Le château s'était peu à peu vidé, et Hermione avait observé avec une tristesse non dissimulée les élèves empaqueter leurs affaires pour rejoindre le confort chaleureux de leur maison parentale. D'un pas lent, elle déambula dans le château, savourant avec un étrange mélange de mélancolie et d'excitation enfantine, les décorations du château. De petits lampions lévitaient paresseusement au-dessus de leurs têtes, le plafond magique faisait pleuvoir sur la Grande Salle une neige duveteuse qui disparaissait au moindre contact, tandis que des petits groupes d'armures peinturlurées de rouge et de blanc entonnaient des cantiques de Noël dès qu'un étudiant avait le malheur de croiser leur chemin.

Elle flâna rêveusement jusqu'aux cachots, qui, en cette période avaient l'air un peu moins moroses que d'habitude, et poussa la porte de la Salle de Potions. Slughorn releva aussitôt le nez du chaudron fumant qu'il remuait énergiquement et invita Hermione à s'asseoir en face de lui d'un geste de la main. Elle prit place sans dire mot puis, voyant que le silence se prolongeait, elle finit par demander :

« Vous vouliez me voir, professeur ? »

« Oui, oui », confirma-t-il avec sa bonhomie habituelle. « Eh bien, à vrai dire, je voulais vous remettre votre invitation en mains propres. »

« Mon invitation ? », répéta-t-elle sans comprendre.

« Tout à fait. J'organise une petite réception pour célébrer cette nouvelle année pleine de merveilleuses promesses. »

Hermione le sonda du regard quelques instants, espérant déceler une quelconque once d'ironie derrière ses paroles, mais à sa grande surprise, le professeur semblait sérieusement sincère. Elle pensa avec tristesse qu'il ne devait pas vraiment se rendre compte de ce qui se tramait au château depuis la rentrée, mais elle ne put se résoudre à défaire son éternel optimisme et se contenta de lui sourire avec douceur.

« Merci, professeur, mais je ne pense pas que... »

« Mademoiselle Granger, je ne tolérerai aucun refus », l'interrompit-il avec un sourire amical. « Une figure emblématique comme la vôtre mérite un peu de détente, me semble-t-il. Et quoi de mieux qu'une petite célébration à la nourriture toute aussi délicieuse que ses convives ? »

Hermione lui lança un regard sceptique. Elle imaginait sans peine que les convives en question n'étaient autre que la petite bande de Serpentard venimeux qui trainait encore au château - les seuls à ne pas être rentrés chez eux pendant les vacances - et avait donc un gros doute sur le choix de l'adjectif, mais elle ne fit pas de remarque et se contenta de sourire poliment.

« La réception aura lieu dans le Planétarium et commencera à vingt heures, le trente-et-un décembre. Bien sûr, je ne saurai que trop vous conseiller d'être à l'heure. Votre cavalier sera également le bienvenu. Tenue de soirée exigée, cela va de soi ! », finit-il avec un petit sourire entendu qu'elle trouva tout à fait exaspérant.

Elle lui rendit son sourire sans grande conviction, le maudissant intérieurement. Il y'avait peu de choses qu'elle désirait moins que de se retrouver enfermer avec toutes une flopée de Serpentard qui désirait ardemment la voir six pieds sous terre, et les choses en question incluaient danser un slow avec Pansy, faire ami-ami avec Goyle et courir pieds nus sur des braises ardentes. Dans cet ordre précis. Elle se leva, hésita un instant mais finit par se rasseoir en adressant au vieil homme un regard méfiant.

« Professeur, puis-je savoir qui est invité, exactement ? »

Il lui offrit un petit sourire gêné en se dandinant sur sa chaise.

« Je comprends votre inquiétude, Miss Granger. Eh bien... en raison des récents évènements qui ont agité cette trouble période, il m'a été fortement conseillé d'ouvrir les portes de mon cher club à tous les étudiants de sixième et septième année le désirant. Donc, eh bien... tous les élèves restant au château pour les vacances et remplissant ces critères sont cordialement invités. »

Il finit sa tirade avec un petit pincement de lèvres qui en disait long sur ses réserves concernant certains élèves, et malgré la réticence d'Hermione à propos de la soirée, elle sourit intérieurement. Bien fait pour Slughorn, après tout. Si l'élitisme dont il avait fait preuve depuis leur première rencontre l'avait tout d'abord flattée, il avait fini par l'agacer prodigieusement. Une petite leçon de tolérance et d'ouverture d'esprit ne lui ferait pas de mal. D'ailleurs, elle devinait sans peine qui était à l'origine de cette injonction et félicité mentalement la directrice pour son intégrité à toute épreuve.

Cela dit, elle envisageait cette soirée avec une inquiétude grandissante : elle avait l'impression d'être un agneau sans défense livré sans scrupules à une bande de loups aux crocs longs. Heureusement, l'agneau avait sa baguette et deux-trois bons coups en réserve.

Elle accepta l'invitation à contrecœur, remercia poliment Slughorn, interrompant le portrait élogieux qu'il dressait d'un de ses élèves né de bonne famille, et s'apprêtait à partir lorsque le vieil homme l'interpela de nouveau.

« Miss Granger, j'ai une dernière petite chose à vous demander... A tout hasard, vous n'auriez pas eu vent de... certains larcins ? »

La jeune fille ne bougea pas d'un centimètre, dévisageant son professeur sans comprendre.

« Des larcins ? », répéta-t-elle en espérant une clarification.

« Eh bien oui, oui... Non que je vous accuse, Mademoiselle Granger ! Loin de moi cette idée ! Mais, voyez-vous, depuis quelques temps... certaines affaires ont tendance à disparaître mystérieusement de mon bureau... »

« Je suis désolée, je n'ai rien entendu à ce sujet », s'excusa Hermione en lui adressant un sourire compatissant.

« Eh bien, soit. Gardez l'œil ouvert, Miss Granger. Sait-on jamais ! »

