Hello lecteurs chéris !

Bon, désolée, je suis pas une grande fan des parenthèse avant-chapitre, mais j'ai remarqué en relisant le chapitre précédent, qu'une partie du dialogue entre Daphné et Zabini avait sauté pendant la publication. Le passage concernant la forêt. Donc si ça vous dit rien, je vous conseille de relire leur dialogue avant (c'est vers la fin du chapitre 31, je crois). C'est pas grand chose, mais vu qu'il y a un passage dans ce chapitre qui l'évoque, je préfère être sûre que vous êtes à jour !

Je vous laisse lire et on se retrouve à la fin du chapitre !


Les trois semaines qui s'étaient écoulées avaient vu le château s'emplir de nouveau, vibrant au rythme des cours, des murmures échangés et des sourires venimeux. La solide, l'inébranlable maison Serpentard, n'était plus qu'un lointain souvenir. C'était étrange à vrai dire, la salle commune était devenue le foyer d'un combat troublant : personne n'osait plus s'y attarder sans pour autant se résigner à la déserter pour de bon. Il y régnait une étrange atmosphère de souffre, de braises fumantes, et d'aube rougeoyante : l'odeur nauséabonde de l'avant-guerre. Plus que jamais, on sentait les remous sous l'onde lisse des politesses vipérines.

Drago n'avait quasiment pas vu Hermione depuis trois semaines. Elle s'était éclipsée à la soirée, sans qu'il ne sache pourquoi, et semblait l'éviter du mieux qu'elle pouvait. Elle ne continuerait pas ce petit jeu longtemps. Lui, il était prédateur, chasseur, traqueur, et il la dévorerait toute crue s'il le fallait. Un sourire lascif étira ses lèvres. Étendu sur son lit, les yeux perdus dans l'enchevêtrement irrégulier de pierres qui formaient le plafond de sa chambre, il croisa les bras sous sa tête. Quelque chose chez Granger le titillait, venait gratter le vernis immuable de son impassibilité. Drago, lui, incarnait tout ce que des générations et des générations de Sang-Pur s'étaient évertué à lui inculquer : la froideur, le détachement, le dédain pour toute autre mode de vie que la sienne. Et elle... Elle était tout le contraire : la spontanéité, la sensibilité à portée de vue, le courage sauvageon un rien exaspérant. Elle était course folle quand il était marche prudente, embardées tumultueuses quand il suivait docilement la ligne de bonne conduite. Elle incarnait l'arrogante liberté à lui en brûler les yeux. Il sourit malgré lui ; sacrée Granger, infernal tourbillon de problèmes, constellation d'ennuis, capitaine de malheur qui l'entraînait en eaux troubles.

La porte s'ouvrit à la volée, et il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, agacé. Il savait très bien ce que signifiait cette interruption inopportune mais n'arrivait pourtant pas à l'accepter. Il ferma les yeux avec exaspération, et grinça, entre ses dents :

« C'est si dur que ça, de frapper à une porte, Zabini ? »

Le métis se laissa tomber à côté de lui, un sourire ouvertement amusé au visage.

« Non, c'est facile. Mais ce qui est encore plus facile, c'est de t'énerver. Et tu sais à quel point j'aime ça. »

« J'avais remarqué, oui », siffla-t-il.

Sans se formaliser par les signes d'agacement du blond, Zabini se laissa aller contre le mur en lâchant un soupir de contentement. Ils restèrent silencieux quelques secondes, puis, Zabini se tourna vers Drago, qui s'obstinait toujours à regarder le plafond, et lâcha :

« Tu te rappelles quand on avait mis de l'essence de Naga Viper dans le verre de Nott, pour l'anniversaire de son père ? »

Le visage du blond se détendit et il esquissa même un sourire amusé teinté de nostalgie.

« Comment ne pas m'en souvenir ? A la fin de la soirée, il était tellement rouge qu'on aurait pu le confondre avec un Boutefeu. »

« Et son père qui l'engueulait parce qu'il transpirait à grosses gouttes pendant son discours. »

Cette fois-ci, Malefoy se laissa aller pour de bon et éclata d'un rire franc suivi de près par Zabini.

« Et c'est quand il s'est mis à cracher des flammes que son père a bien voulu consentir à appeler le médecin de famille. »

« On a gâché son anniversaire, je crois », s'esclaffa Zabini, avant d'ajouter : « Je pense que Nott ne nous l'a jamais pardonné. »

Pour toute réponse, Drago haussa les sourcils : « Après ça, on a dû jouer ses Elfes de Maison pendant trois semaine, je crois qu'on a payé notre dette, hein. »

« En parlant de Théo, ça fait un bail qu'on l'a pas vu, non ? »

Drago éluda la question d'un haussement d'épaules : « Je sais pas. C'est pas vraiment ma préoccupation principale, si tu vois ce que je veux dire... »

« Ouais, mais quand même. Je me demande où il est passé. »

« T'en fais pas, va. Il réapparaîtra à un moment ou à un autre. Et j'ai le sentiment qu'on regrettera bien de s'être inquiétés pour lui. »

Zabini lui offrit une moue sceptique, qui signifiait sûrement : cette fois-ci, c'est différent, y'a quelque chose qui tourne pas rond, mais Drago se contenta de l'ignorer, fermant de nouveau les yeux, avant que le silence ne soit, une nouvelle fois, brisé par le métis.

