A mesure qu'elle s'avançait, les battements de son cœur s'accéléraient au point de devenir hystérique. Elle marqua une pause avant de s'engager dans le couloir et inspira profondément. Par réflexe, elle posa sa main sur sa poitrine pour en calmer les tambourinements et en effet, son cœur sembla ralentir la cadence.

Elle se remit en marche, le visage fermé, les yeux rivés sur ses chaussures, et ne s'arrêta que lorsqu'elle eut atteint la porte du bureau de McGonagall. Quelques minutes de silence passèrent, distendu et pesant, puis des pas résonnèrent dans le couloir. D'abord en bruit lointain, puis il s'amplifia, se rapprocha. Son cœur s'affola de nouveau, se hérissant, cabrant dans sa cage thoracique, se débattant férocement. Elle se sentit fiévreuse et fébrile, osant tout juste respirer, et malgré ses yeux baissés, elle aperçut deux chaussures entrer dans son champ de vision.

Elle releva la tête et, comme elle s'y attendait, tomba sur Malefoy. Ses mains étaient postées dans ses poches avec désinvolture, et il feignait d'être absorbé dans la contemplation du plafond, la tête appuyée contre le mur de pierre. Elle en profita pour le détailler des yeux : contempla ses épaules, larges et nonchalantes, suivit la courbe de sa nuque jusqu'à son menton, relevé en arrière dans une attitude altière, puis son regard se perdit dans ses cheveux en bataille d'un blond argenté. Sentant le regard peser sur lui, il baissa lentement la tête et leurs yeux se croisèrent, orchestrant une chorale de détonation affolées, dans son esprit. Elle crut pendant un instant qu'il allait lui sourire ou se moquer d'elle, par habitude. Mais il ne dit rien, les yeux contre les siens, et le silence s'allongea. Une seconde, deux secondes, trois secondes. Elle fit un pas vers lui.

« Malefoy... »

« Jusqu'au bout, hein », répondit-il d'un air froid.

Elle s'arrêta aussi sec. Il y'eut un brouhaha dans le couloir, un groupe d'élèves tourna à l'angle en parlant fort et en gesticulant joyeusement. Ce fut le signal : Drago roula des yeux, puis lui jeta un regard méprisant avant de se rappuyer contre le mur pour se plonger de nouveau dans la contemplation du plafond.

Les élèves les dépassèrent et disparurent à l'angle du mur. Lasse, elle soupira longuement en jetant un regard noir à Drago avant de se poser elle aussi contre le mur, en attendant que McGonagall veuille bien ouvrir sa porte. Après de longues minutes particulièrement pesantes, la porte du bureau s'ouvrit enfin. McGonagall les dévisagea sévèrement avant de les inviter à entrer.

« Asseyez-vous, je vous prie. »

Ils s'exécutèrent sans protester et prirent chacun une chaise en évitant soigneusement de se regarder.

« Bien, si je vous ai convoqués, c'est pour vous annoncer une bonne nouvelle. Dès la rentrée, vous récupérerez vos fonctions de préfets en chef. »

Hermione laissa échapper un petit cri de joie, avant de se reprendre et de gratifier la directrice d'une pluie confuse de remerciements et de promesses de bonne conduite. McGonagall finit par réussir à calmer le flot de paroles d'Hermione pour se tourner vers Malefoy. Dans sa joie, la Gryffondor n'avait même pas adressé un coup d'oeil au Serpentard mais à constatait à présent son air défait et sa moue mécontente. Il s'était enfoncé dans son fauteuil, les bras croisés et le regard sombre.

« Évidemment, la proposition tient aussi pour vous, Monsieur Malefoy »

« Et si je refuse ? », demanda froidement le blond.

« Pardonnez-moi, j'ai mal formulé. Ce n'est pas une proposition, c'est une obligation. »

Hermione jeta un œil surpris à la directrice mais n'osa rien dire. McGonagall avait toujours été d'une rigueur implacable qui semblait parfois un peu trop dure, dénuée de sentiments et de sensibilité. Mais quiconque la connaissait, savait qu'au contraire, la directrice avait toujours été d'une justice exemplaire. Hermione ne comprenait pas son comportement étrange, surtout qu'elle ne se réjouissait pas particulièrement de devoir à nouveau partager la tâche avec Malefoy, mais elle imaginait bien qu'une raison obscure se tapissait là-dessous.

« C'est ridicule », répondit Drago avec mauvaise humeur. « Il y'a des dizaines de personnes qui donneraient tout pour avoir ce poste. Y'en a même qui réussiront à supporter Madame Je-Sais-Tout. Mais moi j'en veux pas. C'est même pas que je m'en fous, c'est pire que ça, j'en veux pas. Choisissez quelqu'un d'autre. »

Hermione le fusilla du regard avant de se tourner elle aussi vers la directrice, l'air implorant.