Elle hocha la tête et quitta le bureau en se demandant à quel genre d'affaires il pouvait bien faire allusion. Tout ce qu'elle savait, elle, c'est qu'elle avait déjà bien trop d'histoires sur le dos pour en plus s'en créer de nouvelles. Et tant pis pour sa curiosité débordante, cette fois-ci, il faudrait la faire taire.

~~~~o~~~~

Une des plantes secoua vivement ses feuilles dans un bruit semblable à un grognement, réclamant bruyamment sa portion d'eau. D'un pas rapide, Hermione se précipita vers la fleur, non sans pester intérieurement au passage. Les plantes avaient la fâcheuse tendance à se montrer passablement impatientes et ces réclamations incessantes avaient le don de taper sur les nerfs de la Gryffondor. Elle soupira mais consentit néanmoins à incliner le petit arrosoir au dessus du terreau, déversant un filet d'eau cristalline sur la fleur qui s'ébroua joyeusement en remuant ses pétales. Nouveau soupir, et Hermione posa l'arrosoir pour s'atteler à récurer un pot couvert de terre.

La semaine précédente, elle s'était portée volontaire pour s'occuper de la serre d'été. Après tout, c'était devenu son endroit à elle, et elle n'avait aucune envie d'y voir déambuler quelques premières années trop zélées. Elle avait d'ailleurs dû faire des pieds et des mains pour que Neville renonce à se porter candidat pour s'en occuper. Cet endroit revêtait désormais une valeur bien trop symbolique pour qu'elle puisse imaginer quiconque y mettre les pieds - même un de ses plus chers amis.

Du bout de son racloir, elle frotta le pot de terre cuite un peu plus intensément. Travailler, travailler tout son soûl, c'était sa solution pour ne pas ressasser les mêmes pensées moroses, pour éviter de dresser une énième liste de tout ce qui déraillait, pour s'empêcher de rebattre indéfiniment les mêmes cartes déprimantes. Il lui fallait occuper son esprit, le tuer à la tâche, si c'était nécessaire, tout valait mieux que ces pensées vénéneuses.

Elle plongea ses mains dans le sac de terre et en retira une bonne poignée avant de la fourrer dans un nouveau pot. Ses doigts s'enfoncèrent dans le terreau, fourmillèrent dans la tourbe, et contre toute attente, la sensation de fraîcheur contre ses doigts brûlants la détendit. Elle enfourna une graine de Mandragore dans la terre meule, tassa le tout et saupoudra d'eau, mais alors qu'elle saisissait un nouveau pot pour réitérer la manœuvre, ses angoisses rejaillirent pour la submerger totalement. Une question se glissa insidieusement dans son esprit, forçant les barrières de son cerveau qui tentait tant bien que mal de la repousser : comment en est-on arrivé là ?

Et puis, une seconde question, plus cruelle, éclipsa rapidement la première : comment ai-je pu laisser faire ça ?

L'image indistincte du visage de Ron, tiré, cerné, déformé par la colère, s'imposa à elle. Puis ce fut les visages à jamais rongés par le doute de ses parents. Celui d'Harry, désemparé, suivi par le regard déçu de McGonagall, qui avait placé en elle tant d'espoir. Le joli minois de Ginny, abruptement accusateur...

Elle secoua la tête et poussa un long soupir, avant que les remords ne l'ensevelissent totalement. Un petit ricanement dans son dos se chargea d'éloigner temporairement ses idées noires et elle se tourna aussi sec, rencontrant alors les yeux moqueurs de Malefoy.

« Et moi qui pensais que tes soupirs exaspérés m'étaient réservés... », railla-t-il en s'avançant dans la pièce, après avoir pris soin de refermer la porte derrière lui.

Elle croisa les bras, couvrant de terre son pull noir et fronça les sourcils. Elle n'avait toujours pas digéré la façon dont Ron et Drago l'avaient traitée la dernière fois, ignorant royalement ses revendications.

« Qu'est-ce que tu veux ? », demanda-t-elle froidement.

Il haussa un sourcil, et se fendit d'un sourire goguenard face à son ton acerbe, ce qui exaspéra un peu plus encore la jeune fille.

« Te remercier », répondit-il simplement.

Elle hésita, décroisa les bras par surprise, avant de planter ses mains sur ses hanches en le gratifiant d'un regard méfiant.

« Pour quoi ? »

Il lâcha sur la table une épaisse pile de parchemins qui s'écrasa dans un bruit mat en envoyant valser les quelques restes de terre qui y trainaient.

« Pour mes dix-sept heures de colle en compagnie de l'autre abruti. »

Elle haussa les épaules afin de signifier son indifférence quant au triste sort de Drago qui la regardait toujours avec un amusement affiché.

« Me remercie pas, va. Tout le mérite te revient. »

Il éclata d'un rire si franc et si soudain qu'elle sursauta légèrement avant de le fusiller du regard, mais ses lèvres esquissaient, malgré elle, un discret sourire en coin. Il y'avait quelque chose de terriblement enfantin dans son rire, quelque chose d'étrangement rafraîchissant. Avant qu'elle n'ait pu réagir, il lui avait saisi le poignet et l'attirait vers lui d'un geste ferme.

« Vous êtes devenue extrêmement arrogante, Mademoiselle Granger », la sermonna-t-il avec un sourire.

Pour toute réponse, elle lui colla sa main pleine de terre sur le visage, maculant ses traîts pâles de boue.

« Et vous, vous êtes devenus un peu trop entreprenant, Monsieur Malefoy. »

Elle crut un instant qu'il allait se mettre en colère, l'injurier de tous les noms et partir en claquant la porte. Mais, à sa grande surprise, il se fendit d'un nouveau rire enfantin et de sa main libre - celle qui n'encerclait pas le bras de la jeune fille - il s'empara d'une poignée de terre qu'il lui étala gentiment sur le visage.

« Un Malefoy paye toujours ses dettes. On est quittes. »

La bouche de la jeune fille s'ouvrit sous le choc, alors que des morceaux de terre dévalaient sa joue désormais sale, leurs regards se croisèrent, le silence s'étira quelques secondes et soudain, avec une brusquerie inconvenante, ils éclatèrent d'un même rire. Leur hilarité s'adoucit peu à peu, mais leurs yeux ne se lâchèrent pas, cherchant chacun la confirmation dans le regard de l'autre de ce sentiment de joie soudain qui les étreignait tout entier. La main qu'il tenait serrée autour de son poignet se détendit et remonta lentement son bras, puis son épaule, pour atteindre son visage qu'il effleura avec tendresse, traçant des sillons dans l'empreinte de boue qui couvrait sa joue. Depuis bien longtemps, quelque chose avait changé entre eux. Ce n'était plus seulement l'appel incontrôlable de leurs désirs, c'était quelque chose d'autre. Quelque chose de niché tout au fond d'elle, qui enflait et se gonflait de bonheur à chaque fois qu'il l'approchait, qui crépitait dans le fin fond de son ventre, qui l'enveloppait toute entière, la cajolait, l'enrobait.

Elle déposa ses deux mains sur ses épaules alors qu'il plaçait les siennes dans le bas de son dos et l'attirait à lui. Leurs corps serrés l'un contre l'autre, leurs regards mêlés et leurs sourires partagés. Enfin, leurs lèvres se rencontrèrent et ça lui procura l'étrange sensation de respirer après une longue apnée. Ses mains coururent jusqu'au visage de Drago qu'elle encadra avec douceur, le couvrant un peu plus de boue. Les bras du Serpentard la serrèrent un peu plus contre lui alors que leur baiser devenait plus ardent, plus intense, plus intime.

A cet instant, une étrange pensée germa en elle, comme diluée, avant d'exploser dans son cœur : « Je suis heureuse. Terriblement, incroyablement, heureuse. »

~~~~o~~~~

Une gorgée, deux gorgées, trois gorgées. Une douce chaleur enveloppa Daphné, un sentiment d'euphorie l'envahit et un sourire doux se dessina sur ses lèvres alors qu'elle s'avançait d'un pas.

L'air frais de Pré-Au-Lard effleura son visage dans une caresse glacée. Ses cheveux élégamment relevés en chignon étincelait d'un blond doré, renvoyant au soleil son éclat pâle. D'un geste délicat, elle noua le ruban de son col de fourrure, et passa sous l'arcade de fer qui annonçait l'entrée du village. Du coin de l'œil, elle détailla les petits groupes d'élèves qui s'étaient formés dans les ruelles de Pré-Au-Lard : une majorité de vert et argent, par groupe de deux ou trois, mais pas de signe de Drago, Zabini, Calypso, Pansy et toute sa clique. Elle soupira avec douceur ; ce moment lui appartenait à elle, rien qu'à elle. Pas besoin de feindre quoi que ce soit, elle était en présence sûre. Cette idée la fit sourire, puis rire pour de bon. L'air du soir embaumait la liberté et l'horizon infini. Les toits de tuiles rouges s'ouvraient comme une rose qui éclos, les fenêtres allumées brillaient plus que toutes les étoiles du ciel réunies, et les cheminées fumantes semblaient chanter en vapeur cette étrange chorale d'ivresse absurde. Et au delà, bien après les toits fleuris, les constellations de fenêtres et les chœurs de cheminées, il y'avait l'horizon. Immense et généreux, qui promettait tout mais ne montrait rien. Tout là-bas, il y'avait les montagnes enneigées, les lacs miroirs et les herbes dansantes. Elle sourit devant cet avenir radieux, ou peut-être qu'elle souriait à la lune ou aux nuages. Ça n'avait plus vraiment d'importance, tant qu'elle était heureuse.

