« ... et elle va être jugée pour complicité », expliqua Zabini en descendant les marches menant au Parc du château.
Un soleil printanier les accueillit et une brise d'air frais ébouriffa les cheveux de Drago qui se contenta de hocher la tête d'un air distrait.
« Non mais sérieusement, tu te rends compte ? »
Drago s'arrêta aussi sec et se tourna pour dévisager le métis.
« Oui, je me rends compte, Zabini. En même temps, vu que c'est à peu près la cinquantième fois que tu me poses la question, il faudrait que j'ai un sérieux soucis pour ne pas m'en rendre compte. »
Blaise l'ignora et continua d'avancer, les mains dans les poches, le visage levé vers le ciel.
« C'est n'importe quoi. Enfin, tu connais Calypso, jamais elle n'aurait pu être complice de quoi que ce soit », continua-t-il en secouant la tête, l'air effaré.
« On parle pas de Calypso, là, on parle de sa mère », répondit Malefoy avant que son pied droit ne s'enfonce dans une flaque de boue.
Il jura, et secoua sa botte de Quidditch pour se débarrasser des résidus de terre qui s'y étaient accrochés, avant de se remettre en marche.
« Et alors ? Franchement, ça tient pas la route, cette histoire... », s'énerva Blaise en suivant des yeux deux première années qui couraient dans le parc.
Les deux élèves s'éloignèrent en riant en s'adonnant à ce qui semblait bien être une partie de trappe-trappe et Zabini se demanda vaguement s'il avait un jour paru aussi minuscule que ces deux-là.
« Je dis pas le contraire », s'expliqua le blond en enfilant ses gants en cuir, sans se soucier un instant de ce qui se passait autour de lui. « Je dis juste que t'as tendance à confondre ce que tu ressens pour Calypso et l'implication de sa mère dans cette histoire. »
Zabini lui coula un regard en biais avant de s'arrêter brusquement en croisant les bras.
« Tu sais que t'es devenu un affreux Monsieur Je-Sais-Tout ? »
Drago leva les yeux au ciel en soupirant.
« Je l'ai toujours été. C'est juste que d'habitude, tu parles tellement que je peux pas en placer une. »
« Faut bien compenser tes silences pesants, hein. »
Sans répondre, Drago s'assit sur un des bancs du parc après avoir délicatement déposé son balai au sol. Il sortit de sa sacoche une protection en cuir de dragon qu'il noua autour de son genou gauche, avant de faire de même avec le genou droit. Il les tapota pour vérifier qu'elles tenaient bien en place et hocha la tête avec satisfaction.
« Tu vois, c'est de ce genre de silences exaspérants dont je parle », lâcha Blaise en se laissant tomber à côté de Malefoy, sur le banc. « Ça va mener où, ta petite amourette avec Granger ? »
Drago coula un regard en coin à Zabini, les yeux légèrement plissés, tentant de discerner si le métis était sérieux ou si c'était juste une autre de ses blagues. Dans le doute, il se décida à répondre.
« C'est pas vraiment le genre de trucs auxquels je réfléchis, tu vois », se contenta-t-il d'expliquer en laçant ses chaussures de Quidditch.
« Eh bien, faudrait peut-être t'y mettre. Je sais pas, t'as l'intention de mettre au courant Papa Malefoy ? Parce qu'il y a de grandes chances que tu finisses déshérité, destitué, découpé en milles morceaux et encore pas mal d'adjectifs commençant par dé. Pitié, pitié, laisse-moi être là quand tu lui annonceras, je payerai cher pour voir ça ! »
« Crois-le ou non, je suis assez au fait avec les traditions Malefoy mais c'est gentil de me rafraîchir la mémoire. »
« Alors, quoi ? C'est juste une histoire comme ça avec Granger ? »
« Mais qu'est-ce que ça peut te foutre, à la fin ? », s'impatienta Drago en finissant le nœud de son lacet.
« J'aime assez penser à ta situation. Ça me fait carrément relativiser sur la mienne. Parce que même dans le pire des cas, moi, contrairement à toi, y a aucune chance pour que je finisse égorgé sur la place publique. »
« Je t'assure que t'es en train de faire monter la probabilité en flèche, là », lâcha-t-il en lui jetant un regard noir avant de s'atteler à lacer son autre chaussure. Il y'eut un bref silence, puis il ajouta : « J'ai passé ma vie à exécuter des ordres, sans jamais remettre en question quoi que ce soit. Maintenant, je fais ce que j'ai envie de faire, tant pis pour les conséquences. »
Zabini éclata d'un rire sonore en balançant une tape amicale dans l'épaule de Drago qui le regardait, impassible.
« Mon vieux, t'es en train de nous faire une belle crise d'adolescence, là. »
Drago secoua la tête, exaspéré, et se tint silencieux quelques secondes, alors que Blaise était toujours hilare. Il finit par pousser un soupir de contentement en passant les bras sur le dossier du banc, et un silence relatif s'abattit de nouveau sur eux, alors que tout autour, les oiseaux chantaient gaiement le retour du printemps. Malefoy hésita, avant de se laisser aller en arrière contre le dossier en coulant un regard à Blaise.
« Et toi, t'en penses quoi ? »
Le métis ne put cacher sa surprise. « De toi et Granger, tu veux dire ? »
« Ouais. »
« C'est du grand art, du très grand art. T'aurais franchement pas pu choisir plus galère sur terre », commença-t-il et, voyant que le blond soupirait d'exaspération, il laissa poindre quelques secondes de silence avant d'ajouter : « J'ai rien contre Granger, et honnêtement, t'es bien moins chiant depuis que t'es avec elle. Et puis, sérieusement, Drago. Avec ton nom de famille et tes antécédents, la situation aurait été compliquée, de toute façon... alors autant y aller franchement. »
Drago lâcha un petit rire avant de répondre : « Tu as l'art de rendre les choses encore plus désastreuses qu'elles ne le sont déjà. »
D'un geste amical, Zabini lui pressa l'épaule avec un sourire un brin railleur.
« C'est fait pour ça, les amis. »
La remarque tira un sourire à Malefoy qui se releva en ajustant ses gants. Il se pencha pour saisir son balai et s'avança en direction du terrain de Quidditch mais fut presque aussitôt rattrapé par le métis.