« Madame, je vous en prie... Désignez quelqu'un d'autre. »

« Vous voyez, même elle, elle ne... »

« Taisez-vous », les interrompit sèchement McGonagall en se plantant devant eux avec rigidité. « Monsieur Malefoy, vous vous doutez bien que le titre honorifique de préfet-en-chef que vous ne cessez de refuser avec un désobligeant manque de courtoisie vous revient de manière tout à fait exceptionnelle, n'est-ce pas ? »

Drago haussa les épaules, l'air de ne pas vraiment comprendre où elle voulait en venir.

« Vous êtes loin d'être un étudiant modèle, si vous préférez que je le formule ainsi. »

« Je ne vois pas ce qui vous fait dire ça. J'ai un comportement exemplaire », railla le blond avec un petit sourire narquois.

« Nous avons insisté pour que tous les élèves de Poudlard terminent leur scolarité », continua la directrice sans relever la remarque du Serpentard. « Et en particulier les filles et fils des partisans du Seigneur des Ténèbres. Certains en avaient déjà l'intention, mais pour la plupart, il a fallu négocier âprement. Nous pressentions les répercussions de la Guerre et nous voulions bâtir des cendres de cette école, un lieu d'entente et de pardon », elle s'arrêta un instant pour leur lancer à tous deux un regard empreint de gravité, avant de poursuivre : « Drago, votre père a été gracié malgré son implication auprès de Voldemort. Vous représentez l'espoir, l'espoir pour ces fils et filles déchus d'être pardonnés. En vous nommant vous et Mademoiselle Granger, je voulais instiller un message d'espoir et d'amitié. »

« Mais je ne veux pas de ce rôle-là », protesta vertement Drago. « Vous n'avez pas le droit de m'ériger en défenseur d'une cause dont je me fous royalement. »

McGonagall se releva et contourna son bureau avant de s'y asseoir. D'un geste, elle ouvrit un des tiroirs de l'antique secrétaire et en tira une volumineuse pile de papiers parfaitement ordonnés. D'un geste, elle saisit une plume, qu'elle trempa dans l'encrier avant de se plonger dans l'écriture de ce qui semblait être une lettre particulièrement officielle.

« C'est ainsi et c'est non négociable », trancha-t-elle d'un ton sans réplique, sans lever les yeux de ses papiers.

D'un bond, Drago se releva, furieux, et lança à la directrice un regard hargneux qu'elle ignora royalement. Avant qu'il n'ait atteint la porte, elle l'arrêta de nouveau.

« Une dernière chose. Je ne suis pas complètement aveugle, contrairement à ce que vous avez l'air de penser. Je sais qu'il se trame des choses dans vos maisons respectives. Peut-être voudriez-vous m'en parler ? »

Pour toute réponse, Drago ouvrit la porte et tempêta hors de la pièce en prenant bien soin de la claquer bruyamment derrière lui. Le regard de la vieille dame se porta alors sur Hermione qui baissa la tête et hocha lentement la tête pour lui signifier qu'elle n'en savait pas plus.

« Méfiez-vous, mademoiselle Granger, il y'a des créatures bien plus dangereuses que tous les Centaures et les Trolls qui peuplent la Forêt Interdite. Ce sont celles qui arpentent les couloirs de ce château et se font communément appeler 'élèves'. Ils sont parfois bien plus cruels et bien plus nocifs que le plus borné des Gobelins. »

Sans rien ajouter, elle se replongea dans sa paperasse et Hermione quitta silencieusement la pièce.

~~~~o~~~~

Le dortoir était désert et l'ambiance reposante l'aidait à se concentrer. Posée à sa gauche dans le lit sur lequel elle était assise en tailleur, une imposante pile de livres menaçait de s'écrouler à tout moment. Elle apposa le point final à sa dissertation d'Histoire de la Magie et se laissa tomber dans son lit avec un soupir de soulagement. Les ouvrages vacillèrent un instant, mais la secousse eut raison de l'équilibre précaire de la pile et ils s'écrasèrent sur le sol avec fracas. Hermione poussa un long soupir - d'agacement, cette fois - et se releva pour ranger les livres dans sa malle. Puis, après avoir noué distraitement ses cheveux, elle se décida à descendre. La solitude de ces derniers jours commençait à peser lourd sur ses épaules.

En arrivant dans la salle commune, quelque chose titilla son attention. Quelque chose était différent. Le feu était éteint, et la pièce était silencieuse à l'heure où elle s'emplissait habituellement de rires et de brouhaha. Elle fit un pas dans la salle, aperçut la silhouette de Neville, accoudée à la fenêtre, plongée dans un livre de Botanique et s'empressa de le rejoindre.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? », demanda-t-elle en jetant un coup d'oeil anxieux aux alentours.

Il releva le nez de son livre et elle remarqua qu'il avait les traits tirés et semblait exténué. Il exhalait d'une sorte de tristesse maladive qui tranchait avec son habituelle bonhomie. Il lui sourit entre ses cernes avant de hausser les épaules.

« Comment ça ? », demanda-t-il doucement.

« Je ne sais pas... On dirait que c'est... que c'est sans vie, ici. »

Il parut sincèrement étonné et inspecta rapidement la salle avant de fixer de nouveau son regard sur le visage soucieux d'Hermione.

« Depuis combien de temps tu n'es pas passée ici, Hermione ? », la questionna-t-il gentiment.

« Je ne sais pas... un petit moment », avoua-t-elle, un peu honteuse.

« C'est comme ça depuis 'un petit moment', donc. J'ai l'impression que les gens n'ont plus vraiment envie de s'attarder en salle commune. Qu'ils n'ont plus envie, ou qu'ils ont un peu peur, je ne sais pas. »

« Peur ? Peur de quoi ? », s'alarma Hermione.

« Je ne sais pas », répondit évasivement Neville en refermant son livre et en le posant sur ses genoux. « Ces derniers temps, j'ai l'impression d'être tout seul, ici. »

Elle vit briller un peu de tristesse dans ses grands yeux bleus qui clignèrent lentement comme pour retenir toute l'émotion qui menaçait d'en déferlait. Avec douceur, elle déposa une main réconfortante sur son épaule, saisissant sa confession entre les lignes. C'est vrai que ces derniers temps, elle avait été absente, passant toujours en coup de vent.

« On mange ensemble ? », demanda-t-il avec un sourire.

« Oh, désolée, Neville. Je ne peux pas. Je dois retrouver Harry. »

« Ah... »

Il lui offrit un petit sourire triste et sans rien ajouter, se replongea dans la lecture de son manuel alors qu'elle s'éclipsait en lui jetant un dernier regard navré.