« Et quand on avait volé toutes les bouteilles du Champagne des Sirènes de ton père... Tu te souviens ? »

« Oui, je m'en souviens très bien, merci. Tout comme je me souviens du sortilège de joues cuisantes que j'ai reçu en punition », rétorqua-t-il dans un soupir.

« D'accord, d'accord, on avait pris cher après coup... », concéda Blaise avec un geste de la main évasif. « ... mais franchement qu'est-ce qu'on s'était marré ! »

« C'était de ta faute. C'est toi qui nous avais croire qu'il y'avait des Sirènes miniatures prisonnières au fond de chaque bouteille ! »

« C'est ce que mon cousin m'avait dit ! », se défendit vertement Zabini. « Et puis c'est Daphné qui avait commencé à les vider sur le sol... avant d'insister pour les goûter ! »

« Ouais, et après elle avait plongé dans le lac tout habillée. Elle disait qu'elle partait rejoindre sa famille Sirène », s'amusa Drago en levant les yeux au ciel.

« Merlin, sa mère était folle de rage. Je me rappelle encore de son visage rouge de colère et de ses cheveux tout défaits. Je la revois parfois en cauchemar, tu sais ? », souffla Blaise d'une voix sérieuse, avant de secouer la tête de droite à gauche pour s'extraire de ce sombre souvenir.

A l'évocation de ses bêtises d'enfants, Malefoy se détendit légèrement. C'est vrai qu'ils avaient joué les terreurs, tous les trois. Le trio infernal, les fauteurs de troubles, le cauchemar de tous les parents. Il avait rencontré Zabini en première année, et il l'avait tout de suite aimé - fait assez rare pour être souligné. Blaise exhalait de cette fraîcheur inadéquate, de ce franc-parler inconvenant qui tranchait tant avec l'éducation Sang-Pur de Malefoy. Il rigolait fort, parlait en argot et se moquait de tout. Du haut de ses onze ans, Drago admirait cette liberté infinie et dès lors, ils étaient devenus inséparables. Cette rencontre était venue ébranler le petit monde étriqué de Drago Malefoy avec la force d'un astéroïde, lui laissant entrevoir, derrière ses œillères Sang-Pur, un monde ouvert de possibilités.

Le blond se tourna vers son ami, et, avec une moue amusée, il demanda :

« Et le jour où on s'était perdu dans la forêt, chez Daphné. Tu te rappelles ? »

Zabini releva aussitôt la tête et sonda Drago d'un regard indéchiffrable, avant de détourner la tête, l'air embarrassé.

« Oui, oui, je m'en souviens », marmonna-t-il dans sa barbe.

« Daphné était persuadé que la forêt abritait des dragons et voulait absolument en capturer un. On était tellement paumé qu'on avait passé la nuit là-bas, et tu répétais en boucle qu'on allait tous mourir et que c'était quand même putain d'ironique que des sorciers crèvent parce qu'ils avaient perdu leur chemin. Mais oui, je me souviens, tu disais que tu voulais pas mourir avant d'avoir mangé une dernière fois un plat italien bizarre de ta grand-mère », s'amusa Drago alors qu'un flot de souvenirs et d'images déferlaient en lui à toute allure. « Heureusement que Daphné savait construire des cabanes, sinon, on aurait passé la nuit à la belle étoile, je crois. »

« Oui, heureusement, oui », ponctua Zabini, désireux de clore la conversation au plus vite.

Un étrange silence se profila entre eux, durant lequel Malefoy se remémorait avec amusement les détails de cette soirée tandis que Zabini, lui, se tortillait nerveusement les mains, cherchant en vain comment détourner la conversation.

« Maintenant que j'y pense... », commença Drago d'une voix absente. « ... c'est à partir de ce jour-là qu'on n'a plus rien fait tous les trois. Ouais, c'est à partir de ce moment-là que vous avez commencé à vous détester tous les deux. J'avais jamais réalisé... »

« Daphné est une tarée, ne va pas chercher plus loin », le coupa le métis en battant du pied, mal à l'aise. « Et puis, on s'amusait nettement plus tous les deux, à torturer ces idiots de Crabbe et Goyle. Tu te souviens quand on avait changé leurs chocogrenouilles en vraies grenouilles ? », rajouta-t-il avec un empressement légèrement suspect.