« Qu'est-ce que tu fais ? », l'interrogea Drago en le dévisageant d'un air suspicieux.
« Ben... je t'accompagne, ça se voit, non ? »
« C'est un peu ça qui me pose problème, justement. Tu détestes le Quidditch. Déjà que tu te plains pendant toute la durée du match quand j'arrive à t'y trainer, je me demande bien ce que tu viendrais faire aux sélections... »
Deux Serpentard de quatrième année les dépassèrent en riant, leur nimbus 2000 sous le bras, pour gagner le terrain d'un pas guilleret. Drago ne put s'empêcher de les suivre du regard avant de se tourner vers Zabini qui se contenta de répondre, un sourire mystérieux aux lèvres :
« Certaines choses rendent parfois le Quidditch extrêmement intéressant... »
« Par Merlin, me dis pas que tu vas auditionner ! »
« Pas moi, non. »
Ils pénétrèrent dans le stade et le regard de Drago tomba immédiatement sur Calypso qui se contenta de leur offrir un sourire légèrement crispé.
« Blaise, Drago... », murmura-t-elle pour toute salutation.
Ses cheveux étaient retenus en une queue de cheval sauvage dont quelques mèches s'échappaient pour retomber sur son visage concentré. Elle portait un vieil uniforme vert et argent ceinturé par des protections en cuir. Son pied battant le sol trahissait sa nervosité grandissante.
« Tu auditionnes ? », demanda inutilement Drago, surpris.
« J'ai besoin de me défouler », répondit-elle évasivement en faisant tourner sa batte entre ses mains.
Drago hocha la tête d'un air entendu avant de se tourner vers le petit groupe de Serpentard réunis dans le stade. Une légère brise chahutait les bannières suspendues aux gradins qui bruissaient et claquaient à intervalles régulières. Malefoy avait été désigné capitaine de l'équipe. Pas vraiment par choix, plutôt par obligation. Impassible, il dévisagea tour à tour le petit groupe de prétendants au poste qui se tenait devant lui. Principalement des cinquième et sixième année, mais un ou deux élèves de quatrième et deuxième année s'étaient perdus dans le lot. Aucun troisième année, et seuls Calypso et Montague faisaient office d'ambassadeurs pour les septième année. Les vert et argent traversaient une telle pénurie d'élèves qu'une mission de recrutement s'était imposée d'elle-même, et bien sûr, c'était à Drago de se taper la corvée.
« Bien... », commença-t-il en plantant son balai à côté de lui. « Vous savez dans quoi vous mettez les pieds en postulant, j'espère ? »
Il y eut de brefs hochements de tête et le capitaine poursuivit :
« Il n'est pas question de tenter cette sélection sur un coup de tête ou pour se prouver quelque chose. Parce qu'ici, à Serpentard, on ne considère pas le Quidditch comme un jeu ; c'est une compétition, c'est une épreuve de force, c'est notre honneur et notre réputation. Et vous allez trimer, vous allez passer des nuits blanches et des matins boueux, vous allez être épuisés, éreintés, brisés. Vous allez vous faire insulter, rabaisser, tabasser... par les autres équipes, en partie, mais principalement par moi. Je veux pas vous voir pleurer, vous plaindre, ou tenter de vous octroyez un quelconque passe-droit. Ici, dans cette équipe, peu importe d'où vous venez ou qui sont vos parents, tout ça, j'en ai strictement rien à faire. Ton père est Ministre de la magie ? Je m'en fous. Ta mère a inventé un remède contre la Peste Bleue ? Je m'en fous aussi. Vous êtes mon équipe, c'est tout ce que vous êtes, et la dernière chose que vous avez envie de faire, c'est de me faire perdre. Alors ouvrez bien vos oreilles, parce que je répèterai pas : ce n'est pas une sélection, c'est un contrat. Si vous n'êtes pas prêts, je vous conseille de vous tirer maintenant. »
Un silence légèrement abasourdi suivi son discours et même le vent sembla battre les bannières moins fort. Quelques élèves quittèrent le terrain sans rien ajouter et Drago se tourna de nouveau vers le groupe d'élèves désormais réduit à une bonne dizaine.
« Je vous le répète : si vous voulez vous tirer, c'est maintenant. La prochaine fois, ce sera à grand renfort de coups de pieds. »
Un deuxième année parut hésiter, puis finit par se résoudre à quitter le terrain à toutes jambes.
« Bien, la première partie de la sélection se fera avec Marla Karatzas », expliqua-t-il en indiquant d'un geste de la tête une jeune fille adossée au banc bordant le terrain.
Ses deux bras étaient nonchalamment appuyés contre le dossier du banc et elle salua les candidats d'un geste désinvolte de la tête. Une cigarette roulée se consumait tranquillement au coin de sa bouche, s'envolant dans une épaisse fumée blanche. Ce qui détonnait vraiment, chez Marla, c'était ses cheveux d'un violet pastel tressés dans son dos et ses yeux d'un bleu perçant. Drago ne savait pas grand chose d'elle, si ce n'est qu'elle était en sixième année mais qu'elle passait le plus clair de son temps fourrée avec les élèves des autres maisons. Les rumeurs de cachots lui prêtaient des liaisons abracadabrantes qu'elle ne prenait pas la peine de confirmer ou démentir. Pour une raison obscure, il l'aimait bien, mais ne pouvait s'empêcher de tenir une distance teintée de méfiance. C'était ça, la malédiction Serpentard : personne ne finissait chez Salazar par hasard. Entre les despotes, les révolutionnaires, les ambitieux et les idiots, il n'y avait pas grande place pour le reste, et les ambigus qui n'entraient pas dans ces cadres, éveillaient tout de suite une suspicion accrue.
« Marla va d'abord tester votre aptitude à voler correctement », poursuivit Malefoy en dévisageant les candidats. « Ensuite, pour ceux qui seront toujours en un seul morceau, on libérera les cognards... »
Marla lâcha un petit rire qui fit se retourner les élèves d'un même geste, et leur regard tombèrent inévitablement sur une boîte calée sous le pied de la jeune fille qui tressautait en émettant des gargarismes inquiétants. Drago savoura un instant les mines anxieuses des candidats avant de continuer :
« Oui, on a emprunté de vieux cognards dans la réserve. Certains sont un peu détraqués... mais vous verrez ça par vous-même si vous êtes toujours en vie d'ici là. »
La poursuiveuse tapota la boîte du bout de la semelle et le coffret sembla s'énerver, grognant et remuant davantage alors que le visage des élèves se décomposaient un peu plus.