~~~~o~~~~

Des pas résonnèrent dans la petite cour balayée par le vent, étouffant le bruissement du vent qui affolait les dernières feuilles, les envoyant gracieusement valser sur le sol et dans les airs.

« Quelle idée de manger dehors avec ce temps », soupira Harry en adressant tout de même un sourire à Hermione. « Tiens, je t'ai pris de la tarte à la citrouille. »

Elle lui offrit un sourire reconnaissant, attrapa la part de tarte qu'il lui tendait et s'emmitoufla un peu plus dans son écharpe.

« Non, mais vraiment, Hermione. Tu veux pas qu'on rentre ? », demanda-t-il en réprimant un frisson. « Ou alors tu es fâchée contre moi et c'est ta stratégie pour te débarrasser de moi ? Me condamner à mourir congelé, c'est ça ? »

« Dumbledore disait toujours que le froid gardait l'âme au chaud... », le taquina-t-elle avec un sourire.

« Oui, enfin on parle d'un homme qui passait son temps à se gaver de bonbons au citron et qui marchait pieds nus dans la neige. Je ne suis pas sûr que ce soit un bon exemple. »

Ils se sourirent tous les deux et il plana un bref silence durant lequel ils repensèrent chacun à leurs premières années à Poudlard avec un peu de nostalgie. Le temps avait filé si vite. En un battement de cil, ils avaient grandi, et les souvenirs de cette époque paraissaient brumeux, plus vraiment réels, remplacés par tout ce qu'ils avaient vécu entre temps.

« Tu crois qu'il serait déçu de voir dans quel état se trouve son école ? », demanda-t-elle, en dévisageant Harry d'un air soucieux.

Il marqua un temps, pensif, avant de secouer doucement la tête.

« Non. Les choses ne seront plus jamais pareilles, mais c'était inévitable. Il faut du temps pour réparer ce genre de dégât. Au sens propre comme au figuré. »

Elle acquiesça, pas vraiment convaincue. Elle avait surtout l'impression d'avoir lâchement abandonné tout le monde, de ne pas avoir été à la hauteur. Elle aurait dû enrayer la crise avant qu'elle n'éclate en folie, mais elle en avait été incapable.

« Je m'inquiète pour Ron », finit-elle par murmurer au bout d'un long moment.

« C'est pour ça que tu m'as traîné dehors, avoue ! »

« En partie. Et parce que j'avais envie de passer un peu de temps avec mon meilleur ami, aussi », sourit-elle en lui adressant un clin d'oeil.

« Tu t'en sors bien », concéda-t-il avec un sourire vaincu, avant de reprendre son sérieux et d'ajouter, à voix basse : « Je m'inquiète aussi, Hermione. J'ai essayé de lui parler, mais il m'a rembarré à chaque fois. »

« J'ai l'impression que... J'ai l'impression qu'on l'a laissé tomber. »

« Dis pas ça. On avait tous besoin de faire notre deuil, on avait besoin d'un peu de temps. Un peu de temps pour ne pas devenir fou. »

« Je sais... Mais il ne vient quasiment plus en cours, et je sais pas... Je me sens coupable. Après tout ce qu'on a vécu ensemble, on aurait dû être capable de l'aider. On aurait dû être là... »

Elle marqua une pause, pensive, tout en entamant sa part de tarte, puis releva les yeux vers Harry.