De rues en rues, de détours en impasses, elle laissa ses pas la guider au hasard des pavés de Pré-Au-Lard. Ses bottes à talon se mouvaient dans la neige avec une facilité étonnante, et bientôt, elle se retrouva devant la porte d'un bar qui semblait coincé entre les bâtiments qui l'entouraient. Compressé et étriqué entre les deux autres établissements, seule une petite porte et une enseigne grinçante rappelaient qu'il s'agissait là d'un bar, et non d'un simple mur atrophié. Elle poussa la porte, laissant s'engouffrer un vif courant d'air qui ramena une odeur familière à ses narines. Oh, elle savait bien que quelqu'un la suivait. Depuis plus d'une demi-heure, elle entendait des pas faire écho aux siens. Mais peu importait, son cœur débordait de légèreté et qui que ça puisse être, il viendrait forcément compléter le tableau de son bonheur extatique.

Avec lenteur, elle se laissa tomber sur un des fauteuils douillets du bar, un sourire ravi placardé au visage. Aussitôt, une silhouette se glissa avec élégance dans l'obscurité tamisée du lieu, se coulant lentement jusqu'à Daphné avant de prendre place sur un fauteuil en face d'elle. La nouvelle venue défit le foulard qui lui couvrait les cheveux, révélant un chignon blond impeccablement orchestré, puis ôta les lunettes teintées qui cachaient son joli visage, adressant un sourire assurément faux à la jeune fille qui se tenait devant elle.

« Bonjour à toi, Daphné. »

Daphné lui renvoya un sourire purement sincère en hochant lentement la tête de gauche à droite.

« Il me semble pourtant avoir précisé dans la clause sur mon identité, que tu ne pouvais plus m'appeler comme ça, Danaé », expliqua-t-elle sans pourtant ressentir une once de colère.

Sa mère haussa deux sourcils parfaitement dessinés, mais ravala aussitôt son air outré et opta pour un air compréhensif qu'elle assortit d'un sourire qui se voulait sûrement amical mais que Daphné trouva affreusement inadéquat. Rien d'étonnant, après tout : ça devait bien être la première fois qu'elle lui faisait un sourire. Elle ne devait pas être habituée à tant de gentillesse.

« Pardon », se reprit Danaé, avec toujours son sourire écoeurant aux lèvres. « Bonjour à toi, noble héritière de la famille Greengrass. »

Les mots semblèrent littéralement lui arracher la bouche, mais elle se fit violence pour continuer son petit jeu. A quoi bon, d'ailleurs ? Elles savaient l'une comme l'autre que ce n'était absolument pas sincère, mais Daphné décida de ne rien dire. Soudain, elle mourrait d'envie de voir jusqu'où l'hypocrisie de sa mère pouvait aller.

« Tu voulais quelque chose, peut-être ? », lança Daphné, lui tendant la perche.

« Te voir, prendre de tes nouvelles. Tu n'as répondu à aucune de mes lettres. »

« Tu parles de tes lettres de menaces ou celles où tu m'expliquais en long et en large à quel point j'étais une mauvaise fille ? Je ne pensais pas que ça attendait une quelconque réponse, tu avais l'air plutôt sûre de tes insultes », répondit-elle d'une voix égale. « Comment tu m'as retrouvée ? »

« Astoria m'a parlé de la sortie de Noël à Pré-Au-Lard. J'ai pensé que c'était le bon moment pour avoir une petite discussion avec toi. »

« Tu aurais dû ramener Astoria, histoire de se faire une vraie petite réunion de famille », ironisa Daphné. « On aurait même pu s'offrir nos cadeaux de Noël, tiens ! »

« Daphné... ou peu importe comment tu te fais appeler maintenant... », renchérit-elle aussitôt en la voyant ouvrir la bouche pour protester. « Tu es ma fille, tu seras toujours ma fille. Je sais que je suis loin d'avoir été une mère exemplaire. J'ai parfois été dure, j'en conviens. Mais je l'ai fait pour ton bien. »

« Ta notion de 'mon bien-être' est quand même sacrément particulière », répondit Daphné en secouant la tête avec amusement.

Danaé tourna la tête à droite, puis à gauche afin de vérifier que personne ne les écoutait. Mais dans ce minuscule troquet tassé où des étagères branlantes semblaient sur le point de déverser leur contenu sur les rares clients qui y trainaient encore, seul le feu ronronnait dans la cheminée, accompagné par la mélodie fanée d'une vieille boîte à musique.

« Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour notre famille, que Morgane m'en soit témoin », se défendit nerveusement Danaé.

Daphné laissa s'échapper un bref petit rire qui décontenança sa mère, puis elle haussa les épaules pour signifier son scepticisme. Le silence retomba quelques secondes avant que Danaé ne se penche par dessus la table pour sonder le visage de sa fille d'un air suspicieux.

« Daphné... Tu as bu ? »

Le rire qui s'échappa de la bouche de Daphné fusa avec une telle franchise abrupte que Danaé sursauta, légèrement déboussolée, tandis que les intonations de l'hilarité de la jeune fille s'enfuyaient à l'air libre, continuant d'onduler autour d'elle, la coiffant d'une couronne de rires enfantins. Au bout de quelques secondes qui parurent une éternité, elle reprit son sérieux et répondit d'un ton plus calme :

« Ça t'arrangerait bien, ça, hein ? Que je sois ivre. Parce que ça te ferait trop mal de voir que je suis heureuse, tout simplement, de voir que votre absence me réussit à merveille ? Donc si c'est tout ce qui t'inquiète, non, Danaé, je n'ai pas bu. »

« Tu sais bien que ce n'est pas ça qui m'inquiète. Et cesse donc de m'appeler Danaé, c'est ridicule. »

Un sincère étonnement s'installa sur le visage de Daphné.

« Et comment voudrais-tu que je t'appelle ? Maman ? Toi qui m'as interdit toute ma vie d'utiliser ce terme. Ce n'était pas assez prestigieux pour une femme de ta trempe, hein ? »

« Tu sais très bien que ce n'est pas la question. Ça ne se fait pas, c'est tout. »

« Mais quelle mère est assez cruelle pour punir sa fille dès qu'elle ose l'appeler maman ? »

« Arrête un peu, Daphné. Tu as passé l'âge de me faire des caprices. »

Daphné posa nonchalamment son menton sur sa main, pianotant contre la table de l'autre, alors qu'elle jetait à sa mère un regard légèrement ennuyé.

« Bon, tu veux qu'on passe toute la soirée à se remémorer mes joyeux souvenirs d'enfance ou tu vas finir par m'expliquer ce que tu me veux ? », trancha-t-elle finalement en haussant un sourcil.

« Pourquoi est-ce que tu vois toujours le mal partout ? J'avais juste envie de te voir. »

« Vraiment ? »

« Vraiment. »

« Très bien, si c'est vraiment tout ce que tu voulais, je prends en compte l'effort. Je t'écrirai une lettre », déclara doucement Daphné avec un sourire, tout en se relevant, s'apprêtant déjà à partir.

Après tout, si sa mère voulait vraiment se faire pardonner, elle serait capable d'attendre un peu, non ? Peut-être que les choses finiraient par rentrer dans l'ordre, peut-être que Daphné aurait enfin la vie de famille dont elle avait tant rêvée, il y'a de ça bien longtemps...

Elle fit un pas vers la porte, mais contre toute attente, avant même qu'elle n'ait pu tourner contourner la petite table qui les séparait, la main de sa mère s'était refermée sur son poignet, l'obligeant à rester sur place.

« J'ai quelque chose à te demander. »

Au fin fond de son esprit cotonneux, Daphné ressentit une pointe de déception mais elle fut vite engloutie par une vague brumeuse de légèreté qui nettoya tout dans sa tête, lui laissant juste un irréductible sourire aux lèvres.