« Marla, c'est à toi de jouer, maintenant. »
La Serpentard se leva en jetant sa cigarette qu'elle écrasa de sa botte de Quidditch.
« Les réclamations pour les bras cassés et autres crânes facturés, c'est pas chez moi, je vous préviens tout de suite », annonça-t-elle d'une voix détachée en enfourchant son balai.
Elle décolla la seconde d'après suivie de près par huit des candidats - dont Calypso - tandis que les quatre autres peinaient à s'élever dans les airs. Le balai d'un quatrième année s'ébroua en cavalcades furieuses projetant son propriétaire au sol. Après trois autres vaines tentatives, la voix de la poursuiveuse s'abattit depuis les hauteurs du terrain :
« Toi, là, au sol... Tu peux dégager, on se passera de tes services. »
La mine vexée, le regard noir, le quatrième année ne se le fit pas répéter et quitta le stade en jurant. Malefoy l'observa d'un air goguenard avant de retourner s'installer près de Zabini sur le banc.
« Sympa, ton petit discours de motivation, au fait », railla Blaise, les yeux rivés sur Rosier.
« Il paraît que j'ai un don tout particulier pour rabaisser les autres et les faire tellement douter d'eux-mêmes qu'ils en oublieraient presque leur prénom... C'est un héritage paternel. »
« Ça devait être l'éclate, vos dîners de famille. »
« Si ça ne finissait pas en humiliation publique, c'était un repas raté », argua-t-il avec un sourire en coin en se laissant aller contre le dossier du banc.
Ils observèrent les élèves se faire martyriser par Marla qui tournait autour d'eux en leur assénant parfois des coups d'épaule, puis Blaise finit par demander :
« Tu crois que Calypso a ses chances ? »
Drago observa l'intéressée quelques secondes avant de hausser les épaules d'un air détaché.
« Elle tient sur un balai, c'est déjà un bon point pour elle. »
La poursuiveuse aux cheveux pastel exécuta une violente embardée vers Montague dont le visage se décomposa d'horreur, puis elle bifurqua brusquement vers Rosier qui plongea pour l'éviter mais manqua de tomber de son balai. A sa gauche, Drago sentit Blaise se crisper sensiblement.
« T'en fais pas, Marla n'a jamais tué personne. Elle a déjà fracassé des crânes mais elle n'a jamais tué personne... », se moqua le blond.
« Hilarant, Drago », ironisa Zabini en suivant du regard la brune, puis il soupira : « Je vais devoir assister à tous les match de Quidditch, maintenant. »
« T'inquiète pas, va. Y aura Daphné pour te tenir compagnie dans les gradins. »
« Merveilleux... Déjà que je détestais le Quidditch avant... »
Ils reportèrent de nouveau leur attention sur le recrutement : Marla zigzaguait désormais à bonne hauteur du sol, poursuivie par les huit candidats toujours en lice. Ils devaient simplement la toucher, mais peinaient visiblement à le faire.
« Tu la connais bien, cette Marla ? », s'enquit Zabini en se détendant un peu.
« Non, pas vraiment. Elle est entrée dans l'équipe l'année dernière. Je sais pas trop qu... »
« MALEFOY ! », s'époumona une voix à l'entrée du stade.
Ils se redressèrent subitement tous les deux et virent débouler la silhouette échevelée de Pansy qui se planta devant eux, le visage furieux et les yeux injectés de petits vaisseaux rouges. A côté de lui, Drago sentit Zabini se crisper avant de saisir discrètement sa baguette.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? », rugit-elle en lui plaquant un journal sous le nez.
« La Gazette des Sorciers... », répondit-il après y avoir jeté un bref coup d'oeil. « Je suis étonné que tu connaisses pas depuis le temps. »
Elle agrippa violemment la manche du Serpentard et planta son regard dans le sien. Ses yeux n'étaient plus que deux immenses sphères globuleuses, si ronds que Malefoy n'aurait pas été étonné de les voir s'extirper de leurs orbites dans un plop ! pour rouler sur le sol.
« Ne joue pas à ce petit jeu avec moi, Drago. On sait tous les deux que t'as plus à y perdre qu'à y gagner. »
Il se détacha de ses griffes d'un geste froid en la dévisageant calmement.
« Si tu pouvais être un peu plus claires sur tes accusations, je pourrais peut-être y répondre », placarda-t-il d'un air placide.
« Regarde par toi-même. »
Elle jeta le journal sur les genoux de Malefoy qui prit un malin plaisir à s'en saisir avec une lenteur calculée. Le journal était ouvert sur une page intitulée 'on leur donne la parole'. Coincé entre un court témoignage d'une sorcière japonaise qui avait vécu quinze ans parmi les Sombrals et celui d'un sorcier anglais qui racontait son expérience des philtres d'amour, un petit encadré estampillé 'Salazar ou la folie des grandeurs' sautait aux yeux. Il ne faisait pas plus de dix lignes, mais Drago comprit sans mal pourquoi Pansy était folle de rage.
« Poudlard au cœur de la tourmente, un témoignage poignant :
'Chez les vert et argent, ce ne sont pas les despotes qui manquent. Le long de ma scolarité vipérine, j'ai eu l'occasion d'en voir, des rois et des reines sacrés puis déchus, des prises de pouvoir plus ou moins concluantes, des complots sanglants. J'ai vu des empires se construire pour être violemment renversés. C'est le pain quotidien chez Salazar. Pourtant, le nouvel ordre qui s'est imposé déroge à toutes les règles observées jusque là. Celle qui s'est érigée en impératrice dépasse de loin toutes les cruautés jamais inventées. C'est une éloge crue et ardente à la démence. Les tortures psychologiques et physiques, l'humiliation obscène, les combats à mort, sont devenus la nouvelle norme dans les couloirs du cachot. De peur des représailles, je suis tenue à un anonymat abject alors que j'observe le déclin des Serpentard. La Reine auto-proclamée n'est pas seulement une nouvelle prétendante au trône vipérin, c'est un cas d'école de la folie'. »
Zabini, qui s'était penché par dessus l'épaule de son ami pour lire, jeta un regard circonspect à Drago. Ce dernier se contenta de replier proprement la gazette pour la tendre à Pansy qui la lui arracha des mains en le dardant d'un regard furieux. A l'autre bout du terrain, un quatrième année chuta violemment sur le sol dans un nuage de poussière, avant de se relever en boitillant.