« Mmh, non », répondit Drago, les yeux plissés par l'effort que lui demandait le fait de replonger dans ses vieux souvenirs. « Parfois, je me demande même si t'inventes pas des trucs. Je devrais peut-être... »

Il s'interrompit brusquement en se relevant sur le lit, avec l'air de celui qui vient d'avoir une idée lumineuse. Il dévisagea un instant Blaise sans rien dire, alors que ce dernier fronçait les sourcils d'incompréhension.

« Bon sang, t'es un génie Zabini ! », lâcha-t-il en bondissant hors de son lit. « Je te revaudrai ça ! »

Il envoya une tape amicale sur l'épaule du métis qui le dévisageait toujours sans comprendre, et s'élança hors du dortoir sans préambule. Blaise le regarda quitter la pièce en se demandant vaguement ce qu'il avait bien pu dire mais finit par abdiquer en haussant les épaules.

« Ce mec est fou », souffla-t-il pour lui même, avant de se laisser aller en arrière sur le lit de Drago. « Ce mec est fou, mais je l'aime quand même. »

~~~~o~~~~

Appuyé contre le mur de pierre sombre du quatrième étage, Drago attendait, les bras croisés. Enfin, il entendit des pas résonner dans le couloir et un sourire se dessina lentement sur ses lèvres. Il vit émerger, de l'angle du couloir, la chevelure ébouriffée de Granger dont le visage était caché par une pile branlante de livres qu'elle tenait entre ses mains. Lorsqu'elle l'aperçut, ses yeux s'arrondirent et elle s'arrêta aussi sec, jetant un coup d'oeil par dessus son épaule pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls. Enfin, elle consentit à s'avancer vers Drago et se planta devant lui, l'air un peu perdu.

« Pourquoi tu m'évites ? », demanda-t-il sans préambule.

Elle soupira, et serra ses livres contre sa poitrine. « Je ne t'évite pas. »

« Ah, vraiment ? », répondit-il avec un sourire amusé.

Elle parut embarrassée, se mordillant la lèvre comme une petite fille qui viendrait de débiter un gros mensonge, mais resta silencieuse. D'une impulsion, il se décolla du mur et s'approcha d'elle lentement alors qu'elle reculait en jetant des regards inquiets à droite et à gauche. Elle buta contre le mur derrière elle et, de surprise, laissa tomber sa pile de livres qui s'effondra sur le sol dans un vacarme assourdissant.

« Tu ne m'évites pas, alors ? »

« Non », répondit-elle en soutenant son regard d'acier.

« Même pas un tout petit peu ? »

« Même pas. »

Un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres alors qu'il approchait lentement son visage du sien, et avec satisfaction, il la sentit frissonner alors qu'il accrochait ses prunelles métalliques aux siennes. La distance se réduisit lentement jusqu'à ce qu'il sente la chaleur de sa peau effleurer ses sens et enfin, il s'arrêta. Il la vit fermer les yeux et il déposa un baiser espiègle sur le coin de ses lèvres, avant de se reculer pour apprécier son air pantois. Elle leva les yeux au ciel et marmonna un bref : « Ca va, t'as gagné », avant de se pencher pour ramasser les livres qui avaient dégringolé sur le sol.

« Tu vas pas m'aider, j'imagine ? », demanda-t-elle en levant les yeux vers Drago qui la toisait, les bras croisés, avec l'air de beaucoup s'amuser de la situation.

« Non, pas vraiment, non. C'est ta punition pour m'avoir menti. »

Elle réunit les livres qu'elle cala dans ses bras de manière un peu moins aléatoire, et sourit malgré elle au blond.

« Alors, pourquoi tu m'évites ? », recommença le blond en haussant un sourcil.

« Je ne t'évite pas. Je voulais juste... prendre le temps de trouver une solution », balbutia-t-elle en évitant son regard.

« Une solution à quoi ? Tu sais, cette conversation risque d'être très longue si tu continues à parler en énigmes », soupira-t-il en roulant des yeux.

« Une solution pour Pansy », chuchota Hermione en se penchant vers lui, de peur d'attirer des oreilles indiscrètes. « Elle sait. Pour nous deux, je veux dire. Daphné a dû lui dire... »

« Impossible », l'interrompit Malefoy. « Je connais Daphné, elle n'aurait jamais fait ça. »

Hermione leva les yeux au ciel en serrant un peu plus les livres contre sa poitrine.

« Rends-toi à l'évidence, Drago. C'est forcément elle. »