« Je m'en doutais. Qu'est-ce que tu veux ? »

« L'entreprise de ton père va mal. Sans ta partie de l'héritage, nous sommes en grave déficit. La coupe dans le budget nous empêche d'organiser des expositions de présentation, et nous n'avons même plus les fonds suffisants pour nous déplacer. Les clients se font de plus en plus rares et nous avons perdu beaucoup de contrats ces deux dernières semaines. »

« Je ne vois pas bien pourquoi tu me parles de ça. Si je me souviens bien, il y'a un conseiller financier dans l'entreprise. C'est à ça que ça sert, tu sais ? »

« Oui, et je l'ai déjà consulté. Il est formel, il nous faut un prêt. Tu comprends bien que je ne peux assurément pas me rendre à Gringott's, ni demander à qui que ce soit d'autre. Ce serait une terrible humiliation pour l'honneur familial. »

« Je ne prêterai pas un centime, si c'est ça que tu es venue me demander », l'interrompit la jeune fille. « Contrairement à ce que tu crois, ce n'est pas par pur égoïsme que je voulais récupérer ma part d'héritage, mais pour te rendre la monnaie de ta pièce », expliqua-t-elle avec un ton cordial, dénué de toute agressivité.

« On ne parle pas de moi, on parle de l'entreprise de ton père, là », placarda froidement Danaé.

« Si tu veux vraiment sauver l'entreprise de papa, renonce à tes parts et laisse-moi la diriger. Je suis la seule dans cette famille à m'y être intéressée, je suis la seule à pouvoir encore la sauver de la faillite. »

« Mais enfin, tu n'es pas sérieuse ? C'est notre seule source de revenus ! Il est hors de question que je te laisse faire main basse sur l'entreprise. »

« C'est pas grave, je serai patiente. J'attendrai que tu croules sous les dettes et à ce moment-là, tu me la revendras pour une bouchée de pain. Je crois qu'on sait toutes les deux à quel point je peux être patiente. »

Danaé la fusilla du regard avec tant de haine qu'on aurait presque pu entendre l'air grésiller entre elles. A cet instant, avec son menton relevé, son chignon impeccable et ses yeux plein d'éclairs, Danaé Greengrass ressemblait plus que jamais à sa fille. Daphné réalisa soudain la ressemblance qu'elle avait toujours rejetée en bloc. Elles étaient faites du même bois, sa mère et elle, du même matériau prétenduement dur comme l'acier mais aussi fragile que du cristal, elle résonnait du même désespoir creux et sans issu. Dans d'autres circonstances, cette idée aurait sûrement ravagée Daphné - la forçant à regarder en face ce qu'elle avait passé une vie entière à désavouer - mais là, tout de suite, le dégoût que lui procurait cette constatation se perdait au fin fond de son esprit nébuleux.

Les pieds du fauteuil grincèrent contre le sol et Danaé se releva en jetant à sa fille un regard de pur dégoût.

« Tu es un monstre », cracha-t-elle.

« Le miracle de la génétique », ironisa Daphné avec un sourire poli.

Sa mère se dirigea vers la porte, furieuse, mais se retourna, la main sur la poignée alors que l'ensemble disparate des clients la regardait avec curiosité.

« Cette robe ne te va pas du tout. Tu es trop pâle et tu as grossi. Tu es laide, Daphné. Il faut croire que notre absence ne te va pas bien au teint. »

« Merci de me rafraîchir la mémoire. J'avais oublié à quel point tu avais été une mère merveilleuse », conclut Daphné alors que sa mère claquait la porte du bar avec violence.

Tu es laide, Daphné. La phrase tourna quelques instant au fond de sa tête légèrement fiévreuse, rebondissant contre les parois de son crâne. Puis les mots s'estompèrent, l'intonation de l'insulte s'adoucit pour disparaître totalement. Elle avait rangé la phrase maudite dans un petit coin de sa tête, l'avait planquée dans un tiroir scellé à double tour. Elle y reviendrait, bien sûr. Elle y revenait toujours. Mais là, tout de suite, elle se sentait trop bien pour ça. Un sentiment de bien-être l'enveloppa toute entière et elle s'enfonça un peu plus dans son fauteuil abondamment rembourré. Elle n'était ni triste, ni en colère, ni assaillie par les remords. Rien de tout ça, non. Elle sentait vaguement un flot d'émotions indistinctes remuer au fond de son être, mais elles paraissaient loin, si loin, comme cadenassées derrière des murailles capitonnées, étouffé par la douceur du soir.

