne sais pas trop si je dois être flatté ou m'inquiéter. »
Elle fit mine de réfléchir, la main posée pensivement sur le menton, puis elle haussa les épaules.
« Un peu des deux, disons », répondit-elle malicieusement, les commissures de ses lèvres relevées en un demi-sourire.
« Attention, Granger. Ce sourire en coin un peu narquois, c'est signé Malefoy. A croire que je commence enfin à avoir une bonne influence sur toi. »
Cette fois-ci, elle rit pour de bon. Son rire cristallin s'échappa en nuages de buée qui se laissèrent paresseusement porter par le vent. Il aimait bien ce rire. Il l'entendait rarement, mais il l'aimait bien. C'était un rire franc qui frisait l'inconvenance, et finalement, c'était peut-être pour ça qu'il l'aimait tant.
« J'ai vu que le procès était dans deux semaines...», commença-t-elle. Et face à son regard interrogateur, elle s'empressa d'ajouter : « ... c'était écrit dans la Gazette, ce matin. »
Il hocha la tête lentement, l'air ailleurs.
« C'est bientôt la fin de votre calvaire. »
« Je ne sais pas. J'ai surtout l'impression que je me focalise là-dessus pour éviter de penser à ce que sera ma vie quand je sortirai de l'enceinte de ce château. »
Elle sembla surprise. « Comment ça ? »
« On est protégé, ici. Mais dehors, dehors... c'est autre chose. J'ai pas envie de passer une vie entière à me battre. »
« Mais... Tu comptes faire quoi ? »
Son visage se détourna, si bien qu'elle ne voyait plus que l'arrête de son menton, et son regard, perdu dans l'horizon.
« Partir, sûrement. »
Et avant qu'elle n'ait pu répondre, il enchaîna aussitôt :
« Enfin, qu'importe. J'attends plus qu'une chose, pour le moment, c'est de voir Pansy s'écraser. Cette fille est un danger pour l'humanité. »
Hermione acquiesça d'un geste de la tête : « J'ai vu ça. »
Elle avança vers lui, le dépassa, lui intimant de la suivre ce qu'il fit sans rechigner, sans même émettre la moindre protestation. Elle escalada quelques rochers, se faufila entre des arbres et enfin déboucha sur une minuscule crique bercée par le bruit des arbres balancés au vent et de l'eau qui venait s'échouer à leurs pieds en écume duveteuse. Elle s'installa sur un rocher, assise en tailleur, et il se hissa jusqu'à elle, les jambes dans le vide.
« Tu regrettes, pour la dernière fois ? », demanda-t-elle finalement après quelques minutes de silence paisible.
« Pour la dernière fois ? », répéta-t-il, sans comprendre.
« Oui, tu sais très bien de quoi je parle », marmonna-t-elle en fronçant les sourcils.
Le visage de Drago s'éclaira de compréhension : « D'avoir couché avec toi, tu veux dire ? »
Les joues de Granger s'empourprèrent, et ça le fit rire.
« Alors ? Tu regrettes ? », relança-t-elle, pour essayer de masquer son trouble.
Il leva les yeux au ciel. « C'est toi la Gryffondor, c'est toi qui es censée être courageuse donc je te laisse l'honneur de répondre la première. »
Elle leva les yeux au ciel à son tour, mais finit par sourire, amusée.
« Non, je regrette pas. Je regrette de ne pas regretter par contre. Mais pour le reste... non. Et toi ? »
« Je regrette juste de pas l'avoir fait chez les Gryffondor. J'aurais adoré voir la gueule de Potter en apprenant la nouvelle. »
« Ne le sous-estime pas trop, il a vécu chez les Moldus. T'imagines pas le genre d'instruments de torture qu'ils ont inventé. Et mes parents sont dentistes donc je sais de quoi je parle. »
Il sourit. « J'ai pas compris un traitre mot de ce que tu viens de raconter à propos de tes parents, mais dans le doute, je vais rester sur mes gardes. »
Elle sourit tendrement, avec une pointe d'amusement dans le fond des yeux. Et il se rendit compte que ces derniers temps ses sourires et ses regards s'étaient adoucis. Il y'avait quelque chose de différent, dans sa façon de lui parler et de se conduire avec lui. Il aimait bien, ça changeait. Pas de compromis, pas de faux-semblant ou de courtoisie feinte. Il s'imposait à elle, tel quel, sans filtre, avec tous ses défauts et ses âpretés, et le pire c'est qu'elle avait de l'air de faire avec.