« Tu l'as vu, toi, ces derniers temps ? »

« Pas vraiment. Il a passé des nuits à se tourner et se retourner dans son lit. J'essayais de l'aider, de lui parler, mais il s'emmurait dans son silence. Et puis, il a commencé à faire les cent pas dans la chambre en murmurant des trucs incompréhensibles, comme s'il délirait totalement. On n'a rien dit, on a tous été patients, on a pris sur nous. Chaque fois, je lui demandais si tout allait bien, je le suppliais de me parler, de me raconter, mais il ne répondait jamais. Et tout d'un coup, il s'est mis à disparaître la nuit. Il se levait, et il partait. Des fois, j'entends des murmures, les chuchotements d'une conversation. Je ne sais pas ce qu'il fabrique mais quand je me réveille le matin, il est revenu. »

Hermione fronça les sourcils, l'air inquiet.

« Tu ne l'as jamais suivi ? Pour voir où il partait ? »

Il lâcha un long soupir en secouant la tête sous le regard pressant d'Hermione qui espérait une réponse positive. D'un geste tendre, il vint poser sa main sur celle de son amie, peau glacée contre peau glacée.

« Non, Hermione, je ne l'ai pas suivi. J'en ai marre de jouer les héros. Tout ce que je veux, c'est un peu de tranquillité. J'ai sacrifié mon adolescence pour cette Guerre, sacrifié l'innocence et la douceur de la vie. J'ai jamais connu le bonheur des jours qui passent et se ressemblent gentiment. Voilà, maintenant, c'est tout ce à quoi j'aspire. Au moins pour quelques temps. »

« Mais... Mais, c'est Ron... On peut pas lui tourner le dos... Pas maintenant ! », bafouilla-t-elle, désemparée.

« C'est pour ça que je ne voulais pas t'en parler, Hermione. Tu ne peux pas protéger tout le monde, et certainement pas contre leur propre volonté. Il faut parfois laisser aux gens le temps de se soigner eux-même. »

« Mais... »

« Hermione », l'interrompit-il. « Tu sais ce que ça donne quand une personne cassée essaye de réparer une autre personne cassée ? Un bordel de blessures à vif. Je l'ai expérimenté avec Cho, et je te promets que c'est pas une solution. »

« On a toujours tout vécu ensemble, tous les trois. J'arrive pas à me résoudre à fermer les yeux sur sa détresse. »

« Laisse-lui du temps. Le temps de faire son deuil, et le temps de pardonner. »

Elle soupira longuement mais comprit au regard déterminé de son ami qu'elle ne le ferait pas changer d'avis. Alors, le cœur lourd, elle se contenta d'acquiescer.

« A quel moment t'es devenu plus raisonnable que moi, toi ? », sourit-elle avec tendresse. « Toi qui fonçais toujours tête de baissée quelle que soit la situation, tu me conseilles maintenant d'attendre sagement... C'est le monde à l'envers. »

Il sourit et pour toute réponse, déposa un baiser sur son front avant de croquer férocement dans sa tarte à la mélasse.

« En parlant des Weasley... », relança la jeune fille avec un sourire en coin. « Tu voudrais pas me dire ce qu'il se passe avec Ginny, une bonne fois pour toute ? »

Il leva les yeux au ciel en bougonnant mais elle lui donna un coup de coude complice qui le fit de nouveau sourire. Il haussa vaguement les épaules et se décida enfin à parler.

« J'aurais pas dû venir, ça sentait le piège à des kilomètres, ce déjeuner en extérieur ! Et arrête de sourire comme ça, on dirait Malefoy ! », plaisanta-t-il en espérant éluder la question mais au contraire, Hermione s'empressa de faire disparaître son sourire compromettant avant de dévisager son ami sérieusement.

« Alors ? Qu'est-ce qu'il se passe ? », insista-t-elle.

« Rien. »

« Oh, Harry, s'il te plaît, explique-moi... »

« Non, je voulais dire : rien, il ne se passe rien entre Ginny et moi. »

« Comment ça ? », s'inquiéta Hermione en fronçant les sourcils.

« Je sais pas... C'est comme... resté en suspend après la Guerre. »

« ça m'étonne de la part de Ginny, ça. Elle est jamais venue t'en parler ? »

« Oh si, elle a bien essayé. C'est moi qui l'ai évitée ces six derniers mois. »

Hermione le regarda un instant sans comprendre, bouche-bée. Elle n'avait pas la moindre idée de ce que ce charabia signifiait. D'aussi loin qu'elle s'en souvenait, Ginny avait toujours été profondément amoureuse de Harry, et même s'il avait mis du temps à le réaliser, ce dernier avait fini par se rendre compte de ses propres sentiments. Il y'avait quelque chose de beau et d'atypique dans leur union, un étrange mélange de fougue et de douceur. Elle n'arrivait pas à croire que ce si joli ensemble ait pu se faner.

« Mais pourquoi ? », demanda-t-elle avec tristesse.

Il lui lança un regard affecté, et elle sentit tout le chagrin que lui causait cette situation. Il finit par hausser les épaules avant de passer la main dans ses cheveux déjà ébouriffés par le vent.