« Je te dis que non, arrête d'insister », s'énerva-t-il. « Quelqu'un a dû nous surprendre, c'est tout. »

Elle le dévisagea un instant en plissant les yeux, l'air de se demander si ça valait le coup d'insister, mais finit par pousser un long soupir en éludant le sujet d'un geste de la main.

« Si ça t'amuse de jouer les aveugles, très bien. De toute façon, c'est pas elle le problème. Pansy m'a menacée à la fête de Slughorn. Et je sais pas, je sens qu'elle serait vraiment capable de me tuer... »

« Ne t'en fais pas pour ça », commença-t-il, et tout d'un coup sa voix se fit plus basse. « Parkinson, c'est mon problème, je te l'ai déjà dit. Je m'occupe de son cas. »

« Comment ? », lui répondit-elle en murmurant à son tour.

Il regarda à gauche, puis à droite, et d'une main il déverrouilla la porte sur laquelle il était appuyé, avant de l'ouvrir d'une impulsion du bras pour y pénétrer, entraînant Hermione à sa suite. Une petite salle exigüe, tout en longueur, saturée de bancs et de tapisseries, s'étendait sous leurs yeux. Les vitraux qui balayaient le sol de leurs ombres colorées et les rangées de bancs tissés de brocarts rouges, donnaient à la pièce des allures de nef secrète. Elle prit soin de déposer ses livres sur une des assises et dévisagea de nouveau Malefoy qui s'était appuyé sur un des accoudoirs ouvragés. Elle croisa les bras et répéta :

« Comment ? Comment tu comptes faire ? »

« Ne t'inquiète pas, c'est tout. Tu m'as déjà assez aidé comme ça, et on voit où ça t'a mené. Alors pour le reste, je m'en occupe. »
Elle leva les yeux au ciel, sans toutefois décroiser les bras et se planta devant lui.

« Arrête un peu, Drago. Arrête de croire que tu dois tout faire tout seul, c'est insupportable. »

« Cette histoire ne te concerne pas, c'est tout. Ne t'en mêle plus », lâcha-t-il d'un ton qui se voulait sans répliques mais, comme il s'en doutait, Granger ne lâcha pas l'affaire aussi facilement.

« Je rêve, là. Je ne suis pas une enfant, tu sais ? Et je ne suis pas un pantin sans cervelle, non plus. Si je me suis mêlée de cette histoire, comme tu dis, c'est de mon plein gré. Et je ne compte pas en être évincée. Que tu le veuilles ou non, on s'est fourré dans ce pétrin ensemble, on s'en sortira ensemble. »

« Par Merlin, arrête de toujours batailler Granger, je t'ai dit non. »

Il se releva prestement et se dirigea vers la porte mais elle s'interposa, les sourcils froncés, et pointa un doigt menaçant vers son visage.

« Tu crois que ton interdiction va miraculeusement m'empêcher de m'en mêler ? Laisse-moi te dire quelque chose, Drago, si c'est ce que tu crois, tu te fourres le doigt dans l'œil », elle ignora sa grimace et poursuivit : « Cette fille est dangereuse, et il faut l'arrêter. Alors soit on travaille ensemble dans ce but, soit on travaille séparément, et on prend le risque de se court-circuiter. C'est toi qui vois. »

Le blond poussa un profond soupir qui en disait long sur sa lassitude. C'était incroyable ce que Granger pouvait être exaspérante, à croire que le mot avait été créé pour elle. C'était comme si elle œuvrait toujours pour faire voler en éclats les bonnes résolutions qu'il prenait.

« C'est quand même très ironique ton petit discours, sachant que t'as passé trois semaines à m'éviter sans même penser à me consulter au sujet de Pansy. »

« C'était pas contre toi. Quand je tombe sur un problème, j'ai besoin de trouver une solution, c'est comme ça. Tant que je n'ai pas trouvé le résultat de l'équation, je suis littéralement incapable de penser à autre chose. Tu vois, c'est comme en Étude des Runes... », commença-t-elle d'un ton docte.

« Ah non, mais tu vas pas en plus me parler de cours », l'interrompit-il en levant les yeux au ciel avec agacement. « Faut que tu consultes, c'est pas normal d'être obsédée à ce point par des hiéroglyphes. »

« Je te ferais remarquer que les hiéroglyphes ne représentent que six pour cent des runes qu'on étudie en septième année », répondit-elle avec une moue vexée.

« Merlin, je t'en supplie, sors-moi de cet enfer », supplia-t-il dans un murmure, les yeux levés vers le plafond.