Il posa une main sur son épaule, puis la main glissa lentement, caressant son bras pour finalement saisir sa main. Il leva les yeux pour la dévisager, un sourire en coin et elle lui rendit son sourire. Leurs doigts s'entrelacèrent et ils se tinrent quelques instants dans cet équilibre fragile de tendresse et de douceur. Puis, il se pencha vers elle, observant attentivement son visage pour la toute première fois. Son nez qui se tordait imperceptiblement quand elle souriait. Et son sourire légèrement asymétrique, un peu plus plissé à gauche. Sans oublier, la discrète ridule d'anxiété qui barrait parfois son front. Il y'avait quelque chose de beau, dans toutes ces petites bizarreries. Quelque chose d'apaisant. Elle n'était pas parfaite. Et Drago n'en pouvait plus, de la perfection. Il avait passé sa vie à se vautrer dans une perfection rugueuse et sans saveur. Il avait fait la conversation à des dîners parfaits, avait accepté sans broncher une éducation parfaite, avait courtisé des jeunes filles parfaites jusque dans leurs coiffures sophistiquées et leurs manières mondaines. Une vie parfaite et bien rangée qui ne laissait aucune place au moindre faux pas. Il avait fait bien gentiment ce qu'on lui avait demandé. Il avait toujours été parfait... ou presque. Il avait failli une fois, et manque de chance, c'était certainement pas la fois où il fallait échouer. Il avait assisté impuissant au spectacle de sa propre lâcheté. Il s'était vu se fissurer de la tête aux pieds, crouler sous le poids d'une vie parfaite qu'il n'était pas capable d'assumer. Depuis, il portait le fardeau de son erreur.
Alors, là, lorsqu'il se retrouvait tout seul face à Granger, face à tout ce qu'une vie de perfection exécrait, il savait. Ce qu'il aimait, c'était toutes ces aspérités étranges, toutes ces petites anormalités qui le happait hors de sa bulle de perfection.
De son autre main, il encadra la joue d'Hermione et réduisit la distance entre eux, à quelques centimètres, puis quelques millimètres à peine et... elle se recula subitement, un sourire amusé aux lèvres.
« Pourquoi ? », murmura-t-il, frustré.
« Il ne faudrait pas non plus que ça devienne une mauvaise habitude », souffla-t-elle doucement avant de lui plaquer un baiser à la commissure des lèvres, sur le coin de son sourire.
Elle bondit, sauta de rocher en rocher, faisant le chemin inverse avec une dextérité impressionnante.
« Pourtant j'aime bien cette mauvaise habitude, moi. Je la préfère largement à ton habitude de prendre tes jambes à ton cou, par exemple ! », s'écria-t-il alors qu'elle s'éloignait de plus en plus en loin.
« Tu t'y feras, va ! », lança-t-elle avant de sauter sur le dernier rocher.
En un clin d'oeil, elle disparut de sa vue, et dans une brise glacée, le vent porta jusqu'aux oreilles de Malefoy son rire enfantin. Il perdit son regard dans l'horizon, et toute cette grisaille lui parut soudain un peu moins déprimante.
Non, il n'avait pas l'intention de laisser Granger filer trop loin.
~~~~o~~~~
Il regarda sa montre. Une heure vingt-deux. Il soupira, fourrant ses mains dans ses poches pour les protéger du froid et se dirigea vers le château. Les couloirs étaient déserts ; silencieux malgré le vent qui claquait contre les vitraux, les faisant frémir et murmurer sur son passage.
Il aimait ces moments de solitude, le calme paisible qui régnait aux petites heures de la nuit. Il n'y avait pas un chat et même les tableaux sommeillaient dans leurs cadres, à l'exception du Veilleur, qui le regardait toujours passer d'un air méfiant, pointant férocement sa lanterne dans sa direction. A part lui, personne. Personne pour lui dire quoi faire ou pour le menacer. Et il fallait bien avouer que, ces derniers temps, ses échanges se limitaient à ces deux options.