« Et qu'est-ce qu'on vient faire là-dedans, nous ? », demanda posément Malefoy en ignorant les gémissements du quatrième année qui quitta le terrain d'une démarche chancelante.
« Me prends pas pour une idiote, s'il te plaît, on sait tous les deux que je vaux mieux que ça », répondit-t-elle d'une voix calme dans laquelle vibrait une violence latente. « Il se trouve que par un hasard étrange, un vent chargé de turbulences agite mes Cobras, ces derniers temps, et je peine à croire que vous n'y êtes pour rien. »
« C'est une fille qui a écrit l'article », fit remarquer Zabini en haussant les épaules.
Parkinson se tourna brusquement vers lui et l'observa comme si elle venait tout juste de remarquer sa présence. Son visage se fronça en une moue dédaigneuse, et entre ses dents serrées, elle lâcha abruptement :
« Je m'en fous ! Je sais que vous y êtes pour quelque chose. Vous voulez prendre ma place, hein ? C'est ton trône d'émeraude qui te manque, Drago, c'est ça ? Tu peux pas t'empêcher, hein ? Venir piétiner ce que j'ai passé une vie entière à construire ! Tu essayes de me mettre le monde à dos, mais non, Drago, non... ça n'arrivera pas... Ni toi, ni ta catin de Sang-de-Bourbe n'arriveraient à me découronner... », acheva-t-elle le souffle court, les yeux dans le vague comme si son petit discours ne leur était pas vraiment destiné.
Au loin, un coup de sifflet retentit et Marla cria des ordres qui se perdirent dans le stade en échos confus.
« Bon, Parkinson... », commença Malefoy, l'air las. « ... que ce soit clair, si j'avais une quelconque influence sur la Gazette et ce qui y est publié, j'aurais commencé par les empêcher de traîner mon nom dans la boue un nombre incalculable de fois. »
« Mais peut-être que justement, t'as fait exprès. Exprès pour brouiller les pistes. Pour que je ne te soupçonne pas... mais je suis plus intelligente que ça, bien plus intelligente que ça. Je vois clair dans ton petit jeu, Malefoy. »
« On y est pour rien, à tes histoires, Parkinson », intervint Zabini, les sourcils haussés de mépris. « C'est quand même pas de notre faute si les gens se rendent compte de la tarée que tu es. »
Pansy le toisa de la tête aux pieds comme s'il s'agissait d'un déchet particulièrement repoussant, avant de s'avancer brusquement vers lui. Il ne cilla pas quand elle se planta à quelques centimètres de lui, un sourire dément aux lèvres :
« Ne joue pas trop avec le feu, Zabini, ou tu finiras brûlé vif. »
Un cri déchirant retentit dans leur dos et ils virent Calypso lâcher brusquement le manche de son balai, les yeux rivés sur ses mains. De là où ils se trouvaient, les candidats se tordirent le cou pour apercevoir cet étonnant retournement de situation, et même Marla parut subitement décontenancée. Il y eut un bref instant de flottement durant lequel Calypso sembla légèrement perdue dans l'étrange silence qui s'était abattu sur le stade, comme si elle avait pressentit la tournure qu'allait prendre les évènements. Elle regarda lentement autour d'elle, et brusquement, elle lâcha un nouveau cri en reculant sur son manche. Des crépitements retentirent jusqu'aux gradins et une fumée noirâtre s'échappa du balai de Rosier en volutes âcres. Son Nimbus 2000 parut se débattre pour finalement s'emporter dans un brusque cabrage qui faillit désarçonner Calypso, agrippée tant bien que mal au manche désormais bouillonnant.
Les traits de Zabini se décomposèrent d'horreur alors qu'il se tournait vers Pansy.
« Qu'est-ce que tu fous ? », s'énerva-t-il.
« Je t'apprends une petite leçon... », souffla-t-elle avec un sourire cruel. « ... et Rosier se porte volontaire pour jouer les cobayes. »
Un, deux, trois bruits de détonations emplirent le stade, se répercutant jusqu'aux gradins, et les brindille du Nimbus 2000 prirent définitivement feu. Comme animé d'une panique kamikaze, le balai se mit à tournoyer avant de plonger en piqué vers le sol, à une vitesse foudroyante. D'un geste agile, Calypso dénoua son écharpe et y enroula ses mains pour se protéger de la chaleur ardente du bois, puis elle s'accrocha au manche et le tira vers le haut résolument pour essayer de ralentir la chute. Comme ivre, le balai zigzagua en virages prompts et secoués de tressautements. D'un coup de sifflet, Marla ordonna aux autres élèves d'atterrir et de s'éloigner, tandis que Zabini, le souffle saccadé et les pupilles dilatées de fureur se tournait vers Pansy qui semblait toujours aux anges, se délectant de la détresse collective. Avec un grognement de haine, Blaise se jeta sur elle et la plaqua violemment contre un des piliers des gradins qui vibra et cracha une gerbe de débris de bois sous le choc.
« Arrête ça ! Arrête ça tout de suite ou je te tue, Pansy ! Je le jure devant Merlin, Parkinson, si tu fais du mal à Calypso, je te tue ! Je te tue ! »
« On dirait bien que je suis pas la seule à être tarée », gloussa-t-elle avec un sourire malveillant.
Les flammes continuaient de ronger le balai à une vitesse effrénée et même les sorts de protections du Nimbus 2000 n'arrivaient à contenir l'embrasement. L'écharpe qui protégeait les mains de Calypso prit feu et elle s'en débarrassa en lâchant un petit glapissement désespéré. Le tissu de son uniforme de Quidditch commençait lui aussi à faiblir, grignoté par la chaleur ardente. Dans un crissement effrayant, le balai s'arrêta soudainement puis se mit à tourner sur lui-même comme une toupie détraquée, Calypso toujours agrippée tant bien que mal au manche fumant.