Une tasse de chocolat chaud et fumant apparut sous son nez et elle remercia le serveur d'un sourire ravi. Elle versa dans le breuvage une goutte, deux gouttes, trois gouttes, et la fumée qui s'en échappa se teinta de jaune. De ses deux mains, elle porta le chocolat à ses yeux, savourant la sensation de chaleur au creux de ses paumes et un rire enfantin franchit la barrière de ses lèvres. Oh, elle se sentait comme une enfant, comme une petite fille. Une toute petite fille. Elle avala une gorgée, les yeux fermés, et alors que la liquide brûlant dévalait sa gorge, elle pria intérieurement pour que ce bonheur ne la quitte plus jamais.

~~~~o~~~~

Hermione regarda l'horloge de la salle commune avec appréhension. Dix-neuf heure douze. Elle poussa un long soupir et regagna sa chambre pour enfiler une robe noire simple et cintrée dont elle avait fait l'acquisition quelques jours plus tôt durant sa sortie à Pré-Au-Lard. Rien d'extravagant, ni de foncièrement élégant, juste une petite robe noire façon patineuse qui s'évasait légèrement au niveau de la taille. Elle n'avait jamais été une grande amatrice de robe bouffante et autre fioritures mais elle avait décidé de faire un effort pour la fête de Slughorn. Elle accrocha un collier doré autour de son cou, et releva ses cheveux en un chignon désordonné d'où s'échappaient quelques mèches rebelles. Sceptique, elle jeta un œil dans le miroir : elle faisait pâle figure à côté de l'aristocratie Serpentard et de leur robes hors de prix, mais ça ferait l'affaire.

Elle patienta trente minutes, battant du pied nerveusement dans une salle commune déserte, avant de finalement se diriger vers le planétarium. Elle monta les escaliers silencieusement, le ventre noué par la dérangeante impression de se livrer elle-même en pâture à des prédateurs affamés. L'escalier de pierre s'enroulait en colimaçon, semblait s'élever jusqu'au ciel, tant et si bien qu'elle cessa de compter les marches qui défilaient sous ses pieds. Elle perçut d'abord une musique aux intonations languides, des bruits de conversations étouffés puis des lumières tamisées dansant sur les murs et enfin, elle se trouva aux portes du Planétarium. La pièce, sphérique et immense, était plongée dans une étrange obscurité, savamment concurrencée par des lumières fantasmagoriques aux teintes bleutées. Une carte du ciel courait sur l'entièreté du plafond voûté, étendue d'un bleu profond piqueté d'étoiles lumineuses qui se mouvait au rythme des constellations, tandis qu'une lune d'argent renvoyait son éclat d'ivoire sur les convives. Et ces lumières mouvantes se jouaient d'ombres qui coulaient tour à tour sur le sol, les murs, et le visages des invités, prêtant au lieu un étrange caractère onirique. De petites tables rondes, disposées contre le mur percés de fenêtres ovales, accueillaient des petits groupes d'élèves élégamment apprêtés. Au fond de la pièce, des rideaux aux reflets argentés avaient été tendus çà et là, créant des recoins secrets pour les élèves qui se destinaient à des conversations privées. Au milieu du Planétarium, quelques couples valsaient lentement, entraînés par cette atmosphère hors du temps.

Hermione resta éblouie quelques instants par la magie stellaire que dégageait l'endroit, mais elle reprit vite ses esprit, lissant sa robe du plat de sa main, légèrement mal à l'aise devant l'élégance sophistiquée des autres invités. Elle se maudit un instant de n'avoir pas prêté plus attention à sa tenue, mais se dirigea finalement vers le buffet, se servit un verre d'une boisson qu'elle ne connaissait pas et le porta à ses yeux avec curiosité. Dans un liquide translucide d'un bleu arctique, des paillettes argentées chaloupaient tranquillement en se chamarrant d'éclats brillants. La Gryffondor porta le liquide à ses lèvres et frissonna : il était gelé ; étrangement rafraîchissant, légèrement mentholé, définitivement alcoolisé.

Après avoir bu une deuxième gorgée, elle se décida à se retourner pour sonder les convives. Assise à une table en compagnie de Calypso, Daphné se tenait droite et altière mais quelque chose déstabilisa Hermione, sans qu'elle n'arrive à mettre le doigt dessus. Elle avait opté pour une longue robe qui courait jusqu'au sol : tissu vaporeux mêlé de fils blanc et argent au niveau de la poitrine, il se teintait au fur et à mesure de sa longueur de bleu cristallin, qui fonçaient peu à peu pour finalement se terminer à ses pieds en un noir d'encre, aussi impénétrable que l'obscurité céleste. Comme un lac miroir, elle portait sur elle les reflets d'argent de la lune sur l'onde plissée de sa robe de soie.

Elle était belle - d'une beauté glacée qui lui rappela étrangement Narcissa Malefoy. Mais le malaise qu'elle avait ressenti en observant Daphné quelques instant plus tôt ne s'était pas estompé. Il y'avait quelque chose d'anormal dans sa posture, dans son visage étrangement serein. Quelque chose clochait, mais quoi ? Elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

Toujours coiffée de son chignon, un sourire aux lèvres, Daphné écoutait Calypso. Cette dernière s'était drapée d'une robe d'or tout en éclats solaires et en transparence habilement étudiée pour ne pas laisser apparaître plus que la pudeur le permettait. Largement échancrée au niveau de la poitrine, sa robe mettait en exergue sa gorge caramel et son collier d'or et de rubis.

Hermione se détourna de ce spectacle juste à temps pour entrevoir Drago pénétrer dans la pièce accompagné de Zabini. Les deux Serpentard dégageaient quelque chose d'étrangement magnétique, presque sulfureux, et elle constata qu'en effet, la plupart des élèves présents dans la salle s'étaient retournés à leur passage. Zabini, dans son costume d'un noir intense, un sourire malicieux vissé aux lèvres, et Drago dans son costume bleu nuit, les cheveux en bataille, l'air blasé et les mains toujours glissées dans les poches avec l'air de crier au monde : 'je m'ennuie déjà'. Elle comprit sans mal pourquoi elle l'avait haï toutes ces années, mais peinait en revanche à s'expliquer pourquoi ce n'était plus le cas. Un reflet bleu passa sur le visage pâle de Malefoy, et, comme s'il avait sentit son regard peser sur lui, il se tourna vers elle. Le corps de la jeune fille se raidit soudainement, comme électrisé, alors que leurs yeux se croisaient. Du coin des lèvres, il sourit imperceptiblement et elle lui rendit son sourire, discrètement. Le reste de la salle, les élèves, la musique, les couples virevoltants sur la piste de danse et les discussions calfeutrées disparurent dans un fondu au noir aussi vif qu'un tomber de rideau, alors que Drago et Hermione se dévisageaient, séparés par une dizaine de mètres. Elle ne bougea pas d'un centimètre, retenant presque sa respiration. Elle pouvait presque sentir le courant électrique crépiter dans l'air, ruban de foudre les nouant au cœur, juste eux. Juste eux, et personne d'autre. Et cet orage langoureux attisait une douce chaleur dans tout son corps, animait ses lèvres de l'envie furieuse de l'embrasser, de promener ses doigts dans ses cheveux, de caresser sa peau, qu'elle devinait aussi brûlante que la sienne. Avec une lenteur mesurée, elle fit un pas dans sa direction, le regard toujours irrémédiablement suspendu au sien, et il laissa un sourire au goût d'interdit et de nuits blanches, courir sur ses lèvres.

La main de Zabini se referma sur l'épaule de Malefoy et il lui indiqua d'un geste de la tête la table où s'étaient installées Daphné et Calypso. Leurs regards se dénouèrent, la tension grésillante disparut aussi nette, dans une gerbe de fumée qui embruma son esprit, et elle se détourna à son tour pour siroter une gorgée de sa boisson, se faisant violence pour faire taire le petit démon dans sa tête qui lui criait de se jeter au cou de Drago.

« C'est la première fois que je mets les pieds au planétarium », glissa une voix dans son dos. « Ça me ferait presque regretter de ne pas avoir plus bossé en Astronomie. »

Elle se retourna et sourit à Dean, qui regardait le plafond d'un air ébahi. Sa chemise bariolée de motifs aztèques était légèrement froissée et il tenait dans la main un verre empli de la même boisson argentée qu'Hermione.

« C'est vrai que c'est beau... », acquiesça-t-elle avec un sourire. « Slughorn me surprendra toujours. »

« Il faut bien avouer qu'il ne fait pas les choses à moitié », acquiesça-t-il en balayant la salle des yeux, s'attardant sur le groupe de Drago. « Je me demande pourquoi tant de Serpentard sont restés au château. »

Hermione haussa les épaules en suivant son regard.

« J'imagine qu'ils n'avaient pas vraiment le choix. La plupart d'entre eux n'ont plus de maison et leurs parents sont soit à Azkaban, soit portés disparus, soit en fuite. Le château, c'est un peu tout ce qui leur reste. »