D'un pas lent, il traversa les cachots et passa par le tableau le plus discrètement possible. Habituellement, la salle commune était vide, et il n'était accueilli que par les bruits des remous maritimes et les gémissements de ses camarades aux prises avec un cauchemar.
Mais cette fois-ci, la lumière était allumée, éclairant le visage mauvais de Parkinson qui l'attendait dans son fauteuil pourpre, les bras étendus sur l'accoudoir.
« Tu ne pourras pas me fuir éternellement », lui glissa-t-elle en plantant son regard dans le sien.
« Non, je ne compte pas t'éviter longtemps. Les choses finiront bien par changer. »
Elle éructa d'un rire rauque, les yeux au ciel avant de se fixer de nouveau sur lui, en éludant sa réflexion d'un geste de la main.
« Et par quel miracle les choses changeraient ? »
« Qui sait. Tu es bien placée pour savoir que le château ne manque pas de conspirateurs. »
Elle se leva élégamment, sa robe de chambre de satin vert ondoya sur ses hanches. Elle se rapprocha de Drago et il serra les lèvres, répugné par cette soudaine proximité. Elle ne ressemblait plus en rien à la Pansy qu'il avait connu : elle exhalait d'une assurance vaine, d'une folie malsaine incrustée dans chaque pore de sa peau. Elle irradiait d'une cruauté noire et dantesque qui la défigurait de laideur.
Bientôt. Bientôt, elle tombera, se répétait-il en boucle pour se retenir de l'étrangler.
« Tu as raison, j'en connais un rayon sur les conspirateurs », lui répondit-elle avec un sourire doucereux. « Je sais, par exemple, comment leur casser le cou. »
Elle glissa sa main dans celle de Malefoy et il sentit un contact glacé au creux de sa paume. Lorsqu'il baissa les yeux, il découvrit un petit coutelas d'argent finement gravé. Il l'observa quelque secondes, incrédule, avant de relever le visage pour dévisager Pansy d'un air atterré.
« Tu reconnais ? », demanda-t-elle, transfigurée par un sourire victorieux.
Malgré lui, Drago recula d'un pas, ses yeux écarquillés luisant à la lumière des bougies. Une déferlante d'horreur le terrassa.
« Non, tu n'as pas... », balbutia-t-il mais le reste mourut dans sa gorge.
« Hermès est morte », asséna Pansy pour toute confirmation. « Quand tu fais parler la Messagère, au beau milieu de l'Allée des Embrumes, tu la condamnes à mort. »
« T'es folle. Complètement folle. »
« Ce n'est pas de la folie, c'est du savoir vivre, très cher. »
Elle rit de nouveau et il sentit ses poils se hérisser à mesure que tous ses espoirs s'envolaient en fumée.
« Ah, une dernière chose... », commença-t-elle.
D'un geste vif, elle saisit le poignard des mains de Drago et de sa pointe acérée, elle effleura le cou de Drago.
« Si je te vois encore avec ta catin de Sang-de-Bourbe, je la tue. »
La menace vibra dans l'air longtemps, se suspendant au silence oppressant, résonnant de longues minutes. Longtemps, même bien après que Pansy n'ait disparu derrière la porte de son dortoir.
MERCI, MERCI, MERCI, MILLE MILLIONS DE MERCI ! 100 REVIEWS, GRÂCE A VOUS !
J'ai pas les mots pour vous remercier - quelle ironie ! - mes chers lecteurs. Je vais me répéter, mais je vous remercie tous : mes lecteurs, reviewers ou fantômes, ceux qui m'ajoutent en favoris ou qui mettent l'histoire en alerte, ceux qui s'accrochent et continuent à lire, ceux qui en parlent à des amis, merci à vous TOUS. Et surtout, merci pour vos petites reviews d'encouragement, c'est tellement génial !
Bon, j'espère que ce chapitre vous plaira, bien qu'il soit un peu étrange ! J'ai hâte de savoir ce que vous en pensez.
Love, love, love, my dear readers.