« C'est pas le sujet ! », s'agaça-t-elle. « Que tu le veuilles ou non, je fais partie de tes plans, maintenant. »

Puis, devant sa mine toujours sceptique, elle se radoucit et s'empressa d'ajouter :

« De toute façon, tu connais Pansy. Elle ne me lâchera pas avant de s'être débarrassée de moi, tu le sais aussi bien que moi. Alors, vaut mieux qu'on soit ensemble quand elle essayera de mettre ses projets à exécution, non ? »

Il poussa un nouveau soupir, détourna le regard en se passant une main fatiguée sur le visage, avant de lui jeter un regard à mi-chemin entre résignation et lassitude.

« Tu sais que t'es fatigante, Granger ? »

« Oui, je sais. Tu me le répètes au moins une fois par jour depuis trois mois... Ça a fini par rentrer, hein », répondit-elle d'un ton espiègle.

« Ça va, ça va, t'as gagné », abdiqua-t-il alors qu'un sourire triomphant illuminait le visage de la Gryffondor.

En maugréant, il la décala d'un geste de la main afin de pouvoir accéder à la porte mais il l'entendit demander dans son dos :

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« Faire tomber une dictatrice complètement folle, ça se fait pas à deux. On va avoir besoin d'aide. »

« C'est à dire ? », demanda-t-elle, suspicieuse.

« Zabini, Calypso et Daphné. Les seuls en qui j'ai un minimum confiance dans ce château. »

Devant la mine outrée de la Gryffondor, il rajouta en levant les yeux au ciel :

« La question ne se pose même pas pour toi, Granger », commença-t-il, mais, la voyant ouvrir la bouche, il s'empressa de poursuivre : « Mais pour ma santé mentale, je vais te répondre quand même parce que sinon on va y passer la nuit. Donc, oui, je te fais confiance, Granger. Peut-être plus qu'à n'importe qui, même. »

Un sourire tendre s'installa sur le visage de la jeune fille, mais il s'effaça aussitôt lorsque Malefoy rajouta :

« C'est parce que vous, les Gryffondor, vous êtes un peu trop simplets pour avoir le temps de penser à nous nuire. »

Elle lui envoya un coup de poing dans l'épaule qu'il réceptionna avec un éclat de rire. C'était un jeu d'enfant, de l'énerver. Mais après tout, avec tout ce qu'elle lui faisait subir, elle méritait bien ça. Il voulut ouvrir la porte, mais elle l'en empêcha une nouvelle fois en posant sa main sur son poignet. L'air inquisiteur, il posa un regard sur elle qui signifiait : « Quoi encore ? », mais, à la façon dont elle triturait nerveusement une de ses boucles d'ébène, il sentit venir le coup.

« Pas Daphné », prononça la Gryffondor comme une sentence.

« Arrête avec ça. Je connais Daphné depuis plus de dix ans. Si je me mets à douter de sa loyauté à elle, autant douter de tout. Je te dis que c'est pas elle. »

« Drago, je t'en supplie, fais-moi confiance. »

Il sentit une bouffée de colère grimper en lui plus vite que le rouge du mercure sous le soleil. Non, Daphné ne le trahirait jamais. Jamais. Il pouvait douter de beaucoup de choses, mais pas de la loyauté de son amie d'enfance, ou alors ça voulait dire que personne sur cette foutue terre n'était digne de confiance. Il repoussa cette triste constatation d'un geste de la tête. Non, quoi qu'il puisse penser de Daphné et de ses crises périodiques de folie, il ne remettrait jamais en doute sa fidélité. Mais ça, Granger était trop bornée pour le reconnaître : d'un geste de la main, elle mettait tous les Serpentard dans le même sac, les considérant lâches et traîtres, comme s'il n'y avait, sur terre, que les Gryffondor qui étaient dignes de confiance. Les bons, les loyaux, les merveilleux Gryffondor.

Il voulut s'énerver, contredire Granger, lui expliquer pourquoi elle avait tort ; mais il la connaissait assez bien pour savoir qu'elle n'en démordrait pas aussi facilement, et là, tout de suite, il était un peu trop fatigué pour batailler. Il se contenta de hausser les épaules, et lâcha, d'une voix ankylosée de colère :

« T'as gagné. Pas de Daphné. Mais pas de Potter non plus, ni aucun de ces abrutis de Gryffondor. »

Devinant la mine scandalisée de Granger dans son dos, il ne prit même pas la peine de se retourner et quitta la pièce en claquant la porte derrière lui.