« A la fin de la Guerre, je sais, j'aurais dû... Mais, après tout ce qu'il s'était passé, tous les deuils qu'il fallait encaisser, j'ai pas eu le courage. Et puis, les choses sont différentes, maintenant. Je veux dire... avant, si je me plantais, j'avais des raisons parce qu'il y'avait tellement de choses à gérer en même temps que j'avais une bonne raison de pas réussir. Maintenant, maintenant... J'ai plus d'excuses, si je me plante, je me plante, et pour de bon. Et je veux pas tout gâcher. Pas après tout ce que j'ai fait subir aux Weasley, pas après tout ce qu'ils ont perdu à cause de moi. Si je suis pas à la hauteur, je vais tout foutre en l'air. Et tu vois, je préfère ne rien faire que de tout foutre en l'air. »

D'un geste lent, elle se glissa un peu plus près de lui et saisit son visage de sa main glacée par le froid pour qu'il la regarde dans les yeux. Il lui offrit un faible sourire un peu embarrassé.

« Harry, tu ne vas rien foutre en l'air du tout. Je te fais absolument confiance sur ce point. Je sais que ça fait peur les grandes responsabilités, quand on n'a plus la mort aux trousses, mais ce n'est pas un prétexte pour ne pas essayer. Et puis connaissant Ginny, elle t'aura tué avant que tu aies le temps de finir de lui déballer tes excuses, donc tu risques pas grand chose. »

Il éclata d'un rire sincère et spontané, bien vite suivi par Hermione. Ils mirent quelques minutes à calmer leur hilarité, serrés l'un contre l'autre, et enfin Harry la dévisagea avec tendresse. Il se pencha et déposa un baiser brûlant contre sa joue.

« Merci Hermione. Vraiment, merci. »

Elle sourit, puis la conversation dériva sur des sujets plus légers. Ils parlèrent du Terrier, du petit Teddy et de Duddley. Enfin, quand ils ne purent plus retenir les frissons causés par le froid mordant, ils se décidèrent à rentrer. Ils convinrent de retourner en salle commune pour s'atteler à leurs devoirs mais lorsqu'elle traversa le grand hall quelque chose la força à ralentir l'allure. Un malaise grandissant s'abattit sur elle, comme si une onde lugubre s'était immiscée en elle, la glaçant jusqu'à l'os. Une vague de chair de poule sur ses bras, elle leva les yeux vers Harry qui s'était lui aussi arrêté en jetant des regards anxieux autour de lui.

« Quelque chose ne va pas. »

Harry hocha la tête. « Il se passe quelque chose. »

Le grand hall était étrangement désert, plongé dans un silence suffocant. Au loin, les bruits des discussions et des rires lui parvenaient comme étouffés. La lumière hivernale avait du mal à se frayer un passage à travers les carreaux sombres du château, plongeant le hall dans une obscurité inquiétante. Elle s'avança d'un pas en réprimant un frisson. Une goutte de sueur dévala sa nuque. Non, ce n'était pas de la sueur, c'était tiède et moite. Un frisson d'horreur la parcourut. Lentement, elle passa un main tremblante sur sa nuque et à contrecœur, avec une appréhension grandissante, amena sa main à hauteur de ses yeux. Sur ses doigts crispés, du sang carmin dégoulinait comme de l'encre sale. Un cri qu'elle n'eut même pas conscience de pousser résonna longuement dans la pièce. Elle se sentit chancelante et nauséeuse. Au ralenti, le corps moite et le cœur battant au rythme de son angoisse, elle releva le visage vers le plafond. Son sang ne fit qu'un tour, son pouls effectua un sprint infernal. En suspension bien au dessus du sol, un corps livide, qui pendait là comme un pantin désarticulé. Son visage rejeté en arrière était exsangue, et ses longs cheveux d'un roux sableux s'éparpillaient dans le vide, ondoyait autour de son visage comme un halo funèbre. Des striures sanglantes dévalaient son visage en rigoles d'un rouge éclatant tranchant violemment contre le nacre de sa peau. Le corps de la jeune fille lévitait au dessus de leur tête, aussi blême et froid que la mort, et sa robe noire flottait autour d'elle comme un linceul sinistre, figure effrayante et fantomatique qui se balançait dans le vide. Depuis combien de temps était-elle là, suspendue en l'air, sans que personne ne la remarque ? Combien d'élèves étaient passés sans la voir ?

« Qu'est-ce que... », commença Harry, mais le reste de sa question resta en suspend, s'étranglant dans sa gorge.

Glacés d'horreur, ils restèrent figés quelques secondes avant qu'Hermione ne sorte enfin de sa stupeur.

« Harry, tu penses que tu peux la porter ? »

Harry lui lança un regard soucieux mais finit par acquiescer gravement, le visage sombre. Il remonta ses manches et attendit qu'Hermione agisse.

« Finite ! »

Le corps de la jeune fille sembla figé une seconde, les bras ballants et le regard vitreux, puis tomba en chute libre à toute vitesse, ses cheveux tourbillonnant comme des danseurs fous autour de son visage.