« Bordel, mais c'est quoi cette connerie ? », lâcha Marla en plongeant vers Calypso. « Rosier, je vais essayer de te réceptionner mais faut que tu calmes ce putain de balai. »
Calypso hurla quelque chose d'incompréhensible, en relevant de nouveau le manche du Nimbus qui s'arrêta de tourner en bourdonnant. Fou de rage, porté par une colère brutale, Zabini placarda de nouveau Parkinson contre le pilier, avec une telle violence qu'il entendit quelque chose craquer.
« Je t'ai dit d'arrêter ça, tu m'as entendu, Parkinson, ou tu veux que j'imprime chaque mot dans ton crâne à coups de poing ? »
« J'ai bien entendu, t'en fais pas. Et laisse-moi te donner un petit avertissement, que je te conseille, à ton tour, de bien écouter. Si tu me touches une nouvelle fois, si tu me menaces encore, ou si tu tentes quoi que ce soit - ne serait-ce que lever le moindre petit doigt en ma présence, je fais de ta jolie Calypso un joyeux brasier... J'en fais des cendres. »
Les yeux de Blaise s'arrondirent, il expira une exclamation de désespoir, étouffée par les hurlements de Calypso, et lâcha Pansy en se reculant lentement, le visage défait, alors qu'elle éructait d'un ricanement profondément cruel. D'instinct, il se tourna vers Drago qui était comme figé, la bouche ouverte et les yeux écarquillés, et lui hurla :
« Putain, Drago, fais quelque chose, merde, je sais pas voler ! »
« J'ai prêté mon balai à Marla », lâcha-t-il, les yeux ronds d'horreur.
A une dizaine de mètres du sol, le bout du manche du Nimbus 2000 avait lui aussi commencé à être rongé par les flammes, piégeant Calypso dans une cage de feu kamikaze. Chancelante, elle s'agenouilla sur le balai, s'accrochant tant bien que mal malgré les braises qui se formaient sous ses doigts, avant de se relever, debout sur le manche dans un équilibre précaire. Une partie du manche crépita, puis s'arracha du balai dans une gerbe de flamme, le Nimbus effectua un virage brut, déséquilibrant Calypso qui passa brutalement par dessus bord avant de se raccrocher de justesse au manche carbonisé. Les jambes battant dans le vide vertigineux, elle jeta un coup d'oeil par dessus son épaule pour évaluer ses possibilités. Plus de quinze mètre du sol ; mort inévitable. A moins que quelqu'un jette un sort de lévitation juste avant qu'elle ne touche le sol... Zabini s'accrochait aux rebords des gradins, sa baguette pointée vers elle. Est-ce qu'elle devait lâcher ? Mais s'il n'arrivait pas à lancer le sort à temps ? Ou à la viser correctement ? Elle s'écraserait contre le sol et éclaterait en mille morceaux comme un verre de cristal. La manche de son uniforme s'embrasa tout près de son visage et une nausée douloureuse lui enserra la gorge. Elle allait sans doute crever. Tout semblait silencieux et bruyant à la fois ; seuls les grincements du feu qui rongeait son balai résonnaient dans sa tête comme une oraison funèbre, elle tenta de balancer sa jambe par dessus ce qui restait de manche pour retrouver l'équilibre, mais le balai se mit à tourbillonner de nouveau alors qu'elle lâchait un cri strident. Si elle lâchait le manche... si elle lâchait, elle mourrait, explosée au sol...
Un coup violent dans l'estomac lui coupa le souffle et elle se sentit emportée loin du balai, lâchée dans le vide. Le cœur lancée dans une course folle, elle ouvrit finalement les yeux et réalisa qu'elle était ceinturée à la taille par Marla qui descendait en piqué vers le sol. Le vent fouetta son visage en attisant le feu de se manche qui se rapprochait dangereusement de sa figure. Elle voulut hurler quelque chose, mais elle n'en eut pas le temps ; Marla la lâcha brusquement à deux mètres du sol, et elle atterrit sur une sorte de coussin d'air créé par Zabini, avant de rouler abruptement sur la terre rugueuse qui accueillit son corps abruptement en éteignant les derniers résidus de flammes. Elle resta toute une minute, sur le sol, les yeux fermés, en se demanda sérieusement si elle était toujours en vie, ou si elle venait de passer l'arme à gauche sans même s'en rendre compte. Ce sont les mains de Zabini contre ses joues qui la tirèrent de sa transe morbide. Titubante, elle se releva lentement, les habits partiellement calcinés et le corps couvert de terre, avant de dévisager Blaise, d'un air indéchiffrable. Elle battit lentement des paupières, pour s'assurer qu'elle était bien là, en vie, devant le mec dont elle avait toujours été amoureuse, et alors, mue par le plaisir sauvage d'être entière malgré tout, elle saisit le visage de Blaise et l'embrassa avec fougue, les mains passées derrière sa nuque. Le désir urgent de ne plus rien repousser, de profiter coûte que coûte des jolies choses avant qu'elles ne lui soient arrachées, gronda violemment en elle alors qu'il lui rendait son étreinte en l'enveloppant de ses bras protecteurs.
« Et de rien, surtout », lança Marla en les dépassant pour rejoindre les autres candidats, époussetant son uniforme de Quidditch partiellement brulé.
Drago se tourna vers Pansy, les traits affectés de pur dégoût, mais elle ne sembla pas s'en formaliser et d'un ton guilleret, elle lâcha :
« Qui aurait pu croire que j'étais une telle entremetteuse ? »
Drago se leva pour la dévisager durement, la surplombant de toute sa hauteur. Appuyée contre le pilier contre lequel elle avait malmenée quelques instants plus tôt, Pansy lui offrit un sourire charmeur. Ils se regardèrent un instant dans les yeux, avant que Drago ne déclare :
« On y est pour rien, dans ton histoire, Pansy. Ne pousse pas trop ta chance. »
« Je t'aime bien, Drago. Je t'aime bien parce que tu connais les règles du jeu. Si tu m'attaques, je riposte. »
« Tu dis souvent que tu gardes tes amis proches, et tes ennemis plus proches encore... »
« Et alors ? »
« A force de jouer les gardes rapprochées avec tes ennemis, tu as peut-être un peu perdu tes amis des yeux, Pansy... »
Elle lui lança un regard courroucé, et sans rien ajouter, tourna les talons pour se diriger vers la sortie des gradins. Le pied sur la première marche, elle le toisa par dessus son épaule, et grinça :
« Ça fait bien longtemps que je n'ai plus d'amis, Drago. »
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Aidée par Drago et Zabini, Calypso fut escortée à l'infirmerie alors que toute une armada d'élèves se rassemblaient autour d'elle, l'air avide, espérant glaner quelques informations confirmant les rumeurs qui courraient déjà dans les couloirs. Hermione se fraya tant bien que mal un passage dans la foule, congédiant sévèrement les élèves qui lui lancèrent des regards agacés avant de se disperser.