~~~~o~~~~

Debout dans le placard à balais qui avait longtemps servi de salle de réunion aux deux préfets, Drago ouvrit les bras et prit la parole :

« Bienvenue au premier comité 'Il faut vraiment liquider cette hystérique de Pansy avant qu'elle ne réduise Poudlard en cendres' aussi renommé comité Anti-Pansy, pour des raisons pratiques », commença-t-il en jetant un regard noir à Hermione.

« Me regarde pas comme ça, Drago, c'était trop compliqué à dire. On a voté. »

Zabini et Calypso hochèrent la tête silencieusement, sans toutefois pouvoir détacher leur regard de Granger. Ils avaient toujours un peu de mal à croire que c'était bien Granger, assise là avec eux. D'aussi loin que Drago s'en souvenait, Zabini avait toujours éprouvé un mélange d'admiration appréciative face aux connaissances de Granger, et un inévitable mépris un peu moqueur lorsqu'elle se précipitait pour répondre aux questions, levant la main si haut qu'on l'aurait crue prête à s'envoler de son tabouret. Quant à Rosier, Malefoy ne connaissait pas la nature exacte de ses sentiments vis à vis d'Hermione, mais au vu de son caractère avenant, il y avait peu de chance que ça se solde en animosité. C'était quand même étrange, cette compagnie de personnes si mal assorties, ces anciens rivaux brodés de couleurs ennemies, réunis par le même devoir de libérer le château de sa menace ambulante.

Sous le regard agacé de Granger, Zabini déboucha une bouteille de Rhum et en versa un filet viride dans chacun des quatre verres qu'il avait alignés devant lui, avant de les faire glisser vers leur nouveau propriétaire respectif. Avec une moue dégoûtée, Hermione écarta le sien du bout des doigts et croisa les bras pendant que les trois autres sirotaient tranquillement leur liquide.

« Bon, on pourrait rentrer dans le vif du sujet, maintenant ? »

« Elle est toujours comme ça ? », se plaignit Blaise en se tournant vers Drago.

« Toujours », articula silencieusement le blond à l'intention de son ami, mais le message fut intercepté par Hermione qui les fusilla du regard.

Calypso, qui se tenait bien droite dans sa chaise, sirota une nouvelle gorgée de Rhum avant de reposer son verre tranquillement sur la table et de prendre la parole :

« Il faut miser sur ce qu'on a de plus que Pansy. »

« A nous quatre, un cerveau, un peu de bon sens et conscience de la réalité », railla Zabini en buvant son Rhum.

« Elle a une armée de fidèles prête à exaucer le moindre de ses caprices, elle a des oreilles et des yeux dans chaque recoin du château, et une connaissance particulièrement accrue en Magie Noire », reprit Drago en ignorant Blaise.

« Sans compter qu'elle grossit ses rangs de jour en jour. Il y a quelque chose de bizarre dans sa façon de faire... Vous vous rappelez quand Flora a forcé sa sœur à rejoindre Pansy ? Il se trame quelque chose... Elle réussit à les convaincre d'une manière ou d'une autre... Il y a forcément un truc qu'on n'a pas compris », murmura Calypso dont le visage semblait en proie à une intense réflexion.

L'image des sœurs Carrow se battant comme des animaux de cirques, leurs visages blêmes et leurs yeux creusés par le chagrin, s'imposa à Drago et il frissonna de dégoût. Oui, il se passait définitivement quelque chose d'anormal dans les tréfonds des cachots mais il n'était pas sûr de vouloir s'enfoncer un peu plus dans les méandres du cerveau malade de Pansy.

« Le problème c'est qu'ils la suivent aveuglément », acquiesça Zabini. « Mais franchement, si on arrive à l'isoler, y a juste à la pousser dans les escaliers ni vu, ni connu, et le problème est réglé. »

« Tu crois que j'ai pas déjà essayé ? », soupira Drago. « Elle a toujours un de ses chiens de gardes collé à ses basques. »

« Oui, et puis la connaissant, elle doit s'être érigé des murailles de sortilèges protecteurs. Elle dégage toujours une aura bizarre, quand elle rentre dans une pièce, vous avez jamais remarqué ? », murmura Calypso, comme si elle avait soudain peur que Pansy puisse l'entendre.

« C'est vrai. J'imagine qu'on peut d'office exclure le duel magique, du coup ? »

« Ça n'a jamais été envisagé, Blaise », répondit Hermione d'un ton sérieux. « On risquerait d'être renvoyé. Et puis, on ne veut pas la tuer, on veut l'évincer. Il faut jouer sur ses faiblesses. »

« Mais elle a acquis trop de pouvoir, elle nous verra venir de loin si on essaye de la piéger », argua Calypso, en secouant sa crinière bouclée.

« En fait, ce qu'il nous faudrait c'est une deuxième Pansy », plaisanta Drago.

Hermione se tourna subitement vers lui, le visage illuminé.

« Mais oui, c'est exactement ce qu'il nous faut. Pansy pour battre Pansy ! C'est ça ! », s'exclama-t-elle devant les yeux ronds des trois autres.

« Mais encore ? », demanda prudemment Drago, les yeux plissés, cherchant un sens à son charabia incompréhensible.

« La seule faiblesse de Pansy, c'est elle-même. Il faut qu'on distille le doute dans sa propre tête, il faut qu'on fasse grandir en elle une paranoïa qui finisse en combustion ! »

« Complètement folle », maugréa Zabini.

« Non, elle a raison », s'interposa Calypso. « Il faut qu'on se serve de sa propre folie contre elle ! C'est notre seule chance d'en venir à bout ! »

Commençant à comprendre leur raisonnement, Drago acquiesça lentement avant de se tourner vers Hermione.