« Levicorpus ! »

In extremis, avant que le corps ne se fracasse contre le sol, il fut brusquement retenu par la cheville et flotta dans l'air à quelques centimètres du sol, plus cireux et funèbre que jamais. D'un geste légèrement tremblant, Hermione guida le corps jusqu'aux bras d'Harry dans lesquels il s'écrasa mollement. Le jeune homme ne flancha pas, elle était aussi légère qu'une plume, et sa silhouette fine semblait minuscule dans les bras d'Harry. Délicatement, Hermione saisit son poignet et faillit le lâcher aussitôt tant il était glacé, mais elle se ressaisit et le pressa doucement entre ses doigts, retenant sa respiration. Au bout de quelques secondes, elle discerna une faible pulsation, presque effacée. Elle lâcha son poignet et du bout des doigts, dégagea les cheveux entremêlés qui recouvraient son visage. Du sang avait coulé de son nez et de sa bouche, striant son visage de lézardes rouges et disgracieuses, mais malgré tout, elle reconnut la jeune fille sans peine.

« C'est Lysandra Yaxley. Une deuxième année », conclut-elle d'une voix triste.

« Yaxley, comme... »

« Oh, Harry, franchement, est-ce que ça a une importance, là, tout de suite ? T'es le premier à savoir qu'on n'est pas toujours responsable des agissements des membres de notre famille. »

« T'as raison », répondit-il, un peu honteux, en serrant un peu plus la jeune fille contre lui. « Je l'emmène à l'infirmerie, tu devrais aller en parler à McGonagall. »

« Non. Je veux d'abord trouver qui a fait ça. Moi même. »

Harry jeta un regard hésitant à la jeune fille, inerte, dans ses bras. Elle avait l'air d'une petite poupée de chiffon, belle et sans vie, marquée de douleur et de cruauté. Puis, son regard sonda avec inquiétude celui de son amie.

« Pas le temps de discuter de ça. Mais Hermione, arrête de t'acharner à vouloir tout régler toute seule... On a fait notre part du travail, maintenant il est temps de déléguer. »

« Je... »

« On en discutera plus tard », l'interrompit-il. « Y'a plus urgent, dans l'immédiat. »