D'un geste de la tête, Zabini confirma à son ami qu'il pouvait s'occuper de Calypso tout seul, et passa la porte de l'infirmerie en la soutenant, une main passée autour de ses hanches.
« Calypso va bien ? », demanda la Gryffondor, alarmée.
« Oui, ça va aller. »
« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? »
Malefoy jeta un coup d'œil circulaire pour s'assurer qu'aucune oreille indiscrète ne s'était perdue dans le coin, avant de se pencher vers son homologue pour murmurer :
« Parkinson a vu l'article. Elle commence à avoir de sérieux doutes. »
« Laisse-lui un peu de temps, ça va marcher. Fais-moi confiance, elle va finir par soupçonner... enfin, tu vois de qui je parle. »
Drago haussa les épaules en hochant la tête, avant de se pencher de nouveau vers elle :
« Comment t'as fait pour publier l'article ? »
« Un certain petit cafard me doit une faveur », répondit-elle avec un sourire mystérieux.
« Intelligente, sournoise et un peu mafieuse sur les bords, tu as la panoplie d'une parfaite petite Serpentard, Granger. »
Elle lui adressa un sourire désarmant accompagné d'un discret clin d'œil, et s'apprêtait à repartir mais il lui saisit délicatement le poignet.
« Tu vas où ? »
« Je retourne en Études dirigées. J'ai prétexté un truc sans queue ni tête pour pouvoir sortir, dès que j'ai entendu qu'il y avait eu un accident pendant les sélections. »
Un sourire narquois étira les lèvres de Malefoy.
« Je rêve ou tu t'inquiétais pour moi ? »
Elle jeta un bref regard autour d'elle et se mit sur la pointe des pieds pour plaquer un baiser volage sur son sourire.
« Peut-être bien », souffla-t-elle avec, de nouveau, un mystérieux sourire en coin.
Puis, elle quitta le couloir, le laissant planter là, un sourire indéfinissable aux lèvres.
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Dans un soupir d'effort, Drago scella à double tour la boîte bourdonnante contenant les Cognards avant de dénouer les boucles qui retenait ses gants de protections. Il les enleva un par un, avant de les fourrer dans une grosse malle élimée par les années. Se glissant par la lisière de la porte, un hululement de chouette retentit et plus par habitude que par réelle préoccupation, il jeta un regard à sa montre. Il était presque vingt-deux heures, et à l'extérieur, le ciel était d'encre. La porte des vestiaires Serpentard s'ouvrit en scindant l'obscurité d'un rai de lumière provenant du vestibule. Par réflexe, sa main fila à l'encontre de sa baguette, et il fixa avec méfiance la silhouette élancée qui s'était faufilée par la porte. Une lanterne s'illumina en projetant une lumière diffuse, avant d'être déposée sur un banc dans un bruit métallique.
« Qu'est-ce que tu fais là, Daphné ? », soupira-t-il en s'asseyant sur le banc, au milieu de la pièce avant de s'atteler à défaire les protections bouclées autour de ses jambes.
La blonde s'assit sur un banc à une distance respectable, près de la vieille lampe à huile qui projetait des ombres dansantes sur son visage. La tête légèrement penchée, elle lui adressa un sourire rehaussé légèrement suspect.
« Je ne t'ai pas vu rentrer, alors je m'inquiétais. »
« Pour commencer, arrête de surveiller mes aller-retours, tu dormiras mieux la nuit. »
Un sourire figé rongeait le visage de la blonde comme une difformité indécente, et Drago se sentit légèrement mal à l'aise, sans pouvoir l'expliquer.
« Tu sais très bien que je veillerai toujours sur toi. »
Il réunit ses deux protège-tibias en cuir qu'il jeta dans la malle avec un soupir las, avant de retirer sa tunique de Quidditch. Sur l'étendard vert et argent courant sur le mur des vestiaires, un Serpent abîmé par le temps s'enroulait inlassablement, se fendant parfois d'un sifflement murmuré.
« Ne te donne pas cette peine, je gère très bien ça tout seul. »
« Je sais. Mais ça m'empêche pas de garder un œil sur toi, au cas où. »
Furieux, il s'arrêta brusquement et referma d'un coup de pied l'imposante malle de cuir brun dont le haut se rabattit dans un claquement sonore.
« Au cas où quoi, au juste ? », s'énerva-t-il.
L'aînée Greengrass lui offrit un sourire paisible, pas le moins du monde perturbée par son brusque changement d'attitude, avant de sagement joindre ses mains sur ses cuisses.
« Au cas où il t'arriverait quoi que ce soit. Te faire ensorceler, par exemple. »
« Me faire... quoi ? », répéta-t-il incrédule.
Avec toujours le même sourire égaré courant sur ses lèvres, Daphné pencha la tête, accordant un regard indulgent à Malefoy, comme s'il s'agissait d'un enfant particulièrement lent à la compréhension.
« Ensorceler, Drago. Comme une potion, un sort, ou... un philtre d'amour par exemple. »
Il la dévisagea, les yeux ronds, se demandant très sérieusement si elle n'était pas devenue complètement folle. Il hésita quelques secondes avant de se décider ; d'un pas vif, il s'approcha d'elle pour finalement s'asseoir à ses côtés sur le banc. Le sourire extasié de Daphné lui rappela vaguement la tarée de Lovegood dans ses bons moments et il se pencha en avant, les coudes sur ses jambes, les mains liées sous le menton, avant de tourner le visage vers elle.