« Et il faut aussi instaurer un vent de rébellion dans son armée... »

Hermione saisit son verre de Rhum inentamé et le leva vers ses camarades d'infortune.

« On dirait qu'on a un plan. »

Leurs verres s'entrechoquèrent joyeusement alors qu'ils scellaient les derniers détails de leur machination. Bientôt, Pansy ne serait plus qu'un lointain souvenir. Et le plan commençait dès ce soir.

~~~~o~~~~

Du coin de l'œil, Drago avisa Higgs dont les yeux passaient du livre de Potions qu'il tenait ouvert dans une main, à son parchemin qu'il couvrait d'une écriture illisible toute en pattes de mouche. L'air désinvolte, les mains dans les poches, Malefoy le rejoignit, se plantant devant lui jusqu'à ce qu'il daigne relever les yeux. A contrecœur, Higgs lâcha enfin sa plume et jeta un regard torve à Drago.

« Qu'est-ce que tu veux ? », grogna-t-il.

« Je voulais juste voir ça de mes propres yeux. »

« Voir quoi ? », maugréa le Serpentard, sur ses gardes.

« Toi, avec un livre. Je savais pas que tu savais lire, Higgs, c'est un grand jour pour Serpentard. »

« Très drôle. C'est bon, t'as vu ? Tu peux partir, maintenant ? »

Mais pour toute réponse, Malefoy se laissa tomber dans un fauteuil en face de lui, en poussant un soupir exagéré.

« Écoute, Higgs, j'aimerais ton avis sur un truc. »

L'intéressé jaugea un instant Malefoy du regard, l'air méfiant, mais il ne put empêcher une étincelle de flatterie d'éclore dans ses yeux noisettes. Profitant de cette aubaine, Drago enchaîna :

« Tu vois, je me dis qu'il serait temps que je pense à mon futur, un peu. Et, bon... Je sais, ça va paraître bizarre, mais j'ai toujours eu envie de me lancer dans l'élevage de Crabe de feu. Tu crois que ce serait rentable ? »

« Tu te fous de ma gueule, c'est ça ? », demanda l'autre de sa mine renfrognée.

« Non, non. Pourtant Merlin si c'est tentant, mais non, je suis sérieux. »

« Et pourquoi tu viens me parler à moi de tes lubies tordues ? Je m'en fous, hein. »

« Déjà, merci pour le tact », répondit Drago en prenant une mine faussement affectée. « Et puis je t'en parle à toi parce qu'il est bien connu que tu as bon goût. Alors bon, c'est pas que ça me réjouisse, mais tout le monde dit que tu es de bons conseils. »

« Ah bon ? », demanda Higgs d'un air faussement nonchalant, mais il ne put cacher un air satisfait de planer sur son vague sourire.

Ça y est. Le poisson avait mordu à l'hameçon. Drago réprima un sourire moqueur devant la naïveté de Terrence. Personne sur terre ne dirait jamais qu'Higgs était de bon conseil, pour la simple et bonne raison qu'il avait le quotient intellectuel d'un Troll des montagnes. Mais Drago se contenta de hausser les épaules et de répondre :

« Oui, c'est ce qu'il se dit. Mais bon, je vais pas te déranger plus longtemps, si ça t'intéresse pas. »

« Non, non ! », s'empressa de répondre Higgs. « Enfin, maintenant que t'as commencé, vas-y », se reprit-il d'un air qui se voulait sûrement détaché mais qui ne trompa pas Drago.

« Bon, ben voilà. Je pensais investir là-dedans. Tu vois, pas plus de deux trois Crabe de feu pour commencer, et puis on verra si ça décolle ou pas. Qu'est-ce que t'en penses ? »

« Euh... », commença-t-il avant de se gratter le menton l'air pensif.

Par Merlin, il avait l'air de vraiment évaluer la proposition, s'adonnant à des calculs obscurs de rentabilité. C'est vrai qu'il avait toujours été doué en soins aux créatures magiques, mais de là à croire que Drago avait l'intention de se lancer dans l'élevage de Crabe de feu, y avait quand même de la marge. Parfois, c'était désolant de constater à quel point ses camarades Serpentard étaient révoltants de bêtise et de naïveté. Pas étonnant que Pansy ait réussi son coup d'état. La voix de Terrence le coupa dans ses réflexions :

« Je pense que c'est une bonne idée, oui. Je te conseille de commencer par acheter deux femelles et un mâle, parce que les mâles sont connus pour être bagarreurs durant la saison des amours. »

Il s'y connaissait en plus. D'un air très inspiré, Malefoy hocha lentement la tête, prenant soin de gribouiller des notes sur un petit carnet qu'il avait apporté avec lui, sous le regard ravi et flatté de Terrence. Alors que le Cobra continuait son speech sur les différences de Crabe de feu selon les régions, le tableau de la Salle Commune pivota pour laisser entrer Pansy. Drago lâcha un petit soupir de soulagement : enfin. Il n'aurait pas tenu beaucoup plus longtemps à écouter Higgs déblatérer comme un fanatique sur la différence entre les Crabe de feu de Jordanie et ceux de Lettonie.