Avec fermeté et douceur, il serra un peu plus Lysandra contre lui et se dirigea à pas pressés vers l'infirmerie. Après de longues minutes de silence troublé, Hermione se décida finalement à regagner le dortoir, dans un brouillard d'idées noires.

~~~~o~~~~

Hermione se tournait et se retournait dans son lit, sans arriver à fermer l'œil. L'image de Drago planait vaguement dans son esprit malgré tous les efforts qu'elle faisait pour l'éradiquer de son esprit. Le vent faisait doucement vrombir les fenêtres du dortoir, fredonnant une mélodie qui faisait écho à ses tourments. Elle était épuisée, ses paupière lourdes luttaient pour se fermer, mais à chaque fois qu'elle était sur le point de céder à sa fatigue, l'image de Drago, son sourire en coin et son sourcil haussé, s'imposait violemment à elle. Et lorsqu'à force de lutter, elle se ménageait un instant de répit, c'était le corps inerte et livide de Lysandra Yaxley qui torturait son esprit. Exténuée de se battre, elle se releva et s'assit sur le rebord de son lit avec lassitude. Aussi silencieusement que possible, elle finit par se lever et se diriger vers l'escalier menant à la Salle Commune. Elle descendit lentement les marches, passant une main fatiguée sur son visage. A sa grande surprise, elle sentit la chaleur du feu l'envelopper et reconnut son crépitement familier, bien vite couvert par d'autres bruits. Des murmures indistincts de conversations bruissaient doucement à ses oreilles.

Sans trop savoir pourquoi, elle ralentit et parcourut les dernières marches sur la pointe des pied. Prenant bien soin de rester cachée, elle se pencha à l'angle du mur pour observer les retardataires qui n'avaient toujours pas rejoints leurs dortoirs.

Assis en face de la cheminée, ils étaient habillés de leurs simples robes noires, dénuées de tout ornements : la broche Gryffondor avait été décrochée et la cravate rouge et or, dénouée. Ils parlaient vite et à voix basse, et l'ombre projetée par les flammes coulaient nerveusement sur leurs visages blafards, déformant leurs traits, exacerbant tour à tour leurs yeux brillants ou leurs bouches qui articulaient des paroles interdites.

Avec un peu de difficulté, elle reconnut Ron. Ses traits étaient tirés, ses yeux cernés, son visage d'une pâleur inquiétante. Malgré l'obscurité, elle distingua à ses côtés Seamus, Peakes et un élève de cinquième année qui était bâti comme une armoire à glaces. Elle devina plus qu'elle ne discerna, le frère et la sœur Vane, ainsi que deux autres élèves dont elle ne connaissait pas les prénoms, lui tournant tous quatre le dos.

Elle voulut s'avancer pour les rejoindre et mettre fin à cette étrange réunion qui faisait naitre en elle une étrange anxiété. A les voir tous comme ça, leurs visages altérés par les ombres du feu, murmurant comme des comploteurs, elle se sentit extrêmement mal à l'aise. Et ce sentiment tortueux la retint de faire un pas de plus, comme si elle s'apprêtait à poser le pied dans un sable mouvant. A la place, elle se pencha un peu plus et tendit l'oreille. C'est Ron qui semblait mener la conversation.

« ... non, tant pis. C'est le moment. »

Hermione vit Romilda triturer malgré elle sa queue-de-cheval alors que sa jambe était agitée d'un tressautement nerveux.

« Maintenant ? », demanda-t-elle. « On devrait attendre un peu plus. Attendre les autres. »

« Ne te sers pas des autres pour justifier ta lâcheté, Vane », trancha Ron d'une voix glaciale. « Si tu as peur, tu peux gentiment aller te recoucher avec tes copines, on n'a plus besoin de toi. »

« C'est pour ça qu'il fallait pas ramener de filles », se moqua Peakes avant de se prendre un regard noir de la part d'Agostino Vane.

« Ne fais pas honte à notre nom, Romilda », grinça-t-il entre ses dents.

Elle sembla désemparée, le regard dansant du visage dur de Ron à celui, pressant, de son frère. Elle déglutit douloureusement et ajouta avec précipitation :

« C'est pas ce que je voulais dire. Je voulais juste savoir si les autres allaient se pointer ou pas. Je suis pas en train de me défiler. »

Ron acquiesça, visiblement satisfait de sa réponse. Puis il évalua silencieusement du regard les autres élèves assis à côté de lui, comme s'il sondait leur motivation. Hermione les vit se contracter imperceptiblement, comme s'ils craignaient sa sentence et elle frissonna. Même de là où elle se tenait, son regard avait quelque chose de glaçant.

« Vous avez tous votre baguette ? », demanda-t-il finalement.

Sans un mot, ils hochèrent la tête en signe de confirmation, puis Ron se leva et comme si c'était le signal, les autres l'imitèrent cérémonieusement. Paniquée, et mue par ses vieux réflexes de préfète, elle sortit de sa cachette d'un bond, légèrement chancelante. Ils se tournèrent tous vers elle, s'arrêtant brusquement en s'échangeant des regards incertains. Ron, lui, l'avait observé sortir de sa cachette sans rien dire, le visage impassible.

« C'est bon, je m'en occupe », lâcha-t-il sans ciller d'un pouce.

D'un geste de la main, il leur intima de sortir et ils s'exécutèrent sans demander leur reste. Elle l'observa, bouche-bée, choquée par son arrogance débordante d'assurance. 'C'est bon je m'en occupe'. Mais pour qui se prenait-il ? Et, plus important, pour qui la prenait-il ? Comme si elle était une distraction, un vulgaire obstacle qu'on dégagerait de sa route du bout des doigts. Elle fronça les sourcils et plaqua ses mains sur ses hanches.

« Où est-ce que tu vas ? », demanda-t-elle durement, mais c'était moins une question qu'une menace à peine voilée.

« Je pars à la chasse », murmura-t-il, et ses yeux prenaient un plaisir mauvais à venir défier les siens.

Il savoura les mots qui venaient de sortir de sa propre bouche, savoura leur impact, les observa éclater au visage de la jeune fille, se délectant de ses yeux s'écarquillant d'horreur et de sa bouche s'entrouvrant malgré elle. Presque à contrecœur, comme si elle connaissait la réponse mais qu'elle avait peur de l'entendre pour de bon, elle demanda :

« ... la chasse à quoi ? »

« La chasse aux Mangemorts. »