« Daphné, sérieusement, il faut que t'arrêtes. Je ne sais plus comment te le dire. Toi et moi, c'est fini. »
Daphné hocha lentement la tête, l'air légèrement amusé, avant de hausser les épaules.
« Je savais bien que tu dirais ça. Mais je sais que tu ne le penses pas. Pas au fond, en tout cas. »
« Au fond, en surface ou entre les deux, je le pense vraiment. »
Elle hocha de nouveau la tête, avec cet air très particulier de petite fille qui promet de ne pas faire de bêtise mais dont le sourire ingénu trahit le mensonge. Puis, sans prévenir, elle se pencha vers Drago pour l'embrasser, mais ce dernier posa une main douce sur son épaule pour la repousser alors que pour la première fois, le visage de la blonde se décomposait.
« Pourquoi ? »
« T'as pas vraiment l'air de comprendre ce que j'essaye de t'expliquer. C'est la fin, Daphné. »
Le souffle de la jeune fille s'accéléra, sa bouche s'ouvrit, se referma alors que ses yeux s'agrandissaient de détresse. Dans un dernier espoir, elle agrippa les pans de sa robe, prête à la faire voler, prête à s'offrir impudiquement, mais Drago attrapa son poignet - celui-même où une cicatrice blanchâtre témoignait de sa loyauté envers lui - et fit non de la tête.
« Je ferai n'importe quoi », murmura Daphné. « N'importe quoi... Je veux bien me contenter d'être la compagne de tes nuits, si c'est le prix à payer... Je ferai n'importe quoi... »
Étrangement troublé, il saisit sa main tremblante de la main gauche, et de la droite, tourna le visage de Daphné vers lui, l'obligeant à le regarder dans les yeux.
« Non, Daphné. Il n'y a rien que tu puisses faire. C'est fini. »
« Non, non, non », scanda-t-elle. « Non, non, non. Ça ne peut pas... ça ne sera pas... jamais ! »
« Je suis avec Granger. »
Elle bondit sur ses pieds en repoussant violemment Drago. Les ombres qui courraient sur son visage n'avaient plus rien d'innocent, mais laissaient planer une folie ostentatoire sur ses traits froissés par la douleur.
« Non ! », hurla-t-elle de toutes ses forces.
De ses deux mains, elle saisit la lampe à huile qu'elle fracassa contre le sol dans une gerbe d'éclats coupants, avant de s'enfuir à toutes jambes des vestiaires. Drago resta un instant décontenancé, les yeux fixés sur la porte que Daphné venait de franchir. Machinalement, il nettoya les dégâts, et sortit à son tour.
Dehors, les prémices d'un orage grondaient furieusement dans le ciel lourd de nuages noirs.
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La porte de la chambre du dortoir qu'Opale Farley partageait avec les sœurs Carrow claqua brutalement derrière Pansy. Les trois occupantes se figèrent en jetant un regard terrifié à Parkinson dont les cheveux décoiffés et la mine révulsée laissaient présager le pire.
« Vous deux, dégagez », aboya-t-elle aux sœur Carrow qui s'échangèrent un regard équivoque avant de détaler.
Opale déglutit lentement en refermant son exemplaire de Vacances avec les Harpies dédicacé par Lockhart. De longues secondes s'étirèrent dans un silence compact durant lequel Farley se tenait assise, le dos droit, triturant nerveusement le bas de sa jupe en laine. Pansy finit par s'avancer, pour s'asseoir sur le rebord du bureau d'Opale, la surplombant d'un air dangereusement calme. Du bout des doigts, elle saisit le livre de sa camarade qu'elle feuilleta innocemment.
« Tu veux devenir journaliste, Opale, si mes souvenirs sont exacts ? », demanda-t-elle d'une voix faussement enjouée.
L'intéressée hocha lentement la tête, la gorge nouée. Elle connaissait trop bien ce ton pour se penser hors de danger... ce ton tranchant qui finissait inévitablement en châtiment.
« Tu guettes les scoop comme l'air que tu respires, petite Opale. Tu serais prête à vendre père et mère pour qu'on te remarque, pour un peu de brillant dans ta vie terne, hein ? Combien tu payerais un peu de poudre aux yeux, Opale ? »
« Non, non, je... », balbutia Farley qui tentait désespérément de faire taire les tremblements de sa voix.
Pansy referma brusquement le livre dans un claquement qui fit sursauter Opale. Ses yeux agrandis par la peur clignèrent lentement.
« J'ai l'étrange sentiment que tu tentes de nier... », susurra la Reine Cobra d'une voix vipérine.
« C'est pas moi », s'étrangla Opale. « C'est pas moi, je te jure. J'aurais jamais écrit un truc pareil. »
« Tiens, tiens, le petit rat sort enfin de son trou », s'extasia Pansy en balançant brutalement le livre qui s'éclata contre le mur avant de s'écraser au sol. « J'ai jamais parlé d'écrire quoi que ce soit, mais je suis contente qu'on ne tourne pas autour du pot. Tu me connais, je n'ai jamais aimé les détours et les faux-fuyants. Et si je me souviens bien, ton père est rédacteur en chef à la Gazette ? Qui d'autre qu'un petit cafard comme toi pourrait être publiée à débiter des obscénités pareilles, hein ? »
« Non, Pansy, je te jure... Crois-moi... j'ai vu l'article, mais... c'est pas moi, je te promets, Pansy. »
« Tu sais ce qu'on dit ; faute avouée, à demi pardonnée, alors crache le morceau avant que je ne te l'arrache de la gorge. »
Le corps d'Opale s'affaissa un peu contre le dossier du fauteuil, ses yeux parcoururent la chambre nerveusement, comme pour chercher un quelconque échappatoire, avant de se fixer de nouveau sur Pansy qui la toisait d'un air satisfait.
« Écoute-moi bien, pathétique petit rat », murmura la Reine Cobra. « Je ne suis pas prête à abandonner mon trône, ni aux mains des anciens souverains, ni aux petits arrivistes qui me coulent des regards envieux... », elle se leva et se planta devant Farley qui baissa la tête, les mains crispées sur sa jupe grise. «...mais s'il y a quelqu'un sur terre à qui je ne cèderai jamais mon empire, quitte à en crever, c'est bien une traînée dans ton genre. »
La bouche d'Opale s'ouvrit tout grand, ses épaules se voûtèrent dans une posture de soumission, et ses yeux s'embuèrent - de choc, de tristesse et de douleur.