Un hochement de tête et un rictus peiné accompagnèrent ses paroles et elle détailla du regard l'étrange petit groupe que formait Drago, Zabini, Calypso et Daphné. Sous leur élégance raffinée, derrière leurs faux sourires et leurs vrais diamants, ils étaient presque les mêmes que ceux qu'elle revoyait monter les marches de l'estrade en attendant la sentence du Choixpeau magique, après tout. Pas tout à fait grands. Zabini articula quelque chose, et bien qu'elle n'entendit rien, elle vit Calypso rire aux éclats, Malefoy esquisser un sourire en coin et Daphné lever les yeux au ciel. C'était un étrange tableau : ces quatre élèves réunis, si différents, si désassortis, mais portant tous le même fardeau d'avoir dû grandir plus vite que prévu.

« Tu lui en veux ? », questionna abruptement Hermione, les yeux rivé sur Malefoy.

Dean observa le blond quelques instants sans rien dire et elle se demanda un moment s'il l'avait entendue. Lorsqu'il prit la parole, sa voix parut étrangement lointaine.

« J'ai passé le stade de la rancœur », déclara-t-il avec sincérité. « Et de toute façon, non, je crois que je ne lui en ai jamais voulu. D'une certaine manière, c'était facile pour nous, on n'avait pas à choisir de camp, il était déjà tout désigné. Il a sûrement dû faire face à des combats intérieur que je ne peux même pas imaginer. »

Il se fendit d'un petit sourire entendu et elle sut qu'il avait compris ce qui la tracassait vraiment, qu'il avait saisi l'inquiétude qui se profilait sous sa question faussement innocente. Sous ses airs sûre d'elle, Hermione doutait. Constamment. L'esprit tiraillé par les remords, mitraillé par les doutes et submergé par des sentiments contradictoires.

Elle se tourna lentement vers lui pour le détailler du visage sans essayer de cacher son admiration : il paraissait soudain si adulte, et les discrets plis causés par ses froncements de sourcils n'arrivaient pas à éclipser l'air serein qui avait pris ses marques sur son visage. Elle lui adressa un doux sourire, d'où transparaissaient sa reconnaissance et son inquiétude tout juste apaisée. Il tendit son verre vers elle, et ils trinquèrent joyeusement, repoussant leurs idées noires - elles restaient là, de toute façon, attendant juste l'occasion pour refaire surface... mais ce soir, elles pouvaient bien patienter un peu - et vidèrent leur verre d'une traite.

« Bon, assez parlé de tout ça. On est là pour faire la fête, non ? », lança-t-il avec entrain. « Puis-je proposer à Madame Granger une danse ? »

« Je dois vous prévenir, Monsieur Thomas, je danse incroyablement mal. Je vais tant vous marcher sur les pieds, que vous allez finir par croire que c'est fait exprès ! »

« J'ai hérité de ma mère un talent pour les danses de salon... Sans mentionner qu'elle m'obligeait à danser avec elle dans tous les bals du village, bien sûr », répondit-il en lui lançant un clin d'oeil.

« A tes risques et périls, alors ! », l'avertit-elle en acceptant la main qu'il lui tendait.

Il l'entraîna vers la piste de danse en souriant, escorté par la musique aux intonations languissantes : une femme à la voix suave chantait un air sensuel, la voix bercée d'écho fantomatiques.

Avec une infinie douceur, il la guida tant bien que mal, évitant de justesse de se faire piétiner les pieds à trois reprises. La démarche gauche pour éviter de lui écraser les pieds une nouvelle fois, elle se sentit affreusement bête : elle avait combattu des sorciers sans pitié, avait dévoré des centaines de livres dont le charabia incompréhensible mêlait runes antiques et symboles oubliés, avait préparé des potions d'une extrême complexité et avait dû faire face à ses plus intimes peurs et ses plus noirs secrets - mais pourtant, malgré tout ça, elle était incapable d'aligner trois pas de danse.

Elle adressa un sourire gêné à Dean qui la rassura en déposa sa main sur sa hanche.

« L'astuce, c'est de compter en même temps. Regarde, suis mes pas. Un, deux, trois. Un, deux, trois... »

Elle opina de la tête et se concentra méticuleusement sur les pas de son guide. Un pas en avant, un pas sur le côté, pieds joints. Une main sur son épaule, l'autre étreinte par ses doigts. C'était pas si compliqué que ça, finalement. Ses yeux se plongèrent dans ceux de Dean et elle y décela quelque chose qu'elle n'avait jamais vu avant : un sentiment de sécurité si confortable qu'elle se détendit pour de bon. Très vite, elle sentit une étrange gaieté l'envahir et elle se laissa aller à tourbillonner en riant de bon cœur, sentant des mèches rebelles caresser son visage. Au moment où elle effectuait un nouveau tour sur elle-même, elle sentit une main autoritaire se poser sur son épaule, l'obligeant à s'arrêter aussi sec, légèrement titubante.

« Tu permets que je te l'emprunte ? », articula la voix froide de Drago à l'intention de Dean.

Le Gryffondor jeta un coup d'oeil soucieux à Hermione mais elle hocha discrètement la tête pour lui faire comprendre que tout allait bien. D'une imperceptible pression sur son bras, il lui fit comprendre qu'il restait à l'affut, prêt à intervenir si jamais quelque chose tournait mal, puis il se retira après avoir jeté un regard méfiant à Drago. Ce dernier l'ignora royalement et saisit la main d'Hermione avec fermeté avant de placer l'autre sur sa hanche. Elle sentit sa peau se hérisser et son cœur bondir dans sa poitrine mais elle se fit violence pour garder son calme, et se laissa guider par Malefoy alors qu'il se mettait lentement à danser.

« Je rêve ou tu es jaloux ? », plaisanta-t-elle en lui adressant un sourire intentionnellement provocateur.

« Oui, je suis jaloux, si c'est ce que tu veux savoir. »

Il avait dit ça comme il aurait balancé une de ses exaspérantes moqueries, et Hermione, choquée par cette soudaine sincérité, demeura silencieuse un instant, le dévisageant les yeux ronds comme des soucoupes.

« Je n'ai pas l'habitude de partager mes occupations avec qui que ce soit », rajouta-t-il en étirant un peu plus son sourire.

D'instinct, elle lui balança un coup de pied dans le tibia et elle eut la satisfaction de voir son éternel sourire se décrocher de ses lèvres, aussitôt remplacé par une grimace de douleur.

« Tu devrais apprendre à mieux formuler tes accès de tendresse, mon cher. Rajoute ça à la liste de tes occupations », lança-t-elle d'un ton moqueur.

« Et toi tu devrais rajouter des cours de danse à la liste des tiennes. Tu t'y prends incroyablement mal, tu sais ça ? »

Elle lui écrasa le pied de son talon et sourit alors qu'il grimaçait une nouvelle fois.

« Ah bon ? J'avais pas remarqué », ironisa-t-elle.

Il lâcha un long soupir, et la regarda avec sérieux : « C'est exaspérant, la façon détestable dont tu me plais. »

Elle sentit ses joues s'empourprer, mais ne détacha pas leur étreinte alors qu'ils se mouvaient avec douceur au rythme de la musique. Jetant un coup d'oeil par dessus son épaule pour vérifier que la voie était libre, elle se rapprocha de lui pour lui glisser, dans un murmure :

« Mais à quoi tu joues, à la fin ? Si Pansy... »

« Elle n'est pas là, pour l'instant. Et de toute façon, Pansy c'est mon problème, pas le tien », l'interrompit-il en la rapprochant de lui.

Une nouvelle fois, le décor en filigrane s'estompa peu à peu autour d'eux, et elle observa rêveusement les reflets du plafond céleste voguer lentement sur le visage de Drago, se prélassant à l'interstice de ses lèvres étirées dans un sourire amusé. Ses yeux d'orage prenaient un plaisir non dissimulé à détailler sa figure, s'accordant à merveille avec son parfum diluvien - et sans qu'elle ne sache pourquoi, l'impression d'être dans l'œil d'une tornade s'imposa à elle : cette tension électrique, ce calme troublant avant le déluge, cet instant furtif qui semblait se dérober aux lois du temps. Il pressa légèrement ses doigts et elle sentit derrière ce simple geste, tout un monde de désirs informulés et de promesses en pointillés. L'envie furieuse de l'embrasser s'élança en elle comme un animal sauvage, du bas de son ventre jusqu'au creux de sa poitrine, l'envie féroce de sentir ses lèvres contre les siennes, de rouvrir le dossier de leurs nuits colorées, de sentir sa peau partout où ses doigts pouvaient se perdre. Il la fit tournoyer entre ses bras ; elle vit le monde tourbillonner autour d'elle, défiler sous ses yeux en une effusion d'éclats bleus, de constellations lumineuses et de rayons argentés. Il la réceptionna d'une main agile, la laissant lascivement courir le long de la taille d'Hermione avant de l'accrocher doucement sa hanche. Son parfum enveloppa la jeune fille toute entière alors qu'il se penchait à son oreille :

« Les Cobras entrent en jeu. »

Du bout des lèvres, il l'embrassa discrètement à la naissance du cou, à la lisière de sa joue, et retourna aussitôt à la table où Daphné l'attendait, le regard sombre.