Il se fendit d'un lent sourire cruel qui remua ses traits si violemment que l'espace d'un instant, elle se demanda si c'était vraiment lui, derrière les contours de son visage. Elle s'approcha de lui comme d'un animal sauvage, à pas lents et mesurés, comme si elle avait peur qu'il lui file entre les doigts, ou au contraire, qu'il lui saute à la gorge et la tue. Elle plongea ses yeux bruns dans ses yeux assombris par la haine, comme pour se rassurer, comme pour chercher les vestiges de son ami.

« Ron. Il faut que tu arrêtes ton délire tout de suite. Ça devient dangereux. Dangereux pour toi, et dangereux pour le reste de Poudlard. »

Un sourire amer plana sur le visage du Gryffondor et il releva la tête, la toisant de haut.

« Tu t'inquiètes pour ton nouvel amoureux, c'est ça ? »

« Ça n'a aucun rapport avec lui », se défendit-elle en serrant les poings.

Elle comprit trop tard son erreur. Son visage se décomposa, elle chercha vaguement quelque chose à dire pour se rattraper mais le visage de Ron s'était brusquement fermé, et ses yeux brillaient dangereusement, alors qu'une ridule s'était creusée du haut de son nez jusqu'à l'orée de ses cheveux, comme une cicatrice de chagrin zébrant douloureusement son visage.

« T'as arrêté de nier, c'est déjà ça », lâcha-t-il dans un petit rire en essayant de contenir sa colère.

Il tentait de se redonner un peu de contenance, mais son rire jaune ne trompait pas Hermione, elle le connaissait trop bien pour ça. D'un geste de la main, elle éluda le sujet.

« Oh, Ron, grandis un peu ! Arrête, maintenant. Sérieusement, où est-ce que ça va mener ? Tu vas faire quoi ? Tuer un par un tous ceux que tu soupçonnes d'avoir fréquenté de près ou de loin les Mangemorts ? Et après... quoi ? Au mieux ce sera l'exclusion, au pire Azkaban. Et entre les deux, le risque qu'un d'eux t'envoie à Sainte-Mangouste. C'est ça que tu veux ? »

Il balança sa tête en arrière, secoué d'un rire silencieux, avant de lui jeter un regard hautain.

« Je compte pas les tuer... », expliqua-t-il en la dévisageant férocement. « ... je compte les détruire. »

Elle le regarda, bouche-bée, les sourcils haussés de colère et de désespoir. Quand Ron avait-il changé à ce point ? Et comment avait-elle pu laisser faire ? Elle ne reconnaissait même plus les traits pourtant si familiers de son visage. La haine semblait s'être infiltrée dans chaque pore de sa peau, triturant les traits de son visage, et comme une pierre précieuse qu'on bouge à la lumière, ses yeux se paraient parfois d'éclats de folie abrasive qui avait finit par l'embraser tout entier. A la frontière de son visage, elle discernait quelque chose de violent et de monstrueux, une gangrène de mauvais sentiments qui le rongeait lentement. Alors, elle réalisa. Ça claqua dans son esprit comme un coup de tonnerre.

« C'est toi... c'est toi qui as fait ça à Lysandra ? »

« Elle a eu ce qu'elle méritait. Et encore, j'ai été indulgent. »

« Bon sang, Ron ! Elle a douze ans ! Douze ans ! C'est une gamine, elle n'a rien à voir avec son père ! Ron, je t'en supplie, faut que t'arrêtes. Tu te rends pas compte de ce que tu fais... t'as besoin d'aide. »

Soudain, elle réalisa qu'il s'était approché tout près d'elle, et que sa main entourait son bras, serrant, serrant, serrant si fort qu'elle sentait naître les contusions sous ses doigts.

« Tu... Tu me fais mal ! Lâche-moi ! », balbutia-t-elle.

« Je te conseille de pas en parler, Hermione. »

« Ne t'avise pas de me menacer ! Et lâche-moi ! »

Il la regarda sans rien dire, comme s'il la voyait pour la toute première fois, ses lèvres légèrement retroussés dans une moue indéchiffrable, et puis comme s'il était devenu totalement fou, il se pencha vers elle et plaqua un baiser brutal et rugueux contre les lèvres de la jeune fille. Mue par une colère aveuglante, elle plaqua ses deux mains sur son torse et le repoussa de toutes ses forces avant de s'essuyer rageusement la bouche. Il recula de quelques pas, titubant, avant de lui jeter un regard d'incompréhension.

« Je t'interdis... Je t'interdis de me toucher ! Espèce de malade ! »

Il écarquilla brièvement les yeux et elle y décela une onde de tristesse, elle aurait presque pu y apercevoir son cœur, brisé et contusionné de chagrin. Elle crut un instant qu'il allait s'excuser, que ses grands yeux bleus allaient s'emplir de larmes désordonnées, et qu'il se confondrait en excuses confuses. Mais ses sourcils se haussèrent avec dédain et il revêtit de nouveau une expression haineuse alors que d'un geste vif, il attrapait une nouvelle fois son bras.

« Sache que tous ceux qui entretiendront de près ou de loin des relations avec ces enfoirés de Mangemorts subiront le même sort... »

Elle voulut reculer mais il ne desserra pas son emprise. Elle avisa de nouveau sa main dont les jointures blanchissaient à mesure que son propre bras s'engourdissait, puis, ignorant sa douleur, elle releva les yeux vers le visage blafard de Ron. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit.

« En souvenir de notre amitié, je te laisse une semaine pour régler tes merdes et t'éloigner de ce fils de pute. Passé ce délai, je ne pourrai plus rien pour toi. Tu seras une traître, comme les autres. »

Il la lâcha brusquement et elle chancela un instant, puis il rabattit la capuche de sa robe sur son visage et rejoignit les autres, abandonnant Hermione au milieu de la salle commune. Hagarde, elle le regarda disparaître par le tableau. Il n'avait gardé de Ron que son prénom, pour le reste, il ne demeurait plus rien de celui qui avait été son camarade, son ami et son amant. Elle se demandait vaguement qui était le monstre qui venait de quitter la Salle Commune. Elle releva sa manche ; sur sa peau fleurissaient déjà les premières traces bleutées de son étreinte féroce. Ce monstre, elle en était en partie responsable.


Me revoilà, après une petite (longue ?) absence ! Désoléééée mais le mois de Janvier a été chargé !
J'espère que je ne vous ai pas perdu en route, et surtout, j'espère que vous apprécierez ce chapitre malgré l'ambiance très sombre...
Merci à tous, encore une fois ! Et je vais de ce pas répondre à vos jolies reviews !