« Je ne te ferai jamais ça, Pansy... Tu le sais bien... Jamais... »
« On dirait que j'ai un peu surestimé ta loyauté, Opale », grinça Parkinson en saisissant le bras de sa camarade, qui ne broncha pas, des larmes désespérées roulant sur ses joues pâles.
« Je te jure, Pansy... »
« On va s'assurer de ta fidélité, une bonne fois pour toute. »
D'un geste avide, elle saisit sa baguette et la pointa sur le poignet d'Opale. Secouée de sanglots étouffés, Farley ferma les yeux et serra les dents en attendant la déflagration.
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Hermione escalada prudemment les rochers jusqu'à déboucher dans la petite crique. Elle reprit sa respiration, légèrement essoufflée, et jeta un regard circulaire autour d'elle avant de laisser un vague sourire s'installer sur son visage ; Drago était allongé en contrebas, sur un rocher aux allures de promontoire qui surplombait l'eau scintillante. Une de ses jambes se balançait nonchalamment dans le vide et de son bras replié sur son visage, il s'offrait un peu d'ombre. La lumière du soleil qui perçait à travers le feuillage luxuriant d'un saule pleureur, dessinait sur son visage une ombre tout en dentelle. L'eau piquetée de reflets dorés bruissait doucement sous le promontoire, avalant les galets avant de se retirer en une écume nuageuse. Il y avait dans ce tableau paisible, un goût fiévreux de langueur estivale.
Elle laissa un vent chaud chahuter ses cheveux et faire frissonner sa robe, et s'avança jusqu'à Drago. Il releva lentement sa main pour dégager ses yeux mais n'en ouvrit qu'un avec une lenteur paresseuse. Un sourire indéchiffrable plana un instant sur ses lèvres et sans rien dire, il tendit la main. Le cœur battant, elle la saisit et se laissa entraîner dans ses bras, pour se lover contre son torse brûlant de soleil. D'une main douce, il caressa les cheveux indomptables de la jeune fille et elle ferma un instant les yeux, pour profiter confusément de ses caresses et du chant du Printemps qui s'installe. Lorsqu'elle les rouvrit, ce fut pour contempler l'étendue d'eau étincelante, piquée de minuscules îlots d'un vert lumineux. Une brise aux senteurs d'azalées louvoya entre leurs cheveux défaits et leur peau chauffée par le soleil pour se perdre dans les branches du saule pleureur au dessus de leur tête, agitant ses feuilles qui projetèrent une pléiade d'ombres colorées sur leur visages paisibles. La main d'Hermione longea le torse de Drago pour se poser tendrement sur sa joue. Sans le voir, elle le sentit sourire, devinant sa fossette sur sa peau brûlante. Avec tendresse, il saisit sa main et y déposa un baiser au creux de la paume. Elle ferma de nouveau les yeux, ivre de soleil et d'été, d'onde scintillante, de vents alizés, de caresses et d'ombres plissées. Le bruit du vent dans les cimes, le murmure de l'eau à leurs pieds, le chant des oiseaux tout autour ; elle sentit son cœur déborder de bonheur. Elle pouvait presque sentir le temps filer entre ses doigts mais ça n'avait aucune importance. Elle se fichait du temps, et du reste de la terre. Entre les ramures mouvantes, elle apercevait des morceaux de ciel, bleu et pur, sans nuage, infini.
Elle roula pour pouvoir s'appuyer sur ses coudes et se releva légèrement, observant avec une incommensurable tendresse le visage de Drago, bercé de lumière. De nouveau, il ouvrit un œil pour l'observer, lui adressa un fugace sourire en coin, avant de le refermer. Un brusque accès d'amour la submergea et elle se demanda vaguement s'il était humainement possible de contenir une émotion si fulgurante, si son corps n'allait pas tout simplement faillir, son cœur lâcher devant l'intensité du sentiment.
Elle déposa sur le front brûlant de Drago un baiser tout aussi fiévreux. Cette fois-ci, il ouvrit les deux yeux et l'observa sans rien dire.
« Tu sais... », commença-t-elle, et sa voix se brisa.
Elle voulut dire : tu sais, j'ai jamais ressenti ça. Je suis assaillie, assommée, égarée d'amour. Je déteste les promesses, mais j'aimerais que ça dure toujours.
Mais elle ne dit rien.
A la place, elle laissa Drago sourire et répondre dans un murmure : « Oui, je sais. L'impensable. »
Elle lui offrit un sourire ambigu, mi amusé, mi troublé.
« Encore un peu ? », demanda-t-elle, comme pour dire : Je sais qu'il faudra finir tout ça un jour, mais reste avec moi encore un peu.
« Encore un peu, oui », murmura-t-il, mais pour lui dire : N'y pensons pas. Pas pour l'instant.
Hello, hello, lecteurs chéris.
Pas de longue note de bas de chapitre, cette fois-ci. Si le cœur vous en dit, racontez-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre, et si le cœur ne vous en dit pas, c'est pas grave ! Profitez tranquillement de ce chapitre et du printemps qui arrive enfin !
Encore une fois, je vous remercie sincèrement du fond du cœur pour vos jolis messages, pour vos encouragements, pour votre lecture assidue ou partielle, peu importe, merci pour tout !
A très vite !
IMPORTANT : Au fait, ça fait une éternité que je veux changer le nom de cette fanfiction. Je vais pas vous mentir, ce titre m'horripile de plus en plus. Je l'avais choisi un peu par hasard, sans vraiment réfléchir, et quelques jours après avoir publié, j'ai trouvé le titre que je voulais vraiment mais j'ai pas eu le courage de changer. Donc voilà, cette fanfiction s'appellera Les jolies choses. Voilà, comme j'ai un peu peur d'en perdre certains en route, je laisse encore le titre tel quel pour une semaine, mais après ça, JE CHANGE. MON DIEU J'EN PEUX PLUS. (désolée pour ceux qui l'aimait bien, mais j'ai pris sur moi trop longtemps, hahaha !)