~~~~o~~~~

L'intense douceur qui l'enveloppait jusque là s'étouffa dans un nuage de rage alors que ses yeux suivaient avec horreur la comédie de Drago et d'Hermione. Elle pouvait sentir d'ici la tendresse écœurante qui transparaissait derrière chacun de leur geste, l'effarante complicité qui se tapissait dans chacun de leur sourire. Elle eut envie de se lever et de hurler à pleins poumons : votre petit jeu ne trompe personne ! Je te hais Granger, je te hais ! J'espère de tout mon être que tu vas crever ! J'aimerais te tuer moi-même, t'étrangler de mes mains !

Mais elle ne dit rien. Une colère sourde gronda en elle, et l'envie pressante de gerber la bile de dégoût qu'elle sentait remonter dans sa bouche la poussa à finir son verre d'une traite. Quitte à voir ça, autant être saoule. Histoire de mettre toutes les chances de son côté d'avoir tout oublié le lendemain. Sans lui demander son avis, elle saisit le verre de Calypso et l'avala aussi sec, ignorant les protestations de la brune qui abdiqua finalement en lui lançant un coup d'œil inquiet. Pour toute réponse, elle lui adressa un rictus crispé qui échoua à se faire passer pour un sourire rassurant.

Un mouvement à sa droite lui signala que Pansy venait de faire son apparition et aussi vite que s'il avait reçu une décharge électrique, Drago s'éloigna de la Gryffondor pour venir les retrouver. Les battements du cœur de Daphné s'accélérèrent, ses prunelles suivirent la démarche désinvolte de Drago, son sourire en coin, sa chemise froissée avec nonchalance au niveau du col, avant de se poser sur Pansy, qui se servait un verre, auréolée d'une prestance royale montée de toute pièce. Ses iris effectuèrent plusieurs fois le trajet, retraçant le terrible dilemme qui la déchirait de part en part, et enfin, ses yeux s'arrêtèrent sur Granger, passant en revue sa robe bon marché, ses cheveux hirsutes maladroitement relevés en un chignon désordonné, son rire franc alors qu'elle parlait avec un garçon que Daphné ne connaissait pas. Mue par une rage sans précédent, elle se leva d'un bond, faisant virevolter sa robe autour de sa silhouette élancée. Cette garce de Granger allait payer. Et elle connaissait une seule personne assez folle pour s'en prendre sans scrupules à la petite protégée de McGonagall. D'un pas décidé, elle se dirigea vers Pansy, mais à peine eut-elle fait deux enjambées qu'une main glaciale se referma sur son bras, l'obligeant à se retourner.

« Qu'est-ce que tu fais ? », questionna sans préambule Zabini, en la dévisageant froidement.

« Mêle-toi de ce qui te regarde, toi ! », aboya Daphné en tentant de dégager son bras de son emprise, mais il resserra sa poigne.

« Quand il s'agit de mon meilleur ami, ça me regarde. »

« Bien sûr, c'est quand ça t'arrange, ça ! Tu disais pas la même chose quand les Cobras complotaient dans le dos de ton cher meilleur ami mais que tu te taisais bien docilement, histoire de surtout pas faire de vagues ! Oui, t'as strictement rien fait pour empêcher les choses de s'envenimer alors viens pas me bassiner avec ta prétendue loyauté ! »

« Tu sais très bien que les choses ne marchent pas comme ça à Serpentard », se défendit-il d'un ton qui se voulait impassible mais derrière lequel elle sentait poindre un brin de culpabilité.

« Ah, et comment marchent les choses à Serpentard, alors ? Vas-y, Zabini, je t'écoute. Éclaire-moi de ton savoir ! »

« On n'intervient que lorsque la situation est sur le point de devenir critique, tu le sais très bien. »

Elle se fendit d'un rire profondément méprisant.

« Mais regarde autour de toi, Zabini, ouvre les yeux, un peu ! La situation a franchi le stade critique depuis bien longtemps, tout se casse la gueule et toi, tu viens me faire croire que c'est ce moment précis que tu as choisi pour jouer les héros ? Écoute-moi bien, Blaise. Ce soir, je vais changer la donne. Histoire que si tout s'écroule, personne n'y survive. Pas même cette garce », cracha-t-elle en désignant d'un geste de la tête Hermione qui était toujours en grande discussion avec Dean.

« Daphné. Il faut que tu reviennes sur terre. Maintenant. »

Elle le toisa des pieds à la tête. « Oh, je t'en prie, Zabini. On sait aussi bien l'un que l'autre que tu es mal placé pour me faire le moindre reproche. Je n'ai jamais parlé à Drago de ce qui s'était passé, il y a quatre ans, dans la forêt. Mais ça risque d'arriver si tu te mets en travers de mon chemin. »

Le visage de Blaise sembla se voiler un instant, et il jeta un regard par dessus son épaule, pour être sûr que personne ne les écoutait.

« Je t'interdis de parler de ça. J'avais quatorze ans, Daphné, bon sang. »

« Alors, dégage. »

Elle fit mine de partir mais il ne relâcha pas son emprise, le visage soudain empreint de sérieux.

« Il ne t'aime pas », balança-t-il avec la violence d'un boulet de canon. Elle encaissa le coup en grimaçant.

« Je t'ai pas demandé de jouer les conseillers conjugal à ce que je sache, alors économise ta salive pour cracher ton venin ailleurs. »

« T'es la seule à pas le voir, ma pauvre. Il ne t'aimera jamais. Et si toi, tu étais obnubilée par autre chose que ta petite personne, tu remarquerais que le Drago dépressif et criblé de doutes qu'on se coltine depuis la cinquième année est en train de s'estomper. Si tu l'aimais vraiment, comme tu le clames à qui veut l'entendre, tu le laisserais un peu tranquille. »

« Tu sais très bien que ça ne marche pas comme ça. Il sera heureux avec moi ou il sera malheureux avec moi, mais il n'y a pas d'autre alternative. »

« C'est un suicide kamikaze, que tu programmes, là. »

« T'en fais pas, je penserai à t'entraîner dans ma chute. Je te réserve une place aux premiers rangs. »

D'un coup de coude, elle se détacha de Zabini et parcourut la distance qui la séparait de Pansy en quelques secondes. Cette dernière la regardait déjà depuis un petit moment, un sourire amusé aux lèvres.

« Tu nous fais une scène de ménage avec Zabini ? C'est Calypso qui va être contente... »

Daphné ne répondit rien, sentant pendant un bref instant sa volonté faiblir mais elle se reprit et darda sur Pansy un regard impatient. Les lueurs colorées du plafond étoilé conférait à Parkinson un air moins farouche, presque attendrissant. Ses cheveux bruns coupés au carré étaient légèrement ébouriffés, et son rouge à lèvres avait la couleur du sang de ses proies. En dehors de ça, elle passait presque pour une élève comme une autre. Sa robe d'un violine intense, se jouait d'un décolleté provocateur qui laissait entrevoir des formes généreuses, et flattait le reste de sa silhouette. Juchée sur ses talons hauts, elle restait tout de même plus petite que Daphné et la regardait donc d'en dessous, avec l'air de celle qui sait qu'on va lui apporter des révélations juteuses sur un plateau d'argent.

« Tu voulais quelque chose, peut-être ? », susurra-t-elle d'une voix doucereuse qui avait plus l'intonation d'une affirmation que d'une question.

« Faire affaire », répondit Daphné, d'un ton tranchant.

Pansy prit le temps de siroter une longue gorgée de son cocktail avant de relever les yeux vers la blonde.

« Les enchères sont ouvertes. Qu'est-ce que tu as à me proposer ? »

« Pas si vite. J'impose certaines conditions. »

« Je ne suis pas sûre que tu sois en position de négocier quoi que ce soit », argua Parkinson en avalant une nouvelle gorgée d'alcool d'un air amusé.

« A toi de voir »

La brune la jaugea un instant du regard, l'air de calculer si sa proposition valait le coup. Elle dut conclure à la posture impatiente de Daphné que c'était le cas car elle finit par se laisser convaincre.

« Je t'écoute. »

« Tu me laisses en dehors de tes règlements de compte. Et tu épargnes Drago. »

« Tu en demandes beaucoup. Tes informations ont l'intérêt d'être à la hauteur de tes réclamations. »

« Elles le sont. Tu acceptes ou pas ? », s'impatienta-t-elle en croisant les bras.

« J'accepte », répondit-elle en tendant la main, et Daphné ne put s'empêcher de remarquer que ses ongles avaient la couleur de ses lèvres sanglantes.