La brune balaya du regard la salle et son regard se posa presque instantanément sur eux, elle plissa les yeux avec suspicion et les rejoignit d'un pas pressé. Les mains sur les hanches, elle se dressa face à eux, et bien malgré lui, Drago dut bien reconnaître qu'elle inspirait une sorte de crainte teintée d'autorité. Reprenant aussitôt pied dans son rôle, il lui adressa un sourire un peu embarrassé et se leva d'un bond.

« Bon, ben, euh... On se voit plus tard Higgs », balbutia-t-il.

Il s'apprêtait à décamper mais Parkinson lui barra le passage, les sourcils si froncés qu'ils lézardaient son visage de petites ridules qui la vieillissaient d'une vingtaine d'année.

« Bouge pas, toi », cracha-t-elle à l'intention de Drago. « Qu'est-ce que vous foutiez ? »

Savourant intérieurement la tournure des évènements, Malefoy prit soin d'afficher un air gêné, jetant de bref coups d'oeil vers la porte de son dortoir.

« Rien », répondit-il l'air ennuyé.

Il se tourna vers Higgs comme pour lui demander de l'aide mais celui-ci gardait les yeux rivés sur le sol, effrayé par le regard furieux que lui jetait Pansy.

« On parlait de Crabe de feu », répondit-il d'une voix bizarrement aigüe.

« Oui, voilà, c'est ça. On parlait de Crabe de feu », renchérit Malefoy en hochant la tête avec emphase.

Pansy les sonda du regard tour à tour, passant du visage contrit de Terrence qui n'avait pas vraiment l'air de comprendre pourquoi elle s'énervait, à celui de Drago, qui se contentait de regarder ailleurs. Il pouvait presque entendre les rouages de son cerveau grincer les uns contre les autres, rouillés par le doute. Plic, plic, plic, comme si elle venait d'y verser trois gouttes de paranoïa, les rouages se mirent de nouveau en marche, fumant, grondant, tournant à toute vitesse.

« Vous me prenez vraiment pour une conne, tous les deux », siffla-t-elle. « Montre moi ton carnet, toi. »

D'un geste vif, Drago en arracha la première page et du bout de sa baguette, y mit feu, sous les yeux outrés de Parkinson et ceux choqués Higgs, qui ne comprenait visiblement pas ce que faisait Malefoy, mais sentait gronder les ennuis derrière les nuages noirs des yeux de Pansy.

« Bon, allez. Salut », lâcha nonchalamment Drago avant de tourner les talons.

Il entendit vaguement Pansy hurler des menaces à Higgs, le pressant de lui avouer le vrai sujet de son entrevue avec Malefoy, le couvrant d'injures de plus en plus explicites, mais Terrence continuait de parler de Crabe de feu, lui jurant sur tout ce qu'il avait de plus cher que c'était, en substance, l'unique sujet de sa discussion avec Drago. Mais plus il parlait de fermes à Crabe de feu, de mâle et de femelle, et plus Parkinson perdait son sang-froid. Si elle n'avait pas été rongée par sa folie paranoïaque, sûrement aurait-elle vu plus clair dans le jeu de Malefoy, mais heureusement pour lui, la Reine Cobra se perdait dans les tourments du pouvoir, sonnait elle-même le cor de son déclin. Et son infernale chute ne faisait que commencer.

Il pressa le pas, et pénétra dans son dortoir, ne pouvant plus retenir son sourire hilare. L'opération était lancée, Pansy allait bientôt se noyer ; broyée par les vagues de sa propre folie.

Il ferma la porte de sa chambre derrière lui et discerna, malgré l'obscurité, un large colis empaqueté de kraft déposé prudemment sur son lit. Un sourire de contentement étira ses lèvres : sa surprise était prête.


Alooors ? Bon, c'est un chapitre assez tranquille mais en même temps, beaucoup de choses se mettent en place !
Les Anti-Cobras se rebellent, donc les choses vont bouger ! Et puis, il y a quand même une étrange collaboration entre les Serpentard et Hermione, c'est assez rare pour être noté quand même, héhéhé. J'espère que tout ça vous a plu !

Voilà, encore un énormissime merci pour toutes vos reviews, vos petits mots d'encouragements, vos remarques et votre haine de certains personnages. J'aime tout ça ! Et surtout, n'hésitez jamais à me laisser un petit message pour me dire que vous êtes là, c'est tellement génial de savoir qui se cache derrière mes lecteurs !

A très vite, mes chéries (chéris ?).

Kisses, kisses, kisses.