Avec réticence, la blonde accepta la poignée de main.

Elle était en train de pactiser avec Pansy Parkinson, la Reine Cobra, la traitre parmi les traitres, l'Impératrice de la folie. Alors que leurs doigts se desserraient, elle eut la vague impression d'y laisser un bout de son être : elle avait vendu son âme au Diable. Mais l'accord était scellé, plus question de revenir en arrière : elle pouvait vivre sans âme, mais pas sans Drago.

« Alors ? », s'enquit Pansy en levant un sourcil, et le liquide qui tourbillonnait dans son verre remonta lentement sa paille pour finir aspiré par ses lèvres étirées en un sourire victorieux.

Il y'eut un bref silence et enfin, Daphné avoua tout :

« Drago et Granger t'ont piégée. Ils ont tout planifié, monté de toute pièce une fausse dispute. Ils n'ont jamais arrêté de se voir. Et je pense même qu'ils préparent quelque chose. Contre toi. Cela va de soi. »

L'information fit mouche. Une ombre dangereuse passa sur le visage de Pansy et ses yeux charbonneux se fixèrent sur Granger comme deux flèches empoisonnées sur le point de tirer leur coup assassin. Tout l'éclairage du monde n'y suffisait plus : elle n'avait plus rien d'attendrissant, ni d'innocent. Au contraire, ses lèvres retroussées laissant apparaître des canines brillantes rappelaient au monde qu'elle était une prédatrice, une lionne prête à bondir sur sa proie. D'un geste brusque, Pansy posa son verre sur la petite table à côté d'elle, déversant sur le sol la moitié de son contenu.

« Tu m'excuses ? », siffla-t-elle, sans attendre la réponse. « J'ai une affaire urgente à régler. »

~~~~o~~~~

Hermione n'eut pas le temps de se retourner, qu'une main acérée se refermait sur son bras. Elle vit Dean froncer les sourcils, étonné, et eut tout juste le temps d'entendre la voix aigre de Pansy déclarer : « Je réclame une danse avec ma camarade préfète », qu'elle se faisait entraîner sur la piste. Elle déglutit lentement, ravalant sa peur et sa surprise. Un sentiment d'imminent danger l'élança au creux du ventre, et les bruits des conversations lui semblèrent soudain lointains, bien trop lointains, comme si les invités eux-même s'éloignaient progressivement, l'abandonnant aux griffes de la Reine des Cobras.

« On a des choses à se dire, toi et moi, je crois », susurra-t-elle d'une voix affilée.

Il y'avait quelque chose de terrifiant dans son regard d'obsidienne, et Hermione se retrouva incapable de bouger alors que la Serpentard agrippait fermement son bras d'une main, nouant l'autre autour de la nuque de la Gryffondor. Le menton de Pansy était négligemment relevé, et elle portait haut comme un drapeau son sourire dangereux et son regard venimeux.

« Je ne t'ai jamais aimée », lâcha-t-elle avec un sourire carnassier. « Je t'ai détestée le jour de la rentrée, la première fois que je t'ai vue. Avec ton air fragile que tu ne prenais même pas la peine de cacher... un rien semblait pouvoir te briser. »

Enchaînée par les bras de Pansy, elle tourna lentement, guidée par sa poigne métallique qui refusait de la relâcher, emprisonnée par le rythme devenu étouffant de la musique. L'air était devenue irrespirable, et la chanson qui planait dans l'air résonnait tout à coup comme une oraison funèbre à ses oreilles bourdonnantes. L'atmosphère pesait sur ses épaules frêles, ployant sous le poids des inflexions lyriques de la mélodie. Déchirée entre la langueur mortelle de la chanson et la valse empoisonnée de Pansy, Hermione peinait à respirer, à penser, à agir. Ses yeux bruns se perdirent dans l'obscurité démente de ceux de Pansy.

« Je vais te briser, Hermione. Fragment par fragment, miette par miette. Je vais te déconstruire, t'éclater en mille morceau. »

D'instinct, Hermione jeta un coup d'oeil aux danseurs qui les entouraient, cherchant vainement de l'aide. Avaient-ils remarqué la danse funeste dans laquelle elle s'était embourbée jusqu'au cou ? Non, personne ne faisait attention à eux. Elle tourna vers Pansy son regard agité de tressautements nerveux - quelque chose la glaçait d'effroi, l'empêchant de réfléchir normalement. Seuls ces yeux sans fin retenaient toute son attention. Est-ce qu'elle allait la tuer, là, devant tout le monde ?

« Oh non, pas maintenant, fragile Hermione. Pas maintenant. Je ne suis pas folle, tu as encore trop d'amis dans cette école. Le jour viendra où je te disloquerai de part en part. Mais aux coups de bouclier, j'ai toujours préféré les attaques surprises. »

Ses griffes s'enfoncèrent dans la nuque de la Gryffondor, réveillant soudain son instinct de survie. Elle voulut se défaire de son étreinte, essayant de s'extirper de son étau de fer, mais un rire rauque s'échappa de la gorge de Parkinson.

« Il ne peut y avoir qu'une reine à Poudlard. Ni la directrice, ni tes fidèles lions, ni ton cher Drago ne pourront te protéger. Il ne peut y avoir qu'une reine à Poudlard, et ce sera moi. »

D'un geste brusque, elle colla ses lèvres contre celles de la Gryffondor. Baiser empoisonné, baiser de glace, baiser fatal qui proclamait : je suis la reine, et tu empiètes sur mon territoire. L'irrémédiable dureté de l'acier paralysa le cerveau d'Hermione et elle sentit un frisson mortel lui remonter lentement l'échine. Elle se débattit avec une fureur désespérée, et Pansy se recula. La Gryffondor s'essuya rageusement les lèvres d'un revers de manche ; elle voulut lui crier des insultes, la gifler, lui cracher à la figure... mais son corps refusa d'exécuter le moindre mouvement. Une violente nausée la secoua alors qu'un sourire vorace étirait les lèvres d'un rouge funeste de la Serpentard. Tandis que la dernière note de la musique éclatait dans les aigus, Parkinson souffla :

« J'aurai ta peau, Granger. »

Avant qu'elle ne se détourne, des lueurs stellaires se perdirent sur son visage, reflets de cauchemars sur sa peau d'ivoire, conférant à ses yeux sombres l'éclat trouble de la démence. Longtemps, cette image hanterait l'esprit d'Hermione.


Bon ! J'ai été un peu plus rapide cette fois, alors j'espère que ça compensera mon retard de la dernière fois... non ? Bon, j'aurais essayé.

Alors voilà, un chapitre "carrousel", alternant entre les points de vue de Daphné et d'Hermione, j'espère que ce n'est pas trop déplaisant à lire !
Les hostilités ne sont pas terminées, comme vous voyez ! Alors, vous avez une petite idée d'où ça va mener, tout ça ?

Je n'ai pas le temps de répondre à vos reviews ce soir, mais je lis chacune d'entre elle et vous ne pouvez pas savoir le plaisir que ça me fait !
Je vous réponds très très très vite ! Je vous remercie de faire l'effort de laisser un petit mot, un message d'encouragement, ou même vos questions/critiques. J'apprécie vraiment ! Et merci à ceux qui me laissent un petit message pour me dire qu'ils sont là, j'aime toujours savoir qui vous êtes, vous, derrière votre écran, héhé

Au passage, merci à La Fan de Twilight pour ta gentille review ! Maintenant, je culpabilise de t'avoir détournée de tes cours ! Mais bon, on va dire que c'est pour la bonne cause héhéhé. J'espère que la suite te plaira tout autant, et à très très très vite !

A très vite, my darlings.

Love, love, love.

(P.S. : Déjà le chapitre 31 ! Que le temps passe vite ! Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'on est plus proche de la fin que du début. Haha, ça vous avance pas à grand chose, hein ?)